Partie XVII - Le Prieuré de Sion   Le Hiéron   Suaves émanations   
PRIEURE DE SION HIERON SUAVES EMANATIONS

Eduens - "èdus"

C'est sur le ton du dithyrambe que Barthelemy de Chassagneux parle des expéditions des Gaulois, des états et des villes fondées par eux dans le monde entier, de leur civilisation antérieure à celle des autres peuples, de ce pays des Éduens d'où la philosophie et les lettres se sont répandues sur toute la terre. La Grèce, il est vrai, en revendique l'invention; mais c'est à la nation éduenne qu'appartient la priorité. On peut l'appeler, à juste titre, la mère des sciences divines et humaines. Elle était de cette race celtique qui avait pour père Samothès un des fils de Japhet, et Samothès a, le premier, inventé dans la Gaule les caractères de l'alphabet qui, transportés plus tard en Grèce, ont été attribués à Cadmus; la forme en est Gauloise, et non Phénicienne. Autun fut fondé en l'an 58, après le déluge, par Apollon et Augé sa femme qui est ensevelie sous la pyramide de Couhard, au midi de la ville; de là, son nom d'Augustodunum. Celui d'Hedua, employé par César, vient d'un augure fourni par deux boucs (hadi) que ses habitants virent combattre dans les airs, au moment où ils discutaient entre eux sur la nouvelle dénomination qu'il convenait de donner à la ville, après sa ruine première. Son histoire primitive, l'origine et la destination de ses anciens monuments, la religion de ses druides, l'étymologie de plusieurs noms topiques, questions qui déjouent encore aujourd'hui la sagacité des archéologues, n'ont rien d'obscur à ses yeux.

Séduit, comme un grand nombre de ses contemporains, par les fictions qui remplissent les chroniques du moyen âge, par les prétendues découvertes d'Annius de Viterbe, il se plaît à chercher dans ces récits imaginaires, dans les fragments apocryphes de Bérose et de Manéthon, les origines de la Gaule et de la nation éduenne. Les questions les (J.-Henri Pignot, Un jurisconsulte au seizième siècle: Barthelemy de Chasseneuz, 1880 - books.google.fr, Bartholomaei Chassanaei, catalogus gloriae mundi, 1649 - books.google.fr).

Selon Bérose le nom Eduen viendrait de Idos ("èdus") doux, qui évoque fatalement l'idée d'un éden ou lieu privilégié, fertile, riche en troupeaux : Est-ce pour cette raison ou bien à cause du régime doux qui leur était appliqué ? (H. Pény-Hirmenech, Essai sur l'origine de Bibracte et d'Autun, Congrès Préhistorique de France, III session, Autun 1907, Paris, 1908 - books.google.fr).

grec "èdus" : agréable (Auguste Latouche, Dictionnaire étymologique hébreu, 1836 - books.google.fr).

Hedui igitur dicti sunt ab "idos", id est, Hedus, hoc est suauis, quia suaues sunt. Propter quod Romani eos in fratres, vt scribit Pomponius Mela, & Diodorus Siculus asciuerunt. Ab Hedua etiam vocati sunt Heduatici populi, Menapiis, id est, Brabantinis vicini, Scalden Auuium accolentes (Barthélémy de Chasseneux, CONSVETVDINES DVCATVS BVRGVNDIAE, FEREQVE TOTIVS GALLIAE, 1574 - books.google.fr).

Bibracte - www.detoursenfrance.fr

Chasseneux ne renvoie pas à Bérose dans cet ouvrage sur ce sujet.

Giovanni Nanni (en latin : Joannes Annius Viterb(i)ensis), dit Annius de Viterbe (Viterbe, Latium, 5 janvier 1437 - 13 novembre 1502) est un dominicain, un érudit et un historien italien de la seconde moitié du XVe siècle et du début du XVIe siècle.

L'ouvrage qui a donné à Annius le plus de renommée, bonne et mauvaise, est le grand recueil d'antiquités qu'il publia à Rome, en 1498, sous ce titre : Antiquitatum variarum volumina XVII cum commentariis Fr. Joannis Annii Viterbiensis, in fol. Elles furent réimprimées la même année, à Venise, dans le même format, et elles l'ont été plusieurs fois, depuis, à Paris, à Bâle, à Anvers, à Lyon, tantôt avec, et tantôt sans les commentaires. Dans ce recueil, Annius prétendit faire présent au monde savant, des ouvrages originaux de plusieurs historiens de la plus haute antiquité, tels que Bérose, Fabius Pictor, Myrsile, Sempronius, Archiloque, Caton, Mégasthène (qu'il nomme Métasthène, quoiqu'il n'y ait jamais eu d'auteur de ce nom), Manéthon, et plusieurs autres, qui devaient jeter le plus grand jour sur la chronologie des premiers temps, et qu'il disait avoir heureusement retrouvés à Mantoue, dans un voyage où il avait accompagné Paolo di Campofregoso, cardinal de S. Sixte (fr.wikipedia.org - Annius de Viterbe).

Barthélemy de Chasseneuz, seigneur de Prelay, né à Issy-l'Évêque (Saône-et-Loire, ancienne dépendance des évêques d'Autun) en 1480, mort en 1541 à Aix-en-Provence, est un jurisconsulte et magistrat français du XVIe siècle. Il servit dans le duché de Milan auprès de Charles II d'Amboise de Chaumont pour lequel il demanda le cardinalat au pape Jules II en faveur de Louis II d'Amboise. Fuyant l'épidémie de peste, il revint en France à Autun en 1506 et devint procureur du roi en 1508. Membre du parlement de Bourgogne en 1525, conseiller au parlement de Paris en 1531, il devint premier président du parlement de Provence en 1532. Il meurt en 1541, tué, dit-on, par un bouquet de fleurs empoisonné (fr.wikipedia.org - Barthélemy de Chasseneuz).

Jean de Marignolli s'est approché si près du paradis, lorsqu'il était sur l'île de Ceylan, qu'il a pu entendre le bruit de la fontaine, source des quatre fleuves. Pour lui, le paradis se trouve sur une très haute montagne, si haute qu'elle atteint le globe lunaire (selon ce qu'il a appris dans Jean Scot). C'est un endroit rempli de douceur (le substantif suavitas revient plusieurs fois), où poussent tous les arbres fruitiers de la terre. Cependant, il demeure inaccessible, car il est entouré par la mer Océane. La douceur fait partie des caractéristiques répétées au sujet du paradis terrestre, comme on le retrouve chez Vincent de Beauvais. Chez ce dernier, qui reprend le texte d'Isidore de Séville, la barrière entourant le jardin d'Eden est beaucoup plus impressionnante que chez le missionnaire : murs de feu, armée d'anges. En fait, les voyageurs réels parlent en général beaucoup moins du paradis que d'autres auteurs, ceux d'images du monde et d'encyclopédies. Il est à noter que ni Guillaume de Rubrouck, ni Marco Polo ne l'évoquent. Est-ce parce que les descriptions de ce lieu sont assez nombreuses pour qu'ils n'éprouvent pas le besoin d'en rajouter (Christine Gadrat, Une image de l'Orient au XIVe siècle : les Mirabilia descripta de Jordan Catala de Sévérac, 2005 - books.google.fr).

Le Pic d'Adam, Ananda Abeydeera, Jean de Marignolli : l’envoyé du Pape au jardin d’Adam. L’Inde et l’imaginaire, 1988, books.openedition.org

Hebreu eden : suavitas, voluptas, venustas; gan'eden : hortus suavitatis paradisus; edna : libido, cupiditas, voluptas. Grec "èdonè", "èdus", "èdomai", "andanô". Latin suavis (*svadvis). Pal.-ind. svadu-h : iucundo (Eos, Volumes 34-35, 1933 - books.google.fr).

Le rapprochement de "suavis" et de eduens se fait dans une inscription auvergnate, même si le "suavis" se rapporte plutôt à une personne, éduenne, qu'au pays.

Une inscription, dédiée au Génie des Arvernes par l'Éduen Sextus Orcius Suavis, se trouve dans le cloître de l'abbaye de Mozac, au fauxbourg de Riom : "GENIO ARVERNORUM SEX. ORCIUS SUAVIS ÆDUUS". Lancelot, qui l'avait vue au commencement du siècle dernier, la regardait comme fausse. En 1874, on a mis à découvert à Châlon sur-Saône deux inscriptions. L'identité du titulaire de ces deux monuments avec celui de l'inscription de Riom est incontestable, malgré la légère différence orthographique du nom ORCIVS ou ORGIVS, laquelle peut simplement provenir d'une lecture inattentive. Ce gentilice est très-rare. Le radical du nom Orcius ou Orgius se retrouve dans un nom d'homme helvète, que César orthographie Orgétorix, et qu'il accuse d'aspirer à la monarchie, s'étant allié à l'Eduen Dumnorix dont il devint le beau-père. frère du célèbre Éduen Divitiacus, et à Casticus, chef des Séquanes. Pour terminer ce qui est relatif aux inscriptions de Châlon, notez que Sextus Orgius Suavis ne prend point dans ces textes la qualification de Aeduus; cela était inutile, puisqu'il appartenait au pays où ces monuments étaient élevés; mais il a soin d'indiquer sa nationalité sur l'inscription de Riom, parce qu'il était étranger à cette localité, dans laquelle il s'était rendu probablement pour des affaires de négoce (Robert Mowat, Note sur un groupe d'inscriptions, Revue archéologique, Volume 29, 1875 - books.google.fr).

Elle existait au moins du temps du P. Jacques Sirmond qui en a parlé dans ses notes sur Sidoine Apollinaire (2e édition, 1652, p. 50) (Joseph Meyniel, Le président Jean Savaron, ses théories, ses ouvrages, 1906 - books.google.fr, PATROLOGIAE CURSUS COMPLETUS, TOMUS UNICUS, 1847 - books.google.fr).

La provenance et l'authenticité du document. Au début du XVIIe siècle, Louis Chaduc, conseiller au Présidial de Riom, signale la présence dans le cloître de l'abbaye de Mozac, près de Riom (Puy-de-Dôme), d'un autel qui avait été consacré au Génie arverne par un Éduen, Sextus Orc [ius] (sic) Suavis (Schediasmata, Clermont, 1604, f° 30). À peu près à la même époque, Jean Savaron, lui aussi conseiller au Présidial de Riom, cite aussi ce même texte (Les origines de la ville et cité de Clairmont, principale et capitale d'Auvergne, Clermont, 1607, p. 22). D'après ce dernier, le monument aurait été transporté de Clermont à Mozac au moment de la construction de l'abbaye au début du Xe siècle. Il était encore visible à l'abbaye pendant le XVIIIe siècle avant de disparaître dans des collections privées à Riom et de réapparaître au milieu du XIXe siècle, et à nouveau en 1970, dans le parc du château de Mons (commune d'Aubiat). Depuis, il serait conservé dans la tour nord du château devenu le siège social de la société Limagrain. Pierre-François Fournier considérait que l'hypothèse de Savaron sur l'origine clermontoise du monument était «gratuite» (Pierre-Yves Lambert, Sur le bilinguisme à la Graufesenque : examen d'une analyse proposée par James N. Adams, Collection Latomus, Volume 331, Partie 1, 1939 - books.google.fr).

Jacques de Sirmond ou Jacques Sirmond né le 12 octobre 1559 à Riom (département du Puy-de-Dôme, France) et mort le 7 octobre 1651 à Paris, est un prêtre jésuite français, historien, hagiographe, exégète et patrologue. Il était également confesseur de Louis XIII (fr.wikipedia.org - Jacques Sirmond).

La Bourgogne romane ne comporte aucun ensemble de quaternités aussi riche et savant qu'à Cluny. Le programme qui, dans sa structure, s'y apparente le plus se situe à Mozac, en Auvergne, une église qui n'appartient certes pas au corpus, mais dont le rattachement à Cluny en 1095 permet de supposer l'existence de liens culturels avec la maison-mère. Quatre chapiteaux qui se trouvaient autrefois dans le rond-point de l'église abbatiale sont en effet peuplés de quaternités : deux d'entre eux accueillent des atlantes, un troisième est occupé par des anges tenant des phylactères où l'on peut lire les incipit des quatre Évangiles, et sur le dernier chapiteau, les quatre anges d'Apocalypse 7, 1-2 retiennent les quatre vents. Certes, aucune de ces quaternités n'est commune avec celles de Cluny - sauf si l'on considère que le chapiteau n° III de Cluny est consacré à une allégorie des quatre vents - et la chronologie de ces œuvres est trop imprécise pour supposer l'influence d'un monument sur l'autre. Il n'en demeure pas moins que les deux programmes iconographiques relèvent d'un système de pensée analogue. On retiendra également que de simples atlantes peuvent composer une quaternité et participer à un programme à la fois cohérent et savant.

En Bourgogne, l'unique quaternité de Cluny qui apparaît dans le contexte d'un chœur liturgique est celle que forment les quatre fleuves du paradis. Deux représentations de musiciens, très semblables à celles de Cluny, figurent à Autun et Vézelay, mais pas dans l'espace liturgique. D'autres indices suggèrent, au demeurant, que ces thèmes n'ont pas été utilisés dans la même perspective. Description Si l'on inclut le chapiteau de Cluny, les fleuves du paradis apparaissent à cinq reprises dans les églises romanes de Bourgogne. À Anzy-le-Duc, ils ont été sculptés sur un chapiteau de la dernière travée de la nef, sur le pilier situé au sud-est. Deux personnages placés aux angles tiennent une corne d'abondance d'où s'écoule de l'eau, et des arbres aux formes très schématiques occupent chacune des trois faces (Marcel Angheben, Ivan Verzar, Les chapiteaux romans de Bourgogne, thèmes et programmes, 2003 - books.google.fr).

Sothée

Les fragments qui nous restent des livres zends, pehlvis et parsis, nous offrent à peu près le pendant des livres indiens sur les quatre fleuves paradisiaques; mais par lambeaux obscurs et tronqués. De même que les Aryas de l'Inde plaçaient leur fabuleux Mêrou entre la petite Boukharie et l'Hindoustan supérieur, de même les anciens Aryas de la Bactriane plaçaient leur mythique Albordj entre la petite Boukharie et la Bactriane. Et cet Albordj était à la fois, comme le Mêrou, le pôle et le centre du monde, le point fixe du ciel autour duquel le soleil et les planètes faisaient leurs révolutions.

En zend, Albordj est Hard-Berezaiti, la montagne élevée, accif Haranm Berezaitim, d'où, en pehlvi Har-Bordj, puis Al-Bordj (joignez-y la forme Bourzin). Il ne faut pas songer ici à l'article arabe Al, ni traduire le Bordj, ainsi que l'a montré M. Müller, Essai sur la langue pehlvie, Journal Asiat., 3e série, VII, p. 337. Le Zend-Avesta dit plus fréquemment Gairi Berezanç, de même signification, plur. Garayó Berezantó, accif sing. Gairim Berezantem. Sur l'origine et les dérivés de l'adjectif zend Berezan, thème Berezat (sansc. Vrihat), voyez E. Burnouf, Yaçna, p. 185-6, 239-40, avec la note 115; ibid., not. et éclairc., p. LXV, no 3, et p. LXXIX, et Journal des savants, année 1833, p. 599. - Notre profond philologue avait oublié de joindre à sa liste des noms gréco-latins tirés de ce qualificatif zend, celui de la montagne de Phrygie où résidait la mère des dieux, je veux dire du mont Bérécynthe. Je le lui ai indiqué dans mon rapport sur ses travaux philologiques relatifs à la langue zende (Mém. de l'Acad. d'Amiens, vol. de 1835, p. 510-2), et il paraît avoir accueilli mon opinion motivée, si j'en juge par une note de mon savant ami M. Alfred Maury, aujourd'hui membre de l'Institut, insérée dans son Histoire des religions de la Grèce antique. (Voyez Ibid., I, p. 79, note 2) (Jean Baptiste François Obry, Du berceau de l'espèce humaine, selon les indiens, les perses et les hébreux, 1858 - books.google.fr).

Berekyntes war ein später unter gegangener Volksstamm der Phrygier, u. nach ihnen war eine an Buchsbaum reiche Gegend an der karischen und lydischen Grenze genannt; Berecyntius wird von den Dichtern für phrygisch gesagt, und so heißt die Kybele mater Berecyntia (vgl. Hor 4, 1, 22.). Auch eine Stadt B. am Sangariosflusse und einen Berg B. gab es nach den Nachrichten der Grammatiker. Diod. 5, 64. nennt einen Berg Bere kynthos auf Kreta (Friedrich Heinrich Christian Lübker, Reallexikon des classischen Alterthums fuer Gymnasien, 1860 - books.google.fr).

Ein Gleiches ist der Fall mit dem Volksnamen der Briganten. Bei Herm. Müller lesen wir : Die Phryger hiessen, als sie vom Westen her in ihre neuen Wohnsitze (d. h. nach Klein asien) eindrangen, Bryges, Brygi, Briges, Breges, sie hiessen auch Berekyntes; Bryx und Brekys sind nach Hesychius gleicher Bedeutung (Lindenschmit, Die Räthsel der Vorwelt: oder: Sind die Deutschen eingewandert ?, 1846 - books.google.fr).

HÉSYCHIUS, grammairien grec d'Alexandrie, qui vécut vers la fin du quatrième siècle après J.-C., selon d'autres dans le sixième siècle, et qui a composé un lexique grec, dont il emprunta en partie les matériaux à des ouvrages analogues plus anciens. Il ne nous en reste qu'un abrégé, plein de mots nouveaux et d'exemples tirés des poëtes, des orateurs, des historiens et des médecins (voyez DICTIONNAIRE, tome VII, p. 558). La première édition de ce dictionnaire est due à Muserus (Venise, 1514, in-folio); elle laisse beaucoup à désirer. La meilleure est celle que donnèrent Alberti et Ruhnken (2 volumes, Leyde, 1746-1766, infolio); Schow y ajouta des compléments (Leipzig, 1792) (Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture, Tome 11, 1873 - books.google.fr).

Après la mort de S. Egémone, le clergé et le peuple d'Autun, encore plus touchés des vertus de Simplice que de son illustration, le choisirent pour évêque. Comme avant son épiscopat il avait conservé la virginité avec sa femme, il crut, après son ordination, pouvoir encore demeurer avec elle. Son peuple en fut scandalisé, et se souleva contre lui un jour de Noël. Le saint évêque, afin de prouver sa parfaite pureté et celle de son épouse, lui fit porter des charbons ardents dans un pan de sa robe et en porta lui-même dans son manteau pendant près d'une heure, sans que le feu leur causât aucun dommage. Ce miracle apaisa le tumulte et convertit un grand nombre d'idolâtres. Plus de mille personnes reçurent le baptême en sept jours. C'est S. Grégoire de Tours qui rapporte ce prodige, et ne fût-il pas aussi avéré, ce récit nous apprend du moins ce qu'on pensait alors de l'obligation de la continence dans l'épiscopat.

Le paganisme n'était pas entièrement détruit dans les Gaules, et le culte de Bérécynthe ou de Cybèle régnait encore à Autun. Le peuple avait conservé l'usage de conduire sur un char la statue de cette déesse autour des champs et des vignes, afin d'attirer sur leurs terres la bénédiction du ciel. Des chants et des danses accompagnaient cette pompe sacrilège. Un jour Simplice en fut témoin, et pénétré de douleur, il pria Dieu d'éclairer ces pauvres aveugles et de leur montrer l'impuissance de Cybèle. Ensuite il fait le signe de la croix sur la statue. L'idole tombe à terre, et les animaux qui conduisent le char restent immobiles. L'innombrable foule s'allarme et s'indigne de cette chute; on immole des victimes, on frappe les bœufs qui ne peuvent avancer. Alors quatre cents hommes plus sensés que la foule se disent : «Si la déesse a quelque puissance, qu'elle se relève elle-même et commande aux bœufs de marcher.» Ils immolent en vain d'autres victimes : l'idole est convaincue d'impuissance; cédant enfin à l'impulsion de la grace, ils abjurent le paganisme, et reçoivent le baptême des mains de leur saint évêque.

L'an 418, Simplice reçut à Autun S. Amateur, évêque d'Auxerre. Ayant appris son arrivée, il alla au devant de lui avec son clergé, et le préfet Jules avec ses officiers.

Le lendemain ils visitèrent ensemble le tombeau de S. Symphorien, dédièrent un oratoire nouvellement érigé en son honneur, et guérirent trois lépreux en revenant de cette cérémonie.

S. Simplice mourut peu de temps après la visite de S. Amateur, et fut inhumé dans le cimetière de St-Pierre-Létrier. On conservait naguère quelques portions de ses reliques dans les abbayes de St-Andoche d'Autun et du Val-de-Grace (Felix Etienne Pequegnot, Légendaire d'Autun, 1846 - books.google.fr).

Grégoire de Tours, Liber miraculorum aliaque opera minora, III, dans Vita S. Simplici, cap. LXVIII. De Simulacro Berecynthiae. Bérecynthie, déesse des Druides, a été identifiée avec Cybèle ou la Mère des Dieux, voir B. De Chasseneux, Catalogus Gloriae Mundi, Lyon, 1546, p. 294 (Jurgis Baltrusaitis, La Quête d'Isis, introduction à l'égyptomanie, 1967 - books.google.fr).

Sa femme s'appelle Sothée, fêtée le 1er avril.

Simplice d'Autun est fêté le 25 juin à Autun, le martyrologe hiéronymien le place le 24 juin et le 19 novembre, date de sa vénération à Metz (Guy Philippart, Le manuscrit 377 de Berne et le supplément au Légendier de Jean de Mailly, Analecta bollandiana: revue critique d'hagiographie, Volume 92, 1974 - books.google.fr).

Le corps du chrétien, pourquoi aurait-il besoin de purification ? Il a été purifié, comme son âme, par le baptême et sanctifié par le sang de Jésus-Christ. Devenu le temple de l'Esprit-Saint, le tabernacle de la divine Eucharistie, les mérites du Rédempteur l'enveloppent comme d'un vêtement glorieux. Pourquoi donc le purifier par un feu naturel ? Le Dieu des chrétiens n'est-il pas un feu consumant, comme dit saint Paul ? (Hebr., XII, 29) «Oui, notre Dieu, selon le commentaire de saint Ambroise, est excellemment un feu, un feu vivant, divin, éternel, un feu qui ne brûle pas matériellement les corps, mais qui purifie les consciences et qui enflamme nos cœurs de son amour. Il est un feu sans cesser d'être un esprit; il est le feu qui illumine les justes et qui punit les méchants.» (Tract. in Symb. Apost.) (Edouard de Hornstein, La crémation devant l'histoire, la science et le christianisme, 1886 - books.google.fr).

Noël

Le nom de Calenos, qui est une altération de celui de calendes, se donne en Provence aux fêtes de la Noël et plus particulièrement aux présens de fruits, de légumes et de gâteaux qu'on est dans l'usage de s'envoyer réciproquement à cette époque. [...] A Marseille on dit calineon. C'est absolument le même mot que caleno, avec une désinence particulière qui lui donne la signification de buche de caleno. Dans les provinces méridionales on l'appelle bûche de No, pour bûche de Noël. Dans le Nord on dit la tronche ou la suche, pour tronc ou souche. En quelques endroits cette tronche est creuse: on la remplit de marrons, de fruits secs et de gourmandises. L'enfant en frappant dessus trois coups, sait tomber ces fruits et s'empresse de les ramasser.

Le père de famille conduit par la main le plus jeune des enfans à la porte de la maison, où l'on a eu soin de placer une grosse bûche d'olivier ou d'arbre fruitier, qui porte le nom de calignaou.

L'enfant, muni d'un verre de vin, fait trois libations sur la bûche en prononçant les paroles suivantes :

Alegre, Diou nous alegre
Cachofué ven, tout ben ven;
Diou nous fagué la graci de veïre l'an que ven
Se sian pas mai que siguen pas men.

Voici la traduction de cette prose rimée: Soyons joyeux, Dieu nous rende joyeux; CACHOFUÉ vient, tous bien vient; Dieu nous fasse la grâce de voir l'an qui vient; si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins.

Le verre passe à la ronde et est vidé par les assistans. Alors l'enfant soulève une extrémité du calignaou, tandis que le vieillard le saisit par l'autre bout, et, aidés par les assistans, ils le portent processionnellement jusqu'au foyer en répétant les paroles de la libation. Aussitôt que la bûche est placée, on l'allume à l'aide de sarmens et de bûches plus petites; mais on a soin de l'éteindre à l'heure où l'on va se coucher et de la rallumer tous les soirs, de telle sorte qu'elle ne soit consumée que la veille du jour de l'an. On attribue différentes vertus au calignaou, entre autres celle de ne pas brûler le linge. Anciennement il était d'usage à Marseille de mettre trois charbons ardens sur la nappe, et Marchetti qui rapporte cet usage, assure très-sérieusement qu'il ne restait pas la moindre marque de brûlure.

Cachofué signifie feu caché. La bûche est regardée comme la matière où le feu est caché. C'est un reste de l'ancienne coutume de célébrer le renouvellement de l'année au solstice d'hiver. C'est le feu nouveau, les premiers feux du soleil qui va commencer la nouvelle année. Dans la prose de Noël on retrouve encore ces mots : sol novus, oritur. L'enfant signifie l'année qui commence, et le vieillard l'année qui va finir. Cacho-fué ven, c'est-à-dire, soleil nouveau reparais et amène avec toi toutes sortes de biens. soirée de la Veille de Noël se désigne ordinairement sous ce nom: lou sero doou cachofué, la soirée du feu caché (Christophe de Villeneuve, Statistique du département des Bouches-du-Rhône, Tome 3, 1826 - books.google.fr).

À Paris, ils honoraient saint Lazare depuis 1183, date à laquelle Philippe Auguste ouvre une halle aux blés sur un terrain racheté à la maladrerie Saint-Lazare : le «denier de Saint-Lazare» sera longtemps dû par les maîtres boulangers. Le feu saint Lazare» (lèpre) pouvait, croyait-on, s'attraper au contact de la fournaise, et les boulangers le redoutaient. Son culte faiblit à partir de 1400 et le siège de la confrérie est transféré dans l'église Saint-Honoré. C'est au XIVe siècle qu'apparaît de façon certaine saint Honoré, représenté sur un jeton de boulanger. Mais son culte est plus ancien, puisque l'église de Paris a été fondée en 1209 (alors hors les murs) grâce au don d'un maître boulanger. Selon la légende du XIVe siècle, Honoré, héritier des comtes de Ponthieu, évêque d'Amiens au VIe siècle, aurait voulu se faire boulanger pour nourrir les pauvres. Dieu aurait alors témoigné de sa bienveillance en faisant fleurir le fourgon avec lequel il disposait les braises dans son four. La version la plus courante attribue ce miracle à sa nourrice, le jour de l'élection d'Honoré au siège épiscopal

Au XIXe siècle, chez les compagnons boulangers, le jour de la Saint-Honoré (16 mai) était l'occasion d'un cortège mené par le premier en ville, portant ses couleurs, un bouquet d'immortelles et des épis de blé. En guise de chef-d'œuvre, un énorme gâteau (devenu le saint-honoré) était porté par quatre compagnons en tête du défilé (Jean-François Blondel, Jean-Claude Bouleau, Frédérick Tristan, Encyclopédie du compagnonnage, histoire, symboles et légendes, 2000 - books.google.fr).

Marc, Chapitre 5,21-24 : Lorsque Jésus, ayant repassé l'eau dans la barque, fut de retour de l'autre côté, une foule considérable s'assembla autour de lui; et, comme il était au bord de la mer, arriva un chef de synagogue, du nom de Jaïrus, qui, en l'apercevant, alla se jeter à ses pieds et lui adressa d'instantes prières : Ma petite fille, lui dit-il, est à toute extrémité; viens, impose-lui les mains, afin qu'elle soit guérie et qu'elle vive. Jésus partit avec lui, suivi d'une multitude nombreuse qui le pressait de tous côtés.

S'intercale l'épisode de l'hémorroïsse (5,25-35). Puis la fille de Jaïre est guérie (5,44) : Il lui saisit la main en disant : Talitha Koum, ce qui signifie : Jeune fille, je te le dis, réveille-toi (Stapfer, Nouveau testament, Société biblique protestante de Paris, 1899 - books.google.fr).

"sôthè" 1 aor. subj. pass. "sôzô" to save, or to heal, as in this passage (James Hamblin Smith, Short Notes on the Greek Text of the Gospel of St. Mark, 1878 - books.google.fr).

"Asôtia", qui désignait beaucoup plus que la morale païenne ne soupçonnât ou ne sût, se retrouve trois fois dans le N. T. (Ephés. V, 18; Tite 1, 6; 1 Pier. IV, 4) et deux fois dans les Septante (Prov. XXVIII, 7; 2 Macc. IV, 4). Outre le substantif, nous avons l'adverbe "asôtôs", Luc XV, 13, et l'adjectif "asôtos", une fois dans les Septante, Prov. VII, 11. Dans Ephés. V, 18, nous traduisons le substantif par «dissolution», et encore dans les deux autres endroits pour rendre "zôn asôtôs"; la Vulgate traduit toujours par «luxuria» et «luxuriose», expressions qui (à peine est-il nécessaire de le remarquer) impliquaient, dans le latin du moyen âge, une vie bien plus légère et bien plus dissolue que ne font supposer les mots modernes anglais, «luxury « et «luxuriously.» "Asôtos" est quelquefois pris dans un sens passif, comme = "asôstos" (Plutar., Alcib. 3); c'est quelqu'un qui ne peut être sauvé, "sôzesthai mè dunamenos", comme Clément d'Alexandrie (Pædag. 1, 1) l'explique; qui est «perditus», (en all.) «heillos», ou comme on disait en anglais, «a losel». [...] Communément l'"asôtos" est celui qui lui-même ne peut pas épargner ou économiser, = «prodigus» (R.C. Trench, Synonymes du Nouveau Testament, traduit par Clément de Faye, 1878 - books.google.fr).

Considérée comme opposé à "asotia", "sotia" désignerait la chasteté qui est le propre de Sothée.

Sothée, voire Sothie (Ulysse Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge, Tome 1, 1877 - books.google.fr).

Sothée, en grec soteos, digne d'être conservé, d'être protégé (L. M. Pétin, Dictionnaire hagiographique, ou, Vies des saints et des bienheureux, 1850 - books.google.fr).

M. L. Robert a déjà indiqué la fréquence de "sôzein" et de "sôteria" dans les décrets pour des médecins. H. Pernot, de son côté, avait signalé l'emploi de "sôzein" au sens de «guérir», chez certains évangélistes, concluant «"sôzô", guérir, était bien un terme familier; Mc en a usé, Mt l'a toléré, Lc l'a exclu». Nous nous bornerons ici à accumuler, presque sans commentaire, des citations qui sont, par elles-mêmes, assez éloquentes, et qui montreront que, si l'emploi de Marc ne fait que continuer une longue tradition. On notera, du reste, que l'on pourrait fort bien traduire par «sauver», au sens médical du terme, tous les exemples cités par Pernot chez Marc : ils ne diffèrent en rien des autres, et, si «"sôzomai" est... chez Mc le passif de "therapeutô"», il ne l'est que dans une mesure assez restreinte. Un médecin peut "therapeuein oi iasthai" une maladie ou un malade, indifféremment; et l'une ou l'autre "therapeuetai" (ou "iatai", passif); et il en est, pour une tête ou une jambe, comme pour un malade entier (Anne Marie Malingrey, "Philosophia", étude d'un group de mots dans la littérature grecque, des Présocratiques au IV siècle après J.-C., Volumes 39-41, 1961 - books.google.fr).

Autun et Marseille : Royaume de Bourgogne

Les reliques de saint Lazare, frère de Marthe et de Madeleine, furent d'abord déposées à Marseille, dans la crypte de l'ancienne abbaye de Saint-Victor, d'où elles furent transportées dans la cathédrale d'Autun. Un des bras de saint Lazare est dans la basilique de Saint Pierre de Rome. Les reliques de sainte Marthe sont renfermées dans son tombeau, qui est dans la Crypte de l'église de Sainte-Anne, à Tarascon, en Provence. Son chef a été autrefois placé séparément dans un reliquaire. La plus grande partie des reliques de sainte Marie Madeleine est dans l'église de Saint-Maximin, en Provence. Un ossement du fémur est dans l'église de Sainte Madeleine, à Paris, et un pied dans l'église de Saint-Celse et Saint-Julien, à Rome (Henri de Guinaumont, La Terre-Sainte, Tome 1, 1867).

Des légendes pieuses anciennes attribuent à Gérard (Girart) de Roussillon la translation des reliques de Lazare à Autun (par confusion avec l'évêque Gérard de la Roche) et de Marie-Madeleine à Vézelay (Abbé Faillon, Monuments Inedits Sur L'Apostolat De Sainte Marie-Madeleine En Provence, Tome 1, 1818) (IV, 31 - La vision bienheureuse - 1801 - nostradamus-centuries.com).

La terrible défaite de 437 et la mort de Gondicaire, face aux mercenaires huns à la solde du général en chef romain Aetius, a constitué une véritable rupture dans l'histoire des Burgondes. Elle eut pour conséquence la fin du royaume de Worms, dont le territoire revint sous le contrôle direct des Romains. Les Burgondes obtiennent l'autorisation des autorités de l'Empire pour migrer en Sapaudie (région de Genève), sur les bords du lac Léman et devenir fédérés de l'armée romaine en 443. En 499, à son apogée, les principales villes du royaume burgonde étaient Lyon, Vienne, Embrun, Avignon, Valence, Genève, Saint-Maurice, Besançon, Dijon, Autun, Nevers, Auxerre, Marseille, Arles et Langres. En 532, les Burgondes furent vaincus de manière décisive par les Francs à Autun, après quoi le roi des Burgondes Godomar III fut tué et les terres burgondes furent annexées par l'Empire franc en 534. Les Mérovingiens intègrent le royaume des Burgondes à leurs différents royaumes, mais conservent son individualité. En 613, après la mise à mort de la reine Brunehaut, il n'y a plus de roi résidant en Bourgogne. En 687, au lendemain de la bataille de Tertry, le royaume de Bourgogne-Neustrie disparaît à son tour. Le vainqueur, l'Austrasien Pépin de Herstal fait l'unité des royaumes francs. En 751, le puissant maire du palais d'Austrasie, Pépin le Bref (fils de Charles Martel), se fait reconnaître comme roi des Francs par le pape, et ouvre l'ère des rois carolingiens. Son fils Charlemagne devient empereur en l'an 800 après la conquête de l'Italie sur les Lombards. En 814, son fils Louis le Pieux lui succède jusqu'à sa mort en 840. Le traité de Verdun, conclu entre les fils de Louis le Pieux après une période de guerres menées par les deux cadets (842 : le serment de Strasbourg) contre l'aîné, Lothaire, met fin à l'unité de l'empire, qui continue cependant d'exister en principe. Charles II le Chauve reçoit la Francie occidentale, Lothaire Ier, qui conserve le titre impérial, la Francie médiane et Louis le Germanique la Francie orientale. En ce qui concerne le royaume de Bourgogne, la frontière entre les territoires de Charles et de Lothaire est établie sur la Saône, de sorte que le royaume se trouve scindé en deux parties : à l’ouest de la Saône, la Bourgogne franque; à l'est, la Bourgogne impériale. Cette scission est définitive : alors que la Francie médiane et la Francie orientale sont réunies par la suite dans le cadre du Saint-Empire romain germanique (1032), la Francie occidentale, dirigée par la dynastie des Capétiens, reste à l'écart, devenant le royaume de France (fr.wikipedia.org - Royaume des Burgondes, fr.wikipedia.org - Royaume de Bourgogne).

Le royaume de Provence ou royaume de Basse-Bourgogne ou royaume de Bourgogne cisjurane (différente de la province de Bourgogne cisjurane) est un État issu de la dislocation de l'Empire carolingien, qui a existé de 855 à 863, puis de 879 à 933. Il est issu de la fusion de deux régions : la Bourgogne arlésienne et la Bourgogne cisjurane de la Francie médiane, elle-même issue de la partition de l'Empire carolingien établie au traité de Verdun (843). En 855, par le traité de Prüm, Lothaire Ier partage la Francie médiane entre ses trois fils : le royaume de Provence, dévolu à son fils Charles, s'étend du Lyonnais à la mer Méditerranée. Après une période de réunification impériale sous Charles le Chauve, le royaume de Provence réapparaît en 879. Vers 933, Rodolphe II, roi de Haute-Bourgogne, rassemble son royaume et le royaume de Provence dans le «royaume des Deux-Bourgognes» ou «royaume d'Arles», intégré au Saint-Empire romain germanique à partir de 1032 (fr.wikipedia.org - Royaume de Provence).

En 855, Lothaire Ier choisit d'abandonner le trône et de donner le «royaume de Provence» (appelée aussi Bourgogne Cisjurane) à son héritier Charles de Provence. Mais ce dernier est un enfant fragile et faible d'esprit, le véritable maître du royaume est donc son précepteur le comte Gérard, régent du Lyonnais et du Viennois pendant huit ans. En 858-859, fidèle à sa politique favorable à l'Église, Gérard fonde les abbayes de Pothières et de Vézelay. Il fait don de ce dernier monastère par une charte au Saint-Siège.

Berthe meurt en 873 et Gérard en 877. Ils sont inhumés à l'abbaye de Pothières aux côtés de leur fils Thierry (fr.wikipedia.org - Gérard II de Paris).

Lazare : odeurs de ressuscité

Dans le Nouveau Testament, les évangélistes font connaître trois résurrections opérées par le Christ qui a rappelé à la vie Lazare, le fils de la veuve de Naïm et la fille de Jaïre. La première a, de loin, éclipsé les deux autres et les figurations qu'elle a inspirées sont beaucoup plus nombreuses. La résurrection de Lazare qui est uniquement mais longuement rapportée par Jean (XI, 1-44) a bénéficié d'une extrême popularité dans l'art chrétien depuis les origines. Les artistes y ont ajouté des détails dus à leur sensibilité personnelle ou à l'influence longtemps persistante des auteurs dramatiques et des Mystères. Ainsi c'est saint Pierre qui délie les mains du ressuscité (Nicolas Froment, 1461, Florence, musée des Offices) et le personnage qui, en référence au texte «jam fœtet», se bouche le nez est souvent représenté (tombeau de saint Lazare, Autun, XIIe s.). [...] Pour la résurrection du fils de la veuve de Naim (Lc VII, 11-17), les artistes sont fidèles au récit : le cadavre du jeune homme est porté dans un cercueil ouvert, la mère suit le convoi et le gisant se redresse. Les œuvres représentant ce miracle sont plus rares mais vont du IVe s. (sarcophages, Rome, musées du Latran et des Thermes) au XIXe s. [...] La résurrection de la fille de Jaïre que Luc (VIII) et Marc (V) racontent longuement Matthieu (IX) de façon plus concise est souvent figurée, comme dans leur récit à tous trois, conjointement avec la guérison de l'hémorroïsse (sarcophages, IVe s., du musée lapidaire d'Arles et du musée du Latran) (Catholicisme, hier, aujourd'hui, demain, Tome 12, 1948 - books.google.fr).

Depuis bien des siècles l'ergotisme avait été signalé à l'effroi des peuples comme une sorte d'épidémie, pour le traitement de laquelle on ne connaissait aucun spécifique. Les Grecs le nommaient ERPÈS ESTHIOMENOS, pour préciser son action dévorante : partout ailleurs, son appellation était FEU SACRÉ. Ainsi le désignent deux poètes, Virgile et Lucrèce. Au moyen âge, le feu sacré brisa les barrières où on l'avait renfermé avec l'éléphantiasis ou la lèpre; ils se divisèrent, pour ainsi dire, les différentes parties du globe. Tous deux firent, dès ce temps, le désespoir des populations occidentales. Les auteurs qui traitent de ses envahissements l'appellent, tantôt un feu caché, ignis occultus; un feu infernal, ignis infernalis; tantôt le feu Dieu ou feu divin; et enfin le feu de SAINT-ANTOINE (Le feu de saint Antoine, Bulletin historique et monumental de l'Anjou, Volume 8, 1866 - books.google.fr).

«C'est saint Lazare qui nous a apporté sur la terre française l'amour du Sacré-Cœur de Jésus. Par une remarquable providence, le culte du Sacré-Cœur a d'abord été révélé aux deux grandes villes où saint Lazare a laissé le plus de traces apostoliques, Marseille et Autun. Marseille a vu mourir une seconde fois saint Lazare, et elle a donné son Belsunce, l'évêque immortel qui a consacré la grande cité au Sacré-Cœur de Jésus. Autun a reçu les reliques de saint Lazare, lorsqu'on a voulu les soustraire aux profanations des Sarrasins; Autun les a religieusement gardées, et en récompense, cette ville a servi de berceau spirituel à Marguerite-Marie, la Vierge de Paray-le-Monial, celle à qui Jésus a confié l'apostolat de son Cœur sacré.»

Puisque nous parlons d'Autun, rappelons que c'est dans cette ville qu'on a trouvé, en 1839, un marbre portant une des plus antiques inscriptions relatives au Sacré-Cœur (fin du deuxième siècle ou commencement du troisième) (J.-M. Buathier, Le Sacrifice dans le dogme catholique et dans la vie chrétienne, 1897 - books.google.fr).

Une inscription fut découverte en 1839 dans l'antique cimetière de la vieille cité d'Autun. Voici ce qu'on y lit : «Le céleste "ichthus" Fils de Dieu fond de son Cœur sacré, a rendu des oracles et pris au milieu des hommes une mortelle vie. Ami, rajeunis ton âme dans les eaux divines, aux sources intarissables de la sagesse, prodigue en trésors. Prends l'aliment, doux comme le miel, du Sauveur des saints; prends, mange et bois : "ichthus" est entre tes mains,» c'est-à-dire le Poisson mystique, le Christ (Jules Chevalier, Le Sacré-Coeur de Jésus, 1886 - books.google.fr).

Pectorius du latin "pectus", poitrine, sein, coeur (Gaffiot).

Dans la piété populaire, la figure emblématique de cette acception de la lèpre est saint Lazare qui résulte de la presque confusion de deux personnages des Evangiles : le Pauvre Lazare» (Luc XVI, 19-31) mendiant couvert d'ulcères que le Mauvais Riche laisse mourir de faim, mais qui va ensuite dans le sein d'Abraham –, et Lazare de Béthanie, le ressuscité (Jean XI, 1-44) dont personne ne dit jamais qu'il est mort de lèpre, pas plus que le premier ! Le culte de saint Lazare se développe surtout à partir de la première moitié du XIIe siècle, et l'iconographie romane représente le Pauvre Lazare en lépreux avec généralement une crécelle caractéristique. Pour les «simples gens», à commencer par beaucoup de clercs peu instruits, il n'y avait plus qu'un Lazare, lépreux aimé de Jésus, saint patron de beaucoup de chapelles de léproseries qui justement se fondaient par dizaines, au point que le pape Alexandre III dut codifier cette dernière pratique lors du troisième concile du Latran, en accordant aux membres les plus souffrants de l'Eglise le droit absolu d'avoir des desservants particuliers et un cimetière consacré, puisqu'ils ne pouvaient ni «habiter avec les gens sains, ni venir à l'église». Le corpus des textes sacrés en usage au Moyen Age, tels quels, sans aucune possibilité de critique philologique pertinente, livrait un message complexe : la lèpre était l'allégorie du péché, mais aussi son salaire et le symbole de la misère humaine, physique et morale, déréliction assumée par le Messie. L'image chrétienne de la lèpre est donc à la limite de la contradiction; ses victimes sont regardées – cela relevait-il de la seule allégorie ? - comme le type des hérétiques, des juifs et autres pécheurs, des réprouvés en général. Tout cela recoupe aussi un fond de croyances populaires et médicales qui mettent en avant, indistinctement, l'hérédité de la «lèpre», sa transmission par les rapports sexuels, l'eau ou les aliments, par l'air, l'haleine ou le contact. On préconise aux lépreux des remèdes à base de reptiles, sans doute pour que leur peau malade «mue». Des thèmes qui n'affleurent que dans quelques textes littéraires et dont il est malaisé de discerner l'écho exact, font des lépreux des êtres méchants qui veulent souiller et contaminer les autres, ou se baigner dans leur sang, idée venue de la légende de Constantin...

La lèpre et les lépreux n'ont pas bonne réputation. Les spécialistes du droit canon ont beau stipuler que le mariage est indissoluble, la lèpre survenant, il faut bien admettre au moins une séparation de biens; une compilation juridique des années 1260, intitulée Li livres de Jostice et de plet, fait le bilan du sujet : on doit admonester le mari ou la femme de suivre son conjoint lépreux, mais c'est manifestement sans illusion, car tous les paragraphes concluent que l'époux sain doit demeurer chaste, tant que l'autre, qu'il n'a bien sûr pas suivi dans sa relégation, reste en vie. Les miracles de saint Thomas de Canterbury, rédigés vers 1174-1177, jettent un éclairage très cru sur l'entourage des gens dont on s'aperçoit qu'ils sont lépreux; ils citent essentiellement des enfants ou de jeunes adolescents, ce qui doit correspondre à la réalité : bien rarement, des parents éplorés s'accrochent à leur petit malade, mais la plupart du temps ce sont de très jeunes gens seuls et abandonnés qui vont prier sur le tombeau du martyr : «Drogon était le père d'un adolescent nommé Guillaume, natif d'Argentan. Alors qu'il n'avait pas même atteint la puberté, son visage et ses membres montraient qu'il avait attrapé la lèpre. La couleur de sa figure était altérée, ses mains pleines de nodosités, ses jambes d'ulcères : cela déshonorait l'homme en lui et le faisait mal voir la moitié du temps des siens avec lesquels il vivait et de ses concitoyens. Comme déjà son père avait terriblement peur d'habiter avec lui, et que tout le pays redoutait son aspect, la ville taisait son lieu de naissance; il fuit ceux pour qui il était une charge, et passant la mer, il s'en vint auprès du miséricordieux martyr.» Guéri au bout de cinq semaines, il fut à nouveau bien vu des siens et de ses voisins. Cet impitoyable rejet des malades, qui faisaient peur et jetaient un terrible soupçon sur toute leur famille, vouait les lépreux à vivre entre eux avec, dans le meilleur des cas le secours spirituel de religieux dévoués, mais totalement impuissants à soigner les malades autrement qu'en leur épargnant de mourir de faim ou de froid. Beaucoup de lépreux mendiaient, et tel qui leur donnait parfois une piécette a pu ajouter foi à la rumeur de complot des lépreux contre les chrétiens, surgie de la France méridionale au printemps 1321. On ne sait quels incidents ont déclenché cette panique sanguinaire, mais elle prouve l'isolement des lépreux et que chacun était disposé à leur prêter les intentions les plus noires : empoisonner tous les chrétiens en jetant des mixtures de serpents, de crapauds et d'hosties dans les puits, sur l'instigation des Sarrasins, avec la complicité des juifs ! Les seuls à avoir gardé la tête froide furent quelques inquisiteurs qui ne purent rien faire pour empêcher le massacre de malades, voués au bûcher par l'ordonnance royale du 21 juin 1321, spoliés de leurs pauvres biens, et, pour les rares survivants, condamnés à une réclusion stricte, avant qu'au bout d'un an ou deux, on en revienne à des pratiques moins cruelles (Marie-Agnès Bernardis, L'homme et la santé, 1992 - books.google.fr).

Deux chapiteaux concernant le pauvre Lazare se trouvent au-dessus de chaques piédroits du portail latéral de la cathédrale d'Autun. L'un le représente à la porte du riche tourné vers lui alors qu'il est à table avec 3 autres personnes et on voit 8 pieds sous la nappe de la table; l'autre le riche entre les pattes d'un diable alors que Lazare est emmailloté dans les bras d'Abraham - Denis Grivot, La sculpture du XIIe siècle de la cathédrale d'Autun, 1976 - books.google.fr

La veuve de Naïm se trouve du côté du repas du riche alors que l'enfant prodigue de celui du sein d'Abraham : "prodigue" en grec peut se dire "asôtos" ("asôtia"/Sothée).

La plique, la lèpre et la plupart des affections cutanées exhalent des odeurs fétides particulières (Julien Joseph Virey, Histoire naturelle des médicamens, des alimens et des poisons; tirés des trois règnes de la nature, 1820 - books.google.fr).

Étrange et problématique résurrection que celle de Lazare de Béthanie : le Christ laisse mourir un ami, le frère de Marthe et Marie, pour mieux le ressusciter. Mais ce qui s’annonce comme une manifestation de la puissance thaumaturgique de la divinité s’impose dans son ambivalence : lorsque le Christ arrive devant le cadavre, celui-ci pue, où pour le dire anachroniquement avec les mots de Marthe, «il fouette» (jam foetet). De façon exceptionnelle, le Christ pleure devant le tombeau, puis invite Lazare à sortir : «Et aussitôt sortit celui qui avait été mort, lié aux pieds et aux mains de bandelettes, et le visage enveloppé d’un suaire» (Évangile selon Jean, XI, 44).

L’odeur du ressuscité intervient au sein d’un système sensoriel complexe où Lazare s’oppose à sa sœur, Marie «aux parfums», dont l’Évangile nous rappelle qu’elle oignit le corps du Christ. L’ensemble du chapitre fait d’ailleurs un usage probatoire des sens, mettant en valeur la capacité de la vision à susciter l’adhésion : ceux «qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui» – ceci alors même que le visage de Lazare est décrit comme occulté par un suaire. Dans ce contexte, la puanteur du ressuscité fonctionne comme une garantie, preuve ultime et dégoûtante que Lazare est bien mort et non-assoupi comme on aurait pu le penser, preuve aussi que le Christ a effectivement affronté la mort dans toute son horreur. Dans la tradition exégétique médiévale, qui verra dans la résurrection de Lazare une image de l’absolution des péchés donnée par le prêtre, le corps mort-vivant de ce ressuscité fait office de symptôme contradictoire, attestant à la fois des peines de l’enfer – un lieu décrit comme particulièrement fétide – qui attendent le pécheur, et dans le même temps de la puissance du geste rituel qui autorise une renaissance spirituelle.

Dans sa relative simplicité, cet épisode évangélique pose une série de problèmes aux images pendant la période médiévale. Comment représenter une odeur ? Comment exprimer dans le même temps la répulsion et la fascination d’un corps élu par le Christ mais qui n’en demeure pas moins repoussant ?

Les images paléochrétiennes de ce miracle occultent ces difficultés et représentent Lazare le visage découvert et indemne, le corps entièrement entouré de bandelettes, dans une position qui renforce l’analogie avec les langes d’un nouveau-né : elles s’inscrivent ainsi dans une rhétorique générale qui considérait la mort comme une seconde naissance. Ces images entièrement positives ne conservent de Lazare que la sainteté et occultent sa part d’ombre, son odeur.

L'opposition entre les deux Marie et la figure d’un Lazare langé, au visage découvert, comme dans le codex Purpureus du VIe siècle (Rossano) se perpétue dans la longue durée, comme en témoigne encore l’œuvre du Duccio au début du XIVe siècle.

L’Occident médiéval ne cherche pas à convertir ou masquer la pourriture des cadavres, car sa nature est signifiante et constitue un premier signe du destin positif ou négatif de l’âme dans l’au-delà. On hume le corps pour mieux en saisir l’odeur, sachant que les meilleurs morts, notamment les saints, ne se décomposent pas et dégagent un parfum suave : l’odeur de sainteté.

La transformation de l’iconographie de Lazare depuis Giotto a des conséquences dans de nombreux domaines : la formalisation du mort-vivant vient redessiner plusieurs limites; elle contamine l’imaginaire des revenants, notamment via la figure de spectre de Samuel, et constitue un jalon dans l’iconographie du fantôme. (Pierre-Olivier Dittmar, La puanteur du ressuscité, Odeurs lazaréennes, Renaître, terrain N° 66, 2016 - journals.openedition.org).

Ses ulcères, au sens littéral, feraient certainement horreur au riche dégoûté, et parmi ses festins somptueux et ses convives parfumés il ne supporterait pas l'odeur des ulcères léchés par les chiens, lui qui se lasse des senteurs de l'air et de la nature même (Saint Ambroise, Traité sur l'Evangile de S. Luc, 1958 - books.google.fr).

Il apparaît donc, dès le IVe siècle, comme une idée qu'une haute vertu était, dans certains cas, miraculeusement associée à un parfum corporel; Eusèbe de Césarée (265-339) du martyre de Polycarpe de Smyrne (fr.wikipedia.org - Odeur de sainteté).

Odeur des revenants

Jean Villani (1280-1348), contemporain de Jean Gobi [et de Jean de Marignolli], est issu d'une riche famille florentine. Il participa à la vie politique de la cité comme prieur en 1316 et 1321, et comme directeur de la monnaie. Il écrivit en toscan une chronique conservée sous le nom de Storie Fiorentine de la fondation de Florence à 1348, année de sa mort dans la terrible épidémie de Peste noire qui ravagea l'Europe. Il ajoute aux événements florentins des faits recueillis ailleurs, ce qui fait de son ouvrage une chronique générale qui connut un grand succès.

Jean Villani apporte un détail inédit au Dialogue de Gui de Corvo écrit par Jean Gobi, dominicains alésien : l'esprit de Gui de Corvo exhale une odeur particulière. Entre la pestilence des créatures diaboliques et l'odeur de sainteté des élus, cette mention bien ambiguë ne sera pas reprise par les autres chroniqueurs (Chronique, livre 9, cap. 234, Florence, 1845, t. 2, p. 290-291. D'un grand miracle qui s'est produit en Provence L'année 1323) (Marie Anne Polo de Beaulieu, Dialogue avec un fantôme de Jean Gobi, 1994 - books.google.fr).

L'historien florentin ne dit rien des questions du prieur, ni du rôle de la veuve. Il termine par une allusion rapide au miracle de l'hostie et au transfert d'indulgence du prieur en faveur du revenant. Sa notice fut largement reprise dans d'autres chroniques, mais aussi des recueils de nouvelles (Marie-Anne Polo de Beaulieu, Éducation, prédication et cultures au Moyen Âge, Essai sur Jean Gobi le Jeune, 2019 - books.google.fr).

La suavité religieuse est également olfactive. Le Christ dégage une odeur très suave et la relation entre le Saint Chrême et le corps du Christ est étroite au point qu'il n'est pas exagéré de dire que le baume est la sueur de jésus, que ce dernier embaume, renforçant en cela la conviction de l'existence d'un Christ aromatique. De la même façon, l'odeur de la Croix est suave, ainsi que ses reliques dont l'odeur guérit les malades; si le Christ crucifié dégage un parfum suave, c'est aussi en raison de la suavité odoriférante de la Croix (Luc Charles-Dominique, Musiques savantes, musiques populaires, les symboliques du sonore en France, 1200-1750, 2006 - books.google.fr).

Amitié et odeur se rencontrent dans le Contre Verrès, chapitre III, de Cicéron :

...c'est cet Apronius que sa perversité, sa débauche et son audace firent adopter par Verrès comme un autre lui-même. Aussi bientôt se forma-t-il entre eux une étroite union, fondée non point sur la réciprocité des affaires et des intérêts, ni sur l'estime, mais sur la ressemblance et la conformité de la dépravation. [...]

Tantam qui habebat morum similitudo conjunctionem atque concordiam, ut Apronius, qui aliis inhumanus ac barbarus, isti uni commodus ac disertus videretur; ut, quem omnes odissent, neque videre vellent, sine eo iste esse non posset; ut, quem omnes odissent, neque videre vellent, sine eo iste esse non posset; ut, quum alii ne conviviis quidem iisdem, quibus Apronius, hic iisdem etiam poculis uteretur; postremo, ut odor Apronii teterrimus oris et corporis, quem, ut aiunt, ne bestiæ quidem ferre possent, uni isti suavis et jucundus videretur.

(Tels étaient le rapprochement et l'entente produits entre eux par la conformité des mœurs, que cet Apronius, ignare et grossier aux yeux de tout le monde, était pour lui seul charmant et disert; cet homme que chacun détestait et refusait de voir, il ne pouvait s'en passer; cet homme, avec lequel personne n'aurait voulu s'asseoir à la même table, buvait dans la même coupe que Verrès; enfin, l'odeur infecte qu'exhalaient sa bouche et son corps, et qui, dit-on, était insupportable aux animaux eux-mêmes, lui semblait à lui, le plus doux, le plus délicieux des parfums) (Oeuvres completes de Cicéron, Contra Verres (suite), traduit par Guéroult, 1868 - books.google.fr).

Il serait évidemment absurde de réduire l'histoire de Gui de Corvo à une prétendue fatalité psychologique qui, stable à travers les siècles, tisserait inéluctablement la présence des morts dans l'existence des vivants. Cette histoire est surtout exemplaire des rapports entre un individu et «son» défunt à un moment de l'histoire de l'Occident chrétien. Elle est exemplaire pour deux raisons : elle révèle une réversibilité essentielle des affects et manifeste que, loin de se limiter à deux protagonistes, le rapport entre les vivants et les morts implique la présence d'un tiers, car l'Eglise y oue un rôle irremplaçable. Entre l'esprit du mort et la personne à qui il choisit de se manifester, circulent des affects contraires : commencé dans la terreur, le récit finit dans la déclaration d'amour. La présence d'un tiers - l'Eglise - est indispensable pour assurer la conversion des affects et permettre que tout rentre dans l'ordre. C'est grâce à l'intervention du prieur que cette histoire inquiétante finit au bénéfice de tout le monde - du défunt qui trouvera la paix et de la vivante qui est dûment rappelée à des devoirs qu'elle avait en partie négligés. Dans ce moment de crise, l'Eglise fait office de médiateur, réglant un problème entre une vivante et un mort un peu comme on règle un différend entre époux ou voisins. Ce faisant, elle manifeste l'une de ses fonctions essentielles : intermédiaire entre les hommes et le Ciel, elle règle aussi les rapports entre les vivants et leurs morts. Le mort est en effet intervenu pour demander des suffrages, c'est-à-dire des prières et des messes. Dans tous les cas, l'intervention de l'Eglise est nécessaire : sans elle, la veuve est incapable d'entendre son mari et de lui faire dire ce qu'il veut. Le prieur est donc requis pour identifier la nature du visiteur nocturne (c'est la discretio spirituum), pour traduire le trouble apporté par la voix en un langage clair et veiller à ce que la demande soit satisfaite, afin que la paix revienne dans le foyer. [...]

L'histoire ne dit pas ce que la veuve d'Alès et Jean Gobi pensaient de l'épisode d'Endor. Mais il est sûr qu'ils avaient toutes les raisons de croire à l'apparition du véritable Samuel. La veuve a intérêt à ce que les morts puissent revenir : à un diable persécuteur elle préfère certainement un mari qui, inquiétant au début, finit par l'assurer de son affection. L'Eglise aussi a intérêt au retour des morts. Certes, si c'était un diable, l'intervention des prêtres serait requise pour le conjurer. Mais les morts ont sur les diables l'avantage de faire de cette intercession une fonction durable : ils demandent des suffrages. Et l'on sait que cette industrie est promise à un bel avenir. Dans cette affaire donc se rencontrent deux besoins. Celui de l'individu, atteint par la disparition d'un proche et hanté par sa présence encore palpable, pris entre l'effroi de l'inconnu et le désir de maintenir le contact. Celui de l'Eglise qui, forte de la discretio spirituum, sait transformer le démon persécuteur en mort amoureux et qui trouve le moyen d'encadrer un peu plus la vie de ses ouailles en sommant les vivants de prier pour leurs morts et de faire dire des messes dans l'espoir qu'eux-mêmes bénéficieront, le temps venu, des secours qu'ils auront prodigués à d'autres. A côté des particularités individuelles, des facteurs collectifs peuvent entrer en jeu. J'ai, jusqu'à présent, surtout insisté sur l'un d'eux, qui est d'ordre sociologique et que j'ai appelé le réflexe clanique : à partir du moment où une hypothèse peut être associée même de façon rudimentaire et contestable - à un parti, on se déclare moins en fonction de la question débattue que des solidarités que les réponses supposent ou révèlent. Le réflexe tend à lier appartenance à un groupe religieux et choix herméneutique. C'est pourquoi, dans les deux précédents chapitres, je me suis intéressé successivement aux auteurs protestants et aux catholiques. Mais le lien entre appartenance religieuse et option interprétative est inégalement contraignant, d'où le paradoxe que c'est le camp le plus uni (les catholiques, rangés en une même Eglise sous l'autorité du pape) qui est le moins homogène. Cette explication, plausible jusqu'ici, va se révéler de moins en moins tenable, à mesure que les enjeux se diversifient. Il est possible, jusqu'au début du dix-septième siècle, de dégager des logiques de parti, avec des transfuges, des polémiques internes ou des stratégies dissimulatrices. Mais cette logique se fissure dès le tout début du dix-septième siècle (on va en voir un exemple avec la réception de Reginald Scot) et elle sera de plus en plus battue en brèche au fil du siècle, à mesure que les enjeux de divers ordres se multiplient. Le réflexe clanique est lui-même fondé sur un troisième facteur qui est théologique. Il y a effectivement des raisons, pour Rome, d'authentifier l'apparition de Samuel (favoriser la religion du contact) et pour la Réforme de récuser l'apparition vraie (interdire le contact et faire cesser les trafics superstitieux). Les témoignages que j'ai examinés jusqu'ici émanent, pour l'essentiel, de théologiens ou tout au moins de lettrés assez intéressés à la question pour prendre la plume. On peut néanmoins se demander ce que pouvait penser de cette histoire le commun des fidèles. Il serait certaine- ment abusif d'imaginer que tous les croyants se sont fait une opinion : certains auraient sans doute été embarrassés de devoir se prononcer, voire incapables de soupçonner qu'il pût planer un doute sur cette consultation. Pourtant, la masse des fidèles doit être relativement avertie, car la culture biblique est vive, même en milieu catholique, et l'épisode a de quoi parler plus directement que bien d'autres : non seulement cette histoire d'évocation d'un mort est capable, à elle seule, de retenir l'attention, mais la vogue démonologique et la multiplication des traités sur les esprits, les revenants et les démons montrent à quel point elle est brûlante. Du coup, même des fidèles sans formation théologique particulière, voire sans éducation, sont susceptibles de réagir à cette affaire et d'avoir un avis. Même si celui-ci risque, à moins que des clercs ne s'en mêlent, d'aller naïvement à l'évidence que Samuel paraît, puisque la Bible le dit. Il ne faut pas trop se fier à la naïveté des témoins, même laïcs, car les théologiens se chargent d'éclairer les foules. Certains des textes que j'ai examinés sont en effet des sermons (c'est le cas du sermon sur le Deutéronome où Calvin aborde la question) ou des conférences académiques, qui s'adressent à un public plus choisi et plus averti (c'est le cas de la Censura de Rainolds, des Controverses de Bellarmin ou du Traité des Anges de Maldonat). Il y a, dans Il y a, dans les polémiques religieuses entre catholiques et réformés, bien des questions qui, tenant à des iotas, échappent largement à la masse des fidèles. L'apparition de Samuel n'est pas de celles-ci. Certes, beaucoup des textes que j'ai examinés entrent dans des débats byzantins, mais l'enjeu essentiel du contact avec les morts est propre à toucher le public le plus large. Que les laïcs aient une opinion sur la question est confirmé par les textes très divers où, incidemment, des profanes donnent leur avis sur cette histoire. C'est le cas de Jean de Marconville (laïc qui a écrit traité œcuménique avant la lettre), qui fait référence à l'apparition dans un recueil de faits divers prodigieux . C'est aussi le cas, beaucoup plus surprenant, du mathématicien Jean Péna qui publie la première traduction latine de l'Optique et de la Catoptrique d'Euclide et glisse dans sa préface une référence étrange à l'épisode d'Endor. Je reviendrai bientôt sur le cas de Péna, mais il pointe déjà un quatrième facteur qui pèse sur les choix interprétatifs : l'identité professionnelle est parfois l'un des filtres à travers lesquels on apprécie l'épisode. Jusqu'à la fin du Moyen Age, ne sont amenés à se prononcer sur cette question que des religieux; les exceptions sont rarissimes de laïcs qui s'avisent de donner un avis : Ulrich Molitor, qui écrit un traité sur les démons pour répondre aux inquiétudes de l'archiduc d'Autriche est avocat et docteur en droit canon. Je ne connais qu'un ouvrage qui ne relève pas vraiment de la théologie : un mystère du quinzième siècle qui met en scène l'épisode, en confirmant la thèse de l'apparition vraie, mais par des signes si indirects qu'il est difficile de prétendre qu'il prend parti dans le débat. Au seizième siècle, la question suscite des échos dans un éventail beaucoup plus large d'écrits. Certes, elle continue d'attirer surtout l'attention des théologiens, mais elle est également du ressort des juristes, médecins et humanistes. Cela tient à une certaine laïcisation de la culture : l'Eglise a perdu quasi- monopole sur les professions «intellectuelles». Du coup, se développe une sourde rivalité : les théologiens sont réticents à laisser envahir leur domaine par des profanes – aux yeux d'un Del Rio, Le Loyer n'a pas seulement l'audace de soutenir un parti impossible, il a le front de le faire en simple laïc. Et il est probable que le jésuite prend d'autant plus la mouche que certains célèbrent l'impressionnant savoir théologique du magistrat. Inversement, les laïcs peuvent se targuer d'apporter au débat des éléments nouveaux en scrutant l'histoire d'Endor à travers le filtre de leur propre expérience. Le spécialiste de l'optique sait par quel moyen on peut tromper la vue, le juriste considère la pythonisse d'Endor en fonc- tion des accusées auxquelles il a été confronté dans les procès de sorcellerie. Cela ne signifie pas que son expérience décide du sens qu'il accordera à l'épisode : Péna authentifie l'apparition avant d'expliquer par quels moyens la ruse était possible et Bodin, qui réclame furieusement la mort pour les sorcières, suspend son jugement. Néanmoins le récit biblique tendra de plus en plus à susciter des réactions «ès qualité». Non que des visions juridiques, médicales ou politiques de l'épisode se constituent, qui se différencieraient nettement, mais le «lieu d'où l'on parle» - pour reprendre une expression un peu passée de mode – n'est pas sans influer sur ce qu'on dit. Les auteurs de la Renaissance affichent ordinairement, au frontispice de leurs livres, une persona faite à la fois de leur position sociale et de leur origine géographique. Ils affichent aussi de plus en plus leur compétence, qui peut être liée à une activité professionnelle – la médecine par exemple – mais aussi à un savoir plus ou moins reconnu, attesté par les cursus universitaires ou par les classifications des libraires et des bibliothécaires. Plus sans doute que l'identité professionnelle importe la logique des discours (François Lecercle, Le retour du mort, débats sur la sorcière d'Endor et l'apparition de Samuel, XVIe-XVIIIe siècle, 2011 - books.google.fr).

Pierre Le Loyer (Discours des spectres, 1608) donne bien quelques indications un peu concrètes sur les circonstances des apparitions : les lieux désolés, mauvaises odeurs sont forcément diaboliques; une joie durable qui nous saisit, une bonne odeur sont des indices que l'apparition est bonne. Ou sur les effets psychologiques : les bonnes apparitions nous effrayent tout d'abord mais nous laissent dans la sérénité, tandis que les mauvaises nous impriment une joie de peu de durée pour nous plonger aussitôt dans les angoisses. Ce n'est pas de l'épisode d'Endor que le docte juriste tient ce savoir, c'est de la lecture de saint Thomas, du De probatione spiritum de Gerson et surtout de la sagesse populaire.

Le Loyer proclame sa fidélité à l'Eglise romaine et polémique avec les hérétiques. Mais sur la question de l'évocation, il se retrouve dans le même camp que les réformés en leur ensemble et en particulier Lavater, leur porte-parole en spectrologie (François Lecercle, Le retour du mort, débats sur la sorcière d'Endor et l'apparition de Samuel, XVIe-XVIIIe siècle, 2011 - books.google.fr, Pierre Le Loyer, Discours des spectres, 1608 - books.google.fr).

Dans la Chronique de Jean de Marignolli on peut lire un texte qui rassemble fantômes, odeur et paradis terrestre :

Filii autem Ade de Seyllano probant, ad eos diluvium non venisse multis signis, & maxime, quod in oriente sunt profugi, vagi multi, quos & ego vidi, & dicunt se filios Caym, qui exterminatas habent facies tam horridas, & horrendas, quod terrent omnem hominem, nunquam ultra dies duos in loco stare valentes, feterent, si plus starent, nullus potet eos sustinere, raro apparent, tamen mercatores sint, filios & uxores (a)eque larvas, portant in asinis (Gelasius Dobner, Monumenta historica Boemiae nusquam antehac edita. Collegit plurimis animadversionibus aerique incisis sigillis adornavit, 1768 - books.google.fr).

Les fils d'Adam de Ceylan prouvent que le Déluge n'est jamais venu jusqu'à eux par de multiples signes et surtout parce qu'en Orient, il y a de nombreux errants et vagabonds, que j'ai vus moi-même, qui disent qu'ils sont les fils de Caïn; ils ont des visages détruits et si horribles et effrayants qu'ils terrifient tous les hommes, et ils n'osent pas rester plus de deux jours en un endroit. Ils pueraient et personne ne pourrait les supporter s'ils restaient davantage. Ils se montrent rarement, bien qu'ils soient des commerçants et transportent sur des ânes leurs enfants et leurs femmes, semblables à des fantômes (Jean de Marognolli, Au jardin d’Éden, 2014 - books.google.fr).

L'Ecriture nous fournit un exemple de cet Esprit de Python dans la Pythonisse d'Endor, qui fut consultée par Saül et qui lui annonça sa destinée et celle de son Empire. (I. Sam. XXVIII.). Isaïe et les Prophètes ont souvent reproché à la nation Juive de consulter les magiciens et les Devins, et ces Esprits qui rendaient des réponses dans les sépulcres des morts et dans les lieux souterrains. (Isaïe, VIII. 19. Voir Forerio, commentant ce passage).

D'après Celse et Porphyre, dans Eusèbe, prep. évang., L. II, c, 2. 16. et passim), voici, conformément à ce que dit Isaïe, quel était le séjour des Démons: «parmi les Démons, il en est qui habitent les régions voisines de la terre, ou les régions souterraines, et qui se meuvent dans cette atmosphère épaisse et ténébreuse qui environne la terre, condamnés pour certaines raisons à habiter ce terrestre et obscur séjour; ils ne cherchent que les tombeaux et les cadavres; ils n'aiment que cette corruption fétide et impure, le sang, la putréfaction, les chairs corrompués des animaux, l'odeur des victimes, les exhalaisons de la terre. Ils ont pour chefs certaines Puissances aériennes ou terrestres.»

Quant au mot grec Python, c'est dans la mythologie, disent les grammairiens, un serpent qui naquit du limon de la terre détrempée par les eaux du Déluge. Pu, Py est la puanteur, la vapeur, une exhalaison, infecte et puante; thon ou chton est la terre, et signifie aussi bas, profond, un creux, une caverne; Python exprime donc littéralement exhalaison de la caverne. Comme la vapeur puante qui sortait de la caverne de Delphes faisait tourner la tête, on imagina, dit Bergier, (au mot Python), qu'elle communiquait le don de prédire l'avenir; ainsi le mot Python exprima l'inspiration prophétique, les Oracles de la Pythie, les devins, les magiciens ou prophètes d'Apollon, les nécromanciens, les sorciers, etc. (Les Septante, la Vulgate et même les Paiens lui donnent ce sens). On voit par là qu'Apollon n'était lui-même qu'un Démon, comme les autres Oracles; c'est, du reste, le nom qu'il se donnait à lui-même; comme on le voit dans Lactance, L. I. c. 7, car interrogé sur la manière dont il désirait être supplié, ce Dieu répondit, en donnant la formule qui suit : «Exauce-moi, ô Démon, plein de toute la sagesse, de toute science, toi qui te transportent partout : O roi, l'harmonie et la lumière du monde, Lucifer, Démon plein de sagesse !»

C'est donc avec raison que Lactance, après avoir cité un grand nombre de faits, conclut que les Démons sont les inventeurs de l'Astrologie, de la Divination, de ce qu'on appelle les oracles, de la nécromantie, de l'art magique et de tous les maléfices que les hommes exerçent en secret ou en public. Il ajoute que les Démons ont encore appris aux hommes à ériger des simulacres, à adorer les Idoles et enfin à s'adonner à tout ce qui regarde le culte idolatrique. (Ibid. L. II. 16). Les Païens, dit-il au chap. 15, adorent les Démons comme des dieux (Stéphane Maistre, La grande christologie prophétique et historique philosophique et théologique, archéologique, traditionnelle, etc., Tome 5, 1876 - books.google.fr).

Endor, de la tribu de Manassé : En (source) - Dor (habitation). Une source, appelée Aïn Endour, coule au fond d'une caverne, d'où elle sort par un petit canal, pour aller arroser plusieurs jardins qu'entourent des haies de cactus. C'est peut-être dans l'une des cavernes qui se trouvent là que la pythonisse évoqua devant Saül l'ombre de Samuel. Eusèbe et saint Jérôme, Onomastica sacra, Gættingue, 1870, p. 96, 121, 226, 259, aux mots Aendor, Endor, "aendôr", "èndôr", la mentionnent comme étant encore de leur temps un gros village situé à quatre milles (près de six kilomètres) au sud du mont Thbor et du village de Naïm (cf. l'enfant ressuscité dxe la veuve de Naïm) (Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Volume 2, 1899 - books.google.fr).

Emanations

Concernant la création et l'univers, l'enseignement spirite s'écarte autant du catholicisme que du panthéisme émanatiste. Certes il professe l'existence d'un Dieu extérieur à la matière, inaccessible à l'intelligence de l'homme, maître et fondateur de l'univers, juste, bon, immatériel et omniprésent, unique, cause de tout être et de toute apparence, mais son royaume est conçu d'une manière singulière : il serait «trinitaire», constitué par l'esprit, la matière et leur intermédiaire le fluide énergétique et électrique, lequel serait à l'origine de la vie animale et dont le périsprit ne serait qu'une des formes. Dieu a voulu le cosmos. Bien avant que la terre n'apparût les hommes préexistaient, simples virtualités à l'état de germes, tous égaux initialement, mais promis à une éclosion ultérieure en races différentes. À l'origine les diverses espèces de la nature se distinguaient à peine. Animaux et végétaux représentent en réalité la même matière vitalisée et sont dotés d'un principe individuel, devant survivre à leur matérialité, sorte d'esprit leur accordant une certaine forme d'intelligence. Morts, ils survivent, mais en état d'inconscience. Quant aux minéraux ils ne jouissent que d'une force mécanique et représentent la matière non vitalisée.

L'esprit humain, issu du même principe universel que l'«esprit animal», ne peut se retrouver dans le corps d'une bête. La métempsycose se trouve de ce fait exclue. Par contre le spiritisme croit et espère en la réincarnation sous une forme humaine. Léon-Hippolyte Rivail, quinquagénaire lyonnais, en s'affublant du pseudonyme d'Allan Kardec ne se présentait-il pas comme la réincarnation d'un druide du même nom ? Contrairement à celui de l'animal, l'esprit de l'homme possède jugement et liberté d'action, le faisant accéder à la vie morale. L'esprit de l'homme existait avant les temps. Avant de naître sur la terre, il vivait en d'autres mondes, y effectuant en quelque sorte son apprentissage. La transmigration des esprits se solde toujours par un progrès des capacités spirituelles, conformément au modèle évolutionniste. Les esprits, nés de l'intelligence universelle par la grâce de Dieu, connurent un début et auront une fin. Seul l'Esprit universel est immortel. Il est un, mais s'il se manifeste en des endroits divers, il ne peut s'agir à chaque apparition que d'une des fulgurances multiples d'un astre essentiellement unique et non de dédoublement de son être. Les esprits, égaux initialement dans leur ignorance, deviennent inégaux à travers le cycle de leurs réincarnations. Certains d'entre eux, prisonniers de leur chair, n'aspirent qu'à de basses satisfactions matérielles. D'autres parviennent à s'affranchir des contingences terrestres et accèdent, de vie en vie, à plus de sagesse. D'où une hiérarchie dans les esprits désincarnés. Le spiritisme en distingue trois sortes : les purs esprits, débarrassés de la matière, comme les séraphins, les archanges et les anges, qui peuvent se prévaloir par rapport aux autres esprits d'une supériorité morale et intellectuelle; les bons esprits, parmi lesquels figurent les génies protecteurs et les anges gardiens, qui demeurent préoccupés par l'univers terrestre et qui ne restent pas étrangers aux modes de pensée en vigueur sur la terre. Ils auront à se purifier par d'ultimes épreuves avant d'accéder à l'absolue perfection. Leur fonction est de combattre les esprits imparfaits, d'écarter les hommes du mal, de les protéger et de les abreuver de pensées pures. Ils se subdiviseraient en quatre classes : les esprits bienveillants, les esprits savants, les esprits sages et enfin les esprits supérieurs, dont les spirites tirent l'essentiel de leur doctrine. Reste les esprits imparfaits (démons, mauvais anges, génies du mal) qui sont en proie aux passions égoïstes et à l'orgueil, englués dans leurs désirs éperdus de jouissances terrestres. Ils sentent Dieu, mais ne le comprennent pas. Ils ne supportent pas le bonheur des justes, qu'ils s'emploient à tourmenter. Ils se répartissent en cinq catégories : les esprits impurs, les esprits légers, les esprits de la fausse science ou faux savants, les esprits neutres ou indifférents, les esprits (Catholicisme, hier, aujourd'hui, demain, Volume 14, 1948 - books.google.fr).

On se tromperait fort si, à la lecture du mot « émanation », on s'imaginait avoir à faire à une doctrine émanatiste, comme celles qui ont été soutenues avec plus ou moins d'éclat dans les Indes et, au moyen âge, en Europe.

Le Dieu des émanatistes est un centre d'émission plutôt que de force à proprement parler; ce serait déjà là une différence notable. En outre, on a adressé à cette doctrine la grave critique que Dieu, en émettant tous les êtres qui peuplent l'univers, se fragmentait, introduisait en lui la divisibilité et annihilait ainsi la perfection qu'il devrait justement à son indivisibilité (Bibliographie : Dans le sanctuaire "Dans les temples de l'Himalaya, Tome II de M. Van der Naillen, 1897 - books.google.fr).

En résumé, dans le celtisme il ne faut retenir que le principe initial; ses prêtres, vivant en contact avec la nature, communiaient intimement avec les forces invisibles, mais, ayant conservé malgré tout des molécules matérielles, il en résultait que la transmission de leur enseignement se déformait, négligeant trop les notions de justice et d’amour, au sein d’une population encore barbare à cette époque. On voit par là que les trois foyers bouddhiste, chrétien et druidique se complètent. Jésus-Christ personnifie la lumière des sphères presque divines, lumière qui, par ses ondes bienfaisantes, doit éclairer, vivifier la conscience. Le druidisme, puisant aux sources vives de la nature, percevait les vibrations des mondes et les émanations de la vie universelle. Ce que le Christ recevait directement des êtres supérieurs, le druide l’obtenait au moyen des courants transmetteurs de la pensée des êtres désincarnés. Il se produit à l’heure actuelle de nouveaux groupements fluidiques, qui ne se condensent pas encore, mais destinés à former un foyer attractif qui sera le quatrième cycle. Celui-ci acceptera la réalité de la vie supérieure susceptible, dans certaines conditions, de communiquer avec les êtres humains doués de connaissances scientifiques alliées à un idéal élevé. Leurs convictions aideront à rétablir l’équilibre nécessaire entre l’existence matérielle et l’inspiration spirituelle (Allan Kardek) (Léon Denis, Le génie celtique et le monde invisible - www.arbredor.com).

Quand on objecte aux monospirites les faits d'identité qui attestent la présence de parents, amis ou connaissances par les manifestations écrites, visuelles ou autres, ils répondent que c'est toujours le même Esprit, le diable selon les uns, le Christ selon les autres, qui prend toutes les formes; mais ils ne nous disent pas pourquoi les autres Esprits ne peuvent pas se communiquer, dans quel but l'Esprit de vérité viendrait nous tromper en se présentant sous de fausses apparences, abuser une pauvre mère en lui faisant croire mensongèrement qu'il est l'enfant qu'elle pleure. La raison se refuse à admettre que l'Esprit-Saint entre tous s'abaisse à jouer une pareille comédie. D'ailleurs, nier la possibilité de toute autre communication, n'est-ce pas ôter au spiritisme ce qu'il a de plus suave : la consolation des affligés ? Disons tout simplement qu'un pareil système est irrationnel et ne peut soutenir un examen sérieux (Allan Kardec, Spiritisme expérimental : Le livre des médiums ou guide des médiums et des évocateurs, 1880 - books.google.fr).

La pitié est la vertu qui vous rapproche le plus des anges; c'est la sœur de charité qui vous conduit vers Dieu. Ah ! laissez votre cœur s'attendrir à l'aspect des misères et des souffrances de vos semblables; vos larmes sont un baume que vous versez sur leurs blessures, et lorsque, par une douce sympathie, vous parvenez à leur rendre l'espérance et la résignation, quel charme n'éprouvez-vous pas ! Ce charme, il est vrai, a une certaine amertume, car il naît à côté du malheur; mais s'il n'a pas l'âcreté des jouissances mondaines, il n'a pas les poignantes déceptions du vide que celles-ci laissent après elles; il a une suavité pénétrante qui réjouit l'âme. La pitié, une pitié bien sentie, c'est de l'amour; l'amour, c'est du dévoûment; le dévoûment, c'est l'oubli de soi-même; et cet oubli, cette abnégation en faveur des malheureux, c'est la vertu par excellence. celle qu'a pratiquée toute sa vie le divin Messie, et qu'il a enseignée dans sa doctrine si sainte et si sublime. Lorsque cette doctrine sera rendue à sa pureté primitive, qu'elle sera admise par tous les peuples, elle donnera le bonheur à la terre en y faisant régner enfin la concorde, la paix et l'amour (Allan Kardec, L'évangile selon le spiritisme, 1880 - books.google.fr).

Les formes par lesquelles les saints se manifestent aux hommes sont diverses, de même que pour Dieu, NotreSeigneur, sa divine Mère et les anges. Ils se présentent souvent avec l'extérieur qu'on leur a connu sur la terre, comme nous l'avons vu en saint Antoine de Padoue, ou encore tels qu'on a coutume de les peindre et de les représenter. Ils apparaissent aussi revêtus des insignes de leur dignité ou de leur profession, avec les habits et les ornements de l'évêque, du prêtre, du lévite, du religieux. Saint Jeans l'Évangéliste s'est révélé plus d'une fois sous le symbole qui le caractérise, d'un aigle lumineux. Souvent ils ont des couronnes sur leurs têtes et des palmes dans leurs mains, principalement les vierges et les martyrs, ainsi que l'attestent les visions rapportées plus haut de sainte Élisabeth de Sconauge et de la bienheureuse Osanne de Mantoue. Toujours leur physionomie respire quelque chose de pur, de céleste, et laisse une suave émanation de vertu et de sainteté (Jérôme Ribet, La Mystique Divine, Les Phénomènes Mystiques, Tome 2, 1879 - books.google.fr).

Les gymnosophistes de l'Inde expliquaient l'origine de l'univers par une émanation de Pouroucha ou de l'Etre primitif. Leur cosmogonie est calquée sur le travail de l'araignée qui tire de son sein le fil dont elle fait sa toile. (Mémoires de l'Acad. des inscrip., t. 31). C'est aussi en considérant les choses de cette façon que Lamennais disait au souverain Etre avec un accent mystique : «O Dieu! oui, tout est de vous, et n'est pas de vous uniquement comme l'effet, le produit de votre opération toute-puissante, mais comme un écoulement de votre être indivisible et immuable. Toujours un, toujours infini, ce que vous créez, vous le tirez de vous-même... Elle (la créature) n'est pas vous: elle est, elle sera perpétuellement à une distance infinie de vous; et néanmoins son être est quelque chose de votre être, sa substance quelque chose de votre substance... Car d'où serait-elle et comment serait-elle, si elle n'était pas de vous ?» (Esquisse, etc., prem. part., liv. II, chap. 8). Beaucoup d'autres philosophes ont adopté cette hypothèse émanatiste (ex, manare, couler de); ils admettent que les objets dont se compose le monde ne sont qu'un écoulement de la substance divine. Quelques-uns d'entre eux prétendent que cet écoulement se fait par extraposition; ils envisagent Dieu comme sortant de lui-même et se répandant au-dehors dans la production des créatures: c'est l'émanatisme transitif, nommé aussi émanatisme par rayonnement, parce qu'il suppose que les choses finies découlent de Dieu, comme les rayons du soleil sont censés provenir de cet astre dans le système de l'émission. D'autres panthéistes imaginent que l'écoulement est immanent. Leur imagination se représente le monde comme un épanouissement de l'Etre sans bornes: ils compareraient volontiers les objets contingents aux fruits et aux fleurs qui émanent d'un arbre. Dans le premier cas, la création ne serait done qu'une extraction, un transbordement de la substance infinie; dans le second, le monde s'expliquerait par une extension de la même substance (Jules Fabre d'Envieu, Cours de Philosophie, ou nouvelle exposition des principes de cette science, Tome 2, 1866 - books.google.fr).

ÉMANATION (emanare, couler de) : Expression métaphorique qui désigne un mode de production des ètres d'après lequel ils ne seraient qu'un écoulement, une extension de la substance universelle : la métaphore est prise d'un fleuve qui déborde ou d'une flamme qui éclaire. Le panthéisme alexandrin admet l'émanation; le panthéisme de Spinoza n'a pas recours à cette explication et se contente de dire que les êtres sont les modes des attributs divins. Leibniz a employé le mot fulguration pour éviter l'expression suspecte d'émanation : ce changement n'éclaircit rien. On dit quelquefois émanatisme pour désigner la doctrine de l'émanation (Alexis Bertrand, Lexique de philosophie, 1892 - books.google.fr).

EFFLUVE n. m. (lat. effluvium; de e, hors de, et fluere, couler). Sorte d'émanation qui s'exhale du corps de l'homme et des animaux, et en général des corps organisés. Fig. Emanation supposée à laquelle on attribue certaines influences morales (Dictionnaire complet illustré Larousse, 1889 - books.google.fr).

La doctrine de l'émanation était connue des Égyptiens, qu'elle était leur croyance au moins dans les temps post?rieurs, et que les manifestations primitives de Ra étaient devenues de véritables émanations, ses chairs, ses membres, comme le disaient les Égyptiens. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer la ressemblance de cette doctrine avec le système valentinien, mais nous devons ajouter que cette conformité va encore beaucoup plus loin, car la syzygie valentinienne était empruntée aux couples égyptiens (Emile Amélineau, Essai sur le gnosticisme égyptien : ses développements et son origine égyptienne, 1887 - books.google.fr).

L'Ève du portail d'entrée de l'église Saint-Lazare d'Autun présentait un jardin d'Eden aux multiples essences : animés d'une brise légère, les troncs et les branches ondulent avec élégance et passent alternativement devant et derrière le corps de la jeune femme, jouant avec subtilité avec le bas et le haut-relief, parfois la ronde-bosse. Le Maître d'Autun comme les autres artistes des XI-XIIe siècles n'est pas un botaniste; il a regardé avec attention les caractères principaux de ces végétaux (modelé et découpe des feuilles, courbure et diminution des tiges, attaches des fruits...) mais il a créé une grammaire florale qui lui est propre et qui n'est pas imitation mais interprétation. Malheureusement mutilé, le linteau d'Autun nous permet toutefois d'identifier plusieurs arbres qui figurent le plus souvent dans les représentations du Paradis. [...]

À droite, l'arbre de la Connaissance se déploie avec générosité; l'extrémité de son tronc doublement perlé s'incurve sous l'impulsion de la main griffue du Diable vers celle d'Ève qui se saisit de l'un de ses fruits : une grenade. Sa forme est caractéristique, elle a la rondeur de la pomme mais elle est divisée en de nombreuses parois qui transparaissent sous l'enveloppe : ce sont autant de loges pour abriter les précieuses graines rouge sang, les arilles. Les feuilles oblongues à pointe arrondie et opposées sont assez fidèlement évoquées ainsi que le stigmate du fruit. [...]

Les symboles attachés à la grenade puisent largement dans les sources mythologiques de l'Antiquité gréco-romaine : culte d'Adonis, attribut d'Héra et d'Aphrodite; cependant sa double nature, symbole de vie et symbole de mort, ou plus exactement du monde souterrain, découle du mythe de Perséphone, fille de Déméter et de Zeus (Brigitte Maurice-Chabard, Le fruit défendu : une grande, Ève, ou, La folle tentation, Musée Rolin, 2017 - books.google.fr).

À Autun, les fleuves du paradis figurent sur un des grands chapiteaux de l'abside. Ces derniers appartiennent à une série de corbeilles, malheureusement incomplète, exécutée par l'atelier de Gislebertus – pour autant que l'inscription du portail occidental se rapporte à un sculpteur et non à un maître d'œuvre –, un atelier distinct de celui qui a réalisé les petits chapiteaux situés au niveau des fenêtres basses. Les quatre personnifications des fleuves portent un diadème et déversent le contenu d'une jarre. Celles qui sont situées aux angles sont de surcroît disposées comme des cariatides (Marcel Angheben, Ivan Verzar, Les chapiteaux romans de Bourgogne, thèmes et programmes, 2003 - books.google.fr, www.bourgogneromane.com).

Le chapiteau d'Anzy est d'une vigueur épique, avec son épannelage quadrangulaire posant sur un socle en tronc de pyramide; les figures des fleuves du Paradis sont aux angles, encadrant une tige d'ornement qui fait éventail, et elles tiennent renversées des cornes d'abondance dont s'échappe une onde épaisse (Henri Focillon, L'art des sculpteurs romans, recherches sur l'histoire des formes, Tome 1, 1931 - books.google.fr).

Le bas-côté sud présente dix chapiteaux de piliers, dont cinq décors entièrement végétaux. Sur le troisième pilier, deux lions affrontés posant leur patte sur une tête humaine. Le dernier chapiteau est celui des quatre fleuves du Paradis avec deux personnages portant des cornes d’abondance

Anzy, Fleuves du paradis - www.bourgogneromane.com

Revenants

Une émanation une substance demi-matérielle, qui a d'abord quelques propriétés d'un gaz, mais qui s'évanouit ensuite spontanément en particules électriques (Gabriel Delanne, Les apparitions matérialisées des vivants & des morts: Les fantômes de vivants, 1909 - books.google.fr).

Les fantômes sont la manifestation d'une vie passée : ce sont les apparitions de ces défunts. Ces entités sont l'«émanation de personnes mortes qui reviennent dans le monde des vivants» mais qui, passés dans les réseaux (Emmanuel Trouillard, ce numéro) ne sont plus que des «souvenirs d'existences matérielles». En fonction des systèmes de croyances, ils appartiennent de façon plus générale au monde des esprits, de «ceux qui apparaissent» et dont les frontières avec ces esprits demeurent floues. Leurs formes et modalités de présence sont variables (Jérôme Tadié). Elles génèrent discours et expériences, acceptation ou rejet - on peut d'ailleurs vouloir s'en débarrasser - et orientent les manières d'appréhender l'espace. Le fantôme est ainsi un fait social, admis de ceux qui l'observent ou le ressentent, où les questions du possible et du surnaturel sont annexes et insignifiantes.

De manière plus métaphorique, le fantôme est la trace d'une époque ou d'un événement «laissée dans les sociétés contemporaines par des territorialités défuntes» (Marie Bonte & Zara Fournier d'après Von Hirschhausen, 2017). Il hante le présent et peut constituer une menace pour l'avenir (Elsa Vivant). Pris en tant que qualificatif, le fantôme souligne combien les traces du passé - qu'il soit conflictuel ou non - continuent d'influencer les pratiques, les usages et les représentations de certains lieux (Berque, 1990, 1995). Une partie des contributions étudie ainsi l'existence de lieux- fantômes (Marie Bonte et Zara Fournier), de lieux chargés (en Indonésie, Jérôme Tadié), ou en quoi certaines formes urbaines peuvent apparaître comme des fantômes de l'action publique chez Elsa Vivant par exemple (Géographie des fantômes, 2022 - books.google.fr).

Hiéron

Pie IX avait dit de la communion Réparatrice du jésuite Drevon (1820 - 1880), fondée en 1854, qu'il s'agissait d'une «œuvre propre à sauver la société». La revue du «Règne de Jésus-Christ» était son héritière et en 1883 débutait un premier cycle de publication qui devait durer six ans. (Patrick Lequet, Le Hiéron, Les contrées secrètes, 1999 - books.google.fr).

L'Institut des fastes eucharistiques, installé dans un Temple-Musée, le Hiéron, collationnait, classait et interprétait les miracles annonçant le règne social de N.S.J.C. (1883). Il entreprit également de reconstituer par des sessions et des publications un cycle de formation complet, divisé en trivium et quadrivium, restituant un accès à la synthèse divine après l'éclatement du savoir au XIXe siècle. Un Règne social de Jésus-Christ parut de 1886 à 1888, suivi d'un Novissimum organum en 1895, à l'image du Novum organum de Francis Bacon après le défi de la Renaissance, puis d'un Politicon en 1905 et d'un Pam-Epopeïon en 1907. Les changements de titres scandaient la rénovation qui, sur un cycle de six ans, ferait admettre les nouveaux principes en se fondant sur Descartes et Le Play. De nombreux prêtres, des religieux, des archéologues catholiques symbolisants suivirent les conférences annuelles «pour la science totale émanant de la cité des justes». Sarachaga était commandeur de l'Ordre de St Pie IX et la Société des Fastes participa en 1895 au Congrès eucharistique de Turin, elle reçut à cette occasion un Bref de Léon XIII : «Mais ce qui a mis le comble à notre joie c'est l'introduction dans cette capitale de la Société des fastes eucharistiques...» Après la guerre, les Noaillat, successeurs d'A. de S., mort à Marseille en 1918 où il vivait depuis 1914 à la suite de son mariage avec sa femme de chambre qui aurait provoqué quelques remous, accentuèrent le côté porte-parole de la hiérarchie ecclésiastique de la revue Au Christ roi, transformée, pour une part en bulletin des missions jusqu'à la consécration officielle de la fête du Christ-Roi par Pie XI en 1925 : «Quas prim limas...» (Jean Pierre Laurant, Le destin sacré des peuples. Race et occultisme au XIXe siècle : l'exemple de Paray-le-Monial, Politica Hermetica, n° 2, 1988 - books.google.fr).

Toutefois, il semble que ce soit a compter de juin 1889 que les premières dissensions entre le Hieron et la hierarchie catholique commencent à se faire sentir. Simone Ponvert Noaillat, la biographe du Baron, évoque l'incident sans en donner les raisons. Un mystérieux télégramme émanant de la cité vaticane mettra fin prématurément à la séance de commémoration des apparitions à Marguerite-Marie dans le jardin de la Visitation. Le 15 août, au milieu des drapeaux (six nations) ecussonnés du Sacre cœur, on rendit tout de meme un hommage solennel aux allures de croisade aux Droits de l'Homme-Dieu sur les sociétés afin de contre balancer la célébration de la Déclaration des Droits de l'homme.

La fin du cycle ne se déroulera pas sans de nouveaux griefs. Dans une lettre datée du 26 juillet 1894, Mademoiselle Tamiser attirait l'attention du Baron sur les vives critiques dont il était l'objet dans l'«Univers». Elle lui recommandait d'aller s'expliquer à Rome accompagné du RP Sanna Solaro.

«Obtenez surtout que le principe : le Règne social Eucharistique, ne soit point considéré comme nouveauté, encore moins comme illuminisme : tout cela promet de devenir très grave». En effet, le 22 juillet 1894 le Journal de Louis Veuillot avait rapporté les propos tenus quelques jours auparavant par «La Semaine d'Autun». L'on se demandait ce qu'entendaient les conférenciers du Musée lorsqu'ils parlaient de la «royauté sociale de Jésus Christ et de sa royale eucharistie ?». Le clergé d'Autun tenait à retrouver dans les conférences du Hiéron l'enseignement officiel de l'Église. Il rappelait que si Jésus était bien roi de, l'humanité on ne pouvait prêter à l'Eucharistie le pouvoir des Oracles «comme si Jésus y était visible et y parlait ainsi qu'il le faisait aux jours de sa vie mortelle. Un pas de plus mettait en garde le journal d'Autun et on touchait à l'Illuminisme».

Le 26 juillet, Sarachaga reprenant les demandes de 1689 à Marguerite-Marie et citant l'évêque de Valence persistait à prêter au Saint Sacrement l'influence surnaturelle nécessaire à la reconquête d'une société qui se laïcisait sous les coups de boutoirs des ennemis du Christ (Patrick Lequet, Le Hiéron, Les contrées secrètes, 1999 - books.google.fr).

Jeanne Lépine

En 1890, s'était installé à Paray-le-Monial après avoir quitté le service de Mgr de Sussex, celle qui deviendra la dernière secrétaire du Baron, Mademoiselle Lépine-Authelain (1848-1926). C'est elle qui en 1925 initiera Paul le Cour à la doctrine du Hiéron. Elle décédera en compagnie de Marthe de Noaillat en février 1926, asphyxiées par des émanations d'oxyde de carbone dans les sous-sols du musée.

En 1901, le Baron de Sarachaga écrivait dans le Politicon (1900-1905) : «Il nous sera, par conséquent, permis de croire que la plus fortes des visions de Saint Jean, signalant la descente de la Jérusalem Céleste sur un point de notre terre qu'il désigne sous le nom de Nouvelle Sion n'est applicable, en stricte réalité, qu'au Val d'Or Eduen, comme réceptacle assigné aux manifestations politiques du Sacré Cœur en 1689».

Le secrétariat du Pam Epopeion (1906-1910) était tenu par Mademoiselle Jeanne Lépine-Authelain et Mademoiselle la Baronne Madeleine de Grassin. Ce nom provenait nous dit-on dans le premier numéro «d'un vocable de l'antique répertoire des Celtes qui donna au bardisme la maîtrise intellectuelle absolue sur toutes les autres civilisations». Retiré à Marseille le Baron de Sarachaga se proposait d'étudier le caractère sacré de la ville où les montagnes environnantes évoquaient l'Ichtus et les piliers du vieux pont transbordeur, les colonnes de feu et de lumière d'Aor-Agni. Puis de 1909 à 1911 il étudiera successivement la fondation de Rome et d'Athènes.

Pour L'Égide (1911-1915), ou «suprématie mariale» qui réaffirmait la nécessité face au modernisme de recourir à l'étude des signes telle la forme des œuvres de Dieu comme les symboles de son amour dont les grands signes telluriques d'Aor qu'ils vénéraient aux cimes des montagnes, le secrétariat central est toujours confié à Mlle Lépine et Madeleine de Grassin. Un secrétariat du midi est confié à Gabriel Mélizan résidant à Marseille. La présidence d'honneur est confiée au Comte Stéphane d'Alcantara résidant à Gand, à Madame la Comtesse de Ponchalon de Vichy et à Madame la Baronne de Truchsess-Sarachaga résidant à Munich. Puis de 1914 à 1915, la Présidence est confiée à Mgr Keesen sénateur à Bruxelles.

Après son départ, le Baron Félix de Rosnay sera remplacé par un jeune avocat parisien de 27 ans, M. Georges de Noaillat. Vice-Président de la jeunesse catholique de Paris, M. Georges de Noaillat, sera désigné par Sarachaga comme son successeur à la tête de la société anonyme gérant le Hiéron (Patrick Lequet, Le Hiéron, Les contrées secrètes, 1999 - books.google.fr).

Jeanne Lépine-Authelain resta longtemps en correspondance avec Paul Le Cour (1861-1954), fondateur en 1927 de l'association Atlantis qui tenta de reprendre quelques thèmes chers à Sarachaga. Elle lui lègue la chevalière du baron Alexis de Sarachaga, le considèrant dès lors comme le continuateur de cette école d'ésotérisme chrétien.

En 1895, Félix de Rosnay, jeune aristocrate théologien poète et journaliste, descendant d'une famille de France installe dans l'Île Maurice depuis le XVIIIe siècle, se mettra au service de Sarachaga dont les publications lui avait été présentées par Mgr Meurin. Il participera aux productions littéraires du Hiéron pendant cinq ans. Outre un grand article sur «le Chrisme, les Lys et le symbolisme à Paray» paru dans le Novissimum Organon, il est l'auteur d'un petit livre sur le «Hiéron du Val d'or» paru à Paris en 1900, qui en 1925 valu à Paul Le Cour de découvrir l'énigmatique société dont il sera l'un des héritiers (Patrick Lequet, Le Hiéron, Les contrées secrètes, 1999 - books.google.fr).

Pendant trois années (durée des initiations), je fus en correspondance avec elle (cette correspondance a été conservée), et je fis plusieurs fois le voyage de Paray. Au cours de ma dernière visite faite en hiver, je l'avais mise en garde contre l'appareil de chauffage situé sous son bureau et le vendredi 5 février 1926, premier vendredi du mois, après avoir communié, elle mourait asphyxiée par les émanations délétères de cet appareil en même temps que la femme du nouveau directeur, Mme de Noaillat, qu'elle avait tenté de secourir (Paul Le Cour, Ma vie mystique, 1955 - books.google.fr).

Le vendredi 5 février 1926, premier vendredi du mois, à Paray-Le-Monial, un prêtre, ami de la famille, surpris de ne pas voir Marthe et sa secrétaire, Mlle Jeanne Lépine, au repas de midi qu’elles ont l’habitude de prendre à l’hôtel du Sacré-Cœur, se rend au musée, rue de la Paix, pour prendre de leurs nouvelles. Il prend l’escalier qui conduit à la loge et quel n’est point son saisissement lorsqu’il se voit en face de deux corps inertes étendus sur le sol, ceux de Jeanne et de Marthe (Marthe de Noaillat (1865-1926), apôtre du Christ-Roi - fsspx.news).

Marthe de Noaillat

Après la mort du baron de Sarachaga et la disparition de ses collaborateurs : le baron Félix de Rosnay, le comte d'Alcantara, Madame Bessonet-Favre et enfin, de son ancienne secrétaire, Mademoiselle Jeanne Lépine-Authelain décédée en février 1926, nous assistons à l'extinction de l'activité proprement ésotérique du Hiéron. Dorénavant, ce sera Gabriel de Noaillat qui, quoique se réclamant de Sarachaga comme d'un maître, assurera la direction du Hiéron dans une ligne plus proprement orthodoxe (Marie-France James, Esotérisme et christianisme, autour de René Guénon, Tome 1, 2008 - books.google.fr).

Monseigneur de Sussex

Francis-Stanislas de Sussex naquit le jour de Noël de l'an 1820 à La Roche (Calvados). Dès sa plus tendre jeunesse, Francis-Stanislas fut initié au souvenir des épreuves, qui avaient contraint sa famille de quitter l'Angleterre. En effet, en s'expatriant, ses ancêtres avaient emporté avec eux les titres, qui établissaient leurs liens de parenté avec les meilleures familles d'Outre-Manche. Or, au conimencement du XIXe siècle, le blocus continental ayant rendu momentanément périlleuse en France la situation des familles d'origine anglaise, Mme du Moustier, tante de Francis-Stanislas, enfouit les principaux de ces documents dans une cachette de son château du Valobert, en Normandie; et, plus tard, en confia la garde à ce jeune neveu à titre d'aîné de sa génération. Mais ce qu'il convient surtout de mettre en relief dans la jeunesse d'un Prélat, qui se glorifiait bien plus des traditions chrétiennes de sa famille que de sa noblesse, c'est la forte éducation qu'il trouva auprès du vénérable curé de Louvagny, son oncle maternel. Ravi des qualités remarquables dont Dieu s'était plu à déposer les germes en cet enfant, le digne prêtre, très pieux lui-même et très instruit, se faisait un bonheur de cultiver cette jeune âme; et il fut l'instrument dont Dieu se servit pour y implanter cette foi vigoureuse, inébranlable comme le roc, qui non seulement ne fut jamais entamée par le rationalisme de notre temps, mais contribua souvent à raffermir chez les autres des convictions plus ou moins ébranlées : «Si un homme d'une si haute intelligence, disait-on, se soumet d'esprit et de cœur aux enseignements de la foi, à plus forte raison, nous, devons-nous incliner notre faible raison devant la doctrine révélée.» Auprès de son vénérable oncle, Francis-Stanislas n'avait pas moins profité au point de vue des sciences humaines . A l'âge de vingt ans, ce jeune homme était déjà un chimiste distingué. Il habitait alors à Liverpool, où il s'était fixé en 1837. Quelques années plus tard, il publiait à Londres et à Paris, sur l'agriculture, des travaux remarquables, qui firent faire de grands progrès à cet art si important et lui méritèrent ce témoignage flatteur du Docteur Reinvillier : «Le nom de M. de Sussex appartient désormais à la postérité et ira se ranger à côté de ceux des hommes de génie, qui ont été les bienfaiteurs de l'humanité.» Aussi de bonne heure l'Académie Royale de Londres et plusieurs Sociétés savantes le reçurent-elles parmi leurs membres. Revenu en France vers la fin du règne de Louis-Philippe, M. de Sussex eut bientôt l'occasion d'ouvrir à l'activité de son esprit d'autres débouchés. Quelques années plus tard en effet, il se passionna pour l'étude, toute nouvelle alors, de l'aluminium. M. de Sussex utilisa notamment le merveilleux son de l'aluminium en barre et fit fondre une cloche de ce métal, qui fut plus tard donnée à un musée de Rome. Il s'intéressait aussi à l'industrie du verre. C'est ainsi qu'il fit don à la manufacture nationale de Sèvres d'une glace d'environ quatre mètres carrés, qu'il avait fait couler. Notre savant était en même temps un patron modèle. Plein de sollicitude pour les nombreux ouvriers qu'il employait, il s'inquiétait de tous leurs besoins et, se regardant comme ayant charge d'âmes, il veillait consciencieusement sur leur conduite; et, pour protéger eux et leurs familles contre les dangers moraux de leur condition, il fonda des cités ouvrières, des écoles, des associations diverses, qui ont fait de M. de Sussex l'un des initiateurs des œuvres ouvrières modernes. Nous pourrions encore montrer M. de Sussex s'adonnant avec succès à d'autres branches des sciences, la physique notamment et la botanique. Mais il faut nous borner. Il suffira de dire en terminant, que, durant toute sa vie, même lorsqu'il fut prêtre, il aima et cultiva les sciences; aux jours de sa vieillesse, à Montmorency, il avait encore un laboratoire !

Un lot est vendu par Acturial en provenance de la descendance de Charles de Gaulle (1890 – 1970) : - 2 cartes de visite autographes de félicitations à Henri et Jeanne de Gaulle pour la naissance de Charles, novembre 1890 : abbé J. Richard, doyen-curé de Saint-André de Lille; Monseigneur de Sussex à Montmorency; - Gravure par Fernand Bourguignon, 1967, signée par l’artiste en bas à droite, avec son tampon au dos; 32 x 24 cm de la maison natale du général de Gaulle à Lille - www.artcurial.com

Le chimiste allemand Wæhler avait, en 1827, dégagé pour la première fois ce métal en décomposant le chlorure d'aluminium par le potassium. Mais il ne l'avait obtenu que sous forme de poudre grise. Ce fut en France, et seulement vers le milieu du XIXe siècle, que l'aluminium put être obtenu en masse compacte et que furent révélées les propriétés de ce métal et ses applications à l'industrie, notamment à la bijouterie. Tout le monde sait la gloire, très méritée du reste, qu'ont attirée à M. Henri Sainte-Claire Deville ses savants et persévérants travaux sur l'aluminium. Ce qu'on sait moins, c'est la part qu'a eue M. de Sussex dans les premières études faites en France sur ce métal. MM. de Sussex et Sainte-Claire Deville furent en effet, en ce qui concerne l'aluminium, des collaborateurs de la première heure dans le laboratoire du modeste savant qui fait l'objet de cette notice. Néanmoins, quelque vif que fût l'attrait de M. de Sussex pour les sciences, jamais il ne se laissa absorber par elles : dans son vaste esprit, il y avait encore place pour d'autres passions. C'est ainsi que, dès sa jeunesse, M. de Sussex se sentit attiré vers la métaphysique : une âme élevée ne se contente pas du terre à terre des faits; une intelligence de haute portée cherche la raison dernière des choses. Il aimait les sciences naturelles, nous l'avons dit; mais il ne s'arrêtait pas à leurs données particulières. Par le raisonnement philosophique, il les reliait entr'elles, il les reliait surtout aux premiers principes et, par là, à Dieu lui-même, source fondamentale de toute vérité et de toute science. C'est même parce qu'il considérait les sciences à ce point de vue supérieur, qu'il conseillait aux jeunes ecclésiastiques de les cultiver ; il leur faisait remarquer que, sérieusement entreprises et bien dirigées, ces sortes d'études contribuent puissamment à fortifier la foi. Un pareil attrait pour la philosoqhie ne pouvait manquer de conduire M. de Sussex à la théologie. Aussi, bien longtemps avant son entrée dans l'état ecclésiastique, il s'était initié aux secrets de la science sacrée et s'était même peu à peu formé une bibliothèque, qui était plutôt celle d'un religieux que d'un homme du monde. Ces sérieuses études n'avaient pas desséché l'âme de M. de Sussex. Jusqu'à son dernier soupir, il cultiva avec amour et succès la littérature et la poésie; durant toute sa vie il aima les arts, l'art chrétien surtout. Dieu lui avait également accordé le don si précieux de la parole. Cette éloquence servit admirablement son zèle sacerdotal pendant la troisième phase de sa vie. Mais, dès la période laïque de son existence, il eut l'occasion de révéler son talent d'orateur, notamment dans un magnifique discours sur la Pologne, qui, vers la fin du règne de Louis-Philippe, attira l'attention des esprits cultivés et celle du vieux roi lui-même. Nous avons déjà fait plusieurs fois allusion à l'entrée de M. de Sussex dans l'état ecclésiastique; du reste, le titre même de cette petite notice est, à lui seul, une révélation à cet égard. Mais la vocation sacerdotale de notre savant ne se manifesta que vers le milieu de sa longue carrière. M. de Sussex passa en effet par l'état du mariage : il y entra même fort jeune, à l'âge de 21 ans. Il vint de Liverpool pour épouser en Normandie Mlle de Révérend, issue d'une des plus honorable familles de la contrée. Sa jeune femme lui donna de nombreux enfants, dignes tous des vertueux parents dont ils ont été la joie. Dans cette famille, Dieu était le lien de tous, le centre de tout. Il a même été pendant longtemps l'hôte de ce foyer modèle : car, quelques années après son mariage, M. de Sussex obtint, pour lui et pour les siens, l'insigne faveur de la possession du Très Saint Sacrement dans la chapelle domestique. Nature supérieure, M. de Sussex était en même temps l'homme bon par excellence. Aussi a-t-il été tendrement aimé de tous les siens : on l'a bien constaté au moment de sa mort, où trois générations de descendants l'ont pleuré comme le meilleur des pères. De même, M. de Sussex a partout et toujours conquis l'estime et l'affection de ceux qui l'ont connu. Jamais il n'eut d'ennemis, sinon quelques ingrats. Il eut au contraire de nombreux amis, pour lesquels son dévouement fut toujours sans bornes, et sa fidélité inébranlable. M. de Sussex était rentré en France avec sa famille vers la fin du règne de Louis-Philippe. En 1865, un grand malheur vint en un instant réduire à néant le bonheur de son vertueux foyer : Mme de Sussex fut enlevée à l'affection des siens ! Sous cette croix, que notre grand chrétien accueillit avec des dispositions parfaites, Dieu, comme toujours, cachait des desseins miséricordieux. En effet, venu pour la première fois à Rome l'année suivante (1866), M. de Sussex fut reçu par le Pape Pie IX, de vénérée mémoire. Par une sorte d'inspiration, le Saint Pontife discerna une vocation ecclésiastique dans cette âme visitée par l'épreuve et envoya ce clerc improvisé dans un des séminaires de la Ville éternelle. Comme, depuis longtemps, tant par ses études que par sa vie profondément chrétienne, M. de Sussex se préparait à son insu au sacerdoce, l'initiation immédiate ne fut pas de longue durée. Aussi, après un court intervalle de temps, le séminariste fut-il élevé, en passant par tous les degrés inférieurs, à la dignité sacerdotale; et, plein de confiance dans son nouveau prêtre, Pie IX lui conféra bientôt, avec une spontanéité qui en double le prix, deux insignes prélatures, celles de Camérier secret et de Chanoine de l'ordre des évêques de la Basilique de Lorette. Pendant plus de trente années, Mgr de Sussex a servi, avec un zêle d'apôtre, l'Eglise et les âmes par la prédication, les missions et les travaux théologiques. Attaché par des liens spirituels à l'Ordre du Carmel, le pieux Prélat eut, dès 1869, l'occasion de donner à ce vénérable Institut un témoignage de son dévouement en collaborant pour une large part à l'œuvre d'unité, qui fut entreprise à cette époque à l'égard des couvents de Carmélites de France. Il écrivit alors, en collaborant avec le carmel de Meaux, la vie de saint Jean de la Croix; et, cette même année, prêcha au grand séminaire de la même ville la retraite ecclésiastique. L'année suivante, Mgr de Sussex assistait, en qualité de théologien, au concile du Vatican; puis, en novembre 1870, il commençait en Angleterre une série de missions dans les diocèses de Clifton, de Plymouth, de Southwark et de Westminster. Pendant ces quelques années d'un apostolat, que son zèle et son origine anglaise lui rendaient deux fois cher, il fut chargé de la direction de plusieurs communautés religieuses, contribua à l'érection de plusieurs chapelles catholiques, instruisit et ramena dans le giron de l'Eglise beaucoup d'égarés. Il eut notamment la consolation de rouvrir à Wells, comté de Somerset, un lieu de culte pour les catholiques, après trois siècles de cessation de leurs cérémonies : nous voulons parler de la chapelle du couvent des Carmélites, dédiée à saint Joseph et à sainte Thérèse. Cette restauration couronna l'apostolat de Mgr de Sussex en Angleterre. Le pieux Prélat, en effet, après avoir terminé cette œuvre importante, rentra définitivement en France, où il s'adonna à la prédication. Lunéville, Mâcon, Séez, Paris, Epernay, même Jupille-lez-Liège, en Belgique, telles furent les principales villes où Mgr de Sussex fit entendre son éloquente parole. Mais, après quelques années, sentant ses forces décliner, il dut renoncer à ce genre d'apostolat et se retira définitivement dans son Ermitage de Montmorency. Là, partageant son temps entre la prière, l'étude et la pratique de la charité, il attendait en paix l'heure de Dieu. Toujours zélé pour la cause de l'Eglise, toujours attentif aux événements, heureux ou malheureux, qui pouvaient influer sur les intérêts de la religion, il accueillit avec une joie toute particulière, en 1897, la nouvelle de l'institution par Léon XIII d'une association de prières et de bonnes œuvres pour le retour à la foi catholique de l'Angleterre, pays d'origine de sa famille. Le directeur de l'Archiconfrérie bénéficia, dans une visite qu'il eut l'honneur de faire au pieux «ermite» de Montmorency, de la chaude sympathie, que celui-ci ressentait pour l'œuvre si apostolique de Notre-Dame de Compassion. L'Archiconfrérie doit à Mgr de Sussex de nombreuses recrues; et son directeur un parfum d'édification, qui, après plusieurs années, est réconfortant comme au premier jour. Quoique Mgr de Sussex ait publié peu d'écrits théologiques, il a laissé sur la science sacrée des manuscrits considérables. Lorsque la mort l'a frappé, il y a quelques semaines il mettait la dernière main à un ouvrage doctrinal sur le Sacré-Cœur, «en qui, dans l'oraison du soir de sa vie, il résumait le dogme et la piété». Comme nous l'avons insinué plus haut, Mgr de Sussex unissait à la prière et à l'étude l'exercice de la charité. «Il fallait le voir auprès des petits, des égarés et des malheureux : il suivait de près les traces du divin Prêtre. Il pratiqua l'aumône jusqu'au dépouillement du nécessaire : dans les dernières heures de sa vie, il envoyait encore aux pauvres, qu'il appelait ses «clients», le contenu de sa bourse». Mûr pour le ciel, le vénérable Prélat se surpassa en foi, en piété, en résignation, en courage pendant la maladie qui vient de l'emporter. Il voulut recevoir de bonne heure les sacrements de l'Eglise, donnant en cela un grand exemple à ces chrétiens de nos jours, qui reculent si témérairement l'accomplissement de ce suprême devoir. Benedictus qui venit in nomine Domini (Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur) : telles furent les paroles par lesquelles Mgr de Sussex accueillit M. l'abbé Rougeaux, vicaire à Montmorency, lorsque ce digne prêtre arriva apportant au pieux octogénaire le saint Viatique et l'Extrême-Onction. On croirait entendre l'écho du Veni, Domine Jesu (Apoc. XXII, 20), du disciple bien-aimé, soupirant à Pathmos après son union éternelle avec le Divin Maître. Jésus vint en effet plusieurs fois visiter sur son lit de douleur son prêtre fidèle; et, le 9 avril, jour du Jeudi-Saint, il mit fin pour lui aux obscurités et aux vicissitudes du temps. La cérémonie des funérailles de Mgr de Sussex a eu lieu dans l'antique église de Montmorency, le lundi de Pâques 13 avril, en présence de sa nombreuse famille et d'une foule d'amis. Deux vénérables prêtres de Normandie, MM. Brillet, curés de Castillon et de Grand-Mesnil, étaient accourus à la nouvelle de cette mort et ont représenté aux obsèques du vénéré défunt sa seconde patrie. LL. EE. les Cardinaux de Paris et de Westminster; Son Excellence Nonseigneur le Nonce apostolique; NN. SS. les Evêques de Versailles, du Mans, de Bayeux, de Plymouth et de Nottingham; des supérieurs d'Ordres religieux, de nombreux prêtres et diverses communautés ont envoyé à la famille du pieux Prélat de précieux témoignages de sympathie et l'assurance de leurs prières Dans beaucoup d'églises, des messes ont été spontanément offertes par des prélats et des prêtres, amis et admirateurs du défunt.

Parmi ses alliés d'Angleterre, la famille de Sussex compte la vénérable Anne Line, pieuse veuve, exécutée à Tyburn vers la fin du règne d'Elisabeth, en 1601, pour avoir caché un prêtre catholique : «Je ne regrette qu'une chose, disait la courageuse femme en allant au supplice, c'est de n'en avoir pas caché mille».

Tout concourt donc pour consoler la chrétienne famille de Mgr de Sussex. Néanmoins, pour entrer dans les vues des héritiers de son nom et de ses vertus, nous demandons à tous ceux qui liront ces lignes de prier encore pour le vénérable Prélat, afin de hâter, s'il est nécessaire, le moment où il recevra la plénitude de la récompense. G. BILLECOCQ, P.S.S. (G. Billecocq, Monseigneur de Sussex, Revue de L'Archiconfrérie de Notre-Dame de Compassion, Instituée Pour Le Retour de la Grande-Bretagne À la Foi Catholique, 1903 - books.google.fr).

La Légitimité du 12 juillet 1885 disait : Un prélat anglais, Mgr de Sussex, a assuré dernièrement à plusieurs de nos amis avoir vu, dans les Archives de Pie IX, des documents relatifs à l'évasion de Louis XVII (Victor de Stenay, Portraiture d'une famille prussienne, 1888 - books.google.fr).

Sussex a écrit dans le Novissimum Orgnon, malgré l'hostilité grandissante de la hiérarchie catholique vis-à-vis du Hiéron :

Avril-mai-juin 1899. Les Inventions Régénératrices Dominantes, dont la deuxième synthèse procure le bien-fondé des Demandes normales de l'Agneau-Hostie. - De Sussex: Noël 1898, dédié aux membres du Hiéron. - F. André Les Targums du Grand-Occident; partie graphique et figurative. - F. de Rosnay: Le duc Boson, de Bourgogne, soutien de la Loi Salique et défenseur du Pactum Romanum. - A. de Sarachaga: Un calendrier antédiluvien et druidique, trouvé dans les environs de Paray. (Polybiblion : revue bibliographique universelle, 1899 - books.google.fr, fontainedarethuse.com).

En 1895, le Novissimum Organon dont le titre s'inspirait du Novum Organon de Francis Bacon succédait à «l'Institut des Fastes du Sacré Cœur».

Xavier Barbier de Montault qui n'apprécia pas les premiers articles «qui ressemblaient trop souvent à des élucubrations d'illuminés» quitta le Hiéron. Entraient au Collège, le Docteur Henri Favre, Hermétiste, ami d'Edouard Drumont, qui envisagea de créer un ordre chevaleresque dont le siège aurait ete situe dans l'Île de Sein et sa fille Mme Bessonnet-Favre qui, sous le pseudonyme de Francis André devint une des grandes animatrices du Hiéron qu'elle appelait la Franc Maçonnerie d'Occident. (Patrick Lequet, Le Hiéron, Les contrées secrètes, 1999 - books.google.fr).

L'aluminium et les roches ignées

L'aluminium est, de tous les métaux, celui qui paraît le plus répandu dans la nature. Il est toujours, sauf dans la cryolithe (fluorure double d'aluminium et de sodium), combiné à l'oxygène sous forme d'alumine ou de sels d'alumine. C'est ainsi qu'il est la base principale des argiles, des roches ignées. L'alumine presque pure compose le saphir, le rubis, le corindon (A. Spiral, Notes sur l'aluminium et ses alliages, Mémoires et compte-rendu des travaux de la Société des ingénieurs civils, Volume 1, 1891 - books.google.fr).

Quand on envisage à distance et avec le recul que donne la mort l'oeuvre considérable d'Auguste Michel-Lévy (1844-1911), on y aperçoit d'abord, ce me semble, deux points culminants qui brillent d'une lumière toute particulière : la création de la science pétrographique française avec la reconnaissance du vrai rôle des terrains cristallophylliens et la synthèse des roches ignées. Dans les deux cas, Michel-Lévy a travaillé souvent en collaboration avec celui qu'il appelait volontiers «mon maître et ami Fouqué».

Ferdinand FOUQUÉ (1828-1904) fut reçu à Saint-Cyr, puis dut regagner Mortain en raison de la Révolution de 1848. Il y prépara seul, avec succès, le concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure (1849), où il travailla avec le chimiste Henri SAINTE-CLAIRE DEVILLE, tout en préparant un doctorat en médecine (1858). Il étudia à Naples l'éruption du Vésuve avec Charles SAINTE-CLAIRE DEVILLE, dont il avait été l'élève, dont il devint le collaborateur au Collège de France, et auquel il succéda au poste de professeur au Collège de France.

L'œuvre géologique de Michel-Lévy a été principalement consacrée à notre sol national. Ses efforts ont porté tout d'abord sur la partie orientale du Massif Central, du Morvan au Lyonnais; il y a consacré 17 ans, de 1870 a 1887. Pendant ces années de jeunesse, il employait toute la belle saison aux recherches sur le terrain; il passait ses journées à parcourir la montagne, puis le soir, chargé d'observations nouvelles, il rentrait dans le coin de verdure où il avait installé les siens, ne séparant pas sa vie de famille de ses chères études; c'est ainsi qu'un de ses enfants est né à Autun au cours d'une de ses tournées géologiques (www.annales.org - Fouqué, www.annales.org - Michel-Levy).

IGNÉ, ÉE adj. (i-ghné lat. igneus; de ignis, feu, le même que le lithuanien ugnis, ancien slave ogni, russe ogoni, et le sanserit agni, le feu et le dieu du feu). Qui est de feu, qui a les qualités du feu : Les météores IGNES comprennent les étoiles filantes, les bolides et les aérolithes (E. Littré). Géol. Produit par l'action du feu: Couches de formation IGNÉE. Roches IGNÉES. Le terrain primitif est d'origine IGNÉE (Toussenel) (Grand Dictionnaire Universel Larousse, Volume 9, 1873 - books.google.fr).

Dolmen de Chevresse - p.cartorum.fr

La granulite pegmatoïde du type de Baveno forme au centre même du Morvan, entre Quarré-les-Tombes, La Roche-en-Brénil et Saint-Brisson, un massif important. C'est une belle pierre de taille pour la construction, souvent tabulaire et ayant par suite donné lieu à de fausses apparences de dolmens (Fort-Séveresse près la Roche-du-Chien, etc.). Nous pensons qu'on doit y rattacher le type schisteux d'Étang, à l'ouest d'Autun (Miche-Lévy, Notes sur les roches éruptives vues par la Société dans sa course du 30 août 1876, 1876 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Dolmen Chevresse).

La grande plaine d'alluvions mio-pliocènes qui va du Bourbonnais à la Saône comporte d'importants dépôts argileux (Bourbon-Lancy, Paray-le-Monial, Montchanin, Chagny) jusqu'à rejoindre les plaines alluviales de la haute Saône et du Doubs. Comme les dépôts de formation analogue de la région parisienne (axe Provins-Mantes) du Tertiaire Moyen, ces argiles ont souvent une teneur élevée en alumine qui convient à la fabrication des produits réfractaires (François Richard, Tuileries et briquetteries en Saône-et-Loire, Annales de Bourgogne, revue historique, Volumes 62-63, 1990 - books.google.fr).

Agni - www.worldhistory.org

Agni

C'était aussi un infatigable ami de la vérité que le savant et modeste M. Obry, juge honoraire au tribunal d'Amiens, membre de l'Académie de cette ville. M. Obry donnait l'exemple rare d'un magistrat de province se tenant au courant des études les plus avancées. La philologie et la mythologie aryennes comparées étaient l'objet de ses prédilections. Son esprit indépendant se plaisait aux problèmes de l'histoire religieuse; sa haute sagesse pratique le préservait des vaines poursuites de réputation et d'ambition, achetées toujours au prix de tant de sacrifices de conscience, et qui rendent si rarement ce qu'on leur sacrifie. Il est mort dans un âge avancé, à près de soixante et dix-huit ans, travaillant à la publication d'un de ses mémoires les plus hardis et les plus savants.

M. Obry, dont nous regrettions tout à l'heure la mort a publié, dans les derniers mois de sa vie, un mémoire dont il avait donné depuis longtemps connaissance à plusieurs de ses amis. M. Obry cherche à établir des rapprochements entre Jéhovah et Agni et à fonder une sorte d'exégèse biblico-védique. Je ne partage pas l'opinion du savant magistrat; quoique l'origine du nom de Jéhovah soit fort obscure, je ne pense pas qu'il ait rien de commun avec tel ou tel mot sacramentel de la religion védique; mais tout ce qui est sorti de la plume de M. Obry est digne d'être médité (Rapport annuel, Journal asiatique, 1871 - books.google.fr).

Son dernier travail sur Jéhovah et Agni, ces études bliblico-védiques dont il s'occupait depuis si longtemps, dès 1831, si je ne me trompe, demeurent aussi inachevées (Jéhovah et Agni, études biblico-védiques. Mém. de l'Acad. d'Amiens. II série, VI p. 245 à 369. VII p. 413 à 572). Il se proposait d'y démontrer que le Jéhovah du Pentateuque et l'Agni de Rig-Veda, qui, à la longue, ont grandi dans l'esprit de leurs adorateurs avec les progrès de la civilisation, n'étaient originairement qu'un seul et même dieu ayant, l'un chez les Patriarches de Canaan et les Israélites du désert, l'autre chez les Aryens, les mêmes caractères, les mêmes attributs, les mêmes symboles, les mêmes dénominations, même rôle enfin dans le gouvernement du monde. Ce travail embrasse donc les choses et les mots, les idées et leurs signes. L'auteur puise ses arguments dans le Pentateuque et le Rig-Veda, sans se préoccuper de l'antiquité absolue ou relative de ces deux recueils qui lui semblent également dignes de confiance. [...] Dans le chapitre Coup-d'œil sur la religion primitive des Aryens, M. Obry montre que l'antique religion des tribus aryennes avait pour objet le culte des agents et des phénomènes de la nature divinisés sous les noms de Asurus et de Divas (les vivants et les lumineux); que par des réductions successives ils les avaient réduits à 3 dieux, puis à 2 seulement, enfin à un dieu unique, Agni, le feu. [...]

Jean-Baptiste-François Obry, né à Villers-Bretonneux le 17 septembre 1793, fut avoué, près le tribunal civil d'Amiens pendant 20 ans, de 1819 jusqu'en 1839; il fut le 30 août 1849 nommé juge de ce même tribunal dont il faisait partie déjà depuis 1834 en qualité de juge suppléant; il devint juge honoraire quand la limite d'âge l'atteignit, et mourut le 3 mars 1871.

Dans ces différentes fonctions M. Obry se concilia la sympathie de tous par la droiture de son caractère, et se fit apprécier par sa connaissance profonde des affaires. Plusieurs des mémoires qu'il a dû rédiger sur des points difficiles, sont des questions de droit qui eussent fait honneur au juriste le plus consommé. C'est durant cette vie très-occupée, et sans jamais négliger aucun de ses devoirs, qu'il sut trouver des loisirs pour les études auxquelles il se livrait avec autant d'ardeur que de succès (Mémoires de l'Académie des Sciences, des Lettres et des Arts d'Amiens, Tome 2, 1875 - books.google.fr).

Jules Barthélemy Saint-Hilaire, as a virulent crittic of Buddhism, had written a series of articles to the Journal des Savants in 1854-55 attacking the Buddhist doctrine of Nirvana as total annihilation. Jean-Baptiste Francois Obry, a student of de Chézy had argued against it in a comprehensive paper in 1856 entitled "Du Nirvana Indien ou de l'affranchissement de l'âme après la mort, selon les Brahmanes et les Bouddhistes" (Encyclopaedia of Buddhism, Tome 5, 1961 - books.google.fr).

Antoine-Léonard Chézy, né le 15 janvier 1773 à Neuilly et mort du choléra le 31 août 1832, est un orientaliste français, connu surtout pour avoir traduit pour la première fois en français plusieurs classiques de la littérature sanskrite et de la littérature persane.

En 1814, sous l'impulsion de Silvestre de Sacy deux nouvelles chaires sont créées au Collège de France, le chinois et le sanskrit. Chézy devient titulaire de la chaire de langue et de littérature sanskrites, occupant ainsi la première chaire de sanskrit en Europe.

Remarqué tout d’abord pour sa traduction de Majnoun et Leila du poète persan Djami, Antoine-Léonard Chézy s’est surtout illustré par ses traductions du sanskrit, en particulier celle du chef-d'œuvre de Kâlidâsa l'Abhijñanasakuntalam («Reconnaissance de Shakuntalâ»), traduction publiée en 1830. Flaubert, à qui Maxime du Camp en avait procuré un exemplaire, projeta d’en tirer un drame, auquel il travailla pendant plus d’un an avant de le délaisser au profit de La Tentation de saint Antoine. Théophile Gautier y puisa pour écrire le livret de son ballet, L'Anneau de Çakountala, paru en 1858.

Il est le fils d'Antoine Chézy, ingénieur et directeur de l'École des ponts et chaussées, et Marie Barbe Pollin et le beau-frère de Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville (fr.wikipedia.org - Antoine-Léonard Chézy).

Il paraît que vers l'année 1775, M. Chezy, directeur de l'école des ponts-et-chaussées, rechercha le premier, à l'occasion du canal de l'Yvette, dont il était chargé de rédiger les projets, une formule au moyen de laquelle on pût établir plus exactement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les rapports existans entre la pente d'un aqueduc, les dimensions de sa section transversale, et le volume d'eau qu'il doit amener (Pierre-Simon Girard, Mémoires sur le canal de l'Ourcq et la distribution de ses eaux, 1831 - books.google.fr).

Christophe-Paulin de La Poix de Fréminville, dit le Chevalier de Fréminville (24 janvier 1787 à Ivry-sur-Seine - 12 janvier 1848 à Brest), est un officier de marine, savant, archéologue et écrivain français. En raison de son goût pour le travestissement en costume féminin, suite à un chagrin d'amour semble-t-il, ce qui fait sensation à Brest, il est aussi connu sous les noms de «Mademoiselle Pauline» et «La chevalière».

Disciple de Cambry, il est membre depuis 1810 de l'Académie celtique, laquelle académie devient Société royale des Antiquaires de France sous sa présidence en 1816. Installé à Brest et membre de l'association du «Temple», se voulant la «continuatrice» de l'ordre des Templiers, il fonde les études archéologiques en Basse-Bretagne, publiant notamment un Cours d'études des Antiquités nationales et Les Antiquités du Finistère. Il relate ses multiples excursions archéologiques dans les départements du Finistère, des Côtes d'Armor et du Morbihan dans les Antiquités de la Bretagne entre 1827 et 1844. Comme ses contemporains, il considère les monuments mégalithiques comme des monuments celtiques et voit dans les dolmens des temples grossiers pour les druides (fr.wikipedia.org - Chevalier de Fréminville).

Ainsi les anciens sages se sont-ils figurés le mouvement animateur du Cosmos. Ils ont imaginé une radiation partant d'un centre et se propageant intarissablement en tous sens à travers l'espace, comme la lumière émane d'un foyer lumineux. Mais Lumière fut pour eux un terme choisi par analogie, leur Vraie Lumière n'étant pas celle qui frappe la rétine. Les Kabbalistes entendent par Aôr Ensoph, Lumière infinie, l'agent qui débrouille le chaos antérieurement aux lumières célestes, foyers pour nous de lumière physique. Il faut se représenter cette radiation initiale comme partant simultanément de partout, non d'un centre unique, mais de foyers d'émanation multipliés à l'infini (Oswald Wirth, Le symbolisme hermétique, Dervy, 1995, p. 10).

Agni, the "Divine Fire," the deity of the Hindu, is the sun,t for the fire and sun are the same. Ormazd is light, the Sun-God, or the Life-giver. In the Hindu philosophy, "the souls issue from the soul of the world, and return to it as sparks to the fire." But, in another place, it is said that "the Sun is the soul of all things; all has proceeded out of it, and will return to it," which shows that the sun is meant allegorically here, and refers to the central invisible sun, GOD, whose first manifestation was Sephîrâh, the emanation of Ain-Soph - Light, in short.

"His radiance is undecaying," says the Rig-Veda, "the intensely-shining, all-pervading, unceasing, undecaying rays of Agni desist not, neither night nor day." This evidently related to the spiritual, central sun, whose rays are all-pervading and unceasing, the eternal and boundless lifegiver (H. P. Blavatsky, Isis Unveiled: (Two Volumes in a Slipcase), 1994 - books.google.fr).

Quant à l'histoire d'Aor-Agni, que nous n'«ignorons» pas du tout, il serait bon d'en finir une fois pour toutes avec ces rêveries, dont M. Le Cour n'a d'ailleurs pas la responsabilité : si «Agni se suffit à lui-même», c'est pour la bonne raison que ce terme, en sanscrit, désigne le feu sous tous ses aspects, sans aucune exception, et ceux qui prétendent le contraire prouvent simplement par là leur totale ignorance de la tradition hindoue. Nous ne disions pas autre chose dans la note de notre article de Regnabit, que nous croyons nécessaire de reproduire ici textuellement : «Sachant que, parmi les lecteurs de Regnabit, il en est qui sont au courant des théories d'une école dont les travaux, quoique très intéressants et très estimables à bien des égards, appellent pourtant certaines réserves, nous devons dire ici que nous ne pouvons accepter l'emploi des termes Aor et Agni pour désigner les deux aspects complémentaires du feu (lumière et chaleur). En effet, le premier de ces deux mots est hébreu, tandis que le second est sanscrit, et l'on ne peut associer ainsi des termes empruntés à des traditions différentes, quelles que soient les concordances réelles qui existent entre celles-ci, et même l'identité foncière qui se cache sous la diversité de leurs formes; il ne faut pas confondre le «syncrétisme» avec la véritable synthèse. En outre, si Aor est bien exclusivement la lumière, Agni est le principe igné envisagé intégralement (l'ignis latin étant d'ailleurs exactement le même mot), donc à la fois comme lumière et comme chaleur; la restriction de ce terme à la désignation du second aspect est tout à fait arbitraire et injustifiée.» Il est à peine besoin de dire que, en écrivant cette note, nous n'avons pas pensé le moins du monde à M. Le Cour; nous pensions uniquement au Hiéron de Paray-le-Monial, auquel appartient en propre l'invention de cette bizarre association verbale. Nous estimons n'avoir à tenir aucun compte d'une fantaisie issue de l'imagination un peu trop fertile de M. de Sarachaga, donc entièrement dénuée d'autorité et n'ayant pas la moindre valeur au point de vue traditionnel, auquel nous entendons nous en tenir rigoureusement (René Guénon, Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, 2022 - books.google.fr).

On peut considérer Agni comme le producteur ("feu") de la "lumière" Aor. Physiquement la lumière n'est pas une émanation de sa source, sauf si on considère qu'elles sont toutes deux de la matière.

La lumière révèle sa source dans un processus d'occultation/révélation selon le kabbaliste Cordovero comme les Séfirot révèlent l'En Sof. Sa conception n'est pas panthéiste car la première Sefira n'est pas de même substance que Dieu (Laszlo Thot, Joseph Ciantès, kabbaliste chrétien tardif ?, Documents oubliés sur l'alchimie, la kabbale et Guillaume Postel, 2001 - books.google.fr).

On a peut-être tort de parler d'émanation au sens latin du terme : plutôt émission.

Le terme d'«avatar» trouve son origine dans l'hindouisme où il signifie littéralement «descente» (avatara en sanskrit). L'avatar, c'est la descente de Dieu sur Terre pour rétablir le Dharma, qui n'est autre que la Loi cosmique (Elina Vorger, Cette lumière en moi, 2020 - books.google.fr).

Jésus-Christ est notre lumière et notre vrai guide. Comme il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a aussi qu'une vérité, et cette vérité est Dieu; il n'ya aussi qu'une vraie lumière, et cette lumière est Dieu. Or Jésus-Christ est ce seul Dieu, cette vérité, cette lumière, lumière éternelle qui fait le grand jour de l'éternité, dans laquelle Dieu voit ses beautés et sans laquelle il ne verrait rien. Cette grande lumière est descendue du ciel [kenose] sur la terre qui était toute enveloppée d'épaisses ténèbres; mais elle s'est cachée sous la nuée de notre chair mortelle, non pour obscurcir, mais pour tempérer son trop grand éclat, et pour s'accommoder à la faiblesse de nos yeux (Joan., 1). C'est la seule vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde, comme dit l'Évangile; et quiconque n'a point d'yeux pour la voir est un aveugle, quelqu'autre lumière qu'il pense avoir (Louis-François d'Argentan, Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeurs de Jésus-Christ, Tome 2, 1841 - books.google.fr).

Agni, le Dieu du feu, est de couleur rouge. Il a deux visages, trois jambes et sept bras. Des flammes sortent de ses bouches. Ses deux faces indiquent les deux qualités contraires de la chaleur : la production et la destruction. Ses trois jambes symbolisent le feu nuptial, le feu des cérémonies funéraires et le feu du sacrifice. Ses sept bras correspondent aux sept couleurs primitives (Joseph Maire, Nouveaux souvenirs de Pondichéry, La revue Lyonnaise, Volume 2, 1881 - books.google.fr).

L'aspect destructeur d'Agni renvoie au "feu caché" de la maladie comme le feu de saint Antoine. Le feu potentiellement destructeur qui ne brûle pas Sothée et Simplice à Autun à la Noël, produit, manifeste leur innocence.

La coutume de brûler la bûche de Noël que l'on appelle dans le midi le feu sacré ne rappelle-t-elle pas Agni confondu dans l'imagination populaire avec Indra-Soleil son fils qui à partir du 25 décembre reste plus longtemps sur notre horizon, et du même coup n'évoque-t-elle pas l'image symbolique de l'instrument qui faisait jaillir Agni, l'arani fait de bois emblématiques (André Paniagua, La genèse de l'homme, 1892 - books.google.fr).