Saint Tropez, un coq, un chien et un cheval
On raconte que la barque qui portait en provenance d'Italie la dépouille mortelle de Torpès (futur saint Tropès; lat. Torpetius, fêté le 29 avril), un chevalier de Pise converti au christianisme et décapité sur ordre de Néron en 68 après J.-C., s'échoua dans un premier temps sur le rivage de l'actuelle Saint-Tropez. Avertie en songe, une sainte femme nommée Célerine alla au petit matin recueillir le corps acéphale du malheureux sur la grève... Miracle, le corps était intact ! En effet, ni le chien ni le coq placés sur l'esquif par les païens dans l'espoir qu'ils dépèceraient et souilleraient le corps, n'avaient touché à la dépouille du saint martyr. Dans un second temps, la barque, encore lestée de ses deux passagers d'infortune - emblèmes de vigilance et de fidélité pour les chrétiens, mais aussi compagnons du Mercure gaulois ! -, vint heurter le fond du golfe. Sous l'effet du choc, le coq, affolé, s'envola au-dessus d'un champ de... lin, puis vint s'y poser, désignant ainsi le lieu d'une nouvelle fondation de village au confluent de la Giscle et de la Môle, qui n'était à l'époque qu'une étendue d'eaux saumâtres infestées de moustiques et de roseaux. Et c'est ainsi que le coq, en s'unissant au lin, créa le village de Cogolin, un des premiers rébus de l'histoire, au cours duquel le chien, mystérieusement, disparut (momentanément). Le coq et le lin figurent d'ailleurs dans les armoiries ainsi rendues «parlantes» de ce village rural situé à la lisière des bois des Maures et ayant pignon sur la Méditerranée. Confirmation de la légende, les pipes de fabrication locale sont elles aussi estampillées d'un coq d'argent. L'étymologie de Cogolin, qui apparaît pour la première fois en 1055 sous la forme Cucullinus (Cugullino, 1079; de Cogolino, ca. 1200), est fort contestée ou, du moins, à plusieurs niveaux linguistiques. Pour J. Astor, qui s'efforce d'atteindre la couche la plus ancienne, elle se rattache à la racine préceltique *kukul-, elle-même issue de *kukk- «hauteur» (qui donne les Cuq, Cucq, Montcuqet autres Cucuron) (2002 : 281). Pour E. Nègre, elle vient probablement de l'occitan coucouri, coucouli, gougouli «cône de pin» désignant métaphoriquement une hauteur (1991 : 11, 1188). Selon d'autres, ce toponyme serait dérivé du celto-ligure cougoulinus qui voudrait dire «petite colline» ou du provençal cougouyoun «monticule au sommet arrondi». Une autre étymologie fait dériver ce nom de cucullus «capuche» par l'effet d'une métaphore géographique (Guide vert Côte d'Azur, p. 148). Stéphane Gendron évoque, quant à lui, l'occitan cogol «coucou» (2003 : 234). Revenons un instant au chien de la légende. S'il disparut définitivement de la légende locale de Cogolin, il ne fut pas complètement oublié de l'histoire puisqu'on raconte que, après le choc de la barque, il s'enfuit vers Grimaud, un village au fond du golfe de Saint-Tropez. Or Grimaud est un nom de chien en ancien français... Il figure d'ailleurs dans les armes de Saint-Tropez, qui sont D'azur à la barque de gueules portant Torpes allongé, un chien et un coq, surmonté d'un ange d'argent volant au-dessus et portant une couronne dans la main. La forme ancienne du nom du village-castrum de Grimaud est de Grimaldo (980), d'après l'anthroponyme germanique Grimaldus (Nègre 1991 : 11, 844) et, historiquement, d'après le nom de la famille des Grimaldi de Monaco (Astor 2002 : 470). Elle apparaît à la date à laquelle le village devint le fief de Gibelin de Grimaldi, en récompense de sa contribution à la défaite des Sarrasins (les Maures). D'autres sont toutefois moins affirmatifs : «Un mystère presque total règne autour des origines de Grimaud puisque les archives de la commune ont disparu depuis longtemps. Affirmer que le nom du village tient d'une appartenance lointaine avec une famille Grimaldi n'est pas faux puisque rien ne vient vraiment l'attester ni le contredire. Pas d'archives, pas d'histoires, rien que des légendes ! Même le premier nom de Grimaud, Athénopolis, d'origine grecque, s'efface des mémoires dès 46 avant J.-C. !» (d'après un article de la Revue du golfe de Saint-Tropez, no 33) (Jacques Merceron, La vieille carcas de Carcassonne, 2006 - books.google.fr).
La donation de Grimaud à Gibelin serait un faux (Raymond Bernardi, Les villages du golfe de Saint-Tropez, 1998 - books.google.fr).
Son corps était conservé dans l'église des Capucins de Saint Tropez. Le 17 mai est la fête de sa translation et le 29 avril de sa mort (Adrien Baillet, Les vies des saints et l'histoire des festes et des mystères de l'église, 1710 - books.google.fr).

Placide Costanzi (1702 - 1759) - Le martyre de Tropez - Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Pise - newdailycompass.com
Le Martyrologe d'Adon accorde une mention particulière à Torpes, parmi les officiers du palais impérial que désigne, sans les nommer, l'épître aux Philippiens. Ce Torpes, dont on a fait par corruption Tropes, et qu'Adon appelle magnus in officio Cæsaris Neronis (Adonis Martyrol. ad diem 17 maii), fut martyrisé par ordre de l'empereur, pour avoir confessé le nom de Jésus-Christ, et refusé de sacrifier aux idoles. Usuard le désigne encore plus ex pressément, parmi les Romains de distinction convertis par saint Paul : Torpes... unus ex his de quibus Paulus apostolus ab urbe Roma ad Philippenses scribit : salutant vos omnes sancti, maximè autem qui de domo Cæsaris sunt (Ad diem 17 maii). On croit que Torpes était l'échanson de Néron, signalé par saint Chrysostôme (In II Tim. hom. X, 2, Op. 1. XI, p. 722), comme ayant, par sa conversion, fourni à l'empereur un des prétextes de la persécution de saint Paul (Greppo, Trois Mémoires, etc. c. II et III, p. 14 et suiv.). Cet échanson est appelé Patrocle dans saint Lin (Acta passionis Pauli). Un autre grand officier de la cour de Néron, dont Adon et Usuard nous conservent le nom parmi les prosélytes de l'Apôtre, est Evellius, qui se fit chrétien à la vue du supplice de saint Torpes. Saint Evellius est appelé dans les faux Actes de saint Torpes (Apud Bolland. t. IV maii, p. 7, 9) et dans le Martyrologe d'Adon (loc. cit.), Consiliarius imperatoris ou Neronis. Le Martyrologe romain (Ad diem 11 maii) dit de lui la même chose, en d'autres termes: Qui cùm esset de familia Neronis (Amédée Fleury, Saint Paul et Sénèque, Tome 2, 1853 - books.google.fr, Edmond Le Blant, Les actes des martyrs: Supplément aux Acta sincera de dom Ruinart, 1882 - books.google.fr).
Philippes est une ville antique fondée par le roi de Macédoine Philippe (hippos : cheval) II en 356 av. J.-C., abandonnée au XIVe siècle après la conquête ottomane, aujourd'hui un site archéologique situé dans le nome de Kavala (Cavalle dans les sources françaises au moyen âge) en Grèce (fr.wikipedia.org - Philippes).
On donne à Tropez le titre de "chevalier romain" assez récemment en raison de la position dans l'entourage de Néron : "magnus in officio Cæsaris Neronis".
La baie de Cavalaire (cavale - cheval) demeure cependant un refuge pour les bateaux et un petit bourg («Cavalaira») continue d’y exister en tant que relais du commerce maritime. Après la fondation, en 1470, (aidée par 50 familles génoises) d’un port et d’une place forte à St Tropez, le commerce s’y déplace alors aux dépens de «Cavalaira» (www.cavalairesurmer.fr).
Récemment, Philippe Walter a proposé une interprétation des faits reposant sur son analyse des formes de Hennequin, l'un des noms du meneur de la Chasse infernale. Il propose de lire le nom comme coq-chien (germ. han, henne + normand Pour étoffer son hypothèse, il recherche quel rôle ont pu jouer le coq et le chien dans les croyances anciennes, et il débusque un témoignage important, celui de Thietmar de Mersebourg qui dit ceci : en janvier, tous les huit ans, les habitants de la région de Lejre, c'est-à-dire Roskilde, en Seelande (Danemark) immolent, aux dieux des hommes, des chiens et des coqs. Ce témoignage n'est pas isolé, nous le retrouvons christianisé dans la légende de saint Tropez : lorsque son corps décapité aborde la terre, ceux qui le découvrent trouvent un coq auprès de lui. Il ressort que ces dett animaux sont liés à un rite funéraire et sacrificiel prenant place dans la période de Noël - Thietmar parle du lendemain de «la théophanie du Seigneur». Et Ph. Walter de conclure que Hellequin/Hennequin est un esprit errant, un géant psychopompe surveillant le voyage saisonnier des âmes, ce qui a le mérite de fournir une explication neuve et plausible du personnage du meneur. Le symbolisme des deux animaux semble relativement clair si l'on se reporte aux découvertes de l'archéologie. Sur un champ d'urnes gallo-romain du Ier siècle de notre ère, on a trouvé un ensemble de trois statuettes d'argile représentant une Matrona avec enfant, un chien et un coq : à un niveau symbolique, le chien représenterait la mort et le coq la résurrection. Souvenons-nous d'un dicton suédois : «Les morts prennent la fuite devant un coq rouge» : chez les Lettons, lorsque menace Méris, la Vierge de la Peste, on tue un chat, un chien et un coq noirs, on enduit de leur sang une corde torsadée à l'envers et on en ceinture la maison n. Dans des tombes celtiques, et plus précisément dans les vases ossuaires contenant les restes des corps incinérés, on plaçait un œuf de poule (ou d'oie), symbole de résurrection. Ajoutons que, dans une tombe celtique du Valais, on a trouvé une femme âgée de quarante à soixante ans dans un cercueil de bois où se trouvait, parmi d'autres objets, une coupe avec cinq oeufs de poule : à Geren, Haut-Valais, une représentation de femme porte sur le devant de la partie inférieure de son corps une figure anthropomorphe et un coq. Philippe Walter déchiffre le mythe ainsi : le nom reflète l'accouplement de dewc animaux divins chargés d'exprimer l'acte cosmogonique sacré et la hiérogamie instauratrice de l'ordre universel au moment de la rénovation solsticiale du temps. La poursuite d'une créature surnaturelle par le Chasseur sauvage «ne serait autre que la traque de la Vierge Mère (la grande déesse) en vue d'une hiérogamie divine se réalisant par l'union du coq et du chien». Cette lecture tout à fait nouvelle de la légende a le mérite de replacer le Chasseur sauvage dans un contexte religieux et mythologique qui, à nos yeux, fut certainement celui des origines (Claude Lecouteux, Chasses infernales et Cohortes de la nuit au Moyen Âge, 2013 - books.google.fr).
L'origine mythique du motif de l'animal psychopompe (conducteur d'âme) ne saurait guère être mise en doute dans les légendes hagiographiques étudiées (Vincent, Tropez, Jacques). Toutefois, la présence simultanée du coq et du chien aux côtés de saint Tropez n'a guère été expliquée, sinon à l'aide de vagues allégories : le coq, «symbole de la vigilance ou de la foi chrétienne»; le chien, «symbole de la fidélité à Dieu», etc. De telles gloses paraissent, toutefois, bien peu satisfaisantes pour l'esprit, et le mystère de cette association animale reste entier pour peu que l'on possède un peu d'exigence et de curiosité dans l'étude de l'imaginaire hagiographique. Plus particulièrement, la présence du coq auprès du corps décapité de saint Tropez paraît devoir s'interpréter à la lueur d'un transfert du motif de la décapitation. Dans la légende hagiographique, c'est saint Tropez décapité qui est accompagné d'un coq alors que, dans les récits d'origine mythique, c'est le coq qui subit la décapitation. La «décollation» du coq appartient, en effet, aux rites carnavalesques de nombreuses régions. En France médiévale, une coutume de Carnaval associée au jeudi-jeudiot (le jeudi qui précède les jours gras) a pu être reconstituée à l'aide de divers témoignages iconographiques médiévaux et de la tradition folklorique. Un combat de coqs permettait de désigner le roi des écoliers qui portait son titre éphémère pendant les jours gras. Une miniature de 1338 atteste cette coutume. Au Portugal, existe l'usage carnavalesque de la Piniatta que Claude Gaignebet replace très justement dans le cycle de Carnaval, en relation avec le folklore du coq : «Le jour du mardi gras, un homme aux yeux bandés doit crever un coq de papier rempli d'oranges et qui est appelé piniatta (mot d'origine italienne désignant un pot).» Même s'il ne s'agit pas d'un coq vivant, le rite renvoie à un sacrifice; à l'origine de la coutume, c'est bien un animal en chair et en os qui était sacrifié à cette occasion. Dans les Hautes-Alpes françaises, le jour de la Saint-Jean-d'été (24 juin) se pratiquait le jeu du coq. Il s'agit d'un reste de rite carnavalesque fixé à une date qui en voit se dérouler bien d'autres comme celui du bûcher. Ce retour de la fête du coq sacrifié s'explique par la récurrence des rites et des mythes de Carnaval aux huit dates différentes de l'année liées au cycle des solstices ou équinoxes, et par la liaison privilégiée du coq et de l'oiseau divin au géant de l'Autre Monde. Si ce géant qui porte le nom de Hellequin (Hennequin-Annequin) est bien un oiseau-chien, on ne s'étonnera plus de trouver justement un oiseau (coq) et un chien près du corps décapité de saint Tropez. Dans la liturgie carnavalesque, le personnage décapité (ou mutilé) est souvent le géant (ou mannequin) de Carnaval. De là à supposer une relation entre cet animal et le personnage clé du mythe carnavalesque, il n'y a qu'un pas facile à franchir. Le coq est une créature carnavalesque au même titre que le géant. La fête de saint Jacques le Majeur (25 juillet ) ne tombe pas par hasard à proximité de la fête de Lugnasad qui réactualise un aspect du mythe de Carnaval celui de la décapitation d'un dieu celte sur lequel l'Église va surimprimer l'image de saint Jacques. Nul doute que la Manekine se confond alors, mythologiquement parlant, avec Annequin ou Hennequin, c'est-à-dire avec l'oiseau-chien de la Chasse infernale. Comme on l'a vu, certaines versions occitanes du conte de La Fille aux mains coupées précisent que l'enfant engendré par la Manekine est une créature incertaine : chien ou enfant, nul ne sait ! Quant à la mutilation de la Manekine (main coupée), elle prend place, selon le récit lui-même, à la Chandeleur (2 février) et, en relation avec d'autres rites carnavalesques mentionnés par le texte, elle se présente bien comme un doublet du rite de la décapitation que subissent certains animaux carnavalesques (coq, oie, etc.). On s'explique ainsi que cette femme mutilée (que certains contes appellent Brigitte et qui est la réincarnation d'une femme-oiseau) voyage en compagnie d'un enfant-chien sur une barque abandonnée aux flots, à la Chandeleur. La nef de saint Vincent transporte un cadavre mutilé et deux corbeaux (femmes-oiseaux); celle de saint Tropez un coq, un chien et un homme décapité (Philippe Walter, Mythologie chrétienne, 2011 - books.google.fr).
De toute antiquité, l'homme, mettant à profit l'ardeur belliqueuse des Coqs, s'est fait un plaisir cruel de les faire combattre les uns contre les autres. L'usage des combats de Coqs était répandu chez tous les peuples de la Grèce, mais principalement chez les Rhodiens. Les Romains empruntèrent des Grecs cet amusement barbare, et il resta en honneur chez eux jusqu'à la fin de l'empire (Jean-François-Marie Bertet-Dupiney de Vorepierre, Dictionnaire français illustré et encyclopédie universelle, Tome 1, 1857 - books.google.fr).
Au moment de la lutte, on mettait les coqs en face l'un de l'autre sur une sorte de table ou de plate-forme à rebords élevés appelée "tèlia" et on armait leur ergot d'un éperon de bronze (Scholie des Oiseaux d'Aristophane 759) (Charles Daremberg, Edmond Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romains, Tome 1, 1877 - books.google.fr).
Tropez et le cocher
Mais l'empereur ne s'en tint pas là : il imagina de fabriquer un ciel et nul n'osa le contredire. On fit donc au ciel d'airain, dressé (?) sur 90 colonnes de marbre à une hauteur de cent pieds et percé d'une (multitude) de petits trous. Ses (ministri) serviteurs firent tomber par là de l'eau sur la terre : il semblait que ce fut de la pluie; et Narzius, gardien du lieu (? loci servator), s'écria : «Que tout le monde confesse la grandeur infinie du nom de Diane : c'est en son honneur que Néron fait ces prodiges.» Il y avait aussi une machine qui imitait le soleil : Néron faisait allumer des lampes le matin et les faisait éteindre le soir; le soir, à la onzième heure, il accrochait aussi dans la machine qui reproduisait la lune, un grand miroir très clair, orné de pierres précieuses. Mais, une fois, le miroir tomba, et nul n'en trouva les morceaux. De même, comme il faisait passer un quadrige sur le ciel, afin d'imiter le tonnerre, Dieu envoya un grand vent, le quadrige fut jeté au fleuve, le cocher fut décapité et disparut. Or, un jour, que l'empereur siégeait à son tribunal et proclamait la grandeur de Diane, mère des dieux, Torpes l'arrêta : il faisait partie de son officium, mais l'Esprit-Saint le remplissait. «Il n'y a qu'un Dieu, dit-il; j'appartiens à la même famille que tes fidèles (fideles tui) martyrisés à Rome : je les ai vus couronnés par la main des anges et recevoir la vie éternelle.» «Quel est l'ordre de ta conscience qui te fait protester ainsi ?» - «Une conscience honnète retire du mal, appelle à la vie; et puis, l'Esprit-Saint souffle où il veut. Tout ce que tu fais voir n'est qu'une fiction; ton tonnerre est dans le fleuve; j'adore le Dieu vivant qui, seul, a fait les grands luminaires du ciel».
Torpes dans le texte est fêté le 3 des calendes de mai (29 avril), et non le 17 mai. Torpes est peu connu : si Adon, si Flodoard résument ses gestes, on cherche vainement son nom dans le férial hiéronymien, aussi bien que dans le calendrier populaire. Aucun texte ne peut éclairer notre enquête. Torpes est un martyr, ou du moins un saint vénéré à Pise : nos gestes l'attestent par eux-mêmes. Pise était un centre maritime important : de là le trait qui les termine, au moins dans certains manuscrits ("tous ceux qui l'invoquent en mer sont sauvés"). Il me semble très probable qu'ils sont nés, comme les gestes d'Hedestus, autour des ruines d'une villa impériale. Tous les épisodes qui les composent ne l'indiquent-ils pas ? C'est Torpes qui, pour punir l'impiété de Néron et glorifier le Seigneur, avait jeté à terre ces ruines mystérieuses qu'on voyait dans la campagne. Il est, du moins, certain que les gestes sont apparentés aux gestes d'Alexandre de Baccano, lesquels, on s'en souvient, sont parents d'Hedestus, où Néron apparaît aussi bien que dans Torpes. Voici les points de contact des légendes : 1. Nécessité du baptême de l'eau pour être sauvé; 2. Le baptême est conféré au nom du Christ; 3. L'auteur connaît les gestes des Apôtres [ici, physionomie de magicien de Néron]; 4. Souci d'authentifier l'histoire, en la rattachant, ici et là, à un personnage acteur du drame; 5. Insistance sur l'action souveraine de la grâce; 6. Conversion d'un notable païen (Herculanus, Evellius); 7. Tremblement de terre; 8. Echo des controverses touchant la fuite (Antoine se cache dans la montagne); 9. Le peuple est favorable aux martyrs
Auguste établit une colonie à Pise [Pline, III, 5, 50]. On ne sait rien sur Pise au temps de Néron C.I.L., XI, 1, p. 273].
N'est-ce pas de Vincent que vient l'idée d'avoir donné pour compagnons au martyr, un coq et un chien, bêtes que l'on mettait dans le sac des (Albert Dufourcq, Françoise Monfrin, Etude sur les Gesta martyrum romains: Le mouvement légendaire grégorien, 1988 - books.google.fr).
Saint Tropez, Hercule et Mercure
Marseille, la colonie de Phocée, a îngénieusement promené les agréables légendes de l'Hercule grec sur les traces de Melkarh, qu'elle a trouvées partout empreintes sur le sol de la Provence. Dans la marque des pas du géant, elle a mis les pas du fils de Jupiter. Hercule n'était pas le dieu des Phocéens. Pourquoi donc Hercule se montre-t-il à Heraclea du Rhône (probablement Saint-Gilles), à Heraclea Cacabaria (Cavalaire) ? Ne rencontrons-nous pas encore sur les côtes de Provence la via Herculia, mettant en communication les colonies marseillaises, comme elle avait dû rapprocher d'abord les uns des autres les comptoirs phéniciens ? il est difficile de ne pas reconnaitre Melkarth, le «Dieu seul», le Dieu sans rivaux, qui ne souffre ni émules ni voisins, dans le Portus Herculis Monaci (Monaco), dont le roc solitaire, détaché en presqu'île, comme Gibraltar, l'ancienne Calpe phénicienne des Colonnes d'Hercule (Melkarth), avait certainement attiré les regards des navigateurs de Carthage (Ernest Desjardins, Les Phéniciens dans le midi de la Gaule, Journal officier (France), 20 Mars 1877 - books.google.fr).
Heraclia Caccabaria - Port supposé massaliote mentionné dans l'Itinéraire d'Antonin (505,4 ; 505,6) sous la forme Heraclia Caccabaria. Ce port était, selon ce même itinéraire, situé au-delà de Foro Iuli (Fréjus) et du Sinus Sambracitano (Golfe de Saint-Tropez) et avant d'Alconis (rade de Bormes ?). Il s'agit sans aucun doute de l'actuelle Cavalaire, dont le nom serait directement dérivé de Caccabaria. A partir de la dénomination latine Heraclia Caccabaria, il est possible d'en déduire la forme grecque ancienne, "èrakelia kakkabaria". "èrakleia" se rapporte bien entendu au dieu Héraclès, tandis que "kakkabaria" semble dériver du grec ancien "kakkabè", la "perdrix". Cette station est-elle mentionnée par Etienne de Byzance ? Ce compilateur byzantin mentionne en effet une "èrakleia" qu'il ne situe pas, peut-être s'agît-il de cette même Heraclia Caccabaria ?
Heraclia Caccabaria a été localisée à Saint-Tropez par Sanson, Labbe et Bouche au XVIIe siècle. En effet, certains historiens ont considéré que l'Athenopolis massaliote aurait été remplacée à l'époque romaine par le toponyme Heraclia. Cette position curieuse, consistant à considérer que les romains auraient remplacé l'ancien toponyme grec, par un autre toponyme grec s'est imposée un temps. La commune de Saint-Tropez prendra même le nom d'Héraclée pendant la révolution française. Cette hypothèse est aujourd'hui rejetée (Heraclia Caccabaria/Hérakleia (Cavalaire ?) - encyclopedie.arbre-celtique.com, Honoré Bouché, La chorographie ou description de Prouence et l'histoire chronologique du mesme pays, Tome premier, 1664 - books.google.fr).
Un Mont Mercure se trouve près de La Napoule au dessus de Fréjus (Michel Fixot, Le site de Notre-Dame d'Avinionet à Mandelieu, 1990 - books.google.fr, H. Espitalier, Évêques de Frejus, 1894 - books.google.fr).
Or i'estime que Marc Aurele auoit fait bastir ce Temple en l'honneur de Mercure, comme estant l'vn de ses principaux Patrons & Genies, en qualité de Prince tres-religieux, tres-éloquent, tres-grand Philosophe, & tres-vigilant Monarque en la conseruation de ses sujets. Ce que cette langue, ce Coq, & ce Chien dediez à ce Dieu representent, & qui sont les symboles des choses plus necessaires en la Religion. Car la vigilance du Coq; la fidelité & les menaces du Chien, & l'eloquence persuasiue de la langue, doiuent estre employées par les Pontifes, Prelats & Prestres, contre les ennemis de Dieu, en faueur de la pureté de la Religion, de son exaucement, & de l'instruction des Peuples amateurs de la Pieté (Jean Tristan, Commentaires historiques, contenans l'histoire generale des empereurs, imperatrices, caesars, tyrans de l'Empire Romain, Tome premier, 1644 - books.google.fr).
"torpeo"
Quant à l'emploi de torpeo dans le sens que je lui assigne dans notre texte, c'est une image familière aux écrivains latins. Lorsque Sosie, dans Plaute, veut exprimer la progression et l'excès de sa frayeur, il dit : Timeo, totus torpeo. On trouve dans Lucrèce (III, 994), à propos du supplice de Tantale dans les enfers : Cassa formidine torpens. Je serais même disposé à croire que Tacite avait dans l'esprit le passage de Lucrèce, en écrivant les lignes qui nous occupent, tant l'analogie est frappante entre la terreur de ces malheureux Romains et celle de Tantale (Deux récits de Tacite de Pierre Mathieu, Bibliothèque universelle de Genève, Volume 21, 1852 - books.google.fr).
Pélops fit la conquête d'une presqu'île à laquelle il donna le nom de Péloponnèse; c'est la Morée d'aujourd'hui. Pélops était fils de Tantale, roi de Paphlagonie. Tantale reçut un jour les dieux chez lui, et pour éprouver leur divinité, il leur servit les membres de son fils Pélops. Cérès, pressée par la faim, en dévora une épaule. Les dieux s'indignèrent; Jupiter ressuscita Pélops et lui donna une épaule d'ivoire, à la place de celle que Cérès avait mangée. Il punit Tantale en le condamnant à une faim et à une soif perpétuelles (George C. Verenet, Précis de mythologie grecque et romaine, contenant des quatrains appliquables à chaque buste en particulier, 1859 - books.google.fr).
Myrtilos le cocher
MYRTIL. Fils de Mercure, était cocher d'OEnomaüs, roi de Pise, et il jouissait d'une grande considération, car les fonctions d'écuyer et de cocher étaient honorables dans ces temps-là. On voyait souvent les princes et les rois eux-mêmes conduire leurs chariots. Myrtil s'en acquittait avec une si grande adresse que, dans les luttes engagées à l'occasion d'Hippodamie, fille du roi, qui état recherchée en mariage par une foule de prétendants, cet habile cocher atteignait toujours ceux qui osaient entrer en lice avec lui, et aussitôt Ofnomaüs les perçait de son javelot. Myrtil, devenu lui-même ambitieux d'obtenir la main de la princesse, n'osa pas lutter contre son maître, et continua les fonctions d'écuyer; mais on dit qu'il trahit OEnomaüs en faveur de Pélops, qui lui avait promis Hippodamie en récompense.
Pélops ensuite, indigné de l'audace de Myrtil, le fit jeter du haut de son navire dans la mer. On ajoute que son corps, poussé par les flots, fut recueilli par les Phénéates, qui lui donnèrent la sépulture derrière le temple de Mercure son père, et qui rélébrèrent tous les ans l'anniversaire de sa mort pendant une nuit entière. Pausanias, parlant ailleurs des fameux désastres qui frappèrent les Pélopides, et détruisirent cette race, ajoute ces mots : S'ils ont payé la peine du crime de Pélops, et si les manes vengeurs de Myrtil les ont poursuivis, il faut avouer que rien ne montre mieux la vérité de ce que la Pythie répondit à quelqu'un qui la consultait sur un faux serment, que quiconque se parjure, attire la colère du ciel sur ses enfants et sur leurs descendants (Encyclopedie Theologique, ou Serie de Dictionnaires sur toutes les parties de la Science Religieuse, Tome 10, 1855 - books.google.fr).
La constellation du Cocher porte son nom (André Le Boeuffle, Les noms latins d'astres et de constellations, 1977 - books.google.fr).

Le martyre de Myrtilos - Urne antique albâtre - Museo etrusco Guarnacci de Volterra en.wikipedia.org - Myrtilus
Peut-être un lien existe-t-il entre Hermès et les arbres verts ? Le Père de Myrtilos a eu pour fille Myrtô l'Amazone et c'est de branches de myrte qu'il tresse ses sandales (Pierre Raingeard, Hermès psychagogue : essai sur les origines du culte d'Hermès, 1935 - books.google.fr).
Le personnage de Myrtilos conduit à rappeler la valeur aphrodisiaque de certaines plantes; de plus, lors des fêtes de Myrrha (la mère incestueuse d'Adonis), les femmes mariées portaient des couronnes de myrte. Plante consacrée à Vénus, le myrte fait naître l'amour. Selon un autre mythe grec, Athéna aurait fait pousser la myrte sur le cadavre de la nymphe Myrsiné qui l'avait vaincue à la course (Philippe Walter, Le Gant de verre: le mythe de Tristan et Yseut, 1990 - books.google.fr).
On trouve à Marseille, vers Mont-redon, la tartonaire, joli sous-arbrisseau; le casia poetica, arbuste d'un charmant aspect, à cause de sa belle verdure & de ses baies rouges. Le laurier-rose croît naturellement vers l'Esterel. Le garou borde la plupart de nos chemins; le romarin & le myrte, (même le myrte à fleurs doubles), parfument nos côtes maritimes, principalement vers Saint-Tropez (Les soirées provençales: ou lettres de M. Bérenger, écrites à ses amis pendant ses voyages dans sa patrie, Tome 2, 1786 - books.google.fr).
Myrtilos était fils d'Hermès et la présence de son tombeau près du temple de ce dieu n'est donc pas un hasard. Au demeurant, la récupération phénéate de l'histoire de Myrtilos est étonnante. Parmi les différentes versions, Pausanias retient celle où Pélops a promis à Myrtilos, pour obtenir son concours, une nuit avec Hippodamie; c'est le rappel de cette promesse qui pousse Pélops à précipiter Myrtilos dans la mer. Comment les Phénéates pouvaient-ils prétendre avoir recueilli le cadavre rejeté par la vague, eux qui habitent à l'intérieur des terres ? Possédaient-ils un héros local homonyme qui était l'objet d'un culte célébré de nuit chaque année et celui-ci aurait-il été assimilé au cocher d'Élide ? Ce sont des questions que le Périégète ne se pose pas (Michel Casevitz, François Chamoux, Jean Pouilloux, Description de la Grèce, Tome 8, 1992 - books.google.fr).
La présence de Myrtilos à Phénéos peut s'expliquer par le culte de Poséidon Hippios et l'élevage du cheval à Phénéos (Gustave Fougères, Mantinee et l'Arcadie orientale, 1898 - books.google.fr).
Oenomaos faisait couper la têtes des prétendants (12, ou 13 selon la scholie pindarique, Philostrate et le pseudo-Lucien) de sa fille Hippodamie et les clouait sur sa maison. Si Myrtilos est un prétendant d'Hippodamie il n'est pas décapité lui-même (Jean-Claude Carrière, Bertrand Massonie, La Bibliothèque d'Apollodore, 1991 - books.google.fr, Jacques Schwart, Pseudo-Hesiodeia, 1960 - books.google.fr).
Mercure et d'Hercule
Phénéos est au pied du mont Cyllène, d'où la confusion avec le Pénée, le fleuve qui arrose la vallée de Tempé en Thessalie. C'est là qu'Apollon faisait paître son troupeau, et c'est pour cela que les Arcadiens le nommaient Apollon Nomios, le dieu pâtre. Sur les flancs du Cyllène naquit Mercure, dont l'une des plus célèbres épithètes est justement cyllénien, qui a volé les flèches et les vaches d'Apollon dans une plaine d'Arcadie (Alain Mérot, Nicolas Poussin (1594-1665): actes du colloque organisé au Musée du Louvre par le Service culturel, du 19 au 21 octobre 1994, Volume 1, 1996 - books.google.fr).
Phénéos (Phonia), vers la source de l'Aroanius, avait été d'abord bâtie sur une montagne, sans doute à cause des amas d'eaux qui occupaient le fond de la vallée; mais, après que de grands travaux eurent facilité l'écoulement de ces eaux, on rebâtit une ville nouvelle du même nom de Phénéos, à l'embouchure de l'Olbius, qui se rendait dans l'Aroanius; Mercure était la principale divinité des Phénéates; Iphiclès, frère d'Hercule, avait son tombeau dans la ville (Edme Mentelle, Géographie universelle, ancienne et moderne, Tome 15, 1816 - books.google.fr).
Les figures que l'art hellénique nous a transmises et qu'on voyait principalement dans les gymnases sous le nom d'herméraklès (Hermès-Hercule), «qui exprimaient sou« vent, dit Creuzer, l'association de la suprême force avec le suprême génie d'invention; probablement aussi une partie des nombreux hermaphrodites que nous ont laissés les anciens. Les modernes n'y ont guère réussi. On connaît l'erreur d'Annibal Carrache qui, en rapprochant Pan et Cupidon, crut avoir représenté allégoriquement l'empire universel de l'amour». Voilà des exemples de symboles composés, empruntés au domaine de la Religion et de l'Art. [...] Chez les Grecs, la conception de l'Hermaphrodite était un emblème du mariage (M. Chassan, Essai sur la symbolíque du Droít: précédé d'une ìntroductìon sur la poésiè du Droít primitif, 1847 - books.google.fr).
Mercure et d'Hercule, deux protecteurs des voyageurs (Marie-Thérèse Raepsaet-Charlier, Hercule et ses réseaux en Germanie inférieure, Dieux de Rome et du monde romain en réseaux, 2023 - books.google.fr).
Le Mont-Saint- Michel de Normandie et celui de Cornouailles portent, après leur christianisation, le vocable de Michel, le guide des morts. L'archange est en effet l'intercesseur pour les âmes qui voyagent dans l'au-delà. Il ne fait que reprendre le rôle jadis dévolu à Mercure ou à son homologue celtique. Un village de Vendée porte d'ailleurs le nom de Saint-Michel-Mont-Mercure, comme s'il s'agissait de réunir en un même lieu les deux figures païenne et chrétienne du conducteur d'âmes (Philippe Walter, Le Gant de verre : le mythe de Tristan et Yseut, 1990 - books.google.fr).
Il arrive que le cheval quitte le domaine purement divin pour pénétrer dans le domaine du sacré ou des rapports de l'homme avec les forces divines. Il participera aux rituels, aux sacres des rois, sera la monture des chevaliers, etc. [...] Notons toutefois qu'un chevalier fut nommé ainsi, non pas à cause de son cheval, car il pouvait être à pied, mais parce que symboliquement, il devait tenir le rôle ésotérique du cheval de porte-lumière, défendre la veuve et l'orphelin, au sens antique du terme (Temple de Salomon, initiation). N'oublions pas que l'un des principaux attributs du chevalier, qu'on lui remettait au cours de la cérémonie d'intronisation, était une paire d'éperons d'or. L'or est le métal solaire par excellence et l'éperon, indiquant la force agissante, se fixait aux talons comme les ailes de Mercure, messager des Dieux. Dans la mythologie, Mercure s'apparente à Hermès, et Hermès Trismégiste fut un des grands instructeurs divins de l'humanité. De même, dans notre système solaire, la planète Mercure est la plus proche du Soleil avec Vénus. Le chevalier, en outre, ne portait pas de couronne, symbole de la puissance temporelle, mais un simple cercle d'or serti d'émeraudes (Vénus) et de rubis (Mars) montrant qu'il devait joindre le courage aux vertus vénusiennes pour apporter et défendre la vérité céleste. C'est aussi la raison pour laquelle nous voyons au Moyen Age les ordres chevaleresques porter des manteaux blancs et parmi eux les deux ordres espagnols de Santiago et de Calatrava charger ce manteau d'une même croix à la forme étrange qui sera rouge pour l'un, verte pour l'autre (Jacques Duchaussoy, Le bestiaire divin: ou, La symbolique des animaux, 1973 - books.google.fr).
A Mantinée, sur l'agora, le tombeau d'Arcas s'appelle les autels du Soleil. A Phénée, où le double dieu fils Hermès-Héraklès a sa légende et son temple, on montre sur une colline le tombeau d'Iphiclès, frère d'Héraklès et père d'Iolaos, qui, blessé dans l'expédition d'Héraklès contre l'Elide, fut rapporté mourant à Phénée : l'on fait encore chaque année des sacrifices à ce héros Iphiclès, comme à un dieu infernal. Mais le dieu que les Phénéates révèrent entre tous est Hermès : derrière le temple d'Hermès, on montre le tombeau de Myrtilos. Ce Myrtilos, fils d'Hermès et cocher d'OEnomaos, mourut adolescent, pour l'amour de la nymphe aux chevaux, Hippodamie; et de la mort de Myrtilos, si l'on en croit la légende d'Elis, date l'introduction du culte d'Hermès (Victor Bérard, De l'origine des cultes arcadiens, Bibliothèque des Écoles Françaises d'Athènes et de Rome, Volume 67, 1894 - books.google.fr).
Blancheur
SAINT TORPÈS OU TORPEZ, MARTYR A PISE Ier SIÈCLE, invoqué pour faire recouvrer le lait des Nourrices.
Torpès, noble romain, était officier de Néron et avait été converti par saint Paul. Néron ayant élevé, à Pise, un temple à Diane, Torpès osa lui faire des remontrances, et l'Empereur le livra à Sattelicus, un de ses lieutenants.
Car sur la montagne où il fut décapité coule une eau agréable et blanche, qui passe pour opérer un grand nombre de miracles et qui, surtout bienfaisante pour les accouchées, leur rend le lait qu'elles ont perdu (Louis Du Broc de Segange, Les saints patrons, Tome 1, 1886 - books.google.fr).
L'Elide. Ce pays, qui prit son nom d'Eleur, petit-fils d'Endymion, étoit arrosé par plusieurs rivières, parmi lesquelles on distinguoit l'Alphée et le Pénée. Il avoit d'excellens pâturages ; il produisoit aussi de très-beaux fruits et du lin très-estimé. Elis. Capitale de l'Élide: Ses magistrats avoient le droit de présider aux jeux Olympiques. C'est la patrie de Pyrrhon, chef de la secte Pyrrhonienne. Olympia. Sur la rive gauche de l'Alphée; fameuse, parce que c'étoit sur son territoire que se célébroient les jeux Olympiques. Pisa. Située sur la rive gauche de l'Alphée; mal-à-propos on l'a confondue avec Olympie : elle étoit beaucoup plus ancienne que celle-ci. Les Pisans furent souvent en guerre avec ceux d'Elis au sujet des jeux Olympiques. Ils les présidèrent, malgré ces derniers, la 1. année de la 8. Olympiade (Pierre-Nicolas Chantreau, Science de l'histoire contenant le système général des connoissances à acquérir avant d'étudier l'histoire, Tome 2, 1804 - books.google.fr).
Pausanias dans ses Arcadiques écrit que la source d'Alphée est aupres de Phylacé, & que de là s'estant accrû de diverses eaux de fontaines, il passe dans le champ de Tegée, & tout contre Asec, où il se méle avec Eurote dans la Laconie; & apres avoir arosé l'Elide, & moüillé les murailles de Pise, il se va décharger dans la Mer. [...] Dans le dixiéme livre de l'Eneide, le Poëte Virgile reconnoist que la Pise de Toscane, tire son origine de celle qui est sur les rives d'Alphée : "Hos parêre jubent Alphee ab origine Pisa". Le nom de ce fleuve est aussi employé quelquesfois pour les jeux Olympiques, comme dans la 85. Epig. du 6. liv. de Martial. [...] Pline dans le 5. chapitre de son 31. livre, dit d'Alphée & d'Arethuse : Le fleuve Alphée qui passe par la ville d'Olympie, se rend jusqu'en Sicile, à cette fontaine par dessous la mer. Au reste, n'est-ce pas un grand miracle que la fontaine Arethuse qui est en Sicile, sent le fumier, pendant que les Jeux & les Tournois se font aux Olympies. Les Jeux Olympiques furent instituez par Pelops fils de Tantale qui regnoit dans le Peloponese, & qui depuis porta la guerre contre la forteresse d'Ilion, felon Eusebe. Voyez le 4. liv. de Diodore. C'est à dire 1323. ans devant la naissance du Sauveur. Ces mesmes jeux furent restablis par Hercule l'an du monde 3496. c'est à dire 1218. ans avant la naissance du Sauveur, & 442 ans avant le réstablissement d'Iphitus. Enfin ils furent restituez par Iphitus l'an du monde 3938. & devant la naissance du Sauveur 776. ans; de sorte qu'en cette année là on peut dire que c'est la premiere des Jeux Olympiques, qui duroient cinq jours, & se faisoient de cinq ans en cinq ans. Or le premier jour de ces jeux en cette année-là, se trouva le 19. de Juillet, en l'onziéme de la Lune, selon la remarque tres-exacte de Denys Petau dans son livre de la doctrine des temps (Michel de Marolles, Tableaux du temple des muses: tirez du cabinet de feu Mr. Favereau, 1676 - books.google.fr).
Alphée, dieu des fleuves, fleuve lui-même en sa poursuite d'Aréthuse, est lié à la blancheur en son nom et en sa poursuite d'Artémis (Diane) qui, pour lui échapper, se couvrit de terre blanche (Anne Mouni, La parole obscure, recours au mythe et défi de l'interprétation dans l'œuvre de Michel Fardoulis-Lagrange, 2001 - books.google.fr).
Les prêtresses d'Artémis à Létrini, près de l'embouchure de l'Alphée, se barbouillaient le visage de gypse, alph dénotant aussi la blancheur, celle d'une déesse astrale et lunaires. A Olympie, des sacrifices, nous l'avons rappelé, étaient offerts à Cronos, au sommet du mont qui porte son nom, par des prêtresses nommées reines, au moment de l'équinoxe de printemps, dans le mois d'Elaphius. Et Artémis déesse de la lune est, comme son frère Apollon, régente du zodiaque et du calendrier (Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec, croyances astrales des anciens Grecs, 1983 - books.google.fr).
Myrtilis et Sines
Placa de xisto, recolhida em sepultura pré-histórica em 1591 na foz da ribeira da Junqueira, Sines, então atribuída a São Torpes (VELHO, 1746) - João Luís Cardoso, A investigação da antiguidade do Homem no Portugal de Oitocentos, 2015 - www.researchgate.net
A la fin du VIIIe siècle, l’actuelle région du Var va subir une invasion sarrasine sans précédent. L’histoire dit que pour soustraire les reliques du saint à la profanation des infidèles, le prieur Avit les aurait transférées en lieu sûr, aujourd’hui toujours inconnu. Et c’est là que les choses se compliquent. Pierre de Natal, dans son «De sanctis in mense maïo occurentibus» (tome V, chap 8) situe l’arrivée de la barque en Espagne, dans un port dit Sinos (et d’autres Sinus). En revanche Honoré Bouche, dans sa «Chorographie et Histoire de Provence» de 1664, pense que de Natal a pu confondre Sinos ou Sinus en Espagne avec le Sinus Sambracinatus, l’actuel golfe de Saint-Tropez. La remarque parait d’autant plus logique lorsque l’on sait que ce Sinos se situe sur la côte atlantique, au sud du Portugal, un itinéraire bien long et plus qu’incertain pour une si frêle embarcation. Pourtant, on apprend dans un ouvrage intitulé «Histoire de Saint-Tropez, S. Torpe, martiro Pisano» que les frères de la compagnie de Jésus traduisirent en Portugais le martyrologue romain et qu’ils placèrent Saint-Tropez parmi les saints du Portugal. Ils ajoutaient que ces reliques avaient été transportées à Sines, plage du diocèse d’Evora. En fait, les Provençaux, après l’invasion des Sarrasins, ne purent démontrer qu’ils étaient en possession des reliques. Le pape Sixte V ordonna donc de faire des recherches à Sines. En 1591, au cours des fouilles, le corps d’un martyr fut retrouvé. Tout le monde pensa qu’il s’agissait du martyr pisan ; on le plaça en grande pompe sur le principal autel de l’église et dès lors s’opérèrent de nombreux miracles et guérisons. Plus tard, les Bollandistes déclarèrent qu’il ne pouvait pas s’agir de Saint-Tropez, mais la tradition était inscrite et on continua à lui imputer ces faveurs divines (www.conservatoiredufreinet.org, fr.wikipedia.org - Pietro de' Natali).
Dans la province de l'Alentejo, se situe la Comarce de Beja, a Beja, ville ancienne, & dans une belle situation. Ourique, où il y eut en 1139 une fameuse bataille, qui donna lieu à la proclamation du premier Roi de Portugal. C'étoit Alphonse Ier du nom, qui défit en cet endroit cinq Rois Maures. Moura & Serpa, petites villes fort anciennes sur la Guadiarna. Sant-Iago de Cacem & Sines, sur la mer; mais Mertola est sur la Guadiana. Ferreyra, en titre de Marquisat (Nicolas Lenglet Dufresnoy, Méthode pour étudier la geographie, Tome 6, 1768 - books.google.fr).
MERTOLA, Myrtilis, ville de Portugal, dans l'Alentejo, sur le bord de la Guadiana, aux confins des Algarves, sur une éminence, à 20 li. au midi d'Evora, & à 40 au sud-est de Lisbonne. Elle étoit considérable du tems des Romains; on en peut juger par le grand nombre d'anciens monumens qu'on y voit encore. Le roi Sanche l'enleva aux Maures l'an 1239. long. 10. 18. latit. 37. 29 (Abregé portatif du dictionnaire geographique, Tome 1, 1759 - books.google.fr).
Mertola se trouve quand même à une centaine de kilomètres de Sines à l'Est.
We should also include the necropolises, although these are not very carefully studied in the southeast of the peninsula. Therefore it is not strange that the main remains are ancient places of worship such as the basilica in Sines or in Mértola, the Church in Vera Cruz de Marmelar, or the important collection found in Beja or in its outskirts. When we look at a map of the distribution of archeological remains uncovered south of the Tagus, we see that there are two forces : 1. The urban aspect of these remains, which seems to contrast with the basic perspective of a more rural society. 2. The importance of roads for the production and distribution circuit. When referring to the first force, the references are the remains found in Beja, Mértola, or Sines, which attest to a continual occupation of these respective urban areas and/or their outskirts. It is hard to know for certain if the walled - in areas inherited from the Roman world were already occupied or if a part of the population would later on move close to what was left over of the villas or the castle areas similar to the munyas of the Muslim world. It can be assumed that of the 200 architectural decoration fragments registered in the Beja territory, almost 72 % of them came from those three areas. About the second force, we can highlight the connection between the main urban or rural sites of the Late Antiquity and the excellent roads. One of them connected the mouth of the Sado River to Mérida. It crossed the Alto Alentejo and passed through Évora. Another connected the Alentejo coast and Andalusia via Beja. An ancient path secured a north-south contact between Évora, Beja and Mértola. It was this harbor city that established a link with the Mediterranean through the Guadiana River. Cities have a lasting importance and mark the geography of a territory. The city of Beja inherits an important legacy during the Roman rule. There are many references to its diocese throughout the 6th and 7th centuries. This walled city was full with architectural elements that have hardly deteriorated. The city's tradition as an important center and a place for the diffusion of knowledge continued during the Muslim rule with a local religious elite of ulemas that would ensure a prestigious transmission of knowledge. Sines, in turn, has an important collection of buildings from the Early Middle Ages which justifies even in the midst of Muslim rule a closer description by al-imyari, who refers explicitly to the monuments inherited during the "Diocletian" era. But from what we know through the artifacts from the Municipal Museum, these artifacts actually came from a great basilica used at least from the 5th to 8th centuries. The reason for the existence of such a building is still not clear, but the location of the harbor, one of the rare refuges on the western coast south of the Sado River, would have built and strengthened such legends as the one about the mysterious St. Torpes, whose relics are said to have arrived by sea. Even in the 18th century the greatness of its basilica was celebrated as "the first of Europe and the second of Christendom." At the same time, Mértola experiences during the Late Antiquity a period of particular glory that can be associated with the local bourgeoisie making profits from mines in this territory. The constructions that renewed the city throughout the 5th and 6th centuries (walls, basilicas, and a baptistery) are evidence of unprecedented investments. The coastal characteristic of the Late Antiquity in the south gains greater evidence when we look at how ceramics of African and Oriental origin spread inland (especially the terra sigillata D light Samian or the Late Roman C). The following four locations are highlights on the Algarve coast : Torre de Ares, Marim, Loulé Velho and Cerro da Vila. On the Alentejo coast, the importance of the basilica in Sines and the late occupation of Miróbriga are manifested on the Ilha do Pessegueiro (Peach Island) and Courela dos Chãos, which are close to Sine. Tróia, at the mouth of the Sado river, has also undergone some important alterations throughout the 5th and 6th centuries, however, the partial findings of the work done there does not allow for an overall interpretation of the location yet. Beja's polarity and the roles of the roads once again become evident when we register the places where the ceramics were found : beyond the harbor city of Mértola (and of Montinho das Laranjeiras on the way to Mértola), in Beja and in the important villa of St. Cucuphas, Monte da Cegonha. Cidade das Rosas and Horta de D. Maria), or in other words centered the ancient Roman Mértola-Serpa-Beja road. A significant part of these ceramics have there origin in what is now Tunisia and were produced between the 1st to 5th centuries. Older dishes have been found, for example, in the Roman Theater of Lisbon, where remains were found of amphorae made on the north and south coasts of Turkey, in Rhodes, and in Cyprus between the 5th and the beginning of 7th centuries (Maria Conceição Lopes, O Portugal dos Romanos, Lusa, a matriz portuguesa, Tome 2, 2007 - books.google.fr).
Sur la côte, vers Tavira, fut le port antique de Balsa dont le site est à droite de l'embouchure de l'Anas. On y voit aboutir une voie terrestre qui longe la rive droite du Guadiana en passant par Vaqueiros, Pereiráo, San Miguel de Pinheiro, San Marco de Ataboeira, Beja, Mathias, Vitigueira, Portel, Reguengos, Terena. Ce trace terrestre parallèle à celui du fleuve rappelle celui de la voie parallèle au Rhône qui se place entre la Durance et l'Isère, pendant près de 200 kilomètres. Ce tracé se maintient exactement, malgré les obstacles à 24 kilomètres environ du Guadiana, en suivant la même courbe que lui. Une autre voie terrestre provenant du cap de Sines et suivant l'arête de la Serra Caldeirão pour aboutir à Almodovar croise cette voie à angle droit, descend la ribeira d'Oeiras sur sa droite, passe le Guadiana à Mertola, Myrtilis, puis la Chanza, Canaca et aboutit, par Puebla de Guzman, au site classique de Tharsis (258 m.) qui répond au vocable romain de Fodinae. Les traces matérielles du transit antique sont donc encore visibles maintenant au sud-ouest de l'Europe comme ailleurs. Une carte actuelle quelconque les montre avec évidence quand bien même la proximité des vocables antiques de passage, par son absence actuelle, semble en affaiblir la certitude. La voie terrestre du cap de Sines, qui passe ainsi le Guadiana, est certaine- ment le débouché des mines de Tharsis; mais ces mines s'exploitaient-elles déjà quand s'employaient les vocables de passage qui s'étudient ici ? L'absence de ces vocables sur ce trajet empêche de le dire. Pour la voie terrestre qui contournait le Guadiana sur sa rive droite de Beja à Tavira, cette voie, elle, existait certainement; le nom du port de Balsa en est la preuve car ce nom répond à l'une des formes primitives du vocable de passage (M. de Manteyer, Les ports, les gués, les cols des voies primitives, Bulletin de la Société d'études historiques, scientifiques, artistiques, et littéraires des Haute-Alpes, 1931 - gallica.bnf.fr).
Myrtilos, le conducteur de char d'Oinomaos, tenait son nom d'un Roi hittite, Myrsilis, et l'on a trouvé le nom féminin de Myrtilis sur une tablette de Pylos (Thomas Bertram Lonsdale Webster, La Grèce de Mycènes à Homère: archéologie, art, littérature, traduit par M. Matignon, 1962 - books.google.fr).

