Partie XIX - Tintin   Transversales   Le diagramme de Kih-Oskh   
TINTIN LE DIAGRAMME DE KIH-OSKH

Khinoboskion - Kih Oskh

Chinobosckion en italien ou Khinoboskion en anglais pour Chénoboskion (Ev. Breccia, Bibliographie : "L'armée romaine d'Egypte d'Auguste à Dioclétien" de Jean Lesquier, Bulletin, Numéros 12-17, Société royale d'archéologie d'Alexandrie, 1910 - books.google.fr, E. Amélineau, On some names of egyptians towns, Asian Review, 1892 - books.google.fr).

Une découverte définitive vient d'être faite dans la Haute-Égypte, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Louqsor, l'ancienne Thèbes dans le voisinage de l'antique bourgade de Khenoboskion. Nous sommes en pleine Thébaïde. Dans les falaises abruptes du Djébel-el-Tarif, les pharaons de l'ancien Empire ont fait creuser leurs hypogées et, non loin de là, à Tabenne, le fameux Schenoudi, le père du monachisme copte, édifiera son célèbre couvent Blanc. C'est là, il y a trois ans, que des paysans ont découvert dans une grotte murée depuis quinze siècles, et enfermés dans une grande jarre, les plus magnifiques manuscrits que l'on ait jamais recueillis en Égypte. Et qu'on ne s'étonne pas de voir encore une fois des documents importants conservés de cette façon. Les archives familiales de la colonie juive d'Éléphantine étaient mises à l'abri dans des pots en terre. Autour des documents hébreux du désert de Juda se sont retrouvés les fragments des poteries qui nous les ont conservés et Origène raconte comment, aux environs de Jéricho, une version des psaumes a été découverte dans un pithos. La trouvaille est d'importance : Neuf gros livres non pas des rouleaux, mais de vrais livres avec feuillets distincts comme nos volumes modernes, reliées en cuir souple sommairement décoré. Il faut y ajouter les restes de trois autres recueils, en tout, près de mille pages écrits en copte. Les paysans se seraient amusés à brûler deux volumes, les autres ont été apportés clandestinement au Caire et des indiscrétions ont amené le Musée copte à prendre officiellement l'affaire en mains. Le bazarlik, le marchandage bat son plein (Découverte en Egypte, La revue de l'Université Laval, Volume IV, 1949 - books.google.fr).

Thèbes n'est pas à côté du Caire : près de 600 km de distance.

La tombe de Ramsès IX à Thèbes, carte postale provenant de la documentation d’Hergé, Carnet de voyage, ÉGYPTE - cdn001.tintin.com

Louis Théophile Lefort (1879 - 1959), gw.geneanet.org

Chercher le Belge

A l'époque de l'efflorescence du gnosticisme, l'Égypte connaissait une forme de vie chrétienne fort répandue, le monachisme. F. Wisse essaie de voir quels liens ont existé entre les moines et les gnostiques. La vie anachorétique a connu une grande réforme avec saint Pacôme qui fonda, au début du IVe siècle, des communautés dans lesquelles il introduisit une hiérarchie et le principe d'autorité. C'est dans ce tournant, dit Wisse, que Nag Hammadi prend place. En effet, nos textes sont imprégnés de mysticisme monastique, voire d'encratisme. Au centre des préoccupations nous trouvons le salut et les moyens en vue de l'obtenir. Dès lors on peut penser que nos manuscrits ont été transcrits par des moines d'obédience pacômienne. T. Säve-Söderbergh se rallie à cette hypothèse, à condition que Nag Hammadi ne soit pas considéré comme une secte. Dans une étude sur la mentalité du monachisme primitif, Th. Baumeister met l'accent sur un phénomène spécifiquement égyptien : la pratique de l'ascèse en connexion avec la vie du désert. C'est ici qu'il faut chercher l'origine de cette spiritualité particulière qui distingue le moine d'Égypte du moine de Byzance. Or, les textes de Nag Hammadi ne sont pas étrangers à pareil climat ascétique. Baumeister va plus loin et n'hésite pas à voir, lui aussi, dans nos documents un arrière-fond pacômien : recherche de la perfection spirituelle et du sens de la vie; impact de la sagesse égyptienne. Pour comprendre Nag Hammadi il faut passer par Pacôme. Sur des données néotestamentaires, nos gnostiques ont tenté une expérience originale de vie religieuse. Ces deux exposés suscitent de nombreuses interventions. F. Daumas conclut la discussion en faisant trois observations qu'il estime capitales pour une étude comparée du gnosticisme et du monachisme. En premier lieu, si l'on veut comprendre Pacôme et sa réforme il faut se mettre à l'école de L. Th. Lefort, qui a posé de manière très claire la question des sources de la spiritualité du monachisme pacômien et a fourni d'excellents éléments de solution. Ensuite, dans l'étude de Nag Hammadi, il est indispensable de ne jamais perdre de vue la permanence de la pensée égyptienne. Celle-ci n'a cessé d'influencer l'Égypte durant les premiers siècles de notre ère, soit de manière directe, soit par la voie du monde grec. Enfin, il y a l'anachorétisme des thérapeutes alexandrins dont nous parle Philon : au milieu d'une vie ascétique très dure ils s'adonnaient à la contemplation mystique. Ajoutons que le Congrès fut l'occasion d'un contact direct avec les vestiges du monachisme égyptien.

On sait, en effet, que c'est à Shénésit, nom copte de Ghénoboskion, que Pachôme, vers 314, vint se réfugier, à sa sortie de la prison romaine d'Antinoé, qu'il y devint le disciple de Palamon et qu'il y reçut le baptême. Plus tard, il y construisit son premier couvent de cénobites. La région fut parcourue en 1911 par P. Montet, qui y revint en 1912 et en 1913, pour relever les inscriptions et la décoration des tombeaux pharaoniques de la montagne. Mais il faut attendre le voyage de L. Th. Lefort, en 1939, pour avoir une description topographique précise. La découverte, vers 1945-1946, au pied du Gebel et-Tarif, d'une jarre emplie des célèbres manuscrits coptes, qui traduisent des écrits gnostiques inédits, souligne assez l'intérêt de ce site (Étienne Bernand, Inscriptions métriques de l’Égypte gréco-romaine. Recherches sur la poésie épigrammatique des Grecs en Égypte. Besançon : Université de Franche-Comté, 1969 - www.persee.fr).

Lefort, au cours d'un voyage d'exploration en Haute Egypte, en mars 1939, tenta de retrouver sur le terrain l'emplacement des différentes fondations de Pachôme. Mais il semble avoir parfois oublié que «souvent en Egypte, les toponymes sont plus durables que bien des institutions et bien des régimes». Faisant trop confiance à la précision topographique de ses sources coptes, il a parfois voulu situer tel ou tel couvent trop loin du village qui aujourd'hui encore porte le nom d'un monastère pachômien disparu depuis longtemps. Avant de tenter cette localisation in situ, il est nécessaire d'être assuré des différentes graphies de ces toponymes dans les sources coptes, grecques et arabes et de les comparer. Il faut aussi tenir compte de l'origine des textes : un manuscrit bohaïrique ne saurait être un témoin sûr pour des toponymes de Haute-Egypte et vice-versa; de même, on ne peut prendre pour argent comptant des noms de lieux du Said dans une version arabe, qui a été faite en Basse-Egypte; il faut même être plus exigeant : la fréquentation des textes arabes-chrétiens d'Egypte nous a amené à ne faire confiance à un copiste, voire à un traducteur, que pour les toponymes de sa région, exception faite, naturellement, des grands centres connus de tout égyptien, comme Ahmim, Qena, Qûs, Louxor etc. S'agissant des versions arabes de la Vie de Pachôme, il est évident que celle éditée par Amélineau n'a aucun intérêt pour l'étude des toponymes : ce ne sont là que des transpositions plus ou moins maladroites en caractères arabes des noms propres, soit de la version bohaïrique, où ils sont déjà quelque peu déformés, soit d'une version grecque. Cela avait déjà été relevé par W.E. Crum, dans une étude que F. Halkin a qualifiée, avec raison, de capitale (René-Georges Coquin, Un complément aux Vies sahidiques de Pachôme : le manuscrit IFAO, Copte 3, Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, Volume 79, 1979 - books.google.fr).

Pendant mon séjour en Égypte au printemps 1923, M. Nahmann, marchand bien connu, me présenta une très large feuille de papyrus portant au recto deux colonnes d'écriture. Je fus aussitôt frappé par la belle qualité du papyrus, par son format insolite pour un manuscrit copte, et par l'écriture, en deux larges colonnes, attribuable au Ve siècle : apparemment on pouvait se trouver devant un morceau de volumen. N'ayant aucun instrument de travail sous la main, une lecture attentive ne me permit pas d'aboutir à une identification de ce texte en fayoumique assez incorrect; aussi je me contentai de fixer dans ma mémoire une phrase caractéristique : «Que tout apôtre venant chez vous demeure un jour; si c'est nécessaire, qu'il reste deux jours; mais s'il demeure trois jours, c'est un faux prophète». Le prix de 50 L.E. me parut excessif pour une pièce non-identifiée qui pouvait tout aussi bien n'être qu'un fragment d'une homélie quelconque; malgré l'intérêt paléographique évident du papyrus, je renonçai à l'acquérir. A mon arrivée à Jérusalem au mois d'avril, je soumis la phrase caractéristique au P. Abel qui me suggéra de chercher d'abord dans la Didachè; c'est ce que je fis le lendemain à la Bibliothèque du Patriarcat grec, où je travaillais, et sans difficulté je constatai que la phrase en question figurait au ch. XI de la Didachè. Quelques jours plus tard, à un thé chez M. R. Storrs, gouverneur de Jérusalem, celui-ci me demanda si je n'avais rien trouvé d'intéressant chez les marchands du Caire; je lui signalai, entre autres, le fragment de la Didachè que je venais d'identifier. Peu après mon retour en Europe j'appris que le papyrus avait fait son entrée au British Museum. G. Horner en donnait bientôt l'editio princeps dans Journ. Theol. Stud. XIV (1924) pp. 225-231. ?. Schmidt ne fut pas satisfait de cette édition en constatant, sur photographies, que le déchiffrement n'était pas parfait. Il se rendit donc à Londres, examina l'original, remit en place les parcelles éparses et, avec un commentaire, fournit du document une lecture qui peut être regardée comme définitive, dans Zeitschr. Neutest. Wiss., XXIV (1925) p. 81-99. Au moment où je le vis au Caire, le papyrus était dans un état remarquable de conservation et pratiquement intact, sauf une brèche assez sérieuse au coin gauche supérieur; mais les fragments épars accompagnant la feuille semblaient bien devoir combler la lacune, comme me l'indiquait une rapide tentative de remise en place de quelques parcelles qu'il est aujourd'hui au Br. Mus., il porte les traces des manipulations qu'il aura subies avant et pendant son transfert en Angleterre. Outre la brèche du coin gauche qui affecte le début des 4 premières lignes, une partie de la marge latérale gauche a disparu avec quelque dommage pour les lignes 18-20; le papyrus s'est brisé en un certain nombre de morceaux, et, comme il arrive souvent en cas pareil, les lèvres s'effritent au détriment de quelques lettres. C'est ainsi que la feuille présente maintenant quelques fissures et quelques rous dans lesquels ont disparu, partiellement ou totalement, quelques lettres (Louis Théophile Lefort, Les Pères apostoliques en copte, Tome 1, 1952 - books.google.fr).

On ne dira pas formellement que des documents de Nag Hammadi étaient connus avant 1945, mais les gnostiques de Thébaïde où se trouve Chénoboskion, illustré par l'orthodoxe Pacôme, eux, l'étaient biens.

Le dieu Seth

Le large collier que porte Rastapopoulos appartient aux distinctions pharaoniques, ce qui suggère qu'on peut voir en lui le continuateur de Kih-Oskh et cela paraît logique dans la mesure où il se révélera «Grand Maître» de la société secrète mêmement dénommée. Et comme Kih-Oskh (en tant qu'Hyksôs) est un fidèle de Seth, il ne reste plus qu'à montrer que ce neter maléfique est glissé - de façon cryptée, certes - dans cette composition. En effet, avec un peu d'attention et d'astuce, la désignation de Seth apparaît. Reprenez l'image et regardez : entre les deux porteurs d'un Tintin évanoui sous l'effet des vapeurs du narcotique (suscitant les terrifiantes séquences oniriques) on voit une boîte de cigares ouverte. Comptez ces cigares, ils sont au nombre de sept ! Par un jeu de mots des plus simples et pourtant éminemment subtil, on nous énonce le nom du démon meurtrier d'Osiris. En effet, le chiffre sept se fait ici phonétiquement évocateur de Seth. Or, c'est page sept de l'album que la tombe de Kih-Oskh s'ouvre pour Tintin et qu'il pénètre dans la grande salle des momifiés.

N'oublions pas que le nombre sept est celui qui manifeste la jonction entre l'humain et le divin, ainsi que le rappellent d'innombrables symboles tels que l'arc-en-ciel (considéré comme un pont) ou les sept planètes connues des anciens et encore associées à nos jours de la semaine. À l'instar de toutes les entités négatives, Seth est justement celui qui ferme la porte - ce que signifie son initiale - au sept en usant parfois du même chiffre faisant alors figure d'obstacle. Songeons, par exemple, dans d'autres traditions, aux sept têtes de l'Hydre de Lerne qu'affronte Heracles ou aux sept peches capitaux qu'énumère la théologie chrétienne. Tandis que sept lettres forment le nom Kih-Oskh, il y a l'épisode où, dans le désert, Tintin est la cible d'un tueur embusqué. Exactement sept coups de feu sont tirés dans sa direction et la dernière balle vient percer la gourde de notre héros qui, après la disparition de son assaillant, se retrouve privé de la moindre goutte d'eau : Seth, rappelons-le, gouvernait les risques mortels que recèle tout désert.

Mais c'est dans la dernière partie de l'album que le rapport entre sept et Seth se révèle pleinement. Formé par sept personnages encagoulés, le suprême conseil de la secte Kih-Oskh incarne le démonisme de Seth. Un autre aspect particulier d'une telle sinistre assemblée doit être signalé. Les sept inconnus siègent face au sud, ainsi que le prouve la mention d'un «frère de l'Ouest» placé à main droite de l'emblème noir sur fond jaune couvrant la muraille58. Cela signifie qu'il est tourné vers le sud, comme les six autres «frères». Ils occupent donc symboliquement le nord. Et, nous l'avons dit, l'Égypte, irriguée par le cours du Nil, s'étire du sud au nord. Antoine Gigal, spécialiste de l'archéologie interdite et faisant référence à Manethon, nous dit que «le culte de Memphis proche de Giza était un culte polaire du vrai Nord géographique. Tout à Giza est orienté scrupuleusement sur le vrai Nord, qui est le culte de Ptah. La Grande Pyramide est orientée avec une incroyable précision sur ce vrai Nord. Pour comparaison, sachez qu'à notre époque le monument le plus précisément aligné sur ce Nord est l'observatoire de Paris». Ces données nous permettent de comprendre que, dès leur victoire, les Hyksôs tenteront de subvertir l'orientation polaire de l'Égypte originelle en s'établissant à Memphis et le tombeau de Kih-Oskh est enfoui à quelques pas de Gizeh. De plus, les réunions solennelles de la «puissance occulte» que dirige Rastapopoulos se tiennent selon un axe nord-sud, contrefaçon manifeste de la sacralisation du Pôle qu'officialisent la grande Pyramide et la figure de Ptah dont le nom, rappelons-le, s'incorpore à la désignation authentique de la terre des pharaons (Paul-Georges Sansonetti, Hergé et l'énigme du pôle, 2020 - books.google.fr).

Documentation

Prise dans des magazines, la documentation d'Hergé est riche... et malléable à souhait. Dans ce cas comme dans d'autres, elle mènera le dessinateur à prendre pas mal de libertés. Comme lorsqu'il transpose, dans le tombeau du pharaon de fiction Kih-Oskh, un bas-relief conservé au Louvre représentant Sethi Ier après avoir donné au dit Kih-Oskh, en couverture du Petit Vingtième, le profil de la momie du fils de Sethi, Ramsès II. Ou encore, lorsqu'il y ramène des décors de l'un ou l'autre des tombeaux de la Vallée des rois. Comme metteur en scène, Hergé se montre plus audacieux encore : inspiré par un cliché représentant un ouvrier à côté d'un sarcophage ouvert et posé verticalement, il ira jusqu'à imaginer une vaste salle où seraient déposés, dans cette position incongrue, les corps momifiés des profanateurs du lieu. Parmi eux, un certain Lord Carnaval, évidente transposition de Lord Carnarvon, égyptologue britannique et commanditaire des fouilles qui avaient conduit, dix ans plus tôt, en 1922, Howard Carter à mettre au jour la sépulture de Toutânkhamon. La prétendue «malédiction de Toutânkhamon», dont la presse internationale faisait alors grand cas, et qui aurait fait trépasser prématurément nombre des profanateurs de la tombe du jeune pharaon, a de toute évidence aussi frappé l'imagination d'Hergé puisque, non content d'y faire écho dans les Cigares du pharaon, il la transposera une douzaine d'années plus tard dans les 7 Boules de cristal. Il est une autre raison qui peut expliquer le plaisir évident pris par le jeune dessinateur à s'approprier ainsi l'art égyptien et à l'intégrer, avec désinvolture, voire insolence, à sa propre expression : la proximité de style qui prévaut entre cet art de l'éternité et ce qu'on ne nomme pas encore «la ligne claire». Fasciné depuis son enfance par le trait net, parfaitement lisible, fermé, qui isole les fragments de la composition et permet une mise en couleurs par aplats, Hergé se devait tôt ou tard de jongler avec cet art-là. Ramsès II et son équipage Sur l'un des murs du temple souterrain (spéos) que Ramsès II a fait creuser à Abou Simbel, en Nubie, un bas-relief représente Pharaon sur son char (ci-dessus). C'est ce char que l'on retrouve soigneusement reproduit, jusqu'aux motifs de la parure du cheval, dans la salle des sarcophages du temple de Kih-Oskh dans lequel s'aventure Tintin. Hergé avait d'ailleurs conservé une coupure de presse ou figurait ce bas-relief reproduit par l'égyptologue italien Ippolito Rosellini lors de l'Expédition de 1828 à laquelle il participa avec Jean-François Champollion (Bérénice Geoffroy-Schneiter, Tintin à la découverte des grandes civilisations, 2010 - books.google.fr).

Dans la première version des Cigares du Pharaon, la tombe date de 2500 avant notre ère, selon Frédéric Soumois, journaliste belge et auteur de l’ouvrage intitulé Dossier Tintin (éd. Jacques Antoine, 1987, p.66). Hergé se serait, en effet, inspiré de la tombe de Séthi I (pharaon de la XIXe dynastie, qui régna autour du XIIIe siècle avant Jésus-Christ). Frédéric Soumois repose son assertion sur le cartouche qui apparaît sur un mur dessiné à la page 18 : «le cartouche placé Les Cigares du Pharaon, extrait de la planche 18 à l’extrême-droite se lit bien «ra-maat-men» et est le car touche exact de Séthi I, les autres cartouches sont soit fantai sistes, soit partiels» (Carnet de voyage, ÉGYPTE - cdn001.tintin.com).

Epomeo - Circé

Rastapopoulos n'est pas seul sur le paquebot qui ne s'appellera l'Epomeo que dans la version retravaillée de 1955 (Jean-Marie Apostolidès, Dans la peau de Tintin, 2010 - books.google.fr).

Dans l'Alph-Art, l'île d'Ischia (île de Circé selon Mangin), au large de Naples est le repère de Rastapopoulos. (Arthur Mangin, Les poisons, 1869 - books.google.fr).

Jacques Callot, Tiphée sous le mont Ischia (1er intermède de la Libération de Tirrène), 1617. Légende sous la gravure : «PRIMO INTERMEDIO DELLA VEGLIA DELLA LIBERATIONE DI TIRRENO FATTA NELLA SALA DELLE COME | DIE DEL SER.mo GRAN DVCA DI TOSCANA IL CARNOVALE DEL 1616. DOVE SI RAP.ta IL MONTE D’ISCHIA CON IL GIGANTE | TIFFO SOTTO.»

La Veglia della Liberatione di Tirreno était un ballet, représenté à Florence dans la Sala delle commedie ou Teatro grande connu comme le Teatro Mediceo degli Uffizi, le 6 février 1617, à l’occasion du mariage de Catherine, sœur du grand duc Cosme II de Médicis, (avec Ferdinand de Mantoue, duc de Mantoue et de Montferrat), dans des décors de Giulio Parigi. Le livret était d’Andrea Salvadori (mort en 1635), la musique de l’intermède était de Marco da Gagliano (1582-1643), probablement avec la collaboration de Jacopo Peri. Cosimo II de Médicis et Marie Madeleine d’Autriche participèrent au ballet (utpictura18.univ-amu.fr, fr.wikipedia.org - Catherine de Médicis (1593-1629)).

Typhon ou Tiphée, un des Géans, filt de la Terre & de Titan. La Fable dit que la Terre irritée contre Jupiter, mit ce Géant au monde, pour la perte des Dieux. Lorsqu'il eut atteint l'âge, où son corps avoit pris toute fa grandeur & fa force, il voulut témérairement détroner Jupiter. Cet audacieux fut frappé d'un coup de foudre, & précipité sous l'Isle Inarime ou Ænarie, dans le Golfe de Pouzzol près de Naples. Plin. Liv. 3. ch. 6. Virg. Lib. 9. Æneid. Homere dans son Catalogue. Lucain Liv. 4. Selon d'autres ce Géant fut précipité sous le Mont Etna en Sicile. Ovid. Liv. 3. Métam. Strabon Liv. 13. Pindare. V. Sénéque, dans son Hercule furieux. Il avoit cent mains... Ovid. ibid. (Gillet de Moivre, La vie de Properce, 1746 - books.google.fr).

Un petit coup d'œil au Larousse ? C'est une île d'origine volcanique, dont le sommet se nomme l'Epomeo ! Il est dit qu'il s'agit de la demeure mythique de Typhon-Seth ! Quoi de plus normal, quoi de plus mathématiquement juste et obligatoire, que de rencontrer Rastapopoulos sur l'Epomeo, dès le début de sa vie de papier, dès le début de la série interminable de ses maléfiques manigances puis, au seuil du grand voyage, après avoir parfaitement rempli son contrat ? Imparable et vrai ! Poursuivons notre croisière et rendons-nous au Caire pour y admirer la figure de Seth, espèce de canidé aux oreilles carrées, affublé d'un long et gros nez à la «nasique». Cet avatar n'est toujours pas explicité par l'égyptologie qui n'a jamais réussi non plus à identifier cet animal totem. Toujours est-il qu'il a servi de modèle pour le portrait encadré de Rastapopoulos sur la troisième de couverture des albums de Tintin et Milou. Ce portrait fidèle est tiré de Coke en Stock, album dans lequel Hergé va délivrer à sa vile créature son troisième et dernier look d'enfer. Il apparaîtra sous l'habit de Ploutos, «le Riche», mais aussi le «dieu de la Terreur», «l'Inexorable», «l'Impitoyable» et «le Monstrueux», le dieu des Enfers justement, le «Prince des Ténèbres». Costume blanc et pivoine rouge à la boutonnière, la fleur consacrée à ce même Ploutos, il est également connu sous le nom d'Hadès. Hergé le déguisera en Méphistophélès, au cas où nous n'aurions toujours pas compris son caractère infernal, jouant le Caron, nautonier des enfers, sur un yacht de luxe transportant ses amis costumés, défroques des trépassés, servis par le steward Parker, «celui de la Parque», serviteur de la mort. En lui mettant dans la bouche des «diable !» répétés, Hergé usera de toutes les allusions possibles. Et avec des «pas un mot de cela !», il saura suggérer à tout amoureux de la langue française l'expression classique : «Et de Caron, pas un mot !» Enfin, Hergé achèvera-t-il cette icône au terme de l'épisode en renvoyant son Ploutos au sein des eaux abyssales, demeure classique de ce triste sire. Et voilà de la belle ouvrage ! Mais il y a encore plus ! Le sujet est inépuisable en symbolique, alors vous pensez bien qu'Hergé ne s'est pas privé de coudre toutes les ficelles aux articulations de sa marotte : il lui offrira le marquisat de «Gorgonzola». Cela ne dira rien à nos oreilles attentives aux bruits de forges ou aux cris des damnés hurlant dans la fournaise que nous aurions pu entendre ici. La consonance «Gorgonzola» est au minimum burlesque et, au mieux, évoque-t-elle pour nous les Gorgones, alliées antiques des puissances infernales et dont le nom provient de "gorgos", qui signifie effrayant, terrible, et donc très convenable à notre sujet. Le décryptage est encore plus simple et plus beau. Un marquis possède des armes et celles des «Gorgonzola» sont aussi celles du duché de Milan. Elles portent la guivre, serpent héraldique en pal ou dressé, ondoyant et engoulant un enfant à moitié corps dans sa gueule écartelée. C'est le symbole de Saturne dévoreur de sa progéniture ! Au fait, ne soyons pas plus étonnés de voir Rastapopoulos le Grec jouir de la double nationalité ! Son prénom Roberto le signe, bien avant que nous nous souvenions que l'Italie restait célèbre pour avoir donné asile à Saturne lorsqu'il fut chassé de l'Olympe par son fils Zeus; depuis, il y fait la pluie et le beau temps ! Revenons à nos Cigares et penchons-nous sur le repaire et hangar de stockage de la drogue par Rastapopoulos et sbires. Il s'agit du tombeau du pharaon Khi-Oskh. Le roi de la drogue, alias Satan-Saturne-Seth, le Ka mauvais parlait certainement grec, puisque kios est un mot grec. C'est celui d'une figure du jeu des osselets lorsque ces astragales, une fois lancées, retombent sur leur face concave. Elle est réputée mauvaise... La traduction est facile alors, et Kios-K devient tout simplement : la puissance du mauvais sort. Tout est en correspon- dance parfaite avec notre personnage ! Je vous avais bien dit qu'il était porteur du mauvais œil ! C'est son œil droit, celui qu'il corrige par un monocle, car la tradition a toujours considéré l'œil droit comme dévolu à Seth-Saturne. Qui plus est, c'est justement à propos de Seth que l'on raconte qu'il préparait par avance le sarcophage à la taille de sa future victime, et Tintin en fera les frais à l'identique de la fable.

Quel symbole plus parlant pouvait bien choisir Hergé pour tatouer le bras de Rastapopoulos ? Car le célèbre signe du pharaon Khi-Oskh, le Kios-Ka, est un cercle divisé par un trait serpentiforme, un monde divisé par un serpent, le diable, le diabolos, le «diviseur» ! C'était pourtant simple ! Alors, forts de nos certitudes balbutiantes, osons poursuivre les hérésies ! Allons-y gaiement ! En avant ! Pourfendons encore les fausses idées ! En effet, je ne comprends toujours pas pourquoi la tradition, cette fois-ci moderne et bien établie de l'exégèse de l'œuvre d'Hergé, souhaite à tout prix donner au Karaboudjan une «étymologie» tirée par des assonances n'ayant ni trait à la marine, ni à l'aspect sombre, menaçant, porteur d'opium et de mort qu'Hergé a pourtant bien dessiné, et sans équivoque aucun. Vouloir ajuster, comme le suggère Yves Horeau, reprenant de vielles hypothèses, Kara Bougaz et Azerbaïdjan ne s'explique en rien ! Il faut, et sans besoin de savoir lire l'alphabet grec, ouvrir le dictionnaire et regarder tout simplement au mot «karabe» : c'est le nom des antiques navires grecs, les «noirs vaisseaux» enduits de bitume. Ils portaient tous une peinture à la proue, héritage des Égyptiens, et dessinant l'œil d'Horus, l'œil gauche cette fois, gage de bonne route. Cet œil était appelé Oudjat. J'ajoute un peu plus savamment que Kar, Kara, et Karab sont tous d'une racine turque signifiant «noir» chez les éternels ennemis des Grecs. Que le Karaboudjan, le «maudit cargo», vaisseau du génie du mal, soit baptisé «œil noir», ou «mauvais œil», quoi de plus normal, logique et cohérent ? Les petits enfants nourris aux contes de fées connaissent parfaitement cette particularité sans en connaître le fond, et Hergé s'en est servi à coup sûr ! Il faut se souvenir de la fée maléfique, la fée Carabosse. Je vous ai donné carab, il reste osse. C'est du grec ! Chez eux, on retrouve deux mots possibles pour désigner l'œil, l'un très usité, ophtalmion, qui se retrouve dans toutes les racines scientifiques ayant trait à l'ophtalmologie. L'autre ne se prononçait quasi jamais car porteur du mauvais sort, porteur du mauvais œil. Je vous l'écris, mais n'ose le prononcer, c'est osse ! La méchante fée Carabosse n'est pas plus bossue que Rastapopoulos, elle est celle qui porte malheur, elle est le mauvais œil en personne ! La même étymologie s'applique encore à un autre personnage de notre patrimoine légendaire : le marquis de Carabas qui est un Kar-Abbas ou un Karab-as. Hergé utilisera aussi ce clin d'œil dans Coke en stock, pour un marquis navigateur et richissime armateur, nous le reverrons tout à l'heure... Profitons de l'occasion pour passer en revue la flotte des bateaux du prince de ce monde. Elle navigue au gré des albums, depuis Les Cigares du pharaon jusqu'à Coke en stock et en voici la liste : Le Karaboudjan. L'Harika Maru. Le Ramona. Le Shéhérazade. Le Black Star. Le Cervin. Le Saturne. Le Sereno. Tous portent des noms de baptême en relation directe avec le méchant personnage. Le Karaboudjan, vous en connaissez désormais la signification et le Saturne n'a pas besoin d'être explicité. Dans la même veine, nous trouvons le Black Star, l'étoile noire, le soleil noir dédié à notre triste Saturne, symbole de la mélancolie, de la bile noire qui rend acariâtre et irascible. Harika Maru se traduit aisément aussi. Maru se retrouve à la fin du nom de tous les bateaux nippons, c'est une appellation contrôlée. Remarquons au passage combien Hergé nous enchante encore par son érudition et son souci du vrai ! Attention à la sonorité Ka du nom Harika (dont je souligne la belle analyse faite par Serge Tisseron au regard de la présence récurrente du phonème, tellement il reste, à mes yeux, le seul bon interprète) ! Hari-Ka, c'est la force d'Hari, le démon dévoreur d'enfants ! Encore lui ! Quant au Cervin, il se lit dans le dictionnaire comme une créature affublée de cornes de cerf, exactement comme celles de notre bien connu et bien cornu diable du tarot de Marseille, l'Aptalos-Tragélaphos des anciens Grecs, le «cerf-bouc», l'animal que l'on disait attelé au char de Saturne. Je vous laisse deviner pour le Shéhérazade afin de ne pas vous priver du plaisir de chercher et de trouver une merveilleuse piste de réflexion, et puis, je ne voudrais pas faire offense à une sultane... Plus loin, voici le Ramona. C'est un petit homme noir, vocable argotiquement utilisé pour injurier un sombre individu. «Espèce de ramona», pourrait-on lancer à la face de Roberto Rastapopoulos ! Et il ne reste plus que le Sereno. C'est le nom du petit yacht des Cigares du pharaon navigant sous les ordres d'Allan, le lieutenant de Rastapopoulos, le vassal historique de Robert le Diable, cité tel quel et de façon stupéfiante pour nous, dans le Larousse (Bertrand Portevin, Le démon inconnu d'Hergé, ou, Le génie de Georges Rémi, 2004 - books.google.fr).

Nous pouvons souligner deux points importants par rapport à l’emploi du texte biblique dans cette partie de la notice consacrée à Simon le Mage. Premièrement, il s’agit de la caractérisation de cet emploi gnostique du texte biblique d’une façon assez libre et qui s’appuie plus sur les écrits vétérotestamentaires. Deuxièmement, il faut souligner le fait que les formes particulières des citations sont dues à cette tradition gnostique et non pas à l’auteur de l’Elenchos qui reprend cette tradition, sans même s’assurer de leur exactitude en se référant au texte même de la Bible. [...]

La dernière citation d’un auteur païen n’est plus un passage philosophique, mais un extrait d’une œuvre épique. Il s’agit de l’Odyssée. Cette citation, comme aussi celle d’Empédocle, fait partie du fragment de l’Apophasis Megalè et n’est pas due à l’intervention du Pseudo-Hippolyte.

Quant aux trois vers cités, ils sont tirés du Chant X de l’Odyssée (Odyss. X, 304 – 306) où il s’agit de la venue d’Ulysse au secours de ses camarades, transformés en porcs par Circée : La racine est noire, mais ses fleurs sont semblables au lait. Les dieux l’appellent moly. Il est difffiicile de l’arracher aux hommes mortels, mais les dieux peuvent tout (VI, 15, 4). [...]

Quant à l’interprétation gnostique de ce passage homérique, il s’agit de la connais sance qui est décrite par les païens sous l’image de cette fleur. Une telle interprétation résulte de l’exégèse que l’auteur de l’Apophasis Megalè applique au récit de l’Exode :

En effet, elle est amère, dit Simon, l’eau qui se trouve après la Mer Rouge. Car cette eau est le chemin conduisant vers la connaissance qui concerne la vie et on le parcourt à travers les difffiicultés et les amertumes. Mais, transformée par Moïse, c’est-à-dire par le Logos, cette eau amère devient douce (VI, 15, 3).

Ainsi, l’interprétation allégorique du passage du deuxième livre du Pentateuque présente la connaissance comme but ultime de l’être humain qui est amère et qui reçoit sa douceur uniquement grâce à l’intervention du Logos. Quant aux trois vers de l’Odyssée, ils sont utilisés comme confirmation de cette thèse.

Une autre particularité de la partie de la notice consacrée à Simon le Mage est la présence de citations tirées des ouvrages païens. Cette particularité peut être expliquée non seulement par l’emploi de ces derniers par l’auteur simonien, mais aussi par le désir de l’auteur de l’Elenchos de mettre en évidence l’origine non chrétienne de la doctrine exposée.

Il faut aussi signaler que dans le fragment de l’Apophasis Megalè, cette citation directe est suivie d’un résumé de la suite de l’aventure d’Ulysse chez Circé où ce fruit est présenté comme un produit qui n’a pas permis à la magicienne de transformer le héros en porc et qui a redonné la forme humaine aux compagnons de ce dernier (VI, 16, 1–2). Dans ce passage, l’auteur simonien n’est pas explicite, mais il est possible de comprendre qu’il s’agit de la connaissance qui redonne la forme initiale aux hommes en les transformant à partir des animaux en êtres humains. Par ailleurs, il faut aussi signaler que dans ce résumé de l’aventure chez Circé, l’auteur du traité gnostique fait une inexactitude : ce n’est pas Ulysse, au moyen de ce fruit moly, qui redonne la forme humaine à ses compagnons, mais c’est Circé qui leur rend leur forme au moyen de sa baguette magique (Odyss. X, 388–390) (Alexey Morozov, Le dossier de Simon de Samarie, dans la Réfutation de toutes les hérésies du Pseudo-Hippolyte, 2020 - www.revue-etudes-tardo-antiques.fr).

Siclone

Adversaires combattus par Plotin, puis par les théologiens chrétiens, les Gnostiques pensent que le monde est en général mauvais et que l'homme est perdu, condamné à rester enfermé dans un corps, à part quelques élus qui ont «la» connaissance. Ceux qui ont cette connaissance sont sauvés quoi qu'ils fassent; ils ne peuvent perdre cette part de lumière qui est en eux; ils seront même tentés (dans certains courants de la pensée gnostique) de commettre volontairement des actions mauvaises pour être en accord avec leur conception du monde. Le texte qui suit indique nettement le pessimisme de ces doctrines : «Le soleil a autour de lui de nombreux chœurs de démons, pareils à des troupes d'armes diverses, qui cohabitant avec les mortels ne sont pourtant pas éloignés des immortels [...] ils mettent en œuvre ce que leur commandent les dieux, au moyen de tempêtes, de cyclones, d'ouragans, de vicissitudes dans l'élément igné, de tremblement de terre, et encore de famines et de guerres, châtiant l'impiété. [...] Tous ces démons ont reçu en lot plein pouvoir sur les affaires de la Terre et sur les désordres qui s'y produisent, et ils provoquent toutes sortes de troubles, et en général pour les cités et les peuples, et en particulier pour chaque individu. Car ils cherchent à remodeler nos âmes dans leur intérêt et à les exciter, installés dans nos muscles et nos moelles, dans nos veines et nos artères, dans le cerveau lui-même, et pénétrant jusqu'à nos propres entrailles. Car, une fois que chacun de nous est venu à naître et a été animé, il est pris en charge par les démons qui sont de service à cet instant précis de la naissance [...] Si donc, dans la partie raisonnable de son âme, un homme reçoit la lumière du rayon divin par l'intermédiaire du soleil (de tels hommes, à eux tous, sont en petit nombre), en ce cas les démons sont réduits à l'impuissance.» (Hermès Trismégiste, Traité XVI) (Jérôme Laurent, L'Homme et le monde selon Plotin, 2009 - books.google.fr).

Pour clore le dossier, il faut savoir que le prédécesseur de Tournesol, comme savant, c'est Philémon Siclone (Siclone = cyclone = typhon = Tryphon); dans la mythologie grecque, Typhon est toujours représenté sur un âne, comme Siclone dans «les Cigares du pharaon»; Typhon se nomme Seth dans la mythologie égyptienne. Il enferme Osiris dans un coffre à sa taille qui flotte sur le Nil, comme Siclone dans son sarcophage, sur la mer (Jacques Drillon, Occultisme, tarot, mythologie : ce que Hergé a caché dans Tintin, 24/08/2014 - bibliobs.nouvelobs.com) (nonagones.info - Tintin - Album - Les Cigares du Pharaon).

Cosmos Pictures

En face de ce Dieu perdu dans l'abstraction, inaccessible et incommunicable, se dresse le Cosmos. Nos gnostiques en ont tous l'idée la plus pessimiste. C'est le lieu où naissent et périssent toutes choses; c'est le domaine de la matière; c'est le siège du mal; tout contact avec le Cosmos visible souille. Ce pessimisme aboutit nécessairement au dualisme. D'un côté, Dieu et le bien, de l'autre le Cosmos et le mal. Nos gnostiques sont presque tous plus ou moins dualistes. Certains le sont violemment. On se souvient du Séthien des Philosophumena. Il à cherché l'image la plus crue pour désigner le Cosmos, et il en a souligné encore le réalisme. M. Bousset attribue ce dualisme de la plupart des gnostiques à l'influence des religions orientales. Il rappelle que Plotin s'élève avec véhémence contre l'idée que le Cosmos visible serait le fruit d'une chute, et par conséquent mauvais. Son sentiment grec s'insurge. Ce pessimisme, voilà ce qu'il ne pardonne pas aux gnostiques. Nous ne disconvenons pas que le dualisme soit venu de l'Orient. Mais la conception pessimiste de l'univers visible qui aboutit finalement au dualisme est-elle exclusivement orientale ? N'était-elle pas impliquée dans le dédain que Platon professait pour la matière et le monde visible ? Les platoniciens du IIe siècle, Numenius, Plutarque et d'autres, n'ont fait que pousser les vues de leur maître jusqu'à leurs dernières conséquences. Sans doute, le sentiment si profondément hellénique de la beauté et de l'harmonie du Cosmos est contraire à cette conception pessimiste. Elle fait contrepoids, et l'on comprend que lorsqu'un Plotin en rencontre l'expression excessive et violente, il se cabre; à ce moment là, il se souvient qu'il est grec. Mais lorsqu'il pratique l'ascétisme, qu'il affiche le parfait dédain de son corps, qu'il déclare que l'extase est l'état le plus propice à la contemplation philosophique, il oublie qu'il est grec. Le monde n'est plus pour lui qu'un pâle reflet du monde supérieur, et le corps la prison de l'âme. A vrai dire, il n'y avait alors que le stoïcisme qui fût logiquement optimiste (Eugène de Faye, Gnostiques et gnoticisme, étude critique du gnosticisme chrétien aux IIe et IIIe siècles, 1913 - books.google.fr).

Rastapopoulos : fils de la dissolution

"Génie du mal" comme il se qualifie dans Vol 714 pour Sidney, Rastapopolous pourrait devoir son nom au croate ou serbe "rastapo", "dissout" et à "polous", "fils" en grec, "fils de la dissolution" (nonagones.info - Tintin - Album - Les Cigares du Pharaon).

Le débat qui s’éleva entre René Guénon et Henri Massis semble avoir imprégné les albums de Tintin, Les Cigares du Pharaon (1932-1934) et Le Lotus Bleu (1934-1935). Pour René Guénon, l’Orient était un recours contre le processus de matérialisation de l’Occident. Henri Massis pensait que l’Occident pouvait trouver en lui-même, dans sa propre tradition, les éléments de sa régénération. Pour lui, «l’Inde de Gandhi, de Tagore, ne prêche la tolérance de toutes les religions que pour réveiller ses propres croyances et pour mieux dissoudre les nôtres. Notre force, ce qui nous reste de cohésion morale, nous vient de nos traditions, de notre culture; et par un double effort, ils cherchent à les imiter chez eux, en revenant au passé contemplatif et mystique de leur race, et à les ruiner chez nous, en y faisant pénétrer les pires stupéfiants spirituels» (Défense de l’Occident, 1926).

Comment ne pas penser au trafic d’opium contenu dans les fameux cigares du Pharaon, dont l’un des centres se trouve étrangement sous le palais même du maharadjah de Rawhajpoutalah comme un des aspects obscurs d’une Inde folklorique et la représentation d’un Agarttha maléfique, Agarttha dont René Guénon parlera dans Le roi du monde (1927). Dans ce livre il fait le lien entre Agarttha et la ville, de la tradition juive, de Luz, ville souterraine et cachée, dans laquelle on pénètre par un souterrain dont l’entrée se trouve à la base d’un amandier (luz en hébreu). Or dans l’album Les Cigares du Pharaon l’entrée du centre du trafic se fait aussi par le tronc d’un arbre (nonagones.info - Thèmes - Chapitre XXVIII - Tintin).

Vers la fin du IIe siècle, on s'aperçoit à divers symptômes qu'une transformation se prépare au sein du gnosticisme. La crise que les documents nous permettent de constater dans l'école de Valentin vers ce temps-là a été générale. Il en est sorti un gnosticisme très différent de celui des deux ou trois premières générations. Par bonheur, les documents qui nous restent, non seulement attestent le fait même de la révolution, car c'en est une qui s'accomplit au sein du gnosticisme, mais ils nous en font connaître les caractères essentiels. Le premier, c'est la dissolution et le mélange des systèmes. Nous avons déjà fait remarquer qu'à partir de la fin du IIe siècle, il devient très difficile de savoir quelle est l'origine et la provenance des systèmes. Prenez ceux que nous révèlent les Philosophumena ou ceux des documents coptes. On peut facilement se méprendre sur leur filiation; on peut les rattacher à des écoles gnostiques plus anciennes dont elles ne dérivent en aucune façon. On en arrive ainsi, comme le font couramment encore les historiens du gnosticisme, à rapprocher des systèmes et des sectes qui jurent d'être ainsi réunis, et dont l'association forcée et artificielle forme une sorte de monstre qui n'a jamais existé. Les Ophites en sont un illustre exemple. Quelle est la raison de ces méprises ? D'où vient la difficulté qui en est cause ? Tout simplement de ce qu'à partir du IIIe siècle et même un peu avant, les frontières des différents systèmes s'abaissent; le syncrétisme les envahit; les doctrines comme les livres s'échangent. Puis quand la critique analyse ces systèmes, elle y discerne naturellement des éléments dont elle connaît la provenance, et elle conclut que le système où ils se trouvent provient lui aussi de la même source. Reconnaissons qu'à partir de la fin du IIe siècle, les systèmes perdent leur physionomie particulière, et de plus en plus se mélangent. Nous comprendrons alors combien les affirmations tranchantes en ce qui concerne leur origine sont peu de mise. Le fait que nous rappelons, car nous l'avons déjà relevé, ressemble à s'y méprendre à une décomposition du gnosticisme. A un certain point de vue, c'est en effet une décomposition. Le gnosticisme des maîtres, celui qu'on pourrait appeler le gnosticisme classique, se meurt; nous ne le reverrons plus. Mais la décomposition qui le frappe de mort, a été, à un autre point de vue, singulièrement féconde. Il en est né un nouveau gnosticisme qui, s'il est inférieur au premier, a été peut-être plus redoutable et pour l'Église et pour la philosophie du me siècle. Il l'a été en raison même de son caractère particulier. Dans le gnosticisme du IIIe siècle, que devient la gnose ? C'est bien ici que l'on peut prononcer le mot de dissolution et même de décomposition. Dans le gnosticisme classique, la notion de la gnose est précise. On sait quel est l'objet de celle à laquelle Valentin, Marcion ou Ptolémée prétendaient. Cette gnose, une pensée supérieure l'a conçue, et elle fait aussi grande figure que celle de Plotin, tout comme l'exégèse d'Héracléon peut rivaliser avec celle d'Origène. Mais que dire de la gnose par exemple des auteurs des documents coptes ? Nous l'avons vu, elle est aussi puérile et absurde que possible. Les gnostiques de ce temps-là ont complètement perdu l'idée même comme l'intelligence de la gnose des anciens maîtres. La leur n'a rien à voir ni avec la pensée, ni avec la raison. La conséquence, c'est qu'elle devient la proie de toutes les aberrations. C'est ainsi que la fantaisie la plus effrénée bouleverse le monde invisible évoqué par les maîtres, y introduit sans rime ni raison des entités innombrables. Nous avons signalé le procédé; inutile d'y revenir. En même temps, la gnose devient d'autant plus mystérieuse qu'elle est plus absurde. On la présente comme une révélation. Marcus prétend que l'ogdoade lui a communiqué des vérités nouvelles. On fait vaticiner Jésus ressuscité. Un exemple des plus instructifs nous est donné par le marcionite Apelle. Il a commencé par être intellectualiste et dialecticien. La gnose était alors chose essentiellement rationnelle à ses yeux. Vers la fin de sa vie, il semble que l'aspiration mystique se soit réveillée chez lui. Il s'est mis à rêver d'une gnose plus mystérieuse. C'est alors qu'il subit l'influence de Philomèle. Il prit si bien au sérieux les révélations de cette inspirée, qu'il les publia. L'exemple d'Apelle montre que la conception toute rationnelle de la gnose ne satisfaisait plus les esprits; on la voulait plus occulte et plus mystique; il fallait qu'elle vint directement d'en haut. C'est sous l'influence de ce sentiment que s'est désagrégée la notion même de la gnose. Si au point de vue philosophique et intellectuel, le gnosticisme fléchit, il est incontestable qu'il se renouvelle par un autre côté. Ce qui l'a reconstitué, c'est l'idée sacramentelle. Nous l'avons vue poindre vers la fin du IIe siècle dans le valentinisme lui-même. Dans les documents coptes, c'est l'idée capitale. Ce qui fait l'originalité de ces écrits, ce n'est pas, comme on le croit encore, la conception extravagante du monde suprasensible; c'est l'idée que le rite, les formules liturgiques, les emblèmes magiques ont une efficace souveraine. L'analyse de ces écrits nous a montré que leurs auteurs sont beaucoup moins préoccupés de gnose que de rédemption. La grande affaire, c'est de savoir qui sera sauvé et comment on le sera. S'ils écrivent, c'est parce qu'ils croient qu'ils ont sur ce sujet des lumières jadis communiquées par Jésus lui-même, et qu'ils possèdent des recettes infaillibles de salut. Il y a tout lieu de croire que l'idée sacramentelle a prédominé au sein du gnosticisme à partir du IIIe siècle. C'est devenu le signe caractéristique des sectes hérétiques. Souvenons-nous que les écrits coptes ont été traduits du grec. Ils ont donc été composés d'abord dans cette langue. On en a enseigné, professé la doctrine ailleurs. On a, sans doute, en les traduisant en dialecte sahidique, voulu propager les nouvelles idées, et faire connaître les nouveaux rites ou mystères jusque parmi les membres de la secte qui ignoraient le grec. Voilà un fait qui suppose déjà une large diffusion probablement en Égypte, de la doctrine spéciale de ces écrits. Mais en ce temps, les livres circulaient de secte en secte. Ceux-ci, écrits en grec, contenant en outre de prétendues révélations de Jésus, ont probablement été fort répandus. Remarquons en effet que, dans toutes les sectes plus récentes que nous signale Epiphane, comme dans toutes celles qu'il a encore personnellement connues, le rite a une importance capitale. Dans la secte des Ophites, l'eucharistie, célébrée selon un certain cérémonial, est, d'après les renseignements de cet auteur, la chose principale. D'ailleurs, l'idée de l'importance et de la vertu du rite est dans l'air dès le commencement du IIIe siècle. Tertullien lui-même ne s'en est-il pas emparé ? La conception du baptême qu'il expose dans son De baptismo implique nettement l'idée sacramentelle. Nous nous sommes abstenu de rechercher l'origine des doctrines et des usages gnostiques. Dans le cas présent, il est permis de déroger à cette règle, puisque l'origine de l'idée sacramentelle n'a rien de mystérieux. MM. Anrich et Wobbermin ont démontré que les gnostiques ont emprunté aux mystères grecs quelques-uns leurs termes les plus caractéristiques, tels que "loutron", "sphragis", "tupos", "sôter", etc. L'idée qu'un rite peut procurer l'expiation des péchés, effacer la souillure, et concilier à l'initié les bonnes grâces d'une divinité, dérive en première ligne de ces mystères qui renaissent au IIIe siècle, et de ces religions qui, sous les noms d'Isis, de la grande Mère, de Mithra, ont été si populaires à la même époque. D'ailleurs, l'idée ritualiste, comme la magie et l'astrologie, est bien dans le goût de ce temps. On en trouve des adeptes chez les philosophes (Eugène de Faye, Gnostiques et gnoticisme, étude critique du gnosticisme chrétien aux IIe et IIIe siècles, 1913 - books.google.fr).

Né à Lyon en 1860, pasteur à la chapelle du Nord à Paris, puis directeur à l'École des Hautes Études, où Eugène de Faye succéda à J. Réville, et professeur à la Faculté libre de théologie protestante, Eugène de Faye est mort, au mois de février 1929, dans sa 69e année. C'est une grande perte pour les études d'exégèse en France. Eugène de Faye était un érudit et un critique de premier ordre, dont les ouvrages sur les gnostiques ont fait époque. En dernier lieu, il achevait la publication d'un livre sur Origène. Il sera universellement regretté de «ceux qui savent» (Revue archéologique, 1929 - books.google.fr).

Dans l'Ecrit sans titre du Codex II de Nag, la réponse de Pistis Sophia à l'impiété du grand Archonte est double : à longue distance par l'annonce de la dissolution eschatologique de l'univers de déficience et, dans l'immédiat, par la condamnation de Jaldabaoth dans la personne de l'un de ses fils : Sabaoth. Pistis Sophia (151, 15-32) révèle à Jaldabaoth la prééminence d'un "anthrôpos" immortel et lumineux et la dissolution eschatologique du ciel archontique : tout l'univers de déficience retournera au néant. Pour manifester le sérieux de son annonce, Pistis Sophia «dévoile dans les eaux l'image de sa grandeur». La parole de Pistis Sophia au démiurge va opérer la "metanoia" de Sabaoth, l'un des fils de Jaldabaoth. Pour manifester clairement la condamnation de Jaldabaoth par l'un des siens, l'auteur gnostique entend orchestrer avec force détails la récupération définitive de Sabaoth par la Pistis Sophia (151, 32-154, 19) (Michel Tardieu, Trois mythes gnostiques, Adam, Éros et les animaux d'Égypte dans un écrit de Nag Hammadi (II,5), 1974 - books.google.fr).

Tintin fils de Rastapopoulos renvoie à Luke Skywalker fils de Dar Vador.

La Pistis Sophia (la «Foi et Sagesse» ou «Foi de la Sagesse») est un compte rendu allégorique de la conception du monde des gnostiques, que C. G. Woide, en 1778, attribua à tort (en référence à un texte de Tertullien) à Valentin lui-même. La Pistis Sophia fut le commencement de la redécouverte moderne des évangiles gnostiques. Du fait de son élaboration si précise, l’œuvre présente une introduction complète au gnosticisme, y compris bien des aspects qui ont constitué les plus grands pôles d'intérêts dans les textes de Nag Hammadi. La Pistis Sophia fait un compte rendu des échanges que Jésus eut avec ses disciples durant les douze années qui suivirent la Résurrection (fr.wikipedia.org - Pistis Sophia).

Nous ne trouvons dans la Pistis-Sophia que des allusions aux doctrines au cours des événements qui y sont décrits : l'apparition de Jésus à ses disciples après sa résurrection, le récit qu'il fait du mythe de Sophia avec ses repentances et ses hymnes, les essais d'explication des disciples et les réponses de Jésus ; et ensuite les voies de salut qu'il indique : les mystères purificateurs et les initiations, la mort et le voyage des âmes dans l'au-delà, les conditions de la réincarnation des âmes impures, la crainte de dissolution dans les ténèbres extérieures et le salut par la miséricorde infinie du Christ (Déodat Roché, Études manichéennes et cathares, 1952 - books.google.fr).

Dites à ceux qui abandonnent l'enseignement de la vérité du premier mystère : Malheur à vous, car votre châtiment sera mauvais plus que pour tout homme, car vous demeurerez dans la grande glace, la gelée et la grêle au milieu du dragon et des ténèbres extérieures, et l'on ne vous rachètera pas du monde depuis cet instant jusqu'à l'éternité, mais vous serez gelés en ce lieu, et dans la dissolution du Plérôme, vous serez perdus, vous serez non-existant éternellement (Pistis Sophia : ouvrage gnostique de Valentin, traduit par Emile Amélineau, 1895 - books.google.fr).

Yaldabaôth ou Ialdabaôth (fils du chaos) est le nom du mauvais démiurge chez certaines traditions gnostiques, par exemple chez les Nicolaïtes et les Séthiens Dans la Pistis Sophia, il a perdu son pouvoir et, dans les profondeurs du Chaos, accompagné de 49 démons, il torture les âmes sacrilèges dans un torrent de poix brûlante. Il y apparaît comme un archonte à tête de lion, mi-flamme, mi-ténèbres (fr.wikipedia.org - Yaldabaoth).

Feuardentius (1575), Gershom Scholem (1974) et Matthew Black (1983) proposent certaines étymologies, celle de Matter a été utilisé au moins jusqu'en 1974 : en 1828 il affirmait que le nom était dérivé de l'hébreu romanisé par yalda signifiant «enfant», et de l'hébreu romanisé par bahot, une forme plurielle supposée du mot hébreu romanisé par bohu, signifiant «vide, obscurité». Cependant, Matter l'a interprété comme signifiant «chaos», traduisant ainsi Yaldabaoth par «fils des ténèbres [...] un élément du chaos» (Diego Kurilo, Les Gnostiques et leurs archétypes, 2014 - books.google.fr).

Lacuria étudie les fluides : chaleur, lumière électricité, il distingue ces fluides, qu'il appelle matière positive, de la matière négative. «Rien ne peut nous donner une idée de cette matière négative abandonnée à elle-même, que le tohubohu de la Genèse, ce chaos primitif, où il n'y avait que dissolution, division, inertie et forme ténébreuse. Mais Dieu, après avoir exprimé ainsi le plus profond de son idée du non-être, créa une autre matière, une matière à son plus haut degré de perfection, exprimant l'être autant que la matière peut l'exprimer, c'est ce qu'il fit lorsqu'il créa la lumière, par laquelle il faut entendre, comme quelques-uns l'ont déjà pensé, les trois grands fluides» (Maurice Adam, Notes sur le dualisme, L'Isis moderne: revue des sciences nouvelles, Volume 5, - books.google.fr).

Paul François Gaspard Lacuria (Lyon, 6 janvier 1806 - Oullins, 3 mars 1890) est un prêtre et écrivain ésotérique lyonnais. Il exerce une profonde influence sur plusieurs groupes d'élèves dont Eugène Captier, né en 1829 à Tarare, dans le département du Rhône (cf. Les Rébé d'Amplepuis descendus à Couiza), mais de père bourguignon, et mort en 1871 pendant l'heureuse Commune (fr.wikipedia.org - Paul François Gaspard Lacuria).

Il y a deux foyers de Captier en France : Bourgogne et Languedoc (www.geneanet.org, rennes-le-chateau.org).

Les Acacias et Chénoboskion

On se souvient que la teinturerie du Secret de la Licorne s'appelle "Les Acacias".

La teinturerie de la planche 38 du Secret de la Licorne

La provenance de l’épisode de l’apocryphe de l’Enfance examiné plus haut par rapport à un milieu docète gnostique est d’autant plus probable qu’il fait partie d’une histoire qui est aussi d’inspiration gnostique. L’adolescent Jésus, confié pour l’apprentissage au teinturier Israël, démontre avoir une maîtrise supérieure à celle de son maître dans sa profession : il met dans une cuve de bleu plusieurs pièces de tissu qu’Israël devait teindre pour ses commanditaires et en tire des teintes de couleurs différentes. En cela, il déploie une qualité divine, comme en témoigne l’Évangile de Philippe. Ce texte, qui reçut sa forme finale dans une communauté valentinienne entre la fin du deuxième et le début du troisième siècle, emploie l’image de teinturier par deux fois : selon 61 [43/109], 12b–20a, Dieu est un teinturier, alors que le bain de teinture est le symbole du baptême. Si la teinture est bonne, la couleur résiste aussi longuement que le tissu, et puisque les teintes de Dieu sont immortelles, le baptême est indélébile. Dans l’immersion dans l’eau du baptême, la per sonne est définitivement transformée et obtient l’immortalité. Selon 63 [54/111], 25–30, «le Fils de l’homme est venu comme teinturier» : il mélange plusieurs couleurs dans un chaudron et en tire des étoffes blanches. Ainsi donne-t-il une expression allégorique à son activité dans le monde qui est de communiquer l’immortalité aux hommes (Igor Dorfmann-Lazarev, La transmission de l’apocryphe de l’Enfance de Jésus en Arménie, Jesus in apokryphen Evangelienüberlieferungen, 2010 - books.google.fr).

Je voudrais revenir sur ce que j'écrivis jadis relativement à l'identification proposée par M. Daressy de la ville «les acacias de Set» avec la ville copte Sheneset. Je pense aujourd'hui que nous devons accepter cette identification si naturelle, car le nom copte n'est autre chose que la transcription phonétique du nom égyptien, sans l'article initial. En conséquence, l'étymologie inventée par M. Amélineau pour expliquer la forme copte, et en même temps la forme grecque du nom de la localité, "Chènoboskion" ou "Chènoboskia", est à rejeter complètement. Il faut nous résoudre à voir dans Sheneset les acacias du dieu Set, et dans "Chènoboskion" ou "Chènoboskia" «le lieu ou l'on engraisse les oies», et nous résigner à ne pas savoir d'où est venue cette appellation grecque, tout comme nous ignorons l'origine de l'appellation moderne Qasr es-Sayad, «le Château des Chasseurs», donnée actuellement par les Arabes à cette ancienne localité. Cette orthographe arabe est celle qu'on peut lire sur la feuille 10 de l'Atlas de la Description de l'Égypte, tandis que celle du Dictionnaire géographique de Boinet bey, reproduite sur la carte du Guide Baedeker, est, autivement El Kasr wel Sayad, «le Château et les Chasseurs» (Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, Volume 6, 1911 - books.google.fr).

Le chiffre cousu avec du fil codant la redingote d'Aristide Filoselle peut être interprété de différente façon 317731, BIA TBI ou BIA 731 où l'on retrouve Bia (la violence) opposée à Peithô (la persuasion). En inversant on obtient des lettres grecques ISTAIS ou ISGAIS.

Dans le Gorgias de Platon, pour illustrer le thème des deux genres de vie, deux bioi, entre lesquels l'homme doit savoir choisir celui-là seul qui est digne de sa confiance, Socrate rappelle une comparaison qui procède, dit-il, du même gumnasion que le précédent : le sage est semblable à un homme possédant des tonneaux en bon état pleins de choses nécessaires à la vie, et certains remplis de liquides rares et précieux, difficiles à se procurer, même au prix de beaucoup d'efforts; une fois remplis, ces tonneaux restent toujours pleins. L'insensé, cet incontinent que l'auteur du mythe appelait amnètos, ne disposerait pour ces liquides que de tonneaux pourris et crevés qu'il devrait sans cesse remplir sous peine des pires souffrances.

L'allusion à la vie qui est peut-être la mort, le jeu de mot sôma-sèma nous orientent dans une direction que confirment les précisions géographiques apportées par Platon : Italie, Sicile. On pourrait penser qu'il s'agit d'un récit pythagoricien sur les deux bioi, en rapport avec le thème des biens fugaces et des biens fixes. Cependant, plusieurs détails du texte de Platon suggèrent une référence plus précise à Empédocle. D'abord l'opposition de Peithô et de Pistis, rapportées à deux parties différentes de l'âme. La Peithô appartient en effet à cette partie de l'âme où sont les désirs que l'auteur du mythe représente comme un pithos. La Pistis appartient à une autre partie de l'âme, symbolisée cette fois par un crible, koskinon, dont les trous laissent tout fuir par défaut de mémoire, certes, par oubli, lèthè, mais aussi par absence de foi, apistia. Il faut donc reconnaître entre la Peithô, condamnée, et la Pistis, recommandée, une différence de valeur et de plan. Puissance ambiguë, qui peut aussi bien se tourner dans un sens que dans un autre, Peithô, associée à Hédonè et à Pothos, symbolise la séduction du laisir, spécialement sans doute du plaisir physique. Pstis représente une confiance d'un autre type, la foi en ne divinité supérieure dont il faut que l'homme accepte es révélations et suive les enseignements. Au reste, les formules à double sens dont se sert Platon se rapportent à un vocabulaire de mystère : un mot comme amuètoi ésigne à la fois ce qui est non fermé, non clos, et les non- initiés qui ne savent «retenir», stegein, le secret (Jean Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs: Études de psychologie historique, 1990 - books.google.fr).

Le nombre 731 en, numération grecque s'écrit Psi-lambda-alpha, ce qui peut donner "ailes" ("psila") (Roger S. Bagnall, Everyday Writing in the Graeco-Roman East, 2012 - books.google.fr).

Relevons au chapitre 65 du Quart Livre de Rabelais, l'éloge du vin et la célébration de Bacchus évoquée par Pantagruel en des termes qui rappellent l'éloge du dieu caché à la fin du Cinquiesme Livre : "Ne savez vous que jadis les Amycleens sus tous les Dieux reveroient et adoroient le noble pere Bacchus et le nommoient psila [ailes] en propre et convenente denomination ?" Ce sont, il est vrai, des lieux communs chez Rabelais, mais ils figurent tous à la fin du Cinquiesme livre, si bien qu'on peut croire que l'écriture des derniers épisodes du Quart Livre les recycle méthodiquement (Gilles Polizzi, Le lieu du sens : la réécriture de la scène initiatique dans la fiction rabelaisienne, Rabelais et la question du sens, 2011 - books.google.fr, Pausanias, Description of Greece with an English Translation by W.H.S. Jones, Litt.D., and H.A. Ormerod, M.A., 1918 - topostext.org).

Dans le prologue, les deux hommes cherchaient une cité tranquille (v. 44) où mener une vie heureuse, quand Peithétairos s'aperçoit en questionnant Epops (la Huppe) que la vie des oiseaux ne manque pas d'agréments. Ils vivent sans argent (v. 157) et ils paissent dans les jardins «le blanc sésame, le myrte, le pavot et la menthe» (v. 159-160). Le héros conçoit aussitôt l'idée de fonder une cité des oiseaux qui étendra son pouvoir sur le monde. [...]

Quand les deux hommes ont été munis d'ailes par Epops, Peithétairos effectue le sacrifice en l'honneur des nouveaux dieux, les oiseaux. [...]

Peithétairos est voué, lui, à l'ambiguité de Peithô, la Persuasion, force à la fois négative et positive pour les Grecs, mais lourde surtout d'implications négatives à l'époque où Aristophane faisait représenter les Oiseaux. Les Athéniens se laissaient facilement subjuguer par la force persuasive des orateurs : Alcibiade avait ainsi réussi à emporter la décision de l'Assemblée et à engager Athènes dans l'expédition de Sicile, si lourde de conséquences pour la cité. Ensuite, le comportement de Peithétairos déborde largement les suggestions données par son nom. Après avoir usé de la persuasion vis-à-vis des oiseaux, il lui substitue l'usage de la contrainte, Bia, d'ordinaire opposée à Peithô, non seulement à l'égard des Olympiens qu'il oblige à capituler, mais aussi des oiseaux opposants qu'il massacre. A la fin de la pièce, le héros qui asseoit son pouvoir sur la force, est présenté par le messager comme un souverain absolu, un tyran (v. 1708). Les ambiguités que le héros concentre en lui finissent par lui faire épouser très exactement les contours de la figure inquiétante et énigmatique du tyran telle qu'on se la représente au Vème et au IVème siècle (Danièle Auger, Le Théâtre d'Aristophane : Le mythe, l'utopie et les femmes. In: Cahiers de Fontenay, n°17, 1979. Aristophane : Les Femmes et la Cité - www.persee.fr).

La cosmogonie des Oiseaux d'Aristophane est un morceau mythologique de premier ordre, que cette prétendue bouffonnerie, et qui mériterait un long et savant commentaire. «Au commencement fut le Chaos, et la Nuit, et le noir Érèbe, et le vaste Tartare.» Il n'y avait ni terre, ni air, ni ciel. La Nuit enfanta, dans le sein de l'Érèbe, un œuf d'où naquit l'Amour (Eros) aux ailes d'or, vite comme les vents. S'unissant aux Ténèbres du Chaos ailé, sorte de Tiamat, l'Amour engendre la race des Oiseaux; la race des immortels n'existait pas encore (Jules Soury, Théories naturalistes du monde et de la vie dans l'Antiquité, 1881 - books.google.fr).

Seth et Seth

Typhon Seth, dont l'âne était le symbole et qui était parfois représenté sous cette forme mi-animale. Il est le principe mauvais qu'on invoque pour les maléfices : son rôle est de persécuter les âmes des morts. C'était un dieu redoutable qu'il ne fallait pas s'aliéner. Sur nos feuilles de plomb, des signes magiques entourent son image, entre autres l'i grec, lettre qui, dans l'art cabalistique de l'époque, indique la puissance de la divinité sur le monde souterrain. Si, après cela, on songe que, d'après saint Épiphane et d'autres Pères de l'Eglise, la secte gnostique des séthiens avait adopté Typhon Seth pour dieu, l'identifiant systématiquement avec le Christ, on pourra se demander si le graffite du Palatin ne serait pas l'œuvre respectueuse d'un de ces hérétiques pour qui Jésus crucifié et Typhon Seth ne faisaient qu'un, le premier prêtant ses traits au second. Ce mélange de paganisme et de christianisme n'a pas de quoi nous étonner, car le cas n'est pas isolé (Abel Fabre, Pages d'art chrétien, études d'architecture, de peinture, de sculpture et d'iconographie, 1917 - books.google.fr).

Le gnosticisme séthien est un des principaux courants du gnosticisme antique, appelé ainsi parce que son corpus de doctrines est marqué par la figure biblique de Seth, le troisième fils d'Adam et Ève (fr.wikipedia.org - Gnosticisme séthien, Encyclopédie théologique, Tome 27, 1851 - books.google.fr).

Sur l'hypothèse de Wuensche (Sethianische Verfluchungstafeln aus Rom, Leipzig, 1898) de l'adoration de Typhon-Seth dans la secte gnostique des Séthiens, M. Schürer en a decelé les faiblesses dans la Theol. Litteraturzeitung, 1899, p. 108 et s. (P. de L., "Le De Spectaculis de Tertullien" de Soveri, Revue critique d'histoire et de littérature, 1914 - books.google.fr).

Né en Égypte, saturé de conceptions indigènes à ce pays, ce gnosticisme ne peut être que celui de Basilide et de Valentin. Or précisément l'une des principales thèses de M. Amélineau, c'est que ces deux chefs d'école ont emprunté toutes les conceptions essentielles de leurs systèmes à la vieille religion d'Égypte. C'est une raison de plus de rapprocher le gnosticisme des documents coptes de la doctrine de Basilide et de Valentin. M. Amélineau ne voit même aucun inconvénient à attribuer l'un de nos écrits coptes à Valentin lui-même. Ce qui lui paraît certain, c'est qu'ils sont tous anciens. Ils dateraient de l'époque même des grands fondateurs des sectes gnostiques. M. Carl Schmidt n'admet pas l'interprétation des figures symboliques de nos écrits par les hiéroglyphes. Il pense ainsi enlever son fondement même à l'hypothèse de M. Amélineau. Pour le reste, il se rallie avec empressement à l'opinion de M. Harnack, qui ne croit pas l'auteur de l'Essai sur le gnosticisme égyptien fondé dans ses vues sur les origines des systèmes de Basilide et de Valentin. C'est ailleurs que notre critique cherche les origines du gnosticisme des documents coptes. Reprenant une hypothèse déjà émise par Kæstlin, il rattache à la doctrine des Ophites non seulement le gnosticisme de la Pistis Sophia mais aussi celui du papyrus de Bruce. On désigne habituellement par cette appellation d'Ophites tout un groupe de gnostiques congénères, tels que les Sethiani, Nicolaïtes, Caïnites, etc., auxquels elle ne convient peut-être pas. M. Schmidt préfère qu'on les appelle «gnostiques» proprement dits, comme ils s'appelaient eux-mêmes. Sous forme de digression, il donne sur ces sectes des aperçus nouveaux et ingénieux d'un sérieux intérêt. Il relève, en particulier, le fait que le groupe se divisait en deux fractions de tendances opposées. Si des deux côtés le fond des spéculations était à peu près le même, il en allait tout autrement de la morale. Les uns pratiquaient l'ascétisme le plus rigoureux. C'était la règle des Severiani, des Archontici, des Sethiani. Les autres, au contraire, tels que les Nicolaïtes, les Caïnites, etc. se livraient systématiquement à la débauche et aux vices contre nature. C'est à la première de ces tendances que se rattachent, d'après M. Schmidt, les gnostiques de nos documents. Les textes de la Pistis Sophia et du papyrus ne laissent aucun doute sur ce point. Ce sont les pratiques des autres gnostiques qui y sont dépeintes et condamnées dans les termes les plus énergiques. M. Schmidt croit pouvoir aller plus loin et savoir à laquelle des trois sectes principales de la tendance ascétique appartiennent nos gnostiques. C'est à celle des Severiani. Les gnostiques de la Pistis Sophia et ceux des deux livres du Grand Logos du papyrus appartiennent presque sûrement à la même secte. Notre critique nous semble l'avoir établi. Ce serait donc de ces Severiani, qui étaient répandus dans la Thébaïde au IIIe siècle, qu'émaneraient la plupart de nos écrits gnostiques de langue copte (Eugène de Faye, Introduction à l'étude du gnosticisme au IIe et au IIIe siècle, 1903 - books.google.fr).

La figure de Simon le Mage présenté en tant qu’ancêtre et origine, d’une certaine façon, de tous les autres mouvements gnostiques, apparaît dès les débuts du genre littéraire de la réfutation dans le milieu chrétien. La notice de l’Elenchos consacrée à la gnose simonienne présente certaines particularités par rapport aux auteurs antérieurs qui l’ont évoquée.

Le livre V contient quatre notices consacrées aux Naassènes (V, 6–11), aux Pérates (V, 12–18), aux Séthiens (V, 19–22) et à Justin le Gnostique (V, 23–27). Toutes ces doctrines sont présentées comme un enseignement où la fiigure du serpent joue un rôle important.

Dans la notice consacrée aux Séthiens, le serpent est l’image du vent par lequel la génération a pris son origine (V, 19, 18–21). En outre, cet animal est aussi la forme que le Verbe a prise pour pénétrer dans «la matrice impure pour rompre ensuite les liens qui enserraient l’esprit parfait». Ici, il s’agit également de l’incarnation du Verbe et ainsi, le serpent devient indirectement aussi l’objet d’adoration pour ces gnostiques.

L’Entendement de notre Grande Puissance du Codex VI de Nag Hammadi avec les fragments de l’Apophasis Megalè met en lumière plusieurs ressemblances doctrinales et lexicales entre ces deux traités. [...] Le premier élément doctrinal qui unit ces deux traités est la présence de la notion de la Grande Puissance, appliquée à la divinité suprême : Elenchos VI, 9, 4 ; VI, 18, 3 - Entendement NH VI, 4, 36, 3 – 4 ; 36, 15 ; 36, 26 ; 40, 27. [...] Ensuite, à cette Puissance, les auteurs simoniens de ces deux traités attribuent comme demeure l’âme humaine : Elenchos VI, 12, 1 - NH VI, 4, 38, 56. [...] Enfin, le feu est considéré dans ces deux traités comme nature de la Grande Puissance. Dans l’Entendement, le feu est présenté comme ce qui contient la lumière de la Puissance : «Alors la Ténèbre, l’Hadès, exhala le feu, et c’est grâce à lui que ce qui est mien se libérera : ses yeux n’ont pu supporter ma lumière» (NH VI, 4, 37, 30–34), tandis que l’auteur de l’Apophasis VI, 9, 3 afffirme directement la nature ignée de la divinité.

Les fragments du traité Apophasis Megalè sont un vrai écrit gnostique, appartenant à l’école simonienne dont la rédaction doit être située au moins au début du IIe siècle. D’autre part, le choix des passages cités par l’auteur de l’Elenchos est dicté par ses deux préoccupations : la démonstration de la doctrine simonienne d’une part, et sa réfutation, d’autre part. Cette deuxième préoccupation apparaît à travers les citations des auteurs païens de la part de l’auteur simonien, retenues pour sa notice par le Pseudo Hippolyte, et aussi à travers la présence de plusieurs citations bibliques, interprétées par l’auteur de l’Apophasis. Quant à ce dernier moyen de réfutation, l’auteur de l’Elenchos l’utilise pour démontrer les écarts qui existent entre le texte biblique et son exégèse gnostique, ce qui est marqué par les interventions de ce dernier pendant cet exposé doctrinal. Enfin, il faut aussi souligner que l’attribution de l’Apophasis à Simon le Mage par le Pseudo-Hippolyte peut être expliquée par la doctrine exposée, qui a plusieurs parallèles dans diffférents écrits apocryphes et hérésiologiques et aussi par la présence dans ce traité du discours à la première personne. Ainsi, grâce à cette notice de l’Elenchos, nous sont parvenus les fragments du traité simonien qui a permis aussi d’identifiier un des traités de Nag-Hammadi comme appartenant à ce mouvement simonien (Alexey Morozov, Le dossier de Simon de Samarie, dans la Réfutation de toutes les hérésies du Pseudo-Hippolyte, 2020 - www.revue-etudes-tardo-antiques.fr).

Le signe

Un fascinant diagramme ésotérique, le signe du Kih-Oskh, dérivé de celui du tao qui symbolise l'unité dans la dualité, apparaît régulièrement à la manière d'un leitmotiv, s'imposant comme le chiffre secret de cette aventure (Thierry Groensteen, Hergé, 2025 - books.google.fr,

Le signe de Ki-Oskh, que l'on retrouvera imprimé sur les bagues de cigares contenant de l'opium qui donneront finalement leur titre à cette aventure, ce signe évoque irrésistiblement celui, d'origine chinoise, qui symbolise le Yin et le Yang, les forces contraires et cependant complémentaires qui animent l'univers (Arnaud de la Croix, Camion Blanc, Hergé occulte La ligne sombre, 2021 - books.google.fr,

Le diagramme de Kih-Oskh, Les Cigares du Pharaon, >soundcloud.com

Outre le jeu de mot que constitue le nom du Pharaon kih-Oskh, on peut reconnaître en ki le taureau et oskh le grand collier (pèlerine) nommé aujourd'hui ousekh.

Kie Hi Tôsch, taureau qui garde la frontière. L'idée de taureau est exprimée ici figurativement : je traduis cette expression idéographique par Ki, ou Kie, car c'est là le nom par lequel les textes égyptiens désignent habituellement le taureau (Traduction et analyse grammaticale des inscriptions sculptées sur l'obélisque égyptien de Paris, par F. Salvolini, 1837).

Le hiéroglyphe du taureau est un idéogramme signifiant «taureau», en égyptien ki (Anne-Marie Christin, Histoire de l'écriture: de l'idéogramme au multimédia, 2001).

Oskh, collier semi-circulaire ou pèlerine autour du cou (Louis Viardot, Les merveilles de la sculpture, 1869). (nonagones.info - Tintin - Album - Les Cigares du Pharaon).

Les animaux sethiens étaient sacrifiés au profit de la récolte pour venger le meurtre d'Osiris par Seth. Le savant suédois explique ainsi le sacrifice des animaux rouges, particulièrement des taureaux en Égypte : les poils roux étaient un attribut de Seth, et par suite, ceux qui le possédaient lui étaient identifiés et immolés pour venger la mort d'Osiris (Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, 1974 - books.google.fr).

Auf Adi-Buddha's Wunsch trat Pradschna, als Urprincip der Welt hervor (in den 5 Dhyani-Buddha1) und dann folgten (chinesische) Trennungen des Yin and Yan, wie in Syzygien (der Gnostiker), unter metaphysischen Abirrungen in jenseitigen Speculationen, bis zur völligen Vertakelung schliesslich vom Sein und Nichtsein bei den Seeligen im Himmel Naivasand-jnanasandjnayatanam (des Denkens-weder-noch-Nichtdenkens). Alles ist zugleich, was es ist, und das Gegentheil von dem, was es ist (nach Hegel). Das Principium identitatis ist die Tautologie in Molière's schlafmachendem Schlaftrunk, als „Princip des fixirenden Verstandes" (s. Trendelenburg). (Adolf Bastian, Der Buddhismus in seiner Psychologie, 1882 - books.google.fr).

Dans la gnose, couple issu des "déterminations successives et personnelles de l'essence divine, se déroulant deux par deux, chaque éon masculin ayant à côté de lui un éon féminin" (Littré). Ces quinze couples font les quinze Syzygies secondaires composées des trente Eons suprêmes (Flaub., Tentation, 1856, p. 522). Au commencement [selon Valentin] est l'Abîme (Bythos) (...) Le Silence (Sigé) est son éternelle compagne. Après des siècles de solitude (...) l'Abîme (...) engendre de sa compagne un premier couple, une syzygie, Noûs (...) et Aléthéia (Renan, Église chrét., 1879, p. 170) (www.cnrtl.fr).

Les hérésiologues nous ont livré plusieurs résumés sur la gnose ophite, parfois contradictoires entre eux, souvent répétitifs : le premier est celui tracé par Irénée de Lyon en Haer. I,30,1-14. Un second, différent, en Haer. 1,30,15, est une courte notice qui présente des gnostiques anonymes, mais clairement intéressés au serpent. Puis nous disposons d’un autre passage bref, Ps.Tertullien, Haer. 2,1-4, du long récit d’Épiphane, Haer. 37 et des résumés de Philastre, Haer.1 et Théodoret, Haer. 1,14. Dans sa polémique avec Celse, Origène nous livre un long passage axé sur le célèbre «diagramme des Ophites», en Cels.6,24-38. Enfin, il y a surtout le Ve livre de l’Élenchos attribué à Hippolyte, tout entier consacré, selon les intentions de l’auteur, aux gnostiques adorateurs du serpent. Dans la réalité, les sectes regroupées dans ce livre montrent une considération très variable pour le reptile : dans cet article, on fera surtout mention des deux premiers groupes, les Naassènes (ib.5,7-11) et les Pérates (ib. 5,12-18), les seuls à manifester une véritable vénération pour cet animal. Les Naassènes, selon Élenchos 5,7, dériveraient même leur nom de l’hébreu nahas, «serpent».

L’importance de cette image parmi les Pérates est due à l’exégèse de l’épisode du serpent d’airain, en Nombres 21,8 et Jean 3,14.

En accord avec une conception très répandue au IIe siècle, l’ordre astrologique emprisonne doncl’homme dans la nécessité et le destin, dont la génération est l’expression la plus accomplie. Pour cela, le Logos-serpent sauve les hommes de l’ordre d’ici-bas : il protège ceux qui se sont éloignés du corps et de ce monde – allégorisé par l’Égypte – et il les ramène au salut. Cette construction se fonde, en fait, sur une allégorie de l’Exode, dont on trouvera les traces jusqu’à Origène et qui est implicite dans le nom même de la secte : Pérates, «ceux qui traversent» (la Mer Rouge, évidemment).

Le noyau du dossier exégétique de Elenchos 5,16 consiste dans une liste de testimonia du bois et de la croix, empruntés à la Grande Église. À côté de Nb. 6-8 et de Jn. 3,14, on peut y retrouver une référence au bâton de Moïse, que le prophète transforma miraculeusement en serpent (cf. Ex. 4,2-3 et 17,7-15) et qui fut le moyen du passage de la Mer Rouge (cf. Ex. 14,6); on peut y repérer une allusion aux arbres de l’Eden (cf. Gn. 2,8-10), tandis que El. 5,14 laisse entrevoir une allusion à l’épisode des douze sources d’Elim (cf. Ex. 15,22-25); El. 5,17, par contre, utilise le rare Gn. 30,37-39, où le patriarche Jacob fait multiplier son troupeau bigarré en l’exposant à la vue des branches d’arbres bigarrées. Ce dernier passage biblique est très important, car il est rarement cité dans la littérature chrétienne ancienne.

Origène nous livre une information d’importance capitale : selon Cels. 6,28, le fondateur des Ophites ne serait autre qu’Euphrate. On sait très bien qu’un des deux fondateurs des Pérates est Euphrate le Pératique (cf. El.5,12-13) : il est donc possible que les Pérates soient le groupe fondateur de l’ophitisme. Birger Pearson avait déjà eu cette idée. Mais avant de formuler cette hypothèse d’une façon plus complète, j’aimerais dire quelques mots sur la notice d’Épiphane :

- La secte des Ophites serait fort ancienne et aurait eu des contacts avec le Nicolas blâmé par l’Apocalypse (cf. Ap. 2,6 et 15).

- Les Ophites vénèrent le serpent comme dieu et principe de sagesse (référence implicite au péché de l’Eden).

- Mythe de Prounikos, naissance de Ialdabaoth, génération par lui des sept archontes, création de l’homme : par hargne contre Prounikos et l’homme, qui avait reçu de l’éon féminin l’étincelle spirituelle, Ialdabaoth réagit en envoyant contre lui son fils, le Serpent, qui trompe Ève. La définition de ce Serpent coïncide avec celle donnée par Ir.Haer. 1,30,5.

- Ils ajoutent que nos intestins ont la forme du serpent (= Irénée, Haer.1,30,15).

- Le serpent apporte la connaissance aux hommes dans l’Eden et est rejeté par Ialdabaoth.

- Ils consacrent l’Eucharistie en faisant sortir un serpent de sa kyste et en le faisant s’enrouler autour des pains ; ils l’embrassent aussi sur la bouche.

- Ils introduisent le serpent d’airain, à côté de Mt. 10,16, comme preuve d’un enseignement positif sur le serpent.

- Il faut remarquer la contradiction sur le rôle du serpent dans le péché de l’Eden : présenté d’un côté comme garant de la gnose, il est dit aussi avoir «trompé» Ève par ordre de Ialdabaoth, ce qui ne peut avoir qu’une signification négative; Épiphane même s’aperçoit de la contradiction (voir Haer.37,6,5-7) (Annarita Magri, Le serpent guérisseur et l’origine de la gnose ophite, Revue de l’histoire des religions N° 4, 2007 - journals.openedition.org).

On se demande en fin de compte si le diagramme d'Origène était identique à celui de Celse. Il devait exister alors en Égypte beaucoup de diagrammes et de dessins cabalistiques de ce genre, en usage chez les gnostiques qui pullulaient dans ce pays. Si les réserves qu'Origène apporte à ce que Celse dit des «sceaux», des «apologies», et des «nombres» qui figuraient dans le rituel des Ophites nous étonnent, les explications qu'il donne, relatives à la doctrine que Celse leur attribue, paraissent fondées (Eugène de Faye, Gnostiques et gnosticisme, étude critique des documents du gnosticisme chrétien aux IIe et IIIe siècles, 1925 - books.google.fr).

Si le tigre ou le léopard est un symbole du Set égyptien, le serpent en est un autre (Il est assez remarquable que le nom grec Typhon soit anagrammatiquement formé des mêmes éléments que Python), et cela se comprend sans peine, si on l’envisage sous l’aspect maléfique qui lui est le plus ordinairement attribué; mais on oublie presque toujours que le serpent a aussi un aspect bénéfique, qui se trouve d’ailleurs également dans le symbolisme de l’ancienne Égypte notamment sous la forme du serpent royal, «uræus» ou basilic. Même dans l’iconographie chrétienne, le serpent est parfois un symbole du Christ (Dans Le Roi du Monde, ch. III, nous avons signalé à cet égard la figuration de l’«amphisbène» ou serpent à deux têtes, dont l’une représente le Christ et l’autre Satan); et le Sheth biblique, dont nous avons signalé ailleurs le rôle dans la légende du Graal, est souvent regardé comme une «préfiguration» du Christ (Il est vraisemblable que les Gnostiques dits «Séthiens» ne différaient pas en réalité des «Ophites», pour qui le serpent (ophis) était le symbole du Verbe et de la Sagesse, Sophia). On peut dire que les deux Sheth ne sont pas autre chose, au fond, que les deux serpents du caducée hermétique : c’est, si l’on veut, la vie et la mort, produites l’une et l’autre par un pouvoir unique en son es sence, mais double dans sa manifestation. Il est assez curieux que le nom de Sheth, ramené à ses éléments essentiels ST dans l’alphabet latin (qui n’est qu’une forme de l’alphabet phénicien) donne la figure du «serpent d’airain». À propos de ce dernier, signalons que c’est en réalité le même mot qui en hébreu signifie «serpent») (nahash) et «airain» ou «cuivre» (nehash); on trouve en arabe un autre rapprochement non moins étrange : nahas «calamité», et nahâs «cuivre» (Publié dans le V. I., oct. 1931) (René Guénon [1886-1951], Symboles de la science sacrée, 1962 - classiques.uqam.ca).

Cf. le tigre emmailloté de la page 51 des Cigares.

Zodiaque

L'auteur de Philosophumena (ou Réfutation de toutes les hérésies : Hippolyte de Rome) croit devoir apporter les douze signes du zodiaque pour montrer que le système de Valentin est bien emprunté à celui de Pythagore; que, par une coïncidence au moins singulière et frappante, toute la dernière partie de la Pistis Sophia est consacrée aux influences astrales, aux planètes, et particulièrement à ces douze signes du zodiaque. Je ne crois point devoir tirer un argument décisif de cette coïncidence: mais elle m'a frappé; si j'ai cru devoir la faire observer à mes lecteurs, c'est qu'il serait fort possible que l'auteur de Philosophumena, ayant lu Pistis Sophia pour décrire et analyser le système de Valentin, ait été amené à parler des signes du zodiaque parce qu'il les avait trouvés mentionnés dans les dernières pages de l'œuvre de Valentin (Émile Amélineau, Pistis-Sophia : ouvrage gnostique de Valentin, 1895 - books.google.fr).

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12 6 1872 : Dupont

Signe des Gémeaux : les deux policiers anonymes n° X33 et X33 bis des Cigares s'appelleront Dupont et Dupond par la suite (jumelés mais pas précisément jumeaux).

23 10 1890 : Sauerkraut

Le 23 octobre commence le signe du Zodiaque du Scorpion

Le plus ancien monument égyptien qui porte un nom de roi est une de ces grandes têtes de massue en calcaire (pommeaux de sceptres royaux) qu'on a trouvés dans la ville royale d'Hierakonpolis en Haute-Egypte. Elle nous montre l'image d'un roi, précédé de deux hiéroglyphes, une rosette et un scorpion; le scorpion, surmonté d'un Horus (dans sa forme la plus ancienne) s'est retrouvé sur un vase de calcaire et plusieurs autres vases. Nous avons donc affaire à un souverain de la Haute-Égypte dont le nom s'écrit avec l'image du scorpion. Sur le sceptre, le roi célèbre la fête de «piocher le sol», trait caractéristique pour le souverain d'un peuple de laboureurs et qui relève peut-être d'une cérémonie de fondation : dans ses ornements royaux, coiffé de la couronne blanche en forme de casque, ceinturé du pagne et de la longue queue de lion, le roi se tient au bord d'un canal, la pioche en main, tandis qu'un serviteur lui tend une corbeille. Des hommes travaillent dans une île, sur le fleuve qui porte un navire; dans l'île se dresse un palmier. Les enseignes défilent devant le roi, derrière lui se tiennent deux serviteurs qui l'éventent avec de grands éventails de palmes. Non loin de là, dans les roseaux de papyrus, on remarque les litières où sont les enfants royaux. A la partie supérieure du pommeau, on avait représenté une longue série d'enseignes de nomes ne sont conservés que Sêth, répété deux fois, Minou, une montagne (est-ce le XIIe nome ?), un loup, un Horus, par conséquent presque tous les nomes situés au centre du royaume du Sud, et, au bas de ces enseignes, flottent, suspendus à des cordes, soit des vanneaux morts, soit des arcs Les premiers symbolisent les hommes égyptiens (rechit, les «sujets»), les seconds les peuples étrangers. Cette scène paraît donc commémorer une victoire remportée par le roi, à la tête d'un certain nombre de nomes du centre de la Haute-Égypte, sur d'autres Égyptiens et sur des peuples étrangers. Sur le vase de calcaire, on voit aussi, outre le Scorpion plusieurs fois répété et surmonté d'un Horus, l'arc et le vanneau entre deux oies. Le nom du roi est écrit à l'encre, sur un tesson de cruche d'argile trouvé dans un tombeau de la nécropole de Tourah, en face de Memphis, ce qui indique que sa souveraineté s'étendait en tous cas jusqu'au delta (Eduard Meyer, Histoire de l'antiquité, Tome 2 : L'Égypte jusqu'à l'époque des Hyksos, traduit par Alexandre MoretVolume, 1914 - books.google.fr).

Coiffé de la couronne blanche du Sud, le Scorpion s'acquitte, le hoyau en mains, de son devoir : ensemencer la terre. Autour de lui, sur despavois, les totems des clans qui reconnaissent le Scorpion comme roi; devant eux retombent, pendus par le cou, les totems des clans vaincus : ce sont des Égyptiens du Nord (Rekhtou = vanneaux) et les Arcs, nom qui, selon la tradition ultérieure, désigne des Sémites archers (Alexandre Moret, Histoire de l'Orient, 1941 - books.google.fr).

Le roi Scorpion, tête de massue

La tête de massue votive du roi Scorpion, découverte par les archéologues anglais James Edward Quibell et Frederick William Green en 1898 dans le Grand Dépôt du temple d'Horus à Hiéraconpolis (Nekhen, «la Ville du Faucon»), l'actuel Kom el-Ahmar, est considérée comme la plus ancienne jamais trouvée (fr.wikipedia.org - Massue du roi Scorpion).

Les archéologues britanniques Frederick Green et James Quibell découvrent à Nekhen la palette de Narmer, la massue du roi Scorpion et la massue de Narmer, en 1898 (fr.wikipedia.org - 1898 en science).

Un rat meurt au bout d'une heure de la piqûre du scorpion roussâtre, et un homme peut en ressentir les effets pendant vingt-quatre heures.

CRUCIFÈRES : BRASSICA OLERACEA L. Chou cultivé. Chou à choucroute. Chou cabus. Jotte. Un des plus précieux légumes du potager de la ferme. Feuille souvent employée comme émollient. Eau de choucroute employée contre les brûlures (Bulletin de la Société philomatique vosgienne, Volumes 9 à 10, 1884 - books.google.fr).

Selon quelques naturalistes, elle serait moins douloureuse que celle de l'abeille. Pour en prévenir les suites, on emploie l'ammoniaque liquide pris intérieurement à la dose de quelques gouttes dans un verre d'eau sucrée et instillée extérieurement dans la plaie pour détruire le venin; l'usage des crucifères est quelquefois recommandé (Galien Mingaud, le scorpion roussâtre, La Feuille des jeunes naturalistes, Volumes 3 à 4, 1872 - books.google.fr).

2 7 1891 : I.E. Roghliff

Jeu de mots : pour hiéroglyphes.

Signe du Cancer :

Si l’on considère la répartition des signes zodiacaux suivant les quatre trigones élémentaires, on voit que le signe du Cancer correspond au «fond des Eaux», c’est-à-dire, au sens cosmogonique, au milieu embryogénique dans lequel sont déposés les germes du monde manifesté, germes correspondant, dans l’ordre «macrocosmique», au Brahmânda ou «Œuf du Monde» et, dans l’ordre «microcosmique», au pinda, prototype formel de l’individualité préexistant en mode subtil dès l’origine de la manifestation cyclique, comme constituant une des possibilités qui devront se développer au cours de cette manifestation. Ceci peut également être rapporté au fait que ce même signe du Cancer est le domicile de la Lune, dont la relation avec les Eaux est bien connue, et qui, comme ces Eaux elles-mêmes, représente le principe passif et plastique de la man Nous avons signalé en diverses occasions l’identité du «monde de la formation», ou de Ietsirah suivant la terminologie de la Kabbale hébraïque, avec le domaine de la manifestation subtile.ifestation : la sphère lunaire est proprement le «monde de la formation», ou le domaine de l’élaboration des formes dans l’état subtil, point de départ de l’existence en mode individuel.

Dans le symbole astrologique du Cancer, on voit le germe à l’état de demi-développement qui est précisément l’état subtil; il s’agit donc bien, non pas de l’embryon corporel, mais du prototype formel dont nous venons de parler, et dont l’existence se situe dans le domaine psychique ou «monde intermédiaire». D’ailleurs, sa figure est celle de l’u sanscrit, élément de spirale qui, dans l’akshara ou le monosyllabe sacré Om, constitue le terme intermédiaire entre le point (m), représentant la non-manifestation principielle, et la ligne droite (a), représentant le complet développement de la manifestation dans l’état grossier ou corporel. Il convient de rappeler à ce propos que le point est le principe primordial de toutes les figures géométriques, comme le non-manifesté l’est de tous les états de manifestation, et que, étant informel et «sans dimensions», il est, dans son ordre, l’unité vraie et indivisible, ce qui en fait un symbole naturel de l’Être pur.

De plus, ce germe est ici double, placé dans deux positions inverses l’une de l’autre et représentant par là même deux termes complémentaires : c’est le yang et le yin de la tradition extrême-orientale, où le symbole yin-yang qui les réunit a précisément une forme similaire. Ce symbole, en tant que représentatif des révolutions cycliques, dont les phases sont liées à la prédominance alternative du yang et du yin, est en rapport avec d’autres figures de grande importance au point de vue traditionnel, comme celle du swastika, et aussi celle de la double spirale qui se réfère au symbolisme des deux hémisphères. Ceux-ci, l’un lumineux et l’autre obscur (yang, dans sa signification originelle, est le côté de la lumière, et yin le côté de l’ombre), sont les deux moitiés de l’«Œuf du Monde», assimilées respectivement au Ciel et à la Terre. Ces deux hémisphères étaient figurés chez les Grecs par les coiffures rondes des Dioscures, qui sont les deux moitiés de l’œuf de Léda, c’est-à-dire de l’œuf de cygne, qui, comme aussi l’œuf de serpent, représente l’«Œuf du Monde» (cf. le Hamsa de la tradition hindoue). Ce sont aussi, pour chaque être, et toujours en vertu de l’analogie du «microcosme» avec le «macrocosme», les deux moitiés de l’Androgyne primordial, qui est en général décrit symboliquement comme étant de forme sphérique; cette forme sphérique est celle de l’être complet qui est en virtualité dans le germe originel, et qui doit être reconstitué dans sa plénitude effective au terme du développement cyclique individuel. Voir par exemple le discours que Platon, dans Le Banquet, met dans la bouche d’Aristophane, et dont la plupart des commentaires modernes ont le tort de méconnaître la valeur symbolique pourtant évidente. Nous avons développé les considérations concernant cette forme sphérique dans Le Symbolisme de la Croix (Publié dans V. I., juill. 1931) (René Guénon [1886-1951], Symboles de la science sacrée, 1962 - classiques.uqam.ca).

Le dessin stylisé du signe est ancien (Arcandam, Livre des prédictions d'astrologie, 1563 - books.google.fr).

10 10 1929 : Carnaval

Signe de la Balance

La saint Michel au 29 septembre signe de la Balance.

Le saint Michel à la balance est assurément né d'une image païenne, mais par un intermédiaire connu. Avant d'être adopté par l'art chrétien, il a fait partie du répertoire gnostique, et cela explique, comme pour d'autres thèmes, les réticences initiales de la hiérarchie. Ce sont les gnostiques qui ont eu l'idée de la fusion Mercure-Michel, selon le syncrétisme qui leur était familier. Ce sont eux qui ont eu l'idée d'inscrire le nom de l'archange sur des représentations bien caractérisées de Mercure. Il nous en est parvenu des témoignages, par exemple cette améthyste gnostique que Jacob Spon fit graver en 1678 dans son Voyage d'Italie. Dom Leclercq signale une figurine de bronze trouvée à Carthage, représentant Mercure et portant des inscriptions gnostiques. Sur le bras droit de la statuette on peut lire en caractères grecs le nom de Michael. Alfred Maury décrit une gemme représentant Mercure assis sur un rocher coiffé du pétase ail? et portant le caducée : le nom de Michael est gravé sur la pierre. Winckelmann cite une autre gemme représentant Mercure debout tenant d'une main le caducée et de l'autre une balance. Il a devant lui le cancer, et derrière lui les poissons et le scorpion. Alfred Maury la rapproche d'une pierre gnostique publiée dans l'Atlas de Matter, où l'on voit un génie à quatre ailes tenant de la main (Culte de Saint Michel et pèlerinages au mont, 1971 - books.google.fr).

Comme Mercure a pour mission de conduire les ombres dans le sombre royaume, les Grecs l'identifièrent aisément avec Anubis le gardien des morts, et de là est venu Hermanubis (Hermès-Anubis). Anubis avait primitivement une tête de chacal, et ce n'est qu'ensuite qu'on lui a donné la tête de chien. «Les Égyptiens ne croient pas, dit Plutarque, que Mercure soit proprement un chien, mais seulement qu'il a la nature de cette bête, qui est de garder, d'être vigilant, sage à discerner et juger l'ami ou l'ennemi.» (René Joseph Ménard, La mythologie dans l'art ancien et moderne, 1878 - books.google.fr).

Cf. le fellah à tête ou masque de Milou dans le rêve soporifique de Tintin page 9 des Cigares.

En ce qui concerne l'Egypte, le fait est évident et exprimé tout crûment, pour la fête de l'archange Michel, au 12 Paôni (Ba'unah) selon le texte du Synaxaire : la célébration de saint Michel fut substituée à celle de Saturne, d'après le Synaxaire, et celle de Thot/Hermès, selon d'autres documents, mais quelle que soit la divinité évincée, le principe de substitution est net. Une une autre homélie qui précise que le 12 de chaque mois devait être consacré à l'archange Michel. Cet avis est partagé par un Pseudo-Jean Chrysostome. De fait, c'est le cas dans le Synaxaire Ethiopien; mais en Egypte, la chose n'est pas systématique. Pour le 12 Hathor du moins, la célébration de l'archange est attestée abondamment, si bien qu'elle apparait comme la fête d'hiver de saint Michel, celle du 12 Paôni étant celle d'été. On peut citer, pour la première (car pour la seconde, j'ai déjà cité les témoignages), tous les livres liturgiques : outre le Synaxaire, le Difnâr, les Turûhâts (sorte de chants), le livre de la glorification des saints, le diaconale, (à l'usage du diacre), et l'Ordre de l'Eglise.

L'archange Michel est souvent représenté armé d'un glaive, et tenant, de la main gauche, une balance, qui est censée lui servir dans sa fonction de pesée des âmes lors du jugement après la mort; et cette représentation traditionnelle, en Egypte, a été empruntée par l'Occident; or elle remonte à l'époque pharaonique, car, cette épée était l'apanage du dieu Horus; quant à la balance, elle était l'attribut du dieu Thot, à qui revenait cette fameuse pesée des âmes après la mort; homélie sous le nom de Eusthate de Thrace (personnage inconnu), comme tous les autres livres liturgiques coptes, mentionne cette date de 12 Paôni. Du même personnage nous avons une autre homélie qui précise que le 12 de chaque mois devait être consacré à l'archange Michel. Cet avis est partagé par un Pseudo-Jean Chrysostome. De fait, c'est le cas dans le Synaxaire Ethiopien; mais en Egypte, la chose n'est pas systématique. Pour le 12 Hathor du moins, la célébration de l'archange est attestée abondamment, si bien qu'elle apparait comme la *on pourrait ajouter parmi les emprunts qui changèrent de destinataire, les "galettes offertes à Sérapis", ou à l'époque ancienne, Thot qui recevait une offrande de pain blanc identifiée à l'oeil d'Horus blanc. La forme du pain (ou des galettes) n'est nullement innocente; elle fait référence à un symbolisme solaire bien connut que la fête de saint Michel a conservé Ces attributs, comme les dates, sont autant de confirmations de leur transfert, des divinités pharaoniques, aux saints du christianisme et par delà l'Egypte, du moins pour les attributs, jusqu'en Occident, où ils sont devenus traditionnels (Youhanna Nessim Youssef, De nouveau, La christianisation de dates de fêtes de l'ancienne religion égyptienne, Bulletin de la Société d'archéologie copte, Volumes 30-33, 1991 - books.google.fr).

5 7 1932 : Trentinati

Signe du Cancer

Troentinati ou Trentinati pour la ville de Tronto dont Vital était évêque (Corpus scriptorum ecclesiasticorum Latinorum, 1895 - books.google.fr).

À cette époque, l'Église est encore au milieu d'un long conflit avec l'hérésie d'Eutychès. La rupture avec le patriarcat de Constantinople occupe particulièrement le pontificat de Félix (fr.wikipedia.org - Félix III).

Le pape Felix III voyant donc que les lettres de son prédecesseur n'avoient été d'aucun effet, & qu'patriarche Acace de Constantinople se jouoit de la discipline de l'église, il tint un concile dans l'église de S. Pierre, où il choisit Vital évêque de Tronto dans le Picenum, Misene évêque de Cume en Campanie, & Felix défenseur de l'église Romaine, & les envoya avec cette instruction : Que Pierre Monge fût chassé de l'église d'Alexandrie : qu'Acace répondît au libelle que Jean Talaïa avoit présenté au pape contre lui; & qu'on lui dénonçât de prononcer anathême contre Pierre Monge. Le pape chargea ses légats de deux lettres, l'une à Acace, l'autre à l'empereur Zenon (M. Fleury, Histoire ecclésiasitique, Tome 6, 1750 - books.google.fr).

Les légats sont arrêtés, emprisonnés puis, sous la pression de menaces et de promesses, entrent en communion avec les hérétiques en insérant le nom de Pierre III d'Alexandrie dans la lecture des diptyques sacrés. Lorsque leur trahison est révélée à Rome par Siméon le Stylite, l'un des moines acémétiques, Félix convoque un synode de 77 évêques dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, qui excommunie Acace et les légats pontificaux. Soutenu par l'empereur, Acace ignore l'excommunication, efface le nom du pape des diptyques sacrés et reste à son siège jusqu'à sa mort, qui survient en 489. Son successeur, Fravitas de Constantinople, envoie des messagers à Félix avec l'assurance qu'il n'est pas en communion avec Pierre III d'Alexandrie, mais, le pape, ayant réalisé que c'est un mensonge, le schisme continue. Pierre III entre-temps décède, Euphémius de Constantinople, successeur de Fravitas, tente de revenir en communion avec Rome mais le pape refuse, étant donné que le nouvel évêque n'a pas retiré les noms de ses deux prédécesseurs des diptyques sacrés.

Le schisme dit Acacien va durer jusqu'au règne de l'empereur d'Orient Justin Ier en 519, soit 35 ans[7], du fait de l'obstination du pape et du patriarche : Félix ne fait aucune concession, ni quand Odoacre tente de se rapprocher de Zénon, ni après la mort de Zénon et d'Acace, ni en 491, quand le nouvel empereur monophysite Anastase Ier accède au trône alors que le nouveau patriarche de Constantinople, orthodoxe, essaie vainement de rétablir l'union entre les deux Églises.

Ce premier schisme, dénommé parfois schisme acacien, entre Rome et Constantinople allait durer une trentaine d'années. En effet, le successeur de Zénon, l'empereur Anastase Ier, avait des sympathies pour les monophysites et ne fit que de timides tentatives de rapprochement avec Rome. (fr.wikipedia.org - Félix III).

C'est également Alexandrie qui fut la patrie et le point de départ du docétisme gnostique, comme plus tard le monophysisme, encore du docétisme camouflé trouva dans la théologie alexandrine son origine (F. Loofs) (Bibliographie : "Theophilus von Antiochien Adversus Marcionem" de Friedrich Loofs, Revue d'histoire ecclésiastique, Volume 26, Numéro 1, 1967 - books.google.fr).

Friedrich Loofs (19 June 1858 in Hildesheim – 13 January 1928 in Halle an der Saale) was a German Lutheran theologian and church historian best remembered for his studies involving the history of dogma (en.wikipedia.org - Friedrich Loofs).

La doctrine chrétienne s'est construite à l'origine autour du symbole de Nicée, c'est-à-dire la reconnaissance de la consubstantialité du Père et du Fils, tout comme de la nature humaine du Christ. Le monophysisme d'Eutychès affirme, pour sa part, que le Fils n'a qu'une seule nature et qu'elle est divine. En cela il s'oppose au nestorianisme. Cette approche tente de répondre aux silences de la foi nicéenne quant à la nature de Jésus-Christ.

La doctrine chrétienne s'est construite à l'origine autour du symbole de Nicée, c'est-à-dire la reconnaissance de la consubstantialité du Père et du Fils, tout comme de la nature humaine du Christ. Le monophysisme d'Eutychès affirme, pour sa part, que le Fils n'a qu'une seule nature et qu'elle est divine. En cela il s'oppose au nestorianisme. Cette approche tente de répondre aux silences de la foi nicéenne quant à la nature de Jésus-Christ. Le monophysisme d'Eutychès a été condamné lors du concile de Chalcédoine en 451, tout comme la doctrine opposée, le nestorianisme, l'avait été au concile d'Éphèse en 431. Selon le concile de Chalcédoine, Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme en «une seule personne et deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation».

Sous sa forme miaphysite, le monophysisme est professé aujourd'hui par les Églises des trois conciles (arménienne, syro-jacobite, copte, etc.). D'un point de vue non-confessionnel, il serait préférable d'appeler ces Églises «non-chalcédoniennes» ou «préchalcédoniennes» plutôt que «monophysites».

Les formules s'éloignent cependant de la doctrine d'Eutychès et expriment que le Fils a une nature humaine et une nature divine sans séparation et sans changement et avec une seule volonté, contrairement aux catholiques qui parlent de deux volontés (fr.wikipedia.org - Monophysisme, fr.wikipedia.org - Miaphysisme).

Cf. le symbole du Cancer pour son bipartisme.

Félix III cherchait à réparer le scandale donné par ses légats, à démontrer la justice du jugement porté, et à en assurer l'exécution. Voici la conclusion de cette lettre : Quamvis autem zelum vestræ fidei noverimus, monemus tamen, ut omnes qui catholicæ fidei volunt esse participes, ab illius se communione abstineant, ne, quod absit, simili subjaceant ultioni. L'année suivante, en octobre 485, à la nouvelle de la déposition de Calandion à Antioche et du rétablissement de l'intrus Pierre le Foulon, Félix III tint encore, avec 43 évêques, un synode qui renouvela l'anathème à la fois contre Pierre le Foulon, contre Pierre Monge et contre Acace. Ce dernier est spécialement visé par les foudres conciliaires : on le déclare principal responsable du mal accompli par l'hérésie et le schisme, perturbateur de l'Eglise d'Orient tout entière, retranché du corps ecclésiastique comme un membre gangrené : ...Igitur omnia quæ nobis in timore Dei competunt cogitantes et prævidentes, ne totiens extinctæ Eutychianæ pestis hæreseos, cujus Acacius defensor est et patronus, serpens ut cancer, Christi membra disperderet, eum jam nunc e corpore ecclesiastico, ut partem putridam, anathematisamus, sententia memorata abscissum... Post illam sententiam, quæ in Acacium perturbatorem totius Orientis Ecclesiæ dicta est, his quoque nunc congregatis addicimus litteris, memoratam subdendo sententiam (Sévérien Salaville, L'affaire de l'Hénotique, Échos d'orient (1918), Volumes 19-20, 1971 - books.google.fr).

18 1 1933 : Tintin et Milou

Signe du Capricorne.

On disait que ces signes se regardaient mutuellement. Mais selon cette configuration le Cancer et le Capricorne, situés respectivement sur les lignes des solstices de l'été et de l'hiver, ne pouvaient se voir l'un l'autre. On disait qu'ils étaient aveugles. Or selon Numénius d'Apamée, le Cancer et le Capricorne étaient appelées «les portes du Soleil» et c'est à travers ces portes que les âmes descendaient dans la génération et remontaient après leur vie terrestre. Cet enseignement souligne l'importance de la fonction cosmique et sotériologique de l'Intellect-Foi. Les élus gnostiques avaient la certitude d'être protégés de l'heimarménè au moment de leur entrée dans la génération par la porte du Cancer et celle d'être accueillis par le Soleil de justice lors de leur sortie par la porte du Capricorne en vue d'effectuer leur remontée vers leur racine à travers les sphères célestes (Michel Roberge, Structure de l'univers dans la Paraphrase de Sem (NH VII, 1), Copyists and sponsors of manuscripts in the Coptic church, 2007 - books.google.fr).

Eléments

Eléments liés aux signes issus des dates des momifications des égyptologues :

Terre : Capricorne (Taureau - Vierge)
Air : Balance (Verseau) Gémeaux
Eau : Cancer Scorpion (Poissons)
(fr.wikipedia.org - Zodiaque).

Planche 35 de l'édition 1934 colorisée des Cigares du Pharaon, Moulinsart, 2022