Partie IX - Synth√®se   Chapitre LVII - Calendrier   Calendrier et Fin des Temps   

Le millénarisme est la croyance dans l'avènement d'un règne terrestre du Christ lors de la Parousie, établissant la paix et la justice pendant mille ans pour les justes ressuscités, avant la seconde résurrection. L'hétimasie est l'attente de cet événement. En 431, le Concile d'Ephèse le déclara hétérodoxe. En Occident, le décret De libris recipiendis et non recipiendis, attribué à tort à Gélase mais reçu par l'Eglise, condamna les ouvrages de plusieurs millénaristes : Tertullien, Sulpice Sévère, Lactance, Commodien et Victorin de Pettau.

Le pape Urbain V, n√© √† Grizac vers 1310, condamna Barth√©lemy Ianouesius pour avoir fix√© l'av√®nement de l'Ant√©christ au jour de la Pentec√īte de l'an 1360. Arnaud de Villeneuve, condamn√© en 1311, avait fix√© l'av√®nement et la pers√©cution de l'Ant√©christ √† l'ann√©e 1377 un an avant le Grand Schisme. L'Eglise d√©fendit sous peine d'excommunication d'annoncer pour √©poque d√©termin√©e la venue de l'Ant√©christ ou le jour du Jugement dernier, sous L√©on X, en l'an 1516, au V√®me concile Ňďcum√©nique de Latran.

Il existe cependant, à partir du XIème siècle au moins, des mouvements fondés sur la croyance que la fin des temps est proche, cherchant à préparer voire à instaurer un ordre nouveau. L'instauration d'un règne terrestre de paix et de prospérité se retrouve ainsi dans la croyance dans le dernier empereur.

L'exemple le plus net en est les R√©v√©lations du pseudo-M√©thode. Ce texte est attribu√© √† M√©thode d'Olympe (18 septembre), √©v√™que et martyr syrien du IV√®me si√®cle. Il fut √©crit, √† la mani√®re de l'Apocalypse de Daniel - c'est-√†-dire apr√®s coup et attribu√© √† un auteur du pass√© -, au VII√®me afin de r√©conforter les chr√©tiens de Syrie en proie √† la menace musulmane. Les R√©v√©lations du pseudo-M√©thode furent traduites en latin au VIII√®me si√®cle, par un moine nomm√© Pierre et vivant dans un couvent en Gaule. Ayant eu un grand succ√®s √† partir du XII√®me, les R√©v√©lations affirment que quand le malheur sera immense, un empereur ressuscitera, et partant "de la mer d'Ethiopie" vaincra les isma√©lites, √©tablira un r√®gne de paix et de prosp√©rit√©. Il an√©antira aussi Gog et Magog, les peuples d√©vastateurs (Apocalypse 20, 7-10), puis se rendra √† J√©rusalem et restituera l'empire chr√©tien √† Dieu. Il mourra √† cet endroit, et le r√®gne de l'Ant√©christ d√©butera. Ce texte √©chappa √† la censure probablement parce que le r√®gne de f√©licit√© sera instaur√© par un roi humain et non le Christ. Un deuxi√®me texte s'est inspir√© de la l√©gende du dernier empereur. Il s'agit du Trait√© sur l'Ant√©christ d'Adson moine puis abb√© de Montier-en-Der (sur le rayon du grand nonagone allant au Ban-Saint-Martin associ√© au 18 septembre et √† M√©thode) dans la deuxi√®me moiti√© du X√®me si√®cle. Ce trait√©, compos√© √† la demande de la reine Gerberge entre 949 et 954, est une synth√®se de l'eschatologie de cette p√©riode et t√©moigne d'un mill√©narisme att√©nu√© : " Ce temps n'est pas encore venu, car, m√™me si nous voyons l'Empire romain en grande partie d√©truit, aussi longtemps qu'il y aura des rois francs pour le maintenir, la dignit√© du royaume romain ne p√©rira pas tout √† fait, puisqu'elle subsistera dans ces rois. Certains de nos docteurs disent qu'un roi des Francs tiendra en dernier l'Empire romain, qu'il appara√ģtra au dernier jour et qu'il sera le plus grand et le dernier de tous les rois. Apr√®s avoir gouvern√© heureusement son royaume, il viendra enfin √† J√©rusalem et il d√©posera son sceptre et sa couronne sur le mont des Oliviers. Ce sera alors la fin et la consommation de l'empire des Romains et des chr√©tiens". Adso, √† l'exemple des vies des saints - un genre litt√©raire en plein essor √† l'√©poque - r√©digea une v√©ritable Vita Antichristi qui exer√ßa une profonde influence sur la perception de cette figure pendant tout le Moyen Age. Le dernier empereur, nouveau Constantin (27 f√©vrier), et image terrestre du Christ finira sa vie, apr√®s avoir combattu Gog et Magog sur le Golgotha. Proche du centre du cercle templier de Muret associ√© √† la Saint Charlemagne et au 28 janvier, se trouve la ville de Saubens qui s'appelait jadis Rocof√©nido, le Dernier Rocher, bonne d√©fintion du Golgotha. Il rendra au Seigneur les attributs de l'empire que Constantin avait re√ßu avec le labarum √† la bataille du Pont Milvius (28 octobre). Le roi des derniers jours est cens√© lib√©r√© les chr√©tiens du joug de l'Islam et apport√© la f√©licit√© et la prosp√©rit√©.

Le 29 mai 1453, alors que la science et la philosophie islamiste s'éteignent peu à peu, la prise de Constantinople par les Turcs de Mehmet II met fin à la dernière survivance de l'empire Romain et à la période d'unité entre Europe de l'ouest et de l'est. Constantin XI Paléologue est décapité pour avoir refusé de se soumettre. L'Europe moderne commence, centrée sur les pays de l'ouest, et accueille les émigrés grecs qui favorisent un retour général vers la philosophie grecque passant d'un engouement pour Aristote vers un engouement pour Platon.

Constantinople au XIXème siècle

Au IXème siècle, en Occident, ce n'est plus Constantin dont on attend le retour, mais celui de Charlemagne, devenu héros de la littérature prophétique, le Carolus Redivivus. Alcuin (19 mai) le présentait comme le " Nouveau David " et le " Phare de l'Europe ".

Apr√®s que le dernier empereur aura combattu Gog et Magog et restitu√© son pouvoir √† Dieu, le r√®gne de l'Ant√©christ surviendra. A J√©rusalem, il plantera sa tente devant Sion. Il pr√©tendra √™tre Dieu, trait commun √† tous les r√©cits, depuis Ir√©n√©e jusqu'√† la Sibylle de Tibur. Alors deux hommes, sortis d'un endroit inconnu, viendront le d√©mentir. La Sibylle de Tibur, le De Ratione Temporum de B√®de le v√©n√©rable (moine de Jarrow) et Adso donnent leurs noms : Ce sont Elie et H√©noch. D'apr√®s saint Ephrem (9 juillet), dans le Discours sur la fin du monde, Elie et H√©noch lui demanderont de prouver sa divinit√© en ressuscitant des morts, ce qui lui sera impossible. L'Ant√©christ les fera donc tuer. En effet, en bonne orthodoxie non manich√©enne, le " mal " n'est pas l'absolu inverse du " bien ". Le Diable et l'Ant√©christ n'ont pas les m√™mes pouvoirs que Dieu et le Christ. Selon les Evangiles, l'Ant√©christ se fera passer pour le Christ. La ressemblance physique entre le Christ et l'Ant√©christ a √©t√© tr√®s souvent trait√©e dans l'iconographie m√©di√©vale des ex√©g√®ses de l'Apocalypse comme figure centrale des pr√©dictions apocalyptiques. Dans le Liber floridus, compil√© entre 1120 et 1130 par Lambert, chanoine de Saint-Omer, la repr√©sentation de l'Ant√©christ assis sur L√©viathan ne le montre pas comme une b√™te terrifiante ou un monstre horrible mais comme un souverain avec les attributs et les gestes du Christ sur son tr√īne. Mais l'Ant√©christ parodie Dieu et le Christ. L'autre nature de l'Ant√©christ est celle d'un tyran. Rupert, p√®re sup√©rieur de l'abbaye b√©n√©dictine de Saint H√©ribert √† Deutz, √† partir de 1120, a d√©crit le comportement parodique de l'Ant√©christ en ces termes :

" Celui-là est Christ qui verse son sang. Celui-là est Antéchrist qui verse le sang d'autrui. "

Un message implicite se dessine dans la succession dans le temps de la défaite des Musulmans ou de Gog et Magog et de l'apparition de l'Antéchrist. N'est-ce pas la fin de toute altérité qui prépare certainement, dans l'uniformité, les voies du "Monstre", en attente d'un hypothétique Jugement dernier par le Christ revenu ?

Nemrod est le prototype de l'Ant√©christ. Dans son sens h√©breu, son nom signifie r√©bellion du mot mara ou marad. Fils de Chus, dont l'Ecriture dit qu'il commen√ßa √† se rendre puissant sur la terre, et fut un puissant chasseur devant le Seigneur, il donna lieu √† ce proverbe : un grand chasseur devant le Seigneur comme Nemrod. Il ne s'employa pas seulement √† la chasse des b√™tes sauvages, mais aussi √† assujettir les hommes √† sa domination. Le commencement de son empire fut Babylone. Il y a assez d'apparence qu'il fut un des plus ardents entrepreneurs de la Tour de Babel, et qu'y √©tant demeur√© depuis la dispersion des hommes, il b√Ętit Babylone √† l'endroit o√Ļ √©tait cette fameuse tour ou aux environs. Del√† il √©tendit sa domination sur le pays voisin, et r√©gna √† Arach, √† Achad, √† Chalanne dans la terre de Sennaar. Quelques rabbins expliquent en bonne part ce qui est dit de Nemrod, qu'il fut grand chasseur devant le Seigneur, en disant qu'il offrait au Seigneur le gibier qu'il prenait. Mais en cet endroit la plupart des interpr√®tes prennent ces mots devant le Seigneur, en mauvaise part; de m√™me que ce qui est dit de ceux de Sodome, qu'ils √©taient de grands p√©cheurs devant le Seigneur : peccatores coram Domino nimis. (Gen√®se 13, 13) Quelques-uns ont confondu Nemrod avec Belus, fondateur du royaume de Babylone, et avec Ninus, fondateur de Ninive. Le nom de Nebrodeus ou Nebrodus donn√© √† Bacchus viendrait visiblement de Nemrod. Le nom de Bacchus peut aussi d√©river de Bar-Chus, fils de Chus, parce que Nemrod √©tait fils de Chus. Les Grecs donnent √† Bacchus le nom de chasseur, ainsi que Mo√Įse le donne √† Nemrod. Les exp√©ditions de Bacchus dans les Indes sont aussi form√©es sur les guerres que Nemrod fit dans la Babylonie et dans l'Assyrie.

Le peintre Delacroix semble s'être intéressé à lui (voir Homards Delacroix).

Plut√īt qu'un lapin, le cerf est une repr√©sentation plus "noble" de la victime sacr√©e. Anne Lombard-Jourdan confirme ce rapprochement de la chasse au li√®vre et de celle au cerf. ¬ę Les rites de la chasse au li√®vre, tels qu‚Äôils sont d√©crits par le Master of games, √©taient voisins de ceux de la chasse au cerf ¬Ľ. Le Christ au li√®vre du myst√®re de Rennes-le-ch√Ęteau peut √™tre un Christ li√®vre, chass√© par les forces ant√©christiques dont Nemrod est une incarnation, qui lui-m√™me √©tait assimil√© astronomiquement √† Orion ayant √† ses pieds la constellation du Li√®vre.

De la chasse

Telle fut la fin de p√®re en tant que chair, mes gar√ßons. Et c'√©tait, j'en suis s√Ľr, celle qu'il e√Ľt d√©sir√©e : √™tre occis par une arme vraiment moderne et mang√© d'une fa√ßon vraiment civilis√©e. Sa survie fut ainsi assur√©e, quant au corps et quant √† l'ombre. Dans ce monde-ci il vit en nous, tandis que dans l'autre son ombre int√©rieure hache menu comme chair √† p√Ęt√© les √©l√©phants de r√™ve.

Roy Lewis, Pourquoi j'ai mangé mon père, Actes Sud, p. 162

A l'aide de Homo necans de Walter Burkert, nous mettons en perspective la chasse et un de ses aboutissements que constituent les croyances religieuses.

Notre Père,

Donnez-nous notre pain quotidien,

Prenez et mangez, ceci est mon corps.

Le parricide pr√©suppose l'institution paternelle et le lien au p√®re, donc une innovation culturelle sp√©cifiquement humaine. Il est r√©v√©lateur des pr√©jug√©s modernes sur l'homme que Freud et son √©cole ne se soient pas du tout int√©ress√©s au moment pr√©cis o√Ļ le meurtre r√©pondait √† une fonction n√©cessaire, - une fonction qui sera effectivement d√©terminante pour l'√©volution. En effet, c'est √† partir de la p√©riode o√Ļ les primates australopith√®ques tu√®rent et mang√®rent des babouins, √©ventuellement un des leurs, que l'on vit appara√ģtre dans l'√©volution les structures spirituelles et sociales, qui firent du meurtre le fondement de l'ordre culturel. Dans la chasse, l'agression intrasp√©cifique se focalise sur l'animal chass√©, et elle est ainsi d√©tourn√©e vers l'ext√©rieur. Mais pour que cette agressivit√© parvienne √† son but, les inhibitions instinctives de cette agressivit√© - sexualit√© f√©minine et comportement enfantin - doivent √™tre lev√©es. Dans l'imagination du chasseur et dans les actes mutuels d'encouragement, la b√™te chass√©e ne devait donc pas appara√ģtre comme une femme ou comme un enfant, mais plut√īt comme " grosse " et " masculine ", m√™me si ce n'√©tait qu'un li√®vre. En outre, le gibier le plus profitable √©tait constitu√© par les grands mammif√®res - aurochs, ours, mammouths -, et les plus gros sp√©cimens - m√™me s'ils n'√©taient pas les meilleurs au go√Ľt - √©taient les m√Ęles. L'agressivit√© du chasseur prit cependant une forme tout √† fait singuli√®re. Son but n'√©tait pas de faire fuir la b√™te, ni de l'an√©antir, mais plut√īt de s'en emparer et de la faire sienne [...] Masculine, grosse, √† la fois membre de la famille et destin√©e √† mourir, la proie fait figure de p√®re. L'acte conscient de tuer se transforme en parricide. [‚Ķ] Ainsi se trouve confirm√©e l'intuition de Freud, qui met un parricide au d√©but du d√©veloppement humain, non qu'il s'agisse d'un crime historiquement dat√©, mais plut√īt d'un meurtre comme fonction symbolique rituelle, et des structures de l'√Ęme correspondantes.

La b√™te chass√©e appara√ģt ainsi comme un " P√®re nourricier ", qui pourvoie √† la nourriture de la communaut√©.

On savait que le dieu √©tait intimement associ√© au sacrifice ; c'est une √©vidence pour l'Antiquit√© classique avec le couple de termes sacer-sacrificare... On pouvait jouer avec l'id√©e que le dieu et l'animal sacrifi√© √©taient identiques ; en cons√©quence, c'√©tait le dieu qui √©tait tu√©, mang√©, d√©truit, et qui, plus tard, avec le retour du rituel, √©tait pourtant miraculeusement de nouveau l√†. Les rites de cl√īture √©taient mis en sc√®ne comme une r√©surrection ou un retour √† la vie. Certains mythes grecs laissent entrevoir que le dieu est identique √† l'animal sacrificiel. Zeus, par exemple, se m√©tamorphose en taureau, Dionysos en chevreau.

Mais ce n'est que sous l'influence orientale, que les Grecs attach√©s √† une soci√©t√© profond√©ment patriarcale, ont accept√©s ces assimilations qui, dans le domaine f√©minin, semblaient plus faciles. Io √©tait en m√™me temps pr√™tresse d'H√©ra, et repr√©sentait donc la d√©esse elle-m√™me ; Art√©mis tua l'ourse Callisto, qui pourtant √©tait la " plus belle " et le parfait portrait d'Art√©mis, la " plus belle " des vierges. Les images o√Ļ le dieu et l'animal sacrificiel se c√ītoient dans une union presque intime font ressortir la profonde ambivalence du sacrifice, qui a donn√© aux Grecs la possibilit√© de cr√©er la trag√©die.

Cela suggère que les premières sociétés fondées sur la chasse relevaient d'un " matriarcat " préhistorique, dont la théorie fut établie par Bachofen et qui fut reprise par Robert Graves pour étudier le passage hypothétique du matriarcat au patriarcat en Grèce ancienne.

La succession des g√©n√©rations masculines est caract√©ris√©e par le conflit et la mort. Mais la culture a besoin d'une continuit√© qui puisse survivre √† la catastrophe. Afin de parvenir √† cette continuit√© et la rendre manifeste, le rituel, depuis le Pal√©olithique sup√©rieur, semble avoir trouv√© une voie sp√©cifique : la symbolisation du f√©minin. Un remarquable t√©moignage de la continuit√© entre l'√Ęge des chasseurs et l'√®re agricole est fourni par les statuettes f√©minines qu'on a pris l'habitude d'appeler " statuettes de V√©nus ".

En Sib√©rie, ces idoles appartiennent au domaine des femmes, mais elles sont probablement en connexion avec les animaux chass√©s, comme en t√©moignent une statuette trouv√©e au centre d'un cercle de 27 cr√Ęnes de mammouths. La d√©esse est la M√®re des Animaux qui servent √† la chasse et au sacrifice, elle se pr√©sente comme une puissance dispensatrice de vie, alors qu'elle gouverne les morts. Le jeune gar√ßon si intimement li√© √† la grande D√©esse de √áatal H√∂y√ľk serait-il d√©j√† le pr√©curseur d'Attis, fils et amant portant le nom de " P√®re " ? Le pharaon, intronis√© sous le nom d'Horus, le Fils, meurt toujours sous le nom d'Osiris, le P√®re, tandis qu'Isis incarne la permanence du tr√īne.

La volonté supérieure à laquelle se soumet le chasseur se condense dans les idées et dans les reproductions artistiques, sans doute déjà aussi dans le langage, et elle devient la figure de la Grande Déesse, épouse et mère, nature féminine qui enfante, qui donne la vie et pourtant exige la mort ; dans ses mains, elle tient la corne d'abondance brisée comme la Vénus de Laussel du Paléolithique supérieur. Dans les Fables mythologiques, Déméter et Coré se superpose et se confondent, faisant de la Grande Déesse, une vierge, une mère et une amante... La vierge reste concernée par le sacrifice : un bélier, animal-père était sacrifié à Coré.

La diagonale Le Sarnieu - Sommet au large de Mmizan avec sa série de Vierges noires et la présence de la Vénus de Laussel à Marquay symbolise cette continuité (voir Diagonale Le Sarnieu - Mimizan).

La mort politique du Christ, consid√©r√©e comme une sorte de restauration des sacrifices humains, entra√ģne l'identification de la victime, fils de Marie, avec le dieu-p√®re. La d√©ification du Christ r√©sulte d'un sch√©ma ancien replongeant dans le temps des premi√®res communaut√©s de chasseurs. A partir des similarit√©s entre religion babylonienne (le culte de Nemrod) et religion catholique, Alexander Hislop a essay√© de montrer dans The two Babylons comment les croyances pa√Įennes infiltr√®rent la culture h√©breue et furent adopt√©es dans la doctrine et les sacrements catholiques. L'intuition d'Hislop de faire remonter une religion √† un chasseur (Nemrod) semble √™tre v√©rifi√©e par l'√©tude de Burkert. Mais l'analogie s'arr√™te l√†, en effet toute religion fond√©e sur la notion de sacrifice plonge ses racines dans la "mythologie" de la chasse, quelle qu'elle soit.

Si le christianisme a montr√© des vell√©it√©s r√©volutionnaires en ces d√©buts (o√Ļ l'on voit le Christ fr√©quenter les exclus), il a fini par √™tre phagocyt√© par un fonctionnement social fond√© sur le sacrifice humain. Sacrifice humain non sanglant en premier lieu qui se manifeste par l'exclusion. En acc√©dant au pouvoir par la collaboration avec l'ancien syst√®me, le christianisme est mort. Le sacrifice du Christ est devenu le symbole de ce fonctionnement social. Si nos soci√©t√©s chr√©tiennes puis h√©riti√®res du christianisme avaient voulu √©radiquer la pauvret√©, en 2000 ans, n'y seraient-elles pas parvenu ? Mais le fonctionnement social repose sur une hi√©rarchie imbriqu√©e des membres de la soci√©t√© suivant le degr√© de possession des moyens de production et de connaissance sous-tendue par une id√©ologie diff√©rentialiste. Cette hi√©rarchie n'est pas fortuite mais produite par cette id√©ologie : pour qu'il y ait des riches il faut qu'il y ait des pauvres (sous-r√©tribution, ch√īmage) ; pour qu'il y ait des intellectuels, il faut qu'il y ait des cancres (la constante macabre de Andr√© Antibi) ; pour qu'il y ait des gens en bonne sant√©, il faut qu'il y ait des malades (pour certaines maladies bien s√Ľr). Tout cela au profit final d'une cat√©gorie de l'humanit√© avec une certaine psychologie marqu√©e par le besoin de domination.

L'exclusion est la première phase d'une chasse (le Christ au Lièvre : le Christ-Lièvre) : d'abord faire fuir du monde du travail, du monde de la sociabilité. La disparition physique anticipée est le point final de cette chasse dans un véritable " génocide des pauvres ". À la fin de 2002, plus de 400 spécialistes des politiques socio-sanitaires, des représentants des collectivités, et des chercheurs se sont retrouvés à l'université de York, dans la ville de Toronto, dans le cadre d'une conférence sur les déterminants sociaux qui façonnent notre santé tout au long de notre vie. Ces derniers ont consolidé la notion qu'un faible revenu (avec tous les aboutissements qui en découlent sur les conditions de logis, sur le niveau d'éducation, de l'environnement de travail, de développement de l'enfant, de la sécurité alimentaire, etc.) influe irrémédiablement sur les taux de décès dus aux maladies cardio-vasculaire, cancers, blessures accidentelles, suicides, diabète et autres maladies. Pour les données de morbidité, la corrélation avec le statut social est spécifiquement forte pour les maladies cardio- vasculaires, diabète, blessures par accident et maladies mentales. (http://www.pressegauche.org)

Cette vision de la soci√©t√© semble relever de la parano√Įa, mais nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours. Alors, le gain spirituel peu para√ģtre d√©risoire, m√™me s'il ne rel√®ve pas uniquement de l'id√©e de dieu ou de l'appartenance √† des √©glises.

La seule porte de sortie d'un tel syst√®me serait le contr√īle des pulsions de domination valoris√©es depuis des mill√©naires par la Bible. Un tel contr√īle ne serait viable qu'effectu√© en tout lieu. Domination sur les autres hommes et sur la nature qui a conduit √† la situation sociale et √©cologique d√©sastreuse que l'on conna√ģt.

Puis Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Genèse I, 26

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Genèse I, 28

Le message biblique semble bien p√©rim√© au moment o√Ļ l'on se rend compte que la croissance √©conomique et celle de la population humaine √©puiseront les ressources de la Terre. Le nouveau message serait "D√©croissez !".

L'homme est un animal comme les autres.

Ce n'est pas rabaisser l'homme que de dire cela. L'animal a prouv√© son intelligence en respectant les √©quilibres √©cologiques que l'homme a bafou√©s. Un proverbe am√©rindien dit que lorsque tu prends une pierre, il faut la remettre l√† o√Ļ tu l'a prise. Et, comme par hasard, les Wasp tr√®s imbus de leur croyance biblique ont quasiment √©limin√©s du continent nord am√©ricain les indiens, si proches de la nature, si pr√®s de la v√©rit√©.

Le peuple poussa le cri de guerre et l'on sonna de la trompe [...] et le rempart s'√©croula sur place. [...]Ils vou√®rent √† l'anath√®me tout ce qui se trouvait dans la ville, hommes, femmes, jeunes et vieux, jusqu'aux taureaux, aux moutons et auxc √Ęnes, les passant au fil de l'√©p√©e. [...] Et Yahv√© fut avec Josu√©.

Ce récit de la prise de Jéricho dans le Livre de Josué est sans doute l'une des premières apologies de crime contre l'humanité de l'histoire.

Le christianisme a bien essayé de bricoler une rupture avec l'héritage biblique mais a finalement échoué. Pour ne devenir qu'un " masque du diable " (pour ceux qui y croient).

 


Sources

Sumi Shimahara, Peut-on parler de millénarisme à l'époque carolingienne ?

Les Apocryphes √Čthiopiens, X La Sagesse de la Sibylle

Joachim de Flore - cliohnet

Charles Louis Richard, Bibliothèque sacrée

Walter Burkert, Homo necans, les belles lettres

Anne Lombard-Jourdan, Aux origines de Carnaval, Odile Jacob