Mouche et souris : Guerchin et les Philistins


Guercino, Vanitas : putto con teschio specchio e civetta, 1640 - www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com, www.didatticarte.it
Comme l'Arcadie des écrivains, l'Arcadie des peintres constitue alors un espace surdéterminé, où coexistent des systèmes de valeurs opposés. La tension générée par cette coexistence trouve sans doute sa meilleure illustration dans la toile exécutée par le Guerchin à Rome entre 1621 et 1623. On connaît, à la suite des travaux de Panofsky, la portée morale de la composition. La célèbre formule Et in Arcadia ego s'y trouve gravée sur un socle de pierre supportant un crâne humain dont la taille peu ordinaire attire irrésistiblement le regard sur la droite du tableau. A l'opposé, deux bergers, survenus d'un bosquet, tombent en arrêt devant l'objet insolite. Sans doute la nature idyllique qu'ils parcourent ordinairement ne les a pas habitués à ce genre de rencontre : les orbites creuses démesurément agrandies, la mâchoire largement édentée, le trou béant du nasal offrent à leur fascination, tout comme à celle du spectateur, un gouffre où s'abîmer (Jean-Pierre van Elslande, L'Imaginaire pastoral du XVIIe siècle, 1600-1650, 1999 - books.google.fr).
L'inversion du tableau du Guerchin permet de tracer un L avec l'antique tombeau à gauche et les deux bâtons des bergers en V : LV ou 55 en numération romaine.
Le psaume 55(56) de la Vulgate cacatholique donne à la fin un rappel de l'aventure de Bernardo Paolini, qui rend grâce à sa guérison d'une chute en fondant la chapelle de la Madonna del Tibia à Crognaleto.
13. Quoniam eripuisti animam meam de morte, et pedes meos de lapsu : ut placeam coram Deo in lumine viventium. (Car vous avez délivré mon âme de la mort, et mes pieds de la chute, pour que je plaise au Seigneur à la lumière des vivants). (La Sainte Bible: Texte de la Vulgate, traduction française en regard, avec commentaires théologiques, moraux, Tome 12, 1883 - books.google.fr).
Poursuivi par Saül, et ne trouvant de sûreté nulle part dans son pays, David s'était réfugié chez les Philistins, dans la ville de Geth. Mais le vainqueur de Goliath fut reconnu et conduit au roi comme un ennemi dangereux. Il sauva sa vie en contrefaisant l'insensé (I Rois, XXI, 10-15). Comp. le Ps. XXXIII. Ce fut pour témoigner à Dieu sa reconnaissance qu'il composa ce Psaume. Il se plaint au Seigneur des ennemis qui le pressent, non seulement des étrangers, tels que les Philistins, mais aussi de Saül et de ses partisans; il le remercie de sa délivrance et le conjure de ne pas oublier sa vie errante et ses larmes; enfin il lui promet des sacrifices d'actions de grâces. Dans le sens spirituel, David représente JésusChrist persécuté par les Juifs; les sentiments qu'il exprime sont aussi ceux du chrétien en butte aux attaques des ennemis du salut (Augustin Crampon, Le livre des psaumes suivi des cantiques, des laudes et des vèpres, Tome 2, 1889 - books.google.fr).
Gat est la patrie du géant Philistin Goliath.

Tanzio, David et Goliath, 1616 - Antonio d'Enrico, dit Tanzio da Varallo et Il Tanzio (1575-1580 - 1632-1633) séjourne à Rome de 1600 à 1615, puis à Naples et peut-être dans les Abruzzes, dans les Pouilles, à Venise et à Vienne. Il retourne dans la Valsesia (Haut-Valis) www.finestresullarte.info
In ancient Greek religion, Myiagros ('Fly-Catcher') or Myacoris was a cult title for a divine figure who warded off flies. It could be used as an epithet for either a divinity or a hero. Pausanias characterizes Myiagros as a divinized mortal who received an offering preliminary to the main sacrifice for Athene at Alipheira in Arcadia. The intention was to ward off flies in advance of an animal sacrifice, which might be expected to attack them to its detriment. Aelian says the advance offering was made to the flies themselves. The Alipheiran cult was perhaps influenced by rites in Elis at Olympia. The Eleans made sacrifices either to the flies themselves, or to a Zeus Apomyios ("Shoo-Fly Zeus") or a god named Myiodes or Myiakores. There was a similar ritual among the Akarnanians. An Elean myth told of how Herakles was troubled by flies when he was trying to sacrifice at Olympia, and was instructed in how to sacrifice to the Zeus who shoos away flies, so that the flies were at once driven across the Alpheus. In cultivating Apollo at Leucas, a similar preliminary rite was enacted. Pliny says that when a swarm of flies is causing disease (pestilentia), the Eleans invoke Myacoris, and once the god has approved and accepted the sacrifice, the flies die immediately. The cult title can sometimes be found in older exegesis on Beelzebub understood as "Lord of the Flies." (en.wikipedia.org - Myiagros).
Beelzébub était l'idole des Philistins d'Accaron (IV Reg., 1, 3), le maître ou «dieu» des mouches et des insectes, probablement parce qu'il devait préserver le pays de la plaie des moucherons. On disait aussi Beelzébul, le dieu de l'ordure ou du fumier. On l'appelait le prince des démons, parce que les démons sont un principe de ruine, de corruption et de mort, et que le dieu des mouches et du fumier était le symbole de la corruption (M. Meschler, Méditations sur la vie de N.S.J.C., Tome 2, 1899 - books.google.fr).
Aliphera was a town of ancient Arcadia, in the district Parrhasia, said to have been built by Alipherus, a son of Lycaon. It was situated upon a steep and lofty hill, 40 stadia (about 8 km) south of the Alpheius, and the same distance from Heraea, and near the frontiers of Elis. It was a member of the Arcadian League. A large number of its inhabitants removed to Megalopolis upon the foundation of the latter city in 371 BCE; but it still continued to be a place of some importance. It was ceded to the Eleans by Lydiades, when tyrant of Megalopolis (224 BCE) (en.wikipedia.org - Aliphera (Greece)).
ACHOR, dieu destructeur des mouches, adoré des habitants de Cyrene. Pline raconte que les sacrifices offerts à cette divinité aimenaient la mort de ces insectes, qui causaient parfois de grands ravages dans le pays, par suite des maladies épidémiques qu'ils occasionnaient. C'est le même qui etait adoré en Grece sous le noin de Myiagros, Myiodes, Apomyios (Grand Dictionnaire Universel du XIXe Siecle Larousse, Tome 16, 1878 - books.google.fr).
La Bible rapporte (I. Sam. 6) que la capture de l'Arche d'Alliance par les Philistins à Eben Ezer suscita une épidémie envoyée contre eux par l'Eternel, avec apparition dit le texte hébreu d'hémorroïdes. Les oracles consultés conseillent aux Philistins d'offrir à Jahveh cinq souris d'or (une par ville palestinienne) et, est-il dit, cinq "tumeurs" d'or. Mais le mot hébreu hofèl, pris pour tumeur, a souvent le sens de monticule et désigne trés probablement le donjon des taupinières. La Septante, traduction par des Grecs, ajoute au texte la précision que la plaie comportait une invasion de rats (LXX, I, Regn. 6,1 et 5,6), alors que le texte hébreu dit seulement : "Faites des figures de vos souris qui ravagent le pays", sans qu'il ait été fait mention de ce fléau auparavant. Le rédacteur juif de la Bible ne comprenait pas la distinction entre la souris mauvaise (porteuse de pestes) et la bonne taupe (guérisseuse) qui était familière aux Philistins et aux Grecs indoeuropéens. On ajoutera qu'une des cinq villes des Philistins - ASKHALON (hébreu asq lon , cf. Jos. XIII, 3, connue dès le XIVème s. av. J.C. sous le nom d'Asqaluna, à l'origine de notre échalote (par le latin askalonia/caepa, oignons d'Ascalon) tient son nom de la racine *askal-, taupe. Il n'est pas sans intérêt de noter ici que c'est à cette même Ascalona justement que les ss. ARES, Primo et Elia, chrétiens égyptiens, ont subi le martyr au III/IVème s. Ce martyr que rapporte st. Eusèbe, leur contemporain, n'est pas n'importe lequel : Ils auraient d'abord été mutilés (sans doute aveuglés) puis condamnés aux mines (c'est-à-dire à creuser des galeries) et finalement mis à mort : Ares brûlé vif (comme le sera son homonyme s.ARETHAS et ses 340 Compagnons du Fossé, selon la Sourate LXXXV du Coran qui blâme ce massacre de Croyants, brûlés vifs dans une immense fournaise à Nedjrân) et les deux autres décapités. Ces ARES et ARETHAS s'affirment ainsi bien */P/ARIS., -DIS, en rapport avec le creusement de galeries ou fossés et avec des holocaustes par le feu, donc sminthiens (Bulletin de la Société de mythologie française, Numéros 176-180, 1995 - books.google.fr).
Lilith
Eve, créée par Dieu de la côte d'Adam, semble l'artefacte originelle; tentatrice et pécheresse originelle également, elle se colore de Pandore (felix culpa, celle par qui la connaissance arrive ou la rédemption, i.e. l'espoir), et c'est aussi la Mère originelle. Petite pause citation ou «Pour situer le mythe biblique dans le mythe freudien» : (...) vue nue par Adam, mais vue comme un être à sa stricte ressemblance, comme un double, mais châtré : (...) : Ève, nue et sans pénis, est née de l'imagination d'Adam, ce qui, dans d'autres récits mythologiques, correspond à la naissance de la femme divine des testicules du père (par exemple Aphrodite née de l'écume de la mer et des testicules d'Ouranos châtré par Chronos). Lilith est une histoire plus ambiguë. Lorsque Jéhovah crée Adam, il crée en même temps une femme, Lilith, comme lui tirée du limon de la terre. Elle est donnée à Adam comme épouse. Mais Lilith n'est pas satisfaite parce qu'elle attend autre chose d'Adam. Elle se brouille avec lui, prononce le nom ineffable de Jéhovah et s'envole dans les airs. Adam réclame sa femme à Jéhovah et celui-ci envoie à la poursuite de Lilith les trois anges, Senoï, Sansenoï et Samangloph qui la rattrapent sur les bords de la mer Rouge (là où séviront plus tard Moïse et les Égyptiens...). Lilith refuse de reprendre sa place auprès d'Adam. Les trois anges, sur l'ordre de Jéhovah, lui notifient qu'elle perdra chaque jour cent de ses propres enfants si elle ne revient pas. Lilith accepte ce marché. Les trois anges veulent alors la noyer dans la mer Rouge, mais Lilith plaide sa cause et a la vie sauve à condition qu'elle ne fasse jamais de mal à un enfant nouveau-né là où elle verra son nom écrit. Enfin Jéhovah donne Lilith à Sammaël (Satan), et c'est la première des quatre femmes du diable, en même temps que la persécutrice des nouveau-nés. Le mot «lîlît», à rapprocher de l'assyrien «lîlîtu», «soir», signifie proprement «nocturne». Il semble désigner un oiseau de nuit de mauvais augure, analogue au chat-huant ou à la chouette. La lîlît du texte hébreu est traduite par Lamia dans la Vulgate latine de saint Jérôme. Les lamies sont des monstres féminins voraces et nocturnes, souvent à forme d'oiseau, qui dévorent les hommes et les enfants; elles sont souvent assimilées aux striges, moitié femmes et moitié oiseaux, ou aux Harpies, vieilles femmes qui se mutiler les cadavres; enfin, elles ont une parenté certaine avec la Ghula, la Goule (ou Goulue), également dangereuse pour les hommes et les enfants. Le rôle de Lilith dans la Bible ne s'arrête pas là : elle participe ensuite (d'après le Zohar) à la perdition d'Adam, après que Jéhovah a donné Ève à celui-ci pour seconde épouse. Condamnés à mourir par Jéhovah, Sammaël le Tentateur et sa compagne vont séduire Adam et Ève. Lilith est assimilée par cette tradition au Léviathan, ce qui nous renvoie, par exemple, à Mélusine. Lilith est donc un refoulé de taille, qui ressurgit dans la conscience judéo-chrétienne à la moindre occasion (Élisabeth Vonarburg, Les femmes en tant qu'artefactes dans la science-fiction moderne, Science-fiction et imaginaires contemporains, Colloque de Cerisy 2006, 2007 - books.google.fr).
Pourquoi les anges, envoyés par Dieu lui-même, renoncent-ils à la ramener ? Ce fait mystérieux a beaucoup taraudé les commentateurs. Le mal serait-il plus fort que le bien ? Peut-être Lilith va-t-elle être peu à peu associée à Samael pour résoudre cette tension. Certaines variantes de la légende de Ben Sira sans doute tardives l'attestent. Lilith explique aux anges pourquoi elle ne retournera pas auprès de son époux : «Je ne peux pas revenir à cause de ce qui est écrit dans la Tora : un mari qui a renvoyé sa femme ne peut la reprendre pour épouse. Il ne peut pas coucher à nouveau avec elle. Et moi, le Grand Démon m'a déjà prise.» Lilith s'appuie sur une loi édictée par la Tora où on lit effectivement : «Son premier mari, qui l'a répudiée, ne peut la reprendre une fois qu'elle s'est laissée souiller , car ce serait une abomination devant le Seigneur» (Deuteronome 24,4). Lilith ne peut donc pas revenir en arrière. Le «Grand Démon» encore anonyme ici, ne le restera pas longtemps. Dans la Cabale, il prend le nom de Samael. Ils forment tous deux le couple maléfique le plus puissant de la mystique juive (Catherine Halpern, Michèle Bitton, Lilith, l'épouse de Satan, 2010 - books.google.fr).
La légende rapporte que, ayant fait son choix de liberté,
Lilith pérégrine de par le monde, vole dans les recoins sombres des maisons, quelquefois entourée d'une cohorte de démons, et trouve son plaisir avec le diable Samael (Encyclopédie judaica, 1971).
On peut encore la rencontrer. Elle hante toujours les miroirs fascinants, les rêves féconds, le silence troublant des plaisirs solitaires, le regard amoureux de la peau baignée de lumière. Elle peut surprendre les hommes qui se laissent un peu aller à eux-mêmes. Ainsi on met en garde ceux qui auraient envie de :
se contempler dans un miroir : A s’y regarder trop longtemps, le visage de Lilith apparaît (Encyclopédie judaica, 1971).
D’ailleurs, un dicton n’enseigne-t-il pas que si l’on s’arrête trop à son propre reflet, on voit surgir l’image du diable ? Lilith prend forme de ce qui est de l’autre côté du miroir, cette part fascinante de soi qui séduit et envoûte quand on la laisse venir (Edth Vallée, Un mythe à l'endroit / Un mythe à l'envers : Eve/Lilith. In: Sorcières : les femmes vivent, n°11, 1978. Espaces et lieux - femenrev.persee.fr).
Dans le Deutéronome 16, la chouette est un animal impur. Dans le psaume 101(102), la mention du volatile est précédé de lamentations portant entre autres sur les os du prophète ("mes os sont enflammés", v. 4; "os qui s'attachent à ma chair", v. 6).
Naamah/Lilith et les géants
Seeing that humanity had become corrupt, certain angels, lead by Shemhazi and Azazel, or Uzza and Azazel decided to descend down to the world, and pursue the daughters of men. The daughters of men that they pursued were specifically the descendants of Cain. When they assumed material form they were unable to leave again. In general, the mating between the angels and the daughters of men produced giants and men of great renown. The Zohar emphasizes that this meant worldly success, as opposed to spiritual purity. The Zohar, likely speaking in metaphorical terms, mentions Uzza and Azazel mating with Naamah, the sister of Tubal-Cain, whose name means the pretty one, and Naamah becoming the mother of demons, specifically the incubi and succubi (John Madziarczyk, Magitians Discovered, Tome 1, 2016 - books.google.fr).
A remarkable feature of the post-flood Nephilim defilement is that it was highly concentrated in the firstborn son of Naamah, Canaan. All the post-flood Nephilim tribes listed in the Bible lived in the lands of Canaan's descendants. This suggests that the Canaanites and the post-flood Nephilim were related. This kindred link can be seen in the report of Israel's spies. In Nu 13:22 the Israelite spies call all of Canaan's descendents in the land men of great stature, even those not of the Nephilim linage of Anak and called giants. This implies the Canaanites and their Nephilim compatriots bore a common defiled heritage. The Nephilim and their Canaanite compatriots bore a uniquely corrupt linage that caused God to call from their complete destruction. Upon Israel's entry into the land, God commanded Israel to execute a holy war against all the Canaanite tribes to utterly exterminate them. None was to survive, not even the women or children. This was the only holy war to which God ever commanded Israel, and its sole purpose was for purging the Canaanite defilement from the Promised Land (Mark Biggs, The Case for Lilith, 2010 - books.google.fr).
Le nom «Azazel» possède des variantes hébraïques dont Azaël basées sur la racine oz qui signifie «force». Dans le Livre d'Hénoch, écrit pseudépigraphique de l'Ancien Testament (voir Apocryphe), ne relevant pas du canon hébraïque, Azazel (Azaël) est un des anges déchus : Azazel apparaît dans la Bible (Lévitique 16:7-23) dans la description du rituel du Grand Jour des Expiations, le Yom Kippour. Cette tradition est à l’origine de l’expression «bouc émissaire» (fr.wikipedia.org - Azazel, Bernat Heller, La chute des anges : Schemhazai, Ouzza et Azaël. In: Revue des études juives, tome 60, n°120, octobre-décembre 1910 - www.persee.fr).
Naamah or Nahemoth (Hebrew: "pleasant") is a demon described in the Zohar, a foundational work of Jewish mysticism. She originated from and is often conflated with another Naamah, sister to Tubal-cain. According to the Zohar, after Cain kills Abel, Adam separates from Eve for 130 years. During this time, Lilith and Naamah seduce him and bear his demonic children, who become the Plagues of Mankind. She and Lilith cause epilepsy in children. In another story from the Zohar, Naamah and Lilith are said to have corrupted Ouza and Azazel, who were part of the group of angels knowns as the Watchers (Zohar: 3:76b-77a; Genesis: Chapter XXXII; From Book Nine, Myths of Exile) (en.wikipedia.org - Naamah (demon)).
Les géants du Mont Hermon
HERMON, CHERMON, AËRMON, ou Baal-Hermon, montagne. Les Sidoniens lui donnoient le nom de Schirion, & les Armorrhéens celui de Sanir. S. Jérôme dit qu'elle est au-dessous de Paneade, & que pendant l'éte, on en portoit de la neige à T??, pour rafraîchir le breuvage. Le Chaldéen & l'interprete Samaritain lui donnent le nom de montagne de la neige, parce qu'elle en est toujours chargée, à cause de sa hauteur. Dans le Deuteronome (3,9-10) il est parlé de Sion, comme faisant partie du mont Hermon. L'Ecriture met le mont Hermon, comme terminant le pays de de-là le Jourdain au septentrion, de même que le torrent d'Arnon au midi. Baal-Gad étoit située dans la plaine du Liban, au pied du mont Hermon, & les Hévens au pied de la même montagne, dans la terre de Maspha, depuis Baal-Hermon, jusqu'à l'entrée d'Hemath. Le mont Hermon appartenoit au roi Og, & étoit à l'extrémité septentrionale de ses états, avant que les Isrealites en fissent la conquête (Josué 11,3). L'auteur du livre apocryphe d'Enoch, dit que les anges, qu'il nomme egregori, c'est-à-dire les veillans, étant épris de l'amour des femmes, s'assemblerent sur le mont Hermon du tems du patriarche Jared, & s'engagerent par ferment & par des anathêmes qu'ils prononcerent, de ne se séparer jamais qu'ils n'eussent exécuté leur résolution, qui étoit de prendre les filles des hommes pour femmes. Les anathèmes, auxquels ils se dévouerent, s'ils manquoient à cette promesse, firent donner à cette montagne le nom d'Hermon, c'est-à-dire anathéme. Le psalmiste dit que l'union des freres est aussi agréable que l'est la rosée du mont Hermon, qui descend sur le mont de Sion. Hermon est comme le nom général d'une montagne qui a plusieurs côteaux, dont l'un est appellé Sion, l'autre Sanir ou Schirion. Ainsi la rosée du mont Hermon descend sur le côteau de Sion, qui lui est joint comme l'huile descend de la barbe d'Aaron, sur le collet de sa tunique (Ps. 132) (M. Bruzen de la Martiniere, Le grand dictionnaire géographique, historique et critique, Tome 3, 1768 - books.google.fr).
Le psaume 88 parle aussi du Mont Hermon, mais aussi des fils de dieu ("qui est semblable à toi parmi les fils de dieu ?", v. 7).
Cf. Antonin de Florence, probable auteur de la maxime de la Vanité (NEC HORRET NEC TIMET - P), au sujet de la Foi (Titulus octavus) et de l'onction (v. 21) (Eximii Doctoris B. Antonini Archiepiscopi Florentini Summae sacrae theologiae, iuris pontificii, & caesarei pars, Tome 4, 1571 - books.google.fr).
Le prophète Isaïe dit en 26,14;19 : Les morts ne ressusciteront point, les géants ne vivront point, parce que vous les avez réduits en poudre, et que vous avez effacé jusqu'à la mémoire de leur nom. Les voilà donc réduits dans l'enfer et dans l'oubli. Mais vos morts (les Israélites) revivront; ceux qui ont été tués dans moi ressusciteront : réveillez-vous de votre sommeil, vous qui habitez dans la poussière, parce que la rosée qui tombe sur vous est une rosée de lumière et que vous ruinerez la terre des géants : ou plutôt selon l'hébreu : Vous ferez tomber la terre des géants; Vous accablerez les géants vos ennemis par la terre qui tombera sur eux, et qui fermera sur eux l'ouverture de l'abime. Comparez Ezech. XXXI, 10; Jerem. Lament. III, 5; Psalm. LXIII, 16, et ce que les poëtes disent des portes de l'enfer et de la difficulté d'en sortir (Dictionnaire de la Bible, Encyclopédie théologique, Tome 2, 1846 - books.google.fr).
Bonum delectabile notatur in statu hujusmodi per similitudinem positam, ibi: Sicut unguentum in capite, &c. & sicut ros Hermon. Hæc non possunt intelligi ad litteram, idest secundum corticem, quia numquam Aaron fuit ita inunctus, ut unctio descenderet in oram vestis. Nec ros Hermon potest descendere in montem Sion, quum sint multum distantes, & mons Sion sit altior monte Hermon secundam Hugonem cardinalem. Oportet ergo intelligere spiritualiter. Aaron primus & summus sacerdos est figurative Christus. Caput Aaron est ipse Christus, in quantum caput & rector Ecclesiæ : unguentum est gratia, qua fanantur vulnera peccatorum, leniuntur adversa: barba Aaron, quæ signat virilitatem, & capiti inhæret, est congregatio apostolorum, qui Christo adhæserunt, & viriles fuerunt in gravia sufferendo, & ardua aggrediendo; & ideo bis ponitur barba. Vestis Aaron ecclesia, quæ circumdat Christum. Ora vestis sunt minores fideles Ecclesiæ, vel qui erunt in fine mundi. Sicut gratia descendens a capite Jesu Christo in Apostolos, & de Apostolis in omnes fideles usque ad finem sæculi, ita se habet, quod facit eos jucundos & letos, ita quod ibant Apostoli gaudentes a conspectu concilii, quoniam digni babiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati, Act. 5, unde ipsa gratia dicitur ficut paradisus, ubi est unitas, vera facit jucundos. Hermon interpretatur lumen exaltatum, & significat Christum; Sion speculatio, & significat Ecclesiam. Sicut ergo ros mifericordiæ & dulcedinis spiritualis descendit a Christo in Ecclesiam triumphantem; ita ros dulcedinis spiritualis a Deo infunditur in religiosos, præcipue speculantes per contemplationem. Unde Bernardus dicit, quod ibi itroratur frequentius (De amore, Titulus sextus) (Antoninus Florentinus, Summa theologica: in quatuor partes distributa, Tome 1, 1740 - books.google.fr).
Rappelons que l'Hébreu ignore le principe physique de la formation de la rosée. Comme tout ce qui est inexpliqué, la rosée acquiert dans l'Antiquité une part de mystère. L'origine du phénomène est le ciel, c'est-à-dire la divinité. Ainsi la rosée est assimilée à la pluie en Jb 38, 28, Pr 3, 20, Dt 33, 28. Dans un site désertique, la manne est associée à la rosée comme en Ex 16, 13-14 et Nb 11, 9. La rosée est alors signe de faveur divine en Gn 27, 28.39, Dt 33, 13, Jg 6, 36-40, Za 8, 12, Si 18, 16, 43, 22, Dn 3, 50.64.68 (LXX). En Is 26, 19, Jb 29, 19, Os 14, 6, Mi 5, 6, elle est associée à la fécondité, la fertilité, la prospérité pour désigner le bonheur. Intéressons-nous plus particulièrement au parallèle avec Gn 27, 28.39 : 29 Qu'Elohim te donne de la rosée du ciel et de l'huile de la terre, du froment et du vin nouveau en abondance ! (...) Alors Isaac prit la parole et dit : «Vois, hors de l'huile de la terre sera ton habitat et loin de la rosée qui est au ciel. Comme dans le Ps 133, la rosée exprime la bénédiction. Dans le texte de Genèse, elle note la bénédiction d'Isaac sur son fils Jacob. Le texte traite d'une lutte entre frères, Jacob et Esaü. Le psalmiste pouvait connaître cet épisode et il a pu l'appliquer aux querelles pour la direction du Temple après l'Exil babylonien. Le poète utilise cette comparaison pour le Ps 133 tout en la transposant à une autre époque, dans un autre contexte. De plus, l'huile est citée aussi dans ce parallèle. Le psalmiste s'est inspiré du texte yahviste, mais le contexte est résolument sacerdotal. D'ailleurs, la rosée et l'huile sont déjà associées dans le poème ougaritique de Ba'al et 'Anat IV, 87 : tl šmm šmn ars (la rosée du ciel, l'huile de la terre). Le psalmiste utilise donc une image bien connue dans le Proche-Orient ancien, et ce, à une haute antiquité. Le poète ajoute l'origine de cette rosée. Nous l'avons vu, la rosée était censée venir du ciel. Le psalmiste fait preuve d'originalité en localisant la formation de la rosée dans le massif de l'Hermon, dans le prolongement de l'Anti-Liban, sur l'actuelle frontière entre la Syrie et le Liban.
Dans l'Ancien Testament, la désignation de l'Hermon intervient en tant que frontière septentrionale selon Dt 3, 8; 4, 48; Jos 12, 1; Ps 89, 1 3. Le mot hébreu proviendrait de l'arabe harm qui désigne «le sommet d'une montagne». Une autre hypothèse linguistique rattache l'Hermon à la racine hébreue pour «chose consacrée» «soleil». Selon cette interprétation, le nom «Hermon» serait lié au culte archaïque d'une divinité solaire. D'ailleurs, la montagne dans l'Antiquité est un lieu mystérieux de part ses phénomènes physiques et météorologiques complexes et impressionnants. L'épopée de Gilgamesh désigne l'Hermon sous le terme hourrite, sidonien, Sa-ri-a et Si-ra-ra dans la recension néo-babylonienne. Huwawa est le gardien des cèdres, c'est-à-dire la demeure des dieux, des Anunnaki. La version babylonienne situe l'habitat du panthéon sumérien dans les massifs du Liban et de l'Hermon, alors que le texte sumérien ignore cette localisation. Intéressons-nous aux noms donnés par les Sidoniens et les Amorites à la chaîne montagneuse. L'appellation sidonienne aurait pour origine cuirasse, et le même vocable amorite désigne également la cuirasse. La simple observation visuelle de l'Hermon confirme l'impression de cuirasse, d'une montagne massive. A moins qu'il ne s'agisse des reflets solaires sur les cimes enneigées qui donnent l'impression d'une cuirasse luisante. De plus, en Dt 4, 48, le massif est affublé d'un autre nom litéralement «élevé». Le psalmiste a peut-être eu à l'esprit cette désignation de l'Hermon et il aurait créé un parallèle avec le nom hiératique de la ville sainte, Sion, quelques mots plus loin. Que signifie l'expression «la rosée de l'Hermon descendant sur les montagnes de Sion» ? N'oublions que la rosée est symbole de vie, de fertilité, un don de yhwh. Or la montagne de yhwh n'est pas l'Hermon, par ailleurs sièges de divinités cananéennes. De plus, nous ne pouvons imaginer que l'expression échappe au processus de démythisation au profit du yahvisme monothéiste. Une conception hénothéiste, comme le suggère M. Mannati, est aussi à exclure. D'un point de vue littéraire, «la rosée de l'Hermon» est une image d'Epinal, cette dernière expression fait littéralement montre du même procédé que la formule psalmique.
L'image désigne l'abondance, la profusion. Selon la sagesse populaire antique, la rosée naît au sommet des montagnes, puis elle descend la nuit sur les plaines et les plateaux. J. Calès interprète la métaphore, non comme la rosée provenant de l'Hermon , mais comme une profusion analogue à celle de l'Hermon. Mais nous en doutons. Autre problème d'interprétation : le massif de l'Hermon et Jérusalem sont distants de 200 kilomètres. La rosée de l'Hermon, même abondante, peut-elle influencer le climat de Sion ? La réponse est négative. [...]
Le psaume a été composé à Jérusalem, par un ou des membres du clergé, et vraisemblablement d'ascendance sacerdotale septentrionale. La terminologie du psaume est bien caractéristique d'une théologie divine centrée sur la ville sainte et frappée d'un sceau sacerdotal. Le Ps 133, 3 se réfère à l'Hermon, haut-lieu des divinités cananéennes et référence inimaginable à une épo- que et dans un milieu rédacteur dépositaire et garant du monothéisme yahviste. La référence à l'Hermon doit être un souvenir d'un clerc, peut-être originaire du Nord de la Palestine. Il se remémore la rosée du matin qui descendait du massif sur les régions méridionales. Il applique l'image à Sion, devenu ville unique de la résidence du clergé. La fraternité du v. 1 pourrait être une analyse rétrospective de la fuite des prêtres et lévites du royaume d'Israël vers Jérusalem. Par la suite, cette vision se comprendra comme la réalisation de l'œuvre centralisatrice de Josias (David Hamidovic, Le psaume 133, De Jérusalem à Rome, 2000 - books.google.fr).
S'il s'agit du petit Hermon près du Gelboé et du Thabor, la vallée de Jezrael aux environs est le lieu du miracle de la toison et de la rosée sous le règne du juge Gédéon (Augustin Calmet, Commentaire littéral, historique et moral sur la règle de S. Benoît, Tome 3, 1724 - books.google.fr).
Les deux Adam
Selon Gn 13 18, Abraham éleva un autel sous le Chêne de Mambré. A part cette brève indication, Mambré apparaît dans la Genèse non pas comme un lieu de culte mais comme la résidence d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Gn 14 13; 18 1; 35 27, et sert à localiser la grotte de Makpéla «vis-à-vis de Mambré», où furent ensevelis les Patriarches et leurs femmes, Gn 23 17 et 19; 25 9; 49 30; 50 13. Cependant, c'est au Chêne de Mambré qu'Abraham reçut les trois visiteurs mystérieux parmi lesquels se cachait Yahvé, Gn 18, et c'est à Mambré que se situe le mieux, d'après le contexte actuel, la scène d'alliance de Gn 15, donc deux théophanies qui, avec l'autel et l'arbre, indiquent l'existence d'un sanctuaire. En dehors de la Genèse, la Bible ne mentionne jamais Mambré, mais des textes tardifs témoignent d'une permanence du culte et d'une floraison de légendes autour de l'arbre sacré. D'après Josèphe, Bell. IV IX 7 et Ant. IX 4, le Chêne d'Abraham existait depuis la création du monde et s'appelait Ogygès; dans la mythologie grecque , Ogygès était le fondateur d'Éleusis et mis ainsi en relation avec les mystères. Or la scène nocturne de Gn 15 est explicitement rapportée à Mambré par le Livre des Jubilés, XIV 11, et d'autres livres apocryphes l'interprètent comme une révélation de mystères : Abraham y aurait vu la Jérusalem future et appris les secrets de la fin des temps. Aux premiers siècles de notre ère, Mambré était un centre de pèlerinage où l'on vénérait l'arbre d'Abraham, chaque année s'y tenait un grand marché où, d'après la description de Sozomène, Hist. Eccl. II IV, Juifs, Chrétiens et Païens faisaient leurs affaires et accomplissaient leurs dévotions chacun selon sa croyance. C'est le dernier chapitre d'une longue histoire : les ruines romaines et byzantines de Mambré subsistent à Ramet el-Khalil, 3 kilomètres au Nord d'Hébron et, sous ces sanctuaires postérieurs, on a retrouvé des vestiges israélites. Il est vraisemblable qu'on y pratiquait déjà un culte syncrétiste qui fut désapprouvé par le Yahvisme orthodoxe. Cela expliquerait l'ostracisme dont Mambré fut frappé et le silence des livres bibliques en dehors de la Genèse. Dans la Genèse elle-même, cela expliquerait la confusion qui semble avoir été délibérément introduite chaque fois qu'il est question de Mambré. Dans Gn 13 18; 14 13; 18 1, le texte hébreu parle des chênes de Mambré au pluriel, alors que les meilleures versions ont le singulier et que le singulier est effectivemen requis par le récit de Gn 18 4 et 8 : on a voulu diluer la vénération superstitieuse qui s'attachait à un arbre particulier, et les interprètes juifs ont fait un pas de plus en lui substituant la «plaine de Mambré». On a voulu aussi enlever au sanctuaire son autonomie en égarant le lecteur sur la localisation : «les chênes de Mambré qui sont à Hébron», Gn 13 18, «Makpéla qui est vis-à-vis de Mambré» dans les cinq textes cités plus haut, alors que la tombe des Patriarches se trouvait vis-à-vis de l'antique Hébron, enfin l'identification explicite de Mambré avec Hébron dans Gn 23 19 : «Makpéla vis-à-vis de Mambré qui est Hébron», et Gn 35 27 : «à Mambré, Qiryat-Arba, c'est Hébron». Ces textes sont de rédaction tardive. Sans doute il est possible qu'on ait seulement voulu rapprocher ainsi une tombe et un sanctuaire également vénérés, comme Gn 35 8 mentionne à propos de Béthel le tombeau voisin de Débora, mais cela paraît moins probable qu'un effort pour minimiser l'importance religieuse de Mambré (Roland de Vaux, Les institutions de l'Ancien Testament: Institutions militaires. Institutions religieuses, 1958 - books.google.fr).
En Génèse 15, Abram désire une descendance. L’Éternel lui promet une postérité aussi innombrable que les étoiles. Abram a foi en la promesse. Ses descendants seront des étrangers en Égypte. Ensuite, après quatre générations, ils hériteront de la terre entre le Nil et l'Euphrate (Grand Israël, en cours !) (www.churchofjesuschrist.org).
Quoique les connaissances sur ce sujet soient incertaines, le nom Ogyges peut être rapproché du grec Okeanos, le Titan personnifiant le grand océan. Le terme grec Ogygios, qui veut dire Ogygien, finit par signifier «primordial», «très ancien», voire «gigantesque». Selon Flavius Josèphe, le nom d'Ogygès fut donné à un très vieil arbre – un térébinthe ou un chêne – d'Hébron (fr.wikipedia.org - Ogygès).
C'est dans la vallée d'Hébron, appelée d'abord Cariath-Arbé, que vivaient les géants, dont la vue seule effraya les espions de Josué : «Nous y avons vu des hommes monstrueux, fils d'Énac, de la race des géants, près de qui nous ne paraissions que des sauterelles.» L'historien Josèphe dit que de son temps encore, il était ordinaire de montrer des os de géants, qui avaient été enterrés à Hébron, d'une grandeur si démesurée, qu'elle paraît incroyable à ceux qui ne les ont pas vus de leurs yeux. Il n'est pas possible d'admettre que tous les Pères de l'Église aient ignoré le texte de Josué et, contrairement à l'Écriture, placé la sépulture d'Adam sur le Calvaire, au lieu d'Hébron. L'Adam qui fut enseveli à Hébron est donc un autre Adam que le père du genre humain (Jean Joseph Gaume, Histoire du bon Larron, dédiée au XIXe siècle, 1868 - books.google.fr).
Près de là se trouvait la vallée de Raphaïm ou vallée des géants, précisément à cause de ses habitants. En voyant l'énorme grappe de raisin rapportée par leurs espions envoyés par Josué, les Hébreux furent terrifiés d'apprendre que la Palestine était habitée par des géants, devant lesquels ils n'étaient que des sauterelles, disaient-ils dans leur rapport, habitant des villes dont les remparts s'élevaient jusqu'au ciel ! (Dr Bougon, Une race de géants, Le Naturaliste, Volumes 19 à 20, 1897 - books.google.fr).
De même que chez Philon le Logos est l'image originelle de l'Homme, ou l'Homme originel, de même, dans le Zohar, l'Homme d'en haut est la personnification de toutes les manifestations divines : les dix sefirot, l'image originelle de l'Homme. L'Adam céleste, s'avançant hors des profondes ténèbres originelles, créa l'Adam terrestre. En d'autres termes, l'activité de l'essence originelle s'est manifestée dans la création de l'Homme qui, en même temps, est l'image de l'homme céleste et de l'univers. Juste comme chez Platon et Philon, l'idée de l'Homme comme microcosme englobe l'idée de l'univers comme macrocosme. De l'Adam préexistant, ou Messie, au Logos, il n'y a qu'un pas.
Vers la fin du Ier siècle av. J.-C., Arius Didyme écrit dans «Au sujet des opinions de Platon» : «Les idées sont des figures arrangées classe par classe des choses qui sont par nature sensibles et elles sont à la source de différentes sciences et définitions. Car à côté de tous les individus humains, il y a un certain concept d'homme… incréé et impérissable.» (fr.wikipedia.org - Adam Kadmon).
La méthode des Cabalistes, que nous retrouverons chez tous les hermétiques, est fondée sur la doctrine de la correspondance universelle des choses, et spécialement du Microcosme humain, corps et âme, et du grand univers, le Macrocosme. Mersenne a, pour sa part, usé et abusé, nous l'avons dit, de ces analogies. Du moins a-t-il le bon sens d'y voir de simples ornements littéraires, et proteste-t-il énergiquement lorsqu'on veut faire du jeu de mots le principe de la recherche scientifique. Fludd, par exemple, cherche dans la cabale le principe d'une médecine et d'une astrologie (Robert Lenoble, Mersenne ou la naissance du mécanisme, 1971 - books.google.fr).
Omnes.n. in Adam morimur Ro.5. Christus autem cum non contraxerit originale, quia non fm propagationem carnalem ex Adam descendit, se opere spiritus sancti, ideo no neceffitabatur ad mortem, sed voluntarie carnem sumpsit mortalem. Cum igitur nullus possiteam euadere in qua separatur aía a corpore receptura fm ea quæ gessit in corpore præmium uel pænam, ideo habet timere & se præparare (Eximii Doctoris B. Antonini Archiepiscopi Florentini Summae sacrae theologiae, iuris pontificii, & caesarei pars, 1571 - books.google.fr).
Parallèlement aux deux Adam des tombes d'Hébron et du Golgotha, il existe une autre comparaison entre Adam et le Christ.
Le parallèle des deux Adam (Rom., V, 12-21. Cf. 1 Cor., XV, 44-47) jette une grande lumière sur les développements de saint Paul relatifs à l'humanité du Sauveur. Jésus a été un second Adam, surtout par son œuvre, et si nous parlions de cette œuvre, ce serait le cas de dire tout ce que cette comparaison contient de richesse et de beauté; mais il l'a été aussi par sa personne, c'est-à-dire par les ressemblances et par les contrastes qui existaient entre lui et le premier Adam (Abel Roufineau, La vie future chez les Hébreux d'après l'Ancien-Testament, 1874 - books.google.fr).
Adam-Kadmon est l'homme céleste, l'homme divin, l'homme immense, le grand monde. L'homme humain, si l'on peut ainsi parler, est le microcosme, ou le petit monde, abrégé, image microscopique d'Adam-Kadmon (Auguste François Lecanu, Dictionnaire des prophéties et des miracles, Tome 1, 1852 - books.google.fr).

Sergei Ivanov, Xgeronimo, Cosmos of Adam Cadmon Print - (www.saatchiart.com
La configuration totale donnait l'organisme cosmique, l'Homme céleste, que la Cabale intitule Adam Kadmon (Werner Wolff, Naissance du monde, concepts et symboles de la création selon la Bible, 1956 - books.google.fr).
Pan cosmique
Dès l'époque hellénistique, des Syriens ont pu apprendre à connaître les dieux et les mythes que les Grecs placent traditionnellement dans le paysage arcadien. Les poètes Antipatros de Sidon et Méléagre de Gadara rendent hommage à Pan. Méléagre de Gadara rendent hommage à Pan par des épigrammes votives. [...] Césarée-Panéas et Antioche sur l'Oronte apparaissent à cet égard comme les centres cultuels urbains de l'Arcadie syrienne. Chacune des deux villes occupe une position géographique privilégiée dans les bassins des fleuves syriens assimilés à l'Alphée, l'Oronte et le Jourdain. Toutes deux se trouvent également au milieu d'un pays peuplé de géants, à l'image de l'Arcadie : les Veilleurs gigantesques et maléfiques que le Livre d'Hénoch place sur l'Hermon correspondent aux géants hellénisés de l'Antiochène. Elles ont enfin en commun d'avoir l'exclusivité des sanctuaires de Pan au Proche-Orient jusqu'à la fin de l'Antiquité et ce, depuis l'époque hellénistique : le nom de Panion est attribué au modeste site cultuel des sources du Jourdain dès le début du IIe s. av. J.-C.; à Antioche, la fondation du sanctuaire de Pan serait le fait d'Antiochos IV (175-164). Sous l'Empire romain, Panéas et Antioche partagent donc un fonds légendaire et cultuel nourri des mêmes réminiscences légendaires arcadiennes et des mêmes souvenirs de la domination séleucide, ce qui suppose l'existence d'une mythologie commune à l'Hermon méridional et à l'Antiochène. On imaginerait volontiers que la présence de Pan aux sources du Jourdain et sur le cours de l'Oronte se justifie par l'intervention salvatrice de cette divinité dans la légende de Zeus et de Typhon, tout comme à Corycos en Cilicie. Cependant, il manque ici le témoignage d'un auteur qui, tel le Cilicien Oppien, aurait préservé cette tradition de l'oubli en la couchant par écrit (Julien Aliquot, La Vie religieuse au Liban sous l'Empire romain, 2012 - books.google.fr).
Césarée de Philippe est aussi connue sous le nom de Baal-gad, Banias, Baniyas, Banyas, Barias, Belinas, Césarée Neronias, Césarée de Philippe, Césarée Paneas, Césarée Panias, Césarée Sébaste, Keisarion, Kisrin, Medinat Dan, Mivzar Dan, Neronias, Pamias, Paneas, Paneias, Paneion, Panias, Panium. Apparemment connu sous le nom de Baal Hermon et Baal Gad dans l’Ancien Testament, ce site fut plus tard nommé Panias d’après le dieu grec Pan adoré à cet endroit. Aucun écrit n’indique que Jésus entra à l’intérieur, cependant c’est dans les environs de la ville qu’ont lieu la reconnaissance de Pierre envers Jésus en tant que Messie et la transfiguration (Matt 16:13), connue alors sous le nom de Césarée de Philippe (www.biblelieux.com).
La grotte Panias, creusée dans le Paneum, un contrefort de l'Hermon (Grand Hermon), était une des sources principales du Jourdain. C'est là qu'était le sanctuaire du dieu. Pan y était associé à son amante la nymphe Echo, comme Zeus Naïos à Dione et Faunus à Fauna ou Fatua. Parmi les ex-voto provenant de ce lieu, on lit une inscription en date de l'an 222 après J.-C., par laquelle un certain Agrippa dédie une statue de la «dame Echo,» à la suite d'un «oracle reçu en songe.» Le document épigraphique dont il s'agit permet d'affirmer, sans grande chance d'erreur, l'existence d'un oracle de Pan fonctionnant par incubation dans la grotte Panias (Auguste Bouché-Leclercq, Histoire de la divination dans l'Antiquité, Tome 2, 1880 - books.google.fr).
Pan veut dire Tout en grec selon les philosophes.
Pan, le dieu intelligent du Tout (qui signifie donc le Macrocosme), jouait de la Syrinx à sept tons; il exprimait, dans un concert musical, l'harmonie des sept formes de la volonté dans la manifestation de l'intelligence. [...] Pan, le Seigneur du Tout, l'âme du Tout, l'intelligence du Tout, c'est-à-dire l'Univers, l'harmonie de sa manifestation de volonté et de compréhension. Les signes des choses sont des mots que prononce Pan pour confesser la vérité qu'aucun homme n'est disposé à lire (Giuliano Kremmerz, Dialogues sur l'hermétisme, 1997 - books.google.fr).
Rien n'est plus ingénieux que le rapprochement établi entre le dieu Pan et le monde: «La partie de son corps qui est de forme humaine dénote le ciel et la raison dont tout ce monde est gouverné; la face rouge-cramoisi la région éthérée qui est de nature de feu; mais ce qu'elle est ainsi renfrognée, tenant de la chèvre, montre les soudains changements de l'air, à l'exemple de cet animal, le plus inquiet que tout autre. Les cheveux sont les rayons du soleil, et les cornes la lune, en laquelle se viennent recueillir et asseoir toutes les influences des corps célestes, pour, puis après, être de là transmises, épandues et communiquées ici-bas aux éléments etaux corps composés d'iceux... La partie d'en bas toute velue et couverte d'un poil rude, hérissé et épais, signifie la terre avec les forêts, les herbes et plantes dont elle est revêtue. Les deux jambes sont les deux hémisphères; le ventre est la mer, et les pieds de corne la solidité de la terre, fendus pour montrer les montagnes et les fondrières et vallons. La peau de panthère et de petits faons de biches qu'il porte sur ses épaules, mouchetée de taches rondes, représente le ciel semé d'étoiles; les sept chalumeaux joints ensemble les sept planètes et leurs sphères, ensemble l'harmonie des sept tons. Le souffle dont il les entonne est l'esprit de vie qui anime ces astres, et aussi les vents qui parcourent l'air de côté et d'autre. En la main gauche il tient un bâton recourbé qui signifie l'année se révolvant en soi-même. La couronne de pin qu'il a sur la tête sent son montagnard et sauvage, car il erre ordinairement parmi les profondes forêts, les rochers, montagnes et autres lieux solitaires, pour démontrer que le monde qui porte son nom a été créé seul», etc. (Les Images de Philostrate, p. 373) (Henry Faure, Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son temps (Illustrations du Bourbonnais, 16. et 17. siècle), 1870 - books.google.fr, Les Images Ou Tableaux De Platte Peinture Des Deux Philostrates Sophistes Grecs Et Ses Statues De Callistrate. Mis en Francois par Blaise De Vigenere Bourbonnois, 1615 - books.google.fr).

Ernest-Louis Lessieux (1874-1938), Pan - (spectator.com
Si tout conspire, si tout est lié ensemble et si Dieu est finalement la cause dernière de toute action dans le monde, si chaque microcosme n'est qu'un miroir du macrocosme, alors tout n'est que composition d'éléments dont on peut et doit rendre compte (Maryvonne Perrot, Le symbolisme de la roue, 1980 - books.google.fr).
A ce propos, je ne peux m'empêcher d'aborder de nouveau la question de l'origine de la doctrine des quatre éléments chez Empédocle. J'ai parlé précédemment de l'hypothèse de W. Kranz selon laquelle le premier poème d'Empedocle n'était pas le "peri phuseôs" mais les "Katharmoi". Dans ceux-ci on trouve la doctrine des quatre éléments, non sous la forme métaphysique qu'elle a dans celui-là, mais comme dans l'hymne à Pan, c'est à dire rapportant aux quatre domaines cosmiques. Kranz supposait qu'Empedocle était parti d'une tétractys orphique, c'est-à-dire une division orphique en quatre de l'univers. Il me semble que cette supposition est tout à fait exacte. L'hymne à Pan nous en fournit précisément la dernière preuve. Il présente des ressemblances évidentes avec celles d'Empédocle. Chez ce dernier, comme dans l'hymne, le "ouranos" est un terme désignant l'air, et le soleil désigne le feu. La ressemblance la plus importante est cependant que chez Empédocle comme dans l'hymne à Pan, les éléments sont appelés «membres». Il ne faut pas interpréter ces ressemblances en disant que l'auteur de l'hymne a emprunté à Empedocle ses «métaphores». Le terme de "guia" pour désigner les éléments doit au contraire remonter précisément à la spéculation sur les éléments qui est à la base de l'hymne orphique à Zeus, à savoir que les éléments doivent être considérés comme étant les membres de dieu transformés. L'hymne à Pan a donc conservé une théologie sur les éléments qui doit être antérieure à Empédocle et dont celui-ci s'est inspiré. A mon avis, c'est là la seule manière de combiner les faits qui nous sont donnés. Je disais tout à l'heure que l'hymne a des réminiscences des identifications avec certains membres du dieu. Ainsi le soleil est appelé «l'œil du feu au sommet du crâne». Ceci n'est certainement pas autre chose qu'une réminiscence de la tête et des yeux de Zeus dans l'hymne. En outre, je voudrais faire remarquer encore une ressemblance. De même que Zeus est à la fois celui qui est identique au cosmos et celui qui l'a enfanté, Pan est, lui aussi, identique au cosmos et le créateur du cosmos. C'est sur l'ordre de Pan que les éléments sont apparus. C'est en tenant compte de ce macranthropos que nous devons, d'une part, envisager la polémique antianthropomorphique de Xénophane, Empédocle et Platon et, d'autre part, le fait que l'homme peut être considéré comme un microcosme (Anders Olerud, L'idée de macrocosmos et de microcosmos dans le Timée de Platon, étude de mythologie comparée, 1951 - books.google.fr).

Pan cosmique (avec MS-Copilot)
Pan et son correspondant terrestre
L'analyse de l'agon a mis en évidence le lien affectif qui unit Comatas à ses chèvres, ce qui le rapproche aussi du bouvier Daphnis 62, chéri de Pan et des Muses, dont il revendique la bienveillante faveur dans son premier couplet. L'étude de la symbolique des arbres a confirmé cette relation entre Comatas et Pan et a montré un rapport avec l'idylle VII, notamment avec le chant de Lycidas qui fait revivre Comatas, le «divin» chevrier (v. 78-89). L'homonymie justifie le rapprochement, même si les deux personnages restent très différents, ce qui interdit de les confondre en une seule personne, comme on l'a tenté. Chevrier prestigieux que ses relations privilégiées avec la Muse ont rendu «bienheureux» (v. 89) et poète accompli, faisant «douce musique» (v. 89), à l'image de Pan (Syrinx, v. 17), le Comatas de l'idylle VII a pour homologue notre Comatas, grossier campagnard ("kômètès"), qui porte à merveille son surnom de Chevelu ("komètès"), c'est-à-dire de poilu comme ses chèvres. Son nom a ainsi une valeur de caractérisation psychologique, mettant en avant la quasi-symbiose qui l'unit à ses bêtes et soulignant par là-même sa nature primitive. Le lien avec l'idylle VII s'explique par la fonction de maître que remplit chacun des deux Comatas. Celui de l'idylle V revendique clairement son rôle de pédagogue envers Lacon, à qui, alors qu'il «n'était encore qu'un enfant, (il) donnait des leçons» (v. 37), mais son enseignement se réduit à la défloration bestiale du jeune garçon (v. 41-42 et 116-117). Au contraire, le raffinement poétique du Comatas de l'idylle VII fait de lui un maître spirituel dont Lycidas rêve, par-delà le temps, de garder les chèvres tout en écoutant la douce mélodie de sa voix capable d'apaiser toute souffrance. Tout se passe comme si Théocrite avait voulu montrer à la fois la perversion par la violence et la beauté de l'idéal pédérastique où l'éraste apporte à l'éromène son savoir en même temps que sa tendresse. Le choix du nom que Théocrite a donné à son personnage n'est donc pas innocent, même si l'image est brouillée et parasitée par la vulgarité du pâtre. Il suggère à la fois la nature primitive du chevrier et ses capacités à chanter le réel, justifiant ainsi par avance sa victoire (Christine Kossaifi, Le poète de Pan. Les raisons de la victoire de Comatas dans l'Idylle V de Théocrite. In: Revue des Études Grecques, tome 115, Janvier-juin 2002 - www.persee.fr).
Comatas de l'idylle [du grec eidullion, petit tableau] VII est un autre Pan. Enfermé vivant dans un cercueil [par son maître dont il sacrifiait des bêtes du troupeau à Pan], Comatas est soustrait à la mort grâce à la nourriture que lui prodiguent les Muses, le miel des abeilles et le nectar doux, doux comme la musique. Il en reçoit une impérissable béatitude, celle de l'immortalité : disparu du nombre des vivants, le divin Comatas reste celui qui, dans le chant du berger, chante doucement (hadu melisdomenos ... theîe Komâta). Tout comme dans la Syrinx, Théocrite, sous le pseudonyme de Paris Simichidas, s'adresse à Pan (kerastas), c'est Pan aussi qu'invoque le Simichidas des Thalysies, tandis que le chevrier Lykidas son rival, invoque le bienheureux Comatas, alias Pan (kerastas), archetype, quel que soit son nom, du berger poète. (Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, La syrinx, Poétique, Numéros 17-20, 1974 - books.google.fr).
Sous sa protection le pâtre retrouve la paix et connaît la joie jusque dans ses occupations les plus prosaïques; il peut satisfaire ses instincts sans fausse honte et profiter librement des plaisirs de la vie, puisque Pan lui-même ne dédaigne pas de le faire. Quand, malgré tout, il reste psychologiquement perturbé et qu'il ne parvient pas à dominer sa souffrance, il la module sur sa syrinx et en fait l'objet de son chant, à l'image de Pan qui a su trouver sur les lèvres de la Muse l'apaisement qu'il avait en vain cherché auprès des Nymphes qui le fuyaient. En privilégiant Pan, au détriment de divinités plus prestigieuses et plus complexes, Théocrite nous rappelle qu'il faut savoir cueillir l'instant, dans son jaillissement vital, et sentir battre à l'unisson les cœurs de la bête et du dieu qui sommeillent en chacun de nous. C'est cette paix que symbolise Pan : sa tête mi-bouc mi-homme, ses pattes de bouc rappellent son animalité mais sans occulter totalement sa nature divine; cet ensemble troublant qui contient en lui-même tout le mystère de la vie montre comment le poète travaille le mythe en partant du réel – le bouc que garde le chevrier – pour l'enrichir par l'imaginaire – le bouc devient un dieu et, à ce titre, il assume l'angoisse existentielle de l'homme et lui rend la sérénité. Théocrite place donc Pan au centre d'un "triangle" unissant l'homme, le dieu et l'animal. Son microcosme bucolique se révèle être une création poétique qui exploite la personnalité de Pan pour proposer un possible bonheur. De fait, dès que Pan s'efface, tout se complique : l'harmonie éclate et le microcosme bucolique se distend et s'étend, s'ouvrant à d'autres divinités et d'autres valeurs : c'est Aphrodite qui complique le désir et l'alourdit de sentiments et de doutes; c'est Déméter qui exige le pénible travail de la terre pour donner le blé. Les dieux sont donc pour Théocrite un moyen d'analyse philosophique puisqu'ils lui permettent de montrer comment peut se briser le fragile bonheur qu'apporte Pan. Ils sont aussi pour lui matière poétique et ils contribuent par leur présence à la véracité de la touche bucolique et à la profondeur psychologique des personnages; ils sont soumis, dociles, au bon vouloir du poète qui les utilise pour renforcer le pathétique d'une scène ou pour le simple plaisir de faire de la poésie. Plaisir , tel est l'un des maîtres - mots de la pensée et de l'œuvre de Théocrite : plaisir de vivre sous le regard bienveillant du primitif Pan, plaisir de dire le possible bonheur même au siècle de l'angoisse et des doutes, plaisir de faire chanter les mots et les idées (Christine Kossaifi, L'onomastique bucolique dans les idylles de Théocrite. Un poète face aux noms, Revue des études anciennes, Volume 104, 2002 - books.google.fr, www.amities-grecosuisses.org).
On aurait la série emboitée Pan - Comatas VII - Comatas V qui se reflètent l'un l'autre
Lykidas déclare dans l'idylle VII :
O bienheureux Comatas, c'est toi qui subis cet agréable supplice, c'est toi qui fus enfermé dans le coffre, c'est toi qui, nourri du miel des abeilles, souffris toute la saison d'été. Que n'es-tu de nos jours au nombre des vivants ? Je ferais paître tes belles chèvres sur la montagne, en écoutant ta voix, et toi, couché sous les chênes. ou sous les pins, tu chanterais mélodieusement, divin Comatas (Théocrite, Idylles, traduit par E. Chambry, 1931 - ugo.bratelli.free.fr).


Henri Laurens, Les Idylles de Théocrite, Édition illustrée de 38 bois de Henri Laurens, dont 16 à pleine page, gravés par Théo Schmied, tirés en ocre-rouge, Paris, Tériade, Éditions Verve, 1945 - www.librairie-faustroll.com, www.livre-rare-book.com
Calendrier
En fait, la mention de Pan "aktios" fait allusion à l'aspect marin de Pan, le fils d'Hermès, le dieu qu'honorent les pêcheurs. Pan, dieu des rivages, "ton Pana ton aktion". L'épithète, dérivée de "aktè", «la côte escarpée». Pan, par le fumet d'un repas de poisson, séduisit Typhon pour mieux le perdre. L'épithète fait aussi penser à la technique particulière que, selon Oppien de Cilicie (Les Halieutiques), le pêcheur utilise pour capturer, par ruse, des sargues, quand, à l'époque de la canicule, ils se rapprochent des rivages, attirés par l'odeur des chèvres qui descendent de la montagne vers les rivages côtiers pour y chercher le sel et la fraîcheur : le chevrier, recourant à la même sorte de ruse que celle de Pan envers la Lune, revêt «ses membres de la peau d'une chèvre et (fixe) des cornes à ses tempes», puis il «jette à la mer de la farine d'orge rôtie avec de la viande de chèvre»; les sargues se dirigent en masse vers cette odeur qui les enchante et il suffit alors d'un simple coup de filet pour les capturer. La séduction de Pan "aktios" est donc aliénante, à l'image de celle que Lacon utilise contre Comatas (Christine Kossaifi, Les dieux dans les idylles bucoliques de Théocrite. Bonheur et souffrance, Revue des études anciennes, Volume 104, 2002 - books.google.fr).
Le géant Christophe à tête de chien (cf. lycanthropie), dont la fête commence au début de la canicule (25 juillet), porte l'enfant Jésus (Jean-Marc Pastré, Se battre sur le pont, passer le pont ou s'en passer, Les ponts au Moyen Âge, 2006 - books.google.fr).
Les Menées grecques (Menæa magna Graecorum, Venise, 1528) disent que saint Christophe avait été baptisé par saint Babylas, évêque d'Antioche. Babylas est célèbre dans l'antiquité chrétienne pour avoir arrêté à la porte de l'église un empereur souillé de crimes, l'avoir empêché de participer avec une conscience coupable aux saints mystères, et avoir ainsi, en pleine époque païenne, donné l'exemple que devait suivre au siècle suivant saint Ambroise. Malheureusement, les détails de sa vie sont peu connus : nous avons montré plus haut comment l'acte de hardiesse évangélique qui immortalisa son nom a été inexactement ou incomplètement rapporté par les historiens. Il en fut de même de son martyre. On sait que Babylas périt pour la foi de Jésus-Christ, mais les circonstances dans lesquelles fut consommé son sacrifice varient avec les narrateurs. Eusèbe, le plus ancien et probablement le mieux renseigné, dit qu'il mourut à Antioche, dans sa prison. Saint Jean Chrysostome paraît croire qu'il fut décapité. On parle de trois jeunes gens immolés en même temps que lui. Des Actes où l'histoire est étrangement défigurée mettent son martyre sous Numérien. Cette dernière date doit être rejetée : Eusébe est formel quant à l'époque où mourut le courageux évêque d'Antioche. Un fait reste certain : Babylas, après avoir obligé Philippe à respecter la discipline de l'Eglise, confessa la foi sous son successeur, soit par un martyre sanglant, soit, comme tant d'autres victimes de la persécution de Dèce, par le long et douloureux martyre de la prison. On dit qu'il demanda à être enterré avec ses chaînes; son tombeau, transporté cent ans plus tard par un empereur chrétien près du temple d'Apollon à Daphné, fit taire l'oracle qui y parlait encore (Paul Allard, Les chrétiens après Septime-Sévère, Le Contemporain : revue d'économie chrétienne, Volume 76, 1885 - books.google.fr).
Prilidien, Urbain et Epolone, enfants et martyrs à Antioche, avaient été instruits dès l'âge le plus tendre dans la religion chrétienne par saint Babylas, évêque de cette ville. Ils étaient encore très-jeunes lorsqu'ils furent arrêtés avec leur saint maître, dont ils partagèrent les souffrances et le martyre, vers l'an 250, pendant la persécution de Dèce : 24 janvier (Dictionnaire hagiographique, Encyclopédie théologique, Tome 41, 1850 - books.google.fr).
Le 25 juillet est à l'opposite du 24 janvier sur le calendrier circulaire de l'année non bissextile.
Dans La fin des Oracles, Plutarque rapporte que «le Grand Pan est mort». L'homme se sent capable désormais de maîtriser la Nature. De plus en plus, la culture le met à l'abri des dangers immédiats qu'il devait sans cesse affronter auparavant. Mais c'est surtout sa propre nature qu'il paraît dominer maintenant. Il place désormais sa confiance en son Moi apollinien, en sa raison et en son intelligence, pour contrôler les impulsions de sa vie instinctuelle et en contenir les débordements. Mais, est-il vrai que le Grand Pan est mort ? Pan est aussi le dieu de la masturbation, des cauchemars et de l'épilepsie. Certains psychiatres étudiant les attaques de panique n'ont pas manqué de noter la parenté entre cette affection et l'épilepsie. En particulier pour ce qui concerne l'aura précédant l'attaque, l'obnubilation de la conscience et les désordres psychomoteurs. En dépit de sa proscription par la conscience «civilisée», Pan est loin d'avoir disparu de la scène publique. Il y fait retour le plus souvent par effraction en faisant pousser aux autres un cri d'horreur. La rubrique des faits divers montreque le dieu-bouc a toujours ses satyres qui attendent leurs proies au coin d'un bois. Et qui n'a jamais connu «le démon de midi» ? Pan est toujours vivant dans l'âme humaine même si le Christianisme l'a relégué au rang de bouc émissaire en lui prêtant les traits du Diable (Jean-Claude Jugon, Phobies sociales au Japon, timidité et angoisse de l'autre, 1998 - books.google.fr).
L'Arcadie et les Géants
Avant d'établir leur règne, Zeus et les Olympiens eurent à affronter, après les Titans, les Géants. Le combat qui les affronta aurait eu lieu, selon Pindare, qui est le premier à en parler explicitement, «dans la plaine de Phlégra», l'ancien nom de Pallène, en Chalcidique. Or les Arcadiens, rapporte Pausanias, voulaient que ce combat se fût déroulé près de Mégalopolis, à l'endroit nommé Bathos, et «non à Pallène en Thrace». L'Arcadie toute entière était d'ailleurs appelée «terre des Géants (Gigantis)» par Étienne de Byzance. La localisation de la gigantomachie à Bathos est implicitement mise en relation avec les émanations de feu qui jaillissent à cet endroit où les Arcadiens sacrifient aux Éclairs, aux Tempêtes et aux Coups de Tonnerre». Un vieux culte des forces élémentaires de la nature se trouve ainsi évoquer la fureur des dieux et des géants dans le combat. Habitant l'Olympe, les dieux étaient aussi chez eux en Arcadie puisque, selon Pausanias, ils appelaient le mont Lycée «Olympe» et même «sommet sacré». Le Styx, par lequel les dieux prêtaient serment, coulaient aussi en Arcadie, le fleuve infernal et la rivière de Nonakris venant à se confondre. Parmi les dieux ici étudiés, seul Pan vit régulièrement à l'écart de l'Olympe, le plus souvent sur la terre, comme l'indique cette invocation du poète Castorion au IVe s. :
C'est toi Pan, [...] qui habites ("naiô") un séjour où de bruyantes chutes de neige font régner un hiver rigoureux, le pays des Arcadiens, que je célèbrerai.
Dans les massifs du Ménale, les Arcadiens entendent sa syrinx, près du mont Parthénion, il interpelle Philippidès, près de Phigalie, il va par monts et par vaux jusqu'à découvrir la retraite de Déméter dans une grotte du mont Élaion. Au total, les légendes relatives à la vie terrestre des dieux en Arcadie se rencontrent dans des paysages de montagnes ou près de sources, rivières et lacs (Madelien Jost, Un paysage religieux : l'Arcadie, Dossier : Éros en jeu, 2021 - books.google.fr).
Ainsi les Géants arcadiens sont à la fois les adversaires du maître des dieux et les protecteurs de son enfance. On a expliqué cette apparente contradiction en imaginant un conflit de religions : Hoplodamas serait un dieu dépossédé par Zeus Hoplodamios (= Hoplosmios), dont la Gigantomachie symboliserait la victoire. Il est probable que Zeus s'est partiellement approprié les traits du Géant, comme ailleurs ceux de Lykaon. Mais aurait-on dressé un trophée à la gloire des «nouveaux dieux» dans un pays où les cultes préhelléniques sont démeurés vivaces, et l'aurait-on placé dans le hieron fulgural du Bathos d'où Zeus ne parvint pas à expulser les occupants primitifs ? On serait tenté de dissocier les Géants du Bathos et ceux du Thaumasion, de considérer les uns comme des épigones des Géants palléniens, les autres comme des hypostases des Courètes crétois. L'hypothèse n'est guère plausible. Deux conceptions aussi divergentes ne sauraient coexister dans un rayon de 15 km., alors que les légendes et les cultes locaux offrent une grande cohérence malgré des chicanes de sacristies. L'Arcadie doit beaucoup à l'île de Minos, sans nul doute. La ville de Gortyne, près du Thaumasion, vénère Zeus Hécatombaios ainsi que son homonyme de Crète; aux environs, le mont Géraistion, où le nouveau-né de Rhéa fut emmailloté, rappelle les Nymphes Géraistiades de l'autre Gortyne, courotrophes de Zeus. Les Arcadiens, fiers d'être les hommes les plus anciens de la Grèce (antérieurs à la lune !) n'ont pas reculé devant des plagiats pour légitimer leurs ambitions. Auraient-ils inventé pour autant des Géants "propoloi" de Zeus, contre toute la tradition hellénique, si ce trait n'appartenait à de respectables hieroi logoi ? Les Courètes, connus dans la région, eussent bien mieux convenu. Archaïques ou archaïsants, les mythes arcadiens gardent pour nous une valeur indiscutable. Les versions crétoises de la naissance de Zeus apportent une confirprécieuse, quoique indirecte. C'est en effet Gé qui reçoit l'enfant divin à sa naissance et se substitue à Rhéa; dans le cortège multiforme qui se presse autour du berceau, Callimaque atteste la présence des "Diktaiai Meliai". Ainsi le Crétagénès est élevé par la mère et les sœurs des Géants : il n'est pas surprenant que ceux-ci interviennent ailleurs en personne. Hoplodamas n'est pas un isolé en Arcadie. A Lykosoura, Anytos, un Titan armé sert de parèdre à Despoina. Le cicerone du sanctuaire rapportait à Pausanias qu'il lui avait servi de père nourricier (Pausanias, VIII, 37, 5-9). Anytos s'acquitte auprès de Déméter, mère de Despoina, de la même fonction qu'Hoplodamas auprès de Rhéa. Déméter et Rhéa prolongent une Mère préhellénique entourée d'un cortège de démons armés. Les interférences sont nombreuses. A Lykosoura, le sanctuaire de Déméter et de Despoina est proche du Lycée où Rhéa accoucha (Pausanias, VIII, 38, 2, en fait la remarque); l'autel placé devant le temple est commun aux trois divinités (Paus., VIII, 37, 2); le socle des statues représente les Courètes et les Corybantes, nouvelle allusion à la courotrophie de Zeus (Paus., VIII, 37, 6). A Mégalopolis, où l'on a découvert les ossements d'un compagnon d'Hoplodamas (Paus., VIII, 32, 5), l'enfance de Zeus est figurée sur une table dans le sanctuaire des Mégalai Théai (Paus., VIII, 31, 4). La Gigantomachie du Bathos avoisine un autre hieron des Mégalai Théai (Paus. VIII, 29, 1-2).
Les deux aspects des Géants arcadiens ne sont donc ni successifs, ni exclusifs, mais complémentaires. Ceux-ci constituent, près du Lycée, un groupe de "propoloi" armés qui entourent une Mère divine, protègent son fils et sont foudroyés ensuite par lui. On sera peut-être étonné ou agacé de voir surgir des fables grecques une nouvelle confrérie, après celles qui ont déjà vu le jour. En réalité, leur nombre n'est pas plus inquiétant que celui des corporations au Moyen Age : chaque région eut les siennes; chaque classe sociale établit des initiations progressives comme celles que le compagnon ou l'écuyer subissaient pour atteindre à la maîtrise ou pour se faire adouber. Précisément, tout près du Bathos, vit une autre confrérie, celle des lycanthropes du Lycée. Les sectateurs de Lykaon formaient un thiase extatique de jeunes guerriers qui se croyaient devenus des loups et vivaient pendant un temps leur sauvage existence. Il y a un parallélisme certain entre les Géants et les Lykaonides, même si l'on écarte des ressemblances onomastiques fortuites. Figure e ambiguë autant qu'Hoplodamas ou Eurymédon, Lykaon a gêné aussi les Grecs. Parfois proche des immortels, il reçoit l'équivoque épithète d "antitheos"; il est le commensal des Olympiens et un héros civilisateur ainsi que ses cinquante fils, fondateurs des cités arcadiennes. En général pourtant, lui ou sa famille ont la réputation de surpasser tous les hommes en insolence et en impiété. Selon une version hésiodique (?), résumée par le Ps.-Apollodore, Lykaon est fils de l'autochthone Pélasgos, donc descendant de Gé. Sa riche lignée rappelle les tribus des Géants par le nombre et le goût de la démesure; elle périt foudroyée à Trapézonte, la cité la plus proche du Bathos. Au moment où Zeus l'extermine, Gé apparaît en suppliante comme dans les Gigantomachies archaïques, elle saisit la droite du dieu et obtient le pardon du dernier né, Nyctimos. Pamprépios de Panopolis (?), qui vécut au ve siècle de notre ère, mais suit une tradition locale déjà attestée par Denys d'Halicarnasse et peut-être par Phérécyde, rapporte que le père de Lykôn (sic) est Azeios, un Géant (au vrai, un Gégénès), fils de Chthôn; il ajoute que la Titanomachie (Gigantomachie ?) eut lieu pendant son adolescence. Ovide établit une corrélation entre les deux mythes : pour que l'espèce des Géants ne disparaisse pas, la Terre fait naître de leur sang une race «contemptrix superum saeuaeque auidissima caedis et uiolenta». Lykaon appartient à cette race, il cherche à tuer Zeus venu sous son toit, puis lui offre un festin humain. Le maître des dieux foudroie sa maison et le métamorphose en loup; puis, après avoir fait un long parallèle entre les Géants et l'humanité du temps de Lykaon, il se décide à anéantir celle- ci par le déluge (Métamorphoses, I, v. 151-252). Le poète contamine deux traditions hellénistiques qui rattachent le cataclysme de Deucalion tantôt aux Géants, tantôt aux Lykaonides. Ces combinaisons multiples inventées par les mythographes ne laissent guère de doute sur la parenté première des deux confréries. Le souvenir de Lykaon se perpétue dans l'association des lycanthropes, attestée à l'époque historique. Celui des compagnons armés d'Hoplodamas s'est aussi conservé. De même que les Spartes passent pour être les ancêtres de la haute aristocratie thébaine, voire de tous les Thébains, les Arcadiens ont hérité des caractéristiques des Géants. Leur pays s'est appelé Gigantis; eux sont des autochthones et des "ubristai". Le nom obscur de "proselenoi" qu'ils se donnent s'expliquerait, selon Théodoros, parce que la lune aurait apparu peu avant le combat d'Héraclès contre les Géants (identifiés aux Arcadiens ?). L'épopée tient les hommes d'Arcadie pour de rudes guerriers aux bonnes piques, qui excellaient dans le corps à corps. Il convient de rappeler ici la geste préhomérique d'Éreuthalion. Selon le chant VII de l'Iliade, Lycurgue triompha par ruse d'Aréithoos, que le poète qualifie d'"anax" et de "dios" (?. 137-138); il «le dépouilla des armes qu'il devait à Arès de bronze» (v. 146) et s'appropria sa célèbre massue de fer. Il la garda toujours dans la mêlée guerrière (?. 147) jusqu'à sa vieillesse; il la confia alors à son écuyer Éreuthalion (?. 136), le plus grand et le plus fort des hommes (v. 155). C'est lui que le jeune Nestor tua, nouveau David contre Goliath. Si le texte de l'Iliade est avare de renseignements sur ce combat, Ariaithos de Tégée le conte d'après des sources locales. Son récit présente deux traits essentiels. D'une part, il s'agit d'une monomachie régulière en champ clos; d'autre part, quand Nestor a abattu son adversaire, il saute de joie et sort ainsi par mégarde de la lice. Si l'on néglige l'épisode que la mauvaise foi patriotique des Arcadiens a greffé sur cette circonstance, il est visible que le jeune homme danse une espèce de pyrrhique comme Athéna après la Gigantomachie : la «danse rouge» accompagne la défaite d'Éreuthalion, le «Guerrier Rouge». Ces batailles pour la possession de la masse de fer semblent bien être d'anciennes luttes rituelles, transposées en partie sur le plan historique. Lycurgue, «celui qui fait les œuvres du loup», est apparenté aux lycanthropes. Tandis qu'Hoplodamas fait pendant à Lykaon, à Lycurgue s'oppose Aréithoos, «celui qu'Arès rend agile», "aner polemikos", dit Pausanias (VIII, 4, 10). L'un et l'autre incarnent deux confréries de guerriers analogues, mais rivales, qui groupaient peut-être des classes d'âge différentes et qui s'affrontaient périodiquement dans des simulacres de batailles. C'est du reste à peine une hypothèse. Mantinée commémorait le "mèlos" de Lycurgue et d'Aréithoos au cours des Môleia, fête dont on ne discute guère le caractère militaire. Elle connaissait Hoplodamas ou Zeus Hoplosmios, comme l'atteste une tribu Hoplodmia, à côté de laquelle on doit noter l'Ényalia. La cité, où Énée avait recruté l'ancêtre des Saliens, était célèbre par sa "Mantinikè orchesis", où les danseurs, revêtus d'une armure démodée dite «de Mantinée», continuaient une coutume préhellénique qui se retrouve en Crète et sur le mont Cynthe. Au reste, deux Arcadiens passaient pour avoir institué l'"Oplomachia", qui comportait des combats simulés, et la "Monomachia", sorte de duel judiciaire (Francis Vian, Louis Moulinier, La guerre des géants, le mythe avant l'époque hellénistique, 1952 - books.google.fr).
La forme arcadienne Hoplodmia équivaut à l'épithète Hoplosmios, l'un des surnoms les plus rares de Zeus et même de Héra. Héra Hoplosmia était adorée en Élide et Zeus Hoplosmios en Arcadie. Il possédait à Méthydrion un temple assez riche qui renfermait une table en or. [...]
Le nom d'Hopladamos n'est qu'une altération d'Hoplodamos ou Hoplodmos, dont Hoplodmios est l'épithète. Le géant Hopladamos de la légende méthydrienne n'est donc pas sans parenté avec Zeus Hoplosmios. [...]
A Mégalopolis, où une partie des Méthydriens avait dû émigrer, on montrait dans le sanctuaire d'Asklépios-Enfant des squelettes gigantesques, dont l'un était attribué au même Hopladamos (Pausan. VIII, 32, 3). [...]
L'association d'Hopladamos à la légende de Rhéa, sa conversion en géant, semblent être l'œuvre des Méthydriens. Mais le prototype du personnage pouvait exister à Mantinée sous la figure d'un dieu indigène, patron de ces danseurs armés dont la réputation était aussi ancienne que répandue. Nous établirons l'origine cultuelle de cette fameuse "oplitikè orchèsis" de Mantinée, qui reporte la pensée aux rites pélasgiques de Samothrace et de l'Ida, aux cérémonies des Curètes, des Corybantes et des "Saoi", ancêtres des Saliens. On sait aussi que Dardanos, le colporteur du culte de la Mère des dieux et des Kabires pélasgiques, passait pour originaire d'Arcadie et que le nom du Dardanien Kapys, éponyme de Kaphyai, équivaut à celui de Képhéus, fils d'Aléos, et père d'Autonoé, fondatrice de Mantinée. De toutes ces indications, il résulte que Mantinée fait partie de cette zone mythologique qui s'étend du Péloponnèse central et de la Béotie jusqu'en Asie Mineure, en passant par les îles de Lemnos, d'Imbros et de Samothrace, les derniers refuges de la population pélasgique, au dire des anciens, et les foyers de l'antique religion cabirique (Gustave Fougères, Mantinée et l'Arcadie orientale, 1898 - books.google.fr).
Dans les traditions populaires recueillies par Pausanias, à Méthydrion en Arcadie, on racontait que Rhéa, étant enceinte de Jupiter, était arrivée sur le mont Thaumasion où elle avait appelé à son aide, pour la défendre au besoin contre Cronos, une troupe de Géants conduits par Hopladamos. Elle avait enfanté dans un repli du mont Lycée; mais c'était sur le Thaumasion qu'elle avait trompé la voracité de Cronos, en lui faisant avaler une pierre emmaillottée. Le récit des gens de Mantinée est plus intéressant; il se rapporte, non à la naissance de Zeus, mais à celle de Poséidon. Quand Rhéa, disaient-ils, eut mis au monde Poséidon, elle abandonna l'enfant au milieu d'un troupeau de moutons, pour qu'il y fût nourri comme un agneau. Elle alla ensuite déclarer à Cronos qu'elle venait d'accoucher d'un cheval et elle lui donna à dévorer un poulain, au lieu de son fils. Le stratagème de Rhéa est le fait essentiel de la légende de cette divinité (Charles Daremberg, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Tome 2, 1887 - books.google.fr).
On pourrait soupçonner que la non-compréhension de Pallas Athéna comme nom «double» de la déesse a provoqué cette généalogie, si nous n'avions d'autre part une Athéna Enkeladès, donc identique au géant ainsi baptisé, qu'elle tue et dont elle arbore ailleurs le bouclier caractéristique orné du triscèle, emblème de la Sicile où périt Encelade, et plus probablement symbole triplement phallique, qui rappelle les termes de l'énigme posée par la Sphinx à Edipe. On sait que l'Athéna classique naît de la tête de Zeus, qui agit en doublet de Kronos, en ce sens qu'il dévore la déesse Métis (de crainte qu'elle ne lui donne un fils plus puissant que lui) : Métis était une prophétesse qui prenait volontiers la forme d'une mouche, et sous cette forme, Zeus l'avala d'un grand baîllement; Athéna naquit de cette union insolite. Cependant les mythographes qui faisaient de Pallas un Titan (ou un géant, ou un simple roi d'Arcadie «nourricier» de la déesse ) père d'Athéna, ajoutaient que ce monstre, ailé, tenta de violer sa fille. Athéna le tua, revêtit sa peau après l'avoir écorché, et s'attacha aux pieds les ailes de son père. Nul doute que, dans une version. [...] Si, avec Encelade, nous avions affaire probablement à un mythe solaire, j'ai des raisons de croire que Pallas est un vieux dieu lunaire (Gérard Legrand, Sur Œdipe, 1972 - books.google.fr).
Géants des Abruzzes
Dans la culture des Abruzzes, les paladins s'insèrent dans une double tradition : dans les milieux paysans, ils ne sont pas les chevaliers de Charlemagne mais une race pré-humaine de géants pacifiques; en milieu pastoral par contre, certains motifs habituels de la littérature chevaleresque interviennent. La culture traditionnelle reconnaît la présence tangible des géants «paladins» dans certains vestiges archéologiques et certaines représentations artistiques d'une majesté particulière. A l'intérieur de l'église de la Madonna della Croce à S. Valentino dans les Abruzzes Citérieures, les statues de David, Salomon, saint Joseph et saint Joachim sont appelées «paladins» (Sur les traces de Roland: légendes et lieux carolingiens en Italie, 1989 - books.google.fr).
On raconte la découverte au Colle del Vento à Crognaleto, où se trouvent des vestiges archéologiques prothistoriques (Mur des Paladins, Palais de la Reine), d'un sarcophage avec un squelette de haute taille (www.youtube.com, giannidimuzio.blogspot.com/) (nonagones.info - Autour de Rennes - Les Bergers des Abruzzes : Crognaleto).
Quand les trésors et les vierges endormies ne sont pas gardés par des dragons, ils le sont par des nains et des géants barbus et velus. Le plus connu de ces gnômes est Alberick, possesseur de la merveilleuse Tarnskapp, qui le rendait invisible, et lui permettait ainsi d'être le plus sûr gardien des trésors des Niebelüngen. Cette croyance à la garde des trésors par des géants velus, s'est perpétuée pendant des siècles, et c'est peut-être pourquoi on a dû voire même gravé leur effigie sur les monnaies du Moyen Age et des temps modernes (Anatole-Félix Le Double, François Houssay, Les velus, 1912 - books.google.fr).
Le roman de l'Ours Wisselau fut recueilli dans un manuscrit flamand du XIVe siècle :
Charlemagne tenait cour plénière à Aix-la-Chapelle, quand arriva devant lui un brave champion, appelé Gernout, accompagné d'un ours farouche. Wisselau, tel était le nom de la bête, aussi mauvaise pour tous les hommes que douce pour son maître. L'ours fit toutes sortes de prouesses à la cour, au grand étonnement de Charles et de sa suite. Un jour la conversation porta sur le terrible roi des Géants, Esprian, dont les richesses étaient proverbiales, et dont le voisinage inquiétait l'empereur. Esprian habitait une île, mais il suffisait de quelques jours de navigation pour atteindre ses états. Le héros Gernout proposa à Charlemagne d'aller conquérir le trésor des Géants, en n'ayant que son ours pour unique renfort. L'empereur et ses palatins [paladins] resteraient les témoins impassibles des prouesses de Wisselau, et ne devaient en rien intervenir dans les stratagèmes que Gernout imaginerait pour parvenir à ses fins. Charlemagne, qui avait l'esprit aventureux, accepta l'offre et promit à Gernout les plus grands honneurs s'il se rendait maître du trésor fameux. On s'embarqua et bientôt on aborda dans l'île (Bulletin mensuel de numismatique et d'archéologie, Volume 3, 1884 - books.google.fr).

Les Paladins - Marionnettes siciliennes - Musée de Palerme - vidoiltiro.com

