Partie IX - Synth√®se   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES   
BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES BLEUES

On place la phrase de 30 mots issue du décryptage du grand parchemin :

BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES BLEUES

en deux lignes de 15 mots :

et on fait une lecture en créneau :

BERGERE ET CE PAS DE CHEVAL DE TENTATION QUE DIEU J POUSSIN TENIERS A CHEVECE GARDENT LA DAEMON DE CLEF PAX GARDIEN A DCLXXXI PAR MIDI POMMES LA CROIX BLEUES

avec une astuce en lisant "ACHEVE CE" par "A CHEVECE".

En filigrane, on retrouvera la figure de la d√©esse Ath√©na, vierge immacul√©e, qui pr√©side √† la guerre, aux sciences et aux arts, √† la raison, l'intelligence etc. Elle est identif√©e √† Neith, d√©esse de Sa√Įs et d'Esna.

Athéna

Mais qui est au juste cette Ath√©na ? L√† encore nous retrouvons une seconde r√©f√©rence implicite √† Platon. Comment en effet ne pas songer au plus c√©l√®bre des r√©cits de cosmogonie philosophique que compte l'Antiquit√© classique et o√Ļ Ath√®na se trouve √©voqu√©e dans des termes tout √† fait semblables. On sait en effet que le d√©but du r√©cit de Solon dans le Tim√©e fait r√©f√©rence au neume de Sais et pr√©cise que cette ville a √©t√© fond√©e par une certaine d√©esse dont le nom √©gyptien est Neith et le nom grec Ath√®na. En l'absence de tout autre commentaire consentant √† pr√™ter attention √† cette invocation initiale du Tint√©e, force est bien de se reporter √† l'interpr√©tation tardive que Proclus en propose. Or la notation de Proclus, toute marqu√©e qu'elle soit de n√©o-platonisme, offre avec la th√©ologie sto√Įcienne une analogie qui ne manque pas d'√™tre frappante : ¬ę Sur la D√©esse qui veille sur ces villes, lisons-nous, il faut savoir ceci. Cependant que, sortant des causes intelligibles et intellectives, elle parvient √† travers les classes suprac√©lestes, jusqu'aux portions c√©lestes et aux lots terrestres, il lui a √©t√© assign√© en part des lieux qui lui sont appropri√©s, et ce n'est pas de mani√®re adventice qu'elle a accord√© au lieu sa protection h√©g√©monique, mais parce qu'elle a pr√©assum√© en elle-m√™me l'essence et la forme sp√©cifique du lieu et a ainsi re√ßu ce lot comme ayant affinit√© avec elle ¬Ľ. Proclus exprime ici la mani√®re dont la D√©esse, gardienne des deux cit√©s, sort de la forme la plus √©lev√©e de l'intelligence pour venir assurer la fonction de protectrice de lieux sp√©cialement accord√©s √† sa propre configuration divine et intellectuelle. Il poursuit : ¬ę Que ce soit d√®s le principe que la domination de cette D√©esse s'√©tend jusqu'aux derni√®res r√©gions, les Grecs le montrent quand ils disent qu'elle est n√©e de la t√™te de Zeus, les √Čgyptiens quand ils rapportent que, dans l'adyton de la D√©esse, on voit publi√©e cette inscription : ¬ę Je suis ce qui est, ce qui sera, ce qui a √©t√©. Nul n'a soulev√© mon chit√īn. Le fruit que j'ai mis au monde, √ßa √©t√© le Soleil ¬Ľ. La D√©esse est donc une sorte de divinit√© d√©miurgique √† la fois insensible et visible, qui tout ensemble a sa portion dans le ciel et illumine la cr√©ation sublinaire au moyen des formes id√©ales ¬Ľ. Il faut noter ici deux aspects. D'abord la rencontre de la th√©ologie √©gyptienne avec la th√©ologie sto√Įcienne. La naissance d'Ath√®na est proprement la naissance de la Vierge (ortutn virginis, comme Cic√©ron lui-m√™me le rapporte). Plutarque pr√©cise que les √Čgyptiens identifiaient cette d√©esse √† Isis. Le second point qu'il convient alors de relever, et soulign√© par l'inscription compl√®te telle que la conserve Proclus, est le fait qu'elle ait donn√© naissance au Soleil, ce qui en fait une divinit√© d√©miurgique. Dupuis, citoyen fran√ßais, professeur au Coll√®ge de France et auteur c√©l√®bre en son temps (la R√©volution et l'Empire), mais aujourd'hui bien injustement oubli√©, d'une monumentale histoire des religions classiques, rassemble ‚ÄĒ √† l'exception toutefois de Diog√®ne de Babylone ‚ÄĒ tous les √©l√©ments du dossier. Il rapproche naturellement Plutarque et Proclus, mais encore √Čratosth√®ne et Hor-Apollo, le grammairien de l'Egypte, et bien √©videmment Macrobe (Sat., I, 21). La naissance du fils d'Ath√®na, qui est le Soleil ou Apollon, a lieu au milieu de la nuit la plus obscure, dans le lieu le plus humble qui pr√©figure la cr√®che de la tradition chr√©tienne. Certes les gens de Sais ne f√™taient pas comme nous No√ęl, mais plut√īt la Chandeleur (2 f√©vrier) qui est la f√™te des lumi√®res de la Purification, en l'honneur de la vierge Ath√©na, ¬ę image de la substance pure et lumineuse dont le soleil est √©man√© et qui enfantait le Dieu Lumi√®re ¬Ľ. Une sorte de vertige historique s'empare de nous lorsque bous prenons conscience qu'Ath√©na n'est autre qu'Isis, et qu'Isis, la vierge c√©l√©br√©e par la cath√©drale Notre-Dame de Paris sur le portail de laquelle le citoyen Dupuis a √©crit de si belles pages, n'est autre que la d√©esse Raison de la R√©volution fran√ßaise dont la f√™te √©tait c√©l√©br√©e sur une mise en sc√®ne de David accompagn√©e d'une musique de M√©hul. L'√©pith√®te quasi h√©siodienne de d√©esse Raison renverrait-elle √† la tr√®s ancienne th√©ologie du Sto√Įcien Diog√®ne de Babylone ? (Jean-Paul Dumont, Diog√®ne de Babylone et la d√©esse Raison. In: Bulletin de l'Association Guillaume Bud√©, n¬į3, octobre 1984 - http://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1984_num_1_3_1236).

Certains interpr√®tes, dont Chrysippe r√©cuse l'ex√©g√®se, voudraient expliquer la naissance d'Ath√©na hors de la t√™te de Zeus en pr√©tendant qu'Ath√©na, qui repr√©sente la sagesse ou l'intelligence, r√©sidait avant de na√ģtre dans la t√™te de son p√®re, ce qui voudrait dire que la conscience ou la facult√© ma√ģtresse de l'√Ęme, ou encore l'h√©g√©monique, a son si√®ge dans la t√™te de l'homme raisonnable. Or il y a l√† deux impossibilit√©s : la premi√®re est d'ordre na√Įvement physiologique : on peut la formuler plaisamment par la formule de Joseph Prudhomme : ¬ę Tout homme est fils d'une femme ¬Ľ ! Il faut donc qu'Ath√©na soit d'abord fille de sa m√®re. Mais la seconde impossibilit√© tient au r√©f√®rent scientifique du symbole. En fait, l'h√©g√©monique qui est un souffle, n'a pas son si√®ge dans le cr√Ęne, mais beaucoup plus bas dans la poitrine, et c'est de la poitrine qu'en r√©alit√© na√ģt le logos, m√™me si son passage dans les cavit√©s du cerveau a pour effet de changer le cri en parole raisonnable et d'articuler rationnellement la pens√©e. Donc une ex√©g√®se correcte du mythe de la naissance d'Ath√©na ne peut pas faire appara√ģtre sa sortie du cr√Ęne de Zeus comme la phase de l'accouchement qui marque l'instant o√Ļ l'enfant re√ßoit une √Ęme, voit le jour et ainsi refroidi na√ģt √† l'existence et √† la vie1. Les d√©tails fournis par H√©siode confirment bien qu'Ath√©na √©tait d√©j√† n√©e avant de voir le jour ; mieux, Th√©mis avait √† son intention fabriqu√© l'√©gide, et c'est tout arm√©e qu'Ath√©na voit le jour et non pas toute nue comme s'il s'agissait d'une imm√©diate naissance. Par cons√©quent, le mythe de la production au jour d'Ath√©na n'est pas l'histoire d'un accouchement fabuleux, comme celui auquel renvoient les naissances qui se font par l'oreille. Bien qu'ayant lieu √† l'int√©rieur de Zeus, la naissance d'Ath√©na est tout √† fait ¬ę normale ¬Ľ. Le paradoxe ne commence qu'√† partir du moment o√Ļ le mythe exprime all√©goriquement (or, ainsi que le note Chrysippe cit√© par Galien, le langage symbolique est sujet √† des glissements) la mani√®re dont Ath√©na, n√©e de M√©tis dans l'estomac de Zeus ‚ÄĒ tel est l'accouchement proprement dit ‚ÄĒ accomplit √† l'int√©rieur de Zeus l'itin√©raire vertical qui la conduit vers la sortie et vers le jour, c'est-√†-dire vers la t√™te. La fable de la naissance, puis de la sortie d'Ath√©na, raconte au philosophe l'histoire d'un myst√©rieux itin√©raire : cet itin√©raire est celui du Logos. [...]

Comme le disait Chrysippe : ¬ę De l'art proc√®de la sagesse ¬Ľ. Or la v√©rit√© d'une telle proposition ne se fonde pas sur l'autorit√© du mythe, mais au contraire sur la physiologie ou la physique du langage. La partie phonique de l'√Ęme1 √©tait d√©i√† d√©finie par Zenon (mais quelle signification donner au mot Zenon dans la doxa d'A√©tius, et ce terme ne d√©signe-t-il pas le Portique en g√©n√©ral?) sous le terme ¬ę un souffle qui part de l'h√©g√©monique pour s'√©tendre jusqu'au pharynx, √† la langue et aux organes appropri√©s ¬Ľ. Dans la physiologie con√ßue par Diog√®ne de Babylone, l'air puis√© sous la forme du cri animal √† la hauteur de l'estomac remonte jusqu'√† la bouche d'o√Ļ il sort, mais il faut aussi que, selon la formule d'Aristote, cet air se charge de signification. Or cette signification et sa qualification rationnelle sont conf√©r√©es √† la parole par l'itin√©raire que suit l'air de la voix et du logos humain, √©chauff√© et purifi√©, en tout cas rationalis√©, par son bref s√©jour dans les cavit√©s des h√©misph√®res c√©r√©braux. Naturellement, ce processus de rationalisation de la parole demeure passablement obscur. Car, si l'existence de ce processus est bien par ailleurs analogiquement prouv√©e par la constatation que l'enfant acc√®de en sept ans √† l'√Ęge de raison et forme ainsi des concepts rationnels ou des notions communes, il n'en demeure pas moins que la physiologie du m√©canisme reste obscure. Il faut bien alors en appeler √† la tradition mythologique, pour y chercher l'expression symbolique cach√©e de la mani√®re dont la technique engendre le plus haut savoir. Or il arrive que le succ√®s est total si le mythe prend effectivement pour objet l'anatomie et la physiologie de l'homme et du langage. Dire, en effet, qu'Ath√©na na√ģt √† l'int√©rieur de Zeus des Ňďuvres de M√©tis et que, d'expression d'une tendance primitive, elle se transforme en raison par son passage dans le cerveau de Zeus, c'est donner une cr√©dibilit√© √† ce qui est incompr√©hensible dans le d√©tail, mais parfaitement admissible, si l'on consid√®re les r√©sultats et la globalit√© du processus. Ainsi le mythe de la naissance d'Ath√©na et ensuite de sa sortie par la t√™te d√©crit bien la m√©tamorphose du cri ou de la parole technique en voix et en discours sage et raisonnable (Jean-Paul Dumont, Diog√®ne de Babylone et la d√©esse Raison. In: Bulletin de l'Association Guillaume Bud√©, n¬į3, octobre 1984 - http://www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1984_num_1_3_1236).

Athéna et le bleu

Le peuple Cyaniens, nom qui rappelle la couleur bleu, ou Cianiens (Kianoi) ce qui en éloigne.

Les roches Cyan√©es s'√©levaient √† l'entr√©e du Pont-Euxin, les √©cueils Ch√©lidoniens sur la c√īte de Cilicie. Les roches Cyan√©es sont les roches bleues et la ch√©lidoine porte une fleur bleu√Ętre.

Athéna aide le passage d'Argo, navire des Argonautes dont le chef est Jason, au milieu des roches Cyanées ou Symplégades.

Quand les Argonautes arrivent en face des Roches Cyan√©es, Ath√©na leur d√©p√™che un oiseau qui vient se percher au sommet du m√Ęt. A un moment donn√©, l'oiseau s'envole et tournoie √† proximit√© des rochers, guettant l'occasion de franchir le passage. Quand enfin il s'√©lance, les deux roches, qui se sont s√©par√©es, reviennent l'une vers l'autre, assez vite pour sectionner l'extr√©mit√© de sa queue.

Dans une autre version, Athéna arrache le navire Argo de la main gauche à la pression des Roches Errantes, et de la droite le propulse à grande vitesse (Marcel Detienne, Jean Pierre Vernant, Les ruses de l'intelligence, 1974 - books.google.fr).

Ath√©na porte de nombreuses √©pith√®tes. Parmi les plus fr√©quentes, outre celle de Pallas et de Parth√©nos, figure l'adjectif grec glauk√īpis (litt√©ralement ¬ę au regard glauque ¬Ľ) qui s'applique √† ses yeux : il signifie pr√©cis√©ment qu'ils sont d'une couleur vert olive p√Ęle, entre le bleu et le vert (pers), comme les yeux des chouettes. Or la chouette est l'oiseau favori d'Ath√©na ¬ę aux yeux pers ¬Ľ, car elle symbolise l'intelligence de la d√©esse par son regard per√ßant capable de voir la nuit : √† la fois fixe et lumineux, il passe pour poss√©der un pouvoir fascinant et paralysant comparable un peu √† celui de la Gorgone. De plus, la chouette √©tant un animal nocturne, tout cela nous rappelle qu'Ath√©na est au d√©part et avant tout une divinit√© lunaire (Dictionnaire de la mythologie gr√©co-romaine, 2012 - books.google.fr, Hugues Romano, L‚ÄôŇďil des dieux, 1997 - books.google.fr).

Hom√®re d√©j√† conna√ģt Ath√©na sous ces traits pacifiques ; √† Ath√®nes elle est honor√©e sous le vocable d'"Ergan√®". l'ouvri√®re [cf Ergaste des Illustres Bergers] ; et en maint endroit de la Gr√®ce, des l√©gendes parlent de v√™tements magnifiques tiss√©s par elle pour ses h√©ros favoris. Une jeune fille lydienne, ayant os√© la d√©fier aux. travaux de l'aiguille, fut chang√©e en araigu√©e (Arachne). A mesure que la civilisation hell√©nique se d√©veloppe par la culture des ans et des lettres, que les inventions utiles apportent des ressources nouvelles, et que le g√©nie humain atteste son influence sur les destin√©es des nations, l'image d'Ath√©na grandit ; elle est identifi√©e par les philosophes avec l'intelligence, avec la raison souveraine en qui se r√©sument toutes les conqu√™tes de la civilisation sur la barbarie. Elle se confond en quelque sorte avec l'image id√©ale de la ville qui, apr√®s les guerres m√©diques, repr√©sente le mieux devant l'opinion la vaillance dans la guerre, le g√©nie dans la po√©sie et les arts, la sagesse dans la politique, c'est-√†-dire Ath√®nes. Des colons sortis de cette ville pour habiter l'√ģle de Lemnos, emportent une statue monumentale de Phidias, qui, r√©unissant tous ces traits, m√©rita d'√™tre appel√©e la Belle par excellence, Callimorphe. Dans l'expression la plus enti√®re et la plus parfaite de sa personnalit√©, se retrouve la notion de sa divinit√© originaire : elle a repr√©sent√© d'abord l'√©ther lumineux qui en Attique brille plus pur que partout ailleurs. Dans toutes ses transformations, elle demeure la vierge immacul√©e, vaillante, g√©n√©reuse et douce sans faiblesse. Elle devient enfin l'incarnation vivante et harmonieuse des qualit√©s de p√©n√©tration subtile, de la raison √©lev√©e, de l'imagination √† la fois mesur√©e et vigoureuse qui ont fait du peuple ath√©nien le ma√ģtre intellectuel de l'univers, apr√®s que la vaillance r√©fl√©chie en eut fait l'arbitre des destin√©es hell√©niques dans la lutte contre l'Asie (Bulletin de la Facult√© des lettres de Poitiers, 1888 - books.google.fr).

La chev√™che, en grec "aig√īlios" (Revue de philologie, de litt√©rature et d'histoire anciennes, 1960 - books.google.fr).

Athéna et Neith

Athena was, like Neith, widely acknowledged to be a virgin (e.g., Diodorus Siculus 5.3.4; Ovid Metamorphoses 5.375). Various other elements associated with her suggest that she retained hints of autogeneity, as well. Plutarch (On Isis and Osiris 62/376A) claims that the name Athena signified ‚ÄúI have come from myself‚ÄĚ ('√™lthon 'ap' 'emaut√™s), an unequivocal autogenetic reference. The Orphic Hymn to Pallas (Athena) begins by addressing Athena as monogen√™s, which is generally translated as ‚Äúonly-begotten‚ÄĚ (Liddell and Scott, 7th edition, s.v.), but which can also mean ‚Äúonly born sole offspring,‚ÄĚ ‚Äúunique in kind,‚ÄĚ and ‚Äúsingly born‚ÄĚ (Long 1992, 49). In short, it connotes a self-born, self-created being, which corresponds perfectly with Athena's identification with the autogenetic Neith. Athena also wore the lizard or crocodile on her breast in certain gems and statues (Elworthy 1958, 320). This is likely a vestige of her association with Neith, whose mythology included a story that she gave birth to the crocodile god Sobek (see Lesko 1999, 50‚Äď1). What is particularly interesting here is that the lizard was believed to conceive by the ear and bring forth its young from the mouth (King 1887, 107). Thus, Athena's wearing of the lizard/crocodile would further connect her with both Neith and parthenogenesis. [...]

Athena also retained Neith's function as goddess of weaving (e.g., Hesiod Works and Days 63‚Äď4; Aelian On Animals 6.57), which was symbolic of parthenogenetic creation. Athena's role as virgin patron of weaving was acknowledged during her most important festival at Athens, the Panathenaia, which was held in the summer and celebrated as the new year. As part of this event, four females wove the goddess's woolen peplos, or ceremonial robe, and presented it to her statue at the Acropolis at the culminating moment of the grand procession (Suda, s.v., arrephorein; peplos). The peplos motif vividly calls to mind the inscription to Neith mentioned earlier, ‚ÄúNo one has ever lifted my peplos,‚ÄĚ a direct reference to Neith's parthenogenetic nature. I suggest that in the context of the Panathenaia, then, the peplos similarly was a symbol of Athena's original capacity as virginal creatrix. I discuss the Panathenaia and its parthenogenetic associations more fully later in this chapter. Athena's Virgin Mother aspect was perhaps most fully retained in one of her most celebrated cults, located in Tegea in southeastern Arcadia, where she was known as Athena Alea (‚Äúshelter,‚ÄĚ ‚Äúasylum‚ÄĚ). Archaeological evidence from the oldest layers at this site reveals that Athena was once identified with fertility symbols (Deacy 2008, 131). As Deacy (131) affirms, such symbolism raises the possibility that, early on, Athena had more in common with a mother goddess such as Demeter than she did with her later pan-Hellenic character as sterile virgin. The symbol that emerges as preeminent in this regard was the pomegranate. (Marguerite Rigoglioso, The Cult of Divine Birth in Ancient Greece, 2009 - books.google.fr).

La parthénogénèse est le mode reproduction du sycomore sur lequel Zachée était perché (Thèmes : Double Zachée).

Dans le mythe de la Vierge Mère intervient fréquemment la parthénogénèse pendant l'antiquité grecque et orientale : la mère du dieu Attis est enceinte après avoir mangé une grenade (Jean Boyer, Saint Jacques de Compostelle: légendes et chemins d'hier et d'aujourd'hui : essai, 1999).

Anciennement Neith √©tait la personnification de l'√©ternel principe f√©minin de la vie qui existait par lui-m√™me et se nourrissait de lui-m√™me, qui √©tait secret et inconnu et p√©n√©trait toutes choses ; ceux dont les id√©es √©taient plus mat√©rielles ; tout en admettant qu'elle avait donn√© le jour √† son fils R√Ę sans l'aide d'un √©poux, ne pouvaient √©loigner de leur esprit l'id√©e qu'un germe masculin √©tait n√©cessaire √† sa production ; trouvant impossible de le faire d√©river d'un √™tre exterieur √† la d√©esse, ils suppos√®rent qu'elle fournissait elle-m√™me non seulement la substance qui devait former le corps de R√Ę, mais aussi le genre m√Ęle qui la f√©condait. Neith √©tait ainsi le type de la parth√©nog√©n√®se (E. A. Waliis Budge, The Gods of the Egyptians, London, 1904) (Annales du Mus√©e Guimet: Biblioth√©que d'√©tudes, Volumes 35 √† 36, 1926 - books.google.fr).

La reproduction du l√©zard par l'oreille recontre l'oreille coup√©e de Malchus par un des ap√ītres au jardin de Gethsemani.

Deux sanctuaires parall√®les du grand temple de Neith √† Sais servaient de reliquaire aux deux ¬ę oreilles¬Ľ d'Osiris, parties de son corps dispers√© aux quatre coins de l'Egypte (La Croix d‚ÄôHuriel et pierres noires : Saint Jean Baptiste, Saint Sulpice et Sceau de Palaja).

Eutychius parle d'une autre esp√©ce d'H√©r√©tiques fort singuli√®re; ce sont des gens qui disoient que le Verbe entra par l'oreille de la Vierge, et qu'il en sortit par la voye de l'enfantement. Ce sentiment √©toit celui d'un certain Elianus & de sa Secte. Je laisse √† deviner au Lecteur quelle est cette porte, pour lui dire qu'on trouve quelque chose de plus modeste dans un Hymne de S. Ephrem. "Comme la Mort, dit ce P√©re, est entr√©e par l'oreille d'Eve, de m√™me la Vie est entr√©e par l'oreille de Marie. Vossius, Chanoine de Tongres, qui a traduit sur le Grec les Oeuvres de S. Ephrem, a remarqu√©, que cette pens√©e vient originairement de Gr√©goire de Neoc√©sar√©e, surnomm√© Thaumaturge, & M. Asseman t√Ęche de l'autoriser par deux passages d'Auteurs Latins. Le premier est de St. Augustin. "Dieu, dit ce P√©re, parloit par son Ange & la Vierge Devenait enceinte par l'oreille". Le second, qui est du Pape F√©lix [II ou III, mort le 25 f√©vrier 492] √©crivant √† Pierre d'Antioche, est con√ßu en ces termes : "Le Verbe intime du Pere, le Verbe substantiel, le Verbe qui est Dieu, se glissant par les oreilles de la Sainte Vierge, op√©ra sa conception d'une mani√©r√© ineffable". Patris enim intimum Substantiale Verbum, Deus, per Sancte Virginis aures, illapsum conceptionem ineffabiliter op√©ration est. A cette occasion Mr. Affeman nous apprend, que le Br√©viaire des Maronites ayant √©t√© donn√© √† quelques Savans de Rome pour l'examiner, ils furent scandalis√©s d'y trouver ces paroles : "Le Verbe du Pere est entr√© par l'oreille de la Femme b√©nie". Verbum Patris per aurem BenedictŇď intravit. Sur quoi Mr. de Beausobr√© fait une remarque, trop curieuse pour la supprimer : "Je m'√©tonne, dit-il, de la d√©licatesse, ou plut√īt de la foiblesse de ces Docteurs de Rome. Ils devoient √™tre accoutum√©s √† cette pens√©e, & m√™me √† quelque chose de plus. Ne savoient ils donc pas, qu'elle √©toit dans, les Hymnes de l'Eglise, que l'on chantoit du tems du c√©l√©bre Agobard, cet Ev√™que de Lyon, qui auroit bien voulu corriger une partie des Superstitions de son tems, nous apprend que lorsqu'on c√©l√©broit en Occident la naissance du Sauveur, les Chantres faisoient retentir la vo√Ľte des Eglises de ces √©difiantes paroles : Le Verbe est entr√© par l'oreille de la Vierge, et il en est sorti par la porte dor√©e" (Nouveau dictionnaire historique et critique pour servir de supplement ou de continuation au Dictionnaire historique et critique de Mr. Pierre Bayle, Volume 3, 1753 - books.google.fr).

La d√©esse √† qui est d√©di√©e l'inscription de Mantin√©e (Le jugement) est Ath√©na Al√©a (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Les Bergers d‚ÄôArcadie ts ts !).

Eloquence et Verbe

Ath√©na, vierge, d√©esse, n'en est pas moins f√©condante de l'√Ęme en temps que pneuma-logos.

Le pneuma est essentiellement f√©cond comme le dieu m√Ęle, le dieu universel que les Sto√Įciens identifient au logos spermatikos, le discours, le projet s√©minal, qui dans l'air et dans l'humide assure l'existence du monde (Diog√®ne La√ęrce, VII, 136). C'est le principe qui peut s'identifier √† Zeus ou √† un dieu quelconque quand, en s'approchant d'une femme, il produit en elle les conditions n√©cessaires √† la naissance. La puissance pneumatique assure en tous cas la r√©alisation d'un message, la d√©livrance d'un signe qui provoque la production de la communication. Dionysos et Apollon se coalisent dans ce projet.

Le chŇďur des Bacchantes d'Euripide chante Dionysos comme le daimon qui, par la fureur qu'il inspire, transmet un pouvoir proph√©tique p√©n√©trant tous les √™tres de sa puissance en poussant √† dire l'avenir (298 sq.). Comme la r√Ľ√Ęh'√©lOh√ģm provoque la parole dans la bouche de son porte-parole (2 Samuel, 23, 2). Et Apollon produit dans le corps choisi de sa femme proph√®te le principe du mouvement, l'"arch√® t√®s kin√®se√īs", provoquant en son √Ęme la lumi√®re qui √©claire l'avenir, le "ph√īs pros to mellon". Cette qualit√© lumineuse du pneuma est bien attest√©e dans la tradition et ne contredit aucune de ses possibilit√©s. Pour les Th√©rapeutai de Philon d'Alexandrie, ¬ęl'√Ęme aim√©e de Dieu engendre en vertu de la semence paternelle qui est un rayonnement de l'intelligible¬Ľ (Plotin, Vie contemplative, 68). La proph√®tis d'Apollon √† Didymes, illumin√©e par son dieu, peut devenir pleine de sa splendeur divine et parler (Jamblique, les Myst√®res d'Egypte, III, 21). Mais on peut convenir que la possession dionysiaque ne produit pas le m√™me effet que la possession par Apollon. Du moins en apparence, bien que l'on ait dit que la p√©n√©tration du pneuma dans l'√Ęme produisait les effets des vapeurs du vin (Plutarque, De la disparition des oracles, 432e). La possession d'Apollon poursuit un but pr√©cis : un logos, un discours sonore, ... un fils. La Pythie devient r√©guli√®rement grosse des paroles l√©gitimes, √† l'inverse de Cassandre qui, par sa ¬ęfaute¬Ľ, reste st√©rile. La sym√©trie est √©vidente. Dans l'Agamemnon d'Eschyle, Cassandre explique au chŇďur comment Apollon lui avait donn√© la facult√© de la proph√©tie. La modalit√© du rapprochement du dieu et de la fille est imm√©diatement comprise par le chŇďur en termes de poursuite sexuelle. Cassandre ne voulait pas parler, par aid√īs, par pudeur, mais elle parle finalement. ¬ęIl (le dieu) luttait avec moi en en soufflant en moi sa gr√Ęce¬Ľ. La m√©taphore est ais√©ment reconnue par le chŇďur comme un acte de f√©condation. Mais la fille lui √©chappe, parvient √† tromper le dieu : elle √©vite sa divine grossesse avec les cons√©quences que l'on conna√ģt : elle parlera, mais n'aura pas le don de persuasion. [...]

L'empire de la nymphe est la p√©n√©tration ambigu√ę d'un flux que le fragment tragique de PACUVIUS, cit√© par VARRON, met en rapport avec l'excitation bachique : flexanima tamquam lymphata aut Bacchi sacris / commota. Lymphata dicta a lympha; "lympha" a Nympha in Graecia commota mente quos nympholeptous appellant et ab eo lymphatos dixerunt nostri. ¬ęLes nymphes versaient dans l'√Ęme humaine un trouble surnaturel qui rev√™tait toutes les formes¬Ľ, √©crivait BOUCH√Č-LECLERCQ (op. cit., p. 263). Le flux des nymphes s'apparente ainsi aux diff√©rents pneumata qui rendent l'√Ęme f√©conde. La forme ¬ęphallique¬Ľ de la nymphe comme femme serpent ou poisson, sir√®ne ou f√©e comme la m√©di√©vale M√©lusine, traduit la force de la m√©taphore qui privil√©gie, dans la description de la possession comme acte sexuel, le r√īle toujours ¬ęactif¬Ľ donn√© au m√Ęle.

Vierge de Lourdes, nymphe phallique : √† l'ouest de Rennes le Ch√Ęteau associ√© √† Fronsac : sel, esprit-pneuma - La Croix d‚ÄôHuriel et l‚Äôalchimie : Triple correspondance : chemin de croix, oeuvres alchimiques et voyage de l‚Äô√Ęme

Dans un passage fort int√©ressant, Plutarque cherche √† expliquer par une interpr√©tation partiellement physique la divination inspir√©e, et parle d'un mantikon reuma kai pneuma, flux et souffle divinatoire qui est en soi theiotaton, tr√®s divin (Plutarque, Sur la disparition des oracles, 432d). La dimension pneumatique unit Apollon et Dionysos dans le privil√®ge de faire participer les humains au pouvoir cr√©ateur, et donc divin, qui r√©side dans la qualit√© du pneuma, la substance qui, gr√Ęce √† sa qualit√© analogue au sperme m√Ęle, renferme en soi la force cr√©atrice qui distingue aussi, √† partir de la sp√©culation d'Aristote, le caract√®re sp√©cifique de la divinit√© post-polyth√©iste. Ainsi la notion de pneuma, centrale pour l'organisation de la vision cosmique grecque, gr√Ęce au jeu in√©puisable des cha√ģnes m√©taphoriques, permet de dire l'imaginaire th√©ologique dans une terminologie tr√®s vari√©e. La qualit√© cin√©tique du pneuma traduit en effet l'essence, l'ousia, de la divinit√©, et la manifeste dans la cr√©ativit√© au sens large. Le po√®te, le d√®miourgos, cr√©ateur par excellence de la soci√©t√© grecque archa√Įque, peut cr√©er seulement dans l'enthousiasmos, quand un hieron pneuma, un souffle saint, le p√©n√®tre (D√©mocrite, cit√© par Cl√©ment d'Alexandrie, Stromates, VI, 168). Mais la m√©taphore va plus loin. Ainsi le souffle de Zeus, ek epipnoias Z√®nos, provoque la conception d'√Čpaphos; le fils na√ģt d'une caresse du dieu √† Io, la g√©nisse argienne pers√©cut√©e par la jalousie d'H√©ra, dans les Suppliantes d'Eschyle. Et c'est encore un souffle ¬ędu dieu¬Ľ, un atmon entheon, qui provoque la grossesse de la Pythie, une grossesse de paroles, de discours, du logos divin, pour l'auteur du Trait√© du Sublime (XIII, 2). L'image traduit tr√®s bien la modalit√© avec laquelle Apollon s'approche de la femme qui lui produira son discours. Il s'agit d'un type de possession moyenne dans laquelle il n'y a pas d'identification avec l'√™tre surnaturel, mais un √©change con√ßu en termes - bien connus des langages mystiques - de rapport sexuel, qui peut √™tre racont√© selon plusieurs variantes (Ileana Chirassi Colombo, Le Dionysos oraculaire, Kernos, 1991 - books.google.fr).

La parole, le logos, est produit par la f√©condation de l'√Ęme par le pneuma. De l√† est peut-√™tre n√© l'id√©e de la naissance du Christ-Logos de la Vierge Marie par le Saint-Esprit. Si le pneuma est aussi logos, il produirait par l'√Ęme plut√īt l'√©loquence, le logos (organisation de la pens√©e) pr√©c√©dant la parole. L'√Ęme en elle-m√™me est muette (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : L‚ÄôAffaire G√©lis et les charpentiers d‚ÄôIsa√Įe).

Autre allégorie parmi les plus fécondes, philosophiquement, de tout le recueil des Images ou tableaux de platte-peinture, celle consacrée à la parole. La méditation allégorique sur la parole, dans les Images ou tableaux de platte peinture, est double et se rapporte à deux "théogonies" dont l'étude conjointe se révèle féconde: la Naissance de Mercure et la Naissance de Minerve. A propos de la Naissance de Mercure, Vigenère observe : il n'y a point de plus grand larron en ce monde que la parole éloquente; dont Mercure est le souverain patron (p. 213). A propos de la Naissance de Minerve, ce n'est plus l'éloquence, mais le Verbe qui fait l'objet de sa réflexion. Minerve sortie du cerveau de Jupiter correspond, dans les fables des Gentils, à l'Incarnation du Verbe (logos). [...]

La mythologie du XVIe siècle réunissait souvent Mercure et Minerve. Chez Cartari, on va le voir. Mercure embrassant Minerve représente l'Eloquence jointe à la Prudence, ces deux qualités étant perçues comme complémentaires dans la formation de l'individu. Plus radicalement, l'union de Mercure et de Minerve est représentée par la figure d'Hermathéna, remontant à l'Antiquité, mais très familière, elle aussi, à la Renaissance. On trouve des allusions à la figure d'Hermathéna dès Cicéron (Lettres à Atticus) (Richard Crescenzo, Peintures d'instruction: la postérité littéraire des "Images" de Philostrate en France, de Blaise de Vigenère à l'époque classique, 1999 - books.google.fr).

Le terme d’éloquence renvoie à une signification principale : l'art de bien parler, l'aptitude à s'exprimer avec aisance, la capacité d'émouvoir, de persuader (fr.wikipedia.org - Eloquence).

La persuasion, qui appartient √† l'√Ęme associ√©e √† Mercure, est un produit de la f√©condation de l'√Ęme par le pneuma-verbe-logos associ√© √† Ath√©na (Tintin, Herg√© et la Croix d‚ÄôHuriel : H√©l√®ne et Moulinsart).

Poussin et Byzance

During his two-year stay in Paris, Poussin had become acquainted with a group of neo-Stoics, "les libertins," who sought to reform the church along the lines of practice of the primitive church. Evidently Poussin was not satisfied with the antique deathbed scene of the first version, its theatrical setting and anecdotal incidents. In the Cleveland drawing he therefore seems to have considered using the apocryphal incident of the Death of the Virgin, a Byzantine image which had gained currency in the West. Early illustrations of this subject could have been available to Poussin in the Greek manuscripts of the Barberini library. Other sources of this image, ones which certainly would have appealed to Poussin, who executed drawings after catacomb frescoes and Roman mosaics, were the venerable mosaics of the Dormition of the Virgin at the churches of St. Maria in Trastevere and St. Maria Maggiore. As Jennifer Montagu has noted, Poussin turned to Byzantine sources in his depiction of the rite of Eucharist (Hilliard T. Goldfarb, From Fontainebleau to the Louvre: French drawing from the seventeenth century, 2009 - books.google.fr).

Sur le plan symbolique, la C√®ne repr√©sente l'institution dun sacrement essentiel dans la liturgie chr√©tienne : l'Eucharistie. [...] Dans les versions Dal Pozzoel Chantelou, Poussin place ses personnages allong√©s autour d'une table. Dans la version du Louvre, l'artiste recourt au vieux sch√©ma byzantin : le groupe a quitt√© la table et le Christ, debout, fait communier les ap√ītres agenouill√©s. La C√®ne appara√ģt l√† clairement comme le prototype de la messe catholique (Manuel Jover, Le Christ dans l'art, 1994 - books.google.fr).

A DCLXXXI

On commence par là, ce qui détermine toute la suite.

Les sigles ont √©t√© employ√©s dans les inscriptions latines : A = annus C = consul (Alain de Bo√ľard, Maurice Prou, Manuel de pal√©ographie latine et fran√ßaise, Volume 1, 1924 - books.google.fr).

DCLXXXI est pris comme date (de l'√®re chr√©tienne), 681, deux ans apr√®s la mort de Dagobert II, √† l'√©poque o√Ļ r√©gnait Constantin IV Pogonat √† Constantinople.

Le concile de Constantinople

En ce début du septième siècle, l'empire est envahi par les Perses de Chrosoès. Au tyran Phocas, succède à la tête de l'Empire Héraclius qui reçoit la couronne impériale des mains de Serge, patriarche de Constantinople, en octobre 610 : Héraclius et Serge sont deux grandes figures qui vont collaborer durant 25 ans pour sauver l'empire en mettant sur pied un immense effort national. L'an 622, commencement de l'ère musulmane, voit aussi le début de la croisade d'Héraclius contre les Perses. En 629 Chrosoès est assassiné et l'année suivante, 630, Héraclius rentre en possession de Jérusalem, mais pour peu de temps, car en 632, la mort de Mahomet ouvre le grand siècle des invasions arabes, et en 638, Jérusalem ouvre ses portes au calife Omar.

Un fait grave √©tait apparu : les r√©gions menac√©es, de l'Egypte √† la Syrie, comptaient beaucoup de monophysites qui se mirent vite du c√īt√© des envahisseurs, par haine des ma√ģtres byzantins qui tenaient officiellement pour la foi orthodoxe d√©finie √† Chalc√©doine. Le probl√®me religieux figurait donc parmi les facteurs d'unit√© politique de l'empire. Comment regagner la confiance de ces populations pour qui le vrai christianisme passait par la formule de Cyrille d'Alexandrie : "Unique est la nature du Verbe incarn√©" ? Pour le bien de l'empire, pour lutter contre l'envahisseur, Serge et H√©raclius cherchent √† se concilier les monophysites des provinces envahies.

Pour cela, ils vont pr√©senter une activit√© unique du Christ tout en maintenant l'affirmation des deux natures. On souligne donc l'unit√© du Christ agissant, du Christ comme agent. Insistance correcte qui s'accorde avec les √©vangiles, mais il y manque la contrepartie d'une reconnaissance claire et non ambigu√ę de la parfaite pr√©servation des propri√©t√©s des natures divine et humaine, et de leurs exercices connaturels.

Héraclius nomme patriarche d'Alexandrie un homme à lui, Cyrus, avec pleine autorité, ecclésiastique, civile et militaire, qui met sur pied une formule d'union de toutes les théologies : le "Pacte d'union". On dira qu'un seul Christ effectue à la fois le divin et l'humain, par une seule activité (on obscurcit les activités propres aux Personnes). En 633, il semble que toutes les églises adhèrent à cette formule assez équivoque, que, par suite d'un malentendu, une lettre du pape Honorius semble même approuver !

La r√©sistance vint d'un moine, Sophrone, qui √©tait arriv√© √† Alexandrie un peu avant le Pacte d'Union. Entr√© dans un monast√®re de Palestine, il avait fui devant les Perses jusqu'en Egypte et de l√† √† Rome. Sophrone d√©nonce l'ambigu√Įt√© de la formule de l'unique √©nergie et montre le danger qu'elle pr√©sente pour la foi au myst√®re du Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Serge cherche alors une nouvelle formule et r√©dige le Psephos (633) qu'il fait approuver par un synode et le patriarche d'Alexandrie : on ne parlerait plus d'√©nergie, mais d'une unique volont√© dans le Christ (ce sera le monoth√©lisme). Texte habile o√Ļ le pape Honorius et Maxime ne voient rien √† redire.

En Palestine, Sophrone devient patriarche de Jérusalem. Et là aussi, le nouveau Patriarche flaire un danger pour la foi. C'était alors l'usage pour un nouvel élu, d'envoyer aux autres patriarches des lettres dites "synodales", refermant une profession de foi. Bonne occasion pour Sophrone de fournir un clair exposé doctrinal ; ce document est contre l'esprit du Psephos.

Suit une p√©riode de r√©pit, de maturation, pendant laquelle Sophrone ne cesse d'agir ; il r√©unit en deux livres, six cents textes patristiques qui appuient la doctrine des deux activit√©s. En 638, H√©raclius revient √† Contantinople d√©courag√© de voir que ses victoires contre les Perses sont compromises par les musulmans. Fin 638 ou d√©but 639, Serge dresse alors un large expos√© de la foi o√Ļ il reprend le Psephos en soulignant la confession explicite d'une seule volont√© dans le Christ : c'est l'Ekt√©se. En cette m√™me ann√©e, meurent Honorius, Serge et Sophrone. Honorius est remplac√© par S√©verin, puis Jean IV ; Serge par Pyrrhus, et Sophrone par un mono√©nergiste. Quant √† H√©raclius, il meurt en 641, remplac√© par Constant. Les ann√©es 638-641 marquent donc un grand tournant : tous les personnages sont chang√©s. Le centre de la r√©sistance est d√©sormais √† Rome, avec les papes, Th√©odore I et Martin I, soutenus par le moine Maxime qui passe au premier plan de la sc√®ne ; nous sommes donc au moment et apr√®s la publication de l'Ekt√®se.

Maxime succ√®de √† Sophrone, son ma√ģtre, dans la lutte contre l'Ekt√®se. Tandis qu'√† la mort de Serge, l'empereur avait nomm√© pour le remplacer, Pyrrhus, chaud partisan du monoth√©lisme. Maintenant Rome a pris nettement position contre l'Ekt√®se aux c√īt√©s de Maxime : le Pape Jean IV la condamne. De son c√īt√©, H√©raclius comprend que du point de vue politique, le monoth√©lisme a √©t√© un √©chec complet, puisqu'au lieu d'apporter l'union esp√©r√©e, il a √©t√© un nouvel instrument de discorde dans l'Empire. Aussi rejette-t-il l'Ekt√®se. On pourrait croire que tout va s'apaiser. Mais il meurt peu apr√®s et il est remplac√© par Constant, un jeune empereur qui va r√©gner longtemps. √Ä son av√®nement, Pyrrhus tombe en disgr√Ęce. Remplac√© par Paul, il s'enfuit en Afrique et arrive √† Carthage o√Ļ Maxime se montre s√©v√®re √† son √©gard. En 645 eut lieu une dispute publique entre Pyrrhus et Maxime dont on a la st√©nographie : deux th√©ologiens d'envergure se trouvent affront√©s aux questions les plus difficiles et aux exigences ultimes de la christologie orthodoxe. Au terme de la discussion, Pyrrhus rend les armes avec √©l√©gance et s'engage √† condamner le monoth√©lisme, √† Rome, sur la tombe des Ap√ītres. Ce qu'il fait, re√ßu avec honneur par le pape Th√©odore. Malheureusement, Pyrrhus ne pers√©v√®re pas dans ces bonnes dispositions et au cours d'un synode romain o√Ļ figure Maxime qui avait accompagn√© Pyrrhus √† Rome, le pape signe sa condamnation devant le tombeau de saint Pierre, en m√™lant du Pr√©cieux Sang √† l'encre dont il se sert. La situation se tend alors de plus en plus. Press√© par le Pape Th√©odore de d√©finir sa position, apr√®s un long silence, Paul, le rempla√ßant de Pyrrhus, finit par faire une longue profession de foi monoth√©lite. Excommuni√© par Th√©odore, Paul persuade le jeune empereur Constant d'√©mettre un √©dit sur la foi qui imposerait silence √† toute discussion sur l'activit√© ou la volont√© dans le Christ. Constant, lui aussi, constate que le monoth√©lisme a √©t√© un √©chec, mais il ne comprend pas qu'un point de non-retour a √©t√© atteint par la question pos√©e par Serge. Par ailleurs, les musulmans attaquent l'Empire de toutes parts, et il estime urgent que tous ses sujets s'unissent pour les combattre. Constant supprime alors l'Ect√®se, simple profession de foi officielle et la remplace par un √©dit, le Typos (648). Par cet √©dit, il interdit, sous peine de graves sanctions, toutes ces interminables pol√©miques qui divisent les chr√©tiens. Mais cette tentative de pacification escamotait le probl√®me, par la d√©fense faite d'en parler.

Mais le pape Martin et Maxime allaient payer ch√®rement ce triomphe de la christologie orthodoxe. Martin est encore vivant quand Eug√®ne Ier, un homme conciliant mis en place par Constantinople, devient pape. Martin est finalement d√©port√© en Crim√©e, √† Cherson (S√©bastopol). Il meurt √©puis√© au bout d'un an et demi (655), dernier des papes martyrs. Quant √† Maxime, amen√© √† Constantinople, il est accus√© de haute trahison. Parce qu'il s'oppose √† l'union voulue par Constant, sur la base du Typos, il appara√ģt comme celui qui divise et affaiblit l'Empire en servant la cause des musulmans qui remportent alors victoire sur victoire. Il est jug√© et exil√© en divers lieux. Il meurt dans une forteresse, au sud-est de la Mer Noire, le 13 ao√Ľt 662 (Fr√®re Luc Br√©sard, Cours de patristique, Fr√®re Luc Br√©sard, Cours de patristique).

Eucharistie et Concile de Constantinople

Quand le concile tenu dans le palais de l'empereur l'an 680 dit (canon 3) que les pr√™tres sont ministres du sacrifice spirituel du grand bien, qui est tout ensemble sacrificateur et victime; quand ce m√™me concile d√©tend aux pr√™tres qui se seront engag√©s par ignorance dans un mariage illicite, de distribuer le corps du Seigneur; quand il appelle partout l‚ÄėEucharistie sacrifice non sanglant (canon 26); quand il dit que ceux qui communient mangent et boivent J√©sus-Christ, et qu‚Äėil ordonne √† ceux qui veulent participer au corps immacul√©, de s'offrir pour recevoir la communion, en mettant leurs mains en croix (canon 101), toutes ces expressions, dans un temps o√Ļ la cl√© de figure √©tait rejet√©e, ne pouvaient signifier que le vrai corps de J√©sus Christ, sacrifi√© sur les autels, et re√ßu par ceux qui communiaient (Johann Jakob Scheffmacher, Perp√©tuit√© de la foi de l'Eglise catholique sur l'eucharistie... sur les principaux points qui divisent les catholiques d'avec les protestants, Volume 1, Migne, 1841 - books.google.fr).

On retrouve une clé : la clé de figure est une notion protestante disant que l'eucharistie n'est que l'image du corps du Christ.

Le pape Agathon assembla √† Rome un Concile de cent vingt-cinq Ev√™ques, o√Ļ l'on choisit pour D√©put√©s au Concile de Constantinople, les Ev√™ques Abundant√ģus de Paterne, Jean de Porto & Jean de Rege (Reggio), Th√©odore & George Pr√™tres, Jean Diacre, & Constantin Soudiacre de l'Eglise de Rome, Th√©odore Pr√™tre, L√©gat de l'Eglise de Ravenne, avec quelques Moines. Ils arriv√®rent √† Constantinople le dixi√®me jour de Septembre de l'an 680. Constantin les re√ßut avec honneur. Le Concile g√©n√©ral s'ouvrit le 7 novembre 680, dans la salle du palais nomm√©e en latin Trullus ("troullos"), c'est-√†-dire le d√īme (Remy Ceillier (O.S.B.), Histoire g√©n√©rale des auteurs sacr√©s et ecclesiastiques, 1754 - books.google.fr, Charles Amable de La Tour d'Auvergne, La tradition catholique sur l'infaillibilit√© pontificale, Volume 1, 1875 - books.google.fr).

Jean évêque de Porto fut député au concile de Constantinople en 680. Il célèbre la messe en latin à Sainte Sophie. Il est enlevé de Rome par ordre de Justinien II (Claude Fleury, P. Fabre, Table générale des matiéres contenues dans l'Histoire ecclesiastique, 1781 - books.google.fr).

Jean √©v√™que de Porto (Italie) consacra le pape L√©on II, √©lu le 16 juin 682, le 17 ao√Ľt apr√®s aprobation de l'empereur byzantin (Michel Aubrun, Moines, paroisses et paysans, 2000 - books.google.fr).

La volonté

Ecoutons Thomas d'Aquin :

Plusieurs h√©r√©tiques ont pr√©tendu qu‚Äôil n‚Äôy avoit dans le Christ qu‚Äôune seule volont√©; mais ils paroissent avoir √©t√© jet√©s dans cette erreur par diff√©rents motifs. Apollinaire n‚Äôadmettoit pas dans le Christ une √Ęme intellectuelle; il pr√©tendoit que le Verbe tenoit lieu de l‚Äôame ou m√™me de l‚Äôintellect. Et de l√†, comme la volont√© r√©side dans la raison ou dans la partie raisonnable de l‚Äôame, De anima, III, 42, il suivoit que dans le Christ, il n‚Äôy avoit pas de volont√© humaine, et que d√®s lors il n‚Äôy avoit en lui qu‚Äôune volont√©. Eutych√®s et tous ceux qui n‚Äôont admis dans le Christ qu‚Äôune nature, ont √©galement √©t√© forc√©s de n‚Äôy voir aussi qu‚Äôune volont√©. Nestorius lui-m√™me, voulant que l‚Äôunion de Dieu et de l‚Äôhomme ait seulement √©t√© faite par l'unit√© d‚Äôaffection et de volont√©, ne recounoit par suite qu‚Äôune volont√© dans le Christ. Plus tard Macaire, patriarche d‚ÄôAntioche, Cyrus d‚ÄôAlexandrie et Sergius de Constantinople, et leurs adh√©rents n‚Äôadmirent dans le Christ qu‚Äôune volont√©, quoiqu‚Äôils reconnussent en lui deux natures hypostatiquement unies. Ils ont tous √©t√© compris sous le nom commun de Monoth√©lites, ce qui signifie partisans d‚Äôune seule volont√©. Leur erreur a √©t√© condamn√©e, d'abord, dans le concile de Latran tenu sous le pape Martin I; puis, dans le sixi√®me et le septi√®me conciles g√©n√©raux; et, enfin, dans le concile de Florence, o√Ļ fut prononc√©e la r√©union des Grecs et des Latins. D‚Äôo√Ļ il suit que la doctrine qui donne au Christ deux volont√©s, l'une divine, l‚Äôautre humaine, aussi bien que ces deux m√™mes sortes d'op√©rations, est de foi.

Leur opinion √©toit que la nature humaine dans le Christ n‚Äôob√©issoit jamais √† son propre mouvement et qu‚Äôelle √©toit mue en tout par la divinit√©; nous voyous cela par la lettre du pape Agathon √† l‚Äôempereur Constantin Pogonate. Voil√† pourquoi, dans le sixi√®me concile tenu √† Constantinople, il fut d√©fini qu‚Äôon devoit reconno√ģtre dans le Christ deux volont√©s; et voici comment s‚Äôexpriment les actes du concile : ¬ę D‚Äôapr√®s ce que les proph√®tes nous ont enseign√© du Christ, ce qu‚Äôil nous a dit lui-m√™me, et la foi que les saints P√®res nous ont transmise, nous proclamons qu‚Äôil y a en lui deux volont√©s naturelles et deux op√©rations naturelles. ¬Ľ Et il ne pouvoit en √™tre autrement; car il est manifeste que le Fils de Dieu a pris la nature humaine tout enti√®re, comme nous l‚Äôavons d√©montr√© plus haut, quest. II, art. 5. Or la nature humaine ne seroit pas compl√®te sans la volont√©, puisque c‚Äôest l√† une de ses puissances constitutives, aussi bien que l'intellect, comme nous l‚Äôavons amplement vu dans la premi√®re partie, quest. LXXIX et LXXX. Il suit √©videmment de l√† que le Fils de Dieu a pris la volont√© humaine en prenant la nature humaine. D‚Äôun autre c√īt√©, comme par son Incarnation il n‚Äôa subi aucun amoindrissement dans ce qui appartient √† la nature divine, et comme en outre la volont√© rentre essentiellement dans cette nature, d‚Äôapr√®s ce qui a √©t√© √©galement d√©montr√© part. I, quest. XIX, art. 1, il faut n√©cessairement conclure de l√† qu‚Äôil y a dans le Christ deux volont√©s, l'une divine et l‚Äôautre humaine.

Je r√©ponds aux arguments : 1¬į Il est vrai que tout ce qui √©toit dans 1a nature humaine du Christ se mouvoit au gr√© de la volont√© divine; mais il ne suit nullement de l√† que cette nature n‚Äôait pas eu dans le Christ le mouvement de sa propre volont√©; nous voyons bien dans les saints une parfaite soumission de leur volont√© √† la volont√© divine; qui ¬ęop√®re en eux le vouloir et le faire, ¬Ľ comme le dit l‚ÄôAp√ītre, Philip, II. Quoique la volont√© ne puisse √™tre int√©rieurement mue par la cr√©ature, elle peut n√©anmoins l'√™tre par Dieu, comme nous l‚Äôavons √©tabli part. I, quest. CV, art. 4. Le Christ conformoit donc sa volont√© humaine √† la volont√© divine, selon ce qui est dit Psalm. XXXIX, 9 : ¬ęJe suis venu pour accomplir votre volont√©, mon Dieu; je l‚Äôai voulu.... ¬Ľ Et voici comment s‚Äôexprime √† cet √©gard saint Augustin, Contra Max, II, 20: a Du moment ou le Fils a dit au P√®r√©, non ma volont√©, mais la v√ītre, √† quoi te servent les paroles que tu ajoutes en disant : il a bien montr√© par l√† que sa volont√© √©toit soumise √† celle de son P√®re ? Est-ce que nous nions par hasard que la volont√© de l'homme doive √™tre soumise √† la volont√© de Dieu ? ¬Ľ

C'est sp√©cialement dans la pri√®re du jardin des Oliviers que s‚Äôest manifest√©e la double volont√© du Christ. Tous les P√®res ont argu√© des expressions m√™mes du Sauveur dans cette pri√®re, pour confondre Terreur des Monoth√©lites. Il est un autre texte dans l'Evangile, Jean, V, qui n‚Äôest pas moins explicite : ¬ę Je ne cherche pas ma volont√©, mais la volont√© de Celui qui m'a envoy√©. ¬Ľ Il seroit ais√© de multiplier les citations, si l‚Äôon vouloit recourir aux passages o√Ļ cette m√™me v√©rit√© se trouve renferm√©e d'une mani√®re implicite. Un autre argument, que nous venons de voir dans l'auteur et que les P√®res ont √©galement employ√© contre le monoth√©lisme, c‚Äôest celui qui se puise dans cet axiome fondamental, que le Christ a pris la nature humaine avec toutes les puissances qui la constituent.

2¬į Le propre d‚Äôun instrument est, sans doute , d‚Äô√™tre m√Ľ par l'agent principal; mais il l‚Äôest de diverses mani√®res selon sa propre nature : un instrument inanim√©, comme une hache, une scie, re√ßoit de l'artisan une impulsion physique; un instrument anim√©, mais par une ame sensitive seulement, est m√Ľ par l'app√©tit sensitif, comme le cheval est m√Ľ par le cavalier; mais un instrument anim√© par une ame raisonnable est m√Ľ parla volont√© de cette ame , comme un serviteur est m√Ľ vers une action par le commandement du ma√ģtre ; et le Philosophe appelle , en effet, le serviteur un instrument anim√© , Polit, I, 4. La nature humaine dans le Christ √©toit donc l'instrument de la divinit√©, mais de telle sorte , qu‚Äôelle √©toit m√Ľe aussi par sa volont√© propre. (Thomas d'Aquin, Somme th√©ologique de S. Thomas, Partie III, Question XVIII, Article 1 (1224-1274), 1858 - books.google.fr).

Dans les questions 27 à 43 de la Somme théologique (appelées, peut-être improprement, traité De Deo trino : du Dieu trine) Thomas d'Aquin a résumé ainsi la foi trinitaire en posant qu’on pouvait distinguer :

un seul Dieu, une seule essence, ou substance, ou nature ; deux processions : la génération (du Fils) et la spiration (du Saint Esprit), et deux actes notionnels : l'acte de connaissance qui constitue le Fils et l'acte de volonté qui constitue l'Esprit ; trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit ; quatre relations : la paternité, la filiation, la spiration active (du Père et du Fils à l'Esprit) et la spiration passive (de l'Esprit au Père et au Fils) ; cinq propriétés : l'innascibilité (du Père); la paternité (du Père); la filiation (du Fils); la spiration active (par le Père et le Fils); la procession passive (du Saint Esprit).

On peut considérer aussi qu'en Dieu il y a deux actes notionnels : l'acte de connaissance qui constitue le Fils et l'acte de volonté qui constitue l'Esprit.

En Dieu tout est un car il n'y a pas opposition des relations. Les trois personnes agissent de façon inséparable à l'extérieur d'elles-mêmes.

Quant à l'appropriation, elle consiste à attribuer à une seule Personne une propriété (par exemple la création attribuée au Père) qui est en réalité commune aux trois Personnes divines (fr.wikipedia.org - Trinité (christianisme)).

On retrouve notre coin "ANTE" li√© √† la connaissance et √† l'√Ęme-Christ (et non logos-Christ) et maintenant le pneuma-esprit-sagesse-logos avec la volont√© et la tension (hypot√©nuse) (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Dalle verticale de Marie de N√®gre : un triangle isoc√®le rectangle).

On ne saurait, dit-il, exag√©rer l'importance de la notion de tension dans la psychologie sto√Įcienne ; elle explique tout. De nos actions injustes, Chrysippe accuse l'atonie ("atonian") de l'√Ęme; et de nos bonnes actions, il trouve la cause dans un jugement sain qu'accompagne l'√©nergie de la volont√©, c'est-√†-dire de la tension forte de l'√Ęme. La science, comme les choses, consiste dans une force de tension. La raison "√® logik√®" est appel√©e par Chrysippe tension (Anthelme Edouard Chaignet, Histoire de la psychologie des Grecs: La psychologie des sto√Įciens, des √©picuriens et des sceptiques, Volume 2, 1966 - books.google.fr).

Saint Bernard d√©crit avec force l'antith√®se du velle et du posse : ¬ę J'ignore de quelle fa√ßon d√©prav√©e et curieuse la volont√© devient mauvaise par le p√©ch√©, s'impose √† elle-m√™me une n√©cessit√©, de telle sorte que cette n√©cessit√©, parce qu'elle est volontaire, ne peut pas excuser la volont√©, et que la volont√©, √©tant ainsi s√©duite, ne peut pas exclure cette n√©cessit√© ; car c'est une n√©cessit√© qui, d'une certaine fa√ßon, est volontaire. C'est une douce violence qui charme tout en accablant et qui accable tout en charmant... L'homme est opprim√© par un joug qui n'est autre que celui d'une servitude volontaire, et il est digne de piti√© √† cause de cette servitude, mais sa volont√© le rend inexcusable. En effet, c'est la volont√©, lorsqu'elle √©tait libre, qui s'est rendue esclave du p√©ch√© en donnant son consentement au p√©ch√©, et c'est encore la volont√© qui se soumet elle-m√™me au p√©ch√© en s'y assujettissant volontairement. ¬Ľ (Sermon LXXXI sur le Cantique des Cantiques) (Marie-Madeleine Davy, Bernard de Clairvaux, 2001 - books.google.fr).

Thélème

Le livre V des aventures de Pantagruel est grandement redevable au Songe de Poliphile.

Rabelais a parfaitement connu le Songe de Poliphile. Dans Gargantua, ch. IX, il le mentionne, en comparant son symbolisme aux hiéroglyphes des Egyptiens. C'est la partie architecturale qu'il met largement à profit au V livre (Lazar Saineanu, La Langue de Rabelais: Civilisation de la renaissance, 1922 - books.google.fr).

Dans le Songe on trouve Logistique et Thélémie, la raison et la volonté.

Il est inscrit dans le nom m√™me de l'anti-abbaye, ¬ę Th√©l√®me ¬Ľ, qui d√©signe dans le texte grec du Nouveau Testament la volont√© profonde, soustraite aux caprices des pulsions et au contr√īle de la d√©lib√©ration, et se retrouve dans le nom de la nymphe ¬ę Th√©l√©mie ¬Ľ qui guide le Poliphile de Francesco Colonna affranchi de la tutelle de ¬ę Logistique ¬Ľ (la raison), vers son √©panouissement spirituel et charnel dans l'amour. Les jeunes gens et jeunes de Th√©l√®me ont pour unique r√®gle ¬ę Fais ce que voudras ¬Ľ, pour unique lien la ¬ę sympathie ¬Ľ empreinte jusque dans leurs usages vestimentaires (luxueux pour plaire, mais uniformis√©s pour ne marquer aucune pr√©s√©ance), et leurs relations courtoises excluent toute obligation (ils ne se marient qu'en quittant l'abbaye) (Andr√© Tournon, Histoire de la litt√©rature fran√ßaise du XVIe si√®cle, 2004 - books.google.fr).

L'¬ę Enigme en prophetie ¬Ľ est soumise, on le sait, √† une double interpr√©tation all√©gorique, celle de Gargantua, le fondateur de Th√©l√®me, et celle de Fr√®re Jean, son abb√© en titre. La premi√®re discerne dans le ¬ęmonument¬Ľ une promesse, celle ¬ę que Dieu par son cher fils nous a prefix ¬Ľ. La seconde y voit plut√īt une description, celle d'une partie de jeu de paume ¬ęsous obscures parolles¬Ľ. Le premier y d√©couvre la palme des √©lus, le second la ¬ę pa(u)lme ¬Ľ des comp√©titeurs en sueur. La premi√®re fixe son regard sur l'horizon, Dieu et le futur tandis que la seconde voit la terre, les activit√©s humaines et le pr√©sent. [...] Une lecture vaudrait pour maintenant, l'autre pour plus tard. Il n'y a plus alors de ¬ętension¬Ľ entre l'une et l'autre [...] mais association et succession. Il y a simplement le temps du monde, celui du jeu (de paume) et le temps de l'av√®nement de la J√©rusalem et ces deux moments sont comme les deux faces d'une pi√®ce de monnaie. [...] De cette dualit√© et cette ambigu√Įt√© qui est partout dans l'Ňďuvre de Rabelais, nulle nouvelle ici. Bref, si tout cela fait plus penser au style de Fran√ßois Habert qu'√† celui de Fran√ßois Rabelais, c'est peut-√™tre parce que, √† ce moment du texte, il ne s'agit plus de d√©crire un monde ambigu et √©quivoque mais au contraire un espace d'apr√®s le temps de la ¬ęperplexit√©¬Ľ. La ¬ę lame ¬Ľ sur laquelle est inscrite la proph√©tie est trouv√©e au fondement de l'abbaye et fait donc partie des ¬ęfondations¬Ľ du b√Ętiment. La double lecture que l'on peut en faire indique la double nature de l'√©difice: cit√© terrestre, bien r√©elle, inscrite dans le monde et vivant par lui et cit√© c√©leste, √† venir, quand les hommes seront ¬ębien n√©s¬Ľ. [...]

Il n'y a alors plus d'¬ę ivresse¬Ľ, il y a simplement deux temps, ceux que d√©crivent de nombreux auteurs contemporains de Rabelais, le temps de la perplexit√© et le temps de la s√©r√©nit√©. On peut le regretter et trouver qu'alors Rabelais perd de son originalit√© ou au contraire penser qu'ainsi il fait plus corps avec son temps (St√©phan Geonget, La notion de perplexit√© √† la renaissance, 2006 - books.google.fr).

A la suggestion du pape Agatbon, le IIIe concile de Constantinople va terminer d√©nnitivement les disputes sur le Christ en Orient en donnant par ses d√©crets le coup de mort √† la derni√®re forme larv√©e de l'apollinarisme et du monophysisme : le monoth√©lisme. Dans un vaste texte qu'englobe toute l'histoire des controverses christologiques, apr√®s avoir marqu√© la continuit√© de la doctrine en la rattachant √† celle de Chalc√©doine, du Tome de L√©on, et des deux lettres ¬ę synodiques ¬Ľ de Cyrille, il renouvelle dans les termes m√™me d√© Chalc√©doine la doctrine de l'union en une seule personne ou hypostase des deux natures conservant chacune leurs propri√©t√©s : puis il ajoute express√©ment contre le monoth√©lisme la profession de foi aux deux volont√©s naturelles, aux deux activit√©s et op√©rations naturelles, en prenant soin de faire remarquer que ces deux volont√©s n'√©taient pas contraires l'une avec l'autre, mais parfaitement unies en une harmonie morale parfaite. C'√©tait bien l√†, affirmait-il, la cons√©quence de la doctrine de L√©on. Que si l'on compare cette d√©finition de 681 avec celle de Damase en 381, on constatera √† la fois la continuit√© d'une m√™me doctrine traditionnelle et le progr√®s dans l'analyse et l'expression de cette doctrine. Au concile d'Agathon comme dans celui de Damase, ce sont les m√™mes pr√©occupations qui se font jour, la m√™me doctrine qui s'exprime. Ne pas mutiler l'humanit√© du Sauveur et sauvegarder n√©anmoins l'unit√© de la personne (Auguste-Joseph Gaudel, La th√©ologie de l'¬ę Assumptus Homo ¬Ľ. Histoire et valeur doctrinale (A propos du livre du P. D√©odat de Basly : ¬ęInop√©rantes offensives contre l'Assumptus Homo¬Ľ). In: Revue des Sciences Religieuses, tome 17, fascicule 1, 1937 - www.persee.fr).

Rabelais op√®re avec Th√©l√®me une synth√®se curieuse des deux temples que d√©crit le po√®te car V√©nus et Minerve semblent conjointes dans son propre temple et c'est finalement lui, plus que Lemaire qui op√®re la concorde promise des deux langages: du corps et de l'√Ęme, de l'amour et de la sagesse, de l'homme et de Dieu. Au temple de V√©nus Rabelais emprunte la description des beaux ¬ęadolescents¬Ľ, leur d√©sir ¬ęsocial¬Ľ et leur app√©tit de vie; au temple de Minerve, il reprend ¬ęHonneur le grand seigneur¬Ľ qui permet d'atteindre la vraie vertu (St√©phan Geonget, La notion de perplexit√© √† la renaissance, 2006 - books.google.fr).

Immaculée Conception

Saint Sophronius, patriarche de J√©rusalem mort en 656, √©crivit √† Sergius, archev√™que de Constantinople, une lettre qui fut lue et approuv√©e dans la Xie session du concile Ňďcum√©nique de Constantinople, tenu en 680-681. Il y est dit du Verbe :

Il voulut se faire homme afin que, semblable √† l‚Äôhomme et de m√™me race et nature que lui, il le purifi√Ęt, le sauv√Ęt et l'illumin√Ęt. C‚Äôest pourquoi une vierge sainte fut prise et sanctifi√©e dans son corps et dans son √Ęme, et servit ainsi : l'incarnation du Cr√©ateur, comme √©tant pure, chaste et sans tache (Louis Durand, L' infaillibilit√© papale prise en manifeste et flagrant d√©lit de Mensonge: Ou le dogme de l'immacul√©e conception cit√© et condamn√© au tribunal de l'histoire et des p√®res, 1859 - books.google.fr).

Les partisans de l'immaculisme s'en servent pour justifier le dogme décrété en 1854.

Le sixi√®me concile g√©n√©ral, tenu √† Constantinople sous le pape Agathon, l'an 680, re√ßut avec un commun applaudissement la lettre du grand Sophrone, patriarche de J√©rusalem, dans laquelle il la nomme la Sainte-Vierge immacul√©e, sainte de corps et d'√Ęme, et libre de toute contagion du p√©ch√©; les p√®res de ce grand concile auraient-ils pu approuver ces paroles, si on avait cru dans l'√Čglise qu'elle a √©t√© souill√©e dans sa conception par le p√©ch√© originel? Ces paroles de Sophrone sontconsid√©rables: Mariam fuisse liberant ah onnii contagione peccati. C'est dans celle √©pitre o√Ļ il faisait sa confession de foi qu'il dit en termes expr√®s, que Marie, la m√®re du Sauveur du monde, a √©t√© libre de toute contagion du p√©ch√©; o√Ļ vous remarquerez qu'il ne dit pas seulement qu'elle a √©t√© exemple de la commission du p√©ch√©, ce qui s'entend du p√©ch√© actuel, mais de toule contagion du p√©ch√©; ce qui marque l'originel qui se contracte par contagion (Louis Fran√ßois d' Argentan, Conf√©rences th√©ologiques et spirituelles sur les grandeurs de la Sainte Vierge Marie, M√®re de Dieu, 1868 - books.google.fr).

Le culte de Marie, la m√®re de J√©sus, peut se comprendre comme une compensation √† cette conception tr√®s masculine de Dieu. Comme nous l'avons vu, il existait dans le monde antique de nombreux cultes rendus √† des d√©esses-m√®res ou √† √† des Vierges‚ÄĒm√®res. Le culte marial va se superposer √† ces cultes pa√Įens, tout en donnant √† la Vierge un r√īle central de m√©diation entre Dieu (ou son Fils divinis√©) et le fid√®le ¬ę p√©cheur ¬Ľ. Or, la figure de Marie ne cesse de prendre de l'ampleur dans le catholicisme depuis cent cinquante ans : multiplication des p√®lerinages en ses lieux d'apparitions, importance du culte marial au sein du renouveau charismatique et deux des trois derniers dogmes formul√©s par l'Eglise concernent la Vierge Marie : son ¬ę Immacul√©e conception ¬Ľ en 1854 et son ¬ę Assomption ¬Ľ en 1950. [...] Le rejet d'un Dieu autoritaire et l√©gislateur, arch√©type hypermasculin qui renvoie finalement aux notions de dogmes et de normes, favorise le d√©veloppement de la croyance en une √©nergie divine bienveillante et protectrice, qui enveloppe l'univers et conduit nos vies de mani√®re myst√©rieuse. Cette conception n'est pas sans √©voquer la providence des philosophes sto√Įciens de l'Antiquit√©. Elle conduit aussi √† renouer avec les figures f√©minines du sacr√© des soci√©t√©s anciennes, contre lesquelles les monoth√©ismes ont tant lutt√© (Fr√©d√©ric Lenoir, Petit trait√© d'histoire des religions, 2013 - books.google.fr).

Immaculée Conception et volonté

Personne n'ignore que le p√©ch√© actuel, mortel ou v√©niel, est l'effet de la libre volont√© de l'homme, au point qu'il n'y a pas de p√©ch√© l√† o√Ļ il n'y a pas de volont√© libre. Il n'est pas moins constant que le p√©ch√© originel n'est point un p√©ch√© de la volont√©, mais un p√©ch√© dela nature, p√©ch√© que tous les enfants d'Adam contractent comme un triste h√©ritage de leur premier p√®re, sans aucun acte de leur volont√© personnelle. Quand les Jans√©nistes ont os√© dire que le p√©ch√© originel est l'effet d'une volont√© personnelle, et que, par cons√©quent, chacun doit en faire p√©nitence et s'en repentir, le saint Si√©ge a solennellement condamn√© cette doctrine, en d√©clarant que personne ne doit se repentir du p√©ch√© originel, ni en faire p√©nitence. L'ange de l'Ecole, avec les autres princes de la th√©ologie, appelle constamment le p√©ch√© originel, le p√©ch√© de la nature, par opposition au p√©ch√© de la volont√©. Ceci pos√©, je soutiens que si Dieu a voulu pr√©server sa sainte M√®re des p√©ch√©s actuels qui d√©pendaient de sa volont√© propre, personnelle, il a voulu √† plus forte raison la pr√©server du p√©ch√© qui ne d√©pendait que de la nature. Voici pourquoi: Dans l'ordre actuel de la Providence, la volont√© personnelle de Marie √©tait moins au pouvoir de Dieu que la nature. Celle-ci d√©pend √† chaque instant de l'action du Cr√©ateur, qui conserve par une action imm√©diate et continue les lois de l'univers et l'existence de toutes les causes secondes. Mais entre lui et les volont√©s cr√©√©es Dieu a plac√© le libre arbitre, qui rend ces volont√©s ind√©pendantes de lui dans toutes leurs d√©terminations rationelles. Dieu n'est donc pas ma√ģtre de ces volont√©s comme il l'est de la nature et de l'existence de toutes les causes secondes. Maintenant, je le demande, Dieu a-t-il pu, sans la plus notoire incons√©quence, chose qu'il est impossible d'admettre, pr√©server Marie de toutes les fautes qui eussent √©t√© l'effet de sa libre volont√©, et la laisser encourir le p√©ch√© originel qui est le p√©ch√© de la nature, le p√©ch√© qui r√©sulte de causes qu'il lui appartient de suspendre ? Disons-le hardiment, cela est impossible. Non, Dieu n'a pas permis que Marie, pr√©serv√©e des fautes qui d√©pendaient de sa volont√© personnelle, f√Ľt assujettie au vice de la nature tomb√©e, vice qui semble ne d√©pendre que de la volont√© du Cr√©ateur (Jean-Baptiste Malou, L'Immacul√©e Conception de la Bienheureuse Vierge Marie consid√©r√©e comme dogme de foi, 1857 - books.google.fr).

Mantinée - Diotime - Vierge Marie

Le 378e dizain n'est pas le seul o√Ļ transpara√ģt l'image de la Vierge en sa qualit√© de m√©diatrice absolue de Maurice Sc√®ve. Notre po√®te s'est fix√© un but: atteindre, gr√Ęce √† la saintet√© de son amour et par la rigueur d'un art po√©tique consomm√©, la zone supra c√©leste des plus hautes venues o√Ļ r√©gnerait la paix dans l'esp√©rance de la vie √©ternelle. Ainsi a-t-il transpos√© le visage de sa D√©lie c√©leste dans celui de l'arch√©type f√©minin de l'amour le plus pur. Le premier √©pisode de la D√©lie qui est celui du ¬ęSoleil de l'Adoration¬Ľ est illustr√© par les trois premiers embl√®mes qui d√©signent la dame faisant l'objet de cette adoration comme √©tant marqu√©e du sceau de la virginit√© et de la perfection (Paul Ardouin, La D√©lie de Maurice Sc√®ve: une Ňďuvre d'√Čvangile, 1990 - books.google.fr).

Pour Scève, comme plus tard pour Hölderlin, l'amour humain est la médiation privilégiée, dans l'ascension vers l'être. Pour tous deux Diotime, la Diotime platonicienne, fut le signe de cette médiation : "si ma très sainte et sage Diotime toujours m'enseigne à aimer et mourir" (Pierre Boutang, Commentaire sur quarante-neuf dizains de la Délie, 1953 - books.google.fr).

En quelque sorte, Scève est un mystique de l'amour : il rapporte au plan profane ce que Marguerite de Navarre disait de l'amour divin, en utilisant les idées centrales du platonisme ficinien. A la fin du livre, Délie s'identifie à Diotime, révélatrice de tous les mystères d'amour. C'est dans cette montée vers la Beauté surnaturelle, aidée par l'attraction de l'Eternel Féminin, que se condense l'essentiel de la quête scévienne (Yves Giraud, Maurice Scève, De Villon à Ronsard: XVe-XVIe siècle, 1986 - books.google.fr).

Diotime est une pr√™tresse de Mantin√©e, grande initi√©e de M√©gare, dont Socrate aurait √©t√© le disciple, et mentionn√©e dans Le banquet de Platon. Le nom de Diotime signifie ¬ę celle qui honore Zeus ¬Ľ (dios) et Mantin√©e se rattache √† manteia, "la divination" (Pierre Dujols De Valois, La chevalerie amoureuse - Troubadours, f√©libres et rose-croix, 2014 - books.google.fr).

Délécluze déclare, dans son volume Dante et la Poésie amoureuse, que cet idéal poétique et son langage symbolique remontent à des temps très reculés. Il en retrouve la tradition chez la grande Prêtresse de Mantinée, Diotime de Mégare, qui la transmit à Socrate son disciple; celui-ci la légua à Platon. De la Grèce, la formule passa en Italie. On en retrouve des traces dans le Songe de Scipion commenté par Macrobe, le Livre du Pasteur, du prêtre Hermas, et la Divine Comédie en fut la plus haute expression. Dans le Tournoi poétique de la Wartburg, poème allemand du XIIIe siècle, Artaud-Haussmann rencontre les mêmes données troubadouresques, et il y est visible que l'amour légendaire des chevaliers pour les dames n'avait rien de commun avec certains appétits et le sens érotique qu'on lui prête aujourd'hui (Revue hispanique: Recueil consacré à l'étude des langues, des littératures et de l'histoire des pays castillans, catalans et portugais, Volume 39, 1917 - books.google.fr).

√Čros est articul√© par Platon, √† travers les paroles de Diotime, dans une dialectique o√Ļ il est assez clair que ce dont il s'agit c'est de le purifier pr√©cis√©ment de ses aspects de sexuation au profit d'une int√©gration de l'√©rotique sous une r√©f√©rence au Bien, et par l√† √† l'Un et au M√™me. Au terme de l'initiation il s'agit d'√™tre en mesure de voir (id√©in) le Beau en lui-m√™me (auto to kalon), pur, sans tache, sans souillure, exempt d'infirmit√©s (katharon) ; non m√™l√© √† quoi que ce soit d'autre (amikton) ; en un mot, qui ne soit pas infect√© par des chairs humaines, par des couleurs, dit Platon, et par all√©s polies phluarias thn√®t√™s, c'est-√†-dire toutes sortes d'autres niaiseries ou frivolit√©s, phluarias, mortelles (St√©phane Thibierge, Eros, mendiant ou inventeur contemporain, Figures d'Eros: actes de la journ√©e d'√©tude du 27 mai 1998, Universit√© Charles-de-Gaulle-Lille 3, 1998 - books.google.fr).

Dans le Banquet, Socrate réfute un éloge d'Eros fait par Agathon. Il porte le même nom que le pape romain du Concile de Constantinople de 680-681, mort en 682.

Socrate demande √† ses compagnons la permission de reproduire le contenu d'un entretien qu'il eut sur ce sujet avec Diotime, la pr√™tresse de Mantin√©e (201 d - 212 c). La solution propos√©e par Diotime consiste √† attribuer √† √Čros non pas le statut de dieu, mais celui de daim¬Įon, √† savoir d'un ¬ęgrand daimon¬Ľ ("daim√īn mega), d'un ¬ęinterm√©diaire ¬Ľ ("meta") entre les hommes et les dieux. [...] Qu'√Čros soit plut√īt un daim√īn qu' un dieu √©tait certainement une d√©claration audacieuse, en contradiction avec la tradition po√©tique et religieuses. Platon attribue en effet √† Diotime un r√©cit sur la g√©n√©alogie d'√Čros diff√©rent par rapport √† ceux transmis par la tradition litt√©raire (203 b-e) : √Čros fut engendr√© pendant les f√™tes de la naissance d' Aphrodite par P√©nia, ¬ę Pauvret√© ¬Ľ, et par Poros, ¬ę Exp√©dient ¬Ľ. De sa m√®re il h√©rita son √©tat permanent d' indigence et de son p√®re sa hardiesse et sa ferveur pour ce qui est beau. Interm√©diaire, par son origine, entre privation et abondance il est situ√© √† mi-chemin entre la mortalit√© des humains et l'immortalit√© des dieux, entre le savoir et l' ignorance (203 e).

L'initiation d√©crite par Diotime am√®ne l'√Ęme du monde sensible √† l' univers intelligible ‚ÄĒ de la beaut√© d'un corps particulier √† la beaut√© des corps humains en g√©n√©ral, et de la beaut√© corporelle √† la beaut√© des √Ęmes ‚ÄĒ pour aboutir √† la contemplation de la de la Beaut√© intelligible. Pour d√©crire cette exp√©rience Platon utilise un vocabulaire emprunt√© aux myst√®res (en particulier ceux d'√Čleusis), et on a pu sugg√©rer que la partie du dialogue qui va de la fin du discours d'Agathon √† la fin du discours de Diotime repr√©sente une transposition philosophique de l'initiation aux myst√®res d'√Čleusis. Il n'est pas indiff√©rent, dans cette perspective, que trois des personnages qui participent au banquet (Ph√®dre, √Čryximaque et Alcibiade) furent impliqu√©s dans l'affaire de la parodie des myst√®res d'√Čleusis, sacril√®ge qui leur a valu l'exil temporaire et la confiscation des biens. L'√©v√©nement eut lieu en 415 av. I.-C., tr√®s peu de temps apr√®s la date √† laquelle Platon situe le banquet auquel les trois convives auraient particip√©, et cette histoire n'est peut-√™tre pas sans relation avec la pr√©sence des myst√®res dans l'arri√®re-plan du discours de Diotime (Andrei Timotin, La d√©monologie platonicienne: Histoire de la notion de daim?n de Platon aux derniers n√©oplatoniciens, 2011 - books.google.fr).

Poussin, Assomption et l'Immaculée Conception

En dehors du cercle des Barberini, Poussin fut en rapport, au cours des ann√©es 1620, avec le prince Marcantonio Borghese (1601-1658) et avec le marquis Vincenzo Giustiniani (1564-1637). Pour le premier, qui, √† la diff√©rence des autres membres de la m√™me famille, ne semble pas avoir eu d'int√©r√™ts particuliers dans le domaine artistique, il peignit, en 1628, trois tableaux, non identifi√©s, qui devaient √™tre envoy√©s en Espagne, probablement comme cadeaux. Il s'agissait d'une Immacul√©e Conception et de deux demi-figures de Saint Jean l'√Čvang√©liste et de Saint Jean-Baptiste. Les tableaux de Poussin figurant dans l'inventaire de 1638 de la collection de Vincenzo Giustiniani, c√©l√®bre m√©c√®ne et collectionneur, sont √©galement au nombre de trois. La datation, tr√®s probl√©matique, de ces Ňďuvres (L'assomption de la Vierge, Washington, National Gallery; Le massacre des Innocents, Chantilly, mus√©e Cond√© ; Paysage avecjunon et Argus, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin Gem√§ldegalerie) oscille dans un laps de temps compris entre le milieu des ann√©es 1620 et le milieu des ann√©es 1630. Malheureusement, comme dans le cas de Giulio Rospigliosi, on n'a retrouv√©, √† jour, aucun document (en dehors de l'inventaire) qui puisse faire la lumi√®re sur les rapports entre Poussin et Giustiniani et fournir des √©l√©ments nouveaux pour la chronologie des peintures (Pierre Rosenberg, Nicolas Poussin: 1594-1665, R√©union des Mus√©es Nationaux, 1994 - books.google.fr).

Dans la collection de M. Peyron au XIX√®me si√®cle, on trouvait au n¬į 179 du catalogue "Deux compositions diff√©rentes de l'immacul√©e Conception. Sur papier blanc , √† l'encre de la Chine" (Pierre Marie Gault de Saint-Germain, Vie de Nicolas Poussin, consid√©r√© comme chef de l'√©cole fran√ßoise: suivie de notes in√©dites et de la description de ses principaux tableaux et du catalogue de ses oeuvres, 1806 - books.google.fr).

Au XVIIe si√®cle l'Immacul√©e Conception et l'Assomption n'√©taient que des ¬ęprivil√®ges [...] laiss√©s √† la libre appr√©ciation des fid√®les ¬Ľ. Bossuet avait une d√©votion particuli√®re pour la Vierge Marie qui occupe une grande place dans sa pr√©dication. Apr√®s avoir √©nonc√© les pr√©mices de ce qui deviendra le dogme de l'Immacul√©e Conception :

"(Marie) a d√Ľ recevoir l'immortalit√© par une r√©surrection anticip√©e. Car encore que Dieu ait marqu√© un terme commun √† la r√©surrection de tous les morts, il y a des raisons particuli√®res qui peuvent l'obliger d'avancer le temps en faveur de la sainte Vierge [...]. La sainte chair de Marie est une mati√®re trop bien pr√©par√©e pour attendre le terme ordinaire √† produire des fruits d'immortalit√©" (Sermon pour la f√™te de l'Assomption).

Il √©tablit un lien entre Immacul√©e Conception et Assomption : "Il ne la laissera donc pas dans le tombeau, cette chair qu'il a tant aim√©e; mais il la transportera dans le ciel, orn√©e d'une gloire immortelle." Bossuet insiste aussi sur la virginit√© comme vertu apte √† ¬ę contribuer dans les derniers temps √† la gloire des corps ressuscit√©s ¬Ľ : "La sainte virginit√© servira encore √† Marie pour lui donner cet habit de gloire ; et en voici la raison. J√©sus-Christ nous repr√©sente dans son √Čvangile la gloire des corps ressuscit√©s, par cette belle parole : ¬ę Ils seront comme les anges de Dieu [...]¬Ľ. Et c'est pour cela que Tertullien, parlant de la chair ressuscit√©e, l'appelle ¬ę une chair ang√©lis√©e [...]¬Ľ. Or, de toutes les vertus chr√©tiennes, celle qui peut le mieux produire un si bel effet, c'est la sainte virginit√© (C√©cile Joulin, La mort dans les oeuvres oratoires de Bossuet, 2002 - books.google.fr).

En 1638, Louis XIII voue la France à la Vierge Marie de l'Assomption, en remerciement de la naissance de Louis XIV (Christian Attard, Hercule et les bergers royaux - reinedumidi.com).

Les po√®tes et m√™me les th√©ologiens du moyen √Ęge trouvaient moyen, pour expliquer et illustrer la doctrine de l'Immacul√©e Conception, de comparer la Vierge √† Callisto, fille de Lycaon, roi d'Arcadie, √† Rhea Silvia, √† S√©m√©l√©, √† Dana√©, √† Alcm√®ne. Guillaume Alexis proteste avec raison contre ces comparaison profanes et il s'√©crie, dans l'Oraison √† la Vierge : Je ne vous veulx a femme comparer, Car onc femme ne fut fors vous parfaite. A la fin de la Declamation, Guillaume Alexis prend l'engagement de composer un ¬ę dit√© ¬Ľ de la Nativit√© de J√©sus-Christ. Le moine de Lyre a-t-il tenu parole? O√Ļ est ce po√®me ? Il faut le voir peut-√™tre dans le rondeau, d'allure un peu profane, Veuillent ou non, consacr√© √† la louange du ¬ę plus beau filz qu'on vit onc de deux yeulx ¬Ľ. Ce rondeau fut tr√®s populaire au XVe si√®cle, souvent imit√© et copi√©. On le retrouve dans le Verg√ģer d'honneur. Colletet l'avait reproduit dans ses Vies des po√ętes fran√ßois (Guillaume Alexis, Oeuvres po√©tiques, pr√©sent√© par Piaget, 1899 - books.google.fr).

C'est le Colletet des Illustres Bergers.

Callisto est métamorphosé en Grande Ourse, métaphore de l'Eglise pour Dante.

Marie est elle-même une figure de l'Eglise, comme le dit Olier, prêtre de saint Sulpice et fondateur du Séminaire du même nom, à la suite de saint Ambroise de Milan (De institutione virginis et S. Mariae virginitate perpetua ad Eusebium) (B. Schultze, La Mariologie sophianique Russe, Maria: études sur la Sainte Vierge, 1961 - books.google.fr).

Le v√©n√©rable M. Olier, qui est rest√© fid√®le, m√™me apr√®s sa mort, au principe de la vie cach√©e, car son g√©nie √©lev√© et ses sublimes √©crits sont encore presque inconnus, M. Olier, dis-je, qui avait le don de vue en Dieu, fit de la d√©votion √† la sainte Vierge la base et l'avenir de sa congr√©gation. Il a √©crit sur Marie des choses admirables, et a compris que tout le g√©nie du catholicisme √©tait dans le cŇďur de cette immacul√©e m√®re de Dieu. Il fit faire par le peintre Lebrun deux images mystiques qui sont comme la proph√©tie de l'avenir de l'Eglise et aussi les conceptions religieuses les plus avanc√©es, non- seulement pour son √©poque mais encore pour la n√ītre : l'une, qui √©tait le tableau du grand autel de la chapelle du s√©minaire, repr√©sentait le myst√®re de la Pentec√īte ; Marie, √©lev√©e sur une sorte d'estrade au-dessus de tous les ap√ītres, recevait la pl√©nitude du Saint-Esprit ; pr√®s d'elle, mais au-dessous, quoique plus √©lev√© que les autres ap√ītres, saint Jean, v√™tu de blanc, semblait assister Marie comme le diacre assiste le pr√™tre √† l'autel, et Marie en pri√®re faisait descendre le Saint-Esprit sur les autres ap√ītres prostern√©s autour d'elle. La seconde image, qui a √©t√© reproduite souvent par le pinceau et par le burin, repr√©sentait l'int√©rieur de la tr√®s-sainte Vierge. Marie √©tait repr√©sent√©e dans sa gloire c√©leste, ayant, pour ainsi dire, le Saint-Esprit pour cŇďur et toute remplie de sa lumi√®re, les mains crois√©es sur sa poitrine, en signe d'offrande et de sacrifice, et les yeux fix√©s sur le nom divin de J√©sus par lequel doit s'op√©rer le salut du monde : calme et dans une immobilit√© parfaite, environn√©e √† demi de nuages que repousse lentement la lumi√®re qui l'environne, la tr√®s-sainte Vierge repr√©sente √©galement dans cette image, et l'Eglise qui attend en paix le retour de ses enfants dans un si√®cle de trouble o√Ļ elle ne peut leur faire entendre sa voix, et la Soci√©t√© des sulpiciens cach√©s dans leur vie int√©rieure et agissant sur l'Eglise enti√®re par leur silence et leur abn√©gation. Aussi cette figure, si caract√©ristique, est-elle comme le signe et le symbole favori des pr√™tres de Saint-Sulpice qui c√©l√®brent tous les ans la f√™te de la vie int√©rieure de Marie et qui en placent l'image dans toutes les cellules de leurs s√©minaires comme un ornement indispensable (Paul Belouino, Dictionnaire g√©n√©ral et complet des pers√©cutions souffertes par l'√Čglise catholique, Volume 7, 1861 - books.google.fr).

L'Eglise n'√©tant donc point form√©e encore, le Fils de Dieu la re√ßoit pour √©pouse dans la personne de la Tr√®s-Sainte Vierge, qui est elle-m√™me, le membre le plus auguste de cette m√™me √Čglise, dont elle renferme d'ailleurs en √©minence toutes les gr√Ęces et toutes les perfections, ainsi qu'il a √©t√© dit (d'apr√®s les √©crits de Jean-Jacques Olier) (Jean-Jacques Olier, Faillon, Vie int√©rieure de la Tr√®s-Sainte Vierge, 1866 - books.google.fr).

Chez saint Paul, comme chez M√©thode d'Olympe (Patara) (Banquet, VIII, 7), c'est l'√Čglise qui est figur√©e par l'√Čpouse du Cantique et par la femme, qui a la lune sous ses pieds, de l'Apocalypse (Jean Dani√©lou, Le culte marial et le paganisme, Maria - Etudes Sur la Sainte Vierge, 1949 - books.google.fr).

Immaculée Conception et Bergers d'Arcadie

Glaucus en latin et en grec d√©signe une couleur bleu-vert. C'est aussi le nom du fils de Minos qui lui fit construire un tombeau (Le Serpent rouge : Le voyage de l‚Äô√Ęme : Philolaos, les Bergers d‚ÄôArcadie et le cube, La Croix d‚ÄôHuriel, ses anges et les humeurs : Michel en vert et la m√©lancolie).

La tradition qui le concerne nous viendrait, d'apr√®s P. Tannery√§ non pas d'Eud√®me √† qui remonte tout ce que nous savons des lunules, mais d'Eratosth√®ne, jeune contemporain d'Archim√®de : ce dernier dans une lettre √† Ptol√©m√©e III Everg√®te (245 av. J.-C.) nous montre, bien avant l'oracle rendu aux D√©liens, que le probl√®me de la duplication du cube √©tait d√©j√† c√©l√®bre √† Ath√®nes. Un po√®te tragique (Euripide ?) dans une trag√©die perdue (Polueidos [??]) l'a mis sur la sc√®ne. Minos, voulant √©lever un monument √† son fils Glaucus, dit √† l'architecte : ¬ę Pour un tombeau royal tu le prends bien petit. Il faut doubler le cube et ne pas t'y tromper ¬Ľ. Eratosth√®ne ajoute qu'Hippocrate ramena ce probl√®me √† l'invention de deux moyennes proportionnelles, et pr√©tend qu'il n'alla pas plus loin, ce dont il est permis de douter dans une certaine mesure ¬Ľ. (¬ę Hippocrate √©tait certes capable de ramener ce probl√®me √† une neusis (inscription entre deux droites donn√©es d'une droite de longueur donn√©e et dont le prolongement passe par un point donn√©), ce qui est le principe de la solution de la solution de Nicom√®de par la concho√Įde ¬Ľ. Le soi-disant passage d'Eratosth√®ne nous a √©t√© conserv√© par Eutocius : ¬ę Apr√®s que les g√©om√®tres aient √©t√© longtemps arr√™t√©s par la question, le premier, Hippocrate de Chio, trouva que si, entre deux lignes dont l'une est le double de l'autre on pouvait trouver deux moyennes proportionnelles, le probl√®me de la duplication du cube serait r√©solu. Mais alors le probl√®me est r√©duit √† un autre tout aussi difficile ¬Ľ. Von Wilamowitz a montr√© le caracr√®re apocryphe de toute cette histoire. La solution donn√©e par Minos aurait √©t√© de doubler le c√īt√© ! Or, du temps d'Euripide, de Sophocle et m√™me d'Eschyle, on savait depuis longtemps l'√©normit√© de l'erreur ainsi commise et que le cube √©tait octupl√© et non doubl√©, car on connaissait en Chald√©e, la valeur de 2 au cube au troisi√®me mill√©naire et sans doute bien plus anciennement. Von Wilamowitz pense que les vers doivent √™tre de quelque po√®te ignorant et obscur. L'histoire est continu√©e chez le pseudo‚ÄĒEratosth√®ne : Les D√©liens √† qui l'oracle d'Apollon avait ordonn√© de doubler un autel cubique du Dieu, auraient envoy√© des d√©l√©gu√©s aupr√®s de Platon √† l'Acad√©mie, pour lui demander la solution du probl√®me. Th√©on de Smyrne nous donne probablement la version plus exacte de ce que disait Eratosth√®ne (cette fois dans son ouvrage ¬ę Platonicus ¬Ľ) : Platon aurait r√©pondu que le Dieu ne demandait pas la solution du probl√®me, mais voulait avertir par l√† les Grecs qu'ils eussent √† faire plus de cas des math√©matiques et √† ne pas n√©gliger la st√©r√©og√©om√©trie. Quoiqu'il en soit de ces l√©gendes, ce qui concerne Hippocrate est √† peu pr√®s hors de doute. Il aurait vu que : si l'on a a/x = x/y = y/b alors a au cube / x au cube = a / b. La duplication du carr√© revient √† trouver une moyenne proportionnelle entre deux lignes. Il √©tait tentant alors de supposer que la d√©termination de deux moyennes proportionnelles entre deux lignes pouvait permettre d'atteindre la duplication cube. Platon dans le Tim√©e rappelle qu'entre deux nombres carr√©s on peut intercaler un nombre moyen proportionnel et qu'entre deux nombres cubes, on doit en intercaler deux pour former des propositions continues. Et il est probable qu'il emprunte ces deux propositions (qui sont d√©montr√©es dans Euclide, VIII, II et 12 aux d√©veloppements de la th√©orie pythagoricienne des proportions num√©riques. Hippocrate aurait ant√©rieurement essay√© d'√©tendre la proposition aux grandeurs g√©om√©triques (Abel Rey, L'Apog√©e de la science technique grecque: L'Essor de la math√©matique -, Volume 5, 2012 - books.google.fr).

Minos, ayant perdu son fils Glaucus, consulta l'oracle pour savoir ce qu'il √©tait devenu. Les Cur√®tes lui dirent qu'il avait dans ses √©tables une vache tricolore, et que celui qui trouverait la comparaison la plus juste pour exprimer ce ph√©nom√®ne, lui rendrait son fils vivant. Les devins ayant √©t√© appel√©s, Polyidus compara la couleur de cette vache √† celle du fruit de la ronce. Minos l'ayant forc√© √† chercher son fils, il le trouva par une pratique de son art. Le monarque lui enjoignit de le lui rendre vivant, et l'enferma avec le cadavre. Polyidus √©tait fort embarass√©, lorsqu'il vit un serpent qui venait vers le cadavre; craignant que ce serpent ne le fit p√©rir, il le tua d'un coup de pierre. Un autre serpent approcha et, voyant le premier mort, se retira et revint un instant apr√®s, apportant une certaine herbe dont il couvrit le corps de son compagnon, qui ressuscita par ce moyen. Polyidus, ayant remarqu√© cela avec admiration, mit cette m√™me herbe sur le corps de Glaucus, et le ressuscita ainsi. Minos refusa alors de le laisser partir avant qu'il e√Ľt appris la divination √† Glaucus. L'habile proph√®te se tira d'affaire par une supercherie, en faisant cracher dans sa bouche par Glaucus qui perdit ainsi son don.

C'est Polyidus qui apprit √† Bell√©rophon √† monter le cheval P√©gase. Bellerophon √©tait le fils d'un autre Glaucus, fils de Sisyphe, roi de Corinthe Le Serpent rouge : Le voyage de l‚Äô√Ęme : Philolaos, les Bergers d‚ÄôArcadie et le cube).

C'est en effet √† Pierre Ramus, grammairien du XVIe si√®cle, que nous sommes redevables de l'introduction du j dans la langue fran√ßaise. Epoque charni√®re, donc. Contemporain de Ronsard, n√© (vers 1515) dans le Vermandois, Pierre de La Ram√©e, dit Ramus fut r√©duit √† entrer comme domestique au coll√®ge de Navarre ; mais il √©coutait les le√ßons des professeurs et passait les nuits √† √©tudier. Au bout de trois ans et demi, il fut re√ßu ma√ģtre √®s arts dans l'universit√©. Personnage extr√™mement int√©ressant, Ramus osa attaquer Aristote et signaler les erreurs de sa dialectique dans deux livres publi√©s en 1543. Trait√© d'impie, ses ouvrages furent interdits et son enseignement supprim√© par la Sorbonne. Cependant, gr√Ęce √† la protection du cardinal de Lorraine, il devint professeur de philosophie et d'√©loquence au coll√®ge de France, embrassa le calvinisme, se retira √† Fontainebleau puis √† Vincennes et reprit sa chaire en 1563. Victime ‚ÄĒ h√©las ! du massacre de la Saint-Barth√©l√©my, ce grand philosophe et chercheur a laiss√© une v√©ritable somme apr√®s avoir proclam√© la raison comme le criterium supr√™me de la v√©rit√©, r√©form√© la logique, am√©lior√© la rh√©torique et servi les math√©matiques (Aguiaine, Volume 20,Num√©ros 7 √† 12, Soci√©t√© d'√©tudes folkloriques du Centre-Ouest (France), 1988 - books.google.fr).

Ramus fut l'un des premiers √† concevoir l'alg√®bre comme √©tant une forme d'analyse. En effet, pour r√©soudre alg√©briquement un probl√®me, nous proc√©dons en fait de la m√™me mani√®re que pour r√©soudre un probl√®me par l'analyse, mais habituellement sans refaire la synth√®se. En effet, en √©crivant une √©quation qui repr√©sente la situation, nous acceptons pour un instant que l'inconnue cherch√©e existe et qu'elle satisfasse une certaine relation exprim√©e par une √©quation. Ensuite, par un jeu de r√®gles de manipulation qui permettent de passer d'une relation √† une autre √©quivalente, on modifie cette √©quation pour arriver √† une relation, comme x = 2, qui, si elle est vraie, assure la v√©racit√© de la relation originale, et donc r√©sout le probl√®me. L'influence de Ramus se manifeste constamment dans l'Ňďuvre math√©matique de Vi√®te. On retrouve dans son In artem analyticem isagoge les trois lois de Ramus d√©crites dans son Scholae dialecticae de 1569. L'alg√®bre est resitu√©e dans le cadre d'un programme global portant le nom d'art analytique. Mais, surtout, mettant en pratique la deuxi√®me des lois fondamentales, il donne √† l'alg√®bre une toute nouvelle envergure (Fran√ßois Vi√®te: un math√©maticien sous la Renaissance, 2005 - books.google.fr).

Vi√®te n'est pas un protestant engag√©, mais sa proximit√© avec les premiers cercles calvinistes en fait un ennemi du parti de la Ligue. Ce dernier obtient son bannissement en 1584, et Vi√®te s'exile sur la c√īte vend√©enne. Il consacre ses ann√©es de repos √† l'√©tude des math√©matiques, ses plus grandes d√©couvertes datant de cette √©poque. (www.bibmath.net - Vi√®te).

On trouve, dans les ouvrages de R√©giomontanus, de Tartaglia G√©om√©trie & de Bombelli quelques probl√™mes de G√©om√©trie, r√©solus par le mixte moyen de l'Alg√®bre. Mais ces solutions isol√©es, & o√Ļ l'on employoit, dans chaque cas particulier, de simples nombres pour exprimer les lignes connues, n'√©toient pas fond√©es sur une m√©thode r√©guli√®re & g√©n√©rale d'appliquer l'Alg√®bre √† la G√©om√©trie, Viete est le premier q√Ļi ait donn√© une telle m√©thode. Le secours mutuel que ces deux Sciences se pr√™tent, fut pour notre auteur la source de plusieurs importantes d√©couvertes. Par exemple, il observa que toute √©quation du troisi√®me degr√©, contenant, en g√©n√©ral, ou une seule racine r√©elle & deux imaginaires, ou trois racines r√©elles; la racine r√©elle, dans le premier cas, se trouvoit par la duplication du cube & les trois racines r√©elles, dans le second, par la trisection de l'angle. On ne doit pas oublier n√©anmoins qu'il n'avoit qu'une id√©e confuse des racines n√©gatives, & que Descartes a commenc√© √† les faire conno√ģtre distinctement (Encyclop√©die m√©thodique: ou par ordre de mati√©res, Volume 1, 1784 - books.google.fr).

La lecture ET IN ARCADIA EGO du tombeau des Bergers, qui semble une juxtaposition de deux cubes, peut se faire sur la partie droite : ARCADIA / GO ou ARCA D'IAGO et √† gauche ETINE. IAGO serait saint Jacques dle Majeur qui passait en particulier en Espagne pour l'auteur de l'Ep√ģtre de Jacques (Nouveau Testament).

Comme elle est dans un ordre plus √©lev√© que toutes les cr√©atures, elle ne doit pas √™tre comprise dans les r√®gles communes; car autrement on ne pourrait pas l'exempter du p√©ch√© actuel, non plus que du p√©ch√© originel. Il est √©crit dans le IIe Livre des Paralipom√®nes (VI, 36), qu'il n'y a point d'homme qui ne p√®che. Saint Jacques nous enseigne, dans son Ep√ģtre catholique (III, 2), que nous offensons tous en beaucoup de choses; et saint Jean, le disciple bien-aim√© (Joan. I, 8), que, si nous disons que nous sommes sans p√©ch√©, nous nous trompons, et que la v√©rit√© n'est pas en nous. Cependant l'Eglise a d√©fini que la bienheureuse M√®re de Dieu n'avait point p√©ch√© actuellement, et ne croit pas qu'elle soit comprise dans les termes g√©n√©raux de l'Ecriture. Pourquoi donc ne pas faire la m√™me chose √† l'√©gard du p√©ch√© originel ? (Henri-Marie Boudon, La d√©votion √† l'immacul√©e m√®re de dieu, Oeuvres compl√®tes, 1856 - books.google.fr).

L'abb√© Henry-Marie Boudon (1624-1702), fut docteur, pr√™tre, puis archidiacre d'√Čvreux (fr.wikipedia.org - Henry-Marie Boudon).

Au simple niveau du choix des mots, J√©r√īme, en rectifiant les Vieilles Latines, a mis en usage pour des si√®cles un certain nombre de termes qui ont servi de fondements √† la r√©flexion th√©ologique chr√©tienne, pour le meilleur comme pour le pire, avant d'entrer dans l'usage courant, en latin, puis dans leur transposition fran√ßaise. [...] ¬ę Le salut ¬Ľ apport√© aux hommes par J√©sus-Christ √©tait pr√©sent√©, dans les Vieilles Latines, par des termes aux connotations m√©dicales (curare, sanare, ¬ę donner des soins ¬Ľ, ¬ę assainir ¬Ľ) ; mais en retenant salvare (¬ę sauver ¬Ľ), J√©r√īme indique que J√©sus peut non seulement gu√©rir les malades, mais aussi arracher les p√©cheurs √† leur mal, comme l'indique l'√©p√ģtre de Jacques (5, 15) : ¬ę La pri√®re de la foi sauvera le patient, le Seigneur le rel√®vera, et, s'il a p√©ch√©, il lui sera pardonn√©. ¬Ľ [...] En √©crivant gratia plena, ¬ę pleine de gr√Ęce ¬Ľ, au singulier, J√©r√īme fait de Marie un √™tre d'une saintet√© absolue, vivant d√®s sa conception dans un permanent ¬ę √©tat de gr√Ęce ¬Ľ, d'union parfaite avec Dieu, qui lui vaut, selon le dogme catholique, le titre d'Immacul√©e Conception (Pierre Monat, Histoire profane de la Bible: Origines, transmission et rayonnement du Livre saint, 2013 - books.google.fr).

L'Immacul√©e Conception n'est mentionn√©e dans aucun texte jug√© canonique par les √Čglises chr√©tiennes. Une source indirecte de cette croyance se trouve dans le Prot√©vangile de Jacques, texte apocryphe dat√© du milieu du IIe si√®cle. En r√©sum√© : Anne et Joachim, les parents de la Vierge, ne peuvent avoir d'enfant. Mais un ange leur appara√ģt √† tous deux, leur annon√ßant une naissance miraculeuse (fr.wikipedia.org - Immacul√©e Conception).

Il importe de signaler un passage du cantique que l'auteur du Protévangile de Jacques met dans la bouche d'Anne, après la naissance de Marie : "Je chanterai un cantique au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée et a enlevé de moi l'opprobre de mes ennemis. Et le Seigneur m'a donné un fruit de (sa) justice, fruit unique en son genre, riche (en effets bienfaisants) devant lui."

A la le√ßon : un fruit de sa justice maintenue par Tischendorf, M. Aman pr√©f√®re la le√ßon : un fruit de justice, attest√©e par plusieurs manuscrits et la version syriaque. Pour lui, ce fruit de justice d√©signe le repos et la s√©curit√© que le Seigneur a accord√©s √† Anne. On lit, en effet, dans lsa√Įe, c. XXXII, v. 17 : ¬ę La droiture habitera dans le d√©sert, et la justice s'√©tablira dans le verger; le produit de la droiture sera la paix, le fruit de la justice sera le repos et la s√©curit√© pour jamais. ¬Ľ

Le rapprochement est ing√©nieux, mais est-ce bien l√† le fruit de justice dont parle Anne dans son cantique? Ce fruit de justice que le Seigneur lui a donn√© ne d√©signe-t-il point Marie ? En maintenant la le√ßon : un fruit de sa justice, Tischendorf l'a sans doute pens√©. C'est l'interpr√©tation qui nous para√ģt de beaucoup la meilleure. Marie est appel√©e un fruit de justice, c'est-√†-dire un fruit de saintet√©, digne de celui qui l'a accord√©. C'est un fruit unique en son genre, qui renferme en lui toutes sortes de propri√©t√©s. Dire que la Vierge est un fruit de saintet√©, un fruit donn√© par la saintet√© de Dieu, n'est-ce point affirmer √©quivalemment qu'elle n'a pas contract√© la faute originelle ? Ce n'est point du texte d'Isa√Įe qu'il faut rapprocher notre passage, mais plut√īt de ces paroles de l'ange Gabriel au sujet de J√©sus : Quod nascetur ex te sanctum. (Luc, i, 35.) Toute proportion gard√©e et avec les r√©ticences qui s'imposent, Marie est sainte √† l'aurore de son existence comme J√©sus est saint (Martin Jugie, Le prot√©vangile de Jacques et l'Immacul√©e Conception. In: √Čchos d'Orient, tome 14, n¬į86, 1911 - www.persee.fr).

CROIX BLEUES

A Brescia

En venant de Mantoue, Maximilien Misson arrive à Brescia (Bresse) pendant son voyage en Italie en 1688 :

Oriflamme de Brescia

On garde √† la Cath√©drale avec une grande v√©n√©ration, ce qu'ils appellent l'Oriflame de Constantin: personne ne nous l'a p√Ľ d√©crire, parce qu'on ne le fait jamais voir pleinement. Le Sacristain qui nous a racont√© les vertus de cet Oriflame, nous a seulement dit que c'estoit une croix bleue de mati√®re inconn√Ľe, & que cette croix est la mesme qui apparut √† Constantin, avec ces paroles In hoc signa vinces, lors que cet Empereur combatoit contre Maxence mais il ne faut pas prendre garde √† ce discours. La croix, ou la figure de croix dont on parle, dans cette histoire de Constantin, n'estoit qu'un signe qui parut en l'air, & non pas une croix palpable. D'ailleurs, cette croix ne estse nomm√©e Or√≠flame; le terme Oriflame signifiant une mani√®re de drapeau, ou de banderolle. Mezeray raporte que les Rois de France de la seconde Race, faisoient porter √† la teste de leurs arm√©es, la Chape de S. Martin. Mais que la Race des Capets s'estant plus particuli√®rement attach√©e √† la d√©votion de S. Denis, ils prirent la banniere de cette Eglise ; laquelle banni√®re portoit le nom d'Oriflame. Je croirais donc que l'Oriflame de Bresse, pourroit estre le Labarum de Constantin; cet Empereur y ayant fait mettre le nom de Christ, apr√©s sa victoire contre Maxence. Pour parler plus vraisemblablement, disons si vous voulez , que cette Vision a bien la mine devenir ducerveaudequelqucvil√¨onnaire aussi bien que l'image resplendissante de la Vierge tenant entre ses bras le petit Jesus, que la Sibylle Tiburtine sit voir en l'air √† Auguste (Maximilien Misson, Nouveau voyage d'Italie, fait en l'ann√©e 1688: avec un m√©moire contenant des avis utiles √† ceux qui voudront faire le mesme voyage, Tome III, 1698 - books.google.fr).

On y revere particulierement une Croix de couleur bleue celeste, qu'on appelle l'Orofiamma, & que quelques-uns prétendent être la même pour la forme & couleur que l'histoire Chrétienne dit être apparue à Constantin, pendant qu'il combattoit contre Maxencius (Voyages du Sr. A. de la Motraye, en Europe, Asie & Afrique, 1727 - books.google.fr).

Le nom d'Aubry de La Motraye (1674 (?) ‚ÄĒ 1743) s'inscrit parmi ceux des voyageurs et des amateurs d'exotismes de la premi√®re moiti√© du XVIIIe si√®cle. Diplomate, agr√©√© par les cercles officiels anglais √† cause de sa foi protestante, mais aussi √† la cour de Charles XII, Aubry de La Motraye laissa quelques ouvrages contenant des impressions, des descriptions et des causeries sur les pays et les gens connus au cours de ses diff√©rents voyages, tant √† travers l'Europe que l'Asie et l'Afrique, comme par exemple : Trav√©ls through Europe, Asia and into part of Africa, with proper cutts and maps, containing a great variety of geographical topographical and politieal observations, London, 1723, bient√īt traduits en fran√ßais.

Pour les deux protestants de la Motraye et Misson, la croix est bleue, pour Lalande et Rogissart, l'√©tendard √©tait bleu et la croix rouge dans le milieu ou, pour Bruzen de la Martini√®re, la croix √©tait bleu c√©leste tirant sur le rouge (Joseph J√©r√īme Le Fran√ßois de Lalande, Voyage en Italie, Volume 7, 1790 - books.google.fr, Rogissart, Les D√©lices de l'Italie, contenant une description exacte du pa√Įs, des principales villes, de toutes les antiquitez, et de toutes les raretez qui s'y trouvent, 1707 - books.google.fr, Antoine Auguste Bruzen de la Martini√®re, Le grand dictionnaire g√©ographique, historique et critique, Volume 3, 1768 - books.google.fr).

Selon Pietro Bravo, le duc de Bavière Namo ou Naimo (cf. Naimes des chanson de geste) ou Aimone, compagnon de Charlemagne, gouverneur de Brescia, aurait offert à la ville deux croix, la croix de bois sacré et la croix del Campo ou Orofiamma, qui appartenaient à l'empereur, elles furent données au moine Aimone abbé du monastère de San Faustino. L'Orofiamma aurait été porté par l'évêque Albert lors d'une croisade contre les Sarrasins vers 1223 (Pietro Bravo, Storie Bresciane, Volume 2, 1840 - books.google.fr).

N√© vers 1577, d'une noble famille de Brescia, Dom Beno√ģt Castelli fut re√ßu √† l'abbaye de St-Faustin dans sa ville natale, passa, en 1600, √† Ste-Justine de Padoue, o√Ļ il eut l'occasion d'entrer en relations intimes avec Galil√©e, et fut son ami d√©vou√©. L'inquisition chercha √† l'abuser pour obtenir une lettre autographe originale de Galil√©e pour compl√©ter le dossier d'accusation. Lecteur √† l'universit√© de Pise, il y composa son c√©l√®bre travail sur la "Misura delle acque correnti". Il mourut √† Rome en 1643 (Bulletin d'histoire b√©n√©dictine, Volume 1, Abbaye de Maredsous, 1912 - books.google.fr, Thomas Henri Martin, Galil√©e: les droits de la science et la m√©thode des sciences physiques, 1868 - books.google.fr).

√Ä Brescia, il existait d√©j√†, depuis saint Gr√©goire le Grand, une maison religieuse d√©di√©e aux martyrs Faustin et Jovite ; elle √©tait abandonn√©e au d√©but du neuvi√®me si√®cle. En 841, l'√©v√™que Rambert la restaura et y implanta une communaut√© de b√©n√©dictins, d'o√Ļ le nom actuel de San Faustino Maggiore. Il publia aussit√īt une charte du 31 mai 841 justifiant cet acte par quatre raisons : rendre f√©condes les donations et les aum√īnes des fid√®les ; c√©l√©brer les myst√®res devant les tombeaux des martyrs ; profiter des pri√®res des saints religieux ; offrir une retraite aux √Ęmes avides de Dieu. Il demanda √† Angelbert, archev√™que de Milan, l'abb√© Leutgar et le moine Hildemar, d√©sign√©s pour la r√©forme des monast√®res, afin de donner son essor √† la nouvelle communaut√©, puis il √©tablit pour abb√© Magniard, moine du dioc√®se de Bergame (Ivan Gobry, De saint Beno√ģt d'Aniane √† saint Bruno, 750-1100: le temps des conqu√™tes, 2005 - books.google.fr).

Saint Faustin et saint Jovite, deux frères le premier prêtre et le second diacre, furent décapités à Brescia en 117; on les trouve mentionnés dans l'Appendix gregoriana (vers le XIIIe siècle). Ils sont fêtés le 15 février, jour des Lupercales romaines (Revue liturgique et bénédictine, Volume 2, Abbaye de Maredsous, 1912 - books.google.fr).

P√©tronax (720-751), l'abb√© lombard du Mont-Cassin, installa dans la grande abbaye le culte des saints de Brescia (Albert Dufourcq, √Čtude sur les Gesta martyrum romains, Volume 3, 1907 - books.google.fr).

Tous ces √©v√™ques, jusqu'√† Felix, pr√©d√©cesseur de Deusdedit, voir m√™me jusqu'√† Deusdedit lui-m√™me, sont consid√©r√©s comme saints √† l'√©poque o√Ļ est √©tablie la liste des lieux de s√©pulture; cela a certainement incit√© le clerg√© local √† situer √† tout prix leur tombe. Les lieux de s√©pulture sont tr√®s dispers√©s, puisque ces vingt-quatre √©v√™ques sont enterr√©s dans seize sanctuaires diff√©rents : Ces sanctuaires sont situ√©s aussi bien √† l'int√©rieur qu'√† l'ext√©rieur de l'enceinte urbaine, et certains se trouvent dans des bourgades assez √©loign√©es de Brescia. [...]

Rampertus reprend : ¬ęOr ils sont au nombre de trente, les √©v√™ques dont nous nous souvenons et qui ont c√©l√©br√© la messe sur l'autel consacr√© √† son nom et plac√© au-dessus de sa t√™te et, v√©n√©rant le jour de sa mort, ordonnant au peuple de Brescia de s'abstenir de toute activit√© mondaine, l'honor√®rent avec respect¬Ľ - suit la liste √©piscopale. Il en r√©sulte que la seconde pi√®ce du dossier a √©t√© ins√©r√©e post√©rieurement entre les deux textes dont elle rompt la continuit√©. Elle est d'ailleurs d√©pourvue de caract√®re rh√©torique, et se compose de trois notes historiques mises bout √† bout : un extrait du martyrologe de la cath√©drale, le texte de l'√©pitaphe de Filastrius qui se trouvait √† Sant'Andrea, la liste enfin de ses pr√©d√©cesseurs sur le si√®ge de Brescia, √©videmment destin√©e √† compl√©ter celle qui figure tout de suite apr√®s dans la translatio. Cette derni√®re liste faisait certainement partie du texte primitif de Rampertus. C'est en effet un des √©l√©ments fondamentaux de sa d√©monstration qui vise √† prouver la continuit√© du culte du saint √©v√™que depuis sa mort, afin de justifier la translation de son corps. [...]

C'est indubitablement sous la protection de l'ap√ītre qu'a voulu se placer Deusdedit de Brescia, mort apr√®s 680 et inhum√© √† San Pietro in Oliveto. Le patriarche Stephanus de Grado (avant 680), et peut-√™tre son second successeur, Christophorus, auraient √©t√© inhum√©s, non √† Santa Eufemia, mais √† San Giovanni Evangelista (Jean Charles Picard, Le Souvenir des √©v√™ques: s√©pultures, listes √©piscopales et culte des √©v√™ques en Italie du Nord des origines au Xe si√®cle, Volume 268, 1988 - books.google.fr).

296. Dopo s. Felice fu vescovo di Brescia s. Diodato. E d'importanza lo stabilire la data del suo vescovado. Certo √® che nell'anno 679 egli era vescovo, intervenne come tale al concilio di Milano tenutosi contra i Monoteliti (Labbeus tom. vii Concil. pag. 595), e col nome de' vescovi l√† radunati si ha la lettera sinodica a Costantino Pogonato imperator d'Oriente. Poi nello stesso anno, ovver nel seguente, fu al concilio tenutosi in Roma sopra lo stesso argomento, ed in quello sta la sua sottoscrizione in questi termini: Deusdedit episcopus sanctae. Ecclesiae Brixiensis in hanc suggestionem quam pro apostolica nostra fide unanimiter construximus, similiter subscripsi (Labb. tom. vm. Concil. pag. 707.). Ma era forse appena allora stato fatto vescovo? Si osservi che quel concilio si tenne in Roma per raccogliervi i voti di quei vescovi di Occidente i quali per essere vecchi non potevano recarsi al sesto concilio ecumenico che era per celebrarsi in Costantinopoli in quell'anno 680 contro il Monotelismo, onde essere poi la loro definizione mandata al concilio generale. Dunque il nostro s. Diodato era vecchio quando and√≤ a concilio romano. Ragion vuole adunque che ei fosse gi√† vescovo da anni. Disconviene forse che egli fosse vescovo da 24 anni ? Per questo ho creduto di attenermi al Faino, secondo il quale s. Diodato cominci√≤ il vescovado nel 656. E v'√® sicuramente maggiore probabilit√†. Avrebbe durato nel vescovado trenta anni, poich√® secondo la comune opinione mor√¨ circa il 687. E nemmeno in questo v' ha disconvenienza alcuna. 297. Se si avessero a spiegare i seguenti due versi Non templis, Arisque Deusdedit unius urbis; Sed tulit Antistes totius orbis opem. che del nostro s. Diodato scriveva il vescovo di Sarzina (Apud Fair. in Martyr. pag. 156) quanto ne sarebbe a dire? E della sua dottrina, e del suo zel√≤ sarebbe difficile il dirne abbastanza. Infatti che pu√≤ dirsi di pi√Ļ a laude di un vescovo, quando si ha detto che fu utile non solamente ai cristiani della sua ma a tutto il mondo cattolico? Niente per√≤ di positivo ci ha di lui conservato la storia. Quanto per√≤ congetturar si potrebbe a lande di questo nostro santo vescovo pei tenpi in cui egli fu ? Come si contenne egli in tanti disordini che occorsero allora nel regno de' Longobardi ? Sebben Grimoaldo si fosse fatto cattolico, e si fosse messo ad usar rispetto alla cattolica religione, era per√≤ un usurpatore: e chi sa che non simulasse la religione che prese a professare? E da un re che simuli in tale proposito che non dee temersi? Tuttavia si ha testimonianza che Grimoaldo molto elarg√¨ nella costruzione di un gran tempio in Brescia, il quale vuolsi che sia la Rotonda, o Duomo vecchio, del quale si dir√† qui subito. Si dee credere che il suo cadavere sia stato prima sepolto in s. Eusebio; perocch√® nella chiesa di s. Pietro in Oliveto si rinvenne insieme con le ossa di altri santi che a san Pietro in Oliveto erano state portate da quell' antica chiesa di s. Eusebio. Che che ne sia ora con le ossa di s. Paolino, o Paolo I, di s. Paolo II, di san Cipriano vescovi, e del martire s. Evasio sono state trasferite nella prepositurale basilica di s. Agata, e gi√† si √® detto che vi si onorano soleninennente. - 298. Si √® detto che nei due concili, l'uno di Milano l'altro di Ronra nei quali intervenne il nostro s. Diodato trattavasi del Monotelismo, eresia la quale, sebbene confessasse distinta in Ces√Ļ Cristo la divina e l'umana natura, contra quello che insegnavano gli Eutichiani, i quali volevano che per la Incarnazione si fossero confuse insieme le due nature di Dio e dell'uomo, ci√≤ non pertanto volea nel Verbo l'ncarnato attiva una sola volont√†, cio√® la divina. Era questo l'errore di quella et√†, e come sempre avviene che a sostener l' errore si riscaldino le menti e si moltiplichino i sistemi, era uopo che i vescovi di spesso si congregassero, anche senza essere regolarmente convocati. Quindi √® ben da credersi che il nostro s. Diodato entrasse di spesso nelle conferenze che i vescovi, anche eccitati dai romani cos√¨ fare, andavan tenendo, sopra un punto tanto essenziale, e sul quale troppo √® facile che il popolo resti fatalmente ingannato. 299. Biemmi ( Stor. Bresc. tom. 2 pag. 9) attribuisce ai tempi di s. Diodato la edificazione della Rotonda, volgarmente il Duomo vecchio (1). I nostri vecchi dissero ancora che fosse questo una volta tam tempio del paganesimo, convertitosi indi ad uso cristiano. Ma questa era supposizione senza alcun documento, ed anche fuor di ogni ragionevolezza. Prima che si ritrovasse la storia di Ridolfo Notario (Biemmi in principio del tom. 2 della sua storia ) si disse poi che ne era stata autrice Teodelinda mediante s. Felice nostro vescovo ( J. Crad. Brix. sacr. pag. 93 in not. 2.) Ma Biemnmi ritenne essere questa quella grande basilica che nella citt√† nostra cominci√≤ a fabbricare Marquardo luca di Brescia, il qual fu nei tempi del re Grimoaldo verso il 670; che ultin√≤ Frodoardo suo figlio, il quale nel ducato di Brescia successe al padre; e cui diede molto ajuto lo stesso re Grimoaldo con le sue elargizioni, come ricordava detto Ridolfo parlando di Raimone, che fu poi Conte della citt√† nostra dall'anno 777 al 789 ( Ridol. Not. ad ann. 778. ). 3oo. Ma Biemmi non ragionava ugualmente bene poi, lorch√® disse che nel 694 Brescia, dopo le rovine di Attila, fossesi rimessa in tutto come era avanti quel grande infortunio. Imperocch√® sebben si conceda che verso Oriente si estendesse fin dove or sono le mura di Torrelunga (e sarebbe un concedere molto, perch√® i luoghi dove or sono l'ex convento di s. Giulia, e Mercato nuovo, non furono cos√¨ presto compresi nel circuito della citt√†, come si ha dal Malvezzo: e nei tempi di la maggior estensione datasi alla citt√† nostra fu verso Occidente oltre porta Bruciata), per√≤ sul colle di san Fiorano, ed ai pi√® di esso fino ai tempi del Malvezzo non si era Brescia rimessa (2) Tuttavia pu√≤ ben essere che in detto tempo, cio√® verso il 694 si incominciassero le due borgate, che poi divennero grandi, l'una detta di s. Matteo a Rebuffone, l' altra di s. Andrea al luogo or detto il Roveroto, e che un prolungamento della borgata di s. Andrea fossero le abitazioni che erano nella valle del Goletto, detta anche la valle di s. Eusebio, dove era la famosa chiesa a questo santo intitolata. 301. Dalle cose qui sopra esposte si fa chiaro che la chiesa detta il Battisterio non fu la Rotonda, perch√® le due chiese ebbero diversi gli autori, ed anche perch√® furono erette in tempi diversi. Ma da Ridolfo Notario intendiamo che in Paravert, cio√® ora √® la piazza del Duomo, il Conte Raimone cominci√≤ un'altra basilica grande, la quale poi non fin√¨. Dov'era adunque questa grande basilica ? Chi lo sa? Ivi erano nei tempi di esso Conte gi√† la basilica di s. Pietro Maggiore fabbricata da s. Anastasio; poi il Battisterio fatto edificare da Teodelinda; indi la Rotonda eretta da Marquardo e da Frodoardo. Con nessuna di queste basiliche si confondea la basilica di Raimone, e non potea confondersi. Dunque √® sol certo, che nessuno di detti tre templi, i quali esistevano prima del 7oo, era la basilica di Raimone, la quale cominci√≤ a fabbricarsi verso il 78o. 3o2. Sarebbe inutile il congetturare se fino da quando s. Anastasio eresse verso il 61 o la basilica di s. Pietro Maggiore, come si √® detto, coltivasse il fine di farla cattedrale sostituendola all' antica cattedrale di s. Andrea. La popolazione si era gi√† fatta maggiore in questa situazione che nei luoghi dov'era la cattedrale di s. Andrea ai pi√® del colle s. Fiorano; e la citt√† tendeva a dilatarsi verso Occidente. Era dunque ragionevole che alla chiesa matrice si desse una situazione pi√Ļ centrale. Quello per√≤ che non giunse a fare s. Anastasio, forse perch√® non camp√≤ abbastanza, lo effettu√≤ probabilmente s. Diodato, poich√® fu compita la Rotonda verso il 68o. Infatti quando il B. Ramperto nell'838, vi port√≤ le ossa di s. Filastrio levandole dall'antica cattedrale di s. Andrea dicea di portarle nella nostra Cattedrale iemale (1): e ne parla in modo da farla intendere gi√† destinata a quest'uso da tempo prima di lui; e non sarebbe fuori di probabilit√† che osse usata a tale oggetto gi√† da cento cinquant'anni avanti che egli cos√¨ parlasse. 3o3. S. Diodato fu l'ultimo de' nostri vescovi antichi, cui fu dato il titolo di santo. Ai due che a lui succedettero fu attribuito quello di Domno, cio√® venerabile. Non importa che si immori a ricercare l ragione di tal differenza (V. Grad. Brix. Sacr. pag. 96) (Alemano Barchi, Storia dei santi martiri bresciani investigata nei primi nove secoli del Cristianesimo, 1842 - books.google.fr).

Diodato ou Deusdedit est fêté le 10 décembre à Brescia (Giammaria Biemmi, Istoria di Brescia, Tome I, 1748 - books.google.fr).

En 1083, Humbert II le Renforcé de Savoie fut avec l'empereur en Lombardie, et il conserva aux habitans de Brescia l'oriflamme de S. Faustin, que ces peuples avaient en une grande vénération, et que l'empereur voulait leur enlever (Cardinal Giacinto Sigismondo Gerdil, Nouveaux opuscules, 1852 - books.google.fr).

A Nevers

L'Ordre de la Conception, en Allemagne et en Italie, fut fond√© par Ferdinand, duc de Mantoue, et Charles de Gonzague de Cl√®ves, qui voulaient entretenir la paix et l'union entre les princes chr√©tiens, et contribuer √† d√©livrer les puissances du joug des infid√®les, institu√®rent cet ordre en 1618, et le mirent sous la protection de Notre-Dame et de saint Michel. Pour y √™tre re√ßu il fallait faire preuve de bonnes mŇďurs, √™tre sans reproches et non charg√© de dettes, √™tre n√© en l√©gitime mariage et noble de quatre races. Cet ordre a √©t√© brillant et consid√©r√©; mais il est insensiblement d√©chu et a fini par dispara√ģtre (Aristide-Michel Perrot, Collection historique des ordres de chevalerie civils et militaires, existant chez les diff√©rents peuples du monde, 1820 - books.google.fr).

Les membres de l'ordre portaient une croix bleue :

Crux erat caerulea similis Melitensi quo ad figuram, sed in medio habebat Adnunciationis imaginem (Joannes Caramuel de Lobkowitz, Theologia regularis. Videlicet in Sanctorum Benedicti, Basilii, Augustini et Francisci reg ulas commentarii etc. Ed. quarta. - Lugduni, Laurentius Anisson, Volume 2, 1665 - books.google.fr, Histoire de tous les ordres militaires ou de chevalerie, Volume 2, 1699 - books.google.fr).

Le P. Brudioli raconte que le cardinal Montalto avait, en 1613, b√Ęti pour les p√®res Franciscains de Frascati, une belle √©glise en l'honneur de l'Immacul√©e Conception, avec cette inscription sur la fa√ßade en grandes lettres: Ave Virgo sine peccato originali concepta. Paul V, lorsqu'il se rendait √† Frascati, l'avait admir√©e, et il affectait de v√©n√©rer d'une mani√®re particuli√®re la sainte Vierge, dont la statue ornait cette √©glise. Un jour que les adversaires de l'Immacul√©e Conception all√®rent se plaindre √† lui, de l'affectation avec laquelle les P√®res Franciscains v√©n√©raient le privil√©ge de la M√®re de Dieu, √† Frascati, Paul V les √©couta avec patience, et souriant √† leurs peines, il leur dit: Soit que vous vous adressiez au cardinal, soit que vous interpelliez les p√®res, il est probable qu'ils vous r√©pondront comme Pilate : Ce que j'ai √©crit, je l'ai √©crit; et ils n'y voudront rien changer. Mais voici ce que vous pouvez faire: rendez-leur la pareille. Tachez de trouver un pieux cardinal qui b√Ętisse, vis-√†-vis de l'√©glise des p√®res Franciscains de Frascati, une autre √©glise en l'honneur de la sainte Vierge, et √©crivez sur cet √©difice, en lettres encore plus grandes, cette inscription : Ave Virgo cum peccato originali concepta ! Je vous salue, √ī Vierge, con√ßue avec le p√©ch√© originel ! Je ne vous garantis pas qu'il soit facile de trouver un pareil cardinal ; mais vous pouvez vous adresser √† votre protecteur... Les adversaires de l'Immacul√©e Conception n'en demand√®rent pas davantage... Voy. les notes du P. Budrioli, ap. Ballerini, Syll. monum. t. n. p. 837. (J.B. Malou, L'Immacul√©e Conception de la Bienheureuse Vierge Maria, consider√©e comme Dogme de Foi, 1857 - books.google.fr).

Camille Borghèse (it. : Camillo Borghese), né à Rome le 17 septembre 1550, mort à Rome le 28 janvier 1621), fut élu pape le 16 mai 1605 sous le nom de Paul V (en latin Paulus V, en italien Paolo V) Tout en étant favorable aux recherches astronomiques, il laissa condamner les travaux de Copernic en 1616. Il reste célèbre pour avoir achevé la Basilique Saint-Pierre de Rome (fr.wikipedia.org - Paul V).

Gian Lorenzo Bernini, Buste du Pape Paul V

En Ethiopie, saint Antoine

La croix bleue était le signe distinctif d'un ordre hypothétique de Saint Antoine en Ethiopie fondé en 370 par le roi-prêtre Jean (Dictionnaire des ordres religieux, Tome I, Encyclopédie théologique, Volume 20, 1860 - books.google.fr).

On trouve encore une croix bleue dans un ordre formé en 1095, ou Clercs Réguliers en Occident du nom de saint Antoine, sous la Règle des Chanoines Réguliers de saint Augustin, & sous le nom de la Croix bleue de saint Antoine. Le Pape Boniface VIII ordonna, que les Frères Hospitaliers vivroient sous la Règle de saint Augustin, qu'on les appelleroit Chanoines Réguliers, que leur chef prendroit la qualité d'Abbé, & que toutes les Maisons de l'Ordre dependroient de saint Antoine de Vienne (Dom Beaunier, Recueil historique, chronologique et topographique des Archevéchez, Evechez, Abbayes et Prieurez de France, 1726 - books.google.fr).

Charles Beaunier (1676-1737) était moine de l'abbaye bénédictine Notre-Dame de Fontgombault dont les moines refusèrent de passer à la congrégation de saint Maur.

La fête de saint Antoine Ermite, le 17 janvier, est une date nonagonale.

"CE PAS DE CHEVAL"

On trouve cette expression dans la traduction de "La nature des dieux" de Cicéron (Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, avec des remarques de M. le président Bouhier sur le texte de Cicéron, traduit par l'abbé Pierre-Joseph Thoulier Olivet, 1732 - books.google.fr).

Il s'agit des traces du cheval de Castor au bord du lac Régille près de Frascati présentées comme une preuve de l'existnce des dieux.

Il existe des lieux-dits en France portant le nom de Pas de saint Martin (les chrétiens n'ont rien inventé) comme du Saut de la Bergère (près de La Bourboule).

Le Trau del Cavall à Vingrau est parfois appelé "Pas du Cheval" (gilbertjullien.kazeo.com - Le Trau del Cavall).

Il se trouve sur la transversale de la Croix des Prophètes (Lourdes-Leucate).

Vingrau se distingue pour son église paroissiale actuelle qui est dédiée à Notre Dame de l'Assomption, comme l'ancienne église. Elle contient un retable attribué à Louis Généré, contruit entre 1681 et 1683, le retable du Rosaire de 1719, celui de la Sanch du XVIIIe siècle, ainsi que des statues datant du XVIIe et XVIIIe siècle (www.vingrau.fr, (histoireduroussillon.free.fr).

Byzance et Athéna : Bellérophon, un cheval

Il n'est pas douteux qu'aux yeux de Marinos dans sa Vita Procli, Proclus a v√©cu, de la naissance √† la mort, sous la protection sp√©ciale et singuli√®re de la D√©esse. Elle l'accueille quand il vient au monde. ¬ę A sa venue au monde, il est accueilli et il a comme pour sage - femme la d√©esse tut√©laire de Byzance. C'est elle qui alors fut cause de son existence, puisqu'il fut enfant√© en sa ville, et qui, plus tard, veilla aussi √† ce qu'il men√Ęt une belle existence alors qu'il √©tait parvenu d√©j√† √† l'enfance et √† l'adolescence. Car elle lui apparut en songe et l'appela √† l'√©tude de la philosophie. De l√† vient, je pense qu'il eut aussi une grande intimit√© avec cette d√©esse, au point qu'il en c√©l√©brait tout particuli√®rement les f√™tes et qu'il mettait plus d'enthousiasme √† en pratiquer les rites. ¬Ľ Entre l'√Ęge de quinze et de dix-huit ans, tandis que Proclus fait sa rh√©torique √† Alexandrie, l'un de ses ma√ģtres, L√©onas, l'emm√®ne √† Byzance. ¬ę C'est une bonne fortune, dit Marinos, qui le ramenait √† la d√©esse qui avait √©t√© cause de sa naissance : car c'est alors que, quand il fut arriv√©, elle l'engagea √† visiter aussi les √©coles d'Ath√®nes pour l'√©tude de la philosophie. ¬Ľ Quand donc Proclus, avant d'avoir achev√© sa vingti√®me ann√©e, m√©content de l'enseignement des ma√ģtres d'Alexandrie, s'embarque pour Ath√®nes, ¬ę il se ressouvient de la vision et de l'appel d'Ath√©na dont il avait joui √† Byzance ¬Ľ. Et pr√©cis√©ment, d√®s son arriv√©e au Pir√©e, c'est la d√©esse encore qui l'accueille √† Ath√®nes, dont on peut bien dire qu'elle est la civitas Minervae, comme Sienne est la civitas Mariae. [...] La religion de Proclus, successeur et h√©ritier de Platon, accueilli comme tel √† Ath√®nes par Ath√©na elle-m√™me, sera une religion contemplative, une mont√©e vers Dieu par le moyen du "nous" [par la magie et la th√©rugie] (Andr√© Jean Festugi√®re, √Čtudes de philosophie grecque, 1971 - books.google.fr).

Constantin reprend aussi la tradition de certains de ses pr√©d√©cesseurs comme Trajan √† Rome, de construire une colonne triomphale au milieu d'un forum, grande place publique bord√©e de portiques qui porte aussi son nom (forum de Constantin) et qui est travers√©e parla M√©s√®, la principale art√®re de Constantinople. Au sommet de la colonne se trouvait une statue gigantesque en bronze, rapport√©e d'Ilion nous dit Malalas. Le lieu d'origine de la statue a son importance : il s'agit de rattacher Constantinople √† l'antique Ilion Troie, d'o√Ļ √©tait parti √Čn√©e, fondateur de Rome. Constantin aurait pens√© un temps fonder une cit√© √† son nom sur le site de Troie, mais il abandonna le projey au b√©n√©fice de Byzance. Cette statue are√ßu une nouvelle identit√©, celle de Constantin, conform√©ment au principe de r√©utilisation des statues dont la p√©riode fournit de nombreux exemples. La statue est tomb√©e lors d'une temp√™te au temps d'Alexis Comn√®ne, elle est donc perdueet son identit√© premi√®re est discut√©e. Constantin a peut-√™tre r√©utilis√© une statue d'Apollon, puisqu'il est d√©crit comme ayant des rayons autour de la t√™te ce qui caract√©rise le dieu solaire, dont il fut un temps le fid√®le. Constantin se serait associ√© √† une divinit√© solaire. Ce type se retrouve sur ses monnaies contemporaines. L'ensemble, colonne et statue, faisait 37 m√®tres de haut. Quant √† la colonne, incendi√©e accidentellement, elle a surv√©cu jusqu'√† nos jours, √† l'entr√©e de l'actuel grand bazar d'Istanbul. [...]

Malalas souligne la volont√© de Constantin de rattacher sa cit√© √† Rome. Il aurait fait venir une statue protectrice, le Palladion, antique statue d'Athena r√©put√©e √™tre tomb√©e du ciel √† Troie et emport√©e √† Rome lors de la fuite d'√Čn√©e. Constantin aurait plac√© cette statue √† la base de sa colonne (Jean-Claude Cheynet, Byzance: L'Empire romain d'Orient, 2012 - books.google.fr).

Dans l'entra√ģnement √† la guerre, la pyrrhique, la danse en armes pratiqu√©e dans le monde grec et en √Čtrurie, utilise le rythme de la musique. Or il existe une danse semblable pour les cavaliers : Bell√©rophon, l'inventeur de l'√©quitation, lorsqu'il re√ßoit le mors d'Ath√©na pour harnacher P√©gase, ¬ęsaute sur son dos, couvert de son armure d'airain, et aussit√īt lui fait ex√©cuter un pas guerrier¬Ľ. Ces vers de la XIIIe Olympique de Pindare ont pu √™tre inspir√©s par une pratique r√©elle d'entra√ģnement de la cavalerie, √† l'instar des exercices de l'arm√©e sybarite mentionn√©s par Pline. La musique, de par les qualit√©s rythmiques qu'elle mobilise, a une fonction de premier plan, aussi bien dans l'entra√ģnement militaire que dans le combat. La comparaison avec les √©poques modernes souligne l'efficacit√© et le haut degr√© de technicit√© atteint par un dressage du cheval √† l'aide de musique. Un tel dressage suppose en effet qu'on ait connaissance de la cadence du pas du cheval ainsi que de son oreille musicale. Selon sa forme, la musique peut en effet agir ¬ęcomme excitant, comme calmant ou comme r√©gulateur de la d√©pense √©nerg√©tique¬Ľ du cheval (Natacha Lubtchansky, Le cavalier tyrrh√©nien: Repr√©sentations √©questres dans l'Italie archa√Įque, Volume 320, 2005 - books.google.fr).

Dans la g√©n√©alogie pr√©sent√©e par Hom√®re (Il., VI, 153-155), Bell√©rophon est fils de Glaucos (bleu-vert), fils de Sisyphe, fils d'Eole (A. Moreau, La race de M√©duse : forces de vie contre forces de mort (H√©siode, Th√©ogonie, v. 270-336), Mort et f√©condit√© dans les mythologies: actes du colloque de Poitiers 13-14 Mai 1983, √Čdition Les Belles Lettres, 1986, p. 12).

Bien avant de porter le nom de ¬ę m√©lancolie ¬Ľ, cet √©tat douloureux fut d√©crit par Hom√®re au chant VI de l'Iliade. Le h√©ros que victimise ce d√©sordre de l'√Ęme, ce premier m√©lancolique grec, c'est le grand Bell√©rophon, petit-fils de Sisyphe, qui de ses mains nobles et courageuses dompta le cheval P√©gase, tua la Chim√®re et vainquit les Amazones. Pourquoi tout √† coup ce h√©ros recherche-t-il les d√©serts ? Pourquoi fuit-il la pr√©sence des hommes ? L'Iliade nous dit simplement : Objet de haine pour les dieux, il errait tout seul sur la plaine d'Al√©on, le cŇďur d√©vor√© de chagrin, √©vitant les traces des hommes (VI, 200-203). [...] Le mythe annonce la volont√© des dieux et du destin, il montre le h√©ros aux prises avec le destin et, comme c'est le cas pour Bell√©rophon, il nous le montre √©cras√© par la col√®re des dieux. De plus, le r√©cit d'Hom√®re nous dit clairement que les que les malheurs de Bell√©rophon ne sont pas le ch√Ętiment d'un manque de vertu. Bien au contraire, les √©preuves lui viennent d'avoir refus√© les avances coupables de la reine Ant√©e, √©pouse de PrŇďtos, qui br√Ľle d'amour pour le h√©ros et r√™ve de s'unir √† lui secr√®tement. Se voyant refus√©e, elle raconte au roi PrŇďtos que Bell√©rophon a cherch√© √† la s√©duire. La col√®re du roi entra√ģnera le h√©ros courageux dans une s√©rie d'√©preuves comparables aux travaux d'H√©racl√®s. Il en sortira vivant et vainqueur, mais d√©vitalis√© et en proie √† la ¬ę m√©lancolie ¬Ľ. Pourquoi ? Il n'y a qu'une seule r√©ponse possible dans le cadre de l'interpr√©tation mythique : parce qu'il n'a plus la faveur des dieux (Jean-Pierre Le May, Se tenir debout: le courage d'√™tre dans l'Ňďuvre de Paul Tillich, 2003 - books.google.fr).

Il y avait une statue de Bellérophon sur la place du Taureau (place taurique) à Constantinople.

Au reste les Byzantins commen√ßaient √† perdre le sens de l'art antique : pour eux Bell√©rophon √©tait Josu√© arr√™tant le soleil. Une Minerve fut d√©truite, entre les deux si√®ges, par les Grecs eux‚ÄĒm√™mes, parce qu'elle avait une main tendue vers l'Occident : ces ¬ę immondes imb√©ciles ¬Ľ l'accusaient d'avoir appel√© l'arm√©e latine (Nic√©tas).

Ce cavalier de bronze, qui passait pour Bell√©rophon ou pour J√©sus, fils de Nav√© (Josu√©), figure aussi parmi les statues magiques et proph√©tiques √©voqu√©es dans les Patria. On y relate que, sur le socle de la statue, √©tait inscrit le r√©cit de la fin de la ville, qui serait d√©truite par les Russes, tandis que le sabot ant√©rieur gauche contenait, comme une entrave ("empodion"), une toute petite figurine en bronze d'un homme agenouill√© et ligot√©. Celle-ci avait la m√™me signification de ce qui √©tait √©crit (sur le socle). Selon les Patria, ce monument aurait √©t√© amen√© d'Antioche. D'apr√®s les descriptions de Nic√©tas, l'interpr√©tation de la statue comme √©tant celle de Bell√©rophon ou de Josu√© √©tait fond√©e sur quelques d√©tails insignifiants dans la repr√©sentation du cavalier et de son cheval: l'imp√©tuosit√© de l'animal et l'absence de brides" suffisent pour y reconna√ģtre P√©gase ; le bras droit lev√© et le globe dans la main gauche deviennent des signes caract√©ristiques de Josu√©. Les auteurs modernes, comme Mango et Dagron 12, pensent plut√īt que cette statue n'√©tait autre qu'une statue √©questre imp√©riale, peut-√™tre celle de Th√©odose 1er ou de Th√©odose II, qui avaient en effet un monument de ce type au Forum Tauri. Avec le temps la vraie identit√© du cavalier serait tomb√©e dans l'oubli. Pour Dagron le Bell√©rophon-Josu√© ne serait qu'un exemple typique du jeu des changements d'identification et de la polys√©mie auquel les habitants de Constantinople soumettaient les statues non pas vides mais libres de sens (Jeannine Vereecken, Le cavalier-gardien de Constantinople, La spiritualit√© de l'univers Byzantin dans le verbe et l'image, 1997 - books.google.fr).

Fille de Typhon et d'√Čchidna, la Chim√®re ravageait la r√©gion de Lycie (en Asie mineure), quand le h√©ros Bell√©rophon re√ßut du roi Iobat√®s l'ordre de la tuer. Il y parvint en chevauchant le cheval ail√© P√©gase. Hom√®re est le premier √† donner une br√®ve description de cette cr√©ature dans l‚ÄôIliade, o√Ļ il en fait un monstre ¬ę lion par-devant, serpent par-derri√®re, ch√®vre au milieu ¬Ľ, capable de cracher le feu. Il pr√©cise aussi que ce monstre fut √©lev√© √† Patara, en Asie Mineure, par le roi de Carie, Amisodar√®s. Ct√©sias, cit√© par Pline l'Ancien et par Photius (n√© vers 820, mort le 6 f√©vrier 891 (ou 897), √©rudit et homme d'√Čtat byzantin, patriarche de Constantinople), a identifi√© le mont Chim√®re comme une r√©gion o√Ļ des √©manations de gaz enflamm√© sont permanentes (fr.wikipedia.org - Chim√®re (mythologie)).

Saint Blaise est aussi li√© au volcanisme, il se r√©fugie dans une caverne du Mont Arg√©e, ancien volcan au sud est d'Ancyre (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Les parchemins : dans le texte).

Sous Constantin Pogonat, c'est-à-dire le Barbu, les Sarrasins s'emparerent de la Cilicie et de la Lycie. Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un miracle (Jacques Bénigne Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, Volume 1, 1814 - books.google.fr).

Méthode de Patara

Méthode évêque de Patara est fêté le 18 septembre, date nonagonale (Synthèse : Calendrier et Fin des Temps).

We shall not take any notice of some Latin Prophecies about Antichrist attributed to Methodius, that are Printed in the Bibliotheca Patrum, since it is agreed on all hands that they are not his (Louis Ellies Du Pin, William Wotton, A New History of Ecclesiastical Writers, Volumes 1 à 2, 1693 - books.google.fr).

Le r√©cit de la proph√©tie Tiburtina, attribu√©e √† la Sibylle de Tibur, refl√®te le sentiment de d√©sarroi face aux d√©chirements politiques et religieux que l'empire romain subit sous les successeurs de l'empereur Constantin. Cette nostalgie du grand empereur se manifeste de plus belle sous le coup des invasions islamiques et de la perte de la Terre sainte au VIIe si√®cle. La Tiburtina est alors remodel√©e pour pr√©dire la d√©faite des Arabes. L'Apocalypse de Saint-M√©thode, texte syriaque r√©dig√© en M√©sopotamie entre 644 et 678, et attribu√© √† l'√©v√™que de Patara du IIIe si√®cle, donne libre cours √† cet espoir, tout en reproduisant le sch√©ma des √©v√©nements relat√©s par la Tiburtina. L'abdication de l'empereur au sommet du mont des Oliviers est cependant substitu√©e au renoncement au pouvoir au Saint-S√©pulcre. La traduction grecque du Pseudo-M√©thode syriaque, sous l'appellation de Visions de Daniel - tout comme la proph√©tie sibylline - constitue un texte religieux qui a fortement contribu√© √† aur√©oler l'empire byzantin d'un halo mystique. L'empire romain d'Orient avait adopt√© l'ex√©g√®se chr√©tienne de la proph√©tie de Daniel ayant trait aux quatre royaumes universels successifs qui devaient r√©gir le monde jusqu'√† l'apparition de ¬ę l'homme de perdition ¬Ľ et le d√©but de l'Apocalypse (Dn. Il, 37-45 et VII). Byzance se consid√©rait comme le quatri√®me et le dernier royaume dont l'existence √©tait cens√©e durer jusqu'√† la consommation des si√®cles. La croyance s'√©tait solidement √©tablie selon laquelle le Basileus, par le fait qu'il poss√©dait la Sainte Croix, serait invincible jusqu'√† la fin des temps. L'image qui s'imposait √† tous les esprits √©tait celle de l'empereur H√©raclius √©crasant les Perses √† l'issue de son exp√©dition pour le recouvrement de la sainte relique au VIIe si√®cle. La venue de l'Ant√©christ et la dissolution de tout pouvoir temporel exigeaient des commentateurs que la lumi√®re soit faite sur la fa√ßon dont la fin de l'empire devait advenir sans que son prestige ne s'en trouve terni pour autant. Une explication plausible avait √©t√© trouv√©e dans la personne du ¬ę rex Romanorum et GrŇďcorum ¬Ľ qui selon la Tiburtina et le Pseudo-M√©thode devait de son plein gr√© renoncer √† l'empire et se d√©sister d√©lib√©r√©ment de tout pouvoir temporel, inaugurant ainsi de lui-m√™me le drame c√©leste de l'Apocalypse. Le ¬ę roi des Derniers Jours ¬Ľ devait √™tre ainsi l'ultime souverain avant la venue de l'Ant√©christ. Sa mort devait donc clore l'histoire humaine et ouvrir le drame divin culminant avec la Parousie. Le dernier roi chr√©tien √©tait charg√© de parfaire les desseins chr√©tiens de telle sorte qu'il ne lui resterait plus qu'√† rendre son pouvoir au Christ-Roi, qui apporterait alors la R√©demption totale aux humains. L'ultime monarque est directement inspir√© par le personnage de Constantin. Le sauveur mythique allie dans ses actes l'id√©al de l'empereur chr√©tien, tel qu'il s'√©tait manifest√© par l'image l√©gendaire de Constantin, avec les √©v√©nements de l'Apocalypse. Sans l'√©voquer explicitement, le Pseudo- M√©thode fait allusion √† un retour de Constantin, cens√© sauver les chr√©tiens du joug de l'islam vainqueur. Le ¬ę roi des Derniers Jours ¬Ľ constitue le reflet compl√©mentaire du premier empereur chr√©tien. Il rend au Seigneur les attributs de l'empire que Constantin avait re√ßu du ciel avec le labarum. Il cl√īt l'√®re de l'empire chr√©tien que Constantin avait ouvert, car l'abdication sur le lieu de la crucifixion proc√®de de la conception d'Eus√®be selon laquelle Dieu aurait investi Constantin de l'empire universel par la vision de la Croix. Le h√©ros proph√©tique appara√ģt √©galement comme le reflet terrestre du Christ. √Ä l'image du Messie, il apporte f√©licit√© et r√©demption √† l'humanit√© et, comme lui, il termine sa mission en haut du Golgotha, associant son identit√© et son r√®gne √† la Croix. Le Christ avait ouvert une √®re nouvelle, le roi de la proph√©tie la cl√īt. En tant que second Constantin, ¬ę Constantinus Redivivus ¬Ľ, le roi appara√ģt comme un reflet du Messie ressuscit√©, qui reviendra sur terre √† la fin des temps. Le Pseudo-M√©thode grec fut traduit en latin √† la fin du VIr si√®cle ou au d√©but du VIIe en Gaule m√©rovingienne par un moine nomm√© Pierre, peut- √™tre dans la tourmente des invasions arabes en Espagne et en Gaule. Cependant, si dans l'Orient grec les espoirs messianiques se sont cristallis√©s autour du souvenir de Constantin, dans l'Occident latin c'est l'empereur Charlemagne qui devient d√®s le IXe si√®cle le h√©ros de la cr√©ation litt√©raire proph√©tique. L'attente du retour d'un Constantin √† la fin des temps se transforma ainsi en l'attente de la venue d'un second Charlemagne, le Carolus Redivivus (Alexandre Y. Haran, Le lys et le globe: messianisme dynastique et r√™ve imp√©rial en France √† l'aube des temps modernes, 2000 - books.google.fr).

MIDI PAR LA POMMES : midi par-là pommes, la grenade et l'Immaculée Conception

La pomme grenade est le fruit attribut de la déesse Neith. Le grenadier pousse très bien dans le midi de la France et dans les pays méditerranéens (Gilbert-Urbain Guillaumin, Dictionnaire universel théorique et practique du commerce et de la navigation, Volume 1, 1839 - books.google.fr).

Au commencement du XVIIe si√®cle, c'est-√†-dire en 1618, la ville de Grenade [qui porte une grenade dans ses armoiries], en Espagne, √©rigea un v√©ritable monument en l'honneur de l'Immacul√©e Conception. Voici comment le d√©crit Mgr. l'archev√™que de Grenade, dans sa r√©ponse √† S. S. Pie IX : ¬ę Lorsqu'on arrive √† la ville de Grenade on aper√ßoit, devant la porte d'Illib√©rie, un vaste champ au milieu duquel s'√©l√®ve une colonne de marbre, √©lev√©e, sup√©rieurement sculpt√©e, orn√©e ¬ęd'un grand nombre de figures qui rappellent les glorieuses pr√©rogatives de la M√®re de Dieu, et surmont√©e d'une statue magnifique de la Vierge M√®re, entour√©e des attributs de l'Immacul√©e Conception, ayant sous ses pieds des nuages, la lune et des anges, et portant sur la t√™te une couronne compos√©e de rayons d'or et orn√©e de douze √©toiles. ¬Ľ Cette statue est calqu√©e, je pense, sur celle que Paul V avait fait √©lever devant le portail de Sainte-Marie-Majeure (Jean-Baptiste Malou, Iconographie de l'immacul√©e conception de la tr√®s-Sainte vierge Marie, ou de la meilleure mani√®re de repr√©senter ce myst√®re, 1856 - books.google.fr).

En 1618, à l'époque de la fondation de l'Ordre de la Conception par le duc de Nevers, sous Paul V qui approuva cet ordre.

En 1714, l'Archev√™que de Grenade et le Chapitre de la m√©tropole √©crivaient au Pape Cl√©ment XI pour le prier de d√©cr√©ter, comme article de foi, le myst√®re de l'Immacul√©e Conception de la Vierge Marie. Ils fondaient leur demande sur les sacr√©s canons, sur les Constitutions Apostoliques, sur la d√©votion du peuple chr√©tien envers la Vierge con√ßue sans p√©ch√© et sur les titres de la Tr√®s-Sainte M√®re de Dieu (Cardinal Thomas Marie Joseph Gousset, La Croyance g√©n√©rale et constante de l'√Čglise touchant l'Immacul√©e Conception, 1855 - books.google.fr).

La grenade est un attribut de la Vierge dans certaines oeuvres artistiques comme la Madone "Dreyfus" de verrochio, la Vierge √† la grenade de Botticelli, la Madone Stuppach de Gr√ľnewald. Elle peut repr√©senter l'Eglise en tant que communaut√© des croyants, la fertilit√©, l'abaondance (Pascal-Rapha√ęl Ambrogi, Dictionnaire encyclop√©dique de Marie, 2015 - books.google.fr).

La Grenade a √©t√© vue par Christophe Colomb le 15 ao√Ľt 1493 [jour de la f√™te de l'Assomption], lors de son troisi√®me voyage aux Indes. Avant l'arriv√©e des europ√©ens les Car√Įbes qui √©taient les habitants de l'√ģle lui avaient donn√© le nom de "Camerhogne". Colomb la nomma "L'√ģle de La Conception" en hommage √† 'L'immacul√©e Conception de La Vierge Marie'. Le troisi√®me nom √©tait "Mayo", mais les Espagnols qui ont vu une ressemblance avec le fruit grenade l'ont nomm√©e " "Granada". Les Fran√ßais l'ont chang√©e encore en 'La Grenade et les Anglais √† leur tour en 'Grenada' . L'√ģle de Grenade √©tait habit√© premi√®rement par les Arawaks et plus tard les Cara√Įbes. Les Cara√Įbes qui n'√©taient pas aussi nombreux que les Arawaks provenaient d'Am√©rique du Sud: Br√©sil et Guyane. Ce peuple Cara√Įbe vainquit les Arawaks. Plus de cent ans apr√®s le passage des Espagnols les Cara√Įbes vivaient en paix (Hilary C. Phillip, Description du Cr√©ole de la Grenade, Volume 1988, Partie 1, 1988 - books.google.fr).

En partie du fait des Indiens cara√Įbes, l‚Äôile ne sera pas colonis√©e pendant plus de cent ans apr√®s sa d√©couverte. Les premiers efforts par les Anglais pour la coloniser resteront vains. En 1650, une compagnie fran√ßaise, fond√©e par Richelieu, acheta Grenade aux Anglais et y construisit un petit √©tablissement. Apr√®s de multiples escarmouches avec les autochtones, les Fran√ßais firent venir une centaine de mercenaires wallons du Br√©sil n√©erlandais, ainsi que quelques renforts depuis la Martinique, qui mirent en d√©route les derniers Indiens. Entre 1690 et 1695, Louis Ancelin de G√©mozac fut gouverneur de l'√ģle. Le contr√īle de l‚Äô√ģle resta aux mains des Fran√ßais jusqu‚Äôen 1762 puis elle fut prise par les Anglais pendant la guerre de Sept Ans. Grenade fut formellement c√©d√©e √† l‚Äôempire britannique par le trait√© de Paris (1763). Les Fran√ßais reprirent son contr√īle en 1779 apr√®s la bataille de la Grenade dans le cadre de la guerre d‚Äôind√©pendance des √Čtats-Unis, mais elle revint finalement aux Anglais par le trait√© de Versailles (1783). Malgr√© des pressions sur ces derniers lors d‚Äôune r√©volte pro-fran√ßaise en 1785, Grenade demeura une possession anglaise durant le reste de la p√©riode coloniale. L‚Äôile devint un √Čtat ind√©pendant le 7 f√©vrier 1974 (fr.wikipedia.org - Histoire de la Grenade).

Les grandes Antilles sont Saint Domingue, Cuba, la Jama√Įque, & Porto-Ricco. Les principales des petites Antilles sont, Cura√ßao, la Trinit√©, la Grenade, Saint-Vincent, la Barbade, Sainte-Lucie, la Martinique, la Dominique, Marie-Galante, la Gouadeloupe, la D√©sirade [...], Antigoa, Saint-Christophe, Saint-Eustache, l'Anguille, Saint-Martin , Saint-Barth√©lemi, Saba, Saint-Thomas, & Sainte-Croix. Le cordon de ces isles ferme l'entr√©e du golfe de Mexique (Histoire Universelle, Volume 118, 1788 - books.google.fr).

L'Archev√™que de Saint‚ÄĒDomingue est Primat de toutes les Indes. Plusieurs Isles, comme la Martinique, la Guadeloupe, la Grenade, Saint Barthelemi, sont gouvern√©es pour le spirituel par diff√©rens Corps Religieux, sous un Pr√©fet apostolique (Jean-Fran√ßois Brezillac, Dictionnaire eccl√©siastique et canonique portatif, ou Abr√©g√© m√©thodique de toutes les connoissances n√©cessaires aux ministres de l'√©glise, 1766 - books.google.fr).

La grenade est un symbole de l'incarnation en Gr√®ce. A Eleusis, les hi√©rophantes √©taient couronn√©s de branches de grenadier pendant les Grands Myst√®res, mais le fruit sacr√© √©tait rigoureusement interdit aux initi√©s car, de par la ¬ę faute ¬Ľ de Pers√©phone, la grenade symbolisait la descente de l‚Äô√Ęme dans la mati√®re-prison.

Dans les mythes anatoliens de la conception d’Attis, sa mère Nana (ou Cybèle) fut fécondée par une grenade qu’elle avait posée sur son ventre.

Dans le zoroastrisme, la grenade, plus que tout autre fruit, prot√®ge de l‚Äôimpuret√©. Ing√©r√©e avec ses feuilles, elle purifie √† la fois le corps et l‚Äô√Ęme.

La grenade est, avec la datte et l‚Äôolivier, le fruit le plus cit√© dans la Bible. Les pr√™tres h√©breux portaient sur leur robe, l‚Äô√©phod, une bande d√©cor√©e de grenades bleues, de pourpre et d‚Äô√©carlate, tout autour du v√™tement (Exode 28, 31-34). Au Temple de J√©rusalem, on ne comptait pas moins de 400 grenades sur les chapiteaux des deux colonnes d‚Äôairain (I Roi, 7, 42). Les rabbins attribu√®rent √† la grenade le nombre de 613 graines qui est tr√®s exactement le nombre des injonctions que Dieu transmit √† Mo√Įse dans le Pentateuque et qui constituent les termes de l‚ÄôAlliance entre Lui et son peuple (www.dictionnairedessymboles.fr - Grenade).

La grenade se trouve dans les armoiries de La Pomarède (près Castelnaudary, Aude).

Al√©a Ath√©na, d√©esse dans le temple de laquelle fut perp√©tr√© le crime qui appela le "Jugement sde Mantin√©e" ne se d√©partit certainement pas des fonctions de d√©esse de la f√©condit√© qui appartenaient aussi bien √† Al√©a qu'√† Ath√©na. Dans le mat√©riel du sanctuaire classique un nombre important de poids de tisserand en forme de grenade ou l'offrande d'une figure en terre cuite repr√©sentant une femme drap√©e avec un porcelet dans les bras peuvent s'adresser √† la protectrice de la f√©condit√©. N√©anmoins, de m√™me que pour Ath√©na √† Ath√®nes, cet aspect a laiss√© peu de traces dans la T√©g√©e post-archa√Įque (Madeleine Jost, Cultes d'Arcadie, √Čtudes p√©loponn√©siennes, Num√©ro 9, √Čcole fran√ßaise d'Ath√®nes, 1985 - books.google.fr).

C'est Athéna qui change Arachnée en araignée qui file.

Al√©a est le surnom de Minerve qui lui fut donn√© par Al√©us Roi d'Arcadie, apr√®s lui avoir b√Ęti un temple dans la ville de T√©g√©e sa Capitale, sous le nom de Minerve Al√©a. Auguste, pour punir les Arcadiens d'avoir suivi le parti d'Antoine, enleva de T√©g√©e la Minerve Al√©a. On conservoit dans son Temple la peau & les d√©fenses du sanglier de Calydon (Andr√© de Claustre, Dictionnaire de mythologie, 1745 - books.google.fr).

Auguste après la bataille d'Actium enleva l'ancienne statue de Minerve Aléa avec les défenses du sanglier de Calydon pour punir les Arcadiens d'avoir porté les armes contre lui car tous avoient suivi le parti d'Antoine à la réserve des seuls Mantinéens.

On voit √† Rome la statue de Minerve Al√©a en allant √† cette place qu'Auguste a fait b√Ętir ; c'est une statue d'yvoire & un ouvrage d'End√©us. Quant aux d√©fenses du sanglier de Calydon, j'ai oui dire que cet animal s'en √©toit cass√© une en voulant d√©chirer tout ce qu'il rencontroit, chiens & chasseurs. L'autre est dans une chapelle de Bachus b√Ętie dans l'enceinte des jardins de l'empereur; c'est une dent longue de plus de demie aune. La Minerve Al√©a qui se voit aujourd'hui dans le temple a √©t√© apport√©e de chez les Manthur√©ens [peuple d'Arcadie] qui honoroient cette d√©esse sous le nom de Minerve Hippia parce que, disent-ils, dans le combat des G√©ans contre les Dieux, Minerve poussa son char contre Enc√©lade. Malgr√© cette premi√®re d√©nomination il a pl√Ľ aux Grecs & particuli√®rement aux peuples du P√©loponne√≠√® de donner √† cette statue le nom de Minerve Al√©a (Pausanias, ou Voyage historique de la Gr√®ce, Volume 2, traduit par Nicolas Gedoyn, 1731 - books.google.fr).

On croit pouvoir attribuer avec assurance √† la ville de Sid√©, en Pamphylie, des m√©dailles venus de Caramanie. Toutes les m√©dailles de cette ville ont pour types Minerve qui en √©toit la divinit√© tut√©laire & principale, & la grenade, fruit du grenadier, qu'elle avoit prise pour embl√™me, par allusion √† son nom ; Sid√©, en grec, signifiant une grenade. Sur un c√īt√© de ces deux m√©dailles, Minerve est repr√©sent√©e de la m√™me maniere, avec une grenade dans le champ; la seule diff√©rence est que dans l'une elle tient de la main droite une chouette, & dans l'autre une Victoire (Joseph Pellerin, Recueil De M√©dailles De Peuples Et De Villes, Volume 3, 1763 - books.google.fr).

Agatharchides dans son 19. liv. des choses de l'Europe, √©crit que les Grenades furent appell√©es Sides par les B√©otiens, ce que les Ath√©niens apprirent quand ils eurent des querelles √† d√©m√™ler avec eux, touchant les limites de leur Pais. Epaminondas deffendant sa cause dans cette dispute, mit en avant sur ce sujet, que les Ath√©niens eussent √† nommer du nom qu'il falloit, ce qu'il tenoit dans sa main gauche, & puis qu'il reprit de sa droite ; comme les Ath√©niens luy eurent r√©pondu Roe, pour nous autres, leur dit Epaminondas, nous l'appellons Side. Dans le lieu o√Ļ cette contestation s'agitoit, il y avoir force Grenadiers, d o√Ļ ce nom luy fut premi√®rement donne. Ainsi Epaminondas gagna sa Cause (Athenaeus (Naucratites), Les quinze livres des D√©ipnosophistes, traduit par Michel de Marolles, 1680 - books.google.fr).

L'abbé Michel de Marolles, né en 1600, proche des Gonzague-Nevers, meurt l'année suivante de sa publication de sa traduction d'Athénaeus de Naucratis, en 1681.

Dans le livre biblique de l'Exode, les Hébreux, partis de Ritma, ils campèrent à Rimmon-Péretz : 15ème étape de l'Exode (Bernard Hurault, Louis Hurault, La Bible des Peuples - books.google.fr).

Rimmon désigne la grenade en hébreu.

Jules Constant Salémi met en correspondance les étapes de l'Exode avec l'histoire chrétienne : l'étape Rimmon-Péretz porte sur les années 686-735, 5 ans parès le IIIème concile de Constantinoiple (Jules Constant Salémi, La Chair et l'esprit, 1967 - books.google.fr).

Dans la prophétesse Marie, soeur d'Aaron, chantant et dansant pour célébrer le passage de la Mer Rouge( Exode XV,20 et suivant), saint Ambroise voit également une image, une figure de l'Eglise. "Le Christ est le fiancé et l'époux de l'Ehglise ; mais le Christ est 'un époux d'une pureté virginale - sponsus virginae castitatis' : 'la patrie de la chasteté est dans les cieux - patria castitatis in coelo'. L'Eglise est 'vierge par la chasteté, et mère par la fécondité -Ecclesia virgo est castitate, mater est prole'" (B. Schultze, La Mariologie sophianique Russe, Maria: études sur la Sainte Vierge, 1961 - books.google.fr).

Toujours en rapport avec l'Exode, "Theodoret Evesque d'Ancire dit que le Buisson ardent a esté la figure de cette immaculée Conception" (Hyacinthe Le Febvre, Traité des trois états différents du Fils de Dieu en sa génération, dans son incarnation, saint sacrement, 1681 - books.google.fr).

Mo√Įse aper√ßoit Dieu au milieu du buisson ardent; il se prosterne et s'√©tonne que le buisson enflamm√© ne se consume pas. Ce buisson ardent figure Marie qui devient M√®re de Dieu, sans rien perdre de son int√©grit√© virginale : Rubum quem viderat Moyses incombustum, conservatam agnovimus tuam laudabilem Virginitatem, Virgo Dei Genitrix (Joseph Rombault, L'Eglise de l'Immacul√©e-Conception, 1876 - books.google.fr).

L’idole Rimmon adorée en Syrie, dans son origine ne dut son être qu’à la chose que signifie la parole Rimmon en langue Arabe & Chaldéene, c’est-à-dire, à une pomme de Grenade, qui dans les temps de barbarie fut probablement un Fétiche ou un objet sacré du culte dans l’Assyrie & dans la Chaldée (De l'usage des statues chez les anciens. Essai historique, 1768 - books.google.fr).

Par son symbole, la grenade, Hadad-Rimmon se rapprochait par plusieurs cot√©s des divinit√©s analogues √† Adonis (Charles Vellay, Le culte et les f√™tes d'Ad√īnis-Thammouz dans l'Orient antique (Sanchuniathon), 1901 - books.google.fr).

DE TENTATION QUE DIEU

Tension - tentations

¬ęL'ac√©die est avant tout une certaine atonie, une sorte de chute de tension des forces naturelles de l'√Ęme, qui rend l'homme incapable de se d√©fendre contre les "pens√©es" qui l'assaillent avec v√©h√©mence √† ce moment. De cet √©tat de rel√Ęchement g√©n√©ral naissent sentiment de vide et d'ennui, d√©go√Ľt, naus√©e, incapacit√© de fixer l'esprit sur quoi que ce soit, abattement, "anxi√©t√© du cŇďur"(Cassien). ¬Ľ L'ac√©die, que les anciens appelaient aussi ¬ę le d√©mon de midi ¬Ľ parce qu'elle s'attaque surtout au moine expos√© √† la chaleur accablante du milieu du jour, m√™le d'une mani√®re particuli√®re sentiment de frustration et agressivit√©. Elle a horreur de ce qui est l√† et joue en r√™ve avec ce qui manque. Elle est une sorte d'impasse de la vie de l'√Ęme. Nous ne lisons pas sans √©tonnement les descriptions s√©rieuses mais non d√©nu√©es d'ironie que font les moines √Ęg√©s et exp√©riment√©s des tentations li√©es √† l'ac√©die. L'ac√©die se manifeste sous forme de paresse spirituelle, mais aussi et en travers d'un activisme tr√©pidant (Christoph Sch√∂nborn, Aimer l'Eglise: retraite pr√™ch√©e √† Jean-Paul II au Vatican, en f√©vrier 1996, 1998 - books.google.fr).

N'accepte de tentation que celle qui vient de Dieu.

Le r√©formateur Viret a comment√© le Pater. En expliquant la demande : ¬ę Ne nous soumets pas √† la tentation ¬Ľ, il cherche √† innocenter Dieu de toute responsabilit√© dans le surgissement du p√©ch√© dans le monde. Le R√©formateur donne d'abord une d√©finition du verbe tenter : ¬ę Tenter est un mot pris des latins qui signifie exp√©rimenter et √©prouver et quelques fois assaillir. ¬Ľ Ainsi ¬ę Dieu est tent√© par les hommes quand, par d√©fiance qu'ils ont de lui, ils le veulent √©prouver ¬Ľ. Viret rappelle ensuite que selon Jac. 1, 13, Dieu ¬ę ne peut √™tre tent√© de faire le mal ¬Ľ. Ainsi ¬ę il ne peut √™tre √©mu, ni sollicit√©, ni induit √† mal √™tre tent√© de faire le mal ¬Ľ. Ainsi ¬ę il ne peut √™tre √©mu, ni sollicit√©, ni induit √† mal faire ¬Ľ28. Pourtant, il semble demeurer une contradiction entre le texte de Jacques et celui du Pater puisqu'en Jac. 1, 13, nous lisons encore que Dieu ¬ę ne tente personne ¬Ľ. Pour r√©pondre √† cette objection, Viret donne cet exemple : ¬ę Si j'ai un serviteur qui soit un larron et toutefois il veut √™tre estim√© homme de bien et pour en faire l'exp√©rience, je mets une bourse pleine d'argent devant lui, s'il l'empoigne et la d√©robe, n'est-il pas larron ? ¬Ľ Dieu nous tente, du seul fait qu'il nous offre ses dons parce que ses bienfaits seront pour nous p√©cheurs l'occasion d'un p√©ch√©. ¬ę Il (Dieu) tente comme j'ai dit du serviteur. En faisant ce que j'ai dit, je le tenterais, sans le tenter. Car s'il √©tait homme de bien, une tentation lui serait en honneur. ¬Ľ Ainsi, ¬ę Dieu nous tente, non pas pour nous induire √† mal, mais pour nous faire manifester la malice et l'infid√©lit√© de notre chair et l'infirmit√© d'icelle. ¬Ľ Si Viret s'√©tait content√© de cette explication, son ex√©g√®se serait irr√©prochable. Mais il ajoute des consid√©rations qui, prises hors du contexte que nous venons de mentionner, seront sources de malentendus : Ainsi il d√©clare : ¬ę Il (Dieu) tente en telle sorte que par sa tentation, les hommes ne sont pas seulement induits √† manifester leur malice, mais aussi √† la commettre. ¬Ľ Certes, Viret veut innocenter Dieu, car il ajoute : ¬ę Ia√ßoit qu'il nous ait induit en telle tentation, si est-ce toutefois qu'il n'est pas auteur de nos p√©ch√©s... qu'il n'a pas mis en nos cŇďurs la malice de laquelle ils sont issus, comme Satan, auquel ces choses sont propres. Mais il a justement puni p√©ch√© par p√©ch√©, comme il le peut justement faire comme prince et juge souverain. ¬Ľ Dans ce texte, Viret distingue fortement la responsabilit√© de Dieu et celle du diable. Mais dans d'autres phrases, il s'exprime sans respecter suffisamment les nuances : ¬ę Il n'y a point de contradiction ni d'inconv√©nient d'appeler une m√™me tentation de Dieu et tentation du diable. ¬Ľ Pourquoi ? Parce que ¬ę le diable n'est que comme un instrument et bourreau pour ex√©cuter l'ire et la vengeance de Dieu ¬Ľ. Et Viret approuve explicitement celui qui d√©fend cette th√®se : ¬ę La r√©solution est donc que toutes les tentations sont de Dieu comme de la premi√®re cause... et du diable comme de la seconde cause. ¬Ľ [...]

Viret souligne que les √©preuves sont des signes ‚ÄĒ il parle m√™me de ¬ę sacrements ¬Ľ ‚ÄĒ des promesses divines envers les √©lus. ¬ę Nous devons tenir les afflictions et les pers√©cutions non seulement comme un sceau, mais aussi comme un sacrement des promesses de Dieu par lesquelles, il nous assure et confirme que nous sommes de ses enfants. ¬Ľ (Georges Bavaud, Le r√©formateur Pierre Viret, 1511-1571: sa th√©ologie, 1986 - books.google.fr).

Viret dit aussi que Dieu tente les hommes pour "manifester les gr√Ęces qu'il a faites aux siens et du profit qu'ils en re√ßoivent".

Mais dans la tentation qui r√©v√®le la faillibilit√© de la chair, Viret trouve un exemple dans le cadre de l'Exode : "C'est de la tentation de laquelle Moyse parle quand il dit aux enfans d'Isra√ęl, Tu auras souvenance & te reduiras en m√©moire toute la voye par laquelle le Seigneur ton Dieu t'a men√© par le d√©sert l'espace de quarante ans pour t'affliger et te tenter pour scavoir ce qui estoit en ton coeur & si tu gardois ses commandemens ou non (Pierre Viret, Instruction chrestienne et somme g√©n√©rale de la doctrine comprinse √®s Sainctes Escritures, 1556 - books.google.fr).

DAEMON DE CLEF

Le terme daemon renvoie à une conception grec du démon c'est-à-dire à un génie. Le daemon pourrait être Priape.

Jusque dans La Clef des songes d'Artémidore de Daldis (bourgade proche d'Ephèse), le membre viril est assimilé, dans une même proposition, à la force génératrice et à la puissance du discours (Maurice Olender, Du concept au postiche, L'Infini, Numéros 17 à 20, 1987 - books.google.fr).

On pr√©sente en g√©n√©ral Art√©midore comme un Sto√Įcien du II√®me si√®cle apr√®s machin.

Il √©labora ou affina l'¬ęart divinatoire¬Ľ du d√©chiffrage des songes (on√©irocratie) dans sa Clef des songes, le plus fameux trait√© d'interpr√©tation des r√™ves de l'Antiquit√©, compos√© √† partir d'auteurs plus anciens. [...] D√®s le d√©but du XIXe si√®cle environ, ali√©nistes, m√©decins, psychiatres, psychanalystes ou neuropsychiatres, ont progressivement monopolis√© et m√©dicalis√© la culture onirique pour √©tudier le ¬ę d√©lire ¬Ľ et la nervosit√©, mesurer les ¬ę hallucinations ¬Ľ ou le somnambulisme, puis ouvrir la porte de l'¬ę inconscient ¬Ľ, avant de mod√©liser la physiologie du r√™ve n√© du sommeil paradoxal (Michel Porret, L'homme aux pens√©es nocturnes: Pierre Fr√©mont, libraire et explicateur de r√™ves √† Gen√®ve au si√®cle des Lumi√®res, 2001 - books.google.fr).

Dans l'Ňďuvre immense de Cardan, le trait√© des songes ne semble pas avoir √©t√© le texte le plus remarqu√© ou qui eut le plus d'influence. Ces Somniorum Synesiorum omnis generis insom- nia explicantes libri IIII, qui se pr√©sentaient comme un commentaire du livre antique de Synesius, furent publi√©s √† B√Ęle (chez H. Petri) en 1562, avec une d√©dicace au cardinal Charles Borrom√©e, archev√™que de Milan. [...] Le livre de Cardan est organis√© autour de la notion de signe, signum. En un sens , c'√©tait aussi le cas de l'Oneirocriticon d'Art√©midore, o√Ļ les r√™ves et les songes ¬ę signifient¬Ľ ("s√®mainein"), les uns les choses pr√©sentes, les autres les choses √† venir, o√Ļ le songe proprement dit est ¬ę s√©mantique ¬Ľ ("s√®mantik√®") des √©v√©nements de l'avenir. C'√©tait aussi le cas des interpr√©tations traditionnelles, selon lesquelles le songe est un ¬ę signe ¬Ľ fait au songeur par une divinit√©, un d√©mon, un astre. Si une originalit√© appara√ģt chez Cardan par rapport √† cette vulgate interpr√©tative, c'est par un d√©placement de ce qui √©tait entendu par la ¬ę signification ¬Ľ. Au d√©part, l'¬ę explication ¬Ľ que r√©alise Cardan ne se pr√©sente pas comme d√©ploiement d'un ¬ę sens ¬Ľ ou d'une ¬ę signification ¬Ľ qui seraient ind√©pendants du songe et auxquels le songe renverrait ; le substantif ¬ę significatio ¬Ľ semble m√™me absent du livre o√Ļ l'on trouve constamment les formes verbales significare, significari, significatum, comme elles sont constamment employ√©es dans le Liber de Judiciis geniturarum, o√Ļ chaque plan√®te, ses directions et ses r√©volutions ¬ę signifient ¬Ľ une chose. L'¬ę explication ¬Ľ est une op√©ration qui d√©gage un signifi√© et non la reconnaissance d'une signification pr√©alable √† cette op√©ration et ind√©pendante d'elle (Jacques Le Brun, La Jouissance et le trouble : Recherches sur la litt√©rature chr√©tienne de l'√Ęge classique, 2004 - books.google.fr).

Un bon démon : Priape

Anaximène fournit d'autres détails sur le culte des Lampsacènes pour Priape : les femmes, les filles et les garçons allaient chaque matin dans leur jardin lui baiser le membre, parce que la rosée qui exsudait de son bois de figuier, passait pour la conséquence des songes libidineux de sa nuit solitaire. Le soir, les filles et les garçons le lui frottaient, ainsi qu'on l'avait vu faire sur son char : c'était pour entretenir son érection et lui procurer de beaux rêves (Roger Peyrefitte, Les conquêtes d'Alexandre, 1979 - books.google.fr).

Le phallus, symbole de l'Herm√®s arcadien, est un signe que les P√©lasges ont re√ßu des Ph√©niciens, chez qui les rapports de Priape et d'Adonis sont attest√©s, o√Ļ Belph√©gor est un dieu ithyphallique. Le caduc√©e est √©galement ph√©nicien, d√©rivant de l'arbre sacr√© surmont√© du croissant, ou du b√Ęton sacerdotal qui se transforme en serpent dans l'Exode. Le serpent est le symbole du dieu fils, Agathod√©mon, Trophonios. ¬ę Sur le sceptre de Trophonios et le caduc√©e d'Herm√®s, c'est le serpent d'airain dont Mo√Įse dresse l'image dans le d√©sert ¬Ľ (Victor B√©rard, De l'origine des cultes arcadiens : essai de m√©thode en mythologie grecque, p. 294). Le b√©lier d'Herm√®s nous ram√®ne aussi √† Baal Hammon. Enfin, Plutarque mentionne un Adonis-Attis arcadien, tu√©, comme l'Adonis syrien, par un sanglier, et le tombeau d'Arcas, √† Mantin√©e, s'appelle ¬ę les autels du Soleil ¬Ľ (Revue critique d'histoire et de litt√©rature, recueil mensuel, 1894 - books.google.fr).

Peu √† peu, semble-t-il, Priape, divinit√© de Lampsaque, est devenu le dieu de l'Hellespont. Virgile √©crit : Hellespontiaci servet tutela Priapi, ¬ę Priape, dieu de l'Hellespont ¬Ľ. Ce glissement g√©ographique est tr√®s net dans les √©pith√®tes de Priape conserv√©es par la litt√©rature du temps d'Auguste, quand la d√©votion √† Priape, mise en parall√®le avec celle pour Dionysos et Pan. √©tait la plus forte. Il convient de s'interroger sur ce lien g√©ographique. D'autres cit√©s de l'Hellespont honorent-elles Priape, comme √† Lampsaque ? Priape est-il le seul dieu protecteur des espaces maritimes de l'Hellespont ? On dispose d'indices de la pr√©sence de Priape dans les autres cit√©s des D√©troits. [...]

Une √©pigramme d'Archias invoque Priape, dieu des marins, qui prot√®ge le Bosphore de Thrace : ¬ę sur cet √©cueil battu des flots les marins m'ont plac√©, moi Priape, comme gardien du d√©troit de Thrace ¬Ľ (Franck Pr√©teux, Priapos Bebryk√®s, Revue des √©tudes grecques, Volume 118, 2005 - books.google.fr).

Le Bosphore de Thrace, appelé aujourd'hui détroit ou canal de Constantinople, sépare l'Europe de l'Asie, et joint la Mer-Noire, autrefois le Pont-Euxin, à la mer de Marmara, ou Propontide. La mer de Marmara communique elle-même avec l'Archipel, ou mer Blanche, par le détroit des Dardanelles (Antoine-François Andréossy, Constantinople et le Bosphore de Thrace, 1841 - books.google.fr).

Les Latins donnent √† Priape l‚Äô√©pithete de rubicundus, ruber; ils le d√©signent quelquefois par les seuls noms de Phallus, d‚ÄôItyphallus, de bonus D√¶mon, ou bon g√©nie, de Fascinus, d‚ÄôOrneates de la ville d‚ÄôOrnea, voisine de Corinthe, o√Ļ il √©toit particuli√®rement honor√©; d'HellespoMicus, parce que Lampsaque est sur les c√ītes de l‚ÄôHellespont (Les m√©tamorphoses d'Ovide: traduction nouvelle avec le texte latin, traduit par Villenave, 1806 - books.google.fr).

Par Constantinople, on a donc un hypothétique gardien et daemon qui serait Priape, en apparence antithétique à l'Immaculée Conception.

L'√Ęne √©tait un attribut de Priape, et image de l'esprit/pneuma/logos lui-m√™me assimil√© √† la Vierge (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Stenay et Dagobert II : transgression du possible, et pet sur la terre, Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Dalle verticale de Marie de N√®gre : un triangle isoc√®le rectangle, Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Superposition de dalles et Saint Sulpice).

Bithynie

Th√©odose, √©v√™que de C√©sar√©e en Bithynie, qui √©tait monoth√©lite suivant en cela l'empereur, fut envoy√© aupr√®s de saint Maxime √† Bizye en Thrace o√Ļ il √©tait exil√© pour le convaincre de renoncer √† ce qu'il concevait comme orthodoxie (les deux volont√©s). Il semble que, √† l'inverse, Th√©odose fut convaincu des th√®ses de Maxime. (Alban Butler, Vies des p√®res, martyrs et autres principaux saints, 1843 - books.google.fr).

Au milieu de la place d'Espagne √† Rome, devant la grande fa√ßade du coll√®ge de la Propagande, s‚Äô√©l√®ve le monument de l‚ÄôImmacul√©e Conception (Colonna della Concezione), √©rig√© en 1856 par Pie IX. La statue de la Sainte-Vierge est support√©e, √† une hauteur de 80 pieds, par une colonne antique de marbre carystien. Sur les angles saillants du socle, sont assises les statues colossales de Mo√Įse, de David, d‚ÄôIsa√Įe et d‚Äô√Čz√©chiel, qui ont sp√©cialement pr√©dit le myst√®re de l‚ÄôImmacul√©e Conception. [...] De la place d'Espagne, on monte par un escalier monumental √† la Trinit√©-des-Monts et au Pincio (R. P. Rigaud, Souvenirs de Rome p√®legrinage √† l'occasion de la canonisation des martyrs japonais, 1862 - books.google.fr).

L'ob√©lisque du Pincio n'a que 9 m√®tres de hauteur. Il gisait au Moyen √Ęge √† un demi-mille des murs hors de la Porta Maggiore, dans une vigne appartenant √† la famille Saccoccia; peut-√™tre ornait-il, comme plusieurs autres, la spina d'un cirque, celui d'Elagabal (Circus Varianus). Les inscriptions et les et les bas-reliefs qu'il porte sont de facture romaine. L'empereur Hadrien s'y est fait repr√©senter avec sa femme, l'imp√©ratrice Sabina, et leurs noms se lisent dans les cartouches ; mais l'ob√©lisque fut surtout dress√© en souvenir et √† l'honneur du favori d'Hadrien, Antinous. [...] En 1633, l'ob√©lisque fut plac√© dans le jardin du Palais Barberini, puis transf√©r√© dans le Cortile della Pigna, au Vatican. Il fut plac√© au Pincio par Pie VII en 1822 (Emmanuel Rodocanachi, Les monuments de Rome apres la chute de l'empire: Le Colisee, Le Pantheon, Le Mausolee d'Auguste, Basilique de Constantin, th√©√Ętres, ar√®nes, 1914 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Ob√©lisque du Pincio).

Antinous fut honor√© dans toute l‚ÄôArcadie, √† Bithynie, √† Mantin√©e, √† Nicom√©die, √† Sardes, sous les symboles de Mercure. A l√©gard de la ville de Bithynion, l‚ÄôAntino√ľs y est repr√©sent√© dans plusieuts medailles avec les ailes au talon, & le Caduc√©e. Ce Mercure sous le nom a sousles symboles duquel les Arcadiens honoroient Antino√ľs, √©toit le Mercure Arcadien, le Mercure Pasteur, c‚Äôest par cette raison que dans d'autres medailles de Bithynie. Antino√ľs y ell: avec l‚Äôhabit de Pasteur, il a √† la main le Pedum Pastorale; mais to√Ľjours les ailes aux talons, pour marquer que c'est Mercure. Les Cyaniens le representoient aussi debout, nud, tenant de ses deux mains le Pedum Pastorale. Ces Peuples √©toient d‚Äôune ville de Bithynie, nomm√© Cio, de Cius, compagnon d'Hercule. On voit des medailles de Cia, qui nous marquent qu‚Äôelles furent frapp√©es par l'ordre du Proconsul, √† l‚Äėhonneur d‚ÄôAntino√ľs. Cio a aussi eu le nom de Prusia ; Alexandre s‚Äôen rendit ma√ģtre, & la d√©truisit par le secours d‚Äôun Prince de Bithynie, grand chasseur, qui se nommoir Prusa, ou Prusia ; mais depuis les Cyanniens reprirent leur ancien nom pour n‚Äô√™tre point confondus avec d‚Äôautres villes qui se nommoint Prusiennes.

Ceux de Mantin√©e qui ne vouloient point c√©der aux Bithyniens, rendirent aussi des grands honneurs √† Antino√ľs, ils le regard√®rent comme leur compatriote, comme un enfant n√© de leur sang, parce qu‚Äôil √©toit n√© en Bythynie, colonie sortie des Arcadiens aussi bien qu‚Äôeux. Ils lui √©leverent un Temple que l'Empereur Adrien enrichit de tableaux & de Statues de ce favori, ils √©tablirent des mysteres qui se celebroient tous les ans, & des jeux qui se renouvelloient tous les cinq ans (Charles de Riencourt, Dissertations sur le culte que les grecs et les romains ont rendu a Antinous, 1723 - books.google.fr).

Un autre Antinous appara√ģt plus t√īt dans l'Odyss√©e d'Hom√®re. c'est le chef des pr√©tendants de P√©n√©lope.

Le temps peut d√©sormais reprendre son cours ; l'√©poux tant d√©sir√© est revenu ; P√©n√©lope est pr√™te √† redevenir femme, la vie peut recommencer. La fa√ßon hom√©rique d'exprimer - donc de concevoir - le temps et les saisons diff√®re consid√©rablement de la n√ītre ; les faits naturels, les objets, les images m√©taphoriques expriment symboliquement la dur√©e, les √©ch√©ances, le changement. Or, le tissage / filage a une grande affinit√© avec le temps, qui s'exprime surtout dans l'image des Moirai : la dur√©e de la vie humaine est exprim√©e par la longueur du fil qu'elles tissent pour chacun √† sa naissance, les √©v√©nements de la vie fix√©s d'avance par cette m√™me activit√©. Le tissu qui a assur√© la survie et la p√©rennit√© po√©tique d'Ulysse a pr√©par√© en m√™me temps le sort funeste des pr√©tendants, et cela par l'intervention dans le d√©roulement du temps. Par cette image le po√®me introduit P√©n√©lope dans le domaine des Moirai. En disant cela, je me r√©f√®re √† la signification ultime de l'ouvrage, √† la toile-destin, dont l'accomplissement est associ√© au d√©nouement du po√®me. En revanche, la toile-ruse a express√©ment √©t√© plac√©e sous le signe d'Ath√©na (II 116). Le premier √©pisode vise √† montrer que toute l'incertitude, tout le d√©s√©quilibre d'Ithaque provient de l'opacit√© du personnage de la reine ; par la mise en question de son statut, le po√®te ¬ęactive¬Ľ au sein de l'√©pop√©e un th√®me cher √† la mythologie grecque, celui de la femme sollicit√©e comme cause de d√©sordre. Le th√®me du tissage est subordonn√© √† cette probl√©matique. Dans sa version, le pr√©tendant Antinoos donne vraiment un sens √† la ruse de P√©n√©lope quand il dit qu'elle n'a la t√™te qu'aux travaux d'Ath√©na, entendant par l√† ¬ęqu'elle se prend pour une petite fille¬Ľ. Tenir la toile pour illogique, c'est risquer de perdre toute la saveur du jeu po√©tique, la mise en sc√®ne de l'absurde √©tant en soi, selon Aristote, mati√®re de po√©sie. Bl√Ęmer P√©n√©lope, comme le fait Antinoos, parce qu'elle se consacre aux travaux d'Ath√©na, cela constitue √† soi seul un paradoxe ; nous pouvons le lever en y d√©celant un jeu de mots qui n'a de sens que ¬ętraduit¬Ľ en termes grecs : cette r√©f√©rence √† Ath√©na est ironique, Antinoos accuse P√©n√©lope d'avoir transform√© le tissage fun√®bre en tissage virginal, car elle a exprim√© par cette activit√© le refus du mariage. Le laconisme est, comme le disait Goethe, un art tr√®s hom√©rique. La toile, exemple √©loquent de cette stylistique, est un lieu privil√©gi√© de malentendu, une op√©ration souvent per√ßue comme une rupture de sens (Ioanna Papadopoulou-Belmehdi, Le chant de P√©n√©lope: po√©tique du tissage f√©minin dans l'Odyss√©e, 1994 - books.google.fr).

Au moment du massacre des prétendants, l'arc que saisit Ulysse chante comme une hirondelle et c'est sous la forme d'une hirondelle qu'Athéna y assiste, perchée sur une poutre de la salle, encourageant le roi d'Ithaque.

L'arc d'Ulysse, qui serait un arc angulaire (cf. arc en mitre) selon W.E. McLeod, est compar√© √† un instrument de musique, la phorminx, au chant XXI de l'Odyss√©e (vers 406-409). [...] Cette m√™me affinit√© est rendue de la fa√ßon la plus explicite, par les termes psall√ī et psalmos que le grec utilise volontiers pour d√©signer l'√©branlement, avec les doigts, des cordes de l'arc mais aussi de la lyre et de la cithare (Philippe Monbrun, Les voix d'Apollon: L'arc, la lyre et les oracles, 2007 - books.google.fr).

L'arc d'Ulysse était en bois de cornouiller (ailly.com - Le cornouiller).

C'est la corde de l'arc tendu et rel√Ęch√© qui met en action la fl√®che comme le fait la volont√© du corps de l'homme.

Pénélope finit sa vie à Mantinée.

Le village de Thana dans la r√©gion de Mantin√©e est √† rapprocher du mot albanais "than√ę" qui signifie cornouiller (Ch. Sym√©onidis, P. Asenova, Semantische Entlehnungen aus dem T√ľrkischen, Relations et influences r√©ciproques entre Grecs et Bulgares XVIIIe-XXe si√®cle, cinqui√®me colloque organis√© par l'Institut des √Čtudes Balkaniques de Thessaloniki et l'Institut d'√Čtudes Balkaniques de l'Acad√©mie Bulgare, 1991 - books.google.fr).

Dans l'Odyss√©e, Ulysse devient un homme de d√©sir et un homme d√©sirable, loin de l'asc√®se guerri√®re et du compagnonnage homo√©rotique de l'Iliade. Il redevient un p√®re, un √©poux et un fils, toutes facettes de son existence qui semblaient en suspens dans l'Iliade. M√™me la relationd'Ulysse avec sa marraine Ath√©na se transforme, Ath√©na n'est plus seulement une cheffe de guerre, comme dans l'Iliade, elle devient une amie, une complice des vis√©es d'Ulysse, si bien qu'ils font tandem, ourdissent ensemble des plans. Ainsi au chant XIII Ath√©na, qui appara√ģt sous la forme d'un jeune berger et demande au h√©ros son nom, s'√©crie : ¬ę Allons ! Laissons ces feintes, nous deux qui sommes experts aux ruses profitables ; car de tous les mortels tu es de beaucoup le meilleuren conseil et paroles, et moi, entre tous les dieux, je suis r√©put√©e pour ma finesse et mes bonnes inventions. [...] √Ä pr√©sent, je suis venue ici pour tramer avec toi un projet et cacher toutes ces richesses que les nobles Ph√©aciens t'ont donn√©es en pr√©sents, suivant mon dessein et mon conseil... ¬Ľ. Autre sc√®ne qui illustre cette complicit√©, apr√®s qu'Ulysse, ayant d√©barqu√© sur l'√ģle d'Ithaque, eut cach√© les tr√©sors ramen√©s de Ph√©acie dans une grotte, ils s'assoient c√īte √† c√īte sous un olivier sacr√©, pour manigancer la mort des pr√©tendants ¬ę pleins d'arrogance ¬Ľ (Camille Froidevaux-Metterie, Marc Chevrier, Des femmes et des hommes singuliers: Perspectives crois√©es sur le devenir sexu√© des individus en d√©mocratie, 2014 - books.google.fr).

PAX GARDIEN A DCLXXXI : PAX GARDIEN A(NNO) DCLXXXI

Le sixième concile général parlant à l'Empereur Constantin Pogonat, reconnoit de la manière la plus expresse le droit qu'il a d'y conserver la paix ; & S. Grégoire regarde l'Empereur Maurice, comme étant de droit divin le conservateur & le gardien de la tranquillité de l'Eglise (Apologie Des Jugemens Rendus En France Contre Le Schisme Par Les Tribunaux Séculiers, 1752 - books.google.fr).

Le surnom de Pogonat, qui signifie barbu, a été donné à Constantin, an rapport de Zonaras, parce qne lorsqu'il partit avec son père de Constantinople pour la Sicile, l'an 1416 (663), il n'avoit qu'une barbe naissante, et qu'il en avoit une à son retour de la Sicile après la mort de son père. Sans s'arrêter à ce récit, qui est contredit par celui des autres historiens, suivant lesquels Constantin Pogonat n'auroit point quitté Constantinople pour accompagner son père en Sicile, il est bon d'observer que le surnom de Pogonat conviendroit bien mieux à Constant II, père de Constantin, qu'à ce dernier, puisque c'est lui qui, sur les médailles, est caractérisé par une longue et ample barbe, tandis que Constantin a la barbe beaucoup plus courte et arrondie (Théodore Edme Mionnet, De la rareté et du prix des médailles romaines, Volume 2, 1827 - books.google.fr).

J. POUSSIN TENIERS A CHEVECE GARDENT LA : poussin téniers à chevece gardent là

Chevèce pour chevèche qui a eu la signification de tête et a désigné des animaux à grosse tête comme la chevèche (petite chouette), un poisson, un canard domestique (Léon Clédat, Revue de philologie française et de littérature: recueil trimestriel, Volumes 20 à 21, 1906 - books.google.fr).

En r√©f√©rence √† la mythologie, le nom latin scientifique de la chev√™che est Athene noctua, ce qui peut se traduire par ¬ę chouette d'Ath√©na ¬Ľ (Pierre Avenas, Henriette Walter, La myst√©rieuse histoire du nom des oiseaux, 2010 - books.google.fr).

C'est aussi un jeu, comme le jeu de l'oie ou de tric-trac attesté au XVIIème siècle.

On puise dans Rabelais les références à ce jeu et à un jeu de mot entre chevêche et chevecier, dignitaire ecclésiastique qui surveille le chevet de l'église et qui est chargé de la garde du trésor. Rabelais fait du chevecier un forme masculine de chevêche : "ce n'est mie une cheueche, il est masle, c'est un noble chevecier" (Livre V 8, 1562).

Demerson y voit en outre un jeu de mot avec m√Ęle et mal et renvoit au passage dans Rab III 12 (p. 412b): ¬ęPar ceste raison ne sera-t-il jamais pape, car testiculos non habet¬Ľ avec note 26: ¬ęOn affirmait que cette infirmit√© √©tait un emp√™chement pour les candidats √† la papaut√© depuis la l√©gende de la papesse Jeanne. ...¬Ľ. Une explication pareille du passage - plus d√©taill√©e - est fournie par par l'√©d. Lefranc, III 12 [74] note 46: ¬ęCf l. IV, ch. XLVIII: ¬ęCar il a couilles le pere sainct, nous le trouvons par nos belles Decretales, aultrement ne seroit il pape ¬Ľ L'origine de cette plaisanterie se rattache √† la l√©gende de la pseudo-papesse Jeanne. On pr√©tendait m√™me que l'une des deux chaises perc√©es en porphyre, o√Ļ le pape s'asseyait lors de son √©l√©vation au pontificiat, servait √† un examen. Mabillon (Diarium italicum, De sella Stercoraria) fait tr√®s justement remarquer que la premi√®re mention de ces si√®ges remonte au XIIe s., un si√®cle avant la naissance de la l√©gende de la papesse¬Ľ. (Kurt Baldinger, Etymologisches W√∂rterbuch zu Rabelais (Gargantua), 2001 - books.google.fr).

On sait que sous l'Ancien R√©gime il √©tait en effet des plus honorifiques d'obtenir en vue d'une audience ¬ę un billet de cabinet ¬Ľ permettant d'approcher le roi √† l'heure o√Ļ il usait de la chaise perc√©e. Etant donn√© le degr√© de civilisation atteint par la cour de France √† l'√©poque o√Ļ r√©gnaient ces mŇďurs et le raffinement de son √©tiquette, la chose consid√©r√©e sous son aspect purement mat√©riel et grossier est parfaitement inexplicable. Mais tout reposant sur la fa√ßon dont on interpr√®te les faits, on peut se m√©fier des chroniqueurs r√©publicains qui ont colport√© ce point d'histoire. Si l'on rattache l'acte en question aux traditions que nous venons d'exposer, il semble beaucoup moins choquant. Il est d'ailleurs fort probable que la pause sur la chaise perc√©e (figurant le rond dans le carr√© et donc la quadrature du cercle) √©tait purement symbolique et pr√©disposait le roi √† des paroles de clart√©. On peut bien s√Ľr s'√©tonner qu'un symbole aille se nicher l√†. Mais il est curieux de constater qu'en mati√®re de chirurgie l'instrument dont on se sert pour vider la vessie porte lui aussi le nom de cath√®te ‚ÄĒ comme le rayon vertical qui relie le rond au carr√© dans l'architecture de la cath√©drale (Laurence Talbot, L'histoire profane in√©dite, Volume 2, 1968 - books.google.fr).

Les joueurs de d√©s se r√©unissaient fr√©quemment dans l'enceinte du sanctuaire de Skiron (c'est vrai, du moins selon Pollux, IX, 96) o√Ļ se trouvait un temple d'Ath√©na avec ses devins de sorte que skirapheion devint synonyme de kubeuterion (c'est vrai, du moins selon Photios, patriarche de Constantinople, s. v. skiraphia); les devins de Skiron, malgr√© tout, ne sont pas des astragalomanteis, pratiquant la divination par les osselets, mais par les oiseaux (c'est vrai, du moins selon H√©sykhios qui, douze si√®cles apr√®s, faisait encore un √©cho lointain et assourdi √† ses compatriotes historiens de Milet, s.v.); donc les oiseaux qui interviennent sur les repr√©sentations de joueurs de pessoi (de trictrac, non de d√©s, kuboi, ni d'osselets, astragaloi, au demeurant) renvoient, renverraient - ici repose le sophisme ‚ÄĒ √† l'espace sacr√© skironien (Michel Costantini, L'ordinal camerlingue, L'image entre sens et signification, 2006 - books.google.fr).

Le tric-trac était connu des la plus haute antiquité : les Grecs l'appelaient Diagrammismos, et les Romains Duodena scripta (Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts, Hachette, 1861 - books.google.fr).

A Constantinople, La destination que Th√©odose donna au temple de V√©nus s'explique d'elle-m√™me. Quant a la transformation du temple de Diane en un local destin√© aux jeux de d√©s, nous aurions d√Ľ faire observer que c'est √† la d√©esse de la Lune que l'antiquit√© rapportait toutes les vicissitudes physiques et morales du monde, dont le jeu de d√©s √©tait consid√©r√© comme l'image. Il fut regard√© comme tel jusque dans le moyen √Ęge byzantin (Man. Phil., carm. V, in Cantacuzen, v. 857-61). Dans le temple de la fortune √† Argos, on montrait, d'apr√®s Pausanias (II, 20, 3), les d√©s que l'inventeur de ce jeu, Palam√®de, y d√©posa, dit-on (L'institut, Section 1: Sciences math√©matiques, physiques et naturelles, Volumes 14 √† 17, 1849 - books.google.fr).

Les Skirophories, d'une part, comme la f√™le Chaikeia ou Athanaia, de l'autre, ont diversement influe sur la formation des Panath√©n√©es, dans les si√®cles post√©rieurs. Les Butades portaient des parasols blancs (Skiron), en l'honneur d'Ath√Ęn√Ę Skiras. plac√©e sous la garde d'un parasol, et qui est la m√™me qu'Ath√Ęn√Ę Boudeia, propice aux c√©r√©ales et qui les prot√®ge contre la trop grande violence du soleil. Le parasol indiquait l'abri, le toit qui pr√©servait du chaud comme du froid, et l'on pr√©tendait qu'on le portait pour annoncer par l√† qu'il √©tait temps de se choisir de nouveau un abri, d'√©lever une tente. Dans cette solennit√©, les Butades, pontifes d'Ath√Ęn√Ę Polias et de Poseidon Erechtheus, repr√©sentaient √©galement le sacerdoce de H√©lios, du soleil. Environn√©s d'un peuple nombreux, ils descendaient en pompe de l'Acropole, et se rendaient processionnellement au temple d'Ath√Ęn√Ę Skiras, situ√© dans un bourg de ce nom , en dehors de la cit√©. Arriv√© l√†, l'on y jouait un jeu appel√© les Skiraphies, ou encore Pessoi, Petteia, jeu de d√©s, dont le sens et l'origine sont inconnus, car l'explication de quelques anciens auteurs qui tend √† faire croire que ce jeu avait rapport √† l'apparition et √† la disparition des cinq corps plan√©taires, est sans vraisemblance; mais il est vrai de dire que, dans cette f√™te, il s'agissait de la prosp√©rit√© des r√©coltes et de l'√©loignement des influences funestes que pourrait apporter l'ardente chaleur de l'astre du jour. On disait que le premier bl√© avait √©t√© sem√©, la premi√®re r√©colte produite dans ce lieu du nom de Skiron, qui se trouvait sur la route d'Eleusis, circonstance qui semblerait prouver que, dans les Skirophories, quelque influence √©leusinienne avait d√©j√† modifi√© le culte original d'Ath√Ęn√Ę (Le Catholique: ouvrage p√©riodique dans lequel on traite de l'universalit√© des connaissances humaines, 1829 - books.google.fr).

Cr√©√© par Sc√®ve sur le substantif chev√™che, le verbe chevecher, qu‚Äôon ne retrouve ni avant ni apr√®s Sc√®ve, a d√©j√† fait couler beaucoup d‚Äôencre. √Ä la suite d‚ÄôHuguet, qui en fait un d√©riv√© de chev√™che au sens de ¬ę t√™ti√®re, harnachement de la t√™te du cheval ¬Ľ, Ian McFarlane y voit une allusion au bandeau de celui qui joue √† la mouche (en r√©f√©rence au premier vers du dizain 57). La plupart des autres critiques y lisent un d√©riv√© de chev√™che, ¬ę chouette ¬Ľ, et s‚Äôing√©nient √† pr√©ciser le sens √† imputer au verbe, sans jamais prendre en compte le fait qu‚Äôau dizain suivant, Sc√®ve cr√©e un terme tr√®s exactement analogue qu‚Äôil place, comme de bien entendu, dans le dernier vers (¬ę Dont mes pensers guidez par leurs Montjoyes, / Se paonnoient tous en leur haut Paradis ¬Ľ). Le po√®te invite donc comme souvent son lecteur √† une br√®ve s√©quence narrative qui voit l‚Äôamant se d√©sesp√©rer avant de retrouver espoir : dans un cas, celui-ci ¬ę chev√™che ¬Ľ et fait la chouette ; dans l‚Äôautre, ¬ę il se paonne ¬Ľ ou fait le paon ; √† l‚Äôoiseau de nuit qui ulule (√† l‚Äôentr√©e chevesche, Nicot √©crit ¬ę Ulula, Noctua ¬Ľ) s‚Äôoppose le fier oiseau diurne connu pour sa parade amoureuse, qui retiendra notamment l‚Äôattention, √† la fin du si√®cle, de Du Bartas (¬ę Comme un paon qui navr√© du piqueron d‚Äôamour, / Veut faire piafard √† sa dame la cour ¬Ľ). Terme ¬ę emphatique ¬Ľ s‚Äôil en est, chevecher, qui constitue l‚Äôultime rime du dizain, r√©pond d‚Äôabord sans doute √† la premi√®re rime du po√®me, le jeu bien attest√©, mais mal connu de la chev√™che faisant possiblement √©cho √† celui de la mouche. Il permet ensuite d‚Äôouvrir sur le po√®me suivant, de cr√©er ainsi de fa√ßon √©conome une courte narration (D. 57-58), et m√™me de construire en pointill√© une s√©rie ornithologique (√©voquant Charles Quint, le dizain 55 parle de la m√©tamorphose de l‚ÄôAigle en ¬ę Autrusche errante ¬Ľ). Enfin, l‚Äôinvention lexicale de Sc√®ve permet de faire surgir, dans des dizains particuli√®rement abstraits consacr√©s √† l‚Äôanalyse de sentiments amoureux, des repr√©sentations visuelles, voire d‚Äôannoncer celles-ci, le trente-quatri√®me embl√®me √©tant consacr√© au paon (Jean-Charles Monferran, Le dictionnaire tout √† part soi de Sc√®ve : r√©flexion sur les mots nouveaux de D√©lie, 2013 - www.fabula.org).

Palamède est celui qui expliqua les éclipses aux Grecs de l'Iliade, selon Homère, et qui inventa le jeu de dés. La mise en relation du jeu et de l'astronomie se fait par le hasard.

Les √©clipses ont une grande importance pour l'astronomie. Ce sont elles qui ont ¬ę point√© ¬Ľ, dans le ciel, parmi les √©toiles, le parcours annuel du soleil, le cercle de l'√©cliptique. Ce dernier nom trahit d'ailleurs son origine : √©cliptique, lieu des √©clipses. Toute la technique de la science des astres a pour origine le rep√©rage de ce cercle. Il est le milieu de la ceinture zodiacale o√Ļ les plan√®tes √©voluent, avec assez de fantaisie, en apparence, mais sans jamais en sortir. Or on sait quel r√īle jouent dans les horoscopes, les places que les plan√®tes occupent parmi les signes, √† un moment donn√©. Que les combinaisons diverses ainsi form√©es soient r√©put√©es avoir une influence d√©terminante sur les destin√©es individuelles, ce n'est pas √©vident a priori. Une telle id√©e a besoin d'explication. C'est par les √©clipses qu'on peut, avec l'aide de l'histoire, s'en repr√©senter la gen√®se. L'effet g√©n√©ral et imm√©diat que produisent les √©clipses est l'effroi. Celles du soleil angoissent les animaux eux-m√™mes. Rien de plus naturel en somme. On constate, chez un tr√®s grand nombre de peuples, la croyance en un monstre qui assaillait les luminaires c√©lestes pour les d√©vorer. C'√©tait, chez les Egyptiens, une truie qui en voulait √† la lune, tandis que le soleil d√©faillait sous la menace d'Ap√īpi, serpent gigantesque, analogue √† celui qui rongeait les berges du Nil. Aux Indes, et cela d√®s l'√©poque v√©dique, on tenait pour responsable des √©clipses le monstre Rahou. Alors qu'en Chine on se repr√©sentait les campagnes du ciel parcourues par une lune sauvage, noire, d√©r√©gl√©e dans sa course errante, qui se jetait sur la lune ou le soleil, lorsque, par malheur, elle les rencontrait. Notre astronomie contemporaine conserve dans son langage une trace de ces croyances primitives. Elle appelle mois draconitique, mois du Dragon, la p√©riode comprise entre deux passages de la lune au m√™me ¬ę nŇďud ¬Ľ, le ¬ę nŇďud ascendant ¬Ľ, par exemple, c'est-√†-dire entre deux passages cons√©cutifs de bas en haut, du ¬ę dessous ¬Ľ au ¬ę dessus ¬Ľ, par le plan de l'√©cliplique. Mais le lieu de ce passage tourne autour de la terre. Lorsqu'il arrive sur la ligne droite qui joint la terre au soleil, la lune ou le soleil sont √©clips√©s, ¬ę tombent dans la gueule du Dragon ¬Ľ. Pour effrayer le monstre c√©leste et l'obliger √† d√©gurgiter sa proie, ou √† l√Ęcher prise, ou pour donner du cŇďur au porte-lumi√®re dans sa r√©sistance et le ranimer, on criait, on faisait du bruit avec des instruments sonores, on lan√ßait des javelots. Ce fut une coutume tr√®s r√©pandue, que l'on retrouve en Californie et chez les Groenlandais. Les Egyptiens en usaient ainsi quand le soleil d√©faillait √† la vue du serpent Ap√īpi. Les sol lats romains en campagne frappaient sur des bassins d'airain et soufflaient dans leurs immenses trompettes de guerre. Maximus de Turin, auteur patristique du Ve si√®cle, proclamait, dans son hom√©lie De defectu lunŇď, que de fortes clameurs √©taient efficaces pour porter secours √† la lune en danger. Il √©tait recommand√© par deux √©crivains allemands du moyen-√Ęge, Burkard de Worms et Eligius, de faire du bruit en cas d'√©clipse de lune et, en particulier, de prononcer les mots : Vince luna. Enfin, jusqu'en plein XIXe si√®cle, le code des c√©r√©monies officielles de l'empire de Chine prescrivait encore de tirer de l'arc et de battre du tambour pendant les √©clipses. C'√©taient l√† des rites magiques. Quand naquit l'astronomie, elle interpr√©ta scientifiquement la croyance populaire. Pour rendre compte d'√©clipses dont la production paraissait anormale, des astronomes grecs suppos√®rent quelque temps que des astres obscurs, circulant au voisinage de l'√©cliptique, venaient masquer √©ventuellement le soleil ou la lune. Un germe d'astrologie venait aussi de l√†. Les √©clipses parurent √™tre des pr√©sages sinon mauvais, du moins inqui√©tants, comme tout ph√©nom√®ne rare et qui inspire de la crainte (Jules Sageret, Le Hasard et la destin√©e, 1927 - books.google.fr).

Par les gr√Ęces d'une succession d'heureuses co√Įncidences arithm√©tiques, la p√©riode de 6 585 jours couvre √† peu pr√®s 223 mois (de 29,530588 jours) lunaires, 19 ann√©es (de 346,62 jours) des √©clipses, 242 mois (de 27,2122 jours) draconitiques et 239 mois (de 27,5546 jours) anomalistiques. C'est-√†-dire la p√©riode du Saros qui renferme 18 ann√©es plus 10 ou 11 jours, selon que l'intervalle de 18 ans consid√©r√© renferme 4 ou 5 ann√©es bissextiles. Rien qui exprime plus simplement le lien entre le hasard et la r√©gularit√©, qui ne confirme de mani√®re plus convaincante la th√®se de Lucr√®ce selon laquelle l'ordre n'est jamais qu'un cas particulier du d√©sordre. Nous voyons une suite de hasards heureux produire une r√©gularit√© qui ne t√©moigne nullement d'un ordre quelconque dans les choses, mais plut√īt d'un accident dans le cours normal des choses, vou√© au hasard. Il faut d'ailleurs distinguer ici entre deux niveaux de hasard. La r√©gularit√© des √©clipses manifeste en effet √† la fois un hasard physique, int√©ressant le monde, et un hasard math√©matique, ind√©pendant du cours des choses. Hasard physique qui fait qu'un ensemble de mouvements se d√©roulent dans des dur√©es dont la mesure est en correspondance arithm√©tique avec les chiffres respectivement de 223, 19, 242 et 239, c'est-√†-dire autant de communs diviseurs du chiffre 6 585. Mais, aussi, hasard math√©matique. Que les mesures de l'ann√©e des √©clipses, des mois lunaire, draconitique et anomalistique soient en commune correspondance avec la mesure du Saros constitue un hasard de fait. Mais que 223, 19, 242 et 239 soient des communs diviseurs de 6 585 constitue aussi un hasard en lui-m√™me, ind√©pendant de ce qui se passe dans le ciel. Car il n'y a pas, √† proprement parler, n√©cessit√© arithm√©tique. Quelle n√©cessit√©, par exemple, dans la r√©partition des nombres premiers (c'est-√†-dire des entiers seulement divisibles par eux-m√™mes ou par l'unit√©) dans la s√©rie des nombres naturels (s√©rie des entiers) ? Pourquoi y a-t-il nombre premier en en cinqui√®me, septi√®me, onzi√®me positions ? R√©partition purement hasardeuse ; et c'est pourtant de ces nombres premiers que s'engendrent toutes les s√©ries num√©riques possibles. M√™me r√©partition hasardeuse dans la suite des d√©cimales de pi ; et pourtant cette poussi√®re de chiffres dispos√©s au hasard n'en exprime pas moins une relation invariante et n√©cessaire, qui scelle √† jamais le rapport du cercle √† son diam√®tre. Au sein m√™me des math√©matiques pures, de la r√©alit√© la plus subtile, la plus ind√©pendante de toute compromission dans les choses, nous voyons appara√ģtre ce double visage √† la Janus qui est celui de toute r√©alit√© : l'un qui dit n√©cessaire, l'autre qui dit hasard (Cl√©ment Rosset, Le R√©el. Trait√© de l'idiotie, 2012 - books.google.fr).

Le CNRTL signale que le terme ¬ę al-zahr ¬Ľ dans le sens de ¬ę d√© √† jouer ¬Ľ est relativement moderne et propose l'√©tymologie ¬ę yasara ¬Ľ (¬ę jouer aux d√©s ¬Ľ) dont l'existence est attest√©e en arabe classique (fr.wikipedia.org - Hasardr).

Il n'est pas d'ailleurs superflu de rappeler qu'alea signifie d√© en latin. Alea, surnom d'Ath√©na, signifierait "refuge" du grec alex√ī, j'√©loigne, je repousse, je chasse, je secours. Mais pourquoi pas de alei√ī, j'erre, je vague √† l'aventure, d'o√Ļ hasard ? (Spyridon Zambelios, Parlers grecs et romans, leur point de contact pr√©historique, Volume 1, 1880 - books.google.fr).

L‚Äô√©largissement de l‚Äôaire de jeu du hasard intervient en Arcadie. Certes, on n‚Äôa jamais vu de bergers jouer aux cartes ou aux d√©s. Pourtant, curieusement, Angelo Roccha, qui publie en 1617 un trait√© mod√©r√© contre les jeux de cartes et de d√©s situe en Arcadie l‚Äôinvention des cartes et des d√©s, sur la foi d‚ÄôH√©rodote selon lequel Minerve porterait le nom d‚ÄôAlea, du nom d‚Äôune ville d‚ÄôArcadie o√Ļ elle √©tait ador√©e, nomm√©e elle aussi ¬ę Alea ¬Ľ. Il est assez piquant que le lieu o√Ļ l‚Äôon invente les jeux de hasard soit aussi celui o√Ļ l‚Äôon voue un culte √† la sagesse. Les autres origines suppos√©es de ces jeux renvoient toutes √† un espace, √† un moment, d√©di√©s √† l‚Äôoisivet√©. Or, l‚Äôotium caract√©rise aussi l‚ÄôArcadie. Les activit√©s des bergers se bornent en effet √† peu pr√®s √† des d√©placements erratiques plac√©s sous le signe de l‚Äôimprovisation, et, g√©n√©ralement, de l‚Äôabsence de but. Les bergers de Nicolas de Montreux et d‚ÄôHonor√© d‚ÄôUrf√© passent le plus clair de leur temps √† marcher, avec ou sans moutons, et √† se rencontrer ¬ę de fortune ¬Ľ : le mot revient trente-six fois dans la premi√®re partie de l‚ÄôAstr√©e, vingt-quatre fois pour qualifier une rencontre ; ces rencontres, pr√©sent√©es comme al√©atoires, d√©terminent les bifurcations du r√©cit. La raison principale de la place que tient le hasard en Arcadie est sans doute la sp√©cialisation de celle-ci (surtout √† partir de la Diana de Montemayor, en 1542) dans la th√©matique amoureuse ; il est plus admissible d‚Äôassocier le jeu du hasard √† l‚Äôamour qu‚Äôaux tournois et aux duels. Si rien n‚Äôest plus commun, note un personnage de l‚ÄôAstr√©e, que de remarquer que la Fortune a plusieurs roues, c‚Äôest celle de l‚ÄôAmour qui tourne le plus souvent : ¬ę il n‚Äôy a rien dont on voit sortir tant de changement que cette passion ¬Ľ. L‚Äôassociation de l‚Äôamour et du hasard est une donn√©e essentielle d‚Äôune Arcadie dont la composante libertine, jusqu‚Äô√† Jean-Pierre Van Elslande (1999), a longtemps √©t√© minor√©e. La meilleure illustration en est sans doute le th√©√Ętre de l‚Äôinconstance g√©n√©ralis√©e qu‚Äôest l‚ÄôArcadie des Bergeries de Julliette de Nicolas de Montreux, o√Ļ les amours successives des bergers sont justement compar√©es, explicitement, √† une partie de d√©s. Mais dans deux √©pisodes de l‚ÄôAstr√©e, le jeu n‚Äôa rien de m√©taphorique ; dans le premier cas, il d√©clenche, dans le second, il r√©sout et conclut une intrigue amoureuse assez embrouill√©e, un ¬ę entrem√™lement intriqu√© ¬Ľ, pour reprendre l‚Äôexpression de Cervant√®s (Fran√ßoise Lavocat, Jeux d‚Äôadresse et de hasard dans quelques univers fictionnels au tournant des XVIe et XVIIe si√®cles, Hasard et Providence XIVe-XVIIe si√®cles, Actes du cinquantenaire de la fondation du CESR et XLIXe Colloque International d‚Äô√©tudes HumanistesTours, 3-9 juillet 2006 - umr6576.cesr.univ-tours.fr).

Palam√®de est aussi en rapport avec le boeuf et l'√Ęne qui lui servirent √† confondre Ulysse de sa feinte folie.

On retrouve le boeuf dans le nom du Bosphore.

Une partie du vers 108 de la huiti√®me √©glogue des Bucoliques de Virgile, " an qui amant ipsi sibi somnia fingunt? " (Ou les amants se forgent-ils des songes √† plaisir ?), se trouve plac√©e dans un cartouche sur la chemin√©e de la biblioth√®que du ch√Ęteau du Mesnil-Saint-Denis, en provenance de celui de Sully-sur-Loire, propri√©t√© du ministre de Henri IV, Sully (Rosny-sur-Seine, 1559 - Villebon, 1641), inf√©od√© aux Habert de Montmor. Henri-Louis Habert (1603-1679), ma√ģtre des requ√™tes et acad√©micien, m√©c√®ne de savants et d'artistes, seigneur du Mesnil, avait une sŇďur, Anne, qui √©pousa en premi√®re noces en 1618 Charles de Lauzi√®res, marquis de Th√©mines, et veuve en 1621. Henri-Louis Habert fonda, en 1657, l'Acad√©mie Montmorienne, embryon de l'Acad√©mie des Sciences qui deviendra officielle en 1666, et qui re√ßut Thomas Hobbes, Campanella, K√©pler, Isma√ęl Boulliau, Christian Huygens, Jean Hamon et Charles de L'Orme, etc.

Virgile fait parler une magicienne √† travers le personnage d'Alph√©sib√©e, imitateur de la danse des Satyres, dont le nom marque l'alliance de bŇďuf (ou taureau) et de blanc, ou au nom f√©minin lunaire de "vache blanche") qui sera la m√®re d'Adonis par le rouge Phoenix (union alchimique de l'homme rouge et de la femme blanche). Virgile emploie pour la premi√®re fois en latin le mot "magicis", emprunt√© au grec (Coh√©rence grand nonagone : Deuxi√®me Etoile : Ferrassi√®res - Sommet en Atlantique).

Henri-Louis Habert est le cousin de Philippe Habert, l'un des Illustres Bergers avec Nicolas Frénicle, sous le pseudonyme de Lizidor.

Le papegai chez Lemaire de Belges : Vénus et Minerve

Les couleurs du paon répondent à celles du perroquet dans une opposition à celles camouflées de la chouette.

La muse du grand po√®te m√©connu que fut Jean Lemaire de Belges balance, dans ses Ep√ģtres de l'amant vert, entre l'abstraction courtoise et la sensualit√© v√©nusienne, invoque pour les unir la sagesse √©quilibr√©e de Minerve. Mais sans cesse l'un ou l'autre courant risque de l'emporter. Alors, afin de sauver du moins cette distance et cette irr√©alit√© suave o√Ļ son intuition lui r√©v√®le la condition de toute forme pr√©cieuse, le po√®te imagine de s'incarner dans le corps d'un perroquet, amoureux de sa ma√ģtresse (Paul Zumthor, Miroirs de l'amour: trag√©die et pr√©ciosit√©, 1952 - books.google.fr).

L'Amant Vert est √† la fois le successeur du psittacus de Corinne et l'amant-po√®te de la lyrique m√©di√©vale ; il est aussi amant-martyr et, dans une mise en sc√®ne th√©√Ętrale, il se suicide dans la gueule d'un chien. Mais d√©j√† l'Amant Vert qui ira reposer aupr√®s du psittacus de Corinne dans l'√ģle Fortun√©e pr√©pare la venue du burlesque Vert-Vert (1734) de Gresset (Le Conte du Papegau: roman arthurien du XVe si√®cle, traduit par Patricia Victorin, 2004 - books.google.fr).

L'√©loge du suicid√© par le roi Minos rappelle la th√©matique du culte mariai, le vert prenant ici le r√īle du blanc immacul√©. Non seulement lav√©, mais exempt√© de tout p√©ch√©, l'oiseau repr√©sente d√®s lors, non plus la mort d'amour, mais son annulation par la noblesse incontestable de la ¬ędame¬Ľ au nom de qui l'on √©tait cens√© mourir. Ainsi se gu√©rissent, au paradis de la rh√©torique, les pathologies du discours. [...]

L'√©pitaphe du perroquet pr√©tend que l'amant est mort d'avoir perdu sa dame; mais l'√©p√ģtre a d√©j√† fait lire dans ce ¬ęperdre¬Ľ de convention la promesse r√©elle d'une ¬ęr√©surrection¬Ľ plus large, et plus durable; promesse que le texte original (de 1505) jugeait bon d'expliciter, en √©voquant la coutume du ¬ęroy du papegay¬Ľ (ce titre promis au vainqueur d'un concours de tir √† l'arc): l'Amant Vert y pr√©dit en effet que son corps, trois jours apr√®s sa mort, prendra la forme d'une cible de bois. [...]

L'existence de l'Amant vert [...] prouve que V√©nus et Minerve peuvent ¬ęconcorder¬Ľ, accorder leurs voix jusqu'√† les confondre : il suffit que V√©nus consente √† servir Minerve pour que celle-ci accepte, en retour, de lui c√©der la parole - quitte √† figurer cette ventriloquie dans la personne id√©alement ¬ęapte¬Ľ d'un oiseau parleur (Fran√ßois Cornilliat, Sujet caduc, noble sujet: la po√©sie de la Renaissance et le choix de ses arguments, 2009 - books.google.fr).

L'opposition de V√©nus et de Minerve appara√ģt encore dans La Concorde des deux langages du m√™me auteur.

La Concorde des deux langages sacrifie, sur l'autel corrompu de de Vénus, l'essentiel de la souffrance et de la jouissance dont l'oiseau rimeur s'était fait, pour notre plaisir, le parfait truchement.

Dans son prologue Lemaire distingue la fausse concorde et la vraie dont les emblèmes sont Vénus et Minerve.

¬ęV√©nus¬Ľ (la ¬ęfolle amour¬Ľ) n'est donc pas seulement, √† cet √©gard, le r√©sidu inassimilable d'une ¬ęparfaicte op√©ration¬Ľ de ladite prudence, qui fait de l'amour un autre nom de la sagesse, de la paix, du bon gouvernement. Elle fixe l'amour m√™me, le signifiant amoureux, de telle sorte que l'honn√™te commerce des ¬ęloyaulx amans¬Ľ s'en trouve sinon explicitement compromis ou rejet√©, du moins implicitement d√©pass√© comme figure pertinente de la concorde. La d√©monisation de V√©nus marque donc, en fin de compte, une dissimilation, non pas de diverses formes d'amour, comme chez Ficin on dans les Azolains de Bembo, mais bien de l'amour et de la ¬ęconcorde¬Ľ, par l'entremise d'un sc√©nario symbolique - le ¬ęp√®lerinage de vie humaine¬Ľ, le voyage de l'homo viator de la jeunesse folle √† la sage vieillesse - qui accro√ģt la distance et favorise la rupture (donc d√©courage l'analogie) entre le temps des passions et celui du savoir. [...]

Le gardien du temple de Minerve, est le très masculin roi d'Honneur qui prétend incarner la sagesse même, but espéré de l'homme deveant raisonnable. [...]

Le temple de V√©nus se trouve √† Lyon, ville renaissante par excellence en France, ni "Cambray ni √† Douay" r√©gion d'o√Ļ est originaire Lemaire. La localisation de celui de Minerve est ind√©termin√©. [...]

Au moment d'écrire la Concorde (1511), Lemaire est en train de passer au service de la France et de son roi Louis XII, et de quitter l'Empire, tout en cherchant à rester proche de Marguerite d'Autriche, la dame que sert le papeagai, veuve de Philibert le Beau de Savoie, inhumés tous deux à Brou. Lemaire succéda en 1507 à Jean Molinet à la charge d'historiographe de Bourgogne (François Cornilliat, Sujet caduc, noble sujet: la poésie de la Renaissance et le choix de ses arguments, 2009 - books.google.fr).

Ovide avait en effet déploré la mort du perroquet de sa bien-aimée Corinne (Amores II.VI) et Gresset écrit dans son Ver-Vert :

On admirait ses paroles derni√®res / V√©nus enfin, lui fermant les paupi√®res, / Dans l'Elys√©e et les sacr√©s bosquets / Le m√®ne au rang des h√©ros perroquets, Pr√®s de celui dont l'amant de Corinne / A pleur√© l'ombre et chant√© la doctrine (Jean Baptiste Louis Gresset, Ver-vert, ou les voyages du perroquet de Nevers. Po√ęme h√©ro√Įque, 1736 - books.google.fr).

Il sera du cort√®ge de V√©nus dans la Messe des Oiseaux de Jean de Cond√© par exemple, apr√®s avoir √©t√© un messager de l'amour chez les troubadours. Tant √† travers les oeuvres naturalistes que po√©tiques, l'Antiquit√© l√®gue donc au Moyen √āge une figure bien dessin√©e du perroquet : oiseau des Indes, vert √† collier rouge, au bec et √† la t√™te tr√®s dure, sachant imiter la voix de l'homme et m√™me ave Caesar de mani√®re inn√©e ; il est en outre un compagnon fid√®le pouvant conseiller et distraire et, gr√Ęce √† Ovide, il a sa place en cour d'amour (Bernard Rib√©mont, Litt√©rature et encyclop√©dies du Moyen Age, 2002 - books.google.fr).

Alchimie

L'alchimie, d'origine orientale, joua un grand r√īle chez les Romains et les Grecs √† partir du IIIe si√®cle de notre √®re. Le trait√© de Zosime de Panopolis (d√©but du IVe si√®cle) et divers autres ouvrages alchimiques furent comment√©s et diffus√©s √† Byzance. D√®s le VIe si√®cle, l'alchimie grecque passa aux Syriens, puis de l√† aux Arabes, et gagna ensuite l'Europe occidentale. D'apr√®s Berthelot, la plupart des manuscrits grecs concernant l'alchimie repr√©sentent une collection de trait√©s r√©dig√©s √† Constantinople aux VIIIe et IXe si√®cles. On poss√®de √©galement un nombre important d'√©crits alchimiques byzantins datant du Xe si√®cle et des encyclop√©distes tels que Psellos (vers 1040) et Blemmyd√®s ont √©crit sur la chrysop√©e ou transformation des m√©taux en or.

Mais, c'est √† propos des armes chimiques que l'on trouve √† Byzance des connaissances beaucoup plus scientifiques. Le c√©l√®bre feu gr√©geois fut employ√© d√®s 678, lors de la victoire de Constantin Pogonat sur les Arabes. Perfectionn√© par un un Syrien du nom de Callinicos, ce feu de guerre fut ensuite utilis√© √† maintes reprises lors des divers si√®ges que Constantinople eut √† soutenir, et les historiens lui ont reconnu un r√īle non n√©gligeable dans la protection de de l'Empire d'Orient. Ce liquide tr√®s inflammable, lanc√© sur l'ennemi √† l'aide d'engins divers, √©tait compos√© d'un m√©lange de naphte, r√©sine ou soufre. On poss√®de un trait√© datant de 1250-1300 sur diverses compositions pyrotechniques byzantines o√Ļ est mentionn√© le feu gr√©geois. La min√©ralogie avait √† Byzance un caract√®re de science occulte rattach√©e √† l'alchimie. Les √©crits sur les vertus des pierres de Psellos et de Neilos Diassorinos (XIVe si√®cle) n'ont qu'un int√©r√™t historique (Ren√© Taton, Histoire g√©n√©rale des sciences : La science antique et m√©di√©vale (des origines √† 1450) par R. Arnaldez, Volume 1 de Histoire g√©n√©rale des sciences, 1966 - books.google.fr).

Protégé dès 1647 par l'archiduc Léopold Guillaume, gouverneur des Pays-Bas, Davide Téniers le Jeune (Anvers, 1610 - Bruxelles, 1690) s'établit en 1651 à Bruxelles et devient peintre de la Cour. Le successeur de Léopold Guillaume, Don Juan d'Autriche, le maintient dans ses fonctions (Armelle Baron, Pierre Baron, L'art dentaire à travers la peinture, 1986 - books.google.fr).

On a d√©couvert en 1654, √† Tournay, un tombeau o√Ļ √©taient d√©pos√©s, √† c√īt√© d‚Äôun squelette, une assez grande quantit√© d‚Äôobjets pr√©cieux, entre autres une √©p√©e dont la poign√©e √©tait garnie d‚Äôune feuille d‚Äôor, une hache d'armes ou francisque en fer, beaucoup d'abeilles en or, cent m√©dailles d'or, d'empereurs du Bas-Empire, la plupart contemporains de Child√©ric, et deux cents m√©dailles d'argent des premiers empereurs. On a suppos√© que ce tombeau √©tait celui de Child√©ric. Les objets qu‚Äôil contenait, donn√©s d'abord √† l'archiduc L√©opold‚ÄĒGuillaume d Autriche, alors gouverneur des Pays-Bas, pass√®rent, apr√®s la mort de ce prince, √† l'√©lecteur de Mayence, qui, en 1663, en fit pr√©sent a Louis XIV (France: dictionnaire encyclop√©dique, Volume 5, 1841 - books.google.fr, La Vraie Langue Celtique de l‚Äôabb√© Henri Boudet : Psaumes 54, 119 et 129 : Hautpoul et Noli me tangere - books.google.fr, Th√®mes : Tintin).

Sous Ferdinand III, l'alchimie connut un v√©ritable √Ęge d'or √† Vienne, car l'empereur ne cachait pas son int√©r√™t r√©el pour l'alchimie. L'autorit√© en la mati√®re √©tait Conrad Richthausen, fils d'un propri√©taire de mine, qui avait √©t√© son pr√©cepteur. En 1648, Richthausen aurait r√©ussi la transmutation de mercure en or, en pr√©sence de Ferdinand III. En tout cas il fut anobli comme baron du Chaos. Devenu ma√ģtre de la monnaie imp√©riale, il fit frapper une m√©daille en or obtenu par transmutation, afin de perp√©tuer le souvenir de son exploit. Il continua √† gravir les √©chelons dans la hi√©rarchie administrative et financi√®re ; il devint conseiller de la Chambre des comptes et surintendant des mines de Haute Hongrie. Il √©tait entour√© de personnages plus √©nigmatiques comme le ¬ę baron Wagnereck ¬Ľ, qui proposa √† la di√®te de Ratisbonne sa teinture philosophale, indispensable pour transformer du vil m√©tal en or. Il avait un laboratoire √† la Hofburg et la biblioth√®que imp√©riale comportait de nombreux ouvrages d'alchimie. D'ailleurs le partenaire le plus int√©ress√© de Ferdinand III √©tait son fr√®re, l'archiduc L√©opold Guillaume, avec lequel il √©changea une importante correspondance consacr√©e √† l'alchimie (Jean B√©renger, L√©opold Ier (1640-1705): fondateur de la puissance autrichienne, 2004 - books.google.fr).

L√©opold-Guillaume de Habsbourg (Wiener Neustadt, 5 janvier 1614 - Vienne, 20 novembre 1662) fut gouverneur g√©n√©ral des Pays-Bas espagnols m√©ridionaux catholiques, chef militaire et m√©c√®ne. Homme d'√©glise, il porta la charge d‚Äô√©v√™que de Strasbourg durant trente-sept ans. Il fut aussi Grand-Ma√ģtre des Chevaliers teutoniques √† partir de 1641, √©v√™que de Halberstadt, de Magdebourg, d'Olm√ľtz, de Passau, de Breslau, cumul qui n'√©tait pas exceptionnel √† l'√©poque (fr.wikipedia.org - L√©opold-Guillaume de Habsbourg).

Athéna et l'alchimie

Dans le Codex VI de Nag Hammadi, on a l'association du bronze, d√©sormais appel√© "to bront√®sion", du tonnerre personnifi√© en Bront√® et d'une Ath√©na-Sophia, ma√ģtresse de la transmutation des m√©taux et organisatrice de la fusion des √©l√©ments, comme si au terme de l'hell√©nisme, Ath√©na √©tait revenue √† son point de d√©part mythologique dans la proximit√© de la forge et des arts du feu. D√®s lors, point n'est besoin d'ex√©cuter une pirouette philologique ou de faire appel au babylonisme diffus, le sens du titre du deuxi√®me √©crit du codex VI appara√ģt clairement. En mettant son trait√© sous l'√©gide d'une Bront√®, qualifi√©e d'intellect parfait, l'auteur gnostique renvoyait aussi bien aux sp√©culations juives puis chr√©tiennes sur la voix c√©leste qu'au courant grec d√©crivant Ath√©na comme "m√®tis", "sophia", "nous", "dianoia, no√®sis" (Michel Tardieu, Deuxi√®me √©crit du Codex VI, Le Mus√©on, Volume 87, 1974 - books.google.fr, Paul-Hubert Poirier, Wolf-Peter Funk, Le tonnerre, intellect parfait (NH VI, 2), 1995 - books.google.fr).

Le dieu du Feu et la déesse Ergané, sous le nom d'Athéna Héphaistia, patronnent ensemble les artisans exercés dans le quartier de Céramique à Athènes (Jacqueline Duchemin, Prométhée: Histoire du mythe, de ses origines orientales à ses incarnations modernes, 2000 - books.google.fr).

Des artisans athéniens, dans le quartier populaire du Céramique, travaillaient le bronze et la terre cuite (Jean Defradas, La Grèce, 1963 - books.google.fr).

Comme le fait remarquer Simon Weil, H√©pha√Įstos et Ath√©na forment un doublet.

Venue √† la vie adulte, tout arm√©e et casqu√©e, elle s'av√©rait d√©j√† pr√™te √† affronter le monde, dot√©e d'une grande raison et incarnant la Sagesse. La cit√© d'Ath√®nes, avec son Acropole, dut son nom √† Parth√©nos - la jeune fille (Pallas) vierge -, d'o√Ļ le c√©l√®bre temple du Parth√©non. On dit, de plus, qu'elle dut lutter contre Pos√©idon pour acqu√©rir la pr√©√©minence √† Ath√®nes. En effet, celui-ci revendiquant la supr√©matie du lieu, avait fait jaillir de son trident la fontaine Clepsydre dont la source √©tait sal√©e, charg√©e ainsi du sel de l'esprit (Patrick Rivi√®re, Histoire comparative des religions et des mythes: Myst√®res antiques, Volume 1, 1999 - books.google.fr).

Athéna est précisément esprit, raison.

Sel et esprit

Nos Strasbourgeois, ont-ils √† ce moment cru poss√©der la pierre philosophale ? 0n pourrait le supposer. Paracelse n'a-t-il pas assign√© √† cette pierre, appel√©e aussi poudre miraculeuse, la vertu de gu√©rir toutes les maladies ? Une pr√©tention qui n'a cess√© de troubler les esprits et a, pendant des si√®cles, mobilis√© de prodigieuses √©nergies et us√© bien des patiences. Il n'en demeure pas moins que bien des alchimistes ont tent√© d'extraire la "materia prima" tant√īt du sel tant√īt de l'air, ou d'autres substances encore. [...] Mais notre th√©osophe ne s'attarde pas plus que de raison dans ces eaux basses et troubles de l'alchimie. Toujours il essaiera de la transcender. Le sel, principe fondamental pour l'alchimie, l'est aussi pour le mystique (28l). Il va jouer un r√īle primordial dans la vision escha- tologique de Saltzmann. A la fin des temps, un feu purificateur embrasera la terre. Des √©nergies r√©g√©n√©ratrices descendront alors des ci eux sup√©rieurs sur la terre. Elles animeront le "sel essentiel". Celui-ci sera alors transmu√© en une nouvelle cr√©ation faite d'√©l√©ments c√©lestes et purs. Ce "sel essentiel" semble bien √™tre le pendant tellurique, voire cosmique du "funke der selen" de Ma√ģtre Eckart, de Tauler et d'autres mystiques, embryon ou ferment de la r√©g√©n√©ration de l'homme et de l'univers. Il est le symbole de la de la perfection de l'√Ęme pour Zinzendorf. Il est encore, pour rendre la parole √† un alchimiste, le sel c√©leste, √©manation de la divinit√©. C'est pourquoi, Friedrich von Meyer, lui-m√™me adepte secret du Grand Art, a pu dire que la sublimation dela mati√®re grossi√®re passe par une transformation en sel. Comme Welling, il n'y a vu qu'un autre moyen pour d√©celer comment la nature √©tait sortie des mains du Cr√©ateur, mais aussi pour d√©couvrir et conna√ģtre Dieu au sein de cette nature. Pas plus que Boehme, Saltzmann ne se d√©sint√©ressait de l'alchimie. Mais seule compte r√©ellement pour lui l'alchimie mystique. Celle-ci est au centre de ses pr√©occupations, comme de celles de la plupart des th√©osophes de son √©poque (Jules Keller, Le th√©osophe alsacien Fr√©d√©ric-Rodolphe Saltzmann et les milieux spirituels de son temps, Europaische Hochschulschriften. Reihe 1: Deutsche Sprache und Literatur, Volume 883, Num√©ro 2, 1985 - books.google.fr).

Fr√©d√©ric-Rodolphe Saltzmann (8 mars 1749 - 1821) est n√© en Alsace, √† Sainte-Marie-aux-Mines. Fils de pasteur luth√©rien, il effectue des √©tudes de droit, d‚Äôhistoire et de th√©ologie √† Strasbourg et √† Zurich. Franc-ma√ßon spiritualiste et mystique, il est proche de Jean et Bernard-Fr√©d√©ric de Turckheim, √©galement de Jean-Fr√©d√©ric Oberlin et est un fid√®le disciple et ami de Jean-Baptiste Willermoz, ainsi qu‚Äôun proche de Louis-Claude de Saint-Martin. Il contribue √† l‚Äôorganisation de la structure ma√ßonnique des Chevaliers bienfaisants de la Cit√© Sainte, prend une part active √† la r√©union ma√ßonnique du Convent de Wilhelmsbad (1782) et contribue √† la cr√©ation du Rite √©cossais rectifi√© dont Willermoz est le ma√ģtre d‚ÄôŇďuvre principal. Tr√®s influenc√© par Jacob Boehme et par la mystique rh√©nane, il est l‚Äôun des initiateurs √† l‚Äôorigine des rapprochements et influences entre une certaine franc-ma√ßonnerie allemande (la Stricte Observance) et une certaine franc-ma√ßonnerie fran√ßaise (les √Člus Co√ęns) : il servira souvent d‚Äôinterm√©diaire et de porte-voix. Enfin, c‚Äôest lui qui fait d√©couvrir Jacob Boehme √† Louis-Claude de Saint-Martin, ce dernier √©tant le c√©l√®bre premier traducteur du sil√©sien en France (fr.wikipedia.org - Fr√©d√©ric-Rodolphe Saltzmann).

Téniers et la chevêche

David T√©niers (1610 - 1690) le Jeune a peint une chouette dans son Alchimiste (Chatsworth, collection du Duc of Devonshire) qui n'est pas forc√©ment symbole d'aveuglement puisqu'elle voit dans la nuit, il peint aussi en 1652 Le jeu du papegai √† Bruxelles qui comm√©more l'archiduc L√©opold-Guillaume d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, abattant le 23 avril 1651 le papegai plant√© sur le clocher de l'√©glise du Sablon (Joseph Casier, Paul Bergmans, L'art ancien dans les Flandres (r√©gion de l'Escaut): m√©morial de l'exposition r√©trospective organis√©e √† Gand en 1913, Volume 3, 1922 - books.google.fr, Machteld L√∂venstein, Peindre le Pandemonium pa√Įen, Le sabbat des sorciers en Europe: XVe-XVIIIe si√®cle : colloque international E.N.S. Fontenay-Saint-Cloud, 4-7 novembre 1992, 1993 - books.google.fr).

David Teniers le Jeune, L'Alchimiste - Chatsworth - balat.kikirpa.be

David Teniers le Jeune, Le jeu du papegai à Bruxelles (1652) - Kunsthistorisches Museum, Vienne - fr.wikipedia.org - Papegai

Fr√§nger a dit que la chouette se rencontre maintes fois dans les oeuvres de Bosch, et que cet oiseau, qui peut voir dans la nuit, repr√©sente la connaissance des choses cach√©es et la perception de l'invisible. La signification la plus profonde de la chouette, c'est sa sagesse, qui repose sur sa connaissance de la mort et sa conqu√™te de la mort. Pour M. Rosenberg, la chouette est la personnification du p√©ch√©, et Bosch a adopt√© une grande partie de la signification traditionnelle, mais en lui donnant une tournure sp√©ciale. Quoique l'interpr√©tation de M. Rosenberg ‚ÄĒ en ce qui concerne la chouette ‚ÄĒ nous paraisse extr√™mement int√©ressante, la th√®se de Fr√§nger reste, pour nous, susceptible de rendre mieux compte de la signification des peintures de Bosch (Jean Lemaire de Belges, La concorde des deux langages, pr√©sent√© par Marcel Fran√ßon, 1964 - books.google.fr).

L'olive est consacree à ladite Deesse Pallas, à cause que paix qui est entendue par l'olive quise par armes, et la Chouette est mise en sa tutelle, pource que l'homme prudent voit aussi cler de nuict que de iour en la difficulté de ses affaires (Jean Lemaire de Belges, Les illustrations de Gaule et singularitez de Troye, 1559 - books.google.fr).

On retrouve l'√Ęne

La r√©plique de Panurge √† AEditue sugg√®re qu'il n'a racont√© tout cet apologue que pour demander indirectement √† ma√ģtre Aeditue de lui fournir les moyens d'assouvir sa concupiscence, en l'occurrence ¬ęchevaucher l'Abbegesse √† blanc plumage¬Ľ, cette conclusion n'est pas la seule possible, loin s'en faut. La pitrerie finale de Panurge, plut√īt que de restreindre le champ des possibles, le laisse grand ouvert. En fait, son refus de conclure son r√©cit par une maxime √† valeur universelle mine le didactisme sous-jacent √† toute entreprise apologique. L'interpr√©tation litt√©rale de maistre Aeditue que Panurge accr√©dite par sa r√©ponse fac√©tieuse fait penser aux deux lectures divergentes de l'√©nigme en proph√©tie du Gargantua: le jeu de paume de fr√®re Jean faisant diversion au dangereux ¬ędecours et maintien de verit√© divine¬Ľ de Gargantua. Panurge, en refusant la morale conclusive, telle qu'elle serait normalement pratiqu√©e par un √©colier conform√©ment aux recommandations d'Hermog√®ne, investit son r√©cit d'une polys√©mie, le faisant ainsi passer du genre de l'apologue univoque vers le genre voisin, en l'occurrence l'√©nigme, avec lequel il partage une fronti√®re commune. Dans les interstices de ces deux genres limitrophes, il peut ainsi jouer sur diff√©rents niveaux de sens. [...]

C'est bien en tant qu'√©nigme que ma√ģtre Aeditue interpr√®te le r√©cit, en consid√©rant que la figure de l'√Ęne renvoie √† Panurge, lui imputant le d√©sir sexuel de l'√Ęne sans autre effort d'abstraction. En ce sens, ce qui serait √† deviner, suivant la d√©finition scalig√©rienne, ce serait l'identit√© v√©ritable de cet √Ęne symbolique, tout le reste de son comportement √©tant √† interpr√©ter litt√©ralement. Or, l'apologue de l'√Ęne et du roussin ne constitue pas un simple r√©cit √† cl√©. Si la v√©rit√© selon chair, fond√©e sur le placere, qu'√©lucide Aeditue n'est pas exclue, elle n'est pas pour autant exclusive. Il faut en outre postuler la possibilit√© d'un discours sur le discours, conforme √† la nature herm√©neutique de l'apologue qui diss√©mine des signes ne renvoyant pas √† eux-m√™mes ni √† d'autres signes du m√™me ordre mais bien √† des r√©alit√©s sup√©rieures. [...] En marge de la v√©rit√© selon la chair d'Aeditue d'un Panurge ¬ęthalamite¬Ľ (du grec thalamos chambre √† coucher), il serait difficile d'√©luder une v√©rit√© selon l'esprit d'un Panurge th√©l√©mite, surtout en repla√ßant le chapitre VII dans le cycle de l'Isle Soitante, o√Ļ la critique de la hi√©rarchie catholique se fait particuli√®rement v√©h√©mente. A cet √©gard, l'apologue, sur le mode du docere, ferait la critique du vŇďu de chastet√© des eccl√©siastiques et de la servilit√© des princes de l'Eglise (Claude La Charit√©, Panureg est-il thalamite ou th√©l√©mite ? Le Cinquiesme livre: actes du Colloque international de Rome (16-19 octobre 1998), 2001 - books.google.fr).

Panurge, Pantagruel et Fr√®re Jean, abb√© de Th√©l√®me, descendent dans le temple souterrain de la dive bouteille par un passage aux murs duquel est peint le cort√®ge de Sil√®ne sur son √Ęne. On apprend que Chinon est la ville la plus ancienne du monde fond√©e par Ca√Įn. Et que d'autres villes tiennent leur nom de leur fondateur comme Constantiniople de Constantin.

Papegau et chevêche chez Rabelais

Aux premiers chapitres du livre, les h√©ros abordent l'√éle Sonnante, m√©taphore de l'Eglise et de ses cloches, o√Ļ habitent plusieurs esp√®ces de volatiles comme le papegau et ce que Panurge prend pour une chev√™che.

Les deux papegaux du chapitre III (Ile Sonnante) d√©criraient le schisme de Nicolas V, anti-pape, face √† Jean XXII, cr√©ateur du dioc√®se d'Alet : les 2760 lunes depuis l'√©poque o√Ļ Rabelais √©crit renverrait aux ann√©es 1319-1337 suivant le nombre de lunes dans l'ann√©e. Rabelais note que le schisme finit par la mort d'un des papegaux : Jean XXII retint enferm√© Pierre de Corbi√®re, Franciscain r√©volt√©, fait Antipape par l'Empereur Louis de Bavi√®re, qui mourut en prison (Histoire des Ouvrages des S√ßavans de la Grande-Bretagne, Volume 4, 1734 - books.google.fr).

Corvara, ou de Corvaro, est dans le dioc√®se de Rieti, de cette m√™me r√©gion des Abruzzes d'o√Ļ √©tait sorti saint C√©lestin V et o√Ļ pullulaient les spirituels et les Zelanti (Revue des sciences philosophiques et th√©ologiques, Volume 24, 1935 - books.google.fr).

Si l'on fait un petit d√©tour lexicologique, le mot papegai (XIIe s), est l'ancien nom du perroquet, probablement emprunt√© √† l'ancien proven√ßal papagayl papagai, lui-m√™me emprunt√© √† l'arabe babaga, par l'interm√©diaire du byzantin papagas ; on notera le redoublement de la syllabe pa ou son avatar pe qui renvoie peut-√™tre de mani√®re onomatop√©ique √† la parlure de l'oiseau. Quant √† la finale -gai, elle s'expliquerait plut√īt par l'influence d'un autre oiseau, le geai, que par l'association avec l'adjectif gai comme cela a pu √™tre soutenu. Parent√© phonique et lignage √©tymologique s'√©tablissent entre le geai et le papegai et de ce fait, le papegai subit par contre coup la mauvaise influence du geai connot√© n√©gativement et d√©crit comme un beau parleur dont la parole n'est qu'emprunt, dont la parole est seconde. Ainsi, le geai (jaseur) vient se substituer au corbeau et au choucas pour incarner l'oiseau vaniteux qui se pare des plumes du paon, avant d'√™tre d√©masqu√© comme faussaire. Voici le papegai ou papegau - ce dernier finit par s'imposer - associ√© √† l'id√©e de feinte, de fiction mensong√®re. On trouve notamment cette id√©e de mani√®re tr√®s allusive dans la description de la robe de Blonde Esmer√©e sur laquelle le papegay ornemental figure √† c√īt√© de deux hapax que sont l'escramor et l'espapemot. Le papegau figure aussi sur le v√™tement de Peronne, l'aim√©e du po√®te du Voir Dit, cette P√©ronne dont le nom conna√ģtra une ultime muance dans la p√©ronelle en raison de l'influence des Lamentations Mattheoli (fin XIIIe si√®cle), texte dans lequel l'auteur brossait un portrait de Peronnelle sous un jour tr√®s misogyne. Le passage de P√©ronne √† P√©ronnelle est d'autant plus int√©ressant qu'il est le fruit d'un glissement antonomasique qui n'est peut-√™tre pas si anecdotique qu'il en a l'air et que le pr√©nom P√©ronne est, comme le pr√©nom Perroquet, un d√©riv√© hypocoristique de Pierre (Patricia Victorin, Du papegai au perroquet, antonomase et parodie, Cahiers de recherches m√©di√©vales: CRM., Num√©ro 15, 2008 - books.google.fr).

Le papegau est perroquet, pape et successeur de Pierre.

Toujours dans ce livre V, √† la fin, la nymphe Lotis y est mentionn√©e, endormie puis avertie par le braiement d'un √Ęne de l'assaut imminent de Priape, dans le chapitre traitant de l'embl√©mature qui rapporte le combat de Bacchus contre les Indiens.

A l'h√ītel de Besenval

Dans l'h√ītel de Besenval, le salon des perroquets c√ītoie la salle √† manger avec ses dessus de porte en stuc o√Ļ "la chouette chev√™che d'Ath√©na hulule tout ce qu'il y a de sage √† profiter des plaisirs de la vie" (Jean-Jacques de Dardel, L'h√ītel de Besenval: si√®ge de l'ambassade de Suisse en France, 2013 - books.google.fr).

L'actuel h√ītel de l'Ambassade de Suisse fut construit pour l'abb√© Chanac de Pompadour par l'architecte Alexis Delamair, en 1705; cet architecte renomm√© fut aussi l'auteur des plans de l'H√ītel de Rohan et de l'H√ītel de Soubise (actuellement b√Ętiments des Archives nationales). En 1720, apr√®s la mort de l'abb√© de Pompadour, la maison revint √† ses ni√®ces puis fut vendue √† diff√©rentes familles de la noblesse fran√ßaise avant que le Baron Pierre-Victor de Besenval ne l'ach√®te, en 1767. Il confia √† l'architecte Brongniart les travaux d'am√©nagement d'une salle √† manger. Au sous-sol, il fit am√©nager un nymph√©e dont la d√©coration sera l'oeuvre du sculpteur Clodion. [...] L'amoral et anti-philosophe Besenval d√©c√©da dans son h√ītel en 1791 en le l√©guant, ainsi que tous ses biens, au Mar√©chal de S√©gur (www.eda.admin.ch).

Dans son célèbre ouvrage Alsatia Illustrata, Jean-Daniel Schoepflin cite 51 familles de nobles arrivées après l'annexion, en décomptant soigneusement celles qui ne détenaient des charges militaires que d'une façon éphémère. D'après cette énumération, 26 familles s'étaient établies en Haute-Alsace, et 18 avaient été inscrites sur la matricule de la noblesse immédiate de la Basse-Alsace. L'immigration n'était pas seulement alimentée par les Français venus d'outre Vosges mais revêtait des traits internationaux: les Mackau, les Nardin, les Poltier, les Valcourt étaient originaires de la Belgique, les Falckenhayn et les Glaubitz de Silésie, les Lowenhaupt de Suède, les Rosen de Livonie et les Callaghan, les Dillon et les Ocahan venaient d'Irlande. Un nombre considérable de familles immigrées détenaient déjà la noblesse et n'avaient plus noblesse et n'avaient plus besoin que de faire agréer par la France leurs lettres de naturalité. La plupart des familles, cependant, étaient d'origine bourgeoise et furent anoblies par le roi de France pour les services rendus dans l'armée, l'administration et l'économie. Depuis le début du XVIIe siècle, la couronne procéda à quantité de lettres d'anoblissement. De 1648 à 1789 on peut compter 36 lettres de noblesse, dont 33 ont été enregistrées par le Conseil souverain d'Alsace. Ces anoblissements se firent essentiellement par trois filières principales: l'armée, l'intendance, l'industrie. [...] Issus de la Suisse voisine les Reutner de Weyl de Durmenach et les Besenval de Brunnstatt s'établirent définitivement en Alsace (Erich Pelzer, Nobles, paysans et la fin de la féodalité en Alsace, La Révolution française et le monde rural: actes du colloque tenu en Sorbonne les 23, 24 et 25 octobre 1987, Volume 4, 1989 - books.google.fr).

En 1657 Martin Besenval, suisse de Soleure, achète la seigneurerie de Brunnstatt en Alsace en 1654 et comme il a été anobli par le roi de France en 1655, il portera, ainsi que ses descendants le nom de Besenval de Brunnstatt. Enfin, comble d'honneur, il obtient en 1653 une compagnie des gardes du Roi à Paris qu'il ne commande pas personnellement (Revue suisse de numismatique, Volume 52, Schweizerische Numismatische Gesellschaft, 1983 - books.google.fr).

Jean Lemaire-Poussin et les chouettes de Constantin

Mais "J. POUSSIN" pourrait plut√īt renvoyer √† Jean Lemaire dit Lemaire-Poussin (Dammartin-en-Go√ęle, 1598 - Gaillon, 1659), peintre fran√ßais du XVIIe si√®cle. Lemaire se rend √† Rome o√Ļ sa pr√©sence est attest√©e d√®s 1613. C'est l√† bas qu'il se lie avec Nicolas Poussin √† l'arriv√©e de ce dernier en 1624. De retour √† Paris en 1639, il est rejoint par Poussin en 1640, qui le nomme son premier assistant dans la r√©alisation des d√©cors de la Grande Galerie du Louvre. Il repart en Italie en 1642 avant de revenir en France et de s'y fixer d√©finitivement. Il est nomm√© gardien des tableaux du roi au Louvre et aux Tuileries, √† l'instigation de Fran√ßois Sublet de Noyers. Sp√©cialiste des paysages et des architectures √† l'antique, habit√©es de figures mythologiques drap√©es, Lemaire est un proche collaborateur de Poussin, et les deux artistes travaillent parfois de concert au sein du m√™me tableau, comme semble l'attester la correspondance de Cassiano dal Pozzo. Dans les ann√©es 1640 - 1650, Lemaire approfondit le style h√©rit√© de Poussin, dans des rythmes s√©v√®res et des compositions mesur√©es, caract√©ristiques de ¬ę l'Atticisme ¬Ľ qui se d√©veloppe alors √† Paris (fr.wikipedia.org - Jean Lemaire (peintre)).

Le ch√Ęteau du Val de Ruel est un ch√Ęteau situ√© √† Rueil-Malmaison. Aujourd'hui disparu, il a √©t√©, de 1633 √† sa mort, une des r√©sidences du cardinal de Richelieu qu'il avait achet√© en raison de sa proximit√© avec Saint-Germain-en-Laye √† Ma√ģtre Pierre Payen, h√©ritier de Jean de Moisset.

Richelieu fait agrandir la demeure par l'architecte Jacques Lemercier (vers 1585-1654), auquel il commande √©galement la fa√ßade de l'√©glise de Rueil. Les jardins du domaine sont d√©j√† c√©l√®bres avant l'arriv√©e du cardinal. Le nymph√©e ¬ę une grotte artificielle avec retenue d'eau ¬Ľ semble remonter au financier Moisset, ouvrage sculpt√© en 1608 par Jean S√©journ√©. Richelieu transforme le parc en une f√©erie de verdure et de jeux d'eaux : la grande cascade, l'orangerie, l'arc de triomphe, inspir√© de celui de Constantin Ier √† Rome, avec son mur aveugle peint en trompe-l'Ňďil par Jean Lemaire (1598-1659). De ces somptuosit√©s presque royales, il ne demeure que les vestiges des pi√®ces d'eau, dans le parc Sandoz.

Il ne reste aujourd'hui encore du domaine le pavillon du P√®re Joseph, o√Ļ logeait et est mort le 18 d√©cembre 1638 l'√©minence grise du cardinal (fr.topic-topos.com - Nymph√©e de Rueil-Malmaison, (fr.wikipedia.org - Ch√Ęteau du Val de Ruel).

L'arc de triomphe peint par Jean Lemaire √† Rueil avoue clairement sa r√©f√©rence antique, l'arc de Constantin √† Rome, malgr√© l'adjonction d'√©l√©ments d'architecture de chaque c√īt√© ; or Jean Lemaire avait particuli√®rement √©tudi√© l'arc de Rome. En 1644, visitant Rueil, Elie Brackenhoffer remarque, par ailleurs, deux chevaux au-dessus de cet arc. Ceux-ci n'apparaissent pas sur la gravure d'Isra√ęl Silvestre ; peut-√™tre s'agissait-il d'une d√©coration qui fut √©ph√©m√®re ? Cet arc de Constantin peint √† Rueil est cependant parfaitement identifiable par les visiteurs. John Evelyn remarque, en 1644: ¬ęl'arc de triomphe de Constantin tel qu'il est √† Rome¬Ľ. Les visiteurs admirent aussi le paysage visible entre les arcades. Elie Brackenhoffer, toujours en 1644, souligne: ¬ęon croit voir dans la campagne, on croit voir les nuages, tant ils sont peints au naturel ¬Ľ. Cette repr√©sentation appara√ģt comme l'illusion extr√™me ; les nuages, impalpables et fugitifs, √©tant totalement oppos√©s aux architectures. [...]

Le plus beau compliment consistait √† comparer les r√©alisations modernes aux trompe-l'Ňďil antiques, en affirmant que le peintre du XVIIe si√®cle √©galait celui de l'Antiquit√©. La comparaison avec Zeuxis, par le biais de la fameuse anecdote des oiseaux, √©tait un topique de la litt√©rature du XVIIe si√®cle. Sauval estimait que Jean Lemaire avait ¬ę tromp√© les hommes, aussi bien que les oiseaux ¬Ľ avec ses perspectives de Rueil et de Bagnolet. Les voyageurs visitant les jardins de Rueil reprenaient l'anecdote pour louer l'arc. [...]

John Evelyn, le 27 f√©vrier 1644, √©crivait : ¬ę Le ciel & le paysage figur√© entre les arcades sont si naturels, qu'on a vu des hirondelles & d'autres oiseaux, croyant passer au travers, se tuer contre la muraille. ¬Ľ Elie Brackenhoffer ajoutait : ¬ę Et si Appelles [sic] avait peint si artiste- ment, que les hommes et les oiseaux s'y √©taient tromp√©s, ceci ne doit pas √™tre moins estim√©, mais doit √™tre contempl√© avec la plus grande admiration, et tenu pour √©gal √† cela. Car on ne saurait √™tre certain si c'est de la pierre ou de la peinture avant de s'√™tre avanc√© tout pr√®s pour le toucher. Cette excellente peinture a √©t√© ex√©cut√©e il y a environ six ans par Mons. le Maire ¬Ľ (Sabine Bouhedja, Perspectives en trompe-l'oeil et architectures feintes en √éle-de-France au XVII√®me si√®cle, Imaginaire et cr√©ation artistique √† Paris sous l'Ancien R√©gime (XVIIe-XVIIIe si√®cles): art, politique, trompe-l'oeil, voyages, spectacles et jardins, 1998 - books.google.fr).

L'arc de Ruel - Gravure de Gabriel P√©relle d'apr√®s Isra√ęl Silvestre

L’Arc de Constantin est un arc de triomphe à Rome, situé entre le Colisée et le Palatin. Il se trouve de nos jours dans le rione de Celio, l'ancienne route des triomphes. Il fut construit par le Sénat romain pour commémorer à la fois la victoire de Constantin au Pont Milvius contre Maxence le 28 octobre 312 ainsi que ses 10 années de pouvoir. Il fut placé près du Colisée et de la Meta Sudans, Constantin voulant associer son règne à celui de la dynastie flavienne qui avait érigé ces monuments (fr.wikipedia.org - Arc de Constantin).

Le 28 octobre 312 √©tait le sixi√®me anniversaire de l'av√®nement de Maxence, date favorable pour une victoire que Maxence imaginait lui √™tre promise ; √† de si brefs d√©lais, une telle issue ne pouvait se produire qu'√† la suite d'une bataille en rase campagne : il fallait donc pour Maxence sortir de Rome. Ces interventions d'un r√™ve et d'un oracle semblent r√©elles, puisque eux seuls expliquent le brusque revirement de Maxence et sa grave faute strat√©gique ; cf. Seeck, Geschichte..., I, p. 130-131. Ce n'est qu'alors que Maxence fit construire √† la h√Ęte un pont provisoire pour doubler le Pont Milvius, ou peut-√™tre pour le remplacer, si on admet que celui-ci avait √©t√© coup√© alors que Maxence songeait √† rester enferm√© dans Rome. D'apr√®s un relief de l'Arc de Constantin, le pont de pierre √©tait coup√© apr√®s la bataille ; il est logique d'admettre que c'est Maxence qui avait pris cette mesure de protection √† l'approche de Constantin, donc avant la bataille ; cf. Moreau, p. 436-437. Pour l'√©pisode des chouettes, que Zosime est seul √† mentionner, cf. P. Franchi de' Cavalieri (Constantiniana, Citt√† del Vaticano, 1953), p. 156-157 ; selon cet auteur, il s'agit d'une invention tardive, sans lien avec la vision de Constantin. Cette affirmation me para√ģt aventur√©e. Il convient tout d'abord de relever que Constantin, du Pont Milvius, n'√©tait nullement en mesure de voir un vol de chouettes sur les murs de Rome, distants d'au moins trois kilom√®tres. N√©anmoins, dans le r√©cit de Zosime, le vol des chouettes st vu par Constantin. Dans ce r√©cit donc, ce vol ne fonctionne pas seulement comme un signe n√©gatif adress√© √† Maxence, mais encore comme un signe positif adress√© √† Constantin (Zosime, Histoire Nouvelle, Lettres: Livres I-II, Tome I, 2002 - books.google.fr).

Zosime est un historien grec du Ve si√®cle ‚Äď ou du VIe selon Andr√© Chastagnol ‚Äď, auteur de l‚ÄôHistoire nouvelle consacr√©e aux derniers si√®cles de l'Empire romain. Zosime a v√©cu √† Constantinople sous les r√®gnes de Z√©non et d'Anastase Ier. Son r√©cit prouve par ailleurs qu'il √©tait pa√Įen √† une √©poque o√Ļ le christianisme √©tait prot√©g√© par l'Empereur (fr.wikipedia.org - Zosime (historien)).

Le 28 octobre, jour de la bataille du Pont Milvius, est une date nonagonale.

Ce n'est pas Minerve qui est représentée sur l'Arc de Constantin mais une personnification de Rome en Amazone (Bulletin analytique d'histoire romaine, Volume 10, Association pour l'étude de la civilisation romaine, Université de Strasbourg, 1975 - books.google.fr).

En 1775,le Pape Clément XII fit réparer l'arc de Constantin ; on y ajouta cette inscription : Arcum imp. Constantino M. erectum, ob relatam salutari crucis signo praeclatum de Maxentio Victoriam, etc. (Dictionnaire des controverses historiques, Encyclopedie theologique, Volume 66, Migne, 1866 - books.google.fr).