Partie IX - Synth√®se   Chapitre LVII - Calendrier   Calendrier et Etoile du grand nonagne   

Triangle Y

Le Ban-Saint-Martin - Edern - Rennes-le-Ch√Ęteau

Saint Méthode d'Olympe - Saint Yves - Saint Antoine

18 septembre - 19 mai - 17 janvier

Cérès, déesse du grain (céréales)

L'ergot de seigle (Claviceps purpurea) est un champignon du groupe des ascomyc√®tes, parasite du seigle (et d'autres c√©r√©ales). Il contient des alcalo√Įdes responsable de l'ergotisme. Les alcalo√Įdes de l'ergot ont probablement √©t√© les premi√®res mycotoxines responsables d'intoxications alimentaires par le pass√©. Ces derni√®res ann√©es il semble qu'il y ait une recrudescence du nombre de cas alors que leur pr√©sence dans les c√©r√©ales avait quasiment disparu durant la seconde moiti√© du si√®cle dernier. Les alcalo√Įdes de l'ergot comprennent un grand nombre de compos√©s diff√©rents qui sont produits par le genre Claviceps (seigle et autres c√©r√©ales) mais aussi par Neotyphodium (champignon endophyte des herbes). Parmi les compos√©s les plus importants on peut citer l'ergotamine, l'ergocristine, l'ergocryptine et l'ergocornine (c√©r√©ales) mais aussi l'ergovaline, l'ergine, l'erginine et les alcalo√Įdes de type clavine (herbages).

Filipov (1998) a conduit une √©tude et a conclu que la croissance de jeunes lapins a √©t√© inhib√©e par l'ingestion de graine infect√©e par des endophytes. Par cons√©quent, les lapins pourraient √™tre un animal appropri√© d'essai pour la toxicose. Aussi, il a not√© que la vaccination de lapins, nourris avec des grains infect√©s par des endophytes, aboutit √† la formation d'anticorps anti-ergot. La prolactine est une hormone s√©cr√©t√©e par l'ant√©-hypophyse qui permet principalement le d√©clenchement et le maintien de la lactation. Elle agit √©galement sur la s√©cr√©tion de progest√©rone chez la femme, et de testost√©rone chez l'homme. Son dosage est indiqu√© dans les explorations d'am√©norrh√©e, de st√©rilit√©, d'impuissance ; en cas de galactorrh√©e, gyn√©comastie, absence de mont√©e laiteuse ; dans le cadre de certains ad√©nomes, en particulier un ad√©nome √† prolactine. En 1967, une moisson exp√©rimentale de Claviceps purpurea, cultiv√© du seigle, a produit cornine, ergosine et ergom√©trine comme alcalo√Įdes principaux. La pr√©sence d'ergovaline dans une quantit√© d'environ 4 % du total a √©t√© v√©rifi√©e par la chromatographie.

L'ergovaline est un inhibiteur de la prolactine, tandis que l'ergonovine, un acide lysergique amide de la f√©tuque, est incapable de produire les signes typiques de la toxicose de la f√©tuque ou de baisser les concentrations de prolactine dans le b√©tail (Olivier et al, 1994). Les anticorps contre des alcalo√Įdes d'ergot sont capables d'am√©liorer quelques caract√©ristiques cliniques de la toxicose de la f√©tuque dans le b√©tail et chez les souris (Hill et al, 1994; Rice et al, 1998). L'√©tude de Rice a √©valu√© la protection par anticorps anti-ergotamine induits par la vaccination orale ou parent√©rale avec prot√©ine-ergotamine conjugu√©es ou la vaccination passive avec des anticorps anti-ergovaline monoclonaux dans un mod√®le murin de la toxicose de la f√©tuque.

En forme de Y

Un anticorps est une prot√©ine complexe utilis√©e par le syst√®me immunitaire pour d√©tecter et neutraliser les antig√®nes de mani√®re sp√©cifique. Les anticorps sont s√©cr√©t√©s par des cellules d√©riv√©es des lymphocytes B les Plasmocytes. Les anticorps sont des glycoprot√©ines de la superfamille des immunoglobulines form√©es de 4 cha√ģnes polypeptidiques : 2 cha√ģnes lourdes et 2 cha√ģnes l√©g√®res qui sont reli√©es entre elles par un nombre variable de ponts disulfures. Ces cha√ģnes forment une structure en Y et sont constitu√©es de domaines immunoglobulines de 110 acides amin√©s environ.

En cas de pandémie par exemple, l'immunothérapie passive des malades, par des anticorps monoclonaux est une des solutions envisagées par les chercheurs qui en 2007 testaient déjà son efficacité sur l'animal, avec des résultats laissant penser que des anticorps monoclonaux d'origine humaine pourraient être produits à partir du sang de patients ayant guéri d'une grippe à H5N1 (ou de convalescents le cas échéants) et contribuer à enrayer une épidémie.

Les soins prodigu√©s par les Antonins s'appuyaient sur la pharmacop√©e disponible au Moyen √āge. " Les plantes utilis√©es, par les Chanoines hospitaliers de Saint-Antoine dans leur pharmacop√©e, apparaissent sur le retable r√©alis√© pour la commanderie d'Issenhem par Matthias Gr√ľnewald, entre 1512 et 1516. Quatorze plantes sont r√©pertori√©es comme pouvant entrer dans la composition du Saint Vinage, breuvage th√©rapeutique fabriqu√© exclusivement par les Hospitaliers: grand plantain, plantain lanc√©ol√©, coquelicot, verveine, renoncule bulbeuse, scrofulaire aquatique, ortie blanche, chiendent rampant, v√©ronique petit ch√™ne, gentiane croisette, dompte-venin, tr√®fle blanc, souchet, √©peautre. Ces plantes s√©datives, narcotiques ou vasodilatatrices sont, la plupart du temps, accommod√©es de vinaigre, de miel. Concass√©es, bouillies, mac√©r√©es, elles permettent l'√©laboration de nombreux empl√Ętres, jus et autres d√©coctions ou encore d'onguents destin√©s aux plaies ouvertes et aux ulc√®res. Le Practica in medicinam, practica morborum curandorum, offert en 1469 √† Jean d'Orlier, pr√©cepteur d'Issenheim, met en √©vidence une recette obtenue √† base de soufre, de poivre, de graisse de porc, d'eau de rose destin√©e aux maladies de peau. L'onguent comme l'empl√Ętre sont des m√©dications courantes. L'effet de cicatrisation est, avant tout, recherch√© √©tant donn√© le nombre de malades amput√©s de leurs membres l√©s√©s.

Parmi ces rem√®des, le baume de Saint-Antoine appara√ģt comme le plus efficace. Les neuf essences v√©g√©tales recens√©es activent la circulation sanguine, d√©sinfectent puissamment et r√©duisent l'activit√© sensorielle " (voir http://www.adolphus.nl/xcrpts/xcantoinabbay.html).

L'origine de l'Upsilon qui a donn√© notre Y est √† trouver dans le waw ph√©nicien ou h√©breu dont, √† l'origine, l'image repr√©sentait un clou ou une cheville. En h√©breu, le vav sert de conjonction de coordination et repr√©sente tout ce que r√©unit les choses entre elles ; en liant et en unifiant comme le font la lumi√®re et l'air. Le vav symbolise la cr√©ation, l'union, la f√©condation entra√ģnant la naissance et la vie; Vav est √† la fois le lien et la divergence entre l'√™tre et le n√©ant, le sentiment, l'affection, le d√©sir. Elle symbolise √©galement une compl√®te harmonie int√©rieure, r√©sultat d'une transformation et d'une pers√©v√©rance. Le nom Vav, signifie litt√©ralement " crochet ". Ce crochet est un symbole de communication entre les puissances c√©lestes et les forces terrestres. Le Vav est aussi un rayon de lumi√®re reliant les diff√©rents aspects de la cr√©ation, en les unissant pour former un organisme, dans lequel chaque partie d√©pend du lien qui la connecte aux autres. Ce crochet primordial joint l'esprit et la mati√®re, le ciel et la terre dans le processus des 6 jours de la Cr√©ation.

Appelé aussi sclerotium clavus, de clavus clou et du néolatin sclerotium venant du grec skleros " dur ", le Claviceps (" tête de clou ") produit l'ergot (de seigle), mot dont l'origine peut-être préromane désignerait une pointe et qui est très ancien sous la forme d'argot.

Triangle O

Vieille-Chapelle - Sommet en Atlantique - Ferrassières

Hugoline, Marie d'Egypte et Casarie : Pénitentes du Calendrier

8 ao√Ľt - 9 avril - 8 d√©cembre

Le Tibre et Astrée

La confession est l'un des sept sacrements de l'Eglise catholique. Elle renvoie √† la remise des p√©ch√©s par un pr√™tre ; mais tous p√©ch√©s, m√™me pardonn√©s, entra√ģnent un devoir de r√©paration, appel√© p√©nitence. Le latin confessio signifie "aveu" et correspond en grec √† "martyrion", t√©moignage, dans le sens de la profession de foi. La confession t√©moigne donc d'une d√©marche √† la fois personnelle et communautaire de pardon. La religion chr√©tienne n'a √©labor√© une th√©ologie du repentir que tr√®s progressivement. La possibilit√© de se faire pardonner une faute grave apr√®s le bapt√™me semble avoir √©t√© pour la premi√®re fois exprim√©e dans le Pasteur d'Hermas, vers le milieu du II√®me si√®cle. Mais il faut attendre le III√®me si√®cle pour que soit mentionn√© ce sacrement : il s'agit alors d'une "p√©nitence publique". Le croyant se r√©concilie √† la fois avec Dieu et avec sa communaut√©. En ce qui concerne les fautes graves, l'√Čglise tient alors qu'aucune faute n'est irr√©missible mais que la r√©mission n'est pas r√©it√©rable. Les p√©cheurs, apr√®s l'aveu public devant l'√©v√™que, sont plac√©s dans le groupe des p√©nitents pour plusieurs mois, voire plusieurs ann√©es. Exclus de l'Eucharistie, ils doivent pratiquer des je√Ľnes rigoureux, quitter √©ventuellement leur emploi et leur conjoint, voire partir au d√©sert - origine du monachisme -, pour pouvoir r√©int√©grer la communaut√©. Ils sont r√©admis au sein de l'Eglise lors de la c√©r√©monie du Jeudi Saint. Cette rigueur conduisait beaucoup de fid√®les √† repousser la confession appel√©e alors p√©nitence jusqu'√† leur mort. A partir du VII√®me si√®cle, les moines irlandais vont encourager une nouvelle forme de p√©nitence : non seulement elle est "tarif√©e", √† chaque faute correspondait une p√©nitence pr√©cise, mais surtout elle est renouvelable selon la gravit√© de la faute. De plus, dans les √Čglises d'Angleterre et d'Irlande avait cours une pratique priv√©e de la p√©nitence. Ce mode de confession secr√®te et priv√©e se g√©n√©ralise sur le continent gr√Ęce aux missions de ces moines. Le XII√®me si√®cle voit un bouleversement capital dans l'histoire de la spiritualit√© : la notion de R√©demption √©volue vers un √©tat de Salut personnel, o√Ļ le Jugement dernier perd son caract√®re d√©finitif avec l'apparition notamment du Purgatoire. Le sacrement de p√©nitence se d√©veloppe en cons√©quence : l'aveu est reconnu comme un acte d'humilit√© permettant d'obtenir la mis√©ricorde de Dieu, et la r√©mission des p√™ch√©s ne se passe plus apr√®s l'expiation de la p√©nitence, mais d√®s l'absolution. Le vocabulaire change en cons√©quence, on parle maintenant de "confession". Le Concile de Latran IV (1215) la rend obligatoire au moins une fois l'an. A cette √©poque, l'√©tat p√©nitentiel va m√™me devenir un genre de vie religieuse librement consenti par ceux qui aspirent √† la perfection, sans n√©cessairement devoir sortir du monde : des hommes et des femmes s'imposent une vie de renoncements et de mortifications, comme les b√©guines, ou les flagellants. La confession va se d√©velopper parall√®lement √† l'Eucharistie, avec qui elle tr√®s li√©e dans la mesure o√Ļ l'on n'envisage pas de communier sans s'√™tre au pr√©alable purifi√© de ses p√©ch√©s. Le pr√™tre a le pouvoir d'absoudre, mais certains cas (inceste, sortil√®ges) sont r√©serv√©s au Pape et √† la P√©nitencerie apostolique. Les p√©nitences publiques, souvent spectaculaires sont √©galement maintenues : p√®lerinage, port de v√™tement, croisades, etc. Au XVI√®me si√®cle, la confession fr√©quente, comme la pratiquait Charles de Blois mort √† la bataille d' Auray en 1364, va √™tre propos√©e aux la√Įcs, notamment par l'entremise de la D√©votion moderne, comme un moyen de progression spirituelle. Parall√®lement √† la confession se d√©veloppe la notion d'indulgence : la faute grave est finalement expi√©e apr√®s la mort au Purgatoire, sas d'entr√©e purificateur. Mais gr√Ęce aux m√©rites du Christ et √† la communion des Saints, l'Eglise dispose d'un moyen pour adoucir les peines. Le croyant peut ainsi obtenir des "actions" valable sur son futur eschatologique, au travers d'Ňďuvres pieuses. Si le Concile de Trente condamne leur trafic, il maintient la validit√© de l'indulgence. Apr√®s le Concile de Trente, la confession, li√©e √† la direction de conscience, va √™tre consid√©r√©e comme le sacrement le plus important la foi catholique, car il permet un dialogue privil√©gi√© avec le pr√™tre. A cette √©poque appara√ģt le confessionnal assurant l'anonymat entre le confesseur et son p√©nitent.

Dans la tradition juive, Adam va se tenir dans les eaux du Guihon pendant sept semaines, comme p√©nitence, apr√®s quoi il demande √† Dieu de lui pardonner ses p√©ch√©s. La tradition chr√©tienne entretient une conception similaire. Ephrem d'Edesse (9 juillet) √©crit dans ses Cantiques pour la f√™te de l'√Čpiphanie : " Dans le Bapt√™me, Adam retrouva - cette gloire qui √©tait parmi les arbres d'√Čden. - Il descendit et la re√ßut hors de l'eau ; - il s'en rev√™tit, monta et en fut orn√©... L'Homme est tomb√© au milieu du paradis, - et dans le bapt√™me, la compassion l'a restaur√© [‚Ķ] Ils [Adam et Eve] se rev√™tirent des feuilles de la n√©cessit√©, - mais le Mis√©ricordieux eut piti√© de leur beaut√©, - et au lieu de feuilles d'arbres, - Il les rev√™tit de gloire dans l'eau ".

Dans un texte chr√©tien du V ou du V√®me si√®cle connu sous le nom de Conflit d'Adam et √ąve, nous voyons Adam et √ąve aller dans les eaux, s'y tenir √† une assez grande distance l'un de l'autre et prier Dieu de leur pardonner leurs p√©ch√©s. Satan tente en vain Adam, lui disant de sortir de l'eau. Satan va alors tenter √ąve qui se laisse s√©duire, sort de l'eau et va trouver Adam. Dans Apocalypse de Mo√Įse, Adam et √ąve d√©cident de faire p√©nitence pour leurs p√©ch√©s en se tenant de nombreux jours dans l'eau d'une rivi√®re. √ąve se tient dans le Tigre et Adam dans le Jourdain.

Les traditions arabes donnent une description similaire de la fa√ßon dont Adam re√ßut le pardon de son p√©ch√©. Muhammad Ibn Abd Allah al-Kisa'i raconte comment, lorsque Adam se repent, l'ange Gabriel lui est envoy√© pour lui dire : " Ton repentir a √©t√© accept√© et ta transgression est pardonn√©e. " Chez Al-Kisa'i, le message du pardon est alors port√© par la brise jusqu'√† √ąve, qui se prosterne. Dieu envoie Michel √† √ąve et il lui apporte la bonne nouvelle du repentir et du pardon et la rev√™t. Elle dit : " Dieu soit lou√© de son excellence et de sa sanction. " Quand elle apprend que son repentir a √©t√© accept√©, elle se rend au bord de la mer et se baigne. Eve est donc le mod√®le des p√©nitentes, que ce soit dans les textes chr√©tiens ou musulmans. Ajoutons Astr√©e, qui si elle ne fut pas p√©nitente, se retira de notre monde, comme Casarie dans sa grotte, pour ne pas assister √† la fin de l'√āge d'Or et aux turpitudes de hommes corrompus. Elle b√©n√©ficia d'une sorte de canonisation, comme Hugoline et Marie l'Egyptienne, en √©tant plac√©e dans le ciel et occupant l'actuelle constellation de la Vierge.

Le purgatoire est le lieu des √Ęmes croyantes et p√©nitentes s√©par√©es du corps. Dans chaque d√©partement du Purgatoire de Dante, des exemples du p√©ch√© qu'on y expie, et de la vertu oppos√©e √† ce p√©ch√©, sont offerts aux √Ęmes p√©nitentes, pour les convaincre de la justice de leurs souffrances, et les exciter d'autant mieux √† la contrition. Dans la Divine Com√©die, Caton d'Utique, homme honn√™te et droit, est le gardien aust√®re du Purgatoire dont l'entr√©e se trouve √† l'embouchure du Tibre. Marcius Porcus (95-46 avant JC), dit Caton d'Utique, √©tait un homme d'√©tat romain, adversaire de C√©sar, alli√© √† Pomp√©e, qui subit une d√©faite en - 46 √† Thapsus (en Tunisie). R√©fugi√© √† Utique, les habitants voulurent le livrer √† C√©sar. Il pr√©f√©ra se donner la mort.

Un purgatoire avec sa grille en carré de 5, Chapelle de Benva, Lorgues

Dans une gravure de J√©r√īme Cock, publi√©e dans sa maison d'√©dition Aux quatre vents fond√©e en 1548, pour laquelle Philippe Galle, fondateur sa propre maison d'√©dition √† Anvers "Au Lys Blanc" en 1564, travaillera, on peut voir associ√©s saint J√©r√īme p√©nitent et le Tibre personnifi√©. Saint J√©r√īme (342-420), l'un des quatre P√®res latins de l'√Čglise, est un √©rudit qui, pendant quatre ans, s'est retir√© en ermite dans le d√©sert de Syrie pour √©tudier l'h√©breu. Plus tard, il traduira l'Ancien et le Nouveau Testament en latin. En peinture, saint J√©r√īme est repr√©sent√© le plus souvent comme un savant au travail dans son cabinet ou bien comme un p√©nitent dans le d√©sert; √©chevel√© et √† moiti√© nu, il est agenouill√© devant un crucifix et tient une pierre avec laquelle il pourra se frapper la poitrine, avec √† proximit√© un cr√Ęne et un sablier (symboles de mortalit√©).

Paysage avec saint J√©r√īme et le dieu Tibre (1552)

par J√©r√īme Cock, d'apr√®s Maerten van Heemskerck

© Collections artistiques de Université de Liège (Belgique) - http://www.wittert.ulg.ac.be

Dans l'Apocalypse de saint Jean peut-on lire :

Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui est, qui était, et qui doit venir, le Tout-Puissant.

et

Ecris √† l'ange de l'√©glise d'Eph√®se : Voici ce que dit celui qui tient les sept √©toiles dans sa main droite , qui marche au milieu des sept chandeliers d'or. Je sais tes Ňďuvres, et ton travail, et ta patience ; et que tu ne peux supporter les m√©chants : tu as √©prouv√© ceux qui se disent ap√ītres, et ne le sont point ; et les as trouv√©s menteurs. Tu es patient, et tu as souffert pour mon nom, et tu ne t'es point d√©courag√©. Mais j'ai √† te reprocher que tu es d√©chu de ta premi√®re charit√©. Souviens-toi donc d'o√Ļ tu es tomb√©, et fais p√©nitence, et reprends tes premi√®res Ňďuvres : sinon je viendrai bient√īt √† toi ; et si tu ne fais p√©nitence, j'√īterai ton chandelier de sa place.

encore

Ecris √† l'ange de l'√©glise de Sardes ; Voici ce que dit celui qui a les sept Esprits de Dieu et les sept √©toiles : Je connais tes Ňďuvres ; tu as la r√©putation d'√™tre vivant, mais tu es mort. Sois vigilant et confirme les restes qui √©taient pr√™ts de mourir : car je ne trouve pas tes Ňďuvres pleines devant mon Dieu. Souviens-toi donc de ce que tu as re√ßu et de ce que tu as ou√Į, et garde-le, et fais p√©nitence : car si tu ne veilles, je viendrai √† toi comme un larron, et tu ne sauras √† quelle heure je viendrai.

Ce texte apocalyptique fait le lien entre l'om√©ga et la p√©nitence. Om√©ga marquant le terme de la r√©v√©lation, la fin d'un monde et le d√©but d'un nouveau pour les bienheureux qui se seront pr√©par√©s par la contrition ou les Ňďuvres de charit√©.

Le violet est la couleur affect√©e par l'√Čglise aux temps de p√©nitence, et le caract√®re eccl√©siastique que le sacre est r√©put√© imprimer aux rois de France , explique comment cette couleur a pu devenir pour eux un signe de douleur et de tristesse. Les cardinaux de Lorraine, de Bourbon, de Sens, de Ch√Ętillon et de Guise, assist√®rent aux obs√®ques de Henri II en chappes violettes, et le roi y parut aussi en robe et en manteau violet. On n'ignore pas, d'ailleurs, que ce signe a vari√© suivant les temps, les lieux et les id√©es philosophiques et religieuses des peuples. L'Eglise, qui a continu√© de regarder l'avent comme " un temps destin√© √† la p√©nitence, y a conserv√© l'interdit des noces, et se sert du violet, couleur affect√©e aux temps de p√©nitence. Pendant l'avent, le car√™me et toutes les vigiles, le pape n'officie qu'avec des ornements violets, except√© le vendredi-saint, jour auquel le noir est exclusivement consacr√©.

Comme le dit Rimbaud, n√© √† Charleville, que l'on retrouvera pour le A et le N, dans son po√®me Voyelles, o√Ļ les trompettes du Jugement dernier semblent retentir √† la fin des temps :

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges ;

- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

D'autant que le O provient de la lettre ph√©nicienne ou h√©bra√Įque A√Įn qui a pour sens "oeil".

Les diagonales de ce triangle correspondent à sa signification tirée du calendrier.

Vieille-Chapelle - Ferrassières est dominée par la figure de saint Jean-Baptiste qui, en effet, est le prédicateur de la pénitence.

Vieille-Chapelle - Sommet en Atlantique est marqu√©e par le double mouvement d√©crit par la Vierge de l'Assomption (mont√©e) et saint Martin (descente) qui rencontre le parcours risqu√© du p√©nitent. Saint Augustin d√©criait l'autosatisfaction de celui-l√†, qui, trop souvent imbu de sa r√©ussite spirituelle, bascule dans le p√©ch√© et la chute. Cette dichotomie haut/bas, mont√©e/descente, est parfaitement illustr√©e dans le monde chr√©tien par la m√©taphore de l'√©chelle, m√©taphore qui se trouve dans la Gen√®se [XXVIII, 10- 22], o√Ļ Jacob r√™ve d'une √©chelle appuy√©e sur la terre dont le sommet touche le ciel. Par la suite, ce th√®me appara√ģtra dans l'art chr√©tien primitif, dans le livre du moine Jean de Sina√Į (appel√© par la suite Jean Climaque), qui le rendra populaire, et, √† partir du XI√®me si√®cle, chez les c√©nobites, surtout chez les Cisterciens. Pour tous, l'√©chelle est ambivalente, car si elle est parcourue avec un sentiment d'auto-exaltation, elle am√®ne le moine et le p√©nitent " pas √† pas vers les ab√ģmes du p√©ch√© ". Saint Beno√ģt, consid√©rant l'√©chelle qui apparut √† Jacob, explique: "Cette descente et cette mont√©e signifient pour nous, sans aucun doute, que l'on descend par l'√©l√®vement et que l'on monte par l'humilit√©. Cette √©chelle ainsi dress√©e, c'est notre vie en ce monde, que le Seigneur √©l√®ve jusqu'au ciel, si notre coeur s'humilie" (R√®gle, ch. 7) (voir http://www.cairn.info).

Ferrassi√®res - Sommet en Atlantique traverse des zones au riche sous-sol qui pouvait √™tre peupl√© dans le cas des mines. La figure du p√©nitent, ce personnage qui devait faire exploser le grisou pour purger les galeries est pr√©sente chez Louis Simonin (Marseille, 1830 - Paris, 1886) qui a occup√© diverses positions dans des mines en Italie et en France, voyag√© aux Etats-Unis et dans d'autres pays, jet√© les bases de la recherche en arch√©om√©tallurgie, √©crit divers ouvrages dont "La vie souterraine : Les mines et les mineurs" (1867) qui aurait inspir√© "Germinal" de Zola : " Roul√© dans une couverture de laine ou de cuir, la figure prot√©g√©e par un masque, la t√™te couverte par un linge analogue √† la cagoule des moines, il rampait sur le sol pour se tenir autant que possible dans la couche d'air respirable. Il tenait d'une main un long b√Ęton, au bout duquel √©tait une chandelle allum√©e. Et il allait seul, perdu dans ce d√©dale empoisonn√©, provoquant les explosions par l'approche de la lampe, et d√©composant ainsi le gaz pernicieux. On l'appelait le p√©nitent, √† cause de la ressemblance de son costume avec celui des ordres religieux, et ce mot semblait en m√™me temps dict√© par une d√©rision am√®re, car souvent le p√©nitent, victime sacrifi√©e d'avance, ne revenait pas, emport√© par l'explosion. " (voir http://www.lahic.cnrs.fr).

Triangle R

Psaume 118, 22 : " La pierre qu'ont rejet√©e les b√Ętisseurs est devenue la t√™te de l'angle. "

Le Patchalet - Sommet en Manche - Briscous

Pont Milvius - Saint Pierre - Constantin

28 octobre - 29 juin - 27 février

Hagalaz - Fehu - Tiwaz

Les Chevaux de Mars

La lettre R a pour origine le resch phénicien ou hébreu qui signifie " tête ". Que saint Pierre et ses successeurs soient à la tête de l'Eglise est affirmé par le Concile de Vatican II, dans le Document conciliaire "Lumen Gentium" pour lequel " Le Pape est la tête visible de toute l'Eglise. ", et que Constantin soit à celle de l'empire, cela va de soit. Lors de la bataille du Pont Milvius, une partie de l'armée de Maxence fut jetée dans le Tibre, l'autre prit la fuite par le pont de bateaux qui, sous le poids, se rompit. Tentant de traverser le fleuve à cheval, Maxence s'y noya. Son cadavre retrouvé fut décapité et sa tête promenée dans Rome au bout d'une pique, sous les huées de Romains.

La l√©gende de la vision de Constantin au Pont Milvius est rapport√©e dans l'exposition " Mille et un cristaux " de l'Universit√© Pierre et Marie Curie en 2005. Sous l'angle de la question de savoir si cette croix dans les nuages √©tait un simple halo (du grec h√Ęlos, l'aire, la surface) ou une parh√©lie (comme para-h√™lios, pr√®s du Soleil).

Contrairement √† leur apparence, les halos ne sont pas des astres comme le Soleil ou la Lune mais simplement des images aux formes diverses, dues √† la r√©fraction et la r√©flexion de la lumi√®re sur les cristaux de glace en suspension dans l'atmosph√®re. Ces cristaux de glace peuvent √™tre pr√©sents dans des nuages de tr√®s haute altitude ou dans l'air proche, o√Ļ ils forment alors la " poussi√®re de diamants ". La pr√©sence de cristaux dans l'atmosph√®re ne suffit pas, d'autres param√®tres jouent un r√īle d√©terminant : l'orientation des cristaux, leur forme, leur taille, ainsi que la hauteur du Soleil. La forme du cristal de glace conditionne la trajectoire que va parcourir la lumi√®re. En √©tudiant le chemin optique d'un rayon lumineux √† travers un prisme, on peut ainsi apprendre √† classifier les halos. On calcule, pour cela, l'angle de d√©viation (D) qui est l'angle de changement de direction du rayon lumineux entre son entr√©e et sa sortie du prisme... Il existe un angle de d√©viation minimum qui correspond, pour les halos les plus r√©pandus, √† 22¬į ou √† 46¬į selon qu'il s'agit de prisme ayant respectivement des angles de 60¬į ou de 90¬į entre les diff√©rentes faces. Si les cristaux de glace ont une orientation al√©atoire, on peut alors observer une concentration de la lumi√®re sur un cercle de rayon angulaire 22¬į, centr√© sur le soleil, c'est le petit halo. Le grand halo de rayon angulaire 46¬į est plus difficile √† observer tant l'intensit√© lumineuse du cercle est faible.

Selon un vieux poème runique islandais : " Hagall est une graine froide/Et une pluie de grêle et de neige/Et une maladie de serpents ".

A Mimizan, dans la galerie au dessus du porche de l'√©glise b√©n√©dictine Sainte-Marie, 12 statues d'ap√ītres entourent le Christ et le T√©tramorphe. L'ap√ītre Jude (f√™t√© le 28 octobre avec Simon) est remplac√© par Barnab√©, invoqu√© contre la gr√™le, qui se trouve √† c√īt√© de saint Simon.

Tête de Constantin (Ier) - Musée Capitolin - Rome

http://fr.wikipedia.org

Pierre, Constantin et la vision du Pont Milvius se lient pour consacrer le triomphe de l'Eglise de Rome. La ville éternelle était souvent représentée par ce même R sur les pièces de monnaie. Un trésor monétaire fut d'ailleurs trouvé près de Briscous, en 1906. Le champ que travaillait le fils de Lamarkaenia, lors de la découverte de deux pots contenant les vieilles monnaies romaines, est situé à la limite de Briscous et d'Hasparren. Le brabant, en pénétrant plus profondément que les charrues ordinaires, a fini par mettre la cachette à découvert. 500 pièces se rapportent à 18 empereurs et 4 impératrices, toutes du IIIème siècle, de Caracalla à Dioclétien (230 à 285). Ces pièces présentaient 139 types divers.

Le R avec sa boucle triangulaire, se retrouve fréquemment sur les bronzes de Constantin frappés à Arles.

http://www.fredericweber.com/MONNERON/Monneron.htm

L'église, " maison de Dieu et porte du ciel ", est un lien entre le monde terrestre et le monde céleste, comme le lieu du songe de Jacob qui utilisa la même expression. Avec les runes Hagalaz, Fehu et Tiwaz qui forment le " mot " " hft " (hanche) nous retombons sur Jacob et son combat contre l'ange.

Delacroix - Esquisse pour Le Combat avec l'ange (Saint-Sulpice)

 


Sources

http://www.alephbeth.net/alphabet/vav.html

http://www2.upmc.fr/AMP2005/halos.htm

http://www.idumea.org/Etudes/Croyances/Bapteme_Adam.htm

http://docteurjp.free.fr/dante/purgatoire.htm

Pascal Majérus, De la pénitence à la réconciliation, http://www.guidecasa.com/bibliotheque/texte40.htm

http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/numeros_en_ligne/noel2001/seneve007.html