Partie XIX - Tintin   Transversales   Thann, Lorgues et Castafiore   
TINTIN SYLDAVIE THANN LORGUES

Les assomptionnistes entre Thann et Lorgues

Léon-Félix-Marie Merklen est né le 3 novembre 1875 dans une sous-préfecture des Vosges, à Mirecourt, où son père, Léon Merklen, est avocat. Sa mère est la fille d'un notaire de Geispolsheim (Bas-Rhin). Son grand-père paternel est le fondateur du premier journal d'Alsace en langue française, Le Journal de Thann (Haut-Rhin). La question franco-allemande et l'intérêt journalistique font déjà partie, en quelque sorte, de l'environnement familial. Après de brillantes études secondaires à Nancy et au terme d'une année de droit, il entre, en 1893, au grand séminaire de cette ville, puis, en 1896, au noviciat des augustins de l'Assomption, à Livry-Gargan (Seine-et-Oise). L'année suivante, ses supérieurs l'appellent à Rome pour y compléter ses études théologiques; il vient d'obtenir le diplôme de docteur en théologie quand il est ordonné prêtre, en 1899. Lorsque les congrégations doivent quitter le sol français, le P. Léon Merklen se voit confier, en septembre 1900, la direction de la maison d'études des pères assomptionnistes à Louvain, en Belgique. Déjà, le rayonnement intellectuel du jeune professeur enthousiasme les élèves de la congrégation, qui se pressent pour l'écouter, tels des disciples. Le P. Merklen transforme rapidement la maison de Louvain en un centre de hautes études philosophiques et théologiques. Mais à une époque où les luttes antimodernistes se développent en France, cette activité débordante et l'attrait suscité auprès des jeunes scolastiques alarment quelque peu ses supérieurs. La Revue augustinienne, dans laquelle les étudiants de Louvain s'expriment, apparaît bientôt «comme une critique vivante du véritable esprit de l'Assomption». L'ombrage pris en haut lieu de son influence croissante conduit finalement le professeur «compromis» en Angleterre, où il passe six années d'«exil», qui coïncident presque complètement avec le premier conflit mondial. Rentré en France en 1919, il enseigne la philosophie au collège de l'Assomption à Nîmes, la maison mère de l'institut. Là encore, il attire de nombreux disciples, ce qui n'est pas pour faciliter la vie interne de la congrégation à un moment où celle-ci doit choisir son nouveau supérieur général. En 1923, pour remplacer le P. Miglietti, le P. Quenard, conscient de la valeur du P. Merklen, mais peut-être aussi par souci de «contenir» l'ascension de ce dernier, le nomme à la tête de La Documentation catholique. Le nouveau directeur oriente vite La D.C. de manière à en faire surtout une revue de doctrine. Plus qu'un organe d'information assez large, celle-ci devien, avec une attention toute particulière à la pensée du pape, un véritable organe de formation. C'est alors une revue de haut niveau qui n'hésite pas à publier, au moment de l'affaire de l'Action française, nombre de documents que La Croix refuse à ses lecteurs. Son action à la tête de La Documentation catholique a vraisemblablement attiré l'attention du nonce Maglione. Désigné, en décembre 1927, à la tête de La Croix encore secouée par les remous suscités par «l'affaire», il lui échoit la lourde charge de devoir prendre un public à contre-courant. Il lui faut, de surcroît, se débattre parmi des gens qui lui sont pour la plupart hostiles. Mais un sens aigu des responsabilités, une conviction inébranlable et une obstination hors du commun vont lui permettre de mener à bien sa tâche. La transformation qu'il va imposer en quelques années à La Croix peut être considérée comme l'œuvre de sa vie. Le quotidien constitue assurément un terrain magnifique pour voir s'affirmer les «brillantes qualités d'entraîneur et d'éveilleur» que ses élèves du collège de Nîmes lui reconnaissent. Pourtant, il ne semble pas que Léon Merklen possède exactement les qualités spécifiques requises pour être journaliste. Lui-même n'en ressent d'ailleurs ni le désir ni la nécessité. Le ton doctrinal de ses premiers éditoriaux donne surtout l'impression qu'il considère la tribune du quotidien comme un élargissement de sa chaire de professeur. Plus que rédacteur en chef, il fut un théologien débarqué dans le journalisme. Les appuis solides dont il bénéficie tant à la nonciature qu'à l'archevêché de Paris ne suffisent pourtant pas à réaliser la mission de redressement du journal, dont il est investi. Rapidement il entreprend de renouveler le personnel rédactionnel tant il a à cœur de s'entourer de personnes sûres. Il fait ainsi entrer à La Croix un grand nombre de jeunes gens qu'il a recrutés lui-même, avec une préférence marquée pour les orphelins dont il assure, souvent à lui seul, l'éducation et la formation. En retour, ces jeunes ont pour lui la vénération des disciples pour leur maître. Le nouveau corédacteur en chef ne tarde pas à manifester le désir d'avoir la direction effective du quotidien, c'est-à-dire autorité sur tous les rédacteurs, sur le choix des collaborateurs et des articles, ainsi que le droit d'avoir comme collaborateurs religieux des hommes de confiance suivant sa direction et partageant son esprit. Il est vrai que Léon Merklen bénéficie d'une culture plus diversifiée et d'une information plus large sur les problèmes du moment que la plupart des autres assomptionnistes, élevés presque exclusivement dans le milieu clos des séminaires. En 1929, il a obtenu la charge - spécialement créée directeur doctrinal, ce qui lui assure un pouvoir de contrôle et de censure sur l'ensemble des publications de la Bonne Presse. Seule de exception, La Documentation catholique est revenue aux mains d'un représentant de l'ancienne orientation, le P. Boulesteix.

Léon Merklen, directeur de La Croix, 1927 - www.la-croix.com

Merklen est un personnage, somme toute, écrasant. L'ascendant qu'il exerce sur les jeunes rédacteurs se double souvent d'un véritable pouvoir de fascination. Il n'est pas exagéré de dire qu'à La Croix on pense et on parle «Merklen». On comprend aisément que cette volonté de «direction personnelle» suscite aussi une vive hostilité. Parmi les assomptionnistes, d'abord. Comment ce personnage jugé «envahissant» et «aux exigences insatiables» pourrait-il ne pas inspirer quelque sentiment de jalousie ? Mais par le pouvoir doctrinal dont il dispose et, surtout, par l'appui officiel qu'il reçoit de la hiérarchie, le nouveau corédacteur en chef va réussir à rendre La Croix de plus en plus indépendante de la congrégation. En second lieu, la cohabitation avec Jean Guiraud ne peut manquer de poser des problèmes. En fait, Léon Merklen parvient peu à peu à «limiter» le pouvoir de Guiraud, en déterminant de tout son poids la ligne doctrinale, puis politique du journal, sans jamais toutefois pouvoir se débarrasser de lui. Le corédacteur en chef laïc jouit en effet d'un grand prestige auprès de la clientèle de La Croix. Aux yeux de beaucoup de lecteurs, il représente, avec Pierre l'Ermite, un des derniers vrais défenseurs du catholicisme au sein du quotidien. Les pièces d'archives font largement état des relations tendues entre les deux hommes; le courrier des lecteurs confirme le clivage qui s'est rapidement établi entre les deux corédacteurs en chef. [...]

André Metzger estime qu'environ 60 % soutiennent la ligne Guiraud et 40 % la ligne Merklen. [...] Un abonné écrit en 1931 : Il y aurait deux groupes d'actionnaires au journal, l'un qui soutient la Doctrine des Papes avec Jean Guiraud, l'autre qui la contredit avec l'abbé Merklen. D'un côté le Syllabus, de l'autre la Déclaration des Droits de l'Homme. D'un côté le Droit chrétien, de l'autre le Droit révolutionnaire. [...]

Ceux l'ont connu le dépeignent comme un homme «ouvert» et «démocrate», parfois même «à gauche». Ses sympathies pour le Sillon puis pour le P.D.P. sont à peine voilées. Un ancien élève de Louvain, devenu son collaborateur à La Croix, souligne le «très grand savoir» de cet homme qui «connaissait beaucoup de monde». [...]

La notoriété du P. Merklen dépasse, et de loin, le domaine de la Bonne Presse. [...] Il fait partie des trois figures (avec le P. Desbuquois, jésuite et le P. Bernadot, dominicain) qui, par leur influence au sein de l'Église, ont véritablement imprimé le redressement du catholicisme français dans les années trente. Tous s'accordent enfin à relever en lui, non sans quelque fierté admirative, un homme qui «restait toujours très ferme sur la question de la foi». Par son esprit d'ouverture, Léon Merklen porte tout naturellement une grande admiration à Pie XI. Le besoin d'«aller au peuple» l'encadrer et le diriger, plus que pour le protéger et le désir ardent de voir se rechristianiser les couches populaires le conduisent tout aussi naturellement dans la voie de l'Action catholique.

Sur le plan international, le journal s'élève contre l'esprit de revanche, conformément aux le journal s'élève contre l'esprit de revanche, conformément aux enseignements de Pie XI. Il adhère à l'«esprit de Genève» et va soutenir la politique de Briand. La question du rapprochement franco-allemand sera, jusqu'en 1933, constamment à l'ordre du jour. Le corédacteur en chef s'engage personnellement dans les rencontres et les discussions qui peuvent contribuer à une meilleure entente entre les deux peuples. La démarche est résolue, même si elle heurte de plein fouet maints lecteurs dont les préjugés et les ressentiments tenaces apparaissent comme autant d'obstacles à un éventuel rapprochement (Alain Fleury, "La Croix" et l'Allemagne, 1930-1940, 1986 - books.google.fr).

Merklen a, de fait, appliqué les directives vaticanes pour séduire les classes laborieuses.

Outre Jean-Baptiste Thibaut, le père assomptionniste Joannès, un autre coreligionnaire finit sa vie dans la maison de retraite de l'ordre à Lorgues. Lui aussi est un byzantiniste réputé. Il a été sous la direction du P. Merklen à Louvain au début des années 1900, dans le cadre de la Revue augustinienne.

Le P. Edmond Bouvy est né le 17 mai 1847, à Roubaix (Nord), diocèse de Cambrai.

«Entré à l'Assomption en 1873 (mars), je fis mon noviciat, je prononçai mes vœux (perpétuels en mars 1876), et, en 1876, il y a soixante ans aujourd'hui (23 septembre 1936), le vénéré P. d'Alzon me présentait à Mgr de Cabrières (à Montpellier) pour l'ordination sacerdotale. Dans les premiers mois de l'année, j'avais reçu les deux autres ordres majeurs.»

Au cours du mois de septembre 1875, il (le P. d'Alzon) désigna à chacun des jeunes religieux du collège un sujet à traiter. J'eus en partage une étude en latin sur le culte de saint Michel dans l'Eglise grecque.

Ce germe, nous le verrons, allait avoir d'autres développements. En attendant, nous voyons que c'est précisément vers la fin de cette année 1875 que dans la Revue de l'enseignement chrétien parurent les premiers travaux du P. Bouvy sur la poésie chrétienne en Orient. Quand cette publication eut cessé, il les poursuivit de 1880 à 1882 dans une autre revue «Les Lettres chrétiennes», qui fut éphémère elle aussi. Ces études et recherches, en une matière peu connue, le préparaient à l'obtention du doctorat ès-lettres. Il l'enleva brillamment par ses deux thèses, l'une sur saint Isidore de Péluse, De Isidoro Pelusiota, où il examinait et faisait ressortir ses procédés de style et sa doctrine morale, et l'autre, Poètes et mélodes. Etudes sur les origines du rythme tonique dans l'hymnographie grecque, où il utilisait, étendait et prolongeait les découvertes du cardinal Pitra en cette matière.

Le P. Bouvy resta attaché au collège de Nîmes jusqu'en 1888. Il est appelé à Paris, où, tout en exerçant le ministère de la prédication, il collabore de sa plume alerte et fine, qui ne veut pas déchoir de son élégance, au journal La Croix.

Le comité des Congrès eucharistiques internationaux avait décidé de tenir ses solennelles assises et manifestations, en 1893, au berceau même du christianisme, à Jérusalem. L'Occident était alors dans son ensemble si étranger aux choses de l'Orient chrétien qu'une préparation des esprits, une initiation intellectuelle parut nécessaire. Elle eut lieu sous la forme d'un recueil d'articles, publié sous le titre : Etudes préparatoires au Pèlerinage eucharistique en Terre Sainte et à Jérusalem en avril et en mai 1893. C'est le P. Bouvy qui organisa ce recueil. [...]

Un séjour d'an à Constantinople (1895-1896) suffit à ce maître pour communiquer son savoir à des esprits pénétrants et avides tels que Louis Petit, le premier directeur de la revue et futur archevêque d'Athènes, Jules Pargpire, trop tôt ravi à la science, Sophrone Rabois-Bousquet, connu sous le nom de Pétridès, qu'il prit en embrassant le rite grec. Il avait d'abord composé et fait imprimer sous le titre : Les Etudes grecques en Orient, une brochure de 72 pages (hors commerce), contenant une sorte de programme pour les religieux destinés aux études orientales. C'est durant cette même année 1895-1896, que le P. Bouvy composa et publia Les souvenirs chrétiens de Constantinople et des environs. [...]

Quatre Assomptionnistes non identifiés en Turquie, Maria Zoubouli, Le père Joannès et la musique byzantine, BCH N° 5, 2021 - journals.openedition.org

C'est peu après le retour de Bouvy de Jérusalem (1896-1897), en octobre 1897, que la revue, d'abord mensuelle, des Echos d'Orient fit sa première apparition. Il veilla sur ses débuts, lui donna plusieurs articles et même rédigea un article programme.

En 1900, on fit encore appel à sa science et à son dévouement pour asseoir et fortifier la maison de théologie qui se fondait alors en Belgique, à Bure, et qui se transporta presque aussitôt à Louvain. Sous la forte impulsion du P. Merklen, les études prirent dans cette «maison Saint-Augustin» un élan et une ferveur qui allaient jusqu'à l'enthousiasme. Ce centre des fortes études eut bientôt son organe, qui prit le nom de Revue Augustinienne. Cette publication, paraissant en forts fascicules mensuels, était alimentée par les recherches et études des professeurs et les meilleurs travaux des élèves plus avancés. Elle ne tarda pas à se faire, parmi ses aînées, une place respectée dans les divers domaines des sciences ecclésiastiques. Le P. Bouvy contribua pour sa part, qui fut grande, à sa création et à son succès. C'est même à lui qu'on demanda de rédiger le programme de la revue. Il en avait la direction et y collabora jusqu'à la fin (1910).

En 1910, il fut envoyé à Montpellier pour le ministère de la prédication. Le climat du Midi convenait mieux en effet à sa santé et à sa vieillesse commençante. Puis, de nouveau, il fut employé au professorat, à Rome, de 1913 à 1918. A cette date, il fallut tenir compte de sa faiblesse et de son âge, qui ne lui permettaient plus qu'une intermittente activité. San-Rema et Menten l'accueillirent successivement (1918-1927). Uurant de nombreuses années, ce fut un repos entrecoupé de prédications, surtout auprès des communautés religieuses contemplatives, capables de le suivre dans l'élévation de ses pensées. Puis, la maison de retraite de Lorgues (1927-1940) s'ouvrit à lui. C'est là qu'il se prépara dans une longue attente à sa rencontre suprême avec Dieu. C'est là qu'il eut le bonheur de célébrer, grâce rarement accordée le 60e anniversaire de son sacerdoce, idéal de son enfance et couronne de sa vieillesse.

Sa mort est survenue le 3 juillet 1940. Il repose au cimetière de Lorgues (Var) (Venance Grumel, Le R. P. Edmond Bouvy (1847-1940). In: Échos d'Orient, tome 39, n°199-200, 1941 - www.persee.fr).

Les Augustins de l’Assomption (A.A.) constituent une congrégation de religieux catholiques (prêtres et frères) fondée à Nîmes, par le Père Emmanuel d’Alzon en 1845. La règle de la congrégation est inspirée de celle de Saint Augustin d’Hippone et elle tire sa dénomination de ce patronage et du Collège de l’Assomption (actuellement Collège public Feuchères, à Nîmes) où des professeurs se sont rassemblés autour d’Emmanuel d’Alzon dans une démarche de vie religieuse (www.assumptio.org).

Merklen et saint Ubald

Il y avait, au monastère franciscain de Thann, un registre de chroniques tenu à jour par les gardiens qui se succédaient, ou sous leur impulsion. Le dernier rédacteur connu fut le père Tschamser, en religion frère Malachie, qui gouverna le couvent de 1724 à 1742, date de sa mort. C'est lui qui mit en ordre les compilations et les notes de ses devanciers, et leur donna une forme arrêtée et définitive. Naturellement cette chronique copie toutes les autres, pour les faits d'intérêt général; mais ce qui lui donne sa valeur spéciale, c'est la consignation des événements régionaux qui se sont passés dans le cercle où s'exerçait l'activité apostolique des religieux.

La chronique a été éditée à Colmar, 1864, 2 vol. in-8, par l'abbé A. MERKLEN (no 431 du Catal. de la Biblioth. Chauffour) (J.-M.-A. Didier-Laurent, Une vacance inexpliquée dans l'abbatiat de Remiremont (1294-1304). Bulletin mensuel, Volumes 61 à 62, Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, 1912 - books.google.fr).

Sous l'influence de la famille Merklen - dont l'Abbé A. Merklen écrivit une introduction à l'oeuvre – la municipalité de Thann fit rééditer en deux volumes LES ANNALES de Thann, en 1864 par les soins de l'imprimeur colmarien K. M. Hoffmann. Tschamser ouvre son oeuvre par les "Prolegomena". Il commence par situer Thann "du lever du soleil jusqu'au couchant et de minuit jusqu'au midi". Il évoque sa légendaire et miraculeuse origine due à son Patron Saint-Thiebaut, évêque de Gubbio (Paul Weiss, 1516-1700, heurs et malheurs d'une ville et d'une province, 2000 - books.google.fr).

On retrouverait Thann dans les Bijoux de la Castafiore (au sujet du pouce d'Ubaldo et de la datation de l'aventure) et dans Objectif Lune (nonagones.info - Tintin - Album - Objectif Lune, nonagones.info - Tintin - Album - Les Bijoux de la Castafiore).

De nombreux pouces en gros plan sont dessinés dans le Sceptre d'Ottokar : la photo de Tintin de la cage d'escalier (page 3); note de restaurant (page 6); carnet d'Alfred (page 30); photo des jumeaux (page 61).

Saint Honoré est le patron des boulangers fouaciers et pâtissiers, fêté le 16 mai comme Ublad/Thiébaut. Point de boulangerie qui n'eût autrefois l'image, la statuette enrubannée de l'évêque d'Amiens, portant d'une main sa crosse dorée, et de l'autre la pelle du four. Un miracle eucharistique l'avait désigné pour ce patronat célébrant la messe, il avait vu une main divine lui présenter le Pain du ciel (Sanctuaires et pélerinages, Numéros 1-14, 1957 - books.google.fr).

M. l'abbé Dupuis, qui a consacré à la paroisse du Beausset une intéressante monographie, sans négliger complètement ce qu'on pourrait appeler l'histoire laïque et économique de cette paroisse, ancienne seigneurie et prieuré des évêques de Marseille, enclavée aujourd'hui dans l'évêché de Fréjus et Toulon, s'est placé surtout au point de vue ecclésiastique. Il passe en revue les églises anciennes et nouvelles, les chapelles urbaines et rurales, au nombre de douze, en y comprenant les chapelles rurales domestiques, les trois prieurés, dont deux avaient pour patrons des seigneurs laïques, les confréries au nombre de neuf, les corporations au nombre de cinq, la corporation des boulangers, qui célébrait le 16 mai saint Honorat; la corporation des cultivateurs, qui honorait saint Hermentaire le troisième dimanche après Pâques; celle des gens de guerre, qui fêtait saint Victor le 21 juillet; la corporation des mariniers, canonniers et cavaliers, qui vénérait sainte Barbe le 4 décembre; enfin celle des muletiers et forgerons, qui solennisait saint Éloi le 25 juin (Siméon Luce, Revue des sociétés savantes des départements, 1880 - books.google.fr, Maurice Agulhon, Pénitents et francs-maçons de l'ancienne Provence, 1968 - books.google.fr).

Thann, Lorgues et orgues

Augustin Zeiger est un facteur d'orgues français, né le 28 août 1805 à Hartmannswiller et mort le 22 octobre 1868 à Lyon. Augustin Zeiger est le fils d'un cultivateur, Joseph Zeiger, et de Anne Marie Willig. Professeur de piano et organiste, il est nommé Maître d'école organiste à Rouffach. En 1826, il part s'installer à Lyon en 1826 comme facteur d'orgues, demeurant place Bellecour, n° 12. Il deviendra l'organiste titulaire à l'Hospice de la Charité de 1827 à 1839, ensuite à la paroisse Saint-Polycarpe de 1841 à 1868. Entre 1835 et 1848, il construit 34 instruments. Son premier orgue est celui installé en 1837 à la Collégiale Saint-Martin de Lorgues dans le Var. Il épouse Marie Françoise Julie Barthélémie Garnier à Lyon le 5 juillet 1837 (fr.wikipedia.org - Augustin Zeiger).

A Bitschwiller-lès-Thann, église St-Alphonse, un orgue neuf est construit par Augustin Zeiger et placé en 1846. Il s'agissait d'un instrument de location, qui resta jusqu'en 1858 remplacé par l'orgue de Claude-Ignace Callinet, en 1861, et qui est l'instrument actuel (decouverte.orgue.free.fr).

Si c'est vraiment Augustin Zeiger qui a construit en 1837 l'orgue de la collégiale de Lorgues, dans le Var, il faut certainement admettre qu'il a travaillé chez les Callinet de Rouffach avant de s'installer à Lyon en 1835, car le très bel instrument de Lorgues (grand huit pieds d'une quarantaine de jeux, trois claviers en fenêtre, positif de dos) ressemble à un orgue de Callinet jusque dans les détails. C'est dire combien il est encore classique, dans son buffet néo-gothique de la première époque. Comme les Callinet, Augustin Zeiger travaille dans tout le Sud-Est de la France (Lyon, Saint-Étienne, Chambéry, Toulon, Marseille), mais aussi à Pézenas, Narbonne, Limoges. Claude-Ignace Callinet le désigne comme expert pour la réception de ses travaux à Hattstatt en 1834 : Augustin Zeiger est alors organiste à Lyon. Il restera en relations avec l'Alsace (Bitschwiller) et la Lorraine ( Metz). Quant à son frère Sébastien Zeiger, né en 1817, c'est à Laon qu'il s'établit, et il y resta jusqu'à sa mort en 1890 (L'Orgue français, études et documents, 1977 - books.google.fr, Orgue de tribune, Église Saint-Martin, Lorgues, Var - inventaire-des-orgues.fr).

Zeiger aura mis 18 mois pour construire et installer l'orgue. La paroisse mettra sept année à régler le facteur, malgré ses protestations ( plus de trente lettres). Mais dès lors, c'est l'âme légère que la communauté paroissiale peut admirer "son orgue" soutenir et embellir les cérémonies et la vie culturelle, à la satisfaction générale. Cependant la complexité d'un tel instrument le rend, plus que d'autres, vulnérable à l'usure et au vieillissement.

En 1874, une révision s'avère indispensable. Elle est confiée à Monsieur Mader, facteur d'orgue à Marseille. Alain Sals, facteur d'orgue à Entrechaus, se met à l'oeuvre, en 1986, pour sept années. Enfin, en 1993, après la bénédiction solennelle, Jean-Pierre Leguay, titulaire du grand orgue de Notre-Dame de Paris, donne un concert inaugural (lorgues.free.fr).

Auguste Scheurer-Kestner, né le 11 février 1833 à Mulhouse (Haut-Rhin) et mort le 19 septembre 1899 à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) est un chimiste, industriel et homme politique français. Il s'engage dans la défense de l'innocence du capitaine Dreyfus, comme lui natif de Mulhouse. Auguste Scheurer naît dans une famille protestante. Il devient directeur de la première usine française uniquement consacrée à la chimie : «Thann et Mulhouse», située à Thann. Marié à Céline Kestner en 1856, il ajoute à son nom celui de son épouse (fr.wikipedia.org - Auguste Scheurer-Kestner).

Romilda en Provence

Romilda, comtesse de Provence, veuve et mère d'un jeune fils, unique héritier du comté, fut la cible des machinations d'Arthur de Berre, grand de la cour, qui souhaitait l'épouser pour régner sur la Provence. Durant les guerres qui ravageaient alors le royaume, le perfide Arthur enleva l'enfant à sa mère et le confia à un écuyer, espérant ainsi assouvir ses ambitions. Après de longues recherches infructueuses, Romilda fut contrainte par les impératifs de l'État de désigner un successeur au trône. Elle choisit pour époux un jeune homme nommé Charles, arrivé à la cour en aventurier, qui avait su se rallier honneurs, titres et citoyenneté par sa bravoure. Mais Charles était déjà secrètement marié à une jeune fille, Odetta, d'un bourgeois âgé, Ubaldo, qu'il avait enlevée à son père et cachée dans son château de Lorgues pour échapper à la peine prévue par un édit provençal condamnant à mort tout noble épousant une fille de condition modeste. Entre-temps, le vieux bourgeois, se sentant abandonné par sa fille unique et déshonoré, perd la raison et part à sa recherche. Les événements qui suivent ce point de départ constituent la trame de cette œuvre lyrique (Gaetano Micci, Romilda di Provenza tragedia lirica in tre atti, 1853 - books.google.fr).

ROMILDA DI PROVENZA, drame lyrique, paroles de Gaetano Micci, musique de Jean Pacini, représenté à Naples, sur le théâtre San Carlo, en 1853. Avec le superbe ténor Fraschini et deux cantatrices extrêmement remarquables, Mes de Giulo-Borsi et Borghi-Mamo, cet ouvrage avait pour interprètes Arati, Ferri, Benedetti et Mme Salvetti. Il n'en fut pas plus heureux, et après un premier acte qui avait été bien accueilli par le public, le second et le troisième amenèrent sa chute irrémédiable (Dictionnaire des opéras (dictionnaire lyrique), 1897 - books.google.fr).

Romilda contessa di Provenza, per assicurare il successore al soglio, sceglie il giovine Carlo di Lorgues orfano che le avea renduto segnalati servigi. Epperò costui è già segretamente sposo di Odetta, figlia di un vecchio popolano Ubaldo, il quale uscito pazzo per l'abbandono della figlia svela tutto alla Contessa, e qui è savio. Ora udite la gran bella legge trovata dal poeta, il quale dice che esistè una volta in Provenza; che cioè un nobile, il quale impalmava una plebea, era reo di morte. Ma perchè dunque prima che il popolano avesse denunciato alla Contessa il trascorso della figlia, questa non gli svelava il suo santo legame ? Poteva mai supporre che il padre avrebbe potuto tradire lo sposo della propria figliuola ? Ma se ciò accadeva, il dramma avea fine al primo atto, e il poeta ne dovea fare altri due. La contessa Romilda dunque indispettita condanna a morte Carlo, quando lo scopre già sposo di una plebea. Il vecchio allora scorgendo it male che ha fatto, torna un' altra volta pazzo. Intanto, per un prodigio, la Contessa scopre che il condannato è suo figlio, e quindi unita alla sposa Odetta corre nella prigione per liberarlo. Ma arrivano troppo tardi, perchè il giovine ad evitare il patibolo si era avvelenato, e muore al suono de' mandolini, che si odono passare in istrada. (Gazzetta musicale di Milano, 24 décembre 1853, Volume 11, 1853 - books.google.fr).

On frôle l'inceste.

Romilda est un nom qui traverse l'opéra, du Serse de Cavalli (1660), de Haendel sur le même sujet (Xerxès, qu'elle n'aime pas) à une poignée d'opéras italiens (Félix Clément, Pierre Larousse, Dictionnaire des opéras, 1897 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Serse).

Romilda e Costanza est le quatrième opéra composé par Giacomo Meyerbeer, et son premier opéra composé pour un théâtre italien. Le livret est de Gaetano Rossi. La création eut lieu au Teatro nuovo de Padoue le 19 juillet 1817 (fr.wikipedia.org - Romilda e Costanza).

Gaetano Rossi (18 mai 1774 - 25 janvier 1855) est un librettiste vénitien d’opéras qui a travaillé avec de nombreux compositeurs dont les plus célèbres sont Mayr, Rossini, Donizetti, Mercadante, Pacini et Meyerbeer. Rossi puise ses sujets aussi bien dans les drames classiques qu’historiques et n’hésite pas à adapter des récits d’origines très diverses (anglaises, espagnoles ou nordiques). Il a contribué à l’évolution de l’opéra italien du début du XIXe siècle en assouplissant les formes qui l’encadraient. (fr.wikipedia.org - Gaetano Rossi).

Retello essaie de renverser son frère jumeau de Teobaldo, du trône de Provence. Se combine à cette intrigue politico-familiale une histoire matrimoniale où Romilda et Teobaldo cachent leur mariage, ce dernier étant promis à Costanza, fille du comte de Sisteron. Romilda est la fille du duc de Bretagne vaincu dans une bataille par Teobaldo et son père (www.forumopera.com).

Dans ces deux opéras provençaux, Teobaldo et Ubaldo sont des prénoms qui renvoient au culte de Ubaldo/Thibaud à Thann.

Louis-Antoine-François de Marchangy (25 août 1782 à Saint-Saulge - 2 février 1826 à Paris) est un homme de loi, homme de lettres et homme politique français. Marchangy naît en 1782 à Clamecy dans l'Aisne en France. Fils d'un huissier, il fait de bonnes études classiques et est choisi par le directoire du département de la Nièvre pour être envoyé comme boursier à l'école de législation de Paris. Reçu avocat, il entre dans la magistrature et devient juge-suppléant au tribunal de première instance de Paris en 1808, puis substitut du procureur impérial près le tribunal de la Seine on 1810. En 1813, il publie les deux premiers tomes de l'ouvrage qui devait le plus contribuer à sa réputation d'écrivain : la Gaule poétique ou l'Histoire de France considérée dans ses rapports avec la poésie, l'éloquence et les beaux-arts. Marchangy fait partie, en 1818, du conseil privé du comte d'Artois. Fervent royaliste, il en est élu en 1823, avec l'appui des ultra-royalistes, comme député du département du Nord. À la Chambre, il prend place avec l'extrême droite. Réélu, le 25 février 1824, dans le premier collège du Haut-Rhin (Altkirch). Marchangy meurt en 1826. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 14). Sa sépulture a quasi disparu. Il est un ami du comte de Vaublanc (fr.wikipedia.org - Louis-Antoine-François de Marchangy).

Le 25.10.1813 à Blotzheim, il épouse Marie Joséphine Philippine Fidèle Thannberger, baronne Dembowsky (Blotzheim 7.11.1778 - Paris 14.12.1845), veuve de Louis Mathieu baron Dembowsky (Gora, Pologne, 1768 - Valladolid 18.7.1812), général de brigade, fille de Jean Michel Thannberger, notaire et maire de Blotzheim, et d’Anne Ignace Emonin (www.alsace-histoire.org).

C'est chez Marchangy que l'on trouve une transposition en Provence de l'histoire qui se passe dans le Frioul concernant Romilda. La capitale du Frioul Cividale ancienne Forum Julii devient Fréjus autre Forum Julii, Bayan (kagan) devient Cecanus, Gisulf Cisulphe, etc. (Louis Antoine François de Marchangy, La Gaule poetique, Tome 2, 1819 - books.google.fr).

Marchangy rejoint et développe un mouvement de retour au Moyen Âge déjà amorcé fin XVIIIe - début XIXe par des auteurs comme le comte de Tressan, le Brun de Charmettes, d’Arlincourt ou même Chateaubriand, mouvement qu’il va systématiser et justifier, ouvrant ainsi la voie à de nombreux écrivains romantiques tels Nodier, Nerval, Hugo, Mérimée.

Le texte de Marchangy demeure un passage essentiel dans l’histoire de la revalorisation du Moyen Âge : c’est lui en effet qui fournit aux Romantiques la synthèse d’une matière médiévale disséminée et encore peu familière aux écrivains. Et surtout, Marchangy développe une certaine lecture du Moyen Âge, qui sera partagée par nombre de Romantiques, celle qui fait de l’histoire médiévale un refuge contre le temps présent. (Isabelle Durand-Le Guern, Le Moyen Âge de Marchangy. Fantasmagories du Moyen Âge, 2010 - books.openedition.org).

Romilda de Frioul (née vers 575 - morte en 610), fut une noble lombarde d'Italie, femme de Gisulf II, duc de Frioul (c. 590 – 610) sous le règne du roi Agilulf. Elle est passée à la postérité grâce au récit de Paul Diacre, auteur à la fin du VIIIe siècle d'une histoire du peuple lombard. En 610, lors d'une invasion avare dans le N.-E. du royaume lombard, Romilda perdit son époux, le duc Gisulf II, deavnt le khagan des Avares Bayan II. Elle se réfugia avec femmes et enfants dans la place forte de Cividale (Forum Julii), capitale du duché de Frioul. Voyant le chef ennemi jeune et florissant, elle lui fit savoir par un messager que s'il l'épousait, elle lui livrerait la cité. Bayan II accepta et s'engagea à la prendre en mariage. Les cavaliers avars mirent Cividale offerte à sac. Romilda, ses huit enfants et les habitants de Cividale réduits en esclavage furent emmenés prisonniers par Bayan II en Pannonie, dans le «Ring», la capitale fortifiée des Avars située en actuelle Hongrie. Romilda, l'«infâme putain» (meretrix nefaria) comme la désigne Paul Diacre dans son Histoire des Lombards, passa une nuit avec le khagan, comme s'ils étaient mari et femme, à cause du serment qu'il lui avait promis lors du siège de Cividale, mais il la livra immédiatement après à douze guerriers avars qui la violèrent l'un après l'autre. Après que Romilda eut à subir ce viol collectif, Bayan II fit dresser un poteau au milieu du campement royal et ordonna de l'y empaler, ajoutant ces mots d'opprobre : «voilà le mari que tu mérites !» (fr.wikipedia.org - Romilda de Frioul).

Comme Vlad Dracul l'empaleur...

A gauche : Teresa Giuli-Borsi - A droite : Giuseppina sa fille - archivi.cini.it

Teresa Di Giuli-Borsi jouant Romilda

Teresa Di Giuli-Borsi (née Maria-Teresa Pippeo à Mondovì le 26 octobre 1817 - décédée le 18 novembre 1877 à Naples) est une cantatrice italienne qui s'est produite au milieu du XIXe siècle.

Dans ses dernières années, elle forme sa fille Giuseppina (? – Naples, 4 février 1927), soprano, qui monte sur scène avec quelque succès, entre 1870 et 1886. Mariée à l’impresario Marino Villani, Giuseppina débute très jeune le 20 octobre 1870 dans la Forza del destino au Teatro Argentina de Rome et chante sur les principales scènes italiennes et étrangères (Barcelone, Saint-Pétersbourg, Lisbonne, Vienne, Nice, Séville, Budapest et Bucarest) (fr.wikipedia.org - Teresa De Giuli-Borsi).

Le nom Romilda

Rodvulf, Polyptique d'Irminion, 10 Rodulfus et 1 Rolfo, tous dans les additions de date plus récente, CIL XII, 1 Rodulfus (chrétien, Toulouse), Cart. Saint-Victor, 16 Rodulfus + 2 surnoms, Anc. chartes, 1 Rodulfus monachus (vers 1080, Provence). Comme le montrent les exemples du Cart. Saint-Victor, Rodulfus s'est de bonne heure confondu avec Radulfus, cf. Bruckner 291 ss. Mistral, s. s. v. v. Roul, Roudòu, offre Roulf, Rouff, Rol, Raulli comme noms de famille provençaux, et Rodols, Rotolp comme noms de famille méridionaux. Voir Rodaldus.

Rometrudis G 4, 1. Först. 883, Rumetruda, Bruckner 301,1 Rûmetrûda, manque Pol. Irm. On n'est pas d'accord sur l'étymologie du premier terme de ce nom. Först. et Bruckner, ainsi que Schönfeld, s. v. Romoridus, Meyer-Lübke, Rom. Nam. I, 37, Sachs 68, Piel, BF VI, 82, Rom. Germ. IV, 28, VII, 67, le rattachent à l'anc. haut all. hrôm 'Ruhm'. Forssner 221 objecte «the almost entire absence of h1), the frequent occurrence of the form Rum- and lastly the Mod. G form Raumer», et propose l'étymon *r?ma- 'geräumig', explication proposée déjà par Kögel, Anzeiger für deutsches Altertum 18 (1892), p. 46; à l'appui de son étymologie, M. Forssner allègue l'existence de l'élément onomastique wid 'weit' 2). Enfin E. S (chröder), Zeit- schrift für deutsches Altertum 61 (1924), p. 12, fait remonter les noms en Rom-, Rum- à Rûma 'la ville de Rome'; Schatz, Lautform, p. 137, admet l'étymon hrom pour les noms en Ruom- que relève Först., mais pour les noms en Rom-, Rum-, il accepte l'explication de M. Schröder. Ce qui me fait hésiter à me ranger à l'avis de M. Schröder, c'est qu'il ne cite aucun exemple de formations analogues. Je fais remarquer que pour le nom qui nous occupe ici, ainsi que pour l'une des Romildis citées ci-dessous, une quatrième dérivation est possible. Le père de Rometrudis et de cette Romildis s'appelle Rumulus, voir ci-dessous, p. 198. Si Rumulus est un nom latin comme je le crois, Rometrudis et Romildis pourraient être des noms hybrides de formation récente.

Les noms qui nous occupent ici montrent bien les difficultés auxquelles se heurte celui qui veut établir l'étymologie d'un nom de personne français ou provençal de l'époque carolingienne.

Romildis G 1, G 4, 2. Först. 884, Romilda, Ruomhilt etc., Bruckner 301, 1 Rômilda; Hist. Gén. Lgd. V, c. 1516, 1 Romilde (Elne, a. 973) (Ake Bergh, Études d'anthroponymie provençale, Tome 1, 1941 - books.google.fr).

On trouve de tels noms dans le polyptyque de Wadalde, liste dressée en 813 des exploitations rurales, avec leurs tenanciers, qui appartenaient à l'abbaye de Saint-Victor et à l'Église de Marseille; treize villae composaient alors ce domaine (Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France : Vaucluse, Pays d'Aigues, 1981 - books.google.fr).

Deriva dal nome germanico Romilda o Ramhilde, composto da due elementi che vengono generalmente identificati con hrom (o hrôth, "gloria", "fama", da cui anche Romualdo e Romarico) e hild ("battaglia", comunissimo, presente in Matilde, Brunilde, Batilde, Gunilde e Clotilde), con il possibile significato complessivo di "guerriera gloriosa" o "famosa battaglia". Altre fonti lo considerano invece una variante del nome Reinilde.

Il nome, di tradizione longobarda, è attestato già nel VII secolo con la figura di Romilda, duchessa del Friuli, dopo la quale però non trova altri riscontri; venne ripescato nel 1654 da Francesco Cavalli per la sua opera Il Xerse, da cui sono derivate la Xerse di Bononcini e la Serse di Händel, che a loro volta usano questo nome. Perché venga nuovamente usato come nome di battesimo si dovrà attendere, però, il XIX secolo. Ad oggi, in Italia, è relativamente diffuso, attestandosi principalmente nel Nord (specie in Lombardia e Piemonte) e in Campania, ed il suo uso è stato promosso in parte anche dalla figura di Romilda Scicolone, la madre della nota attrice Sophia Loren, o Romilda Ruspi amante de Mussolini (prima 1940). Il nome nelle arti : Romilda Pescatore è la moglie del protagonista del romanzo Il fu Mattia Pascal di Luigi Pirandello (it.wikipedia.org - Romilda).

Romilda Pescatore è la moglie del protagonista del romanzo Il fu Mattia Pascal di Luigi Pirandello.

Blanche fleur : moly, Circé et chasteté

Parmi les rapprochements que nous jugeons pertinents pour mettre en évidence les affinités entre l’espace de l’île de Circé et celui voué au sommeil, aux rêves et à la mort, rappelons ici la représentation d’Oneiros que donne Philostrate : le personnage, représenté dans une attitude alanguie, porte «un vêtement blanc sur un vêtement noir», qui évoque les couples des termes opposés jour / nuit, levant / couchant, vie / mort... Le contenu symbolique suggéré par le couple chromatique blanc / noir n’est étranger ni au "molu" qui pousse sur le sol de île de Circé et dont «la racine est noire, et la fleur blanche comme lait; / les dieux l'appellent moly» (vv. 304-305), ni à la déesse elle-même, puisque Circé attache au vaisseau d'Ulysse, à son départ vers l'Hadès, «un agneau mâle et une brebis noire» (v. 572) (Gabriela Cursaru, ENTRE L’EST ET L’OUEST, À MIDI, Structures spatio-temporelles de l’île de Circé, Les Études Classiques 76, 2008 - www.lesetudesclassiques.be).

Molioné (écrit parfois Molyoné au XVIIIe siècle) était la mère des jumeaux siamois Eurytos et Cteatos. Son nom est cité dans Homère au chant XI, 739-741 de l'Iliade peu après Agamède, épouse de Mulius (Moulios : cf. Molioné), experte dans les vertus des plantes. Robert Graves suppose un rapport entre moly et Molioné (reine du moly) (Émile Pessonneaux, L'Iliade d'Homère, traduction nouvelle avec arguments et notes explicatives, 1861 - books.google.fr, en.wikipedia.org - Molione (mythology)).

Les Molionides sont, selon Ibycos, des héros cavaliers nés dans un œuf d'argent comme les Dioscures Castor et Pollux (Charles Daremberg, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines: d'après les textes et les monuments, Tome 5, 1899 - books.google.fr).

Dans le Château, de Kafka, grotesque "melting-pot mythologique", l'innommable masse de chair, la Reine Mère entourée de ses bourdons, avec son harem, figure une sexualité dévorante et provocante, une force érotique extraordinaire dont seul le bain peut éteindre l'incendie, parente en cela de la Moly Bloom de l'Ulysse de Joyce. Il y a un comique grotesque énorme dans la description de cette capricieuse Castafiore wagnérienne qui terrorise le petit Karl. Elle est un avatar de Méduse, annoncée par l'homme au nez rongé au pied de son immeuble et qui présage le thème de la castration. Elle joue sans cesse avec le regard : elle possède des jumelles de théâtre, mais interdit qu'on la regarde. Avatar également de Circé, la magicienne, elle incarne le théâtre et le chant. Elle est la diva, l'incarnation gigantesque d'un art qui ne trouve plus à s'exercer, comme Joséphine, la souris cantatrice dont tout l'art justement n'est qu'un sifflement, et un sifflement qui ne la distingue en rien des autres, si ce n'est par une mise en scène gestuelle qui lui confère cette aura (Alain Montandon, "Le voilà ton Dieu grec ! Tire-le donc du plumard !" Rire des dieux chez Kafka, Rire des dieux, 2000 - books.google.fr).

Indirectement dans le texte précédent, Molly (écrit Moly) Bloom est comparée à Castafiore ("chaste fleur").

FLEUR, s. f. (Lat. flos) : bloom, blossom, flower (Henry Hamilton, E. Legros, Dictionnaire international français-anglais, 1891 - books.google.fr).

Molly est une soprano professionnelle; Stephen Dedalus est un ténor lyrique; il y a un autre ténor, romantique, huileux, de type italien, qui doit être Blazes Boylan si ma mémoire est fidèle; il y a également une basse en la personne de Ben Dollard qui entre en scène à l'Ormond Hotel : il a, nous dit-on, une voix de basse «profonde comme une barrique» et descend allègrement les canettes de Number One Bass (Patrick Rafroidi, Pierre Joannon, James Joyce Centenary Issue, Études Irlandaises, Numéro Spécial, 1982 - books.google.fr).

"C'est la chaste épouse de Léopold : Marion (Molly) aux seins généreux" (Ulysse, Folio, 1992, p. 461). "Fragilité ton nom est Sceptre" (p. 470), au sujet d'un cheval de course.

Hermès donne l'ail doré à Ulysse pour qu'il se tire d'affaire chez Circé; et cela s'appelle moly. La chose curieuse, c'est qu'il y a entre les deux, entre moly et Molly une différence qui est de l'ordre de la phonation. Ce qui se «phonise» dans Ulysse, c'est Molly, avec une voyelle simple, et moly, une diphtongue, une ditongue comme on écrivait autrefois, et la ditongue (di-tongue ?) fait consonance; en même temps que la ditongue se transforme en une voyelle simple, il y a un redoublement consonantique, un redoublement de la consonance, qui apparaît dans Ulysse sous la forme de Molly... Il dit de moly deux ou trois choses curieuses. Le Dr Lacan en analysera une je crois; je me contente de signaler l'autre. C'est, dit-il, «le don d'Hermès, Dieu des voies publiques, et c'est l'influence invisible (prière, hasard, agilité, présence d'esprit, pouvoir de récupération) qui sauve en cas d'accident». C'est donc une chose qui confirme Bloom dans son rôle de prudence. Il est le Prudent. Il est celui qui répond finalement assez à la définition que l'on trouve en note dans Lalande (assez décevant sur cette question de la prudence, sans doute parce que c'est Saint Thomas qui en parle). Une petite note sans nom d'auteur dit ceci : «Prudence : l'habileté dans le choix des moyens d'obtenir pour soi-même le plus grand bien-être.» (Jacques Aubert, Joyce avec Lacan, 1986 - books.google.fr).

Dioscoride nous apprend que la rue sauvage a été appellée par les Grecs Peganon Agrion, c'est-à-dire, herbe de chasteté, par ceux de Cappadoce Molu, & par d'autres Harmala. Sur quoi Saumaise (Exerc. de Homon. Hyl. Jat. cap. 49.) dit "que tous les anciens interprétes d'Homere entendent le Peganon agrion de ce Poëte, du Moly; qui est le nom que les Cappadociens & les Galates donnoient à la rue suvage de leur pays, laquelle est néanmoins toute différente du moly d'Homère: car le moly, au rapport de Théophraste, se trouvoit encore de son tems dans l'Arcadie; ses feuilles ressembloient à celle de la scille, & sa racine étoit bulbeuse... Si la rue fauvage a été appellée Moly ce n'est qu'en conséquence d'une légère similitude entre leurs racines qui sont noires, & leurs fleurs qui font blanches. Il y a donc deux fortes de moly, &c." (Journal oeconomique, ou, Mémoires, notes et avis sur l'agriculture, les arts, le commerce, 1763 - books.google.fr).

Molly Bloom et Faust

Joyce intended his book to be the Irish Faust. He described Molly as "the flesh that always affirms," or, as he wrote it to Budgen in imperfect German, "Ich bin der Fleisch der stets bejaht." That line is a deliberate travesty of the boast of Mephistopheles in Goethe's Faust : "Ich bin der Geist der stets verneint" ("I am the spirit that eternally negates"). Molly's famous last line ("yes I said yes I will Yes") is a conversational translation of "I am the flesh that always affirms." In using it for the finale of his great book, Joyce was counterbalancing the cynical, rational, male opening of the book, personified by Buck Mulligan, the Mephistophelean medical student, who scoffs at everything (Brenda Maddox, Nora, The Real Life of Molly Bloom, 2000 - books.google.fr).

La Castafiore

Il est impossible que Maria Callas et Renata Tebaldi aient servi de modèles pour ce personnage, leur carrière ayant débuté après l'arrivée de la Castafiore dans Le Sceptre d'Ottokar. Emma Calvé qui interpréta l'Air des bijoux en 1882, ou Aino Ackté auraient pu inspirer Hergé dont une tante surnommée Ninie, accompagnée au piano, régalait la famille du dessinateur des puissantes modulations de sa voix perçante. En 2007, Bruno Costemalle émit l'hypothèse que le personnage de la Castafiore pût aussi être inspiré de l'inénarrable (et catastrophique) soprano américaine Florence Foster Jenkins ayant la réputation de chanter faux, mais Hergé n'a semé aucun indice, dans les albums, qui indiquerait que la Castafiore eût pu chanter faux ou avoir cette réputation. Clara Clairbert, née à Saint-Gilles (Bruxelles) le 21 février 1896 et morte à Bruxelles le 16 août 1970, est une soprano belge également parfois évoquée comme source d'inspiration d'Hergé. On peut lire ce détail sur l'épitaphe de sa pierre tombale au cimetière de Bruxelles (fr.wikipedia.org - Bianca Castafiore).

Une indication sur le modèle de la Castafiore est donnée dans l'Alph'art.

Tintin et l'Alph-Art est le 24e et dernier album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée par le dessinateur et scénariste belge Hergé. Alors qu'il enquête sur l'assassinat du propriétaire d’une galerie d’art, Tintin découvre un trafic de faux tableaux réalisés par Ramo Nash étroitement lié à une secte à laquelle Bianca Castafiore a adhéré, et dirigée par Endaddine Akass, alias Rastapopoulos. Tintin se retrouve pris au piège dans l'île d'Ischia et menacé d'être transformé en sculpture. L'histoire commence dans le domaine de Moulinsart, alors que le capitaine Haddock est pris d'un cauchemar mettant en scène Bianca Castafiore transformée en pivert (fr.wikipedia.org - Tintin et l'Alph-Art).

Selon Ovide, la nymphe Canens, personnification du Chant (et dont le nom signifie d'ailleurs la «chantante»), est mariée au roi Picus et l'aime beaucoup. Mais, au cours d'une chasse au sanglier, la magicienne Circé s'éprend de Picus. Pour l'éloigner des humains, elle «façonne une apparence de sanglier irréel et sans consistance» et le fait passer devant Picus. Aussitôt, celui-ci poursuit la bête mais il s'égare dans les bois. Circé l'accoste et lui fait sa déclaration d'amour, mais Picus la repousse car il est attaché à Canens. Alors, Circé transforme Picus en pivert (Philippe Walter, Tristan et Yseut, 2006) (nonagones.info - Tintin - Album - L’Alph’Art).

Greg, Virgule de Guillemets dans Achille Talon - www.bdgest.com

L'apparition de "Moly" Castafiore dans un pays d'Europe centrale où l'ail sert à chasser les vampires est à relever. La Castafiore avec son nez d'aigle comme une nouvelle Sarah Bernhardt.

Virgule de Guillemets, l'aimable (?) et perpétuelle fiancée arrive très rapidement dans la saga «talonesque» ! Plus maigre que la Castafiore et, hélas, dépourvue de l'organe qui fait la réputation de la première, elle rivalise toutefois en sex-appeal avec la cantatrice, arborant, outre le même nez en bec d'aigle, des tenues parfois bien modernes en regard de sa particule et de sa respectable chevelure blanche ! (Achille Talon de Greg, Pilote, Le Meilleur des années 60, 2013 - books.google.fr).

Molly Bloom

James Joyce crée Bloom, l'ombre d'Odysséus, Bloom le Juif éternel, le symbole de la race Irlandaise paria, dont l'histoire tragique est si proche du cœur de l'écrivain. Bloom est le vagabond que projette l'inquiétude intérieure de Joyce, que projette son mécontentement du monde. Il est l'homme qui est mécompris et méprisé par le monde, rejeté par le monde, parce qu'il rejette lui-même le monde. Il n'est pas si étrange qu'il peut le paraître au premier abord que, cherchant une contrepartie à Dédalus, Joyce ait choisi un Juif; instinctivement, il a choisi un type qui a toujours donné des preuves de sa capacité à soulever les passions et les préjugés du monde. En nous donnant Dublin, Joyce nous a donné l'image du monde d'un prêtre érudit. Dégoûtant Dublin ! Encore pire que Londres ou Paris ! Le pire de tous les mondes possibles ! Dans ce cloaque dégoûtant du monde qui est, nous avons Bloom, l'image fictive de l'homme de la rue, grossier, sensuel, curieux, mais sans imagination - le niais cultivé, hypnotisé par l'abracadabrant jargon scientifique. Molly Bloom, la souillon de Dublin, est une image encore plus réussie de l'ordinaire. Molly Bloom est un archétype de l'éternel féminin. Elle est la mère reniée, que l'érudit et le prêtre qui sont en Joyce, devaient liquider. Elle est la prostituée véridique de la création. En comparaison, Bloom est un personnage comique. Tout comme l'homme ordinaire, il est une médaille sans revers. Et comme l'homme ordinaire, il atteint au sommet du risible quand on le fait «cocu». C'est l'image la plus tenace, la plus fondamentale de lui-même que «l'homme ordinaire» puisse garder dans ce monde de femmes d'aujourd'hui, où son importance est si négligeable.

Image même de la femme, Molly Bloom surgit, énorme et persistante. A côté d'elle, les autres sont réduits à la taille de pygmées. Molly Bloom est l'eau, l'arbre et la terre. Elle est le mystère. Elle est le gouffre dévorant, l'océan de nuit dans lequel le héros perdu finalement plonge, et avec lui l'univers. Il y a quelque chose en Molly Bloom, étendue sur son lit et rêvassant sur ce lit sale et grumeleux, qui nous transporte en arrière vers des images originelles. Elle est la quintessence de la grande prostituée qui est la Femme, la prostituée de Babylone, le vaisseau des abominations. Flottante, sans résistance, éternelle, toute renfermée, elle est comme la mer elle-même. Comme la mer, elle est réceptive, féconde, vorace, insatiable. Elle engendre et elle détruit; elle nourrit et elle ravage. Avec Molly Bloom con anonyme - la femme est rendue à son importance primitive : entrailles, matrices de la vie. Elle est l'image de la nature elle-même, opposée au monde illusoire que l'homme, à cause de son insuffisance, essaye vainement de déplacer. Ainsi, sur une vengeance finale et triomphante, avec une allégresse de suicide, tous les fils qu'on avait laissé tomber au cours du récit sont récupérés; le pâle et minuscule héros, réduit à l'état de ver intestinal, introduit comme un petit phallus agité dans le grand corps de la femelle, retourne au sein de la nature, dépouillé de tout, hormis du dernier symbole. Dans le long trait de l'arc rétrospectif nous voyons toute la trajectoire du vol de l'homme, de l'inconnu à l'inconnu. L'arc-en-ciel de l'histoire s'efface. La grande dissolution est achevée. Après cette image finale de Molly Bloom rêvant sur son lit sale, nous pouvons dire comme dans l'Apocalypse - Et il n'y aura plus de malédiction ! Désormais plus de péché, de crime, de peur, de refoulement, de désir de douleur dans la séparation. La fin est accomplie l'homme retourne au ventre de sa mère (Traduction Marcelle Sibon) (Henri Miller, L'univers de la mort, Cahiers du sud, Volume 17, 1938 - books.google.fr).

Le père de Leopold Bloom est d'origine hongroise et se nommait Virag.

Molly Bloom, fille du Major Brian Cooper Tweedy et de la Juive espagnole Lunita Laredo (qu'elle semble n'avoir jamais connue), est donc à la fois Calypso (la nymphe qui retient ses amants), Nausicaa (la vierge qui s'exhibe et séduit les passants), Circé (la déesse des putains qui transforme les hommes en jouant sur la bestialité de leur désir), et Pénélope, la femme abandonnée, vierge et mère privée de mère, femme adultère et femme fidèle, femme mariée et amante éternelle. Elle devient ainsi Gea-Tellus, la Terre ou la voix de la nature gréco-latine, (de Gé déesse de la terre) astre et lieu d'habitation opposé aux enfers, lieu de génération aussi. Molly tisse et détisse de nuit la trame d'Ulysse en huit longues phrases qui commencent et s'achèvent sur le fameux «oui» pour se dévider et se révéler complètement, si complètement qu'il ne reste plus de «psychologie» du personnage (Jean-Michel Rabaté, James Joyce, 1993 - books.google.fr).

Ulysse (titre original Ulysses en anglais) est un roman de James Joyce, sorti dans un premier temps sous forme de feuilleton dans le magazine américain The Little Review entre mars 1918 et décembre 1920, avant d'être publié dans son intégralité le 2 février 1922 à Paris par la librairie Shakespeare and Company fondée par Sylvia Beach (cela restera l'unique parution de la librairie). Le roman relate les pérégrinations de Leopold Bloom (Ulysse) et Stephen Dedalus (Télémaque) à travers la ville de Dublin lors d'une journée ordinaire. L'action commence le 16 juin 1904 à 8 heures pour se terminer dans la nuit aux alentours de 3 heures (fr.wikipedia.org - Ulysse (roman)).

Alfred et la Castafiore

Le prénom Alfred/Alfredo n'apparaît, semble-t-il, que dans les albums où figure la Castafiore. Al Capone c'est Alfonso Capone (fr.wikipedia.org - Liste des personnages des Aventures de Tintin).

Le véritable retour de Bianca Castafiore se produit dans L'Affaire Tournesol.

Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Archangelo Alfredo Cartoffoli di Milano est le conducteur milanais d'une Lancia Aurelia B 20 qui renverse le capitaine Haddock dans L'Affaire Tournesol. Il l'emmène ensuite avec Tintin et Milou dans une folle course-poursuite contre les ravisseurs présumés du professeur Tournesol.

Alfredo Topolino est un scientifique qui réside à Nyon, en Suisse, dans L'Affaire Tournesol. Spécialisé dans la recherche sur les ultrasons, il est agressé par des agents bordures qui se font passer pour le professeur Tournesol après avoir enlevé ce dernier. Son nom signifie en italien «petite souris», et c'est d'ailleurs une référence directe à l'univers de Walt Disney, dont le personnage de Mickey se nomme Topolino en italien, mais c'est aussi une voiture Fiat minuscule (fr.wikipedia.org - Liste des personnages des Aventures de Tintin).

Hergé lui offre le premier rôle dans Les Bijoux de la Castafiore.

Alfred est un technicien preneur de sons qui fait partie de l'équipe de télévision reçue au château de Moulinsart dans Les Bijoux de la Castafiore.

Après sa rencontre avec Nora, Joyce reste un certain temps à Dublin, buvant énormément. Au cours d'une beuverie, il se bat avec un homme à la suite d'un malentendu au Phoenix Park. Il est recueilli par une vague connaissance de son père, Alfred H. Hunter, qui le ramène chez lui pour le soigner. Hunter, juif et marié à une femme infidèle, sera l'un des modèles de Leopold Bloom, le personnage principal d'Ulysse (fr.wikipedia.org - James Joyce).

Alfred Hunter (not in fact Jewish but a Unitarian Ulsterman who later converted to Church of Ireland) (Gordon Bowker, James Joyce, A New Biography, 2012 - books.google.fr).

A final word on the fate of Marion Hunter, Alfred’s wife. After his death in 1926, Marion lived on in Dublin, obviously in straitened circumstances. In 1938, she sold her valuable facsimile of the manuscript of Lewis Carroll’s Alice’s Adventures Under Ground, the precursor of Alice in Wonderland, inscribed to her by Carroll. In the late 1930s and early 1940s she was living in a multi-occupancy house in 14 Upper Rutland Street. The only remaining uncertainty regarding her is her date of death and place of interment, neither of which has so far emerged (Terence Killeen, ‘Fitz-Epsykure’: The further adventures of Alfred and Marion Hunter - www.jjon.org).

Nestor

Le jumeau d'Alfred dans le Sceptre est Nestor Halambique.

L'épisode II d'Ulysse s'intitule Nestor.

Dans l’Odyssée, Télémaque part rendre visite à Nestor afin de lui demander conseil. Il rencontre dans le même temps Pisistrate, le fils de Nestor. Nestor est un vieil homme, chef des conducteurs de char et il donne de sages conseils à Télémaque. Le parallèle est ainsi fait entre M. Deasy et Nestor. L'élève Sargent est Pisistrate, c'est lui que Télémaque rencontre avant d'aller voir Nestor. Stephen a entamé sa recherche et vient voir le directeur. On peut remarquer la référence des portraits de chevaux dans le bureau. C’est en ce sens que le cheval est un symbole de l’épisode. Étant conducteur de char, Nestor est caractérisé dans l'Odyssée comme un «dompteur de chevaux.» Cet animal est noble mais il est dressé dans le but de servir l’homme. Ici c’est Stephen qui est «bridé et agité» et qui cherche à se libérer (fr.wikipedia.org - Ulysse (roman)).

Nestor/Deasy/Plunkett et Ulysse/Bloom/Hunter

Bloom explains to those near him his schemes for social regeneration. All agree with him. The keeper of the Kildare Street museum appears, dragging a lorry on which are the shaking statues of several naked goddesses, Venus Callipyge, Venus Pandemos, Venus Metempsychosis, and plaster figures, also naked, representing the new nine muses, Commerce, Operatic Music, Amor, Publicity, Manufacture, Liberty of Speech, Plural Voting, Gastronomy, Private Hygiene, Seaside Concert Entertainments, Painless Obstetrics and Astronomy for the People. (James Joyce, Ulysses, Episode 15 : Circe, 1922 - en.wikisource.org).

En règle générale dans Ulysses, l’image ou le nom de Vénus apparaît toujours dans la conscience de Bloom en liaison directe avec Molly Bloom. [...] Bloom semble avoir bien compris pour sa part les priorités de l’art héllénistique. Le rapprochement qu’il fait entre Molly Bloom et les statues grecques lui permet de réaliser son fantasme de Pygmalion : Molly serait pour lui la statue à qui Aphrodite donna la vie (Valérie Bénéjam, “I wrote my name in pencil on the backside of the Venus of Praxiteles” : sculpture et émotion esthétique chez Joyce. L’Art dans l’art, 2000 - books.openedition.org).

Le directeur du musée de la rue Kildare était le Colonel George Tindall Plunkett, plutôt conservateur dans ses goûts, (Fintan Cullen, Ireland on Show, "Art, Union, and Nationhood ", 2017 - books.google.fr).

Le Colonel Plunklett aurait été un des modèles de Garrett Deasy.

One administrator in Joyce's Ulysses, the headmaster of the school in Dalkey, might have aligned himself with the unionist Colonel Plunkett rather than the nationalist Count Plunkett. For Mr. Deasy, history consists of what has had to happen to bring us where we are today : "All human history moves towards one great goal, the manifestation of God" (Ulysses 2.380-381). It is a teleological and revelatory process in which primitive people are sacrificed by those following "the ways of the Creator" (Ulysses 2.380). While one part of Joyce's narrative might move toward one "great goal," Stephen's private thoughts push back against the rising tide as he contemplates what possibilities might have been ousted. Stephen maintains a perspective of ironic distance from the (arti)facts of history as he moves out of the "room of the infinite possibilities" and into Deasy's cabinet of curiosities (Ulysses 2.50-51) (Kathleen St. Peters Lancia, Ethnographic roots of Joyce's modernism, Irish Modernism and the Global Primitive, 2008 - books.google.fr).

Le Juif est donc celui qui peut s'affirmer comme Juif comme Juif au-delà de toute incarnation topologique du territoire originaire, au-delà de tout espace national. Par ce statut atopique qui le rend atypique Bloom remet en cause la possibilité même d'une existence empirique de toute communauté dite nationale (J.L. Giovannangeli, L'idée de nation dans "Cyclope" et "Nestor", Etudes Irlandaises, Numéros 15-16, 1990 - books.google.fr).

Bloom's filial offices brings us back to the symbol of "Hades" — caretaker. Referring most obviously to the cemetery keeper, the word also describes Bloom's role as the caretaker of his father's grave and, more generally, as the character most willing to offer a helping hand to people like the Dignams (Mark Osteen, The Economy of Ulysses, Making Both Ends Meet, 1995 - books.google.fr).

Although Bloom may be replaced in his partner's erotic affections, he knows he will never be ousted from his filial/parental roles of caretaker and nurturer. In Bloom's romantic eyes, the sun shines for Molly and will continue to illumine her features, despite the "blazing and boiling" ardor of Blazes Boylan's sexual attentions (Suzette A. Henke, James Joyce and the Politics of Desire, 2015 - books.google.fr).

Gardien des choses mortes (parents, amours) comme dans un musée.

Through Stephen's eyes the reader sees the "baseness" of Deasy's collection of Stuart coins. Exhibited as if they were valuable artifacts on display in a museum, these coins appear to support Deasy's teleology and unionist politics : "On the sideboard the tray of Stuart coins, base treasure of a bog : and ever shall be. And snug in their spooncase of purple plush, faded, the twelve apostles having preached to all the gentiles: world without end" (Kathleen St. Peters Lancia, Ethnographic roots of Joyce's modernism, Irish Modernism and the Global Primitive, 2008 - books.google.fr).

Apparaissent encore dans Circe "The Siamese twins, Philip Drunk and Philip Sober, two Oxford dons with lawnmowers". On peut ajouter les jumeaux Tommy et Jacky dans "Nausicaa", frères de Cissy caffrey.

James et Nora

James Joyce (born February 2, 1882, Dublin, Ireland—died January 13, 1941, Zürich, Switzerland) was an Irish novelist noted for his experimental use of language and exploration of new literary methods in such large works of fiction as Ulysses (1922) and Finnegans Wake (1939). Joyce is regarded as one of the most influential writers of the 20th century

Nora Joyce/Molly Bloom, fictional character - www.britannica.com

Nora Barnacle, née le 21 mars 1884 à Galway et morte le 10 avril 1951 à Zurich, est une écrivaine irlandaise (fr.wikipedia.org - Nora Barnacle).

Moly, chasteté et Comus

But I, ere yet her sovereign power enthralls,
Prepare to fly these fascinating walls :
To shun with moly's aid, divine and chaste,
The courts by Circe's faithless sway disgraced
(Elegy I, to Charles Deodati, traduction du latin) (Charles Symmons (1749-1826), The Life of John Milton, 1810 - books.google.fr).

Son fils est le traducteur d'Agamemnon d'Eschyle (biography.wales, en.wikipedia.org - Charles Symmons).

Milton identifies moly with the activation of reason and practice of morality and chastity, which render the bewitching power of Circean metamorphosis ineffective. Moly or Haemony, mentioned in 'Elegy I,' is said by the Attendant Spirit in The Ludlow Mask to be 'yet more med'cinal... than that Moly / That Hermes once to wise Ulysses gave' (11. 636-7) to protect its users from enchantment. The power of moly, a form of integrity or Christian grace for Milton, is represented by steadfastness in the Lady, which enables her to resist Comus - the offspring of Circe and Bacchus (1. 522) (Elizabeth Sauer, Engendeing metamorphoses, Ovid and the Renaissance Body, 2001 - books.google.fr).

Comus (A Masque Presented at Ludlow Castle, 1634) is a masque in honour of chastity written by John Milton. It was first presented on Michaelmas 1634 before John Egerton, 1st Earl of Bridgewater at Ludlow Castle in celebration of the Earl's new post as Lord President of Wales.

An air of controversy surrounds this masque, as the Earl of Castlehaven, Bridgewater's brother-in-law, was the subject of a sordid sodomy and rape scandal for which he was executed. Some critics have conjectured that the masque, with its focus on chastity, was designed to "cleanse" the Egerton family

In 1630, Castlehaven was publicly accused of allowing another man to rape his wife and committing sodomy with two of his servants (en.wikipedia.org - Comus (Milton)).

Une dame est perdue dans la forêt, où réside le magicien Comus ; déguisé en berger, il l'attire dans son palais. Un esprit avertit les deux frères de la dame que leur sœur est sous l'influence de Comus. Celui-ci complote contre eux avec ses serviteurs. L'esprit fournit aux frères une potion enchantée pour les aider à contrecarrer le sortilège de Comus sur la dame. Un banquet est organisé dans le palais de Comus et de la dame, qui a succombé à la puissance du sort; les hôtes sont divertis par les chants et les danses de la fête. Comus encourage fortement la dame à boire dans sa coupe, mais ses frères se précipitent juste à temps, mettant Comus en fuite. La nymphe Sabrina libère la femme du sort du magicien et tous se réjouissent du triomphe de la vertu dans un refrain final (fr.wikipedia.org - Comus (Arne)).

An engraving of Lady Alice Egerton, the daughter of John first Earl of Bridgewater. Fairclough Collection, University of Leicester

Alice Egerton jouant the Lady

From 1632 to 1633, Napier’s patients included Alice and Magdalen Egerton, the youngest daughters of John and Frances Egerton, the Earl and Countess of Bridgewater. Magdalen had ulcerous swellings in her neck which Napier diagnosed as ‘struma’, also known as scrofula or king’s evil. Alice had ‘suffocation of the mother’, a disease that was often simply referred to as ‘the mother’. ‘Mother’ was an early modern term for the womb. In this illness, toxic fluids trapped in the womb caused convulsions and a feeling of being choked. Suffocation of the mother was a ‘disease of virgins’ associated with unmarried, sexually abstinent women. Intriguingly, in 1634 John Milton wrote the part of the ostentatiously virginal heroine in his masque Comus for Alice Egerton to perform. (Boyd Brogan, ‘The Masque and the Matrix: Alice Egerton, Richard Napier and Suffocation of the Mother’, Milton Studies 55: 3–52., 2014 - casebooks.lib.cam.ac.uk).

Thomas Hudson, Susannah Maria Cibber, 1749, National Portrait Gallery London -

Suzanna Cibber jouant the Lady

Susannah Maria Cibber (née Arne; February 1714 – 30 January 1766) was an English singer and actress. She was the sister of the composer Thomas Arne. Although she began her career as a soprano, her voice lowered in the early part of her career to that of a true contralto. She was admired for her ability to move her audiences emotionally both as an actress and vocalist. Possessing a sweet, expressive, and agile singing voice with a wide vocal range, Cibber was an immensely popular singer, even if at times her voice was criticized for a lack of polished technique. Charles Burney wrote of her singing that "by a natural pathos, and perfect conception of the words, she often penetrated the heart, when others, with infinitely greater voice and skill, could only reach the ear". Cibber was particularly admired by Handel, who wrote numerous parts especially for her including the contralto arias in his 1741 oratorio Messiah, the role of Micah in Samson, the role of Lichas in Hercules and the role of David in Saul, among others

She appeared in the world premiere of her brother's immensely popular masque Comus, in 1738. (en.wikipedia.org - Susannah Maria Cibber).

Comus est un masque en trois actes du compositeur Thomas Arne. L'œuvre s'appuie sur un livret de John Dalton (1709–1763) basé sur le masque du même nom de John Milton de 1634. La pièce est créée au Théâtre Royal, Drury Lane à Londres le 4 mars 1738 (fr.wikipedia.org - Comus (Arne)).

From Bacchus and Circe, the sorceress, springs Comus, Sensual Excess, and Revelry. "Comus is personified in the Agamemnon of Æschylus, where Cassandra, enumerating in her vaticinal ravings the horrors that haunted her home, says (1196): 'Behold Comus, the drinker of human blood, and fired with new rage, still remains within the house, being sent forward, in an unlucky hour, by the Furies, his kindred.' Comus is here the god of riot and intemperance, and he has assumed new boldness from drinking human blood; that is because Atreus served up his murdered children for a feast, and Agamemnon was killed at the beginning of a banquet. It is remarkable that Comus makes no figure in the Roman literature." (Warton.) On the English stage Comus had appeared in one of Ben Jonson's Masques as the "God of Cheer;" and in Decker's Gull's Hornbook, as the "Clerk of Gluttony's Kitchen." (Notes sur Comus) (John Bradshaw, The Poetical Works of John Milton, Tome 1 : Early poems, Comus, sonnets, Samson Agonistes, 1878 - books.google.fr).

Faust et Comus : Marguerite Combes et sa famille

In 'Hélène enchaînée' Marguerite Combes has sought to construct a third part to Goethe's Faust. Under the reign of science a great people has arisen (a way of interpreting Faust's last speech) and modern Germany is here personified in Faust. In his words are embodied the whole of the modern German theory of force. Not content with what force gives him he seeks to bind Helen, that is, beauty, to his chariot wheels. Can Faust make beauty submit to force ? No, 'Hélène enchaînée par Faust a brisé glorieusement ses fers.' I do not know if the author is acquainted with Milton's Comus but there is a certain similarity in the position of Helen in the power of Faust and the situation of the Lady in the hands of Comus. The idea is a bold one but I take it that only those well acquainted with the second part of Faust will be able to follow this third part with ease and advantage. There is a preface by Paul Adam. The man and his work are not always to be explained by the place in which he is born and lives (Some recents french books, The Library, 1919 - books.google.fr).

Marguerite Combes, naturaliste et fille du botaniste Gaston Bonnier (1853 - 1922), lui-même fils du lillois Edouard Bonnier, et d'une fille de Philippe Van Tieghem (1839-1914), botaniste, et d'Hélène Sarchi (morte en 1921) (Jacqueline Carroy, Ecrire les rêves, 19-20e siècles, 2024 - libreo.ch, fr.wikipedia.org - Charles Sarchi).

Dans sa jeunesse, Pierre-Elzéar (Bonnier-Ortolan, 1848 - 1916), petits fils du toulonnais Joseph Ortolan (1802- 1873) et frère de Gaston Bonnier, traduit Faust avec l'aide de son cousin toulonnais Jean Aicard (1848 - 1921) et participe à la fondation de la revue La Renaissance littéraire et artistique (fr.wikipedia.org - Elzéar Bonnier-Ortolan).

Circé et Ulysse

The connection between Circe and the moly tradition (cf. preceding note) is paralleled by two distinctly different literary references. Milton in Comus vv. 636-37 refers to Moly as a healing drug in a patently magical context. Likewise are the nine references to a shrivelled black potato carried by Stephen Bloom in James Joyce's Ulysses. That this refers to Moly, cf. Joyce's letters to Frank Budgen in letters of James Joyce, ed. Stuart Gilbert, (New York, 1957) pp. 144, 147-48 (Jerry Stannard, Katherine E. Stannard, The plant called moly, Osiris, Volumes 13-14, 1958 - books.google.fr).

Ezra Pound assertion of the connection between "Circe" (chapitre XV d'Ulysse) and the Tentation (de Saint Antoine de Flaubert) was seconded in 1934 by Joyce's friend Frank Budgen. His James Joyce and the Making of 'Ulysses' links the two by listing the Tentation alongside Goethe's Faust and Strindberg's (Robert Baines, Opposite of despair, James Joyce and the Nineteenth-Century French Novel, 2011 - books.google.fr).

La ville de Gubbio célèbre également son saint patron (que le pape Célestin III avait canonisé dès le 5 mars 1192), le 15 mai, par la corsa dei Ceri, une cérémonie qui ressemble au pallio de Sienne, mais dont le déroulement est beaucoup plus complexe que son équivalent de Thann. L'évêque Ubaldo Baldassini y est honoré en compagnie de saint Georges et de saint Antoine, qui n'entretiennent, eux, pas de rapport particulier avec Gubbio. Leurs statues respectives sont promenées à travers la ville, selon un itinéraire très précis, sur de lourds et hauts supports de bois ouvragé (ils mesurent environ cinq mètres), les Ceri, qu'il fut possible d'admirer à Thann le 30 juin 1998, lors de la crémation des trois sapins, pour célébrer le demi-siècle de jumelage entre Gubbio et la cité alsacienne. On s'est perdu en conjectures sur les origines de ce rituel. En s'autorisant d'une étymologie facile, certains y ont vu une résurgence du culte de Cérès ou des Ludi Cerales de Rome; d'autres ont considéré que chaque saint symbolisait une corporation (artisans, commerçants, paysans). Un historien italien, Maurizio Del Ninno (1976), a, de manière beaucoup plus intéressante (à condition de digérer son interprétation structuraliste pure et dure), rapproché les trois saints des fonctions exercées par des dieux antiques : saint Ubaldo représente la classe sacerdotale (les prêtres), saint Georges la classe des guerriers et saint Antoine les paysans (classe des producteurs de biens). On aura reconnu sans peine les trois éléments fondateurs de l'idéologie trifonctionnelle, telle que l'a dégagée Georges Dumézil (1952). Ce dernier a repris les conclusions de Maurizio Del Ninno et noté la parfaite correspondance entre les trois saints fêtés le 15 mai à Gubbio et la triade ombrienne des dieux Grabovii, Juu-, Mart-, Vofiono, qui trouve son équivalent dans la fameuse triade capitoline Jupiter, Mars, Quirinus. Bien que la corsa dei Ceri n'ait été décrite pour la première fois qu'en 1684, on ne peut nier l'identité de ces deux séries (G. Banderier, La légende de Thann, Revue d'histoire et de philosophie religieuses, Volume 84, 2004 - books.google.fr).

Sur l'un des portails de l'église Saint-Thibault, à Thann (Alsace), saint Georges, tout équipé, apparaît porteur d'un bizarre bonnet de fourrure. (Cf. G. Sanoner, Description des portails de l'église Saint-Thibault de Thann, dans la Revue de l'art chrétien, 4o série, t. XV, année 1904; p. 390.) (Pierre Boyé, le butin de Nancy, Mémoires, Volume 54, Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, 1904 - books.google.fr).

Le calendrier du Sceptre d'Ottokar : RAOUL et "verre securit"

C’est par les yeux de l’étranger – Tintin dans Le Sceptre d’Ottokar, Raoul Vignerte, le jeune précepteur de Koenigsmark, roman de Pierre Benoit (1886 - 1962) paru en 1918, ou encore l’anglais Rodolphe dans Le prisonnier de Zenda – que le lecteur-spectateur découvre le royaume. L’étranger y vivra de nombreuses aventures et aidera à déjouer les complots. (m-claudine1, Le Prisonnier de Zenda, Film de Richard Thorpe (1952), 16 mars 2018 - www.senscritique.com, fr.wikipedia.org - Koenigsmark (roman)).

À Winchester en Angleterre, l'an 1591, les martyrs Roger Dickinson, prêtre, et Raoul (ou Ralph) Milner (ou Miller), paysan et père de famille, pauvre et illettré de Slackstead : Raoul Milner béatifié en 1929, fait partie des Quarante martyrs d'Angleterre et du Pays de Galles qui ont été canonisés en 1970. Fêtés le 7 juillet (Pierre Delooz, Sociologie et canonisations, 1969 - books.google.fr, John Hungerford Pollen, Acts of English Martyrs Hitherto Unpublished, 1891 - books.google.fr).

En 1588, le roi Philippe II et le pape Sixte V lançaient l'invicible armada pour asservir l'Angleterre.

Du 7 juillet au 15, il y a 8 jours qui sont la durée de l'aventure de Tintin entre son passage dans la rue aux enseignes "RAOUL" et "CINEMA" page 7 à la parade du roi page 59. Si c'est juste, ce choix est anti-anglican voire anti-anglais dans le contexte d'avant-guerre de l'époque.

L'enseigne "CINEMA" peut renvoyer, en rapport avec les quarante martyrs, à un film.

Marie Stuart (Titre original : Mary of Scotland) est un film américain réalisé par John Ford, sorti en 1936. Marie affirme hautement son appartenance à la religion catholique. Alors qu'elle a revendiqué le trône d'Angleterre, le film la présente systématiquement comme une victime. Katharine Hepburn déclare : «Je n’ai jamais eu de sympathie particulière pour Mary Stuart. Je la tenais pour une belle idiote. J’aurais préféré faire un film sur Élisabeth.(…) Le scénario était quelconque. Je n’ai jamais compris pourquoi John Ford avait accepté la réalisation.» (fr.wikipedia.org - Marie Stuart (film, 1936)).

Lobby card for the American drama film Mary of Scotland (1936). L-R: Katharine Hepburn, Douglas Walton, Fredric March, 1936, RKO Radio Pictures

Les Américains ne parviendront décidément jamais à «sentir» les traditions qui leur manquent. [...] Cette fois, Fredric March est Bothwell et Katharine Hepburn la reine d'Ecosse. On leur a composé de belles amours (dans de ridicules décors), on en a fait des petits saints. Tout cela n'est pas sérieux (Claude Aveline, Chroniques d'un cinéphile 1931-1939, 1994 - books.google.fr).

John Martin Feeney, futur John Ford (1894 - 1973), est né dans une famille d'immigrants irlandais (fr.wikipedia.org - John Ford).

Parmi les films en costumes que Hepburn tourne en 1936-37, seul Mary of Scotland réalise une bonne performance au box-office (Jules Sandeau, "The Unsinkable Kate", Katherine Hepburn et son public, 2022 - books.google.fr).

Les pièces historiques de Maxwell Anderson fournissent de bons exemples, dans des studios différents. Mary of Scotland (1936) fait l'objet d'une diffusion ciblée vers les publics de théâtre et les publics scolaires. Une promotion particulière est faite dans The Theatre Magazines, comme son nom l'indique un magazine spécialisé (Marguerite Chabrol, De Broadway à Hollywood, 2016 - books.google.fr).

James Maxwell Anderson, mieux connu sous le nom de Maxwell Anderson, est un dramaturge américain né le 15 décembre 1888 à Atlantic, Pennsylvanie (États-Unis) et mort le 28 février 1959 à Stamford (Connecticut). Ses parents étaient d'origines irlandaise et écossaise, son père devint pasteur batiste (fr.wikipedia.org - Maxwell Anderson).

Le célèbre Enrico Caruso (Naples, 1873 - 1921) affirmait pouvoir casser un verre avec sa puissante voix, mais cela fut démenti par sa femme après sa mort (fr.wikipedia.org - Enrico Caruso, Léopold Tobisch, Peut-on réellement casser un verre avec sa voix ?, 2020 - www.radiofrance.fr).

Marque déposée par Saint Gobain en 1929, le verre "Securit" désigne un verre trempé initialement prévu pour l'industrie automobile et adapté. Le verre Securit est très souvent confondu avec le verre de sécurité par rapport à l’efficacité de la conception de la marque Saint Gobain qui a popularisé son procédé. Mais si le verre de sécurité désigne plusieurs types de vitrages, trempés ou feuilletés, le verre Securit de Saint Gobain est exclusivement «trempé» (www.rueduverre.com).

Le roi Henri II installe une verrerie à Saint-Germain-en-Laye près du château, dans une maison située à l'angle des actuelles rues Henri IV et Saint-Louis, sur une partie de la caserne Grammont, qu'il donne à l'italien Thesco Mutio (de Bologne), avec privilège de produire pour tout le royaume du verre Venise, c'est-à-dire du miroir; en 1558 il le naturalise, l'anoblit avec ses enfants, et l'agrège à la communauté des gentilshommes verriers. La verrerie royale de Saint-Germain est toujours en activité en 1672 et 1776 et donne son nom à la rue de la Verrerie, devenue rue Saint-Louis. La Manufacture royale de glaces de miroirs est créée en 1665 sous le règne de Louis XIV par son ministre des finances Jean-Baptiste Colbert, afin de donner à la France une dépendance moindre aux productions de verre vénitiennes. En 1693, elle s'établit en Picardie à Saint-Gobain (aujourd'hui dans le département de l'Aisne), sur le site de l'ancien château médiéval (fr.wikipedia.org - Saint-Gobain).

Saint-Gobain est un hagiotoponyme qui fait référence à Gobain de Voas, saint chrétien d'origine irlandaise. Il s'installe dans un ermitage et est décapité par des maraudeurs en 670, dans la forêt de Voas, à laquelle on donna son nom. C'est dans cette forêt que fut édifié le premier monastère de l'ordre des Prémontrés en 1120 (fr.wikipedia.org - Saint-Gobain (Aisne)).

L'Ordre de Prémontré célèbre, le 11 juillet, la solennité de son glorieux Fondateur, Norbert de Xanten, avec octave de 1ère classe; le 7 mai la Translation de son corps; le 3e samedi après la Pentecôte, son Triomphe sur l'hérésie de Tanchelin. De plus le saint Protecteur de la Bohême reçoit, chaque jour, à Strahov, l'hommage de la piété et de la confiance du peuple et spécialement de ses enfants (Godefroid Madelaine, Histoire de Saint Norbert, fondateur de l'Ordre de Prémontré et archevêque de Magdebourg, Tome 2, 1928 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Norbert de Xanten).

Norbert Wallez, né à Hacquegnies, le 19 octobre 1882 et mort à Saint-Servais le 24 septembre 1952, est un prêtre catholique, journaliste et collaborationniste belge qui dirigea le quotidien Le Vingtième Siècle dont le supplément Le Petit Vingtième accueillit les premiers dessins des Aventures de Tintin par Hergé. Arrêté pour collaboration en septembre 1944, il est condamné en 1948 par la Cour militaire à cinq ans d'emprisonnement (fr.wikipedia.org - Norbert Wallez).

LES MARTYRS DE GORKUM, GORCUM ou GORINCHEM (Hollande méridionale) : Au nombre de dix-neuf, onze capucins, deux prémontrés (Adrien Janszen et Jacques Lacops), un chanoine régulier de Saint-Augustin et quatre prêtres séculiers. Faits prisonniers par les Gueux, qui, sous la conduite de Marin Brant, s'étaient emparés de Gorkum, le 26 juin 1572, ils furent pendus à la Brille par l'ordre du comte de la Marck, le 9 juillet. Culte autorisé en 1621, béatifiés par Clément X (1675), canonisés par Pie IX en 1867, et fêtés le 9 juillet (Paul Guérin, Dictionnaire des dictionnaires : lettres, sciences, arts, Tome 4, 1886 - books.google.fr).

Il s'agit d'un autre groupe de martyrs comme les Quarante martyrs d'Angleterre et du Pays de Galles. C'est en effet le 9 juillet que Tintin se trouve dans la voiture de la Castafiore qui pousse la chansonnette.

Thierri fils de Raphaël Camphuysen, naquit à Gorcom, ville connue de la Sud-Hollande, en 1586. Il étudia la Théologie Calvinienne, fut reçu Proposant, & exerça quelque tems les fonctions de Ministre. Mais il les abandonna ensuite, & se rangea dans le parti de ces Fanatiques, que l'on nomme en Hollande Collègiaux, Prophètes, ou Rhinsbourgeois, & dont j'ai parlé à l'article de Guillaume van der Codde, T. I. 414. & à celui de Jean Hartigveld, T. II. 623. Les écrits de Camphuysen prouvent qu'il donna aussi dans les erreurs du Socinianisme. Il mourut en 1627. dans la 41e ou 42e année de son age, à Worcom, petite ville à une demie-lieue de Gorcom, fur la rive gauche de la meuse. On a de lui les Ouvrages suivans, tous en langue Flamande dont Traité de l'autorité de l'Ecriture fainte, composé par Faufte Socin, traduit en Flamand, & enrichi de remarques savantes. Amst., 1623. 4o It. Avec la Préface apologètique de Conrad Vorstius (Jean Noël Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, de la prinncipauté de Liège, et de quelques contrées voisines, Tome 3, 1770 - books.google.fr).

Die Namensgleichheit des legendären Zauberers Faust mit Dr. Faustus Socinus hatte bereits Vondel in seinem Angriff gegen die Antitrinitarier als polemische Spitze verwendet. Auch in den Niederlanden wurden die Socinianer als Häretiker verfolgt und in den Jahren 1651-1653, als Rembrandts Radierung entstand, verschärfte sich die Kampagne gegen die Hydra Socianismimi (Heide Klinkhammer, Schatzgräber, Weisheitssucher und Dämonenbeschwörer, die motivische und thematische Rezeption des Topos der Schatzsuche in der Kunst vom 15. bis 18. Jahrhundert, 1992 - books.google.fr).

Vondel se fit aider par des théologiens catholiques d'Amsterdam pour rédiger son Onderwys van het geloofschooftpunt der H. Dryeenigheit, premier fragment (septembre 1659) de son grand poème didactique Despiegelingen van Godt en Godtsdienst qui paraîtra en 1662 et dont le second titre indique qu'il s'agit de combattre les athées qui nient Dieu et la providence. Sterck croit relever après J. van Lennep dans le texte de 1659 une allusion à Spinoza qui sera reprise dans le Bespiegelingen. A la suite de van Lennep, C. Looten notait naïvement que «Vondel put connaître son système par van den Enden, l'ami du philosophe avec lequel il était lié». Découvrons donc maintenant le principal animateur de ces cénacles de cartésiens athées avec ses «arcanoria». Spinoza fréquentait les mennonites «modérés» (moderate) dirigés par Galenus qui s'opposait aux «rigoristes» (precijse). Or les galénistes étaient accusés de socinianisme : c'est notamment contre les sociniens que sont dirigés les écrits de Vondel (Marc Bedjaï, Le docteur Franciscus van den Enden, son cercle et l'alchimie dans les Provinces-Unies au XVIIe siècle, Nouvelles de la République Des Lettres, 1992 - books.google.fr).

Joost van den Vondel, né à Cologne, d'une famille anversoise mennonite, le 17 novembre 1587 et mort à Amsterdam le 5 février 1679. Vers 1641, Vondel se convertit au catholicisme (fr.wikipedia.org - Joost van den Vondel).

Le socinianisme est un courant chrétien remontant au XVIe siècle avec Lelio Sozzini (1525-1562) et développé par son neveu Fausto Socin (1539-1604), d'où naît l'unitarisme et qui refuse la doctrine chrétienne de la Trinité, se présentant comme libéral (fr.wikipedia.org - Socinianisme).

Isidor Hatschek, Romilda Pantaleoni dans le rôle de La Gioconda d'Amilcar Ponchielli - www.meisterdrucke.com

Romilda Pantaleoni

Romilda Pantaleoni (29 août 1847, Udine; 20 mai 1917 Milan) est une soprano italienne qui a mené une carrière d'opéra très riche en Italie dans les années 1870 et 1880. Elle avait un répertoire très vaste qui comprenait des rôles du bel canto, du grand opéra italien et français, des opéras véristes, et des opéras allemands de Richard Wagner. Son répertoire comprenait des rôles tels que Mathilde dans Guillaume Tell de Rossini, Paolina dans Poliuto de Donizetti, Sélika dans L'Africaine de Meyerbeer, Marguerite du Faust de Gounod, et Elsa de Lohengrin de Wagner. Elle est aussi connue pour ses interprétations des héroïnes de Verdi : Leonora dans Il trovatore et dans La forza del destino, Amelia dans Un ballo in maschera, Elisabeth de Valois dans Don Carlos et le rôle-titre dans Aida. Pantaleoni arrive enfin à La Scala en 1883, faisant ses débuts dans le rôle-titre de La Gioconda. Elle interprètera de nombreux rôles à La Scala pendant les huit années suivantes. Elle reste particulièrement associée au rôle de Margherita dans le Mefistofele de Boito (fr.wikipedia.org - Romilda Pantaleoni).

L’expérience de Mefistofele a découragé Boito et l’a incité à privilégier son activité de librettiste. Mais il a réécrit l’opéra qui a été repris avec succès à Bologne en 1875 puis créé à Londres et à Boston en 1880. Elle l’a aussi préparé à celle d’Otello. D’abord par son sujet. En adaptant non pas le premier mais les deux Faust de Goethe alors que Gounod s’était contenté du premier, Boito a franchi une étape dans son exploitation du dualisme. En effet dans le premier, Faust est amoureux de Marguerite alors que dans le second Mefisto lui fait rencontrer Hélène de Troie. Dans le Faust de Gounod, le dédoublement entre les deux héroïnes, la vraie et l’imaginaire, est esquissé dans l’Air des bijoux lorsque Marguerite, parée des bijoux trouvés dans le coffret de Méphisto, ne se reconnaît pas dans l’image que lui renvoie le miroir : «Est-ce toi Marguerite ? […] Réponds moi […] Marguerite, Ce n’est plus toi, Cette n’est plus ton visage Non ! C’est la fille d’un roi, Qu’on salue au passage». Il reste toutefois camouflé sous la vraisemblance psychologique.

Boito aspire à un art nouveau qui réaliserait la synthèse entre classicisme et romantisme, italianité et germanité. Dans Mefistofele, après avoir échoué à sauver Marguerite (allégorie du romantisme nordique) Faust revient au classicisme antique en tombant amoureux d’Hélène de Troie, mais un classicisme réinventé par son imagination. Il meurt entouré de la population céleste issue de son union avec Hélène, allégorie transparente de la création poétique matérialisée sur scène par un peuple de figurants. Voulant suggérer que les deux héroïnes symbolisent les deux faces d’une même réalité : l’art, Boito les confie à la même interprète. Malgré cela, l’allégorie métatextuelle fait long feu. Le public n’y voit que deux aventures amoureuses dont la succession indique le progrès du délire dans un esprit fragile. On comprend qu’il ait pris moins de risques pour Otello, renonçant au mirage d’une métatextualisation globale de l’intrigue et dissociant les personnages impliqués dans le schéma dualiste.

Toutefois la Nenia di Margherita au début de l’acte III lui a servi de galop d’essai pour la scène de l’Air du saule car elle posait des problèmes similaires. Le premier était d’ordre narratif : Margherita, par la faute de Faust qui l’a délaissée, va être exécutée. Enceinte de Faust, elle s’est débarrassée de son enfant en le noyant, et a empoisonnée sa mère avec le somnifère que Mefistofele lui avait donné pour pouvoir introduire Faust la nuit chez elle. Boito doit marquer la fin de du premier épisode, issu du premier Faust, le plus connu du public, avant d’aborder le second épisode, inspiré du second Faust. Il imagine une mise en abyme rétroprospective qui résume le premier épisode tout en réactivant le suspense avant son dénouement (Faust arrivera-t-il à temps pour la sauver ? Mais s’il le fait avec l’aide de Mefistofele, va-t-elle être damnée ?).

Le deuxième problème était d’ordre lyrique. Margherita est humaine, Elena est un mythe. Seule Margherita pouvait émouvoir le public et exprimer des sentiments qui provoquent la sympathie. Mais comment donner une image positive d’un personnage victime certes, mais coupable des meurtres les plus inhumains? Boito opte pour une scène de folie. Il s’y était déjà exercé avec l’Air de la folie d’Ofelia (III, 2) «Bell’albere dolente» («Bel arbre triste»), de l’Amleto de Faccio. Dans la tradition belcantiste, les airs de folie (dont le prototype est celui de Lucia di Lammermoor de Donizetti) sont réservés aux moments où les personnages, en général féminins, rompent avec le réel qui leur devient insupportable, mais servent aussi (surtout ?) à justifier les vocalises par l’égarement de la raison (Nicole Biagioli, Boito librettiste: une écriture interartiale; l’exemple de La canzon del Salice dans Otello, 2024 - hal.science).

Elle chante à Montevideo (Paraguay) en 1882 Margherita dans Faust de Gounod (Susana Salgado, The Teatro Solís, 150 Years of Opera, Concert and Ballet in Montevideo, 2003 - www.google.fr/books, Cristina Scuderi, PANTALEONI Romilda - www.treccani.it).

Anna Romilda Pantaleoni avait épousé selon le rite orthodoxe d'Anatolie un grec Giorgio Costopulo en 1877 et ne divorça 1 ans plus tard (Gazzetta dei Tribunali: Giornale di giurisprudenza teorica e pratica, Volume 21, 1888 - books.google.fr).

Fanny Natali

Laredo, La Re Do : Fanny Heron

Laredo est le nom de la mère de Molly Bloom.

Fanny Natali, née en 1830 à Dublin Pike, County Cork, Ireland, épouse le ténor pédagogue Enrico de de Testa (1834 - 1896). Elle meurt le 2 mars 1891 à Mexico. Elle étudie à Boston, débute sa carrière de cantatrice à New York. Elle chante dans Faust. Elle sera chroniqueuse artistique dans les journaux sous les pseudonymes de La primera Amneris (La República), La Re Do (El Diario del Hogar), Titania (El Diario del Hogar, La Patria, El Nacional, La Juventud Literaria, Las Hijas del Anáhuac, El Álbum de la Mujer, Las Violetas del Anáhuac, entre otras publicaciones) y Héctor (La Juventud Literaria) (www.decimononicas.com, Paulina Isabel Molina Diaz, TENSIONES DE LA MODERNIDAD/COLONIALIDAD EN EL ÁMBITO DE LA MÚSICA A FINALES DEL SIGLO XIX EN LA CIUDAD DE MÉXICO. FANNY NATALI DE TESTA EN LA CRÍTICA MUSICAL PERIODÍSTICA, NEUMA, Año 18 Volumen 2, 2025 - www.scielo.cl).

Mezzo-soprano. She was a prominent Italian-Irish mezzo-soprano singer known for being one of the most famous and admired singers in Mexico in the second half of the 19th century. Born to an Italian father and an Irish mother, she toured on Europe and gave her debut in New York in 1858, when she was hired by Max Maretzek to perform in Mexico. Following a standing ovation at the Grand National Theater in Mexico City, after performing "Azucena" from Il trovatore in 1860, she achieved fame in the country, touring the empire of Emperor Maximilian I and later with his husband dedicated herself to writing chronicles of shows and salons, as well as teaching singing classes at her academy in Mexico City. Among her students was the distinguished soprano Antonia Ochoa de Miranda. (fr.findagrave.com).

HAVANA.-Letters from Havana announce that the Tacon Theatre has been taken by Signor Volpini, with an Italian Opera Company. He engaged the sisters Fanny and Agnes Natali, and Signor Rocco and Testa, the latter an Italian tenor. Florenza, the baritone, was also of the company, and Signor Volpini and his wife are also singers. The season began with great brilliancy, on the 16th of April, with La Figlia, in which Fanny and Testa had a great success. On the 19th, Agnes appeared as Norma, with Fanny as Adelgisa, and the sensation created was immense. The Havanese declare that they have had no Norma equal to Agnes since SteffaTheir enthusiasm surpassed anything ever seen in the States. The opera was repeated on the 22d, and again on the 23d, with similar success.

On the 22d of April, Miss Fanny Natali was married to Signor Enrico Testa, the tenor. The marriage took place in church and with much ceremony. Signor Renaldi gave away the bride, acting as proxy for her father.

On St. Agnes' Day, many valuable presents were sent to Agnes Natali, who has become a great favorite with the Havana public. (Dwight's journal of music, 12 mai 1860 - books.google.fr).

Les sœurs Fanny et Agnes appartiennent à la famille Heron et prirent le non de Natali de leur professeur de chant.

Miss Agnes possessed a soprano voice and her sister was a contralto. They usually appeared together, their favourite opera being Norma, in which Agnes enacted the heroine, while Fanny took the role of Adalgisa.

This account is confirmed by the entry dealing with the Herons in Ireland's Records of the New York Stage from 1750 to 1860, already referred to, written in the latter year. The entry in so far as it relates to the subsequent careers of Fanny and Agnes, reads as follows : "They finally studied music under the skilful tuition of Signor Natale Perelli and in Mexico and South America have since been favourite Prima donne, under the style and title of Senoras Agnes and Francesca Natale." No dates are given in either of these extracts for their studies under Perelli, but these must presumably have begun before their visit to Halifax in 1855, and probably continued until about 1857 or 1858, in view of what Ireland said of them in 1860. As he mentions, their early successes were in Mexico (then and for many years afterwards an important musical centre), Cuba and South America, It does not appear that Agnes ever sang in New York, where Fanny experienced her greatest triumphs, as will presently appear. [...]

Mr. Heron died on May 26th, 1871, and his wife in April, 1873 (William Louis Scott, The Heron Family, 1938 - books.google.fr).

En 1860, à l'opéra de Philadelphie, elles chantent Norma, Trovatore, Lucrezia (W. G. Armstrong, A Record of the Opera in Philadelphia, 1884 - books.google.fr).

Miss Agnes Heron, during a brief engagement, appeared as the Spoiled Child, the Irish Tutor, the Four Mowbrays, the Happy Man, Paudeen O'Rafferty, and Tom Tug, and was supported by her Mister Fanny as Maria, Koket, Nina, and Wilhelmina. They played here to a succession of wretched houses, but afterward starred throughout the Union with profit and applause. They finally studied music under the skillful tuition of Signor Natale Perelli, and in Mexico and South America, have since been favorite prima donne, under the style and title of Senoritas Agnese and Francesca Natali. They took their first benefit in America at the Park on the 17th of December, 1847, when the season was brought to a premature close (Joseph Norton Ireland, Records of the New York stage, from 1750 to 1860, 1867 - books.google.fr).

Agnes studied singing with a celebrated master, Signor Natale Perelli, and toured for a few years as prime donne under the names of Francesca and Agnese Natali. Fanny, who married Enrico Testa, an operatic tenor, in 1860, enjoyed a successful career in opera until she and her husband retired from he stage and settled in Mexico City. Agnes'professional career was cut short in 1862, when she married William Rahe, a wealthy German banker, and went to live in Dresden. Some time before Agnes'marriage, the elder Herons, bereft of their three most talented children, retired and moved to Ottawa to be near Mary Ann and her family. Three other members of the Heron family have a place in Ontario records. Margaret Kathleen, the fourth daughter, married Allan John Scott, a young brother-in-law of Mary Ann, and like her settled in Ottawa. William Lewis Heron, eldest of the sons, entered the Dominion civil service, and in 1881 married Emily Mackenzie Brown, niece of George Brown of the Globe. Alfred, youngest of the sons, shared his elder sisters'talents, and kept the family's theatrical tradition alive in Ontario for many years. Under the stage name of Alfred Hudson, he spent his formative years as an adult actor at Toronto's Royal Lyceum, where he progressed from being merely "a passable low comedian" in 1859 to winning this accolade from the Globe for his performance in a Christmas pantomime three years later : "Mr. Hudson as Pan- taloon acted with so much spirit that we have little hesitation in auguring for him a brilliant career." After spending three years with stock companies in Cincinnati and Philadelphia, Alfred returned to play at Toronto's Grand Opera House for two seasons (1876-78), but his greatest success was to be achieved later in ten years as a member of the famous Boston Museum stock company. Mary Ann's sudden disappearance from the stage at the height of her career gave rise to her identification later with Matilda Heron, an actress who achieved fame by her earthy interpretation of a courtesan in her own uncensored version of Camille. The confusion is understandable, since Matilda, just three years older than Mary Ann, had, like her, emigrated from Ireland and settled in Philadelphia, and when Matilda first electrified New York with her Camille "Miss Heron" as Mary Ann was commonly called, was already enveloped in the obscurity of Bytown. The error was given wide currency in the memoirs of a ioneer American manager, Noah Ludlow, who positively identified the Heron girls who played at his New Orleans theatre as Matilda, Fanny, and Agnes, and added the censorious comment that "the eldest of these sisters, Matilda, became notorious by her after-life." Far from notorious, Mary Ann's after-life proved her as successful a wife as she had been an actress. Her grandson recorded that she made a happy home for her husband and children, and when she and Scott celebrated their golden wedding anniversary in 1903, they were surrounded by six children and nine grandchildren. In Ottawa's political circles her wit and lively conversational powers shone. Her musical talents, no longer her means of support, were put at the disposal of her church and a variety of charitable causes, including a patriotic fund during the Crimean War. Long after she gave up singing in public, her inexhaustible repertoire of (Ontario History, Volume 74, 1982 - books.google.fr).

In 1863, Mathilda Heron gave birth to a daughter, Helen Wallace Stoepel, better known as Bijou Heron, who became an actress herself. (en.wikipedia.org - Matilda Heron, www.wikitree.com).

William Rahe, German Consul to Cuba where he met Agnes on a tour of Cuba, proved most generous. On the day before his marriage, he purchased in the name of his intended wife, a double stone house, No. 47 and No. 49 Daly Avenue, then just completed, with, the idea that the Herons should live in number 47 and enjoy the rental to be derived from No. 49 The house has now for many years been occupied by the Union Mission (William Louis Scott, The Heron Family, 1938 - books.google.fr).

The Heron Family was well known, and three of the daughters became successful performers in their own right. They came to Halifax early on in their careers, likely using the small city as a starting point to build an international reputation. Matilda Heron, the eldest of the sisters, became a famous actress during the late 1850s. 57 The next eldest of the Heron daughters, Fanny and Agnes, were known primarily for their singing, and pursued the concert and opera stage rather than the dramatic one. After training with an Italian singing master, the sisters earned critical acclaim singing in opera productions in the West Indies, Mexico, and South America, and performed at the Academy of Music in Philadelphia in 1859 (Michelle Elizabeth Boyd, Music and the Making of a Civilized Society, Musical Life in Pre-Confederation Nova Scotia, 1815–1867, 2011 - books.google.fr).

In A Portrait of the Artist as a Young Man (1916) Heron is a boy who is a friend of Stephen Dedalus and a fellow student at Belvedere College. The relationship between the boys is uneasy: as two of the top boys at the school, they are as much rivals as friends. There is a disturbing edge to Heron's mockery of Stephen. Heron criticizes Stephen for saying that Byron is the greatest poet of all. Heron and his friends verbally and physically abuse Stephen, but Stephen refuses to give in to Heron's insistence that Tennyson is the best poet. Heron also strikes Stephen twice on the leg with his cane to make him admit that he is interested in a particular girl. Stephen notices that Heron's face is "beaked like a bird's. He had often thought it strange that Vincent Heron had a bird's face as well as a bird's name." The character Stephen Dedalus also appears in Joyce's 1922 novel, Ulysses (www.encyclopedia.com).

Heron dans Ulysse

L’oiseau qui, dans les embûches du labyrinthe d’enfance, symbolisait la menace, les aigles qui lui crèveraient les yeux, le père Dolan au profil aquilin, le ballon graisseux qui vole «comme un oiseau lourd à travers la lumière grise», Vincent Héron, le persécuteur, se transfigure en totem protecteur, faucon associé au dieu-ibis Thot de l’écriture et à l’oiselle de mer, Ange et Ariane, crane («grue») et dove («colombe») à la fois. Cornélius Agrippa que Stephen cite avec Swedenborg dans son interprétation du vol des hirondelles, affirme que «grues» (crane) correspond à geranos qui est l’oiseau sacré de Thot, tandis que la valorisation du faucon viendrait de Swedenborg, celui-là même qui fit paraître pendant deux ans un magazine scientifique appelé Daedalus Hyperboreus.

Les persécutions de Vincent Héron déclenchent le souvenir de la composition de littérature qui lui vaudra d’être taxé d’hérésie : Stephen cherche alors à savoir s’il sera premier, «il s’appliquait à ne pas poser les pieds sur les interstices du trottoir dallé». Dans Ulysse («Circé»), Stephen se déchaîne dans une danse endiablée qu’il appelle «danse de mort» : elle débouche sur l’apparition atroce de la mère spectrale. Mais quand Stephen tourne le dos à l’Eglise, il saute le pas : «Il se dirigea brusquement vers le Bull, pressant le pas de peur d’entendre le sifflet strident de son père le rappeler en arrière; et au bout de quelques instants il avait tourné le coin du poste de police et était en sûreté.» Le fils s’est libéré de l’emprise du père, prêt à participer comme victime et célébrant à l’acte sacrificiel d’intronisation dans l’art qui va suivre : bous stephanoumenos, stephanephoros (Michèle Dancourt, Chapitre VI. Résurgence de Dédale, l’artiste au XXe siècle. Dédale et Icare, CNRS Éditions, 2002 - books.openedition.org).

Sainte Agnès

La succession des notes la ré do se retrouve dans des chants religieux célébrant sainte Agnès, vierge romaine :

Discede a me pabulum mortis (Discede a me pabulum mortis Quia iam ab alio amatore preventa sum / Dominus regnavit / euouae) Ingressa Agnes turpitudinis locum angelum (Ingressa agnes turpitudinis locum Angelum domini preparatum invenit / Iubilate deo) : Twelfth century antiphoner of St. Peter's, Rome, Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, containing the Old Roman repertory of liturgical chant. Central-Italian notation on a dry-point staff with the F-line in red and the c-line in yellow. F- and c-clefs. Cathedral Cursus (cantusdatabase.org).

Tirés de Servus Christi Ambrosius, virginibus sacris, Caput primum, §III et §VIII (Domenico Bartolini, Actes du Martyre de la très-noble vierge romaine sainte Agnès et du martyre des nobles Abdon et Sennen, 1864 - books.google.fr).

St Agnes's Eve is meant not the night preceding St Agnes's Day, but the night of the Day itself, the 21st of January. The forecasting of fortunes in love and matrimony, by the observance of superstitious rites, was by no means confined to the Eve of St Agnes. It was associated also with the Festival of Midsummer in England (see Gay's Shepherd's Week), with the Vigil of All Hallows in Scotland (see Burns's Halloween), and with the Drawings or Dealings of St Valentine's Day in both countries. From the legend of St Agnes-one of the oldest in the history of the Early Church, we learn that a young Christian girl of the name was barbarously martyred during the persecutions which broke out, under Diocletian and Galerius Maximian, in the year 303. How she became, after her canonisation, the guardian saint of young lovers and more particularly, it would seem, of love-sick virgins-is not very clear. Perhaps, like Sabrina in Comus, she loved maidens, having herself died a maid. Her interest, however, like Sabrina's, had to be invoked with all due form and respect. "Upon the supposed place of her death a church was built, and may still be seen, without the walls of Rome." -Book of Days (James Logie Robertson, English verse, for junior classes, 1896 - books.google.fr).

Un grand nombre d'illustres personnages, remarquables par leurs vertus, hommes et femmes, ont eu pour Agnès une grande dévotion. Je me contenterai de citer, entre autres, sainte Catherine de Sienne, sainte Gertrude, sainte Cunégonde, impératrice, saint Antoine de Padoue, saint Pierre martyr, et d'autres âmes, belles de leur candeur, qui en imitant sa pureté sigulière, ont mérité comme elle la couronne de lis et partagent sa gloire.

Les ordres religieux les plus considérables se sont aussi distingués dans le culte qu'ils vouèrent à sainte Agnès. L'ordre des frères Prêcheurs, fondé par saint Dominique, mit, dès son origine, les novices sous le patronage de la vierge martyre L'ordre de la Très-Sainte Trinité pour le rachat des captifs prit naissance dans l'Eglise sous les auspices d'Agnès. En effet, le 28 janvier, jour où l'Eglise célèbre sa seconde nativité en mémoire de son apparition à ses parents, le souverain-pontife Innocent III, en 1198, décréta l'institution de cet ordre religieux, en approuvant la règle que lui avaient soumise ses fondateurs saint Jean de Matha et saint Félix de Valois. Le célèbre monastère des chanoines réguliers en Flandre, appelé du Mont, parce qu'il était bâti sur la montagne qui domine la ville de Zwoll, et dont je parlerai dans la suite, se mit aussi sous la protection de sainte Agnès dont il prit le nom. Là, sous la tutelle de cette grande sainte, florissaient des hommes éminents par leur sainteté et leur doctrine, parmi lesquels brille le vénérable Thomas à Kempis (L'imitation de J.C.). La congrégation des clercs réguliers de la Mère de Dieu choisit pour patronne des étudiants et des novices notre aimable Sainte. Le cardinal Dominique Capranica fonda en 1458, pour les jeunes ecclésiastiques, un collége auquel il laissa son nom et que le concile de Trente prit pour modèle dans l'institution des séminaires. Ce prince de l'Eglise ne crut pas mieux faire que de placer son œuvre sous l'égide d'Agnès, à laquelle il confia ses élèves, qui s'initiaient ainsi à la religion et aux sciences ecclésiastiques (Domenico Bartolini, Actes du Martyre de la très-noble vierge romaine sainte Agnès et du martyre des nobles Abdon et Sennen, 1864 - books.google.fr).

Comme les parents priaient au tombeau de leur fille martyre, la morte leur apparut magnifiquement revêtue et portant un agneau sur ses bras. C'est ce que dit St. Ambroise, mais il s'agit vraisemblablement d'une simple allusion au nom, puisque l'agneau s'appelle „agnus" en latin. Elle était patronne de la chasteté et de l'ordre des Trinitaires (Wilhelm Ludwig Schreiber, Manuel de l'amateur de la gravure sur bois et sur métal au XVe siècle, Tome 2, 1892 - books.google.fr).

L'ordre des Trinitaires, ou ordre de la Très Sainte Trinité pour la Rédemption des captifs, appelés aussi Mathurins, a été fondé en 1194 à Cerfroid par les Français saint Jean de Matha et saint Félix de Valois, à l'origine pour racheter les chrétiens prisonniers des Maures. Les Trinitaires se sont installés à Lorgues en 1359. Cet ordre avait son couvent rue de la Trinité et vivait pauvrement. Ils s'occupèrent du collège jusqu'en 1785, date à laquelle trop peu nombreux les religieux ne pouvaient plus assurer le fonctionnement de l'établissement. Ce collège cessa alors de fonctionner. En 1789, à la Révolution, les ordres religieux qui se trouvaient à Lorgues, Trinitaires, Capucins, Ursulines furent dispersés (lorgues.free.fr).

Agnès, du latin tardif Agnes, formé sur l'adjectif grec "agnè" féminin de "agnós", d'abord au sens de «sacré» et qualifiant certains fleuves, les cieux et des divinités, il s'employa au sens de «pur», d'où «chaste». En latin chrétien, le nom fut senti, par confusion entre le grec agnos, «pur» et le latin agnus, «agneau», comme dérivé d'agnus, l'agneau symbolique (fr.wikipedia.org - Agnès (prénom)).

L'abstinence (Les vertus), détail des fresques de chapelle Ben-Va de Lorgues

A l'intérieur de la chapelle de Ben Va de Lorgues, dans la partie inférieure de la fresque représentant le paradis, on reconnaît d’une part Sainte Marthe et Sainte Marie-Madeleine. Et sept femmes qui représentent les sept vertus - antidotes des sept pêchés capitaux - la dernière étant partiellement effacée par la création postérieure d’une niche. Elles permettent d’accéder au Paradis. On y reconnaît, certaines étant même désignées en lettres gothiques, de gauche à droite, la diligence (peut-être face à la paresse), l’abstinence (face à la luxure), la tempérance (face à la gourmandise), la patience (face à la colère), la pénitence (face à l’orgueil), la largesse (face à l’avarice) la septième peu visible devait être la charité (face à l’envie). C’était l’objet d’une très abondante littérature.

Comme il est difficile de représenter l’abstinence, le peintre a astucieusement représenté une nourrice qui tient deux frères de lait [des jumeaux ?]. Son chapeau est orné d’une fleur blanche à cinq pétales, peut-être d’aubépine qui est un des symboles de pureté, de chasteté depuis l’Antiquité. Les nourrices étaient contraintes à l’abstinence car on craignait que des relations sexuelles ne gâtent le lait. Une grossesse entraînait l’arrêt de la montée de lait et du coup la rupture du contrat (Georges Grouiller, Jutta Auguin, Notre Dame de Benva, Lorgues Infos N° 20, 2013 - www.mairiedelorgues.fr).

Après avoir essayé, non sans quelque succès, dans son Ambassadeur de Dieu, d'établir que Christophe Colomb avait porté jusqu'au degré héroïque la pratique des vertus chrétiennes, M. Roselly de Lorgues vient de publier un nouveau livre sous ce titre étrange : Satan contre Christophe Colomb ou la prétendue chute du serviteur de Dieu. Ce livre a été entrepris pour défendre la mémoire de Colomb, et réduire à néant l'accusation portée contre sa chasteté, accusation que les libres penseurs de l'époque et les inventeurs de la morale moderne retournent dans tous les sens pour nuire à l'action de l'Eglise (Charles Buet, Bibliographie catholique: revue des ouvrages de religion, de philosophie, d'histoire, de littérature, d'éducation, Volume 54, 1876 - books.google.fr).

Agnès et Romilda

Pierre Damien parle des filles de Bérenger exilées avec leurs parents. Ce grand réformateur, mort avant le début de la Querelle, moine et cardinal, partisan de la collaboration entre pape et empereur, ne poursuit dans ce texte que des objectifs pieux. Par souci de chasteté et afin de repousser les soupirants, l'une de ces filles, dit-il, laisse pourrir des poulets cachés sous ses vêtements. Rebutés par l'odeur les courtisans se lassent et laissent les jeunes filles entrer au couvent. Ce récit viendrait de l'impératrice Agnès et les filles de Bérenger ont bien été entraînées en Allemagne avec leur père mais rien ne prouve l'exactitude de cet apologue moralisateur et Rosala, l'une des filles, se serait mariée (J. Van Wijnendaele, Les empereurs ottoniens, Revue belge de philologie et d'histoire, Volume 79, Partie 4, 2001 - books.google.fr).

Cette histoire de viande avariée est un reprise d'un récit de Paul Diacre concernant les filles de Romilda de Frioul préservant ainsi leur chasteté.

Hæ filiæ Berengarii & Willæ ejus conjugis anno 964. in arce sancti Leonis obsidione captæ ab Ottone I. in Germaniam deinde deportatæ, Adhelaidi imperatrici in ejus aula educandæ traditæ fuerant. Quæ porro narrat de ipsis Damianus, vel melius Agnes, a ceteris scriptoribus prætermittuntur. Simile factum tribuitur a Paullo Warnefridi (Lib. IV. cap. XXXVIII) diacono Aquileiensi in historia Miscella filiabus Romildæ uxoris Gisulfi ducis e Foro-juliensis, quæ castitatis amori studentes, ne ab Avaribus contaminarentur, crudorum pullorum carnes sibi inter mammas sub fascia posuerunt, quæ ex calore putrefacte odorem fætidum exhalabant ; cumque eas vellent Avares contingere, non sustinentes fætorem, putabant eas naturaliter ita fætere, procul ab eis recedentes, atque dicentes omnes Langobardas fœtidas esse. Hac igitur arte Avarum libidinem puellæ nobiles evadentes, & ipsæ castæ servatae sunt, & utile servandae castitatis, si quid tale seminis contigerit, mandaverunt exemplum. Potuerit porro filia Berengarii imitari exemplum, quod ante tercentos fere annos ei dederunt filiæ Romilda, cum improbababile videatur Agnetem imperatricem consudisse filias Berengarii cum filiis Romildæ, & Teutonicos cum Avaribus, & tempora Ottonis & Adelaidis augustæ cum temporibus anterioribus (Giovanni Benedetto Mittarelli, Annales Camaldulenses ordinis Sancti Benedicti, Tome 2, 1756 - books.google.fr).

Paul Diacre (cf. "Paullo Warnefridi") dans son Homiliaire compte sainte Agnès (Patrologiae cursus completus: sive Bibliotheca universalis, Volume 95, Migne, 1851 - books.google.fr).

L'Imperatrice Ynes ou Agnes estoit françoise de nation, fille du Duc de Guienne & Comte de Poitiers, laquelle Henry III. Empereur demanda en mariage à cause de sa rare beauté, vertu, & noblesse, les nopces en furent celebrées l'an 1043. à Ingelhem ville de l'Archeuesché de Mayence auec toute la pompe, allegresse & ceremonies requises, & depuis en l'an 1046. Henry & Ynes furent couronnez par le Pape Gregoire VI. & apres conduits en triomphe & magnificence au palais de Latran.

Henry III. qui auoit de si bonnes preuues de la rare prudence & bonne conduite de l'Imperatrice son espouse, la laissa & designa en mourant tutrice & gouuernante du Prince Henry leur fils heritier presomptif de tous ses estats qui estoit encore ieune.

Agnes tenant encore le gouuernement de l'Empire auoit beaucoup contraire l'election d'Anselme Euesque de Lucque eleu à Rome souuerain Pontife soub le nom d'Alexandre II. & fauorisé de tout son possible le party de Cadolaus Antipape.

Mais heureux scrupule pour cette bonne Imperatrice à laquelle il fut occasion de rencontrer saint Pierre Damien pour son confesseur & directeur de sa conscience.

Ie voudrois auoir le loisir de traduire en langue vulgaire les Epistres de cet excellent Directeur des ames, addressées à l'Imperatrice Agnes qui font de tres grande edification, sur tout celles esquelles il traite des ieusnes & des oraisons de cette Princesse: il nous asseure que son abstinence estoit merueilleuse & dautant plus heroïque qu'elle auoit ordinairement sa table chargée abondance de mets tres delicieux & exquis, laquelle pour cette 1065. cause il appelle par vne gentilesse d'esprit familicam ubertatem, n'vsant mesme des viandes grossieres que fort sobrement & autant precisement que la necessité le requeroit, son oraison estoit presque continuelle & fans interruption demeurant recueillie en Dieu en tout temps & en tout lieu, en forte que pour ne point quitter la priere elle enuoia demander par l'Euesque de Coman å son bon Confesseur si elle pourroit mesme continuer son oraison en des lieux indecents, à quoy Pierre Damien respondit que Iob l'auoit fait estant sur le fumier, sainte Agnes dans vn lieu honteux où elle auoit esté tirée par force & auquel elle fut consolée de la vision d'vn Ange; & que saint Paul en sa premiere å Timothée chapitre 2. auoit ordonné aux hommes de prier en tout lieu. Toutefois que son sentiment estoit de ne faire pas oraison vocale en des lieux peu honnestes, ains se contenter d'auoir Dieu present en fon cœur (Antonio de Yepes, Chroniques générales de l'Ordre de S. Benoist, Tome 6, 1667 - books.google.fr).

Agnès et Ulysse

In "Nausicaa" chapter of James Joyce's Ulysses, a parody of the romance, employs the same themes as The Eve of St. Agnes of Keats and The Marble Faun of Hawthorne, but presents them in relation to two sets of conflicting pictorial norms. According to his scheme, Joyce devoted his romance chapter to the art of painting, and William York Tindall writes that its "presiding Muse is the 'bawd of parodies'". Joyce presents an encounter on the beach between Leopold Bloom and Gerty MacDowell, in which they masturbate while staring at each other. Gerty is an inveterate reader of ladies'magazines who sees Bloom as the dark hero of popular romance whom she has dazzled by the feminine technology of ribbon, stocking, and drawers. Bloom undercuts this view with his carthiness and his lack of sentimentality. In the background we hear a Catholic mass celebrating the Virgin, the "lady" of a different kind of love. By playing on notions of time and love, Joyce humorously subverts the romance treatment of painting, and contrasts the Renaissance model of stopped-action art to the modernist incorporation of time in painting. His parody, however, confirms the association between painting, voyeurism, and love that the romance dwells on so consistently (Wendy Steiner, Pictures of Romance, Form Against Context in Painting and Literature, 1988 - books.google.fr).

Harry Clarke’s Eve of St Agnes window, now in the Hugh Lane Gallery, Dublin, inspired by Keats’ poem of the same name, is a window commissioned in 1923 by Harold Jacob (of the Jacob’s Biscuit family) for his father’s home on Ailesbury Road, and completed within a year - theirishaesthete.com, hlgallerybooks.com

Agnès et Provence

CHARLES III, Honoré, Prince Souverain de Monaco, Duc de Valentinois, Marquis des Baux, Comte de Carladez, Baron de Buis, Seigneur de Saint-Remy, Sire de Matignon, Comte de Thorigny, Baron de Saint-Lô, Baron de la Luthumière, Duc d'Estouteville, Duc de Mazarin, Duc de la Meilleraye, Duc de Mayenne, Prince de Château-Porcien, Comte de Ferrette, de Belfort, de Thann et de Rosemont, Baron d'Altkirch, Seigneur d'Isenheim, Marquis de Chilly, Comte de Lonjumeau, Baron de Massy, Marquis de Guiscard... etc. Grand d'Espagne de 1re classe; Bailli Grand Croix de l'Ordre de Malte... etc. Né le 8 décembre 1818, a succédé à son père, le Prince Florestan Ier, le 20 juin 1856. Marié le 28 septembre 1846 à la Princesse Antoinette Ghislaine, Comtesse de Mérode. Veuf le 10 février 1864 (Annuaire de la principauté de Monaco 1884 - books.google.fr).

Le village primitif de Sainte-Agnès s'est développé sur le promontoire qui surplombe le village actuel. Vers 1150, première mention du lieu, Sainte-Agnès se trouvait 1150, première mention du lieu, Sainte-Agnès se trouvait dans le comté de Vintimille, avant de passer aux mains de Charles d'Anjou comte de Provence, en 1258. Sa position éminemment stratégique constitua alors un rempart contre les Génois. En 1388, le village se rallia, avec tout le pays de Nice, au comte de Savoie, Amédée VII. Aux alentours de 1400, Sainte-Agnès se déplace vers le site actuel, plus facile d'accès et surtout plus proche des terrains cultivables et des sources. A partir du XVIème siècle, c'est la France qui constitua désormais la principale menace pour les Etats de Savoie, spécialement à l'époque de Louis XIV puis de Louis XV. Le village fut finalement réuni à la France en 1860 (Archéologia, Numéros 429-434, 2006 - books.google.fr).

Les Alpes maritimes, s'élevant depuis le rivage vers l'intérieur des terres, forment dans la région de Monaco un vaste triangle dont la base s'étend de Menton à Monaco, et dont le sommet est le château de Sainte-Agnès. Ce château est assis sur le point culminant d'un groupe de pics d'où l'on commande les sources et les ravins des torrents dont le cours inférieur traverse la principauté, et le territoire qui en dépend s'enfonce comme un coin entre ceux de Roquebrune et de Menton. Augustin sentit l'importance stratégique de cette contrée et il songea à l'acquérir. Le duc Charles de Savoie consentit à la lui céder au prix de 4,000 écus d'or, à condition que le seigneur de Monaco la tiendrait à titre de fief. Le 13 décembre 1529 fut conclu l'acte de cession, par le duc de Savoie, du château, du lieu et du territoire de Sainte-Agnès, à Augustin Grimaldi qui le même jour en reçut l'investiture des mains du baron Salanova, agissant au nom de Charles de Savoie. Mais les gens de Sospello, dont dépendait ce château et qui semblent avoir redouté pour eux-mêmes le voisinage du seigneur de Monaco, élevèrent auprès du duc des réclamations si pressantes, menaçant de résister par la force à la prise de possession de Sainte-Agnès, que le prince négocia avec Augustin pour annuler la convention. Augustin s'y résigna à regret et ses avances lui furent rendues (Henri Métivier, Monaco et ses Princes, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

La distance entre Sainte-Agnès et Cap-d'Ail est de 16 km. La distance par la route est de 21.9 km. Même si la plante ail n'entre pas dans l'étymologie du nom (fr.wikipedia.org - Cap-d'Ail).

A Tourtour, une bataille contre les Sarrasins eut lieu en 972 dans laquelle on fait intervenir un Grimaldi d'Antibes en raison de l'existence de la tour Grimaud (Nicole Cabau, André Cabau, Tourtour : chronique d'un village du Haut-Var, 1989 - books.google.fr).

FERRETTE, Phirretum, Ferreta, Phierrete, en allemand Pfert, seigneurie d'Alsace (Haut-Rhin), qui, après avoir fait partie du royaume de Bourgogne et du duché d'Alsace, fut démembrée en 1125 du comté de Montbéliard pour former un comté particulier. Le comté passa ensuite à la maison d'Autriche par le mariage (1319) de Jeanne, fille aînée d'Ulric, comte de Ferrette, avec Albert, duc d'Autriche et landgrave de la Haute-Alsace. Engagé par Sigismond, fils de Frédérie le Vieux, comte de Tyrol, à Charles le Téméraire, qui y nomma pour gouverneur Pierre de Hagenbach, décapité en 1474, il rentra dans la maison d'Autriche par le mariage de Marie de Bourgogne avec l'archiduc Maximilien. Au traité de Westphalie, il fut cédé à la France. En décembre 1659, Louis XIV le donna en propriété avec les seigneuries de Belfort, Dèle, Thanu, Altkirch et Isenheim à Mazarin qui le transporta à sa nièce Hortense Mancini et au mari de celle-ci, Armand Ch. de la Porte de la Meilleraie (Ludovic Lalanne, Dictionnaire historique de la France, 1877 - books.google.fr).

L'héritage des La Meilleraye passe aux Matignon-Grimaldi par mariage d'Honoré IV, petit-fils de Jacques Ier et de l'héritière des Grimaldi (fr.wikipedia.org - Maison Grimaldi).

Jumeaux à Thann

Sur un denier du comte Frédéric II de Ferrette (1189 - 1233) on voit les têtes accolées représentant ses fils aînés, Louis et Ulric, jumeaux selon la légende; la tour et les sceptres, symboles de souveraineté, prévoyant, peut-être,la règne conjoint des deux frères. Cette pièce fut évidemment frappée bien avant le drame sinistre qui assombrit la maison de Ferrette. On sait que, le 31 Décembre 1232, Frédéric fut mis au ban de l'Empire et condamné à l'ignominieuse peine du «Harnescar», pour avoir porté une main sacrilège sur la personne d'un prince de l'Eglise, Henri II, comte de Thoune, évêque de Bâle. Outrés de la profonde humiliation qui les atteignait, Louis et Ulric s'en prirent à leur père : dans un moment d'exaspération, suite d'une discussion violente, ils le tuèrent (vers Pâques 1233). Louis, dit «Grimmel» le Furieux a du sa terrible renommée d'être seul accusé du crime, mis au ban de l'Empire et excommunié; il mourut en 1236, à Riéti (Ombrie), en léguant tous ses biens à l'Eglise, peu après que le pape Grégoire IX, à Rome, l'eût relevé de l'excommunication le 18 août 1236. Son procès avait entraîné la confication de Thann, dont le château, l'Engelbourg, était le séjour préféré des Ferrette, au profit de l'Empire. Ulric, s'il n'avait lui-même provoqué l'accusation, l'avait au moins appuyée par son silence; sans autre souci de Louis, son aîné, il prit possession de l'héritage paternel. Ce ne fut que 42 ans plus tard, à son lit de mort (31 Janvier 1275), qu'il confessa avoir été le meurtrier de son père; l'histoire lui a donné l'épithète de «Parricide» selon les recherches de Chrales Goutzwiller sur les Ferrette qui produit la confession in articluo mortis d'Ulric (1854) (Charles Weymann, Une ville d'Alsace du Moyen-Age, Thann, legendes et histoire, 1924 - books.google.fr, X. Mossmann, Le vieux Saverne et le comté de Ferrette, Le bibliographe alsacien, gazette littéraire, historique, artistique, 1865 - books.google.fr).

Rieti est, comme Gubbio, cité de Saint Ubald, en Ombrie.

Ulrich II de Ferrette (? - Feldbach 1er février/1er mars 1275), comte de Ferrette, de Sogren, seigneur de Florimont. Nommé landvogt (bailli) d'Alsace par Frédéric II du Saint-Empire en 1212. Il vend le comté à l'évêque de Bâle Heinrich III von Neuenburg-Erguel pour lui reprendre en fief. Il épouse en secondes noces, après s'être séparé d'Élisabeth de Salins (ou Élisabeth de Bourgogne) (1210 - 1277), fille de Jean Ier de Chalon et de Mahaut de Bourgogne Agnès, (1210 - 1268/71), dame de Bauffremont et de Morey, sœur dudit Henri de Vergy, fille de Guillaume de Vergy et Clémence de Fouvens (fr.wikipedia.org - Liste des comtes de Ferrette).

Christophe Colomb, Thann et sainte Agnès

La découverte de l'Amérique (1492) par Christophe Colomb, et celle de la route maritime des Indes (1498) par Vasco de Gama, avaient amené une déviation du trafic qui se faisait par la vallée du Rhin. Jusqu'à cette époque, les pays du nord suivaient cette voie pour traverser les Alpes et effectuer leurs échanges avec Venise et Gênes, principaux entrepôts des produits de l'Orient. Les marchands et les voyageurs se détournaient volontiers de leur chemin pour faire leurs dévotions au sanctuaire de St-Thiébaud, y laissant des dons et des offrandes. Une partie des marchandises passant par la vallée rhénane, se déversait en Lorraine par la vallée de St-Amarin et créait un intense mouvement de roulage dont bénéficiaient la ville de Thann et les villages de la vallée. Quand, au cours du XVIe siècle, les Portugais, les Pays-Bas et les villes Hanséatiques, avec leurs hardis navigateurs, rivalisèrent avec les villes italiennes pour ce commerce avec les pays des épices, le nord fut directement approvisionné par leurs marchés et la route, longue et dispendieuse, de la vallée du Rhin perdit de son ancienne importance. D'autre part, la Réforme ébranlait l'antique foi dans les miracles, et la sécurité des voyages devenait plus précaire à la suite des conflits armés entre catholiques et protestants. Par ces causes diverses, le transit des marchandises et des voyageurs par la vallée de St-Amarin se trouva restreint, les pèlerinages vers St-Thiebaud se ralentirent sensiblement et la ville de Thann fut menacée d'une grave atteinte à sa prospérité (Charles Weymann, Une ville d'Alsace du Moyen-Age, Thann, legendes et histoire, 1924 - books.google.fr).

C'est un vaste complot contre la Justice où viennent d'elles-mêmes s'engouffrer et s'absorber toutes les diverses sortes de ressentiment que l'esprit humain croit avoir le droit d'opposer à l'Esprit de Dieu. La ville de Gênes est le foyer toujours incandescent de cette irradiation de haines ferventes et infatigables et c'est sous le patronage immédiat du premier Pasteur que s'élabore en sécurité l'OEuvre de la Propagation du Mensonge. Naturellement, cela est inexplicable, surtout en un siècle où l'on ne croit guère aux Saints. Le Comte Roselly de Lorgues, contraint de faire justice une bonne fois et de démasquer tous ces Tartufes d'impartialité historique, accomplit à la fin, en 1876, cette répugnante besogne dans le livre ci-dessus mentionné: Satan contre Christophe Colomb, livre définitif et suprême qui clôt pour jamais toutes les discussions et toutes les contradictions imaginées contre la grandeur morale du Héros.

Il existe à Rome, place Navone, une collégiale de chanoines génois installés dans l'église de Sainte-Agnès, fondée par la famille Doria. C'est le petit cratère romain des éruptions hostiles de l'abbé Sanguineti. On le rencontre ainsi à peu près partout. Le Buloz religieux de l'Italie, le docteur B. Veratti de Modène, est son thuriféraire. Ce digne compère s'efforce de répandre l'idée qu'il importe à la dignité de l'Église que la Congrégation des Rites s'occupe seule de Christophe Colomb. Tactique hypocrite et profonde qui ne tend à rien moins qu'au rejet implicite de la Cause par la négation de, son caractère exceptionnel (Léon Bloy, Le révélateur du globe: Christophe Colomb et sa béatification future, 1884 - books.google.fr).

Henri II à Thann

Henri II contribua à la conversion du futur saint Étienne, roi de Hongrie, l'amenant, avec son peuple, à embrasser la foi chrétienne.

D'après une légende, l'empereur Henri II aurait voulu se faire moine à Saint-Vanne; l'abbé, au nom de l'obéissance, lui aurait dit de reprendre l'empire. Une légende identique dit que Henri II, en 1012, aurait voulu se faire chanoine de la cathédrale de Strasbourg; l'évêque Werner le reçut, mais lui ordonna immédiatement, au nom de l'obéissance, de reprendre la couronne et les affaires impériales. Les deux légendes sont identiques. Celle de Strasbourg est de l'invention de Grandidier, historien du XVIIIe siècle (J. Gass : la Légende de saint Henri, chanoine de Strasbourg, Bulletin ecclésiastique du diocèse de Strasbourg (an. LIII, p. 353-355) - www.persee.fr).

Ne pouvant avoir d'enfant, il soupçonna sa femme Cunégonde d'adultère et la soumit à l'ordalie consistant à marcher sur des socs de charrue incandescents. De son impuissance il gagna le soutien des électeurs de l'Empire, ne pouvant fonder de dynastie, et la canonisation. Canonisé en 1146 à cause de sa chasteté involontaire et surtout de ses dons généreux à l'Église, Henri II devint le patron de Bamberg et de Bâle d'où son culte se répandit en Alsace : à Thann (voussure du portail de la cathédrale), à Colmar et à Strasbourg (Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, Iconographie des saints, Tome 2 : G-O, 1958 - books.google.fr).

L'impuissance de l'empereur semble rencontrer une thématique du Sceptre d'Ottokar où la mission de Tintin serait de "ressusciter" le roi.

Portail de la collégiale Saint Thiébaut de Thann - mon-grand-est.fr

Heinrich Lempfrid produit L'empereur Henri II à l'église de Thann. Contribution à l'histoire artistique du haut Rhin, 1897 (Bulletin mensuel des publications étrangères reçues par le Département des imprimés de la Bibliothèque nationale, 1899 - books.google.fr, Heinrich Lempfrid, Kaiser Heinrich II. am Münster zu Thann : ein Beitrag zur oberrheinischen Kunstgeschichte, 1897 - books.google.fr).

Il est fêté le 15 juillet comme saint Wladimir, dont la fête est nationale en Syldavie. Cunégonde, honorée au rang de vierges, est fêtée le 3 mars.

Schéma des ornements du portail de la collégiale de Thann

Saint Agnès : Ciel mes bijoux

Gustave d'Espinay, ancien conseiller à la cour d'Angers, a bien voulu écrire à Mgr Barbier de Montault, une lettre qui soulève une intéressante question relativement aux bijoux portés aux bras, au cou et aux oreilles par les femmes.

Une mosaïque byzantine du VIIe siècle représente, entourée des papes Symmaque et Honorius, Sainte Agnès qui porte des boucles d'oreilles à trois pendants. L'autel d'or de Bâle du Musée de Cluny donne des ornements d'oreilles à l'impératrice Cunégonde (Gustave d'Espinay, Lettre à Mgr Barbier de Montault,Revue de l'art chrétien, 1893 - books.google.fr, www.rome-roma.net).

Lorgues et jumelés à défaut de jumeaux

Peu de choses sur la gémellité à Lorgues. On se tourne vers les jumelés.

Ferréol de Vienne, il constitue une paire de martyrs jumelés. La légende en fait deux soldats de l'armée romaine cantonnés à Vienne. Sur le point d'être arrêtés à cause de leur foi, ils voulurent s'enfuir, mais Ferréol n'y parvint pas et fut exécuté. Son corps fut jeté au Rhône, mais les chrétiens le repêchèrent et l'ensevelirent. Julien, quant à lui, put gagner Brioude en Auvergne, mais il fut rattrapé et décapité. L'officier parti à sa poursuite ramena sa tête à Vienne, où les chrétiens purent la récupérer et la déposer dans la tombe de Ferréol. Au Ve siècle, une crue du Rhône ravagea la basilique élevée sur cette tombe. L'évêque Mamert, mort en 473, put retrouver facilement cette dernière, puisqu'elle contenait un corps et deux têtes. Il transféra les reliques dans une nouvelle basilique : au bas de la mosaïque de l'abside, on pouvait lire ce distique élégiaque : Heroas Christi geminos haec continet aula : Iulianum capite, corpore Ferreolum (Cette aire sacrée contient des jumeaux, héros du Christ : Julien par la tête et Ferréol par le corps) (Jean Eracle, A quels saints se vouer ? Ou les martyrs jumelés des premiers siècles, Des jumeaux et des autres, Musée d'ethographie de Genève, 1995 - books.google.fr).

Saint Julien est fêté le 28 août, date fixée par une illumination de Guillaume d'Auxerre selon Grégoire de Tours, jour de saint Augustin, d'une sainte Agnès anglaise, de sainte Basilisse, épouse de Julien l'Hospitalier (9 janvier). Saint Ferréol est fêté le 18 septembre.

Ferréol de Vienne, en Dauphiné, le patron de Marseille et de Lorgues, aurait été décapité sur les bords du Rhône au IVe siècle. Il est l'intercesseur des prisonniers (Charles Astro, Luc F. Thevenon, La peinture au XVIIe siècle dans les Alpes Maritimes, 1985 - books.google.fr).

L’agnelage après cinq mois de gestation, se produisait soit avant, soit après la transhumance lorsque les moutons étaient encore à la bergerie ou y étaient rentrés. Il s’agissait là d’un événement important dans la vie d’un berger, qu’il fallait suivre avec beaucoup d’attention, à plus forte raison lorsque des jumeaux, «des bessons» naissaient. La mère refusait parfois l’un des deux agneaux; il fallait alors la contraindre à l’accepter (Claude BALBO, Propos recueillis par Micheline et Pierre MAILLARD, Vivre à L'orgues, N° 105, juillet 2015 - www.mairiedelorgues.fr).

16 juin

Si le 16 juin est le temps où se déroule Ulysse, c'est la fête d'un autre Ferréol (James Joyce, Ulysse, Tome I, Une odyssée moderne dans les rues de Dublin, 2022 - books.google.fr).

Disciple de saint Irénée qui l'envoya prêcher à Besançon où il fut décapité, Ferréol est toujours associé à saint Fargeau ou Ferjeux qui n'est que son doublet. Les deux saints jumeaux sont les patrons de Besançon, de Damphreux (Dominus Ferreolus) près de Porrentruy. Le nombril de saint Ferréol (umbilicus sancti Ferreoli) avait été transporté de Besançon à Vertus (Marne) où les femmes brehaignes venaient le baiser pour avoir un enfant. Ils appartiennent à la série des céphalophores et portent leur tête dans leurs mains (Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien, Tome 3 : Iconographie des saints, 1955 - books.google.fr).

Le chapitre de Saint-Ursanne possédait à Damphreux une terre de franc-alleu (1178), celui de Moutier-Grandval des colonges (1396), tout comme l'abbaye de Bellelay. Jusqu'à la fin du XIIIe siècle dans le comté de Ferrette, Damphreux fut alors rattaché à l'avouerie d'Ajoie, intégrée à l'évêché de Bâle. L'église Saints-Ferréol-et-Ferjeux fut restaurée en 1715 et reconstruite en 1867 (hls-dhs-dss.ch).

Mme de Saint-Ferréol est un personnage secondaire dans la sphère des Guermantes chez Proust (Marie-Agnès Barathieu, Chapitre II. Pour faire paraître : des modalisateurs. Les mobiles de Marcel Proust, Presses universitaires du Septentrion, 2002 - books.openedition.org).

L'empereur Henri II et la Provence

Quelques informations sur les liens de Henri II avec la Provence, sans détails plus précis sur l'histoire de Lorgues :

Le roi de Bourgogne Rodolphe II annexa pratiquement la Provence en 993. Fouquier de Valensole, vaincu par les Bourguignons, dépouillé de ses biens, avait trouvé refuge vers 918 auprès de son parent Aubry, comte de Mâcon, et c'est dans cette ville que le futur abbé de Cluny, saint Mayeul, né vers 910, avait commencé sa carrière comme chanoine de la cathédrale Saint-Vincent. Si Odilon compte beaucoup sur le pouvoir capétien; il est encore plus lié à l'empereur Henri II, en qui il ne cesse de mettre tous ses espoirs de rétablissement de l'ordre. Mais étant plus sensible que son prédécesseur aux calamités engendrées par les violences, il redoute qu'elles ne se développent de façon irrémédiable si les pouvoirs publics ne réussissent pas à faire face. Car si, dans le Mâconnais et dans les deux Bourgognes, il estime et espère, en ces dernières années du Xe siècle, que ces pouvoirs ont sans doute encore des moyens d'action, il est beaucoup moins convaincu de leur efficacité dans les années 1020, ce qui le pousse à chercher d'autres méthodes. C'est dans ces circonstances qu'il a composé son oraison pour la paix (Thomas Gergen, Pratique juridique de la paix et trêve de Dieu à partir du concile de Charroux (989-1250), 2004 - books.google.fr).

Le roi de Provence et de Bourgogne transjurane (royaume d'Arles), le faible Rodolphe III, débordé par les révoltes de ses vassaux, menacé par eux d'être déposé, crut devoir implorer l'assistance de l'empereur Henri II, son neveu, dont il se déclara vassal, par une convention signée à Strasbourg, en 1016. Quelques années après, Rodolphe III mit le sceau à son œuvre néfaste, en instituant comme son successeur l'empereur Conrad le Salique qui occupa immédiatement la ville de Bâle. En 1032, Rodolphe, sur le point de mourir, envoya tous les insignes et les ornements de sa dignité royale à Conrad, et l'année suivante, l'Empereur se fit élire et couronner roi de Bourgogne, à l'abbaye de Payerne. La Bourgogne transjurane devint ainsi «terre d'Empire», sans que le nouveau roi de France, Henri Ier, put s'y opposer. Cependant, cette main mise de l'Empereur germanique sur la Bourgogne transjurane souleva une protestation inattendue. Le plus puissant et le plus redoutable des grands vassaux du roi de France, Eudes II, comte de Blois et de Champagne, se prétendit des droits à la succession du royaume de Bourgogne, du chef de sa mère (Ernest Babelon, La grande question d'Occident: Les Francs de l'est, Français et Allemands, 1917 - books.google.fr).

La faiblesse du roi de Bourgogne régnant, Rodolphe III, dit le Lâche et le Fainéant, favorisa l'ambition de ces princes s'ils en eurent. Ce fut pour le royaume des Allemands et de Provence une époque d'anarchie qui annonçait sa prompte ruine. La dispute, au sujet de la succession du roi qui n'avait point d'enfans, s'ouvrit de son vivant même. Eudes, comte de Champagne, son neveu par l'une de ses sœurs, vint les armes à la main lui demander sa couronne, et Rodolphe indigné l'assura à Henri II, roi de Germanie, puis empereur, fils de Gisèle, sa sœur puinée. Les gouverneurs d'en delà l'Isère se soulevèrent contre Rodolphe, parce que l'héritier de la couronne leur semblait trop redoutable; et quoiqu'ils fussent défaits dans une bataille, ils n'en jetèrent pas moins les fondemens solides de leur souveraineté. Alors, le pouvoir royal n'eut plus guère de vie que sur les deux rives du Léman, dans le Valais et dans la Suisse. La mort de l'empereur Henri II, prince héréditaire du royaume des Allemands et de Provence, et l'adoption nouvelle que fit Rodolphe le Lâche de son petit neveu Conrad le Salique, aussi empereur et roi de Germanie, ne ramenèrent point l'ordre dans l'état, ni la force dans le gouvernement (Louis Méry, Histoire de Provence, Tome 3, 1832 - books.google.fr).

ISIS

A la page 15 du Sceptre, sur une affiche collée sur un mur on lit ISIS, marque de cigarettes.

Osiris est le jumeau d'Isis, à laquelle il fut marié dès le berceau. Il fut tué par eur frère commun Seth. Ce violent personnage enferma le cadavre dans un coffre qu'il jeta dans le Nil. Entraîné par les flots jusqu'en Phénicie, le cercueil vint s'accrocher au pied d'un tamarisque. Celui-ci se développa rapidement, cachant entièrement le coffre dans son tronc. Malcandre, roi de Byblos, fit abattre l'arbre pour soutenir le toit de son palais. Un parfum exquis s'échappait de ce tronc. Isis, la magicienne, comprit la signification. Elle se fit donner la précieuse colonne par la reine Astarté dont elle avait soigné le fils. Elle ramena le coffre dans les marais de Bonto pour le soustraire à la colère de son frère. Seth, servi par le hasard, découvrit le corps d'Osiris, le coupa en 14 morceaux, puis les dispersa de tous côtés. Isis, au désespoir, les chercha, en retrouva treize, mais ne put trouver le quatorzième qui était le phallus (Raymond de Saussure, Le miracle grec, étude psychanalytique sur la civilisation hellénique, 1939 - books.google.fr).

M. Edouard FLEURY présente à la société deux petites statuettes, que lui a données M. de Hennezel, propriétaire à Laon. Elles ont été trouvées, l'an dernier, par des bûcherons qui exploitaient une coupe appartenant à M. de Hennezel, dans un bois qui fait partie de la Haie d'Aubenton, canton de La Chapelle, lieudit le Bois des Nuées. [...] Peut-être est-ce là une image rendue populaire par le colportage et qu'on répandait à grand nombre et à peu de frais, pour un prix modique, comme on le voit encore faire dans certains pélerinages célèbres. Ce membre lirait alors le nombre 1515 dans les caractères qui sont tracés sur les côtés et la partie postérieure du piédestal. [...] M. BRETAGNE n'admet pas ces idées; il croit à des dieux lares du polythéisme gallo-romain. Il lit ISIS au lieu de 1515 (Edouard Fleury, Statuettes d'Aubenton, Bulletin, Volume 3, Société académique de Laon, 1854 - www.google.fr/books/).

Page 15 d'ailleurs, comme RAOUL fête le 7/7 est page 7 (de 7 à 77 ans).

En 1515, Christophe Colomb envoya en Espagne des graines de tabac; mais pendant quelques années cette plante ne fut employée qu'en médecine. Vers 1558, un moine, Andret Thevet, importa le tabac en France; en 1560, Jean Nicot l'y mit en honneur; la même année Francis Drake l'apporta en Angleterre. L'usage du tabac se répandit alors avec rapidité dans l'ancien monde (M. Vielle, Le Tabac, Bulletin, Volumes 7 à 8, Société d'étude des sciences naturelles de Nîmes, 1879 - books.google.fr).

On retrouve Christophe Colomb de la page 44.

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Hergé et la stérilité de ses mariages

Hergé l'ignore, mais en ce début d'année 1944, un rapport secret intitulé intitulé La presse loyaliste est sur le point d'être acheminé à Londres, où se trouve le gouvernement belge. Il affirme que dans les milieux des journalistes chômeurs [sic], on se demande avec inquiétude et anxiété ce que le gouvernement décidera à propos [...] des journalistes collaborateurs. Certains discutent une échelle de culpabilité et se demandent si, dans les mesures à prendre, l'autorité ne ferait pas exception pour certains journalistes. Mais la très grande majorité des journalistes loyaux [...] estime qu'[...] il faut une mesure générale, excluant de la profession et les directeurs-éditeurs et les rédacteurs qui se sont occupés de journalisme. [...] Ces opportunistes doivent porter leurs responsabilités aussi bien doivent porter leurs responsabilités aussi bien que les collaborateurs endurcis. Le gouvernement se doit de purger la presse de tous les éléments qui se sont compromis pour quelque motif que ce soit. [...] Pour ce motif, le gouvernement devrait prendre dès à présent les arrêtés [...] instituant l'Ordre des Journalistes. Le comité directeur ou de discipline de l'Ordre n'admettra l'inscription ou de discipline de l'Ordre n'admettra l'inscription au tableau de la profession que des journalistes qui ont déposé leur plume pendant l'occupation. Les autres seront exclus à vie. Ainsi, la profession sera purgée de tous les éléments indésirables. Hergé n'est pas journaliste. Indésirable, il l'est pourtant déjà, à Saint-Boniface, qui s'apprête à fêter le vingt-cinquième anniversaire de sa troupe scoute. L'abbé Buisseret l'a rencontré pour l'en informer, en prétendant hypocritement se ranger à la décision de Pierre Delville, cheville ouvrière de la manifestation et plus proche des idées du gouvernement belge en exil à Londres que du léopoldisme. Hergé se doute bien que l'ecclésiastique y est aussi pour quelque chose : n'était-ce pas lui qui avait poussé Philippe Gérard à l'affrontement philosophique, lors de la réunion chahutée de 1941 ? Toujours est-il que, pour ne gêner personne, le dessinateur décide de se tenir à distance des festivités, d'autant qu'il souffre depuis un certain temps de douleurs épouvantables causées par des anthrax mal placés. L'abbé Wallez, en contact régulier avec les Remi tout au long de la guerre, a parlé à son beau-frère médecin de ce problème de santé récurrent chez Hergé. Il m'a dit qu'il se défie beaucoup de toutes les piqûres en pareil cas, et s'en tenir à des moyens plus simples et plus sûrs, écrit-il : la stérilisation par des lumières appropriées. Il a obtenu, m'a-t-il dit, des résultats étonnants en une seule séance. [...] Puisque le système employé jusqu'à présent ne donne pas des résultats décisifs, pourquoi ne pas user de l'autre ? Hergé se repentira plus tard d'avoir suivi ces conseils. C'est en effet à ces séances de radiothérapie mal maîtrisées qu'il attribuera la stérilité qui l'affecta pour le restant de ses jours (Philippe Goddin, Hergé, lignes de vie, 2007 - books.google.fr).

Germaine Kieckens est née en 1906. En 1928, elle est engagée comme secrétaire par l’abbé Wallez, qui est le Directeur du journal «Le XXème Siècle» dont le supplément pour la jeunesse «Le Petit Vingtième» a pour rédacteur en chef Hergé. C’est le mercredi 20 juillet 1932, à Bruxelles (la cérémonie a lieu en l’église Saint Roch) que cette rousse énergique se marie avec Hergé (tintinomania.com).

D'abord pré-publié en noir et blanc du 3 septembre 1931 au 20 octobre 1932 dans les pages du Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle, l'album de Tintin en Amérique est publié pour la première fois en 1932 (fr.wikipedia.org - Tintin en Amérique).

Si le 25 juin du cachot de Milou dans l'album américain et celui de la photo des jumeaux Halambique dans le Sceptre sont en rapport avec Fébronie, et Artemios, deux saints byzantins invoqués contre la stérilité ou l'impuissance, la considération de ses dysfonctionnements peut concerner la vie intime de Georges Rémi, bien que son témoignage la rende plus tardive. En 1944, le mariage avec Germaine avait 12 ans.