Partie IX - Synth√®se   Chapitre LVII - Calendrier   Neuvaine   

Amusons-nous

Les Traditions, relatives aux chiffres 3, 7 et 9, sont bien plus anciennes que l'Inde, la Gr√®ce et Rome. Elles sont au moins de l'√©poque du Bronze et souvent N√©olithiques. L'arch√©ologie permet de dater certains motifs du N√©olithique, de l'Age des M√©taux (boucliers, lances) ou du Moyen-√Ęge. Les motifs abstraits, comme la triple enceinte ou les neuf cupules, √©chappent √† une datation fine.

La gravure galicienne du Laxe dos Lebres présente deux cerfs l'un sous l'autre en fonction d'un axe de symétrie mais l'effet de miroir est imparfait. L'animal inférieur, renversé, porte deux bois courts dont les extrémités se rejoignent. Il n'est pas sexué. L'animal supérieur, en position droite, est un dix-cors, représenté tête levée et sexe dressé. Au niveau de son cou, sont gravées deux cupules et à hauteur de l'axe de symétrie, neuf cupules sont incluses dans un cercle. (Philippe Hameau, Animal et expression schématique néolithique dans le sud de la France).

A Kobadi, dans le Sahel malien, a été trouvée une pierre pyramidale à neuf cupules, haute de 8,3 cm. Au Roc de les Creus, à Conat, le panneau B au bas présente une croix potencée surmontant un cercle pointé d'une petite cupule au centre; au- dessus à gauche, une petite croix à branches égales; neuf cupules rondes ou ovales de dimensions variées (prof. de 2 à 4 cm); la grosse cupule du sommet est reliée à une petite cupule par une courte rigole.

Dans la tradition nordique, les nombres 8 et 9 d√©signent une p√©riode ou un groupe marqu√© par le destin et assument le r√īle accord√© au 7 par les civilisations m√©ridionales et alors qu'une antique semaine aryenne, selon John Rhys, comptait 8 jours. On en trouve la trace dans les Nundines romaines, s√©rie de 8 jours (fr.wikipedia.org - Nundines).

Toutes les 9 nuits, 8 anneaux tombent de l'anneau d'Odin. Une variante du mythe de Pers√©phone est celle de la dispute qui opposa Njord, le souverain des mers, √† son √©pouse Skaldi, d√©esse des patins √† glace. Skaldi voulait vivre dans les montagnes, chez son p√®re, √† Thrymdheim. Njord, quant √† lui, pr√©f√©rait la mer. Il fut finalement convenu qu'ils r√©sideraient alternativement 9 mois √† Thrymdheim et 3 √† Noatun. Lorsdque Njord descendait des montagnes vers Noatun, il chantait (nuit correspond √† mois) :

Je n'aime pas les montagnes, je n'y reste pas longtemps,

Neuf nuits seulement ;

M'est plus doux le chant du cygne que le hurlement sauvage du loup.

Les Irlandais d√©signaient un certain laps de temps par le mot "nomaid" ou "nomad" qui signifie litt√©ralement " 9 intervalles ", √† partir de "noi", neuf. Dans Kullwch et Olwen, il est sp√©cifi√© que Kei pouvait rester 9 nuits et 9 jours sans dormir. On conna√ģt l'expression anglaise a nine-day's wonder (" la merveille d'un jour ")[1].

W. H. Roscher, dans Die enneadischen und hebdomadischen Fristen und Wochen der √§ltesten Griechen, s'est int√©ress√© aux t√©moignages anciens o√Ļ sont mentionn√©es des p√©riodes de 7 et 9 jours (respectivement des groupes de 7 et 9 personnes ou objets), en discute la port√©e au point de vue de la mesure du temps, et cherche √† pr√©ciser l'origine de cette mani√®re de s'exprimer. Dans le second de ces volumes, il s'agit plus sp√©cialement des nombres 7 et 9 dans leurs rapports avec les diff√©rentes divinit√©s grecques ; M. R. constate que le nombre 7 est en relation intime avec les cultes d'Apollon et de Dionysos et avec les mythes b√©otiens. La fin de chaque dissertation r√©sume les r√©sultats obtenus par la discussion et l'interpr√©tation des textes. La principale de ces conclusions, dont l'importance on ne saurait √©chapper, est que ce ne sont pas les 7 plan√®tes astrologiques qui ont donn√© au nombre 7 son caract√®re sacr√©, bien qu'elles aient sans doute, apr√®s l'√©poque de Pythagore, contribu√© √† le d√©velopper encore ; ce caract√®re repose simplement sur une division naturelle du mois lunaire de 28 jours en quatre p√©riodes ou semaines de 7 jours chacune, dont les phases de la lune marquaient n√©cessairement le commencement et la fin. Les p√©riodes enn√©adiques, et ensuite le caract√®re mystique du nombre 9, proviennent de m√™me d'une antique division du mois lunaire en trois parties, bien qu'ici le point de d√©part de cette division soit assez obscur. D'autres conclusions ne sont pas d'une certitude absolue; mais il ressort encore des dissertations de M. R. qu'il y eut chez les anciens Grecs une sorte de concurrence entre les principes sept√©naire et nov√©- Naire ; alors que dans l'ancienne √©pop√©e, les p√©riodes de 9 jours sont de beaucoup les plus fr√©quentes, le nombre 7 a au contraire une influence pr√©pond√©rante dans la religion ; les groupements hebdomadiques sont d'ailleurs plus anciens, et se sont maintenus plus fermement dans le culte, tandis que dans la po√©sie h√©ro√Įque, ils se trouv√®rent r√©duits au minimum, repouss√©s et chass√©s de l'usage, pour ainsi dire, par l'influence croissante des p√©riodes nov√©naires. Eschyle parle par exemple, de la guerre de Troie comme ayant en r√©alit√© dur√© 9 ans, les Grecs √©tant retourn√©s dans leur patrie la dixi√®me ann√©e[2].

Dans la mythologie des Grecs, on compte les neuf nuits d'amour de Zeus ; les neuf jours et les neuf nuits de souffrances qu'endure Léto lorsqu'elle accouche d'Apollon et d'Artemis, héra ayant interdit à la déesse des enfantements, Ilithye ; les neuf jours d'angoisse de la déesse Déméter partie à travers le monde à la recherche de sa fille Perséphone enlevée par Hadès, le dieu des Enfers.

Les Romains avait une d√©esse Nundina, ainsi nomm√©e du neuvi√®me jour des nouveau-n√©s, qui est appel√© lustricus (purificatoire); ce jour est celui o√Ļ ils sont purifi√©s par l'eau lustrale et re√ßoivent un nom. Mais ce jour, qui est le neuvi√®me pour les hommes est le huiti√®me pour les femmes (Macrobe, Saturnales).

Un morceau inspir√© du Sur les mois de Jean Lydus pr√©tend expliquer par des raisons physiologiques pourquoi l'Eglise orthodoxe c√©l√©brait des offices fun√®bres les troisi√®me, neuvi√®me et quaranti√®me jours apr√®s le d√©c√®s. Ce contemporain de Justinien empruntait, dit-il, sa sagesse, " √† ceux des Romains qui ont √©crit sur l'histoire naturelle "! , en r√©alit√©, croyons- nous, √† un pythagoricien √©clectique du genre de Num√©nius. Il affirme donc que la semence introduite dans la matrice se change le troisi√®me jour en sang et dessine le cŇďur, " car le cŇďur, dit-on, se forme le premier et meurt le dernier " ; le neuvi√®me, la masse se coagule et se solidifie en chair et en moelle ; le quaranti√®me jour enfin, le fŇďtus acquiert la forme parfaite de l'homme. Apr√®s l'accouchement, on d√©fait le troisi√®me jour les langes du nouveau-n√© ; le neuvi√®me, l'enfant se fortifie et supporte qu'on le touche ; le quaranti√®me, il commence √† sourire et √† reconna√ģtre sa m√®re. Apr√®s la mort, la nature parcourt en sens inverse, dans la d√©composition du cadavre, les √©tapes de sa formation : le troisi√®me jour, le corps change d'aspect et son visage devient m√©connaissable ; le neuvi√®me, il se dissout tout entier, le cŇďur se conservant encore ; mais le quaranti√®me, celui-ci p√©rit avec le reste, et c'est pourquoi, ajoute l'antiquaire byzantin, " ceux qui c√©l√®brent des c√©r√©monies en l'honneur des morts, le font le troisi√®me, le neuvi√®me et le quaranti√®me jour, rappelant ainsi et l'√©tat primitif de l'homme, et sa croissance post√©rieure, et sa d√©composition finale ". Il est, certes, surprenant de voir justifier la liturgie chr√©tienne par ces explications physiologiques, d'ailleurs radicalement fausses, et on est naturellement amen√© √† penser que l'usage, dont on pr√©tend ainsi faire comprendre la signification, est d'origine pa√Įenne, comme l'interpr√©tation propos√©e par les naturalistes romains. Cet emprunt est g√©n√©ralement admis, mais la question est plus compliqu√©e qu'il n'y para√ģt, et l'on n'a pas jusqu'ici √©limin√© les difficult√©s qu'offre l'hypoth√®se de ce transfert, ni montr√©, je crois, la v√©ritable origine de ces rites fun√©raires. La pratique byzantine est fort ancienne. Elle est d√©j√† mentionn√©e dans les Constitutions apostoliques, qu'on sait avoir √©t√© r√©dig√©es √† la fin du IV√®me si√®cle ou au commencement du V√®me dans la r√©gion d'Antioche. La triple comm√©moration n'√©tait pas marqu√©s uniquement par la r√©citation de pri√®res et la distribution d'aum√īnes ; on c√©l√©brait aussi, √† la fa√ßon des pa√Įens, des banquets fun√©raires. Le recueil eccl√©siastique recommande d'y pratiquer une mod√©ration dont on avait lieu de d√©plorer souvent l'absence, et il enjoint notamment de ne pas abuser du vin. Une s√©rie de t√©moignages atteste la continuation, √† travers, le moyen √Ęge byzantin, sinon de ces festins tumultueux, du moins de la comm√©moration des tr√©pass√©s aux m√™mes dates. Mais tel n'est pas l'usage adopt√© par l'√Čglise d'Occident. Saint Ambroise f√™tant en 395 la quadragesima de l'empereur Th√©odose remarque que qu'il y avait la coutume de Milan de c√©l√©brer le troisi√®me jour et le trenti√®me et une autre coutume, probablement de Rome, du septi√®me te du quaranti√®me. Vers la m√™me date, en Afrique, saint Augustin condamne la f√™te du neuvi√®me jour, comme √©tant celle des gentils, et recommande celle du septi√®me. Finalement pr√©valut dans l'Eglise romaine la comm√©moration des III√®me, VII√®me et XXX√®me jours, qu'on trouve indiqu√©e d√©j√† dans le Sacramentaire g√©lasien. Or nous savons que les anciens Grecs avaient coutume d'offrir un sacrifice et de d√©poser des mets sur la tombe de leurs proches le troisi√®me et le neuvi√®me jour apr√®s les fun√©railles et encore le trenti√®me jour, c'est-√†-dire au bout du mois, et, chaque ann√©e, √† l'anniversaire de la naissance du d√©funt. A Rome, on se contentait d'un sacrifice et d'un repas, qui avaient lieu, comme chez les Grecs, pr√®s de la s√©pulture le neuvi√®me jour apr√®s les obs√®ques, et ce novemdiale sacrum marquait la fin du deuil, mais ni le troisi√®me jour, ni le trenti√®me ne paraissent avoir √©t√© solennis√©s chez les Latins par aucun acte religieux. En Italie, la triple comm√©moration des morts √©tait une pratique import√©e : elle n'avait pas de racines dans la religion populaire, qui ne reconnaissait que le novemdial. L'Eglise d'Occident pr√©f√©ra les dates qui pouvaient √™tre justifi√©es par des exemples tir√©s de la Bible, c'est-√†-dire le septi√®me jour et le trenti√®me, en faveur desquels on pouvait all√©guer des textes tr√®s nets. Ces dates se recommandaient d'ailleurs par leur lien logique ; on priait pour les d√©funts au bout de la semaine, puis au bout du mois et enfin au bout de l'an. Mais la situation √©tait tout autre dans la chr√©tient√© d'Orient, o√Ļ triompha la c√©l√©bration des troisi√®me, neuvi√®me et quaranti√®me jours. Ici la comm√©moration des morts √† trois reprises √©tait une vieille tradition, li√©e √† des croyances profond√©ment enracin√©es dans l'√Ęme populaire. Les Constitutions apostoliques tol√®rent seulement, nous l'avons vu, les repas fun√©raires en y interdisant toute intemp√©rance. En Orient, ce ne sont pas les th√©ologiens qui en cette mati√®re ont impos√© leurs d√©cisions au peuple, c'est le peuple qui a pli√© la th√©ologie √† ses traditions. La chose est manifeste pour le neuvi√®me jour. Comme le remarque saint Augustin, on ne pouvait invoquer en sa faveur aucun pr√©c√©dent biblique, et il ne semble pas qu'on l'ait tent√©. C'est √©videmment la vieille enn√©ade des Grecs qui s'est perp√©tu√©e dans la liturgie orthodoxe. L'observance du quaranti√®me jour n'√©tait gu√®re plus ais√©e √† d√©fendre par la Bible que celle du neuvi√®me, bien qu'on s'y soit essay√©. Si l'on se reporte au Deut√©ronome, on est surpris de constater qu'il parle, non de quarante jours, mais de trente. En r√©alit√©, la f√™te du quaranti√®me jour ne peut √™tre emprunt√©e ni aux Grecs, ni aux Juifs, qui ne l'ont jamais connue. Mais le deuil de quarante jours, qui se terminait par une c√©r√©monie fun√®bre, se trouve, en dehors des H√©breux, chez d'autres peuples s√©mitiques, et, fait remarquable, le seul exemple certain qu'on en ait pu d√©couvrir en Gr√®ce, s'est rencontr√© dans un r√®glement religieux de l'√ģle de Rhodes, inscription qui trahit par ses interdictions alimentaires l'influence des cultes syriens. On est ainsi amen√© √† admettre la combinaison, dans les liturgies d'Orient, d'une double tradition, √©galement ancienne : un syst√®me ternaire, nov√©naire et trentenaire, qui est celui des Grecs, et un syst√®me ternaire, sept√©naire, quadrag√©naire, qui est celui des Syriens, ou tout au moins de certains Syriens : √† √Čdesse saint √Čphrem ordonne pour son testament de comm√©morer le trenti√®me jour apr√®s son d√©c√®s. Le patriarchat de J√©rusalem retint celui-ci int√©gralement jusqu'au VI√®me si√®cle au moins. La liturgie d'Antioche, puis celle de Constantinople, emprunt√®rent au contraire aux Grecs la c√©l√©bration du neuvi√®me jour, aux Syriens celle du quaranti√®me, et ce compromis finit par s'imposer √† toutes les √©glises orthodoxes. On peut conjecturer que l'√©glise d'Antioche a adopt√© le neuvi√®me et le quaranti√®me jour par opposition aux Juifs, qui c√©l√©braient le septi√®me et le trenti√®me. La colonie juive d'Antioche √©tait puissante, et les √©v√™ques eurent √† lutter contre elle. Nous connaissons si mal les doctrines et les pratiques de l'ancien paganisme de la Syrie, qu'on ne s'√©tonnera pas que nous ne poss√©dions presque aucun renseignement direct sur les c√©r√©monies qui y √©taient c√©l√©br√©es en l'honneur des morts. Mais on sait l'influence profonde exerc√©e sur les croyances de ce pays par l'astrologie babylonienne. Celle-ci r√©gnait en ma√ģtresse dans les temples des Baals longtemps avant la conqu√™te romaine, et la divination sid√©rale faisait partie de la th√©ologie de leur clerg√©. Cette pseudoscience va nous permettre de remonter √† la source des rites des troisi√®me, septi√®me et quaranti√®me jours, et elle nous fera comprendre en m√™me temps √† quelles th√©ories physiques se rattachent les sp√©culations de Jean Lydus sur le culte des morts. Une doctrine astrologique, qui inspira diverses m√©thodes de calcul, enseignait qu'il ne faut pas consid√©rer seulement le jour de la g√©niture - on entendait par l√† soit celui de la conception, soit celui de la naissance - mais aussi le troisi√®me, le septi√®me et le quaranti√®me qui suivent, car la lune d√©termine √† ces moments fatidiques le contenu de toute la vie et, selon sa position √† l'√©gard des autres astres, rend l'existence enti√®re heureuse ou malheureuse. Pourquoi la g√©n√©thlialogie (astrologie) accordait-elle √† ces dates une valeur particuli√®re ? Simplement parce que 3, 7 et 40 sont √† Babylone des nombres sacr√©s, ou, pour mieux dire, " parfaits ", c'est-√†-dire qu'ils marquent l'ach√®vement d'un cycle. Par suite, l'action du grand luminaire nocturne devait, quand ils entraient en jeu, se manifester avec une √©nergie plus puissante. Or on sait que pour les astrologues, la lune, qui r√®gle les ph√©nom√®nes mensuels de la sant√© des femmes, est aussi la ma√ģtresse de la vie intra-ut√©rine. D'une fa√ßon g√©n√©rale, elle est la plan√®te qui pr√©side √† la formation des corps, par opposition au soleil, lequel accorde les dons de l'intelligence, et elle a, par suite, sous sa tutelle les d√©buts de la vie du nouveau-n√©. Mais ce qu'elle a constitu√©, elle est aussi appel√©e √† le dissoudre. Ses effets essentiels, suivant la T√©trabible, le manuel classique de Ptol√©m√©e, sont " de m√Ľrir et de pourrir les corps ". On saisira maintenant l'origine du triple d√©veloppement expos√© par Lydus d'apr√®s " les physiciens romains ". Cette origine est probablement fort ancienne. Les th√©ories relatives √† S√©l√©n√© sont dans l'astrologie grecque une des parties provenant du fonds primitif, h√©rit√© de la Babylonie, o√Ļ le dieu lunaire S√ģn avait une importance plus grande m√™me que celle du Soleil. On a pu d√©montrer r√©cemment √† l'√©vidence qu'une s√©rie de pronostics, tir√©s du cours de la lune, qui nous ont √©t√© transmis par le m√™me Lydus, d√©rivent directement des pr√©sages consign√©s sur les tablettes cun√©iformes de la biblioth√®que d'Assourbanipal. Les troisi√®me, septi√®me et quaranti√®me jours qui suivent le d√©c√®s sont les dates critiques de la vie d'outre-tombe, celles qui marquent les √©tapes de la putr√©faction du corps. En ces jours redoutables, il faut apaiser l'esprit du d√©funt par des offrandes pour l'emp√™cher de venir troubler les vivants. La lune restera toujours la grande √©vocatrice des spectres et des fant√īmes. A l'√©poque romaine, le sens primitif des sacrifices offerts pour les d√©funts √©tait probablement √† peu pr√®s oubli√©. Peut-√™tre m√™me ne croyait-on plus fermement que le mort d√Ľt √™tre rassasi√© en prenant sa part des banquets qu'on faisait pr√®s de sa s√©pulture. C'√©taient l√† de vieux rites traditionnels qu'on accomplissait aux moments fix√©s, sans bien en comprendre le motif, comme nous observons, sans savoir pourquoi, un c√©r√©monial fun√®bre transmis de g√©n√©ration en g√©n√©ration. De nouvelles croyances sur la destin√©e de l'√Ęme s'√©taient peu √† peu r√©pandues et avaient profond√©ment modifi√© l'id√©e qu'on se faisait de la vie d'outre-tombe. Mais les familles, lorsqu'un de leurs proches les avait quitt√©es, persistaient √† aller festoyer aupr√®s de ses restes aux jours consacr√©s par une antique coutume. S'il n'est pas surprenant que la signification originelle de ces c√©r√©monies, h√©rit√©es de lointains anc√™tres, se f√Ľt perdue, il l'est davantage que, gr√Ęce √† l'antiquaire Lydus, une explication toute mat√©rialiste et qui s'inspire directement d'un paganisme ancestral, s'en soit perp√©tu√©e √† travers le moyen √Ęge byzantin. Bien entendu, elle ne satisfit pas tout le monde, et les th√©ologiens s'appliqu√®rent, en invoquant des r√©cits bibliques, √† donner une signification plus haute aux dates adopt√©es par l'Eglise orthodoxe : le troisi√®me jour sera le symbole de la r√©surrection, le neuvi√®me rappellera la premi√®re apparition de J√©sus √† ses disciples, le quaranti√®me sera l'embl√®me de l'Ascension ; de m√™me, le septi√®me sera regard√© comme celui du Sabbat, qui fait allusion au repos des morts. Mais √† c√īt√© de cette ex√©g√®se scripturaire, on voit se maintenir une autre explication plus populaire et qui semble bien se rattacher aux croyances r√©pandues √† la fin du paganisme par les myst√®res orientaux et les syst√®mes gnostiques. Jusqu'au troisi√®me jour, dit-on, l'√Ęme reste sur la terre, et le troisi√®me elle est emport√©e par les anges, le neuvi√®me, se place son jugement et les anges la disputent aux " douaniers ", d√©mons a√©riens qui veulent l'emp√™cher de poursuivre sa route vers le ciel ; enfin, le quaranti√®me, elle s'approche du tr√īne de Dieu, qui lui assigne son s√©jour jusqu'√† la r√©surrection des morts. Cette croyance √©tait tr√®s r√©pandue en Orient (juda√Įsme, mazd√©isme). On √©tablit une relation entre cette doctrine et celle dont Lydus s'est fait le propagateur : " L'√Ęme vole trois jours autour du corps, d√©sireuse d'y rentrer, mais quand elle voit que le visage du mort s'alt√®re, elle abandonne le cadavre " (Talmud de J√©rusalem) (Franz Cumont, La triple comm√©moration des morts)

En ce qui concerne le quarantième, on peut penser aussi au 40 jours dans le désert, le jeune d'Elie, la pluie du Déluge.

Les superstitions populaires ont conservé cette période de neuf jours : dans le Nivernais, pour guérir la jaunisse, il faut porter pendant neuf jours sept jaunes d'oeufs durs en collier. Si saint Augustin réprouvait le novemdial, la neuvaine est revenue par la fenêtre avec la neuvaine catholique.

Une neuvaine est dans l'Eglise catholique une d√©votion priv√©e ou publique de neuf jours, destin√©e √† obtenir des gr√Ęces d√©termin√©es. Tandis que l'octave a un caract√®re joyeux et plus festif, la neuvaine combine le deuil et l'espoir, elle est empreinte de soupir et de pri√®re. " Le chiffre neuf dans l'√Čcriture sainte marque la souffrance et le chagrin " (Saint J√©r√īme, dans √Čzech., VII, 24; - P.L., XXV, 238, cf. XXV, 1473). La neuvaine est permise, voire recommand√©e par l'autorit√© eccl√©siastique, mais n'a toujours pas trouv√© sa place exacte dans la liturgie de l'√Čglise (fr.wikipedia.org - Neuvaine).

Les Novemdiales d√©signent les 9 jours de deuil et de pri√®re qui suivent la mort du Pape. Ce sont les cardinaux r√©unis en congr√©gation qui fixent le jour du transfert du corps dans la basilique Saint-Pierre et organisent les obs√®ques. L'inhumation doit avoir lieu entre le quatri√®me et le sixi√®me jour qui suit la mort du pape. Chaque jour, les cardinaux c√©l√®brent un service fun√®bre pour le repos de l'√Ęme du Pape (www.cef.fr, chantalflury.unblog.fr - Le chiffre 9 chez Dante).

La "semaine" de neuf jours (neuvaine) devenait possible avec l'augmentation du nombre de planètes découvertes dans le système solaire, en considérant l'aspect astronomique de la semaine de 7 jours. le déclassement de Pluton comme planète cadre alors complètement avec l'augmentation de deux jours pour arrivé à 9 de la semaine de 7 jours. Il suffit d'ajouter Uranus et Neptune, Urani dies et Neptuni dies. Dimanche peut être appelé Soldi (Solis dies) ou journées des soldes.

Les avantages de la neuvaine ne sont pas particulièrement criants, les multiples de neuf s'approchent moins que la semaine des 365/6 jours de l'année : 360 contre 364. Ce calendrier ressemble plus au calendrier égyptien antique ou républicain. L'année compte 40 neuvaines plus 5 ou 6 jours (sanculotides), 10 neuvaines faisant 90 jours, donnent une saison. La conservation du système à 12 mois et nombre de jours variables permet de placer trois neuvaines dans le mois. Seul le nom des jours est changé, toutes les fêtes des saints sont conservé. Sur une neuvaine, on peut espérer quand même un week-end de trois jours... (fr.wikipedia.org - Calendrier républicain, Le calendrier égyptien).

 


[1] Vincent F. Hopper, ¬ę La symbolique m√©di√©vale des nombres ¬Ľ, Monfort, pp. 139-144

[2] Maurice Pezet, ¬ę Revue critique d'histoire et de litt√©rature - N¬į 12 - 26 mars 1906 ¬Ľ, Seghers