La canonisation de Christrophe Colomb
Antoine-François-Félix Roselly de Lorgues (1805-1898) qui consacra sa vie à promouvoir la canonisation de Christophe Colomb. En 1856, encouragée par Pie IX, Roselly de Lorgues publia à Paris un ouvrage en deux volumes, intitulé Christophe Colomb. Histoire de sa vie et de ses voyages; d’après des documents authentiques tirés d’Espagne et d’Italie, qui connut un succès mondial. Dans cet ouvrage, Roselly de Lorgues avança pour la première fois la thèse de la canonisation de «l’Amiral de l’Océan».
Léon XIII avait pris ouvertement parti en faveur de celui qu'il appelait "le héros très chrétien" lorsque, dans une lettre adressée vers la fin du siècle dernier aux évêques d'Italie, d'Espagne, de France et des deux Amériques - lettre intitulée Colombus noster est - il affirmait catégoriquement que Colomb et son œuvre appartiennent à l'Église, et exprimait en outre - mais à titre purement privé - l'avis que le Génois n'ayant appartenu à aucun diocèse, la difficulté pourrait être tournée dans son cas par un procédé exceptionnel, en s'en remettant à l'autorité même du souverain pontife (dans l’encyclique Quarto Abeunte Saeculo, publiée le 16 juillet 1892, à l’occasion du IVe centenaire de la découverte de l’Amérique).

Roselly de Lorgues - www.alamyimages.fr
La requête de la cause de canonisation, le 31 janvier 1893,vit l’adhésion de 904 prélats. Aux 264 évêques italiens, 96 français, 64 espagnols, 27 des États-Unis d’Amérique, 19 du Mexique, 7 du Portugal, s’ajoutaient de nombreux autres évêques et archevêques du monde entier, dont 42 cardinaux.
Certains soutiennent qu’il y a des points obscurs dans la vie de Colomb, comme un second mariage illégitime, mais en 1938, le père Francesco Maria Paolini, postulateur général de l’ordre franciscain, publia un livre intitulé Cristoforo Colombo nella sua vita morale (“Christophe Colomb dans sa vie morale”), dans lequel il présentait douze arguments pour démontrer la légitimité de la seconde union de Colomb avec Béatrice Enriquez de Cordoue. Le cardinal Eugenio Pacelli, secrétaire d’État, dans une lettre datée du 9 septembre 1938, communiqua à l’auteur les félicitations de Pie XI pour «une œuvre qui jette de splendides rayons de lumière sur la figure du Découvreur du Nouveau Monde, laquelle n’émerge pas moins magnifique et puissante dans l’histoire ecclésiastique que dans l’histoire civile».
Une nouvelle demande de béatification de Colomb fut avancée en 1941 à Pie XII par plusieurs évêques américains. Cependant, ni Pie XII ni l’Ordre franciscain ne donnèrent suite à la cause de béatification et après le Concile Vatican II, une campagne de dénigrement commença, y compris au sein du monde catholique, qui atteignit son point culminant en 1992, à l’occasion du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique, lorsque Christophe Colomb fut présenté comme un conquérant avide, sanguinaire et colonialiste
En 1952, le père Scipioni, a pris en main la cause du célèbre "découvreur".
Le Pape François, paraît-il, a surtout envie de faire béatifier Christoph Collomb, que Pie IX dans les années 1850 voulut faire béatifier, lui le premier pape qui traversa l’Océan pour visiter l’Amérique, avant de s’asseoir sur la chaire de Saint-Pierre. Auteur de livres sur Christophe Colomb, le comte Rosely de Lorgues devint le postulateur de la Béatification du Christophe, et alla même présenter à Léon XIII un album de pétitions contenant 170 signatures épiscopales, sollicitant du chef de l’Eglise, l’introduction exceptionali ordine de la cause de ce grand Serviteur de Dieu. Et c’est Léon Bloy qui reprendra le flambeau, argumentant comment Christoph Colomb avait su éviter le Diable en priant Dieu. La canonisation échoua cependant, car des grossiers apportèrent des preuves de la vie dissolue de Christophe longtemps après incarné au cinéma par Gérard Depardieu (www.critique-livre.fr, Angel Maraud, CHRISTOPHE COLOMB SERA-T-1L BÉATIFIÉ ? 20 septembre 1952 - www.lemonde.fr, Église catholique : «Christophe Colomb est nôtre», 2020 - www.correspondanceeuropeenne.eu).
C'est une chaîne secrète - aussi secrète que les relations tues qui unissent Claudel à son aîné Léon Bloy qu'il admirait -, qui lie nos deux auteurs, l'un derrière l'autre, au destin de Christophe Colomb. Bloy, entraîné par Barbey et ému par l'idée d'une béatification du Découvreur de l'Amérique, a lu et admiré l'ouvrage du Postulateur de la Cause.
"Vagissement d'un enfant perdu de la Sainte Mère Eglise", ce premier livre de Léon Bloy intitulé Le Révélateur du Globe, Christophe Colomb et sa béatification future et orné d'une préface de Barbey d'Aurevilly, résulte de la recomposition d'articles antérieurs en un triptyque, un "exposé historique de la Cause" et une présentation polémique des "obstacles" qui lui sont opposés encadrant une sorte de poème hagiographique où Bloy célèbre l'unicité providentielle de Christophe Colomb.
Bloy manque rarement d'évoquer Christophe Colomb lorsque l'Église célèbre la mémoire de saint Christophe le 25 juillet, ou de saluer, le 20 mai, l'"anniversaire de la mort de saint Christophe Colomb"; [...] la méditation sur Christophe Colomb accompagne ainsi Léon Bloy toute sa vie - preuve de la profondeur intérieure et spirituelle de son engagement dans ce qui à ses yeux était infiniment plus qu'une cause politique.
Le texte de Claudel, Livre de Christophe Colomb, est une "commande" qui vient féconder une "idée" peut-être ancienne. Claudel l'écrit très rapidement - entre le 23 juillet et le 9 août 1927 -, au retour du Japon et sur le point de repartir pour l'Amérique, dans ce château de Brangues qu'il vient d'acheter : comme si cet enracinement tout neuf et précaire favorisait l'envol de la rêverie, le regard sur le "Cipango" aimé et perdu, dont le souvenir nourrira les audaces techniques de la pièce, se superposant à l’élan vers le pays neuf que Claudel va redécouvrir; le manuscrit sera recopié, fin août, sur le paquebot traversant l'Atlantique... D'ailleurs, Christophe Colomb dont la Providence lui fait ainsi suivre la trace a déjà fait des apparitions dans son œuvre, et l'on a montré combien Rodrigue lui était redevable (Le Soulier de satin, 1929). Par la suite, à part quelques occurrences dans ses commentaires bibliques - nous évoquerons les plus significatives -, le personnage n'apparaît plus que dans les nombreuses et fort intéressantes présentations que Claudel fait de son texte lors de ses diverses mises en scène.
"Tes yeux sont comme les yeux des colombes", dit le bien-aimé du Cantique. Et qui donc a été plus semblable que Christophe Colomb à cette figure biblique de la méditation gémissante et inépuisablement miséricordieuse ?" (Bloy, Le révélateur du globe, I, 108) : il y a ici collision de la douceur aimante du Cantique (Cant. 1, 15 et 4, 1), de la désolation d'Isaïe (Is. 38, 14 : "meditabor ut columba" ; 59, 11 : "quasi columbae meditantes gememus"), et de la miséricorde de l'Esprit, telle que l'évoque l'Apôtre (Rom. 8, 26 : "gemitibus inenarrabilibus postulat pro nobis Spiritus" - avec en surimpression, le "Spiritus sicut columba" de Luc 3, 22); belle configuration biblique, pour désigner la psychologie surnaturelle du Grand Amiral.
Il en va de même chez Claudel, à cette différence près, qu'il associe beaucoup plus volontiers que Bloy aux références bibliques un tissu de souvenirs empruntés à la culture extra-scripturaire (Dominique Millet-Gérard, Le spectacle d’une âme “Configuration” mystique de Christophe Colomb chez Léon Bloy et Paul Claudel. Christophe Colomb et la découverte de l’Amérique, 1994 - books.openedition.org).
A quoi bon des preuves, surtout quand il est impossible de s'en procurer ? l'accusation s'en dispense. A force de se reproduire et d'être répétée, elle s'intitule une tradition; et cette autorité suffit aux bibliographes. D'ailleurs M. d'Avezac ne peut renoncer à la «liaison galante». Il en a besoin absolument pour expliquer la constance de Colomb, son séjour prolongé en Espagne, malgré des refus et des ajournements interminables. Après avoir détruit sa chasteté, sa force d'âme, il lui enlève son courage, son dévouement. Il le décharge d'une douzaine d'années. Il le rajeunit à dessein, afin qu'au lieu de s'être mis en mer à soixante-six ans, par zèle religieux, Colomb ait entrepris ce dernier voyage dans la plénitude de sa vigueur physique, ce qui n'aurait plus rien d'étonnant ni de méritoire. Et l'on appelle cela écrire «l'histoire véritable !» (Roselly de Lorgues, L'Ambassadeur de Dieu et le Pape Pie IX, 1874 - books.google.fr).
Seul, pauvre, dans son immense et incompréhensible humilité, Christophe Colomb est pour Bloy le Samaritain de l'Évangile . Au fond , pour Léon Bloy et Christophe Colomb, nous pouvons dire la même chose, face à leur solitude : Christophe Colomb [Léon Bloy] ne serait sans doute pas aussi sublime si on ne l'avait pas tant renié. Autour d'un front de martyr, il n'y a rien d'aussi beau que le nimbe d'une obscurité assez profonde pour que Dieu seul ait le pouvoir de la dissiper. Ce moment est enfin venu pour Christophe Colomb. Le comte Roselly de Lorgues a fait pour lui ce que ce grand homme a fait pour la moitié de la terre. Il nous l'a découvert. N'eût-il fait que cela, c'est assez pour ne pas mourir.
Derrière leur solitude se cache celle de l'homme de notre époque (et de tous les temps), partant vers le mystère parmi les plus grands dangers. La solitude de Bloy-Christophe Colomb est celle de la solidarité des âmes. À la fin de sa vie, Bloy-Christophe Colomb écrit, en parlant des rapports entre les vivants et l'âme du Purgatoire : Mais regarde... il y a entre nous et toi le grand Chaos de la Mort. Tu nous es devenu inimaginable et participant de la Solitude inimaginable. Nous ne pouvons que tordre nos cœurs en priant pour toi. Si tu n'as pas été absolument un disciple, si tu n'as pas tout vendu et tout quitté, nous savons que tu es là où mille ans sont comme un jour et qu'un unique regard des Yeux de ton Juge peut avoir la rapidité de la foudre ou l'inexprimable durée de tous les siècles. Car nous ne devinons rien, sinon que tu es inconcevablement seul et que si l'un de nous pouvait aller jusqu'à toi, il ne parviendrait pas à te reconnaître. Mais cela encore, il nous est impossible de le comprendre. C'est une prière de ce type que probablement Christophe Colomb a adressée à Dieu pendant les derniers jours de sa vie sur cette terre (Giovanni Dotoli, Autobiographie de la douleur, Léon Bloy, écrivain et critique, 1998 - books.google.fr).
Armes des Roselly : d'azur à un cœur percé d'une flèche, le tout d'or, au chef d'argent chargé de trois roses de gueules - Devise : Vulnerasti cor meum, ros cæli (ou caelli) (Rosée du ciel , tu as blessé mon cœur)
Le roi René que l'ancêtre de Roselly accompagna dans ses mésaventures napolitaines, changea la devise sa famille qui n'avait que ces deux mots Cor mundum, en celle-ci : Vulnerasti cor meum Ros Coelli pour témoigner la part qu'il prenait aux afflictions de son fidèle serviteur (gillesdubois.blogspot.com).
Cantique 4,9 : Vulnerasti cor meum, foror mea sponsa, vulnerasti cor meum in uno oculorum tuorum, & in uno crine colli tui. (Vous m'avez gagné le cœur, mon Epouse, vous m'avez gagné le cœur par la beauté de l'un de vos yeux, & par l'agrément d'un des colliers qui parent vostre col).
Vous m'avez gagné le cœur, mon Epouse, vous m'avez gagné le cœur par la beauté de l'un de vos yeux : Le Fils de Dieu charmé de la beauté de cette Epouse qu'il a retirée des ténébres de l'infidélité & du froid de l'insensibilité; pour exprimer l'amour dont il est transporté, dit qu'elle luy a gagné, qu'elle luy a enlevé, ou, comme il y a dans nostre Vulgate latine, qu'elle luy a blessé le cœur : & pour marquer plus particulièrement ce qui luy donne tant d'amour, ce qu'il admire, & ce qu'il chérit si fort en elle, il dit que c'est la beauté de l'un de ses deux yeux, & l'agrément de l'un de ses colliers.
Toutes les vertus chrestiennes sont autant de colliers qui parent le col de l'Epouse, parce qu'elles appartiennent toutes à cet aimable joug que Jesus CHRIST nous impose dans l'Evangile, non pas pour nous accabler comme les Juifs, mais plustost pour nous soulager & nous faire trouver le repos de nos ames, comme il s'en explique en propres termes
Cantique 4,1 : Quam pulchra es, amica mea quam pulchra es ! Oculi tui columbarum, absque eo quod intrinfecus latet. Capilli tui sicut greges caprarum, quæ ascenderunt de monte Galaad. (Que vous estes belle, ma bien aimée ! que vous estes belle ! vous avez des yeux de colombe, fans parler de vostre chevelure. En effet vos cheveux sont comme un troupeau de chevres qui paroissent sur la montagne de Galaad).
Que vous estes belle, ma bien-aimée! que vous estes belle ! Vous avez des yeux de colombe, sans parler de vostre chevelure.
Il n'est pas besoin d'avertir que c'est l'Epoux qui parle avec admiration de la beauté de sa bien-aimée. Cela est clair. Il n'est pas nécessaire non-plus d'expliquer icy ce que signifient ces yeux de colombe. Cela a déja esté dit ailleurs. Comme les yeux font les parties qui contribuënt le plus à la beauté d'un visage, aussi les yeux spirituels avec lesquels on contemple la vérité éternelle, font la principale beauté d'une ame Chrestienne (Michel Bourdaille, Explication du Cantique des cantiques: tirée des Saints Pères et des autheurs ecclésiastiques, 1689 - books.google.fr).
Vierges fidèles, chastes épouses de Jésus, vous fûtes belles aux yeux du Seigneur, mais celle-ci fut la plus belle entre toutes les femmes, pulcherrima inter mulieres; la bien-aimée entre toutes les vierges, amica mea inter filias; celle-ci fut sa très chère, son unique et sa colombe, charissima... una est columba mea; son épouse par excellence, celle qui a blessé son cœur, vulnerasti cor meum mea sponsa. (C. des Cant.)
Martyrs et confesseurs, vous souffrites une fois la mort pour l'amour de Jésus, et à celle-ci plus que martyre, l'amour de Jésus lui fit endurer mille morts. Et celle-ci... ah! celle-ci qui était sa mère, celle-ci qui l'aimait d'un incomparable amour, des glaives déchirants vinrent transpercer son cœur durant plus de trente années de dénuements, de persécutions, d'ignominies et de cruelles angoisses dont la dernière fit passer sous ses yeux tout le sang même de son fils.
Quæ est ista ? quelle est celle-ci ?
C'est Marie... Marie le lys immaculé de la terre,
La rose mystique de la loi nouvelle,
Le jardin céleste qui n'a été ouvert qu'à Dieu seul,
La fleur par excellence de la plus profonde humilité,
L'autel d'or sur lequel s'est consumé le plus pur amour,
La lyre sacrée qui a fait résonner les plus belles hymnes au Seigneur,
Le vase d'or qui a contenu les parfums les plus suaves,
La terre bénie qui a porté le plus pur froment des élus,
La table sur laquelle ont été gravés les plus beaux caractères de la loi de Dieu,
Marie... le prodige de la nature et de la grace, le tabernacle vivant du Verbe fait chair, le saint des saints du Pontife éternel.
Marie... la plus parfaite image de Jésus, celle qui a pénétré le plus avant dans toutes les profondeurs des vertus évangéliques, et qui a renfermé dans son cœur plus
de trésors d'amour, plus de sacrifices et d'immolations, plus de vertus et plus de mérites que tous les élus et les anges
(L'Etoile du matin : tablettes pieuses de la jeunesse, 1845 - books.google.fr).
Selon une exégèse chrétienne, le Cantique des cantiques est une allégorie de la relation d'amour qu'entretiennent le Christ et son Église (ou entre le Christ et l'âme humaine), relation qui est de nombreuses fois célébrée ou illustrée dans le Nouveau Testament, principalement dans les écrits de Paul, mais aussi dans certaines paraboles de Jésus lui-même selon les Évangiles. Cependant, cette interprétation allégorique est fragilisée par les images érotiques qui émaillent le texte. De plus, la relation d'amour entre Jésus et son Église n'est jamais décrite d'une telle manière : bien que, de manière assez surprenante, le terme grec utilisé par les Septante pour dire l'Amour dans le Cantique soit l'agapè, il apparaît que cet agapè est plus proche de l'éros platonicien que de l'amour chrétien traditionnel (paulinien). Enfin, quand bien même le Nouveau Testament rapproche l'image de la bien-aimée et du bien-aimé de celle du Christ et de l'Église, jamais les auteurs du Nouveau Testament ne prennent le Cantique des cantiques comme modèle. À cet égard, l'exégète Xavier Léon-Dufour note toutefois que la quête aimante de Jésus par Marie de Magdala en Jean 20, 11-16 renvoie au Cantique des cantiques 3,1-4. En Jean 20, 16, Marie dit à Jésus «Rabbouni», traduit par «maître» dans l'évangile mais qui est en réalité un diminutif de «Rabbi» («mon maître»), ce qui pourrait constituer une nuance d'affection ou de familiarité (fr.wikipedia.org - Cantique des cantiques, nonagones.info - Tintin - Album - Les Bijoux de la Castafiore).
Dans les Bijoux, Colomb est cité explicitement deux fois : page 33 par Haddock "Pauvres Amerloques !... Ils étaient si tranquilles avant Christophe Colomb !..." et page 48 par Tournesol : "Au contraire, mais c'est comme l'oeuf de Colomb !...". L'oeuf de Colomb est peut-être une allusion de la page 44 du Sceptre, le navigateur étant cité par les Dupondt alors que Tintin clame "eurêka" devant le magasin de jouets.
Christophe Colomb impressionnait Hergé, qui le cite cinq fois (un record !) dans Les Aventures de Tintin et Milou. [...] Il connaissait parfaitement sa vie. Il lui a emprunté l'histoire de l'éclipse qui sert de dénouement au Temple (Yves Horeau, Tintin, Haddock et les bateaux, 1999 - books.google.fr).
Chantons dans le Var
Alice Joséphine Pons, dite Lily Pons, née le 12 avril 1898 à Draguignan, morte le 13 février 1976 à Dallas et inhumée à Cannes, cimetière du Grand Jas, est une cantatrice soprano française, naturalisée américaine en 1941. Elle a été très appréciée dans les années 1930, popularisée grâce à sa voix angélique de soprano colorature.
Née au 11 Grande Rue à Draguignan, Alice-Joséphine Pons est la fille de Léonard Louis Auguste Antoine Pons, un imprimeur de 22 ans né dans la même ville (qui participe en 1907 au rallye automobile Pékin-Paris), et de Marie Pétronille Naso, une couturière de 23 ans originaire de Saluces en Italie. La famille s'installe en 1904 à Cannes (fr.wikipedia.org - Lily Pons).
Georges Thill est un ténor français, né le 14 décembre 1897 à Paris et mort le 15 octobre 1984 à Draguignan dans le Var. Formé auprès de Fernando De Lucia, il décide, au début de 1924, d'entrer à l'Opéra de Paris (alors dirigé par Jacques Rouché) plutôt qu'à La Scala de Milan; ce qui aurait été la suite logique de ses études du chant italien et conforme aux vœux de son maître. Cette décision marque la singularité de sa carrière, car il devient, par la suite, le spécialiste incontesté de l'opéra français (qui touche alors à la fin de son âge d'or) et, à travers le monde entier, l'un de ses interprètes emblématiques. Il parvient par ses qualités uniques à s'imposer peu à peu dans ce temple lyrique où règne pourtant le grand ténor parisien Paul Franz, qui ne devait quitter l'établissement qu'en 1938. Il fait ses adieux à la scène en 1953 à l'Opéra comique, dans Paillasse et, en concert, au Théâtre du Chatelet en 1956. Il se retire à Lorgues dans le Var (fr.wikipedia.org - Georges Thill).
En 1966, le destin le frappe cruellement. Alors qu'il a planté son chevalet de peintre à la Pointe du Raz, lui parvient la nouvelle du décès subit de sa femme, terrassée par une crise cardiaque, à son domicile de Port-Marly. Ironie du sort, Georges Thill apprend son infortune devant la baie des Trépassés ! La résidence de Port-Marly étant devenue brusquement trop grande pour lui, l'artiste achète un appartement près du Bois de Boulogne, où il vit entouré de l'affection des nombreux amis qu'il compte à Paris. En 1972, outre un vase de Sèvres de l'O.R.T.F. et l'Orphée d'Or des «Grandes voix humaines», le ténor reçoit le Grand Prix National du Disque lyrique à l'occasion de la réédition en plusieurs microsillons trente centimètres de ses plus célèbres enregistrements dans la série «Les voix illustres». L'année suivante, Henri Jacqueton, réalisateur à la Radio, lui consacre onze de ses «Grandes voix humaines», du 4 janvier au 12 avril. Ces émissions sont couronnées au Théâtre 102 de l'O.R.T.F., le 16 avril, par un hommage public à Georges Thill, en sa présence, avec des illustrations sonores, des projections de photos et des extraits de films. Mais, très rapidement, Georges Thill se lasse de la grisaille et de la vie devenue trop trépidante de la capitale. Réalisant un rêve de jeunesse, il fait alors l'acquisition d'un mas dans le Midi de la France. Georges Thill a eu le coup de foudre pour une bâtisse blanche plantée au milieu des oliviers et des vignes, avec son verger et son champ de blé, et surtout son calme virgilien. Il s'y installe en 1975 avec sa nouvelle compagne, la dévouée et attentionnée Sophie, une admiratrice de toujours et y reçoit de nombreux artistes lyriques retirés, comme lui, dans le Midi : André Burdino, Henri Médus... (André Segond, Georges Thill, ou, L'âge d'or de l'opéra, 1980 - books.google.fr).
Of the 63 total Met performances of Lakmé, Lily Pons appeared in 50. She first sang Lakmé at the Met on February 19, 1932, with the great Georges Thill as Gérald, a British army officer and Lakmé’s beloved (immortalperformances.org).



A gauche : Lily Pons dans Lakmé, www.taminoautographs.com - Au centre : Lakmé au Metropolitan de New York, 1932, www.album-online.com - A droite : Georges Thill, ténor français, comme Gerald à Lakme de Léo Delibes, www.bridgemanimages.com
Lakmé est un opéra en trois actes de Léo Delibes. L'histoire se déroule à la fin du XIXe siècle sous la domination britannique en Inde. Lakmé, fille de Nilakantha, un brahmane, chante une prière à la blanche Dourga accompagnée par une harpe et par les voix des Hindous dans le temple («Blanche Dourga»), où un bijou est oublié. En visite, un officier anglais Gérald le trouve et en fait le dessin. Alors que Lakmé revient, il se cache et tombe amoureux. Ils subiront l'hostilité de la famille, Géralmd sera blessé mais Lakmé s'empoisonne (fr.wikipedia.org - Lakmé).
Une autre histoire de Pocahontas.
Pârvatí, ou Dourga est considérée comme fille d'Himála, souverain des montagnes neigeuses (Édouard Lancereau, Pantchatantra : recueil d'apologues et de contes, 1871 - books.google.fr).

La déesse Dourga - fr.pinterest.com
Cela renvoie au Tibet.
Le purgatoire de Lorgues
Les piliers et les voûtes de Notre-Dame de Benva sont couverts de fresques vraisemblablement exécutées au début des années 1510. Elles constituent l'un des seuls exemples de représentations médiévales du Purgatoire en Provence. La scène de Purgatoire recouvre le haut du mur de la porte. Les anges de celle-ci présentent la particularité d'offrir des rafraîchissements aux âmes emprisonnées. De chaque côté de la porte sont figurés saint Eloi, saint Sébastien et saint Jacques le Majeur. Les fresques du mur côté ouest représentent le Paradis avec saint Pierre, surmontant sept vertus, la dernière détruite par une niche creusée dans le mur. Ces vertus devaient répondre aux péchés du mur en face, presque totalement effacées, ainsi que la majeure partie du jugement et de l'Enfer, seul subsistant saint Michel terrassant le démon (fr.wikipedia.org - Chapelle Notre-Dame de Benva).

Purgatoire de la chapelle Ben Va à Lorgues - www.tripadvisor.com
Au dessus de la porte, face à l'autel, voici le Purgatoire, grande caisse carrée dont les parois latérales grillées laissent apercevoir des visages entassés; de l'ouverture supérieure, libre, émergent, parmi d'autres visages deux patients nus, vus à mi-corps. De chaque côté, deux anges aux grandes ailes, aux cheveux bouclés, vêtus de longues robes blanches, serrées à la taille et ornées de broderies au cou, aux poignets et sur la poitrine, apportent aux malheureux le rafraîchissement des prières des vivants dans des aiguières de forme élégante et ciselées. En dessous, et de chaque côté de l'entrée, St Eloi, St Jacques et St Sébastien (Louis Henseling, Sites et villages au long des rives de l'Argens, Quelques montagnes, 1934 - books.google.fr).
Benva, à Lorgues, Var, montre «un petit cachot grillagé, mais sans toit, ce qui permet par un effet de perspective d'apprécier l'entassement des corps nus des pénitents qui le peuplent. Quelques-uns d'entre eux semblent porter un scapulaire, élément que nous verrions ici pour la première fois associé au purgatoire. Les âmes n'ont pas l'air malheureuses : elles regardent vers le ciel ou vers l'ange qui leur apporte de l'eau et des petits pains. Lieu de délices, de tortures, ou point neutre entre souffrances et joie, le purgatoire apparaît ici dans son ambiguïté. On en sort : un escalier fort raide, peint sur le mur ouest de la nef au contact de cette scène est lestement gravi par de petites âmes aux fesses pointues, qui pénètrent ainsi dans la Jérusalem céleste où des anges les vêtent. En contrepoint symétrique de l'enfer et des vices, la Jérusalem céleste évoque, là encore, dans la tradition de la fresque alpine, la galerie des vertus. Mieux encore sans doute que le tableau du couronnement de la Vierge, les fresques de Benva, conçues dans leur ensemble, témoignent, par référence au flux des jugements derniers de la fresque alpine, d'un tournant de sensibilité et de mentalité collective. Peut-être nous pardonnera-t-on, en abusive généralisation à partir de deux cas, d'essayer de regrouper ce qui nous paraît être l'originalité de cette première vision du purgatoire dans le Midi. Dans l'un comme dans l'autre cas, le purgatoire dont l'image se cherche, n'est pas traité pour lui-même, mais reste intégré dans une vision globale de l'univers et du salut qui pour la première fois lui fait place : différence importante avec l'iconographie post-tridentine que nous allons aborder. Dans les deux cas également, il nous semble important de noter que ce n'est pas sur les autels d'églises paroissiales que le thème nouveau se trouve : commande particulière d'une part, chapelle de terroir de l'autre, les églises du Midi n'ont pas encore adopté véritablement une nouveauté, dont la diffusion est l'affaire du siècle suivant (Gaby Vovelle, Michel Vovelle, Vision de la mort et de l'au-delà en Provence, d'après les autels des âmes du purgatoire, XVe-XXe siècles, 1970 - books.google.fr).
On remarque que les grilles du cube sont des grilles de 25 espaces entre les barreaux et les côtés des ouvertures. Comme le carré magique de Mars qui est de la forme du carré SATOR.
Au dernier chant du Purgatoire, le poète est sous le coup de la vision de la procession fantastique et des métamorphoses du Char de l'Eglise survenues au chant XXXII. Il a encore en mémoire le regard que lui adresse la puttana, allégorie de l'Eglise corrompue, et l'image du géant qui la fouette pour la punir : Ma perché l'occhio cupido e vagante a me rivolse, quel feroce drudo la flagellò dal capo infin le piante. Dante est abasourdi et Béatrice le secoue de sa torpeur : Voglio che tu omai ti disviluppe sì che non parli più com' om che sogna. C'est alors qu'il reçoit de Béatrice l'annonce d'un mystérieux sauveur de l'Eglise chancelante, le cinquecento diece e cinque (le 515, ou DVX) (L. De Poli, De la mélancolie à la jubilation où les limites de la mémoire dans la Commedia, Chroniques italiennes, Numéros 55-57, 1998 - books.google.fr).
Une explication "séduisante" est donnée par Louis Phiplippe May (Dante et la mystique des nombres, Paris, La quadrature du cercle, 1968). 515 serait le nombre associé à une personne par le jeu des lettres la désignant, ces lettres composant le fameux carré magique d'origine pythagoricienne : SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS Cet arrangement de lettres recouvre un carré magique numérique, soit les lettres du mot grec PARTHENOS qui signifie Vierge. La somme des nom bres représentés par les lettres grecques composant ce mot est égale à 515. Et Louis Philippe May commente ainsi son interprétation : Ainsi, 515 est le nombre de la Vierge, qui était Pallas Athénée pour les Grecs et Minerve pour les Latins, qui est Marie pous les Chrétiens. Et c'est bien sous cette double égide que se déroule tout le poème de la Divine Comédie. Dante associe en effet les mythes païens, les divinités de l'Olympe, les héros et les sages de l'Antiquité à leurs homologues chrétiens. Minerve est la déesse de la Connaissance et de l'organisation rationnelle de la Sagesse. C'est avec l'assentiment de la Vierge Marie que Béatrice délègue Virgile pour guider Dante, dans la Lumière de la grâce illuminante (Robert Bonnell, Dante le grand initié : un message pour les temps futurs, 2002 - books.google.fr).
La lecture pythagoricienne du carré SATOR donnant sur deux diagonales se croisant PARTHENOS (THEA) est faite en 1957 par May et Boris (Mélanges de l'Université Saint-Joseph, 1957 - books.google.fr).
Mois de mai mois de Marie
Bianca Castafiore détient le record d'évocation de la "Madonna" : 1 fois dans "Coke en stock", 5 fois dans "Les bijoux de la Castafiore" et 1 fois dans "Tintin et les Picaros" !… (Doryphore, Devinette : dans quel album... ?, 14 juin 2019 - www.forum-tintinophile.com).
Le yacht de Gorgonzola (Rastapapoulos), la Castafiora s'exclame "Madonna !".
"Madonna ! que vous est-il arrivé ?" page 8, case 11
"Ah ! Madonna !... Madonna !..." page 15, case 1
"Madonna !... Le voilà endormi !... Et à l'ombre, encroe boen !..." page 22, case 12
"Madonna !... Mais c'est Coco qui s'est détaché de son perchoir !..." page 34, case 7
"Mais... Madonna !... J'y pense... Mais oui !..." page 39, case 5
LA SAINTE VIERGE PORTE SECOURS AUX AMES DU PURGATOIRE.
Marie, écrit saint Bernardin de Sienne, a une souveraine autorité dans le royaume du purgatoire : Beata Virgo in regno purgatorii dominium habet (Serm. 3, de Nom. Mar. 3, art. 3, c. 3). Au Cantique des cantiques, Marie est comparée à la lune: Pulchra ut bung. (Cant. VI, 9.) Quelle est cette signification, M. F., sinon qu'elle est l'astre consolant des âmes qui habitent la nuit du purgatoire. Innocent III s'écrie: «Vous êtes, ô Marie, notre lune dans la nuit, notre aurore le matin, notre soleil en plein jour» : Luna nostra in nocte, aurora in diluculo, sol in die. (Serm. 2, de Assumpt.) C'est-à-dire vous êtes notre lune dans la nuit du purgatoire, notre aurore, au jour de notre délivrance, notre soleil dans les splendeurs du ciel (Martin Chaffrey, Mois de Marie des prédicateurs, Tome 2, 1874 - books.google.fr).
Calendrier des Bijoux
L'aventure se déroule sur les mois de mai et de juin. La Castafiore arrive le 16 mai et s'en va le 2 juin. La page 62 se déroule le 24 juin.
16 mai : arrivée de la Castafiore
16 mai : fêtes de Jean Népomucène, en Bohème (XIVe siècle); Simon Stock, instituteur du rosaire (XIIe); Rose, évêque; (Louis Debussi, Nouveau mois de Marie ou suite de lectures touchantes sur les mystères de la vie de la Très Sainte Vierge, 1877 - books.google.fr).
Fête surtout de Thiébaut ou Ubald (Ubaldo) dont un pouce, retiré du saint mort, se retrouve à Thann dans le Bas-Thin (nonagones.info - Tintin - Album - Les Bijoux de la Castafiore).
17 et 18 mai
Le lendemain de l'arrivée de la Castafiore, soit le 17 mai, c'est la Saint Tropez, patron de la cité éponyme du Var. C'est le jour de l'annonce téléphonique de la venue des journalistes de Paris Flash à Moulinsart, le jour suivant (pages 22-24). Pages 23-24, Igor Wagner passe ses ordres de pari sur les courses dans une cabine téléphonique. Il y nomme Sarah, une pouliche, dont la fête de la patronne, femme d'Abraham, est le 19 mai.
Le duo Philippe de Baleine et Willy Rizzo a inspiré les personnages de Walter Rizotto et Jean-Loup de la Batellerie (fr.wikipedia.org - Paris Match).
Saint Tropez est un lieu de reportage et les articles de presse se succèdent : le magazine Paris Match entre 1958 et 1971 publie plus d'une vingtaine de sujets qui couvrent soit l'anniversaire de Brigitte Bardot soit les séjours de Jeanne Moreau, Sophia Loren, Raquel Welch, l'Aga Khan, Alain Delon, Daryl Zanuck ... Tout cela contribue à créer une publicité tapageuse qui favorise l'arrivée de nombreuses personnes qui dans un premier temps veulent voir Brigitte Bardot, et dans un second temps, le port, estimant avoir fait le tour de la question. Le port prend alors des allures de scène, où chacun s'improvise acteur ou spectateur. Il ne faut pas oublier que depuis le mois de juin 1956, le gouvernement a pris des mesures en vue d'allonger les congés payés, portés désormais à trois semaines. L'amélioration générale des conditions de vie et de travail (semaine écourtée) amène une amplification du flot des estivants. Les artistes s'éprennent également du port de pêche : Boris Vian, Don Diaz, Mouloudji, Gélin, Jacques Douai, ainsi que les intellectuels : Paul Vialar, Eluard, Clavé, Françoise Sagan, Bernard et Anabel Buffet, Jacques Laurent... transformant Saint Tropez en une succursale de Saint Germain des Prés. Puis le cinéma entraîne de la même façon de grandes actrices telles que Michèle Morgan et Elsa Martinelli et de réalisateurs connus comme Otto Préminger et Gérard Oury. Il est devenu le rendez-vous annuel de tout ce que Paris et surtout Montparnasse comptent de célébrités. Plusieurs metteurs en scène monopolisent le territoire et plantent leurs caméras dans les rues du village. En mai 1964, l'équipe de Jean Girault avec Louis de Funès et Michel Galabru filme Le gendarme de Saint Tropez qui réalisera la plus importante recette de l'année, succès qui sera suivi de deux autres réalisations "Le gendarme se marie" et un an plus tard "Le gendarme en ballade" (Jocelyne Dorme, Saint-Tropez, "fille de la mer", 1990 - books.google.fr).
Le prologue du Gendarme est en noir et blanc, son arrivée à Saint Tropez marque le passage du film en couleurs (Vincent Thabourey, La Côte d'Azur mise en scènes, 2024 - books.google.fr).
Twist à Saint-Tropez est une chanson française de twist du groupe Les Chats sauvages. Interprétée par Dick Rivers (chanteur du groupe), elle est l'un des premiers et plus grand succès de la formation. La chanson est enregistrée chez Pathé-Marconi pour leur premier album 33 tours Est-ce que tu le sais de 1961, et extrait en super 45 tours Pathé EA 569 en avril 1962 (fr.wikipedia.org - Twist à Saint-Tropez).
Le 18 mai on fête Marguerite de la Ramée, abbaye fondée vers 1215 par Héluide, abbesse de Nivelles, était située à Jauchelette (commune de Jodoigne), en Belgique, dans le Brabant wallon
La Bse. Marguerite mourut au couvent de la Ramée à 11 ans, et la B. Ide de Nivelles eut la révélation de sa gloire. Boll. (M. Wilmet, Calendrier historique des saints personnages de la Belgique, 1877 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Abbaye de la Ramée).
21 et 22 mai : "trois jours plus tard"
Les Dupondt apparaissent à la page 28 de l'album soit le 21 mai.
Ici Dupond avec d et Dupont avec t... Nos meilleurs Boeux de euh nos beilleurs moeux de... Enfin, en un mot, toutes nos félicitations... ? Jean-Paul Meyer, Étude d’un corpus particulier de perturbation langagière : Les lapsus de Dupond et Dupont dans les “Aventures de Tintin (Hergé)”, 2017 - hal.science).
Plutôt vache : "Boeux" et Meuh ("moeux").
LES GÉMEAUX : Le soleil entre dans ce signe le 21 mai. Cette constellation est visible de mai en novembre On y remarque deux étoiles de 1re grandeur : Castor qui s'éloigne de nous avec une vitesse de 355 milles lieues par an et Pollux qui s'en rapproche plus vite encore, sans cependant que cette chute vertigineuse effraie les astronomes qui en ont vu bien d'autres. On remarque en outre dans cette constellation deux étoiles variables; six étoiles doubles de 3e à 5e grandeurs, dont une orange et bleue; un amas d'étoiles très riche et une nébuleuse. Castor et Pollux symbolisent la fécondité maternelle et l'amitié entre frères Jumeaux ou Gémeaux, selon l'antique expression plus voisine de l'orthographe latine. On les désignait sous le nom de Dioscures, ou enfants de Jupiter. Leur fête était célébrée avec beaucoup d'éclat dans l'ancienne Rome. Ne semble-t-il pas que, dans notre pays où sévit le fléau de la dépopulation, il y aurait quelque opportunité à établir une fête du même genre ? Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire quelque peu fabuleuse de ces deux frères jumeaux, dont on a fait des Dieux-Sauveurs. Longtemps on les a considérés comme des divinités favorables aux navigateurs, parcequ'ils auraient purgé les mers de la Grèce des pirates qui les infestaient. Maintenant encore on voit leurs images dans plusieurs églises chrétiennes. On peut dire qu'ils ont conquis leur place dans le moderne empyrée. Vers l'époque où l'on célébrait à Rome les fêtes de Castor et de Pollux, on y célébrait aussi celles de Mercure, Dieu du commerce. Toutes ces fêtes répondaient à des idées très philosophiques que l'on peut ainsi formuler : «L'union est nécessaire aux nations comme aux individus; le commerce les fait vivre; mais la sécurité est nécessaire au commerce» (Edmond Groult, Les mystères du zodiaque, 1894 - books.google.fr).
Le 21 mai, la télévision s'annonce au téléphone et arrive le lendemain 22, tandis que Paris Flash, reçu à Moulinsart, annonce le mariage de la Castafiore avec Haddock. Page 28, elle salue le "capitaine Kornack" avant de lui montrer le magazine. "Kornack" renvoie à cornac, le dompteur d'éléphant.
Jean-Loup Dabadie (1938 - 2020), actif en littérature et journaliste depuis 1957, et dès 1962 pour la télévision, écrit le scénario du film d'Yves Robert "Un éléphant ça trompe énormément" (1976) (Véronique Dabadie, Françoise Piazza, Jean-Loup, tant d'amour, 2024 - books.google.fr).
Le jeu de mot serait tiré d'une comptine connue de Dabadie dans sa jeunesse, mais existe formellement dans une nouvelle de Maurice Montégut : il est prononcé par Faustin Varat peintre que cherche à séduire la vielle baronne d'Eletot avec son argent et qui partage un logement avec un belge Jeff Jordaëns lui aussi peintre (Maurice Montégut, Oeuvres, Tome 1, 1898 - books.google.fr, Magalie Myoupo, Des saints laïques, Figures exemplaires dans la littérature du XIXe siècle, 2023 - books.google.fr).
Des coutumes, des croyances sont les causes du faible nombre de mariages en mai, appelé communément "mois de Marie". De nombreux dictons populaires dénoncent l'aspect maléfique d'un mariage au cours de ce mois, par exemple, "noce de mai, noce de mort". Entre les périodes creuses du Carême et du mois de mai, les mariages sont assez nombreux en avril, mois qui avait également la préférence des nouveaux mariés dans les années 1950-59. L'interdit du mois de novembre, "mois des morts", est de plus en plus respecté. Cet usage est encore renforcé par la commémoration, le 11 novembre, de l'armistice de la Première Guerre mondiale (Huguette Mazzaggio, Les mariages à la Réunion en 1990, 1991 - books.google.fr, Claude Seignolle, Traditions populaires de Provence: Du Berceau à la tombe, 1996 - books.google.fr, Les Végétaux dans le folklore et les coutumes de mai. L'alimentation populaire et la cuisine champenoise, Comité du folklore champenois, 1956 - books.google.fr).
Ovide disait déjà que les filles et veuves devaient prendre garde d'allumer au mois de mai le flambeau de l'hyménée sous peine de le voir changé en torche funèbre. En Roannais, la non observation de cette prescription devait entraîner le décès de la mariée dans l'année. De toute manière, le ménage était voué au malheur (Robert Bouiller, La fiancée, la femme et l'enfant, traditions de l'enfance et du mariage illustrées par les collections du Musée Alice Taverne, 1990 - books.google.fr).
Le 21 mai est la fête de saint Aygulf, moine pélerin de l’abbaye de Lérins, dont un village éponyme côtier se trouve entre Fréjus et Saint Tropez (Var).
Itisberge, soeur de Charlemagne, est vénérée en Belgique le 21 mai (M. Wilmet, Calendrier historique des saints personnages de la Belgique, 1877 - books.google.fr).
Malbrancq et Dom Devienne font d'Isbergue et de Giselle un seul et même personnage. M. E. Van Drival a cru devoir suivre l'opinion de ces derniers (Daniel Haigneré, Recueil historique du Boulonnais, 1897 - books.google.fr).
Gisèle qui était abbesse de Chelles, et à ce qu'on croit de Notre-Dame de Soissons. Elle avait étudié les belles lettres sous Alcuin, qui lui dédia son commentaire sur saint Jean (Alban Butler, Vies des Pères, des martyrs et des autres principaux saints, Tome 7, 1830 - books.google.fr).
Saint Jean-Porte-Latine ou saint Jean de la Porte-Latine serait autre que saint Jean l'Évangéliste, martyrisé à Rome le 6 mai 85, devant la porte Latine. Il semble avoir été choisi comme saint patron des imprimeurs et correcteurs, ainsi que des libraires et relieurs, à cause d'une iconographie qui le représente le plus souvent tenant un livre (Pierre Laurendeau, Patrick Boman, L'autopsie confirme le décès, éloge de la correction, 2003 - books.google.fr).
Né le 22 mai, à la saison des roses, morte un 22 mai, sainte Rita est de cette même patrie d'Ombrie qui nous donna le doux François d'Assise, sainte Claire, Ubaldo de Gubbio (Paul Lacouline, Pour mieux comprendre les évangiles, Revue, Volume 11, Numéros 6-10, Université Laval, 1957 - books.google.fr).
Elle fut la mère de jumeaux, Giangiacomo Antonio (Giovanni) et Paulo Maria (fr.wikipedia.org - Rita de Cascia).
Le 22 mai, est la fête de Sainte Rita, patronne des causes perdues. Fougueuses et généreuses, fortes mais douces, les «Marguerite» sont, paraît-il, économes ! Pour la petite histoire, rappelons que Marguerite est le prénom de a célèbre Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils. C'est aussi le prénom de Marguerite de Valois, la reine Margot, reine de Navarre et épouse du roi Henri IV dont le mariage fut annulé en 1599. Ses amours la rendirent infiniment plus célèbre que son auguste mariage ! (Bénédicte Desmarais, Les fleurs et leur langage, 2000 - books.google.fr).
Et Marguerite de Faust.
C. T., excellent acteur italien et ardent admirateur de Padre Pio, m'a raconté aujourd'hui à son sujet diver- ses choses très émouvantes. Il disait qu'il y a plusieurs années de cela, un de ses amis, le célèbre comique Carlo Campanini, adressa au Padre Pio une lettre dans laquelle il écrivait : «Je désirerais appartenir à votre famille spirituelle, Vénérable Père; mais comment puis-je m'y affilier, si presque chaque soir, le visage barbouillé, je dois sur la scène me transformer en bouffon ?». Padre Pio répondit : «Mon fils, tes scrupules ne sont pas fondés, puisque chacun d'entre nous à travers le vaste monde fait de soi un bouffon, à l'endroit où la Providence l'a placé.»
Hier, la Congrégation des Rites a décidé de choisir un saint patron à la télévision. Le patron, ou plutôt la patronne, sera sainte Claire, l'une des plus aimables saintes du Moyen Age, celle de saint François. Il est intéressant d'observer le souci que prend l'Eglise de s'associer aux merveilles de la seconde révolution industrielle. Avec celles de la première, qui avait porté le monde, de la fin du XVIIIe siècle, jusqu'au point où devait le prendre, au début du XXe siècle, cette seconde révolution, l'Eglise n'avait rien tenté de semblable. C'est ainsi que ni les chemins de fer à vapeur, ni les usines à gaz, n'ont leurs patrons célestes, tandis que la radio, les télécommunications, la télévision, en ont un. Et la Congrégation ne s'en tiendra pas là. On y envisage encore une dizaine de cas analogues. On y délibère sur la question de savoir qui deviendra le patron des cerveaux électroniques, qui de la physique nucléaire, qui de l'automation, qui... Si je dis qu'il vaut la peine d'observer ces choses, ce n'est point parce qu'elles constituent des curiosités liturgiques. Elles sont avant tout dignes d'attention en ce qu'elles mettent en relief un trait caractéristique de l'Eglise d'aujourd'hui : à savoir, qu'à notre époque, elle se sent à l'aise. Pas autant qu'au Moyen Age, mais beaucoup plus qu'au XIXe siècle. D'où la timide réserve qu'elle gardait alors.
J'ai toujours nourri pour sainte Claire les plus tendres sentiments. Mais depuis que je connais Assise de plus près, je l'aime encore davantage. Que j'ai donc plaisir à voir la télévision sous son patronage ! Elle y gagnera, elle sainte Claire, la popularité. D'où que veuillent couler sur notre monde, bonté, douceur, tolérance, compréhension des hommes entre eux, qu'il en vienne, et au plus vite. Néanmoins, je le dirai franchement, j'aimerais mieux que l'on distribuât entre les protecteurs du ciel ces secteurs de nos sciences modernes et leurs inventions diverses, sans tant d'arguties scolastiques et de considérants tirés par les cheveux, qui coûtent visiblement trop d'efforts à la Congrégation des Rites. Que ne s'épargne-t-elle toute cette procédure de justifications minutieuses ! Les choses n'en iraient que mieux. En italien, un speaker de radio se dit annunziatore. Or, comme il y a une fête de de l'Annunziazione, voilà, par la grâce d'un simple jeu de mots, l'archange Gabriel promu récemment patron de la radio. Pour sainte Claire, c'est un miracle survenu six mois avant sa mort qui vient de lui valoir le patronage de la télévision. Un soir de l'an 1252, la veille de Noël, elle se trouvait malade, seule, dans la cellule de son couvent. Aucune des clarisses, ses sœurs, n'était près d'elle. Toutes s'étaient rendues, pour l'office, à une église éloignée de deux kilomètres. Quant minuit approcha, la sainte éprouva un profond chagrin de ne pouvoir assister à la messe. Elle s'en plaignit au bon Dieu. A peine l'eut-elle fait, qu'elle entendit des voix, puis, sur la muraille, en face de sa couche, des images se dessinèrent. Quelques secondes après, tout se fondait et s'harmonisait en une véritable audition télévisée de messe de minuit. Quand les sœurs rentrèrent de l'église, Claire leur conta sa vision. Après sa mort, qui survint le 11 août 1253, le procès de sa canonisation s'ouvrit presque immédiatement, et les sœurs firent part de tout à la commission ecclésiastique. Sœur Filipa déposa qu'«à peine après avoir poussé un soupir, la sainte entendit et les orgues et la voix de l'officiant et les répons qu'on lui donnait, et en un mot l'office entier de l'église de Saint-François, aussi distinctement que si elle y eût été présente.» A cette relation, Sœur Amata ajouta, de plus, «avoir entendu dire par dame Claire que dans cette même nuit de Noël la crêche de l'Enfant Jésus lui était aussi apparue». Enfin, en approfondissant le sujet, la Congrégation des Rites prit également en considération un épisode de la vie de saint François. Il avait aperçu un jour, avec une précision inouïe, le visage de Claire, reflété sur l'eau et rayonnant du plus vif éclat. Tout cela pesé, la Congrégation reconnut que, sept cents ans avant la découverte de la télévision, Claire avait été non seulement sujet, mais objet de vision à distance. Non seulement suivant les termes du décret de proclamation - téléspectatrice, mais miraculeusement «télévisée». Ce qui crée , entre sainte Claire et «l'un des instruments les plus caractéristiques de la civilisation moderne, un lien indissoluble, essentiel, naturel et surnaturel, l'un de ceux que seule l'Eglise, envisageant les choses sous l'angle de leurs valeurs les plus profondes et les plus réelles peut apercevoir». Rome, le 1er mars 1958 (Tadeusz Breza, La porte de bronze, chronique de la vie vaticane, 1962 - books.google.fr).
Dans la nuit du 22 au 23 mai, la lune est au plein alors que Tintin s'approche du camp des gitans dans une pâture du château.
"Une semaine plus tard" : le 29 mai, Haddock reçoit le Tempo di Roma
Alors que l'article absurde et mensonger de «Paris-Flash» n'avait pas déplu à la Castafiore, celui-ci, qui ne dit que la vérité, lui arrache des cris de fureur. La cantatrice, qui ne cesse de rire de se voir «si belle en ce miroir», se découvre atroce chaque fois qu'un miroir réel lui renvoie son image (Benoît Peeters, Lire Tintin, Les Bijoux ravis, 2012 - books.google.fr).
Rome (Tempo di Roma) dit la "vérité".
BOUQUET à Mde DE L... pour le 29 Mai, le jour de Sainte BONNE, sa fête.
C'EST la fête de Sainte Bonne;
On dit qu'elle est votre patronne :
Vous lui ressemblez sûrement :
Recevez-en mon compliment.
Car c'est, sans offenser personne,
Chose rare que femme bonne;
Et l'être de nom & d'effet,
Est un phénomène complet (Par M. l'Abbé G.)
(Mercure français, 1765 - books.google.fr).
Bonne est la patronne de Pise, ville qui conserve le chef de saint Tropez en l'église des Minimes (nonagones.info - Le Cercle et la Croix des Prophètes - Lourdes et la Croix des Prophètes - La Lettre déchiffrée).
Le Tempo di Roma la photographie avec son perroquet, La Dépêche l'affuble métaphoriquement d'ailes. Car la métamorphose de la femme en oiseau est selon Philippe Walter, un stratagème mythologique pour échapper au viol et garder sa virginité. Cette virginité que porte Bianca à travers son patronyme trouve d'autant plus sa cohérence qu'Hergé place son récit pendant le mois de mai, mois consacré à la chasteté durant lequel on honore les jeunes filles et on privilégie «l'élément féminin de la création». La religion chrétienne en a fait le mois de la Vierge Marie. C'est à une autre Marie fille-mère que nous pensons en revoyant Bianca métamorphosée en perruche inviolable sous l'œil conquis de plusieurs prétendants, dès sa première nuit au château (Bertrand Portevin, Hergé de profil - Une étoile plus mystérieuse du tout !, 2018 - books.google.fr).
le film Tempo di Roma sera réalisé au mois de mai 1962 par Denys de la Patellière, sera tourné en décors naturels sur les lieux de l'action et Charles Aznavour tiendra sans doute le rôle d'un guide pour touristes (fr.wikipedia.org - Tempo di Roma, L'exploitation cinématographique, Volume 14, 1962 - books.google.fr).
Tempo di Roma, sorti le 18 janvier 1963, est une adaptation d'un roman d'Alexis Curvers publié chez Robert Laffont en 1957.
Alexis Curvers, né à Liège le 24 février 1906 et mort dans la même ville le 7 février 1992, est un écrivain belge d'expression française. Il est surtout connu pour son roman Tempo di Roma (1957). Il était l'époux de l'helléniste Marie Delcourt. Catholique traditionaliste, il combat les réformes initiées par le concile Vatican II. En réaction à la pièce Le Vicaire de Rolf Hochhuth dans lequel l'auteur attaque le pape Pie XII, Alexis Curvers s'engage dans une véritable «croisade» — souvent qualifiée d'«intégriste» — et publie en 1967 Pie XII, le pape outragé, un essai polémique dans lequel il justifie l'attitude du pape pendant la Seconde Guerre mondiale (fr.wikipedia.org - Alexis Curvers).
Le personnage du roman Jimmy devient Marcello dans le film (Dominique Costermans, Christian Libens, Sur les pas de Tempo di Roma d'Alexis Curvers: Guide-promenade littéraire de Rome, 2007 - books.google.fr).
Jean-Loup de la Batellerie n'est pas forcément que Philippe de Baleine (fr.wikipedia.org - Denys de La Patellière).
Cette présumée référence à Curvers donne des doutes sur l'évolution de l'attitude religieuse d'Hergé qui, en fait, n'aurait pas changé depuis l'abbé Wallez. La fête de saint Valez est au 21 mai (Pétin).
Le 30 mai et le vol des reliques
"Les jours passent" (page 43) : il semble qu'on ne puisse plus dater les événements, dont le vol de l'émeraude.
"Deux jours ont passé" (page 48) : en confondant ces indications de temps on peut supposer que la présentation du Tryphonar est du 31 mai. Le docteur doit retirer le plâtre de Haddock 15 jours après l'avoir fait le 17 mai (page 16). On serait le 1er juin lors du retrait (page 54). C'est en effet "Le lendemain" (page 50) du Tryphonar. Le vol de l'émeraude (page 43) se passe alors le 30 mai.
Harry Clarke, St Dymphna with mad figures hiding in her cloak, St. Joseph's Church, Carrickmacross, Stained Glass Window
DYMPNE OU DYPNE, vierge et martyre, à Ghèle en Brabant, vers le septième ou le huitième siècle. C'est l'histoire de Peau d'Ane. Le père païen de sainte Dympne étant veuf devint éperdument amoureux de sa fille; ce que Dympne ne voulait pas, attendu qu'elle était chrétienne. Le confesseur de Dymphne, Gerbern, lui conseilla de demander à son père des choses très-rares pour présent de noces, afin de gagner du temps. Quand on fut sur le point de faire les fiançailles, Dympne prit la fuite avec le bon prêtre Gerbern. Elle se refugia dans un village du Brabant. Le père les retrouva. Il tua de sa main le prêtre Gerbern. Il renouvela ensuite à sa fille les propositions de mariage; et la voyant inflexible, il lui coupa la tête, après quoi il s'alla pendre. Gerbern ne pouvait pas manquer de devenir saint. Ses reliques firent des miracles, et bientôt il eut deux corps, l'un dans le village de Santen, et l'autre dans le village de Sonsbeck sur le Rhin. Quant à sainte Dympne, les anges enterrèrent son corps, à ce que dit le père Ribadéneira, et lui élevèrent un tombeau de marbre blanc. De plus, on lui fit trois corps, un à Cambrai, l'autre à Saintes, et le troisième à Ghèle (Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, Tome 1, 1821 - books.google.fr).
Dymphne est fêté le 15 mai, veille du 16, et Gerbern le 30 mai (Pétin).
According to the biography Vitae Dymphnae et S. Gereberni presbiteri (English: Life Dymphna and St. Gerebern priest), which Peter of Cambrai, a canon of the Abbey of St-Géry-et-Aubert in Cambrai, recorded in the 13th century, Gerebernus was an Irish priest who lived in the 6th or 7th centuries. He was the tutor of Saint Dymphna, the daughter of an Irish tribal king.
According to legend, both Dymphnas and Gerebernus' bones were stolen from Geel in their coffins by "robbers from Xanten". Grammay tells us, that in the church of St. Dympna, at Gheel, the head St. Herbern is kept, his body having been translated to Sonsbeck (en.wikipedia.org - Gerebern).
Dymphna ("poetess" in irish) is known as the Lily of Éire, due to her spotless virtue. St Dymphna by Harry Clarke, with mad figures hiding in her cloak.
In 1349, a church honouring Dymphna was built in Geel. By 1480, so many pilgrims were coming from all over Europe, seeking treatment for psychiatric disorders that the church housing for them was expanded. Soon the sanctuary for those considered "mad" was again full to overflowing, and the townspeople began taking them into their own homes. Thus began a tradition for the ongoing care of those with psychiatric conditions that has endured for over 500 years, and is still studied and admired today. Patients were, and still are, taken into the homes of Geel's inhabitants. Never called patients, they are called boarders, and are treated as ordinary and useful members of the town. They are treated as members of the host family. They work, most often in menial labour, and in return, they become part of the community. Some stay a few months, some decades, some for their entire lives. At its peak in the 1930s, over 4,000 'boarders' were housed with the town's inhabitants (en.wikipedia.org - Saint Dymphna).
31 mai : Tournesol et Bellotti ou raviver les couleurs
Disons maintenant comment fut anéanti le chef-d'œuvre du réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces peint par Léonard de Vinci, la Cène.
En 1726, les chartreux prirent la fatale résolution de faire restaurer ce tableau par un nommé Belloti, barbouilleur qui prétendait avoir un secret; il en fit l'expérience devant quelques moines délégués, les trompa facilement, et enfin se fit une cabane couverte devant le Cénacle: caché derrière cette toile, il osa repeindre en entier ce tableau de Vinci; il le découvrit ensuite aux moines stupides, qui admirèrent la puissance du secret pour raviver les couleurs. Belloti, bien payé et qui n'était pas peu charlatan, donna aux moines, par reconnaissance, la recette du procédé (Stendhal, Histoire de la peinture en Italie – suivi d'annexes, 2019 - books.google.fr).
Michelaongelo Bellotti nous semble, par rapport à son successeur, un exécuteur moins habile et plus négligé. Celui-ci utilise pour le nettoyage un solvant corrosif, on pense qu'il s'agit de soude caustique : il intervient en utilisant un assortiment chromatique du XVIIIe siècle, et en se servant d'une couleur à la détrempe grossière et d'un étalement assez liquide. On peut voir à ce propos le manteau de saint Matthieu et le dessin de la broderie bleue de la nappe. Cinquante ans après environ, selon les sources, une nouvelle intervention est jugée nécessaire. C'est Giuseppe Mazza qui sera l'exécutant de cette nouvelle intervention. La matière utilisée par ce dernier n'est pas facile à identifier, parce que l'opération commença de la gauche vers la droite et fut brusquement interrompue. Il s'arrêta au troisième groupe des apôtres et laissa donc le travail inachevé sur les trois figures de droite. On a ainsi la possibilité de confronter la technique de Bellotti (les trois apôtres de droite : saint Mathieu, saint Taddeo, saint Simon) avec celle de Mazza (Pinin Brambilla-Barcilon, Etudes et problèmes relatifs à la restauration de la Cène de Léonard de Vinci, Peintures murales, 1993 - books.google.fr).
L'album des Bijoux de la Castafiore, qui se déroule entièrement à Moulinsart et présente nos amis dans leurs activités quotidiennes, ne comporte pas une seule scène de repas ! D'ailleurs, la lecture de l'ensemble de la série ne nous apprend pas si Nestor sert ses maîtres à table, ni si le château compte une cuisinière ou un chef dans son personnel (Thierry Groensteen, Le rire de Tintin, essai sur le comique hergéen, 2006 - books.google.fr).
Les Bijoux de la Castafiore, que Numa Sadoul a qualifié comme étant «le plus élaboré, le plus génial ouvrage d'Hergé», nous retrouvons encore Haddock projetant sur la petite bohémienne Miarka perdue dans la forêt sa traditionnelle pulsion «cannibale» : «Mais cesse de te démener tonnerre de Brest !... Nous n'allons pas te manger !...» (2, B-6) (Paul Arnould, Les géographies de Tintin, 2018 - books.google.fr).
Devant la menace, la fillette répond par l'agression et mord «jusqu'au sang» la main du capitaine : «petite tigresse», suivi bientôt de «cette diablesse», et plus tard «petite sauvage». Voilà ce qu'on gagne à jouer à la poupée quand on a passé l'âge des culottes courtes ! De même que Bianca est associée au chant, à L'air des bijoux tiré du Faust de Gounod, de même le prénom de Miarka me paraît contenir une réminiscence musicale, plus précisément un chant traditionnel russe adapté en français, que chantaient jadis les scouts et les routiers, La princesse Miarka. J'en cite ici les paroles car elles permettent de saisir les associations possibles qu'Hergé a faites sur ce personnage, à partir de la chanson même : «Un beau jour un chef cosaque / Le superbe et fier Stenka / Captura dans une attaque / La princesse Miarka / Pour sceller une alliance / Avec l'âpre et fière Volga / Stenka jette au fleuve immense / La princesse Miarka / Dans les eaux elle succombe / Mais bientôt le fier Stenka / Voit surgir blanche colombe / La princesse Miarka.» (Jean-Marie Apostolidès, Dans la peau de Tintin, 2010 - books.google.fr).
Le jour même de sa naissance, Miarka la bohémienne perd à la fois sa mère, son père et le cheval attelé à la roulotte. Condamnée à rester sur place, dans un village de Thiérache, elle grandit entourée de sa grand-mère, la Vougne, de l’ourse qui lui sert de nourrice et du bon Gleude, un simple d’esprit qui, tout de suite, voue un culte à l’enfant. Mais la Vougne a de grands projets pour Miarka : d’après les tarots, sa petite-fille doit devenir reine de la tribu dont, jadis, sa famille a été bannie. Cette obsession les jettera à nouveau sur les routes…
Avec Miarka (1881), Jean Richepin (1849-1926) donne une petite sœur à Esmeralda. Cette bohémienne post-romantique n’a pourtant pas l’innocence de son aînée. Un demi-siècle a passé et Miarka raconte l’histoire d’une femme ambitieuse, déterminée à forcer le destin (Élodie Dufour, Jean Richepin, Miarka, la fille à l'Ourse, 2024 - www.fabula.org).
A Saint Michel en Thiérache, on conserve le corps de l'irlandais du VIIe siècle Augis (Adelgise) depuis 970, alors que le saint, fêté le 2 juin, était installé dans la région de Laon (Aisne) (Pétin).
Les bohémiens quittent le pays de Moulinsart le 30 mai (page 47).
Le pélerin, en tant qu'être humain de chair et de sang, a besoin de dormir pendant son séjour au Purgatoire, même si, paradoxalement, il n'a nul besoin de manger. De nombreuses références à la faim et à la soif apparaissent, mais elles sont toujours métaphoriques, puisque associées à la faim et à la soif de la connaissance de Dieu. Même dans l'unique épisode du Chant XXVIII, où Dante boit l'eau des fleuves Léthé et Eunoé, c'est encore pour des raisons intellectuelles et spirituelles qu'il boit, et non pour assouvir un besoin physique ou organique. Cette apparente contradiction doit être lue comme une indication de la complexité de la signifiance du corps dans la Commedia. Le sommeil et l'alimentation doivent êtres appréciés en fonction du rôle que jouent ces besoins corporels dans le parcours cognitif et spirituel du poète. Chacune des trois fois où Dante s'endort avant d'entrer dans le jardin, il fait un rêve qui lui donne des indications importantes pour la poursuite de son périple. D'après les autorités antiques et médiévales, ces rêves sont d'autant plus dignes de foi que le rêveur est à jeun. Dans les traditions dont s'inspire Dante, le rôle du corps dans le rêve est très contesté, la chose la plus importante étant de distinguer entre le rêve d'inspiration divine et celui qui a une source corporelle. Par exemple, Macrobius et Artemidorus, deux auteurs classiques (dont le premier au moins était certainement connu de Dante) constatent que la première étape pour décider si un rêve a une signification réelle est de déterminer s'il provient d'une source physique, telle qu'une indigestion, ou s'il est vraiment d'inspiration divines. Pour Dante, ses rêves sont de toute évidence d'origine divine, comme Béatrice l'expliquera elle-même lors de de leur rencontre dans le jardin d'Eden. L'idée reçue que les rêves sont davantage dignes de foi si le rê- veur est a jeun apparaît également quelques vers plus loin. Ainsi, c'est en faisant appel à la mythologie que Dante rapporte l'heure à laquelle il a fait son rêve (Purg. IX : 13-18). Dans ces six vers, la complexité du rôle du corps dans le Purgatoire est bien soulignée. On peut distinguer quatre aspects essentiels qui permettent de mieux comprendre ce rôle du corps dans le parcours cognitif du pèlerin. Premièrement, la référence à l'heure solaire vient rappeler que l'on se trouve encore quelque part sur la surface de la terre où le temps est une fonction importante des activités humaines. Il convient de dire ici que dans la géographie dantesque, le Purgatoire est situé tout à l'extrémité des continents habités par les hommes, donc sur la surface de la terre, contrairement à l'Enfer et au Paradis qui se trouvent, respectivement, à l'intérieur de la terre et au ciel. La temporalité fait partie intégrale de l'idée même de Purgatoire , puisque tous les pénitents sont là pour purger une peine durant un temps déterminé avant de quitter ce lieu et passer à l'intemporalité du Paradis. Dante précise l'heure de son rêve, qui survient le matin. Or une longue tradition veut que les rêves faits le matin soient les plus dignes de foi. Dante avait lui-même établi ce fait dans l'Enfer (Margaret Wickins Lynch, Corporalité et signifiance dans le Purgatorio de Dante, Études de lettres, 2001 - books.google.fr).
Le jeune est une action d'obéissance et de pénitence (Louis Beaucé, Concordance des orateurs sacrés anciens et modernes, 1879 - books.google.fr).
Le jeûne est une des principales parties de la pénitence chrétienne; il nous aide à détruire nos vices, à vaincre nos passions, il rend nos âmes capables de s'élever vers Dieu par la prière. Le jeûne a été pratiqué par tout ce qu'il y a jamais eu de grands saints sur la terre; dans toutes les calamités publiques, on a toujours recouru au jeûne pour en être délivré. Cette efficacité du jeûne est due à ce que par le jeûne nous nous humilions, nous nous reconnaissons coupables, nous prenons le parti de la justice divine contre nous, en nous condamnant, en nous punissant nous-mêmes (Amand de Leuze, Diocèse de Namur : Recueil des mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Namur 1800 à 1893, 1893 - books.google.fr).
1er juin : guérison de l'entorse
Le 1er juin est fêté en Wallonie avec saint Photin ou Stamp.
Pourquoi le nom de Stamp attribué à ce saint qu’on vient prier pour la guérison des troubles de la locomotion, pour que les enfants puissent marcher rapidement, pour pouvoir se tenir debout, «si stampè» en wallon. Nos ancêtres ont donné naturellement le nom de Stamp à celui dont ils attendaient la grâce de se redresser.
Dans le tome I, page 82, des Acta Sanctorum, se trouve un texte intitulé «De S. Photino confess in namurcensi belgii diocesi extraditione et usu loci ubi colitur». En voici le début traduit du latin : «Entre Namur et Bouvignes-sur-Meuse, près de l’abbaye de Moulins, existe un village appelé Anhée par la population. Là, notre Bolland ne trouva rien que l’église et la maison du curé lors du passage qu’il y fit en l’an 1647. Les habitations des paysans étaient construites à l’écart, loin de là. On disait que saint Photin, confesseur, communément appelé saint Stan ou saint Stamp (par une transformation vraiment curieuse du nom) était invoqué en grandes pompes le premier dimanche de juin contre les maladies des enfants.» (Jean Closset, Un curieux cas d’hagiographie locale, 2017 - blogsainteannedinant.wordpress.com).
Saint Pothin de Lyon est fêté le lendemain.
2 juin : départ de la Castafiore
Irma est un personnage de Marcel Prévost dans sa nouvelle Lizotte conte de Pâques. Elle est la gouvernante d'un abbé dans le Sud-Ouest de la France (Marcel Prévost, Le pas relevé, nouvelles, 1902 - books.google.fr).
Prévost a un autre personnage en rapport avec notre sujet qui porte le nom du roman, Fébronie (1933). Sa patronne dans la religion chrétienne est fêtée le 25 juin.
Juste avant d'introduire le personnage d'Irma, l'auteur parle des "oremus" qui est le nom déformé wallon d'Erasme, fêté le 2 juin. Ce saint se charge des enfants pleurards. Irma semble jeter une grosse larme à son départ du château (page 56).
"Mes bijoux, Irma, je les enferme dans ce tiroir, et la clé de ce tiroir, je la cache dans le vase qui se trouve sur ce meuble. Faites un effort pour vous en souvenir, ma fille" (page 14).
"Où avez vous votre tête, ma fille. Oui vous ma fille...". Lampion en rajoute : à Irma "Bonjour fillette !" (page 42).
Le style des prédicateurs est aussi chargea la fois de personnifications et d'images. Ouvrons un sermon de Gerson Pour la Pentecote (datant peut-être du 2 juin 1392) commençant par Accipietis virtutem Spiritus Sancti in vos. On y trouve toute une moisson (si j'ose dire) de comparaisons, de personnifications, et ausside metaphores. Quelques exemples pris dans leur ordre d'apparition : le chastel de notre âme (p. 432), Orgueil, le faulx tirant... Paresce l'endormie... Luxure l'aveglee, Gloutonnie la vilaine. La personnification de vices les rendplus vivants. Ils assiegent l'âme. Des metaphores suivent à la page suivante : se trouvent la poudre d'avarice, puis la fiente de Luxure, ensuite les araines d'Envie et d'Ire, enfin la fumée d'Orgueil (p. 433). D'autres personnifications apparaissent devant l'ostel de son âme et de son espirituelle habitation. Ce sont les fleurettes des vertus : la rose blanche de Chasteté, la vermeille de Charité, la marguerite de l'Umilité, le soussie d'Obéissance, la violette d'abstinence de mollesse, la fleur de lis de Franchise et de toute excellence. Le prédicateur poursuit son argumentation imagée. De ce séjour Discrecion est portiere, avec sa suivante Doubtance de mal faire qui tient les clés d'Obéissance (p. 433). J'arrête ces citations. Elles montrent que Gerson ne se contente pas d'emprunter des images à ce texte charge d'images qu'est la Bible. Il en invente sponte sua. Cela tient à la sensibilité et à l'intuition du péedicateur, à son désir d'animer le sermon, de le rendre vibrant afin de mieux toucher les coeurs (Philippe Ménard, Le langage figuré en moyen français, 2007 - www.academia.edu).
La Pentecôte en 1963, c'était le 2 juin et la fête de l'Ascension le jeudi 23 mai.
La date du 2 juin 1392 que nous assignons à l'Accipietis ne souffre aucun doute : il ne peut avoir été prononcé qu'à la Pentecôte 1392 (Louis Mourin, Jean Gerson, prédicateur français, 1952 - books.google.fr).
Louis, Jean Mourin werd geboren te Brussel op 5 juli 1913. Studiën aan de Universiteit te Gent (doctor in de letteren en wijsbegeerte, Ro maanse filologie, op 5 april 1945) en te Parijs (Sorbonne, École pratique des Hautes Études, en Institut des langnes orientales). Geaggregeerde van het hoger onderwijs, te Gent op 13 juni 1952. (ugentmemorialis.be).
Louis Mourin (5. Juli 1913 in Brüssel - 2005 ebenda) war ein belgischer Romanist und Linguist (de.wikipedia.org - Louis Mourin).
Saint Bernard salue, dans la Sainte-Vierge, une rose, blanche par sa virginité, rouge par sa charité. Les «roses de Pentecôte» dont on sème, en ce jour de fête, le pavé des églises, figurent liturgiquement les dons du Saint-Esprit semés sur les âmes (Maurice Griveau, Histoire esthétique de la nature, 1927 - books.google.fr).
La fête de la Pentecôte (du grec pentecosté, cinquantième) est appelée "Dimanche des roses" ou "Pâques des Roses" — sans doute parce qu’elle a lieu à l’époque des roses. Si le nom est peu connu en France, il l'est beaucoup plus en Italie. La Pentecôte, jour où l’Église célèbre l’envoi par le Père de l’Esprit de son Fils aux hommes, porte un autre nom à Rome : le Dimanche des roses. En effet, il était d’usage en Italie de répandre des pétales de roses depuis le plafond des églises pour rappeler le miracle des langues de feu. L’église la plus célèbre à perpétuer cette tradition est certainement la basilique de Sainte Marie aux martyrs (aussi connue sous le nom de Panthéon) à Rome. Dans cette ville, on parle plus spécifiquement de Dimanche des Roses car des pétales sont jetés dans le chœur depuis la rotonde. L’écrivain et compilateur François-Alexandre Aubert de La Chesnaye Des Bois (1699-1784) nous apprend, que longtemps, on s’est fait un scrupule de jeûner la veille de la Pentecôte (Pourquoi la Pentecôte est parfois appelée le Dimanche des roses ? - fr.aleteia.org, Solange Bouvier, LA PENTECOTE : L’origine, le jeûne, les cérémonies particulières, 2003 - www.archeologie-et-histoire-morestel.fr).
23 juin : Marie d'Oignies
La Castafiore s'en va le 2 juin (page 56). La résolution du vol se déroule "trois semaines plus tard" soit le 23 juin. Le 24, veille de la Saint Fébronie, Isidore Boullu répare la marche et Haddock la casse.
M. Oschwald rencontra, le 1er mai 1878, dans Biberbach (Bavière), sur un grand peuplier, un nid de Pies avec 7 œufs très couvés; le 31 mai et même le 8 juin, les petits étaient encore dans le nid. En 1880, des Pies nichèrent le 10 mars sur ce même peuplier. En 1882, elles commençaient déjà à nicher le 25 février (Victor Fatio, Catalogue des oiseaux de la Suisse, Livre 2, 1889 - books.google.fr).
Selon une chronique du XIIIe siècle, peu avant et peu après 1200, vivait dans une petite ville de l'Entre-Sambre-et-Meuse nommée Walcourt - on sait que cette localité reçut une charte de franchises en 1196 - un homme de bien qui s'appelait Jean et qui était fort riche. Il avait eu quatre fils dont trois, Gilles, Robert et Jean, se firent prêtres, le dernier nommé Hugues allait devenir un orfèvre très réputé. Il n'est pas sans intérêt de noter que le chroniqueur insiste de manière caractéristique sur l'esprit de caritas qui les unissait. Après la mort de son père l'aîné, donc Gilles, refusant tout bénéfice ecclésiastique - il y avait effectivement à Walcourt un chapitre de chanoines séculiers fondé par le seigneur du lieu au début du XIe siècle7 - était entré dans la chapelle castrale au service du seigneur de Walcourt nommé Werry (celui-ci est cité de 1165 à 1206) et du fils de ce dernier qui s'appelait Thierry (men- tionné de 1192 à 1234), assurant auprès de ceux-ci des offices religieux à titre gracieux. Ce comportement attira la jalousie de membres de l'entourage seigneurial qui l'accusèrent d'avoir amassé un trésor important qu'il avait dissimulé dans un coffre caché dans la chapelle. L'accusation était évidemment fausse : le coffre ayant été ouvert, on y découvrit un missel, un calice, des vêtements sacerdotaux et des ornements d'autel, un cilice et deux verges de discipline. Malgré la confusion du seigneur de Walcourt, Gilles décida de quitter la ville. Se référant à un passage bien connu de l'Ancien Testament, l'auteur présente Gilles comme un véritable Israélite qui voulait échapper à l'hostilité du Pharaon et qui ne trouvant chez les Egyptiens aucun moyen d'assumer sa vocation abandonna l'Entre-Sambre-et-Meuse pour se faire ailleurs chanoine régulier (sub professione et habitu regulari), la rivière de l'Eau d'Heure devenant ainsi l'équivalent de la Mer Morte et les bords de la Sambre celui de la Terre Promise. Ayant vendu tous ses biens à Walcourt et dans la région, emmenant avec lui sa mère et ses trois frères pour vivre dans la paupertas (autre référence caractéristique), il vint s'installer au bord de la Sambre in quodam tunc deserto qui s'appelait Oignies, où il découvrit une chapelle en bois dédiée à saint Nicolas et qui n'avait que très peu de revenus. La suite se devine : acquérant des terres et des biens, les membres de la toute jeune communauté élirent Gilles comme premier prieur ; l'auteur insistant sur le fait que tous ces biens étaient mis en commun et que les religieux suivirent la règle de saint Augustin dès leur installation à Oignies. Le reste de la Chronique évoque surtout la vie de sainte Marie qui mourût là en l'an 1213 ainsi que le séjour que fit à Oignies feu Jacques de Vitry qui avait été évêque de Saint-Jean d'Acre, puis cardinal et évêque de Frascati (1228) et l'on sait qu'il mourut en 1240. Le texte se termine avec une brève évocation de la vie du premier prieur Gilles qui mourut en 1234, l'auteur insistant une fois de plus sur le fait que dès l'origine les religieux avaient pratiqué la regula canonicorum beati patris nostri Augustini. Et ce n'est pas un hasard si dans le manuscrit qui nous a conservé le texte de la Chronique, celle-ci est immédiatement suivie par le texte de cette règle. (Georges Despy, A propos de "déserts" dans les campagnes, Campagnes médiévales : L'Homme et son espace, 1995 - books.google.fr).
Sainte Marie d'Oignies mourut l'an 1213, le dimanche 23 juin, dans la 36e année de son âge. On l'a nommée Marie d'Oignies à cause du lieu où elle mourut et où elle fut enterrée. Mais ne vaudrait-il pas mieux l'appeler Marie de Nivelles, puisque c'est à Nivelles qu'elle vit le jour et qu'elle passa la plus grande partie de sa vie ? Qu'on permette au curé de sa paroisse de revendiquer l'honneur de la proclamer sa paroissienne, et qu'on ne trouve pas mauvais qu'il l'appelle ici Ste Marie de Nivelles, dite d'Oignies On raconte que plusieurs religieux de l'ordre de Cîteaux la virent entourée de la gloire dont elle jouit dans le paradis (Th. Rayée, Vie de sainte Marie de Nivelles, dite d'Oignies, 1892 - books.google.fr).
Les dames en mal d'enfant pouvaient appeler à leur secours non seulement la Vierge et les saintes en titre d'office, mais aussi la bienheureuse Marie d'Oignies. Parmi les reliques que contient l'église d'Oignies, sa vieille chemise de laine est toute-puissante pour les accouchements (G. J. Witkowski, Histoire des accouchements chez tous les peuples, Tome 1, 1890 - books.google.fr).
Ici elle est connue depuis près de cinq siècles, sous le nom de Notre-Dame des Belles-Pierres. «Or donc, en ce temps-là, à l'endroit encore désigné sous le nom de Belles Pierres en toponymie, poussait une aubépine assez élevée. Un berger de la Neuve-Cour, ferme de Lillois, avait suspendu dans cet arbuste une statuette de Notre-Dame. Et tout à ses travaux champêtres ou surveillant son troupeau, il aimait s'agenouiller devant la Vierge. Un jour une pie vient distraire le berger dans sa prière; il s'impatiente, saisit sa houlette et lance sur l'oiseau quelques mottes de terre. La pie s'envole mais revient aussitôt. L'impatience du berger grandit. Il creuse le sol un peu plus profondément et il heurte de grandes pierres travaillées. Jean du Bois, homme très pieux, qui avait déjà construit le monastère de Bois-Seigneur-Isaac en 1405 et celui de Nizelle en 1438, fit extraire les pierres providentiellement mises à jour par le berger. Peut-être se trouvait-il en présence d'un ancien temple païen. Cet endroit pris le nom de Belles-Pierres». Pour la population, ces faits passaient pour merveilleux : la Vierge voulait être invoquée en cet endroit. Les fidèles vinrent prier devant la Madone de l'aubépine. Des miracles s'opérèrent et l'érection d'une chapelle fut décidée, avec l'encouragement de Jean de Huldenberg-du Bois. C'est ainsi que, sur l'ancien chemin de Nivelles à Bruxelles, s'éleva une jolie chapelle gothique, longue de huit mètres quinze et large de quatre mètres cinquante; le seigneur confia le nouveau sanctuaire aux religieux du monastère de Bois-Seigneur-Isaac, qu'il venait de fonder. La consécration eut lieu au mois d'août 1457. Et la statue que les moines avaient placée dans la chapelle fut l'objet d'une vénération sans cesse grandissante. C'était une réplique de celle du couvent, c'est-à-dire de Notre-Dame de Toute Grâce. Le XVIème siècle marque l'apogée de la chapelle des Belles-Pierres. Les iconoclastes déferlèrent sur le Brabant Wallon entre 1578 et 1585; la chapelle fut dévastée et la statue disparut à jamais. Elle ne tarda pas à être remplacée par une autre statue, trouvée en Flandre, par Hector du Hou d'Ophain, qui avait suivi des troupes italiennes. La chapelle, abandonnée depuis peu, fut restaurée et accueillit ainsi, en 1585, la nouvelle Madone. Le culte à Notre-Dame des Belles-Pierres grandit à nouveau. Après deux siècles, la Révolution Française eut raison de la chapelle désertée par les fidèles; elle tomba en ruine et les pierres furent dispersées. Quant à la statue, elle fut recueillie et gardée par les fermiers de Griponwez, puis en dernier ressort, par la famille Cuvelier qui la conserva 125 ans, jusqu'à ce qu'elle prît place sur l'autel aménagé dans l'église d'Ophain, lors des travaux d'agrandissement; elle y est toujours vénérée. L'actuelle chapelle de Notre-Dame des Belles-Pierres a été reconstruite en 1927, à l'emplacement de celle qui avait été détruite; elle en est d'ailleurs une réplique. Elle est érigée sur le plateau, au milieu de la campagne. C'est une construction en briques, sur soubassement de moellons, recouverte par la suite d'un revêtement de ciment assez disgracieux. Le panorama par contre, y est magnifique (Paul Dubuisson, Madeleine Dubuisson, La Canton de Nivelles au fil de l'histoire, 1970 - books.google.fr).
Accusation n°2 : vous êtes une voleuse. Pardon, votre honneur, je souffre, il est vrai, de cette fâcheuse réputation que n’ont pas manqué d’alimenter Rossini dans son opéra «La pie voleuse» et Hergé dans les «Bijoux de la Castafiore». Moi, cacher le butin de mes rapines dans ma forteresse de branchages ? C’est bien exagéré, Monsieur le Président; et en tout cas, en aucun cas, je ne recherche d’objets brillants. Ainsi, dans les années ‘70, un chercheur polonais a contrôlé le contenu de 500 de mes nids, sans jamais y trouver le moindre objet brillant (T. Maniquet, Le saviez-vous ? Le Bruant Wallon - no 38 - mars 2018 - brabantwallon.natagora.be).

Hervé Paques (Bierges) : Pie dans le Brabant wallon
Le château de Bois-Seigneur-Isaac est une maison seigneuriale située à Ophain-Bois-Seigneur-Isaac, dans la commune belge de Braine-l'Alleud (fr.wikipedia.org - Château de Bois-Seigneur-Isaac).
Hergé n'a-t-il pas montré la voie, lui qui a fait de Moulinsart un demi-Cheverny alors même que le nom de ce château n'est que l'inversion d'un lieu-dit de Braine-l’Alleud, Sart-Moulin ? (Thierry Bellefroid, Pierres et bande dessinée, Les Cahiers nouveaux N° 79, 2011) (nonagones.info - Tintin - Transversales - Arcadie Claret).
Jacques de Vitry rapporte sur la foi de la vénérable Marie d'Oignies un fait qui montre que les grâces les plus merveilleuses, les faveurs les plus insignes accordées à une sainte âme pendant la vie et à l'heure de la mort, ne la garantissent pas toujours des flammes du purgatoire (Vie de la vénérable Marie d'Oignies dans Surius, liv. II, ch. III, au 23 juin.) (Louis-Eugène Louvet, Le purgatoire d'après les révélations des saints, 1880 - books.google.fr).
L’intelligence et le savoir ne vont pas forcément de pair avec la sagesse. Thomas de Cantimpré, Liber de Natura rerum, p. 3, n’épargne pas son ambition quand, la mort venue, il lui fait traverser le purgatoire, qui est le lieu de purification de l’âme avant qu’elle n’entre au paradis.
Le récit de Jacques de Vitry sur le purgatoire reprend, dans un contexte de mirabilia, une littérature en vogue au XIIe siècle où se mêlent l’extraordinaire et le banal (Jean Donnadieu, Jacques De Vitry (1175/1180-1240)ENTRE L’ORIENT ET L’OCCIDENT : L’ÉVÊQUE AUX TROIS VISAGES, 2014 - dokumen.pub).
En Irlande il y a un lieu que l'on appelle le Purgatoire de saint Patrice. Si quelqu'un y entre sans être véritablement pénétré de repentir et de contrition, il est aussitôt enlevé et mis à mort par les démons, et ne reparaît plus jamais. Mais celui qui y entre vraiment touché de contrition, et s'étant confessé, est saisi par les démons qui le font passer par le feu, par l'eau et par mille espèces de tourmens, par lesquels il est purifié. Celui qui a commis plus de fautes est puni plus rudement dans le même lieu; celui qui en revient purifié, ne peut plus dans la suite rire, ni se livrer aux amusemens, ni aimer aucune des choses du monde; il pleure et gémit toujours, oublie le passé et s'élance dans l'avenir (Jacques de Vitry, Histoire des croisades - remacle.org).
Le cri de la pie
Le cri de la pie "Hê-ê-êk" renvoie à "Eih bennek" du Sceptre d'Ottokar.
Les Bijoux de la Castafiore est le seul album qui possède une unité de lieu en se déroulant uniquement au château de Moulinsart et dans ses alentours, et, après Le Secret de La Licorne, le second de la série où Tintin ne voyage pas dans un autre pays (fr.wikipedia.org - Les Bijoux de la Castafiore).
Dans Le Sceptre d'Ottokar, la devise du pays est Eih bennek, eih blavek, dont la traduction est réputée être «Qui s'y frotte s'y pique». L'expression est surtout à rapprocher du marollien, ou du néerlandais Hier ben ik, hier blijf ik, signifiant en réalité «J'y suis, j'y reste» (ou littéralement, dans l'ordre des mots en néerlandais «Ici suis-je, ici resté-je») (fr.wikipedia.org - Syldavie).
Page 61, le 24 juin, Haddock revenant de promenade se sent comme au Paradis
Du 16 mai au 24 juin il y a quarante jours pleins, nombre biblique s'il en est.
A la fin, Haddock retrouve son nez, son doigt, sa cheville, son chandail : son intégrité, qu'il avait perdue au début de l'aventure.
La Divine Comédie décrit, en prélude à l'ascension céleste, le processus de la régénération grâce à laquelle l'homme devient un «juste» en ce sens-là. C'est ce qui s'accomplit dans l'ascension de la montagne symbolique du Purgatoire, aboutissant au Paradis terrestre, c'est-à-dire à cet état d'intégrité de l'être humain qu'on évoque comme ayant été l'apanage d'Adam en Eden et qui définit l'homme véritable. Lorsque Dante parvient à cet état édenique, la grâce qui l'avait mis en route sous les auspices de Béatrice puis guidé vers ce premier but par le truchement de Virgile a obtenu en lui sa pleine efficience, les divers registres de son être ayant été progressivement purifiés et rectifiés. Capable désormais d'un juste exercice de la raison et d'un sûr discernement, il n'aura plus besoin d'être guidé par Virgile, représentant de la sagesse humaine, et celui-ci dès lors s'effacera, cependant que Béatrice se manifestera, rayonnante de la lumière d'en-haut (Louis Lallement, Le sens symbolique de la Divine comédie, Tome 1, 1984 - books.google.fr).
Immédiatement après Pierre et Paul, les premiers apôtres et compagnons du Christ, vient, chez Dante, saint Jean-Baptiste plus couramment désigné sous la seconde partie de son prénom (Il Battista) que comme «saint»; il apparaît en effet dès les premiers chants de l'Enfer, et il est encore présent à l'avant-dernier chant du Paradis. En réalité, le saint patron de la cité lainière de Florence, celle du lys également (il l'est également de deux autres cités mais du Nord, cité maritime comme Gênes, cité centrale et padane comme Milan) désigne beaucoup plus qu'un symbole monumental, le plus ancien monument (XIe siècle) encore intact de nos jours, le Baptistère face au Dôme, où Dante et les siens furent baptisés. Il préside plus largement à la vaste et exceptionnelle entreprise de rénovation de l'Eglise de son temps et de l'Humanité dévoyée; la figure de saint Jean-Baptiste se situe et déborde bien au-delà du cœur de la cité florentine où est né également le florin, bien au-delà de ce petit édifice octogonal que Dante assimile à une bergerie (l'ovile) qui fait encore partie de cette Terre, minuscule parcelle «vue du ciel du Paradis (XXII, v. 151; XXVII, v. 86) et qui n'est rien, par comparaison, face à l'Univers mû par l'Amour divin (Par., XXXII, v. 145). Or, est-il besoin de le rappeler, le pélerinage dans l'au-delà s'effectue le Vendredi saint de l'année jubilaire 1300, durant cette semaine pascale de la Résurrection, placée sous le signe de l'Agneau dont Jean le Prophète s'est fait le gardien, représenté si souvent en humble berger (Donatello, Leonard de Vinci) et en ascète avec sa houlette crucifère, ses longs cheveux bouclés, sa houppelande courte et fruste en peau de chameau ? Certes, si le saint patron de Florence, la ville natale de Dante dont il va être exilé pour toujours, mais à laquelle il «dédie» son «poème sacré : Ici commence la comédie de Dante Alighieri florentin de nation non point de mœurs, si ce saint patron émerge comme tel des trois royaumes successivement franchis et visités par le voyageur-scripteur de la Divine Comédie, cette «figure»-là n'est poins unique. Jean-le-Baptiseur (il l'est bien davantage, pour Dante, que comme «précurseur») revêt aussi une autre fonction prophétique et de prédication, quitte parfois à côtoyer un autre Jean, l'Evangéliste et auteur de l'Apocalypse (Jean Lacroix, Saint Jean-Baptiste, patron de Florence et voix «inspirée» de la renovatio dantesque, Jean-Baptiste, Le précurseur au Moyen Âge, 2014 - books.google.fr).
Comme d'autres doctrines de l'Eglise romaine, celle du purgatoire est aussi d'origine païenne; voir Platonis Phædon, ch. LXII, et Virgilii Aen, lib. VI, vers 735 et les suivants. Déjà (en 600), le pape Grégoire-le-Grand en faisait une branche d'industrie pour le clergé, qui, selon la somme d'argent qu'on lui paie, peut par ses prières, diminuer les punitions et les tourments des âmes dans le purgatoire. Au concile de Florence (1439) et dans la 25me séance du concile de Trente (1547), cette doctrine fut sanctionnée comme article de foi (Wagner, La Bible et le Pape ou vingt doctrines de la foi catholique romaine, 1846 - books.google.fr).
20 et 23 mai
Ces deux jours, s'ils sont compris dans la période de temps où se déroule l'aventure, ne sont pas illustrés dans l'album des Bijoux.
La tour de Castille et le lion de Léon sont les armes royales octroyées, le 20 mai 1493, au découvreur du nouveau monde et à ses descendants (Eugène M. O. Dognée, La signature de Christophe Colomb, 1891 - books.google.fr).
20 Décembre 1795 : Translation des restes de Christophe Colomb de Saint-Domingue à Cuba. Colomb, mort dans l'obscurité et dans l'oubli, le jour de l'Ascension, 20 mai 1506, avait été enterré chez les Franciscains de l'Observance de Valladolid. En 1513, un ordre royal fit retirer du couvent des Franciscains le cercueil de Colomb, qui fut transporté à Séville et déposé dans la chapelle des Chartreux. Il y resta vingt-trois ans. Durant l'année 1536, raconte son historien, le corps de Christophe Colomb fut transporté de Castille à Saint-Domingue, cette cité construite par ses ordres, à laquelle il avait donné pour armes, outre le lion et la tour d'Isabelle, la Croix et la Clef, emblème du catholicisme. On l'y déposa en un caveau dans le sanctuaire de la cathédrale, à droite du maître-autel. Sur l'initiative de l'amiral don Gabriel de Aristizabal, l'exhumation du cercueil de Colomb et sa translation à Cuba fut décidée (Les Missions Catholiques, Volume 4, 1872 - books.google.fr).
Emile (Vanneau, élagueur) et Isidore (Boullu, maçon)
Pétin connaît 4 saints du nom d'Emile : EMILE (saint), Æmilius, martyr en Afrique avec saint Caste, vers l'an 210 : 22 mai; EMILE (saint), martyr en Sardaigne : 28 mai; EMILE (saint), martyr à Ravenne : 18 juin; EMILE (saint), martyr a Capoue pendant la persécution de Dioclétien : 28 mai; et un autre à Cordoue le 15 septembre.
Isidore Boullu, maçon, réfère à un nombre important de saints de ce prénom dont 2 sont fêtés en mai (aucun en juin) : Isidore de Chio fêté le 14 et 15 mai et Isidore, laboureur espagnol du XIIe sièle, fêté le 10 mai mais mort le 15.
Depuis Blümner jusqu'à nos jours, dans la littérature du sujet prédomine la conviction qu'il y avait deux variétés de marbre de Chio : noir et multicolore (Archaeologia Polona, Volume 14, 1973 - books.google.fr).
L'abbé Antoine Etienne Boullu (1813 - 1904) est un botaniste dauphinois qui a particulièrement herborisé aux alentours de Lyon sur les variétés de roses. Il était en correspondance avec le rhodographe belge François Crépin (1830-1903), botaniste autodidacte (Octave Meyran, Notice biographique sur l'Abbé Æ. Boullu. In: Annales de la Société botanique de Lyon, tome 29, 1904 - www.persee.fr).
L'île d'émeraude ou l'Irlande
Né à Belfast en 1754, William Drennan est allé lui aussi à l'Université de Glasgow en 1771 avant de compléter des études de médecine à l'Université d'Édimbourg en 1778. Il est revenu en Irlande pour exercer son métier à Belfast, puis à Newry et finalement à Dublin en 1789. Fier d'être un dissenter, fier d'être le fils d'un pasteur qui fréquentait Hutcheson, William Drennan appréciait les philosophes britanniques tels que l'Anglais Joseph Priestley et le Gallois Richard Price et se réclamait aussi des idées politiques de Locke. Poète à ses heures de loisir, c'est à lui qu'on doit une des plus célèbres descriptions de l'Irlande, «the Emerald Isle» (l'Ile de l'Émeraude). Cette expression est tirée de son poème, Erin (1795). Ce poème est reproduit dans l'étude de Mary Helen Thuente, The Harp Re-strung : the United Irishmen and the rise of Irish literary nationalism (Syracuse, 1994), p. 239-241. C'est encore vers lui qu'on doit se tourner si on veut trouver la première idée de la formation des Irlandais Unis. En juin 1791, il a conçu un projet pour la formation d'une fraternité ayant pour but «les droits de l'homme et le plus grand bonheur du plus grand nombre» et l'indépendance réelle de l'Irlande. Ce constat n'infirme en rien l'apport de Wolfe Tone au développement des Irlandais Unis mais reconnaît sa dette envers les dissenters de l'Ulster. Les Irlandais Unis voulaient abolir les distinctions entre les nombreuses divisions confessionnelles, soit par idéalisme soit par realpolitik (on aura tort d'oublier que Tone et certains de ses collègues étaient en fait hostiles au catholicisme, religion conservatrice et marquée par la superstition). Les radicaux de Belfast étaient conscients du pouvoir de l'idée de la liberté anglaise qui avait suscité, selon eux, l'admiration de Montesquieu, Voltaire et Rousseau (Simon Davies, L'Irlande et les Lumières. In: Dix-huitième Siècle, n°30, 1998 - www.persee.fr).
These books, schrieb Current Opinion von Dubliners und vom Portrait, reveal Joyce as of another sphere than that of Stephens with his leprechauns and fairies, or of Synge and Yeats, with their poetic transformations of the melancholy emerald isle. Mr. Joyce, his critics believe, is potentially a poet, but he prefers to envisage the life of Dublin through the spectacles of a pitiless Maupassant or Tchekov (Fritz Willy Schulze, Geschichtlichkeit und Neuanfang im sprachlichen Kunstwerk, Studien zur englischen Philologie zu Ehren von Fritz W. Schulze, 1981 - books.google.fr).
Mercanton raconte que la veille de Noël 1940, en Suisse, pendant le dîner, Joyce évoqua l'anniversaire de «Madone Bloom», née à Gibraltar un 8 septembre, «le même jour que la Vierge Marie». La coïncidence avait échappé au critique littéraire. Dans le monologue intérieur de Bloom cheminant dans Grafton Street, il n'avait pas prêté garde à : «Retourner pour cette lotion. Peut-être pour son anniversaire. Juin-juillet août-septembre, le huit. Presque encore trois mois.» Nora, peu solidaire de Molly Bloom, proteste. Son mari ne cesse de blasphémer ! Mais celui-ci calmement explique: «La comparaison est peut-être sacrilège, mais parfaitement orthodoxe; Madone Bloom est la mère de tous les vices comme la Vierge Marie est la mère de toutes les vertus. Toutes deux soutiennent le monde.» (Adrien Le Bihan, James Joyce travesti par trois clercs parisiens: essai, 2011 - books.google.fr).
Jacques Mercanton, né à Lausanne le 16 avril 1910 et mort dans la même ville le 27 avril 1996, est un écrivain et enseignant vaudois. Il entreprend des études de lettres à l'Université de Lausanne où il obtient son doctorat. Il fait ensuite plusieurs séjours à Paris entre 1933 et 1935 pour y suivre des cours à la Sorbonne et au Collège de France. À cette occasion, il rencontre James Joyce avec qui il travaille pendant quelque temps et à qui il consacrera en 1967 un ouvrage intitulé Les Heures de James Joyce, qui sera traduit en anglais, en italien, en espagnol et en allemand (fr.wikipedia.org - Jacques Mercanton (écrivain)).
Stephen's intonation of Psalm 113 is not the only reference in the "Ithaca" chapter to some incipient purgatorial experience. Once the characters exit Bloom's house, they both look up and behold "[t]he heaventree of stars hung with humid nightblue fruit" (17.1039). Since the parallelism of Joyce's characters to Dante's has been firmly established by this point, Stephen and Bloom's view of the night sky bears comparison to Dante and Virgil's vision of the heavens when they finally emerge from the pit of hell: "And thence we came forth to look again at the stars" (DC, 1.34.139). Bloom is an amateur astronomer and evidently spends some time pointing out different constellations to Stephen, just as, in the Inferno and the Purgatorio, Virgil often reminds Dante of the passage of time by mentioning the progress of the constellations across the sky. At the very beginning of the Purgatorio, Dante is observing certain constellations when the guardian of Purgatory, later revealed to be Cato, confronts him and asks, "Who has guided you, or what has been your lantern ["lucerna" (lamp)], coming forth from the deep night that makes the valley of Hell forever black?" (DC, 2.1.43-45). Immediately after pointing out the constellations, Bloom directs Stephen's attention to a "visible luminous sign [i]n the second storey (rere) of his (Bloom's) house." The light emanates from "a paraffin oil lamp" and denotes the presence of "an invisible attractive person, his wife Marion (Molly) Bloom" (17.1171-74, 1177-79). In the Purgatorio, Virgil responds to Cato's query about the lucerna, or lamp, by explaining that he has "not come on my own: a lady came down from Heaven, because of whose entreaties I have helped this man with my company" (DC, 2.1.52-54). In other words, the lamp is the lady from Heaven, none other than Beatrice, whose intercession on Dante's behalf Virgil recounts in canto 2 of the Inferno (DC, 1.2.52-72). The lamp in the second story of Bloom's house, signifying Molly's presence, parallels the lamp of Heaven, Beatrice, whose spiritual intercession on behalf of Dante is transformed into the profane "suggestion," which Bloom makes "with impediment" (17.1180-81; i.e., he has trouble getting the words out), that Stephen enter into some kind of liaison with his wife (David Weir, Ulysses Explained: How Homer, Dante, and Shakespeare Inform Joyce’s Modernist Vision, 2015 - books.google.fr).
Le thème de la femme comme source du péché dans le monde est introduit par Deasy (Joyce, Ulysse, Nestor). Après avoir fait allusion au péché de la pomme commis par Ève, il fait un parallèle entre la cause de la guerre de Troie qui est l'enlèvement d'Hélène par Pâris (fr.wikipedia.org - Ulysse (roman)).
Joyce, s'intéressa au Purgatoire de Dante parce qu'il aurait des racines irlandaises. D'après Pascale Casanova, l'île du Purgatoire serait, pour Joyce et Beckett, une métamorphose littéraire inespérée de l'Irlande (Ulysse, tome I, Folio, p. 479) (Jean-Pierre Ferrini, Jacqueline Risset, Dante et Beckett, 2003 - books.google.fr).
Le psaume 113, In exitu Israel de Egypto, évoquant la libération du peuple d'Israël de son esclavage d'Égypte, correspond au psaume que récitent aussi les âmes qui débarquent sur la plage du Purgatoire (Purgatoire, II, 46). Le passage le plus significatif de l'intertexte entre Joyce et Dante dans Ulysse est peut-être un des fragments qui composent le septième chapitre («Éole»). Dans ce fragment, sorte d'épiphanie, qui s'intitule RIMES ET RAISONS, Joyce réussit à faire rimer en quelques lignes l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis (Jean-Pierre Ferrini, Lectures de Dante, un doux style nouveau, 2006 - books.google.fr).
Purgatoire et pierres précieuses
Comme le saphir, la Vierge purifie les yeux qui la contemplent du péché qui les obscurcit, les ouvrant à la vision de Dieu; comme lui elle protège et libère qui, comme Dante, l'invoque et se met sous sa protection : elle lui ouvre la porte du salut, le libère de la prison terrestre, le réconcilie avec Dieu. Mais le saphir est, comme elle, avant toutes choses, la gemme pure et virginale, et c'est en cela qu'il s'apparente à qui lui fait suite dans le Purgatoire. L'émeraude apparaît pour la première fois au chant VII du Purgatoire. Nous sommes toujours dans l'Anti-Purgatoire, dans la Vallée des Princes. A peine Dante a-t-il jeté un regard sur cette petite vallée que l'éclat des fleurs et de l'herbe l'éblouit :
Oro, argento fine e cocco e biacca, indaco, legno lucido e sereno, fresco smeraldo in l'ora che si fiacca, dall'erba e dalli fior dentr'a quel seno posti ciascun saria di color vinto come dal suo maggior é vinto il meno.
De même que le ciel du Purgatoire a évoqué le saphir, de même l'herbe évoque l'émeraude, et ses fleurs qu'on y trouve les plus riches les plus éclatantes matières. Il y a donc déjà un reflet des splendeurs du Paradis dans le monde sauvé, lequel, en tant que promis à la vie éternelle et parfaite, doit déjà dépasser en beauté les beautés mêmes du monde des mortels, où règne encore le mal à côté du bien (A. Levavasseur, Les pierres précieuses dans la Divine Comédie, Revue des études italiennes, Volume 4, 1957 - books.google.fr).
Dans toute cette affaire, c'est une émeraude verte qu'on retrouvera, volée par la pie et découverte par Tintin le pur avant d'être perdue par les maladroits Dupondt «C'est l'émeraude qui... qui est tombée dans l'herbe... et comme c'est vert, l'herbe»; «Je dirais même plus» (BDC,61,1,1) véhiculée dans leur voiture verte tandis que se rend à Milan, vêtu de vert, le toujours vert Tournesol (Philippe Ratte, Tintin, ou, L'accès à soi, 2015 - books.google.fr).
Castafiore psychanalysée
Cette femme est un vrai dragon = That woman is a virago (French Idioms And Proverbs, 1893 - books.google.fr).
Bianca Castafiore est incontestablement avec Haddock le personnage hergéien qui a mobilisé le plus grand nombre de commentaires. Importante, la cantatrice l'est assurément à plus d'un titre, et pas seulement par son volume sonore : après une intervention fugitive, mais déjà déterminante, dans Le sceptre d'Ottokar (elle sauve Tintin d'un guet-apens), le personnage ne cesse en effet de multiplier ses entrées : toujours aussi surprenante dans ses arrivées, toujours aussi présente dans ses apparitions, toujours aussi imprévisible dans ses propos. L'album du dénouement hergéien, et pour beaucoup son chef-d'œuvre - Les bijoux de la Castafiore -, est bâti autour d'elle. Et l'ultime album de la série Tintin et les Picaros montre les trois héros hergéien, Tintin, Haddock et Tournesol, se lancer de concert à la recherche de leur héroïne. Preuve était qu'ils l'aimaient bien, et Hergé avec eux sans doute. Pourtant un personnage de B.D. aura rarement été autant critiqué : les deux derniers ouvrages actuellement parus sur Hergé en font dans le meilleur des cas une virago, et dans le pire une malade, plus précisément une névrosée perturbée dans sa sexualité, en un mot une «hystérique». Quant aux commentaires qui ont accompagné dans la presse la sortie des Bijoux, sommet de la carrière de la Castafiore, ils n'étaient pas plus tendres. Un tel acharnement ne s'explique bien sûr que parce qu'à travers la chanteuse, c'est son auteur, Hergé, qui est visé. Ceux qui suspectaient Hergé de misogynie n'ont pas manqué de voir dans cet album une preuve accablante : «Voilà enfin dévoilée l'image secrète qu'Hergé se faisait des femmes ! Une cantatrice castratrice et futile qui offre à chaque page de nouvelles variations grotesques sur le thème de son narcissisme !» Telles ont été, à peine caricaturées, nombre de réflexions ! Il est vrai qu'Hergé, dans cet album, nous donne à comprendre de lui-même plus que dans ses albums précédents. Une partie de ce dévoilement est conscient : Hergé y parodie quelques-uns de ses propres procédés de mise en scène, et il a lui-même insisté sur le caractère résolutoire de cet album dans son évolution personnelle. De plus, en enfermant les aventures de ses héros dans le cadre de Moulinsart, il renonce aux voyages qui ont fait le succès de Tintin et du petit reporter, le type même du globe-trotter - en même temps qu'aux multiples déplacements de sens que ceux-ci lui permettaient. L'aventure, pour la première fois, est réduite aux dimensions d'un drame familial. Nous serons donc amené, et puisqu'Hergé lui-même nous y invite, à faire à l'auteur une place plus importante que dans les études précédentes. Et tout d'abord, puisque cet album fait coïncider, sous le pinceau d'Hergé, une parodie de la femme avec une autoparodie de ses propres procédés de dessinateur, c'est cette rencontre qu'il convient d'interroger. Voici en effet Hergé et la Castafiore réunis dans la dérision le temps d'une aventure. Mais nous savons que le mot est ambigu... et plus encore s'il s'agit comme ici d'une aventure domestique ! Si Hergé caricature ses propres procédés d'auteur dans le moment où il caricature son unique héroïne, ne réunit-il pas en quelque sorte leurs deux destins ? Et n'est-ce pas là le signe que sa relation avec cette femme est chargée de plus de sympathie qu'il n'y paraît ? Au moins autant que la représentation apparemment négative de la femme et de la mère, c'est ce lien secret qu'Hergé établit dans le même temps avec elle que nous allons devoir interroger. Dans un premier temps au moins, les rapports que la Castafiore entretient avec les autres personnages devraient pouvoir nous mettre sur la voie. Or la cantatrice ne tient à rien, ni à personne, autant... qu'à ses bijoux. Toute «narcissique» qu'elle soit, la Castafiore n'utilise pas ses bijoux pour s'en parer : si elle «rit de se trouver si belle en ce miroir», les bijoux, toujours sous clef, n'y sont pour rien. La relation qui l'unit à eux n'est pas non plus financière. Ne nous est-il pas rappelé à plusieurs reprises qu'ils ne sont pas «assurés» ? Alors que représentent-ils, ces bijoux ? La symbolique analytique la plus classique voit volontiers dans le «bijou» de la femme la métaphore de son sexe. Cette émeraude aux couleurs changeantes que la chaste fleur croit toujours avoir perdue pourrait bien alors être le symbole de sa virginité, et l'obsession du vol celle du viol. Les disparitions successives dont elle est elle-même l'auteur viendraient mettre en scène sa crainte et son désir d'en être dépossédée. Et l'absence «d'assurance» serait une façon de rendre plus crédible l'artifice répétitif par lequel la cantatrice tente de donner à son bien l'éclat que confère la convoitise d'autrui. Cette interprétation, pourtant, est loin d'être exhaustive ! Car une œuvre aussi personnelle et aussi minutieusement travaillée que celle d'Hergé ne peut être ouverte avec un passe-partout, fût-il marqué de l'intérêt pour le sexuel avec lequel on confond parfois encore la psychanalyse ! Sa compréhension nécessite que soit déchiffrée non pas l'usage que cet auteur peut faire de symboles collectifs, mais la signification symbolique de ses propres représentations. Or nous avons vu que la démarche de cet album était autoparodique. Là encore, Hergé lui-même nous indique la voie. En faisant retour sur ses propres procédés d'auteur, il nous invite à faire de même : tout comme l'appréciation de l'humour des Bijoux nécessite une connaissance des procédés narratifs de l'auteur, la compréhension des enjeux dramatiques qui y sont mobilisés pourrait bien passer par la familiarité avec les symboles à travers lesquels, dans les albums précédents, ces enjeux ont été posés. C'est donc à partir des allusions aux albums précédents qui s'y trouvent que nous allons tenter d'aborder la signification de celui-ci. Et puisqu'Hergé s'y pose lui-même, à travers sa propre parodie, en créateur d'images, c'est tout naturellement par l'autoparodie de cette création que nous allons commencer. Tournesol encore lui apporte une contribution décisive aux pouvoirs à la fois déformants et pourtant révélateurs de l'image. C'est par une espèce de bande dessinée télévisée et surréalisante où il est question, comme dans le «théâtre sur le théâtre», des Bijoux, c'est-à-dire des héros et de Moulinsart, mais aussi des deux aventures qui ont précédé : écoutons donc son «Supercolor tryphonar». «Notre programme de ce soir vous offre une suite brillante et variée sur le XVIe congrès du Parti moustachique à Szohôd, la vie secrète de l'Homme-des-Neiges, l'affaire du vol de l'émeraude à Moulinsart...» Ainsi Hergé met-il en relation, dans la même phrase et grâce au feu d'artifice télévisuel du professeur L'affaire Tournesol, Tintin au Tibet, et Les bijoux. Or, nous avons vu que le premier de ces albums représentait la suite du cycle lunaire, et que ce cycle pourrait bien, derrière les curiosités que j'ai cherché à en dégager, receler quelque secret. Quant à Tintin au Tibet, j'ai exposé les raisons d'y voir l'issue positive des interrogations soulevées dans le «cycle Haddock» et relatives à la filiation paternelle. Mais c'est encore la version du vol imaginée par les deux Dupondt à laquelle l'émission télévisée fait une large place qui va nous fournir le plus sûr fil conducteur. Les deux policiers, c'est bien connu, ne brillent guère par leur vivacité d'esprit. Nous ne nous étonnerons donc pas de trouver dans leur bouche une explication de la disparition du bijou qui corresponde en tout point... à la disparition de Tchang, dans l'album précédent ! «Or, finalement, le vol de l'émeraude n'a pu être commis que par escalade, et encore, par un homme d'une agilité prodigieuse... Cet homme, nous l'avons démasqué : c'est le singe !» Remplaçons «l'émeraude» par «l'enfant» dans limiers, et nous avons la description de la situation par laquelle le Yéti, qui s'est attaché à Tchang, tente de dérober l'enfant aux hommes. Mais cette «vertigineuse escalade», au milieu des blocs de rochers, d'un voleur d'enfant chargé de son butin, rappelle aussi celle par laquelle le chef d'une bande de malfaiteurs enlevait, à la fin des Cigares du pharaon, le fils unique d'un maharadjah. Nous avons vu qu'Hergé, alors, s'en tenait à l'accomplissement exemplaire d'une authentification réciproque : à l'émouvant «Père !» de l'un, répondait, dans une harmonie parfaite, le non moins émouvant «Mon fils !» de l'autre. L'événement n'en préludait pas moins aux multiples versions successives que ce thème allait connaître , jusqu'au Tibet, où, comme nous l'avons vu, la réciprocité de la douleur explicite et partagée mettait un terme au cycle paternel à travers la tristesse de Tchang et les pleurs du Yéti. Or, après l'émission de Tournesol rappelant - commémorant - l'événement, tous les spectateurs ont les yeux rouges... «Je pleure comme une Madeleine», dit quelqu'un, pendant qu'une larme bien visible tombe de l'œil de la Castafiore. Hergé ne pourrait-il évoquer le dénouement du Tibet et la mise en scène qui s'y trouve de la douleur paternelle de séparation sans communiquer à ses personnages un peu de la tristesse du Yéti ? Son dessin même ne tremble-t-il pas d'ailleurs à ce moment comme lorsque des larmes brouillent le regard ? Cette mobilisation autour de la disparition de l'émeraude, des images et des émotions qui ont présidé à l'enlèvement de Tchang, puis à sa séparation du Yéti, pourrait bien nous mettre sur la voie des représentations dont Les bijoux sont porteur. Tout comme le chevalier hantait le capitaine, les héros de Moulinsart vont se révéler habités par le souvenir du Trésor, et l'album des Bijoux hanté par les signifiants et les représentations attachés à l'ancêtre. C'est sous le regard sévère de la statue du chevalier de Hadoque que se déroulent les épisodes principaux des Bijoux : pertes et retrouvailles successives des pierres précieuses, enregistrement télévisé de la cantatrice, découverte par Tintin du subterfuge du pianiste Wagner. Et la salle de marine du château déjà chargée des témoinages du chevalier à la recherche de son roi devient progressivement le témoin d'une autre quête, celle de la Castafiore à la recherche de ses bijoux. La présence insistante du fétiche de l'ancêtre représenterait-elle ici, tout comme Baxter dans l'aventure lunaire, un rappel de la filiation paternelle ? Nous reviendrons sur ce point. En tout cas, lorsque la cantatrice nous dit avoir entendu un fantôme dans le grenier du château, nous ne pouvons pas ne pas penser à cet autre grenier où le capitaine découvrait, dans un coffre, les premières traces de son fantôme à lui, le chevalier de Hadoque. Conformément à la circularité de tant de constructions hergéiennes (mais n'est-ce pas la logique de toute recherche sur soi-même de prendre fin justement là où elle avait commencé ?), c'est encore dans un coffre que Tintin découvrira la cause de la frayeur de la Castafiore. Encore aura-t-il dû, cette fois, y rentrer tout entier... comme Milou au début du Congo. Mais alors que le petit chien y mettait en fuite une araignée, Tintin, qui a déjà tellement contribué à mettre au jour le secret de l'aïeul en découvrira une ultime représentation... Mais nous n'en sommes pas encore là. Auparavant chacun des héros aura, à sa façon, rappelé la continuité souterraine qui lie Le trésor et Les bijoux : le capitaine , en prêtant la salle de marine pour les manifestations vocales du perroquet milanais; la Castafiore elle-même, en évoquant le temps où Nestor était au service des frères Loiseau, premiers découvreurs des parchemins et chasseurs malheureux du trésor; Hergé, par une note, qui souligne cette intervention de la cantatrice et renvoie le lecteur au Secret de la Licorne; enfin Tintin, que la disparition de l'émeraude et les cris de la Castafiore surprennent dans la lecture d'un roman dont fait-unique dans l'œuvre de dans l'œuvre de Hergé - le titre nous est révélé sans ambiguïté : L'île au trésor ! Serait-ce là le livre dont l'auteur nous invite à la lecture afin de pouvoir, tout comme Tintin, accéder au mystère de la disparition de l'émeraude ? Mais l'île au trésor d'Hergé c'est, comme nous l'avons vu, l'île au faux trésor et au vrai secret, celui de l'ancêtre caché dans les fondations de Moulinsart, secret qui s'avère être, en dernière analyse, la relation d'un père à son fils. Ces rapprochements opérés par Hergé pourraient bien nous indiquer la voie d'un parallèle, et nous engager à faire de la relation de la Castafiore à son bijou le lieu de représentation d'une relation maternelle. Après «l'île» et son trésor, l'«elle» et son bijou. Après le «trésor» secret du père, le «bijou» officiel de la mère. Ainsi la continuité qui lie Le secret de la Licorne, Tintin au Tibet, et Les bijoux de la Castafiore devient-elle claire : après l'enfant non reconnu par son propre père (le chevalier fils bâtard du roi Louis XIV), après l'enfant volé mais reconnu par la tristesse de son parent adoptif (Tchang enlevé par le Yéti), l'aventure de Moulinsart nous propose la mise en scène d'un enfant à la fois officiel - les bijoux appartiennent bien à la Castafiore - et pleuré au moment de sa disparition. Il est vrai que les confidences de la cantatrice nous avaient déjà mis sur la voie. Le bijou est un cadeau du maharadja de Gopal, le premier homme, nous dit-elle, avec qui les journalistes l'aient «mariée». Le cadeau ne peut être plus clairement restitué à sa première fonction symbolique de signifier l'enfant ! L'émeraude elle-même n'évoque-t-elle pas dans sa forme l'un de ses symboles les plus courants, l'œuf ? Quant à sa propriétaire, elle est comparée successivement dans l'album à deux oiseaux, le perroquet et la pie, avant que la «gazza ladra» (c'est-à-dire la «pie voleuse») ne donne à Tintin l'idée «qu'un autre volatile a pu dérober cet œuf pour le mettre dans son nid». Alors, comme pour retrouver Milou enlevé à New York, puis le fils du maharadjah dans les Cigares, comme dans le Temple, puis le Tibet, Tintin devra s'élever sur une cime pour retrouver «le joyau». Au dénouement de la soixantième page du troisième album après le début des Aventures correspond, selon une circularité à laquelle Hergé nous a habitués, le dénouement de la soixantième page du troisième album avant la fin de ces mêmes Aventures : à la restitution, par Tintin, du fils du maharadjah à son père, répond la restitution, toujours par Tintin , de son bijou à la mère inconsolable. L'histoire se répète toujours deux fois : après le dénouement douloureux du Tibet, Hergé reprend les enjeux de cet album pour une représentation domestique. Après les angoisses et les menaces du désert glacé, il nous convie à une petite fête familiale. Après le Yéti, monstre silencieux et invisible, il confronte ses héros à l'omniprésence bruyante de la Castafiore. Seul subsiste le schéma central du dénouement, perte finale et douleur de séparation. Dans le Tibet, il s'agissait pour la première fois d'une séparation définitive et d'une tristesse partagée : le Yéti s'y trouve brutalement « rendu à sa solitude», comme les parents d'un enfant qui leur serait soudain retiré. Dans Les bijoux, la tristesse est pour la première fois celle d'un personnage féminin tristesse qui plus est authentifiée par voie de presse et la séparation est, pour la première fois, prévue. «Mon bijou va disparaître», ne cesse de nous dire la chanteuse. La séparation des enfants, en effet, n'est couverte par aucune assurance, et il ne reste que la possibilité de tenter peu à peu de se familiariser avec leur départ... La Castafiore est insouciante. Elle parle de ses bijoux ou bien elle chante un air qui les concerne; et soudain, elle pousse un cri d'angoisse : «Ciel, où sont-ils ?» Ne les voyant plus - mais comment pourrait-elle les voir puisque c'est elle-même qui les a cachés ? -, elle les considère comme perdus. Désespoir, vertige, la diva s'effondre. Tout le monde s'affole. Elle se souvient soudain avoir rangé leur coffret. Ou bien, mieux encore, elle soulève un coussin et les découvre : «Ah, les voilà !» C'est «l'air des bijoux», nous dit le capitaine. Cette activité, à vrai dire, n'est pas non plus sans évoquer le «jeu de la bobine» décrit pour la première fois par Freud en 1920 et devenu depuis l'un des grands textes classiques de la littérature psychanalytique. Rappelons que Freud observait alors son petit fils Ernst, âgé de dix-huit mois, jeter une bobine loin de lui de telle façon qu'il ne la voyait plus , puis la ramener vers lui à l'aide d'une ficelle qui lui était attachée. Comme dans le «jeu avec les bijoux», la réapparition de l'objet succède à sa disparition et provoque l'émerveillement de son propriétaire. Dans les deux cas également un cri vient ponctuer les deux moments du jeu. Dans le cas du jeu de la bobine, l'exclamation «ooo !» ( où Freud crût reconnaître le «for» allemand signifiant «loin») accompagne la disparition du jouet; et le «aaa !» ( où Freud crut reconnaître le «da» allemand signifiant le retour à la proximité) salue son retour. Dans le cas de la Castafiore, ce sont : «Ciel , mes bijoux ?» (sous-entendu «où sont-ils ?»); puis «Ah, les voilà !» Un peu comme dans le jeu du «coucou le voilà» en quelque sorte... Malgré ces analogies, le jeu de la Castafiore avec ses bijoux présente pourtant plusieurs différences capitales avec le jeu de la bobine. La première concerne le fait que ce jeu, chez Hergé, ne concerne pas un enfant, mais une femme mûre dont tout nous donne à penser qu'elle soit en situation de représenter la mère des premières relations. Autre différence : la relation de la Castafiore avec son émeraude ne se limite pas aux deux phases du fameux jeu : à l'enchaînement des disparitions et réapparitions succèdent la disparition effective du bijou, puis le caractère «inconsolable» de la Castafiore. Plus encore : tout semble fait, à la fin de l'album, pour nous faire douter que l'émeraude ne rejoigne jamais la chanteuse. Certes, la perspicacité de Tintin a finalement permis de la retrouver... après le départ de sa propriétaire. Mais Tournesol, le mieux placé pour la lui restituer puisqu'il part en voyage à l'endroit même où celle-ci se trouve, refuse de s'en charger. Haddock et Tintin acc??tent alors de faire confiance aux Dupondt... qui l'ont déjà perdue une fois à la page précédente. L'image de leur départ pour cette délicate mission est aussi celle où ils s'accusent cette fois mutuellement ! d'avoir égaré le joyau ! La chanteuse risque bien de se réjouir prématurément à l'arrivée du télégramme annonçant la restitution de sa pierre ! Mais comment comprendre ici l'enchaînement d'une perte réelle venant après des pertes simulées ? A moins d'attribuer cette construction dramatique au hasard, elle ne peut reposer que sur un lien de causalité : c'est parce que son «bijou» (c'est-à-dire son enfant) allait être séparé d'elle que la Castafiore «jouait» à se familiariser avec cette disparition; et c'est parce qu'elle s'est familiarisée avec cette disparition que celle-ci peut advenir, de telle façon que la chanteuse en soit meurtrie sans en être mortifiée, et «inconsolable» sans en être désespérée. Mais le jeu avec les bijoux diffère encore du jeu de la bobine sur un point essentiel : la Castafiore, sitôt qu'elle prononce le nom de ses bijoux (ou qu'une association d'idée en rappelle l'existence à sa mémoire) s'angoisse de ne les revoir jamais. Qu'ils soient assurés ou non, la cantatrice n'est, elle, jamais assurée de leur permanence. En d'autres termes (et pour reprendre ceux par lesquels nous avons évoqué le jeu de la bobine), la perte du lien visuel avec eux ne paraît pas compensée par une représentation interne qui en assure la stabilité. La Castafiore ne peut échapper à l'angoisse de leur absence qu'en les rappelant à sa vue... à moins d'en oublier totalement l'existence, ce qu'elle fait effectivement assez souvent.
Si l'enfant apprend à maîtriser l'absence - c'est-à-dire finalement à se séparer de sa propre mère - à travers la maîtrise des disparitions et réapparitions successives d'un objet en tenant lieu, n'est-il pas logique de penser qu'il se représente l'adulte se familiarisant avec son absence à lui de la même façon ? Or, c'est justement, comme nous allons le voir, ce caractère de jeu supposé à la mère, par l'enfant, sur le mode de sa propre activité ludique d'apprentissage de la séparation, qui peut rendre compte des particularités du «jeu des bijoux». D'une part, donc, Hergé prête à un personnage maternel aux prises avec la possibilité du détachement une activité calquée sur le jeu par lequel l'enfant se familiarise lui-même avec l'idée de la séparation. Mais, d'autre part, ce modèle de l'enfant se détachant de sa mère n'est pas utilisable tel quel dans la confection du fantasme de la mère se séparant de son enfant. En effet, le premier temps du jeu - celui de la mise à distance de l'objet - constitue le moment indispensable à la manifestation de l'agressivité de l'enfant à l'égard de l'objet. Si ce temps était maintenu dans le jeu que l'enfant prête à sa mère sur le modèle du sien propre, cela correspondrait au rejet, par la mère, de son enfant. Or nous avons vu que c'était justement la représentation inverse qui motivait toute cette mise en scène, et que le jeu de la bobine imaginé à la mère n'était là que pour permettre la constitution résolutoire du fantasme de la mère attristée de la séparation. C'est ce caractère du jeu des bijoux d'être un fantasme de désir de l'enfant concernant sa propre mère qui rend compte de la transformation en moment d'angoisse du premier temps du jeu, celui où s'exprime normalement l'agressivité du sujet vis-à-vis de l'objet qu'il éloigne de lui.
Les bijoux ont été pour Hergé, de son aveu même, un album contemporain de la résolution de nombreuses difficultés. Restons-en pour l'instant à la problématique de séparation telle qu'elle y trouve son illustration et son dénouement. Nous avons déjà évoqué les avatars successifs de la relation du reporter et de son chien, puis les enlèvements d'un fils à son père comme autant d'occasions de séparations temporaires et de retrouvailles. La séquence répétitive du «jeu des bijoux» donne la forme la plus élaborée - parce que maîtrisée - de cet apprentissage. Mais cette séquence une fois distinguée dans Les bijoux, il devient possible d'en mettre en évidence deux précurseurs dans les albums précédents. La première séquence met en scène Tintin, et concerne essentiellement, par sa fréquence, la première moitié de l'œuvre d'Hergé. Le héros y suit un personnage, puis il le perd des yeux. «Où est-il passé», dit le reporter. Le plus souvent un coup sur la tête - frappé par le «disparu» - vient mettre fin à ses questions. Parfois, c'est la découverte de quelque porte secrète. Il arrive également que ce soit le héros lui-même qui mette un personnage dans cette situation : «Tiens je ne le vois plus», et «Paf !», c'est Tintin ! Toujours en tout cas, on retrouve la séquence disparition-réapparition : séquence brutale, lorsque le personnage «disparu» a contourné le héros; séquence ralentie lorsque la découverte d'une cachette anticipe sur la découverte du coupable. Dans tous les cas également (et c'est peut-être le plus important) la disparition hors du regard est soulignée par le texte. Mais ce qui est ici une redondance gratuite du point de vue de la bande dessinée apparaît au contraire comme une nécessité à partir du moment où ce qui est en cause pour Hergé - c'est-à-dire pour l'enfant qu'il nous dit lui-même être au moment de son activité graphique - c'est justement l'élaboration symbolique de l'absence. Le texte ne vient plus alors redoubler une information visuelle, il vient lui donner son sens, celui d'une question opposant la perception (dans le temps qui précède) à la représentation psychique («j'y pense toujours et je ne le vois plus»). Alors que cette première séquence est, comme on le voit, toute entière centrée sur l'opposition de la perception et de la disparition, la suivante va superposer à cet enchaînement le thème de la filiation.
Cette séquence est à vrai dire si proche du «jeu des bijoux» qu'on pourrait presque la considérer comme un équivalent de ce jeu s'il n'y manquait la systématisation. Elle apparaît vers le milieu de l'œuvre hergéienne, et a pour acteur Tournesol : le professeur égare ses découvertes justement lorsque la suite de l'histoire nous apprendra qu'il devait finir par les perdre définitivement : les plans de la fusée expérimentale, dans Objectif lune, jetés distraitement par lui dans sa corbeille à papiers; et les microfilms de son invention guerrière, dans L'affaire Tournesol, oubliés sur sa table de nuit alors qu'il croyait les avoir cachés dans le manche de son parapluie. Dans les deux cas, la destruction sera finalement jugée nécessaire de peur que son invention ne lui échappe. Enfin, c'est aussi parce que les objets concernés sont les découvertes du professeur, c'est-à-dire ses enfants spirituels, que les éloignements temporaires préludant à la séparation définitive peuvent être considérés comme une première ébauche du «jeu des bijoux». Nous verrons plus loin le sens à donner au fait que cette première ébauche - cette répétition générale -concerne un vieil homme. Remarquons déjà que non seulement c'est avec Les bijoux que la séquence en cause y sera pour la première fois le fait d'un héros féminin, mais encore que, pour la première fois également, l'objet considéré comme perdu ne l'aura en fait pas été, et que la «victime» de la disparition semblera trouver, dans cet événement, l'occasion d'un épanouissement sans précédent. Car le dénouement nous réserve encore deux surprises. Tout d'abord, le voleur (ou plus précisément la voleuse) se révélera être la «gazza ladra», c'est-à-dire... la Castafiore elle-même ! Grâce à l'artifice d'une métaphore - l'intitulé du rôle joué par elle à Milan - il nous est dit que la Castafiore n'a rien perdu. Son bijou, bien qu'il se soit «envolé», l'attendait en quelque sorte toujours à Moulinsart, seulement changé d'écrin, changé de nid. Un peu à l'image de Haddock en quelque sorte, «échappé» de la Castafiore pendant toute la durée de son séjour à Moulinsart, et pourtant prêt à l'accueillir à nouveau au moment de son départ.
Quant à la seconde surprise du dénouement, elle passe comme tant d'autres dans cet album par la voix des médias : la Castafiore «inconsolable de la perte de son plus beau bijou» connaît à la Scala de Milan un «triomphe sans précédent» pour une «interprétation inoubliable». Après le cri du désespoir poussé à la fin de Tintin au Tibet, c'est le triomphe du bel canto. Est-il possible d'imaginer deuil plus créateur ? Quant au capitaine, il chante à son tour l'air de la séparation : «Elle s'en va, elle s'en va», fredonne-t-il en parlant de la Castafiore. Mais comme le reflet de celle-ci lui apparaît dans un miroir, il change quelque peu les paroles : «Elle s'en va, elle s'en va, ma douleur.» Or nous avons vu que c'était la douleur supposée par le fils à son père qui permettait l'accomplissement de la séparation dans le cycle paternel. De même c'est ici l'arrivée du mot «douleur» là où la mise en scène appelait «la Castafiore» (c'est-à-dire le personnage en position maternelle), qui marque le moment de la séparation. L'air chanté par Haddock pourrait bien alors signifier : «Elle peut partir, la matrone qui m'a hanté pendant près de 60 pages ! Elle peut partir, puisqu'il est acquis qu'elle souffre !» Le plâtre qui immobilisait le capitaine et rendait encore possible la sollicitude maternelle et ses excès n'a plus lieu d'être. Et la douleur même du pied peut disparaître.
La souffrance de la «cheville» n'était-elle pas elle-même une métaphore de celle de la «jeune fille», alias Bianca la Chaste Fleur, quelle tentait de signifier sur le corps même de l'objet des soins maternels ? (Serge Tisseron, Tintin chez le psychanalyste, essai sur la création graphique et la mise en scène de ses enjeux dans l'œuvre d'Hergé, 1985 - books.google.fr).
"En ne donnant pas au capitaine Haddock son véritable patronyme, la Castafiore incarne bien la gardienne du secret." (Serge Tisseron) (Frederic Grolleau, Après, Tintin..., 2009 - books.google.fr).
Au contraire, ainsi, elle le révèle.
Le narcissisme de la Castafiore est prouvé par sa propre photo sur la table de maquillage de sa chambre au château de Moulinsart.
Marguerite est une frêle jeune fille qui s'est donnée par amour, qui a causé la mort de sa mère et de l'enfant qu'elle a eu de Faust. A la fin du premier Faust, alors qu'elle pourrait être sauvée par le sortilèges sombres de Méphistophélès, elle renonce à la vie, à tout amour humain, se jette volontairement dans cette expiation qu'est la mort, mais garde cependant au cœur ce grand amour pour celui à qui elle s'est donnée. C'est cet amour plus fort que la mort qui sauvera Faust, c'est cet amour que Gœthe symbolise par des roses blanches qui mettent en fuite, par leur parfum, par leur éclat, les hordes obscures que Méphistophélès a rassemblées pour s'emparer de l'âme de Faust. Ainsi Marguerite est plus humaine que Béatrice, elle a souffert, elle a failli, elle a aimé, et ce sont ces souffrances mêmes qui l'ont élevée au niveau des saintes et des inspiratrices. Néanmoins Marguerite comme Béatrice ne peuvent être rencontrées, dans la pure lumière de la divinité, que par l'effort acharné, sans répit, des âmes qui ont senti en elles-mêmes l'amour que ces femmes d'élite, émanation du divin, peuvent inspirer. Et Dante, avec une extraordinaire finesse de psychologie, précise ce que doit être cet effort. Voici en effet ce que dit Virgile en quatre mots qui peuvent vraiment servir de devise, de mot d'ordre pour toute âme éprise de noblesse intérieure : Nessun tuo passo caggia. Certes, il arrive des moments où l'on ne se sent plus soutenu, où l'âme est obscure, entourée de nuit, et le poète reviendra sur cette idée aux vers 42 et suivants du chant VII; alors il convient de s'arrêter, mais jamais de redescendre. Il faut, au contraire, tant qu'il fait jour, tant que l'on aperçoit le but immédiat, tendre ses énergies à l'extrême; c'est par l'effort prochain que l'on se dirige vers le sommet, même s'il vous paraît, au point où vous en êtes, si haut, si haut que vous ne voyez pas comment vous pourrez jamais y parvenir. Tel est le sens profond des vers suivants : Lo sommo er'alto che vincea la vista, e la costa superba piú assai che da mezzo quadrante a centro lista. lo era lasso, quando cominciai; «O dolce padre, volgiti e rimira com'io rimango sol, se non ristai» «Figliuol mio, disse, infin quivi ti tira», Additandomi un balzo poco in súe, che da quel lato il poggio tutto gira. Si mi spronaron le parole sue , ch'io mi sforzai. (Georges Méautis, Dante, l'antépurgatoire, essai d'une explication, 1944 - books.google.fr).
Musique et Purgatoire
Le chant de pénitence trouvera naturellement sa place au cœur du «Purgatoire», mais en version monophonique uniquement, car les repentants n'ont pas encore rejoint l'harmonie. Ils doivent travailler en commun, intimes et soudés dans leur recherche. Libérés du chant des sirènes et autres musiques triviales, les psaumes chantés agiront sur les âmes comme un médicament ainsi que le voulait David soulageant Saül de ses angoisses, relayés par Thomas d'Aquin dans ses prières. Saint Augustin ne chantera-t-il pas à tue-tête lors de son baptême ? La musique médecine de l'âme !
Le premier psaume cité dans «Le Purgatoire» sera In exitus Isräel de Aegypto qui peut être vu comme la libération du péché avec l'idée d'une nouvelle naissance. Il evoque l'exode des Hébreux qui vont quitter pharaon pour la terre promise et errer dans le désert sous la houlette de Moïse. Emportent-ils les secrets des prêtres du Nil dans leurs psalmodies, leurs cantillations qui affectent l'esprit, élèvent l'âme et d'où naîtront les chants grégoriens qui enfanteront les polyphonies dont ils constituent le support ? Est-ce à cela que songeait Marcile Ficin, tentant d'en retrouver les mysterieux accords sur son luth, comme plus tard Leonard Cohen de sa belle voix grave cherchant l'accord secret que jouait David ? Hallelujah ! Hallelujah, qui se prolonge traditionnellement à l'office par le Veni Sancte Spiritus...
La place d'honneur dans la musique du «Purgatoire» reviendra naturellement au prince des psaumes de pénitence, le Miserere. Il apparaît deux fois, en alternance de chœurs monophoniques comme dans les monastères, ou entrecoupé de versets joués à l'orgue. On le retrouve tout d'abord chez les négligents, il réapparaîtra à l'étage des gloutons : le péché originel, transmis par la bouche, guérira par la bouche. Après avoir dévoré la «figue» elle sera purifiée par l'ingestion du sang et du corps du Christ, et par les chants qu'elle expirera, élément constitutif de la liturgie et non simple option ornementale. Les anges musiciens accueilleront bientôt les pénitents et, à chacune des sept corniches gravies vers le Paradis, une voix douce et suave chantera l'une des Béatitudes. C'est encore guidé par leur chant que le poète traversera les flammes qui l'aveuglent et le séparent du Paradis terrestre.
Le Miserere éclatera enfin dans toute sa splendeur polyphonique avec l'arrivée de la belle Béatrice précédant la confession de Dante et le départ de Virgile, le chant grégorien demeurant à la partie du ténor et supportant les voix supérieures, et l'on ira même jusqu'à danser aux accords du chant céleste comme dans un gospel de Harlem : «Tourne ton saint regard, tourne-le Beatrice/comme le dit la chanson; vers ton fidele/qui, pour te retrouver, fit un si long voyage !» Les yeux de Béatrice (et son sourire) transporteront Dante au Paradis (Pierre Lemarquis, L'Empathie esthétique : Entre Mozart et Michel-Ange, 2015 - books.google.fr).
En musique, la monodie ou monophonie, opposée à la polyphonie, est une mélodie exécutée à une voix, avec ou sans accompagnement (fr.wikipedia.org - Monodie).
Comme les vocalises de la Castafiore.
Les marches du Purgatoire
Mon Guide, me voyant sans crainte, monta par le rempart, et moi derrière lui, vers la hauteur. Lecteur, tu vois bien comme j'élève mon sujet, et partant ne t'étonne point si avec plus d'art je le rehausse. Nous nous approchâmes, et déjà nous étions en un lieu où d'abord il m'avait paru qu'était une brèche, comme la fente d'un mur. Là je vis une porte, et au-dessous, pour y monter, trois degrés de couleurs diverses, et un portier qui ne disait rien encore. [...]
Là nous vînmes. La première marche était de marbre blanc si poli et si lisse, que je m'y voyais comme en un miroir. La seconde, plus noire que pourpre, était d'une pierre raboteuse et grillée, brisée en long et en travers. La troisième, qui au-dessus se durcit, me paraissait de porphyre aussi rouge que le sang qui jaillit de la veine. Sur celle-ci tenait les deux pieds l'Ange de Dieu assis sur le seuil, qui me semblait de diamant (Chant IX) (La Divine comédie de Dante Alighieri : Le Purgatoire, Tome 2, traduit par F. Lamennais, 1855 - books.google.fr).
La porte est précédée de trois marches de couleurs différentes, et qui représentent la contrition, la confession et la satisfaction, les étapes du sacrement de pénitence (Christian Heck, L'échelle céleste dans l'art du moyen âge, Une histoire de la quête du ciel, 1999 - books.google.fr, François Mégroz, Lire "La divine comédie" de Dante, "Le purgatoire. II, 1994 - books.google.fr).
Mon génie va prendre un nouvel essor. In vient de quitter des flots trop orageux. Il va voguer sur une mer plus paisible. Je vais chanter le second séjour, où l'âme se purifie pour se rendre digne d'être élevée jusqu'aux cieux. Muses sacrées ! c'est à vous à faire revivre aujourd'hui les charmes de la poésie. Calliope, daignez m'inspirer. Que mes accens découragent les misérables poëtes, dont les chants imitent ceux de la pie importune. Dès que j'eus quitté le séjour des ténèbres, un ciel pur et serein s'offrit à mes yeux : il étoit peint de la couleur douce et charmante d'un saphyr oriental. A cette vue, la joie rentra dans mon cœur. Déjà la belle étoile du matin, qui invite à l'amour, embellissoit l'horison du côté de l'orient; déjà sa lumière éclipsoit le signe des poissons qui lui servoit d'escorte. Je ne pouvois me lasser de considérer ce nouveau pôle, et j'y apperçus quatre étoiles, qui ne furent connues que par nos premiers pères. Le ciel paroissoit glorieux de leur éclat. Ô septentrion, quelle privation pour toi de ne pas jouir de ce brillant spectacle ! En vain, portant mes regards du côté de l'autre pôle, je cherchai la constellation du char de David : elle avoit disparu. Je vis près de moi un vieillard vénérable : il se promenoit seul. Sa vue m'inspira plus de respect qu'un fils n'en a quelquefois pour son père. Il avoit une longue barbe: ses cheveux blancs tomboient sur ses épaules. Les rayons des quatre étoiles saintes éclairoient son visage à un tel point, qu'on l'eût pris pour un soleil. Apprenez-moi, nous dit-il, en faisant un léger mouvement de tête, qui vous êtes; comment vous avez pu vous échapper de la prison éternelle, et passer le noir Achéron ? qui vous a servi de guide ? quelle lumière a pu vous éclairer, pour sortir de cette nuit profonde qui couvre les abîmes des enfers ? Les loix de ce royaume sont-elles révoquées ? Le ciel a-t-il changé ses décrets ? Se peut-il que les damnés pénètrent jusques dans mon empire ? Virgile alors m'ordonna de m'incliner, de saluer respectueusement, et dit à Caton: ce n'est pas de mon propre mouvement que je viens dans ces lieux. Béatrix est descendue du ciel, et m'est venu trouver. C'est à sa prière, que j'accompagne celui que vous voyez. Que vous dirai-je de plus, touchant notre sort, pour satisfaire à vos justes demandes ? Il n'a point encore perdu la vie; mais, parsa faute, il s'est vu bien près de la perdre. J'ai été envoyé pour le sauver, et je ne pouvois suivre d'autre route. Je lui ai fait voir tous les habitans de l'enfer. Mon projet est maintenant de lui montrer les esprits qui se purifient sous vos loix. Il seroit trop long de vous expliquer de quelle sorte je l'ai tiré des abîmes de l'enfer. C'est une puissance d'en-haut qui m'a prêté son secours, pour le conduire dans ce séjour. Daignez le recevoir avec bonté. Il cherche la liberté, si chère vous le savez à tout homme raisonnable; la liberté, pour laquelle vous avez, dans Utique, quitté votre enveloppe mortelle, qui reparoîtra brillante au jour du jugement dernier. Au reste, les loix éternelles n'ont point été interverties pour nous. Celui-ci vit encore, et moi, quoique privé de la vie, je ne suis point soumis à l'empire de Minos. J'habite le même cercle que la chaste Marcia, votre épouse. On lit encore dans ses yeux l'attachement qu'elle eut pour vous. Je vous en conjure, au nom de son amour laissez-nous parcourir vos se royaumes. Je l'en remercierai, si vous permettez que l'on fasse mention de vous dans ces lieux souterrains. Caton répondit: Marcia m'a été chère tant que j'ai vécu, et je ne lui ai rien refusé. A présent qu'elle habite au-delà du Styx, elle ne peut rien obtenir de moi; la loi qui m'est prescrite, me le défend. Mais si Béatrix vous protège, comme vous le dites, sa recommandation suffit (Chant I) (Dante Alighieri, Divine Comédie, Tome 2, 1796 - books.google.fr).

Divina Commedia, Purgatorio, canto II, stampa smarginata stampa di invenzione ca 1497, catalogo.beniculturali.it
P
Par les trois degrés, mon Guide, que volontiers je suivais, en haut me tira, disant : - Demande humblement qu'il ouvre la serrure. Dévotement à ses pieds je me jetai; par miséricorde je demandai qu'il m'ouvrit; mais, auparavant, trois fois je me frappai la poitrine, Sept P sur mon front il traça avec la pointe de l'épée, et : «Quand tu seras au dedans, aie soin de laver ces plaies,» dit-il (Purgatoire, Chant IX).
Ces sept P indiquent les sept péchés capitaux qui s'expient dans les cercles que Dante va parcourir. (Félicité Robert de Lamennais, La Divine comédie: Le purgatoire. Le paradis, de Dante Alighieri, 1883 - books.google.fr).
De nombreux mots d'initiale P parcourent l'album des Bijoux : Poupée (p. 10), Plâtre (p. 8), Pipe (p. 8), Perroquet (p. 9), Piano (p. 18), Pie (p. 20), Pétales (p. 24), Peuplier (p. 59), Police (pp. 28-39), Projecteur (pp. 30/31), Pendule (p. 46), Perchoir, Photographes (Paparazzi), Pierres Précieuses (comme bijoux) et Pouce (d'Ubald).
Poupée, plâtre, pétales et pipe ("une bonne pipe") peuvent être vus comme des Pansements (ou consolation). On remarque que la morsure de Miarka ("petit ange") n'en nécessite aucun.
Puis il y a aussi, et positivement cette fois, ces blessures ouvertes qui jamais ne se referment - vulnus, plaie ou lésion - impossibles à soigner et qu'il ne faut pas panser, car la plaie ouverte demeure à jamais la marque de l'éternel appui sur l'autre : «Et il y a des blessures qu'il ne faut pas guérir, car elles sont sources de notre amoureuse intimité avec notre plus haute tâche, celle que nous avons, à l'impossible, reçue sans l'avoir cherchée». Seule cette dernière blessure, celle qui s'ouvre à ne jamais se refermer, devient alors aux dires de Chrétien, «à jamais l'éponyme de Jacob, un étrange éponyme puisque dans cette lutte même avec l'ange où il fut enfin blessé, il reçut enfin de changer de nom, et de devenir, de Jacob, désormais Israël». Trace éternelle donc, blessure indélébile. Ainsi en va-t-il de cette chair de Jacob grevée d'une «boiterie» ou d'une «faiblesse» qui, pour lui-même et pour ses douze tribus qui en seront sa descendance, ne sera jamais réparée : «Il boîtait de la hanche. C'est pourquoi les fils d'Israël ne mangent pas de la cuisse qui est à la courbe du fémur, aujourd'hui encore» (Gn 32, 32-33). (Camille Riquier, Jean-Louis Chrétien et la philosophie, 2024 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Jean-Louis Chrétien).
La Castafiore déforme le nom de Haddock, blessé d'une entorse, perpétuellement. "Allô j'écoute..." : "Ecoute Israël...".
De plus, la doctrine kabbalistique de l'homme et son âme a pour support le problème eschatologique de la croyance qu'après la mort, l'âme passe au-dessus d'une rivière de feu, sorte de purgatoire, pour arriver au Paradis céleste, ainsi qu'au royaume auquel les anciens kabbalistes se referent par le terme de Tseror Ha-Haïm, le faisceau des vivants, qui qualifie la vie éternelle. [...] Du XVIe au XVIIIe siècle, la profusion d'ouvrages de codifications mortuaires témoignerait, en premier ressort, de l'intérêt porté à la mort et à ce qui s'y attache, mais en seconde analyse, on constate que les ouvrages mortuaires les plus couramment utilisés sont établis à partir d'un même tronc commun : le Maavar Yabok écrit par Aaron Berachia de Modène (publié pour la première fois à Mantoue en 1626, puis réédité soit en versions intégrales, soit en abrégées jusqu'au XIX siècle, ans la plupart des communautés). On observera que le titre de ce traité fait référence à la rivière de feu dont il a été question, en s'intitulant le Passage du Yabok. De sorte que l'importante diffusion dont il sera l'objet dans les communautés juives contribuera à affirmer et véhiculer les postulats de la Kabbale (Sylvie-Anne Goldberg, La Bible dans les attitudes juives face à la mort, Le Siècle des Lumières et la Bible, 1986 - books.google.fr, Yearbook of the Central Conference of American Rabbis, Volume 23, 1914 - books.google.fr).
Pies dans la littérature
Morro, l'oncle de Procolo, avait en grande considération la pie-gardienne, l'oiseau noire. Sa mission consiste à annoncer les visiteurs (étrangers, intrus ou même revenants ?) qui montent en direction de la maison du colonel. Mais la pie est exceptionnelle à d'autres titres. Elle parle, bien sûr (ne dit-on pas que les pies sont bavardes ?) mais surtout elle compose des poèmes. Elle récite son dernier chef-d'oeuvre au moment de mourir, tuée de la main du colonel excédé des nombreux faux signaux qu'elle a lancés cette nuit-là. Cette mort se produit en période de lune décroissante car on retrouve dans le roman le schéma classique; lune croissante / surcroît de force lune décroissante / mort ou événement plutôt tragique Après la mort de la pie-gardienne, son activité signalisatrice est reprise par son frère (§ XXI). Le rôle de celui-ci, cependant, s'accroît par rapport à celui de la première pie dans la mesure où il devient l'informateur officiel de Procolo ainsi que son conseiller et confident dans certains cas (§ XXII, XXVIII, XXXVI). Un rapport presque amical s'établit entre eux, qui atténue la triste solitude du vieil homme. Puis intervient un hibou "extraordinairement solennel" (extraordinairement révèle son appartenance à la surnature), qui instruit méticuleusement le procès intenté contre Procolo par les oiseaux de la forêt (§ XXXII). En tant que Président, il requiert la condamnation de l'accusé tout en sachant qu'elle n'est que de pure forme. Cependant, elle a un effet inattendu sur la vie de Procolo puisque son ombre l'abandonne. Or, sans ombre, le colonel n'est plus homme. Le départ de celle-ci est, donc, la marque tangible de sa déchéance présente. Rank a analysé dans Don Juan et le double le rôle de l'ombre comme "représentation de l'âme". Pour Procolo, perdre son ombre, c'est bien perdre son âme et mourir un peu. Le dialogue entre le colonel et son ombre est significatif à cet égard (XXXIII). L'ombre explique parfaitement comment l'harmonie a régné aussi longtemps que l'homme a été droit : "Je me levais si tu voulais te lever, j'ai toujours exaucé ton désir", c'est-à-dire lorsque Procolo était un valeureux militaire et un homme à admirer. Mais à partir du moment où il s'est déshonoré par des actions répréhensibles et infâmes, l'ombre s'est sentie obligée de se démarquer par rapport à l'homme dont elle réprouvait, désormais, les idées et les initiatives, ce démarquage étant une distanciation et la dénonciation critique de la transformation psychologique opérée en Procolo : "Nous sommes trop différents, désormais, crois-moi nous sommes unis depuis 56 ans (...). Mais maintenant c'est fini" (p. 284). Procolo devient comme ces âmes du Purgatoire (Marie-Hélène Caspar, Récit initiatique et discours sur la violence du pouvoir : "Il segreto del Bosco Vecchio", 1982 - books.google.fr).
Il segreto del Bosco Vecchio, deuxième livre de Dino Buzzati, fut publié à Milan, en 1935. L’action se déroule autour du fameux Bosco Vecchio – le Vieux Bois. Tout commence lorsque meurt Antonio Morro, propriétaire respectueux de cette forêt sacrée, et qu’il est remplacé par le colonel Sebastiano Procolo qui, lui, a bien l’intention d’exploiter au maximum les fruits de son héritage. L’autre héritier d’Antonio Morro est Benvenuto, un jeune orphelin de douze ans, dont le colonel Procolo devient donc le tuteur. «Le roman va entrelacer une double structure : les périls dont l’avènement de Procolo, le mauvais maître, menace cette demeure des génies; les aventures qui mettent à l’épreuve Benvenuto, promis à son héritage». Le livre de Buzzati est en réalité un roman d’initiation : Benvenuto est justement à l’âge charnière où commence à s’opérer la transformation de l’enfant en adulte, et il devra passer par plusieurs épreuves (Catherine d'Humières, Voix de la nature et initiation enfantine dans Il segreto del Bosco Vecchio de Dino Buzzati et Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. In: Devenir adulte et rester enfant ?, 2011 - www.persee.fr).
Sept sages (dont les noms sont Vancilles, Anxilles, Lentullus, Malquidas li Tors, Caton de Rome, Joce et Marron) à qui l'empereur Dioclétien confia l’éducation de son fils, vont sauver ce dernier des manigances de sa belle-mère qui veut lui substituer sa progéniture future. Elle l'accuse d'avoir attenter à sa vertu, comme Phèdre, et obtenir de son mari sa mort. Les sages reporteront chacun à leur tour le supplice d'un jour, et sept jours plus tard, selon le rêve prophétique du fils, il sera sauvé. La marâtre, intervernant entre chaque récit des sages, se comparera au miroir que Virgile fit édifier dans une ville et qui avertissait des complots. Caton de Rome, le cinquième sage, raconte l'histoire de la pie gardienne de la maison d'un marchand, l'avertissant de l'infidélité de sa femme. Celle-ci discrédite, par un subterfuge consistant à simuler une tempête, la pie qui avertit son maître d'un dangert inexistant (Marie-Anne Polo de Beaulieu, Le Roman des Sept Sages de Rome d’après le texte de Jean Gobi dans L’échelle du ciel No 520. Éducation, prédication et cultures au Moyen Âge, 1999 - books.openedition.org, Marie-Anne Polo de Beaulieu, Le Roman des Sept Sages de Rome d’après le texte de Jean Gobi dans L’échelle du ciel No 520. Éducation, prédication et cultures au Moyen Âge, 1999 - books.google.fr).
Esmeralda
Esmeralda de Notre-Dame de Paris avaient acclimaté en France l'image de la "petite bohémienne", future héroïne de la littérature populaire (comme la Miarka de Jean Richepin) et de la littérature pour adolescents (comme la même Miarka des Bijoux de la Castafiore). Pour construire le personnage de Carmen, Mérimée se sert des caractéristiques culturelles prêtées à l'ethnie. C'est ainsi qu'il présente la scène de divination dont le narrateur dit avoir été le témoin et la victime :
Dès que nous fûmes seuls, la bohémienne tira de son coffre des cartes qui paraissaient avoir beaucoup servi, un aimant, un caméléon desséché, et quelques autres objets nécessaires à son art. Puis elle me dit de faire la croix dans ma main gauche avec une pièce de monnaie, et les cérémonies magiques commencèrent.
Le caractère documentaire de ce passage n'est peut-être pas aussi évident qu'il paraît. On retrouve là tout bonnement des recettes de description de chambre d'entremetteuse ou de sorcière présentes chez Mathurin Régnier et les satyriques du début du dix-septième siècle, qui les avaient eux mêmes pris aux descriptions de la Célestine (Claude-Gilbert Dubois, Carmen, un cas de réalisme mythophorique, Fantasmographie, technique et imaginaire dans la transcription graphique, 1984 - books.google.fr).
Fille de la grande bourgeoisie ostendaise, Lilian Baels épouse Léopold III en l’an de disgrâce 1941, alors que la Belgique est occupée et que le gouvernement, réfugié à Londres, tente d’organiser la résistance autour du Premier ministre social-chrétien Hubert Pierlot.
Lilian Baels, qui devient princesse de Réthy, est dès lors instaurée marâtre de la nation : séduisante effigie de l’aveuglement d’un roi face au nazisme, intrigante belle-mère de conte de fées, façonnant les futurs rois Baudouin et Albert II. Au sortir de la guerre, ce mariage sera l’un des ferments toxiques de la Question royale — Léopold III devait-il ou non rentrer en Belgique ? — qui divisa le pays entre gauche et droite, Flamands et Wallons, territoires ruraux et industriels. De soubresaut en soubresaut, le roi se résoudra à l’abdication en 1951, cinq ans avant la naissance d’Esmeralda.
Laatste Nieuws, date de mars 2019 : à en croire le quotidien flamand, l’ancien Premier ministre Achille Van Acker — dont les archives viennent d’être rendues publiques — aurait été témoin d’une prétendue idylle secrète entre Baudouin et Lilian, entre le beau-fils et la belle-mère, qui remonterait au début des années 1950.
Quand naît Esmeralda, Léopold III a 55 ans. Avec Lilian de Réthy, il a eu précédemment deux enfants : Alexandre et Marie-Christine, en 1942 et 1951. Sa petite dernière sera la véritable complice de sa nouvelle vie, placée sous le signe des voyages, en Amazonie notamment.

Ex-King Leopold of Belgium (1901 - 1983) sees his two day old daughter, Princess Marie-Esmeralda of Belgium, at the Royal Castle, Laeken, 2nd October 1956. L-R; King Baudouin of Belgium (1930 - 1993), ex-King Leopold of Belgium (1901 - 1983), Princess Marie-Christine of Belgium, Prince Albert of Belgium, later King Albert II of Belgium, Prince Alexander of Belgium, and, held by a nurse, Princess Marie-Esmeralda of Belgium. (Photo by Central Press/Hulton Archive/Getty Images), Qui est la princesse Esmeralda, l'activiste de la famille royale de Belgique ? - www.parismatch.com
Étrange deuxième acte que celui entamé à Argenteuil en 1961, alors que Léopold III est prié par le gouvernement de quitter le château de Laeken, qu’il partageait jusqu’alors avec son fils, le roi Baudouin (Julie Luong, Esmeralda de Belgique, princesse semi-précieuse - www.wilfriedmag.be).
Le Purgatoire de Haddock
Cf. le Purgatoire dans l'album suivant Vol 714 pour Sidney. On n'en sort pas... (nonagones.info - Tintin - Album - Vol 714 pour Sidney).
Le secret de Tintin, comme personnage et comme phénomène, ne réside t'il pas tout justement dans l'offre qu'il propose d'une échappée innocente d'envers cette étouffante matrice qui, certes, le rattrape dès la Syldavie avec l'entrée en scène de la Castafiore, mais que tout le reste de ses aventures l'éduque à purger ? En localisant la sexualité autour de Haddock, qu'elle terrorise, et de Tournesol, qui l'assume de manière cryptique et nocturne mais résolue, l'album des Bijoux de la Castafiore achève cette purge : la sexualité, enfin dite et abordée de front, explicitement dans l'implicite, peut être évacuée... à Milan, hors aventures, là où ils ne sont «jamais allés de peur de rencontrer ce cyclone ambulant» (BDC,7,3,3) - hors du temps, comme le suggère subliminalement le choix de l'endroit : «à mille ans». Toute l'histoire, qu'on dirait centrée sur le vol des bijoux par la pie, est en fait celle d'un viol des bijoux de famille par l'harpie, sans en avoir l'air, c'est le cas de le dire : au moment de la jouissance comblée, (BDC,24,4,1) la Castafiore chante, non plus son air de référence, mais une musique joyeuse, sincère, on ne sait quel air, en fait. Nulle part plus que dans la case BDC,24,3,2, où s'accomplit l'apogée du coït mimé, n'apparait son profil d'oiseau, de harpie, en un gros plan, rare jusque là, et toujours fort chez Hergé. La rose, prise au pied de la lettre, équivaut à «ose» en en ayant l'air... Moyennant la rose, Bianca ose. Sans en avoir l'R. (Philippe Ratte, Tintin, ou, L'accès à soi, 2015 - books.google.fr).
La montagne du purgatoire est couronnée par le paradis terrestre. Dante peut maintenant y pénétrer, n'étant plus marqué par les honteux stigmates du péché. Dans une plaine émaillée de fleurs serpente une forêt, où des milliers d'oiseaux saluent le lever du soleil de leur chant matinal (Édouard Daniel, Essai sur la Divine comédie de Dante, 1873) (nonagones.info - Tintin - Album - Vol 714 pour Sidney).
La composition en abyme est commune à la plupart des voyages spirituels du Moyen Age. L'itinéraire de Dante, dans la Divine Comédie, est rapporté à l'intérieur d'un songe, et les commentaires explicatifs de Virgile, puis de Béatrice, tour à tour pris pour guides, y occupent une large place. Dans Le Purgatoire de saint Patrick, l'aventure du chevalier Owein est contée indirectement, par un triple intermédiaire qui l'authentifie. L'abbé de Sartis, qui tient cette histoire d'un autre moine, Gilbert de Luda, le propre compagnon du chevalier, demande à H. de Saltrey de la rédiger par écrit. Il s'ajoute à cette chaîne de garants un truchement de plus, lorsque la poétesse Marie de France entreprend de traduire ce récit en français, mêlant sa voix au concert déjà complexe des instances narratives.
Plus près de L'Enfer de Marot, la comparaison avec La Seconde Epître de l'Amant Vert montre de ce point de vue une filiation directe. Dans cette «héroïde» animalière, Jean Lemaire donne la plume et la voix au défunt perroquet de Marguerite d'Autriche, qui envoie à sa maîtresse des nouvelles du Paradis des Oiseaux, où il a été reçu «en joye et en lïesse». L'amoureux volatile met tout d'abord en scène le loquace Mercure, qui le guide à travers le «séjour plutonicque» et le Tartare où sont tourmentées les âmes des animaux criminels, du corbeau de l'arche de Noé aux «Griffons hideux, qui mengent gens barbares» (v. 223). Au seuil des Iles Fortunées, où s'étendent les Champs Elysées, séjour des Oiseaux bienheureux, Mercure est relayé par l'Esprit Vermeil, au «caquet doulx» (v. 378), le défunt perroquet de Marie de Bourgogne, qui joue ici le rôle de Béatrice relevant Virgile au sommet du Purgatoire et de là conduisant Dante au Paradis céleste (Frank Lestringant, D'un Enfer à l'autre : Clément Marot et Etienne Dolet, Etudes sur Etienne Dolet, Le théâtre au XVIe siècle, le Forez, le Lyonnais et l'histoire du livre, 1993 - books.google.fr).
La comparaison de Béatrice au perroquet de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire dernier duc de Bourgogne, est déjà mentionnée dans (Paul Hamelius, Introduction à la littérature française et flamande de Belgique, Tome 23, 1921 - books.google.fr).
En période de carême, viande et volaille étaient remplacées par des carrelets, du haddock, des anguilles ou du congre. Au total, les rations montaient jusqu'à 9000 calories (Histoire de la vie privée, Tome 1, 1985 - books.google.fr).
La morsure de Miarka inaugure par ailleurs la série de ces agressions dont Haddock ne cessera d’être la victime. [...] Aussi étrange que cela puisse paraître, Miarka et la Castafiore peuvent être considérés comme les deux faces d’un même personnage. [...] Miarka mord la main d’Haddock. La Castafiore lui présente une rose : une guêpe, cachée dans la fleur, pique le nez du capitaine. [...] La petite fille et la cantatrice sont deux aspects d’une même image – dangereuse – de la féminité. Leurs prénoms, de même longueur et aux sonorités voisines (Bianca, Miarka), le disent à leur manière. Et l’on verra bientôt que la menace représentée par Miarka n’était que peu de chose en regard de celle qu’incarnera la Castafiore (Benoît Peeters, Lire Tintin, Les Bijoux ravis, 2012 - excerpts.numilog.com).
Purgatoire graalien
Quant à Haddock, cette aventure à huis clos le fera ressembler à un personnage clef des récits arthuriens : le Roi Pêcheur, gardien du Graal. Selon Chrétien de Troyes et ses continuateurs, ce prince est méhaigné, terme qui veut dire blessé. On le présente infirme, immobilisé sur une chaise ou son lit. De la sorte, il incarne l'autorité royale affaiblie, lésée, dépourvue de force vive (Paul-Georges Sansonetti, Hergé et l'énigme du pôle, 2020 - books.google.fr).
Le merveilleux chrétien et mystique des romans bretons n'a peut-être pas été sans influence sur Dante et M. Rajna rapproche p. ex. la procession mystique qui apparaît au ch. XXIX du Purgatoire de la procession du Graal dans le château du Roi Pêcheur (Bibliographie : Dante e i romanzi della Tavola ritonda de Pio Rajna, Romania, 1920 - books.google.fr).
Pauphilet a conjecturé que le mystérieux château du Graal, que visite Perceval, était à l'origine un séjour des morts. Il est curieux de remarquer que le poète allemand Henri du Türlin, traitant le même sujet dans son poème de la Couronne a conservé ou retrouvé cette donnée. Ici, le visiteur du château est Gauvain. Il vient de poser, au sujet du Graal, la question que le Perceval de Chrétien avait hésité à formuler; on lui répond : «Nous semblons vivants, mais nous né le sommes pas». Par le fait d'avoir posé la question, il délivre «bien des vivants et des morts». Le souverain du château et son peuple d'âmes en peine disparaissent alors à jamais, ainsi que le Graal lui-même (Francis Bar, Les routes de l'autre monde, descentes aux enfers et voyages dans l'au-delà, 1946 - books.google.fr).
La première particularité du roman réside en ce que Perceval est progressivement réintroduit dans une famille de grands seigneurs dont sa mère, hostile à la chevalerie qui lui a fait perdre son mari et son fils aîné, avait voulu le tenir à jamais écarté. Des rencontres successives lui révéleront l'existence de deux cousines germaines, d'un cousin (le Roi Pêcheur) et de deux oncles (le vieux père de ce dernier et le vieil ermite). Même Gornemant, le pieux vavasseur, découvrira un jour sa parenté avec lui puisqu'il est l'oncle de Blanchefleur, dont tout laisse prévoir qu'elle pourrait devenir l'épouse de Perceval. C'est donc à l'intérieur de sa famille que Perceval semble devoir accomplir sa mission. Le Conte du Graal possède ainsi toutes les caractéristiques d'un «roman familial» que la psychanalyse reconnaît comme un scénario de base de l'inconscient et de l'affabulation fantasmatique ou littéraire. Suit alors ce qu'on pourrait appeler un premier cycle de morale chevaleresque, et qui n'est encore qu'une morale profane. Perceval se tait devant le Graal , parce qu'il n'a pas encore appris à réfléchir sur la signification qui se cache sous toute lettre. On lui a recommandé d'éviter de trop parler et il ne parle plus du tout. Il n'a pas davantage compris que cette épée qu'on lui présentait n'était pas un simple cadeau, mais l'annonce d'une destinée plus haute et d'une mission à accomplir. Fait plus grave : Perceval n'a pas compris que lorsque sa mère s'effondrait, c'était la mort qui la frappait. Dans chacune de ces situations, il a négligé d'aller au-delà des simples apparences, et cela à cause d'une fermeture totale des yeux et du cœur à ce qui dépasse son plaisir ou son intérêt immédiats. Il dévore aussi d'un bel appétit le copieux repas que lui offre le Roi Pêcheur, mais il ne devine pas le sens de ce geste fastueux qui devait pourtant le faire réfléchir, pas plus qu'il ne s'interroge sur l'autre repas (eucharistique) que sert le Graal et qui se compose d'une seule hostie (pâtisserie légère destinée à la communion lors de la messe) offerte à un mystérieux personnage. Perceval n'a pas compris l'universalité de la leçon de Gornemant enseignant qu'il suffit de céder à l'élan de son cœur pour que la nature profonde de chacun actualise toutes ses virtualités; d'où son aveuglement et sa sécheresse, et c'est là toute sa naïveté et son manque d'éveil aux réalités spirituelles. Ce défaut est sans doute humainement incurable. Seule une religion austère qui met au point de départ de l'ascension spirituelle la pénitence et le repentir pourra opérer la transformation radicale dont Perceval a besoin. C'est la célèbre voie purgative, la première des trois voies de la mystique, dont la théorie s'élaborait autour de Chrétien depuis quelques décennies. Le premier degré de cette conversion est l'humilité par laquelle l'homme s'avoue pécheur. Elle est facilitée par la contemplation des souffrances de Jésus-Christ sur la croix; elle trouve son expression la plus sensible et la plus profonde dans le don des larmes dont sera favorisé Perceval; elle se termine par la confession qui efface les péchés, et la communion qui scelle l'union retrouvée avec Dieu. La communication d'une prière (ou litanie) d'invocation des noms secrets de Dieu montre de façon sûre qu'une spiritualité dans la ligne tracée par saint Bernard a exercé ici son influence. C'est la fonction de l'épisode de l'ermite, intercalé dans les aventures de Gauvain (v. 6217-6518), d'apporter ce début d'explication chrétienne, résultant d'une nette intervention de l'auteur sur sa source entièrement profane. Par cet épisode, le roman de Perceval transforme en les christianisant les données de la scène du Graal dans deux directions clairement perceptibles. D'une part, le vieux seigneur à qui on apporte le Graal est désigné à peu près dans les mêmes termes que l'ermite qui avait été défini comme un «saint homme qui ne vit que de la gloire de Dieu». Le vieux roi, dit Chrétien, est «si spirituel qu'il ne lui faut pour vivre que l'hostie qui vient dans le Graal». D'autre part, le Graal est, avec la sainteté du vieux roi, cause qu'une seule hostie lui suffit à chaque repas, car le Graal est «une très sainte chose» (v. 6425), qui transforme l'hostie en transférant sur elle la puissance vivifiante qui est attachée à lui. La nature du Graal n'est pas plus explicitement définie, mais il s'agit d'un objet merveilleux païen qui devient peu à peu une relique dans les propos de l'ermite, l'expression «tant sainte chose» ayant déjà été employée dans Yvain pour désigner précisément une relique. L'épisode de l'ermite accentue ainsi la christianisation d'un épisode qui restait très ambigu dans son premier surgissement romanesque. Une véritable relecture chrétienne des données antérieures du roman semble alors possible. Un être souffrant le martyre, à la suite d'une blessure grave (symbole probable des conséquences d'une transgression érotique), attend de son neveu une guérison physique parallèle à la guérison spirituelle dont Perceval bénéficie auprès de l'ermite, son oncle; un vieillard dont la vie est miraculeusement prolongée par l'action d'un plat sacré, attend lui aussi la venue d'un sauveur qui assurera la succession dynastique, tous ces éléments créent un univers imaginaire à coloration chrétienne, superposé à une donnée païenne transformée mais jamais abolie. De là à penser qu'il d'agit d'un ensemble en outre symbolique, orienté vers l'action en Terre sainte, ce royaume constamment menacé et dévasté, gouverné par un roi incurable qui lance vers l'Europe chrétienne d'incessants appels au secours, il n'y a pas loin, d'autant que Philippe d'Alsace, dédicataire de l'œuvre, est un ardent croisé. On hésite cependant à franchir le pas, parce que tout ici est hypothèse. Il est notamment impossible dans le roman de Chrétien d'assimiler la lance qui saigne à celle du centurion romain Longin dont la légende était cependant connue, avec la goutte de sang tombant sur la main du porteur mais dont il n'est jamais dit nulle part qu'elle saigne toujours. Comme d'autre part un passage du Conte du Graal rapporte qu'elle ravagera un jour la terre de Logres, c'est-à-dire le royaume d'Arthur, on ne voit pas que telle pourrait être la fonction d'une relique chrétienne qui chez Chrétien même est toujours porteuse de miracle ou source de guérison. Et nous ne saurons sans doute jamais pourquoi (c'est-à-dire «à cause de quoi» et/ou «en vue de quoi») la lance saigne. La seule chose qu'on puisse affirmer, c'est que le prodige était assez parlant pour exciter la curiosité d'un jeune chevalier, et qu'il n'y avait pas même besoin de découvrir la lance comme il avait fallu découvrir le Graal pour que Perceval pût voir l'étrangeté de ce spectacle inouï et se demander quelle relation il avait avec ces hôtes non moins étranges. Perceval réfléchira, un peu plus tard, qu'il aurait dû s'informer, et lorsqu'il cherchera le lendemain matin quelqu'un qui puisse répondre à ses questions, il trouvera les portes closes; il quittera alors le château abandonné de tous. La leçon pratique lui sera administrée par une demoiselle «sauvage», c'est-à-dire habitant au fond des forêts (il s'agit en fait d'une fée) : il n'a pas su tirer parti d'une occasion unique et c'est un grand malheur pour lui et beaucoup d'autres. Révélation essentielle : c'est au cours de cette discussion avec la demoiselle qu'il «devine» son nom qui était resté dissimulé par le récit jusque-là (Chrétien reprend le procédé de la révélation du nom déjà suivi dans la Charrette). Perceval se révèle alors à lui-même. C'est un indice non seulement du caractère didactique et pédagogique de ce roman, mais aussi le signe possible des appels au secours urgents que Chrétien reprocherait à ses contemporains de la haute aristocratie de ne pas entendre ou d'entendre trop tard car ils ignorent les vérités spirituelles de leur propre vie et ne sont pas assez éveillés à eux-mêmes. De savants mythologues et historiens de la littérature médiévale ont essayé de reconstruire à partir du texte de Chrétien et des données fournies par les litté- ratures irlandaise et galloise1 le mythe primitif d'où serait dérivé le conte, puis le roman du Graal. On aboutit ainsi généralement à un royaume de l'autre monde, où une crise de souveraineté provoquée par l'impotence ou peut-être l'impuissance du roi blessé dans ses œuvres vives entraîne solidairement la déchéance et l'infécondité de la terre et de ses habitants. Un sauveur met fin à ces malheurs par un acte à la fois héroïque et magique en s'emparant des talismans de souveraineté, monte sur le trône et rétablit la prospérité perdue. Ramené à ses grandes lignes, le mythe paraît cohérent; il serait en somme le mythe inversé de celui de la Charrette. Là l'autre monde, par un de ses émissaires, jette le trouble dans ce monde-ci jusqu'à ce qu'un héros venu de celui-ci pénètre dans l'autre monde pour y châtier le perturbateur (Philippe Walter, Chrétien de Troyes, 1997 - books.google.fr, Bruxelles, 15 avril 2008: les confidences de la reine Fabiola - books.google.fr).
Femmes et oiseaux
Pour que la prière des Psaumes devienne une vraie prière, il était nécessaire de les comprendre. Saint Augustin dans la Règle dira : «Lorsque vous priez Dieu par des Psaumes et des cantiques de louange que vive dans votre cœur ce qui est formulé par vos lèvres» (Règ. 2, 3). "Il nous faut comprendre le sens de cette prière, afin de chanter en esprit les louanges du Seigneur, en hommes raisonnables, et non comme les oiseaux; car on voit chaque jour le merle et le perroquet, le corbeau et la pie, apprendre des hommes à former des sons qu'ils ne comprennent point. Mais Dieu a bien voulu faire à l'homme le don de comprendre ce qu'il chante" (Enarratio Ps. 18, II, 1) (Jaime Garcia Alvarez, Dieu a disposé des ascensions dans notre cœur, Les Psaumes graduels à la lumière de saint Augustin, 2023 - books.google.fr).
Les anciens portiers avaient une pie pour égayer leur antre; les concierges modernes ont des serins dans une volière, ou un perroquet sur un perchoir (Tony Révillon, Noémi (1878), 2022 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Antoine Révillon).
Le Perroquet ? Ah, le perroquet concerne une affaire très peu connue et très intéressante ! Cela doit représenter l'homme émancipé, situé entre Nara et Narayana (les têtes de chevaux). L'histoire de la religion d'émancipation (Mokshadharma) occupe un gros volume de la Mahabharata, et se trouve , dans la bouche de Bhishma après la grande bataille Homérique, représenter le plus haut vol de la culture et de la religion des Brahmes. Quoique cette religion soit recommandée à tous, trois hommes seulement l'ont réussie : Cuka, Narada et un troisième Yudisthira, qui sont retournés aux cieux comme Enoch, Elie et Jésus, sans mourir. Voici l'histoire du perroquet. - Le grand chef Vyasa - (un très grand sage, qui a eu beaucoup à faire en ce qui concerne la rédaction et la retransmission des Védas) - était assis dans la forêt, engagé en frottant (ou roulant) l'un contre l'autre les bâtons réglementaires pour allumer son feu. Soudain il voit devant lui une Apsara, c'est-à-dire une beauté céleste, et il en devient sur-le-champ amoureux fou. Se rendant compte de l'effet qu'elle avait produit, l'Apsara la femme céleste, s'éloigne, mais, se métamorphosant en perroquet, revient et prend place dans les branches d'un arbre avoisinant. Malgré ce déguisement Vyasa reconnaît en Madame Perroquet sa dame céleste, et ne peut pas se contenir. En dépit de tous ses efforts son fluide séminal s'échappe et tombe sur le feu devant lui. De ce feu, parthénogénétiquement, fut né le fils longtemps souhaité, que l'on appela Cuka, ce qui veut dire en sanskrit, Perroquet. Ce fils était parfait sous tous les rapports, comme l'avait souhaité son père. Dès son bas âge il savait tous les Védas par cœur, d'intuition, mais il accepta patiemment l'instruction des Gurus et des Professeurs, consulta les gens les plus sages de son temps (notamment le roi Janaka) et se conduit humblement en parfait gentilhomme. Mais vers l'âge de vingt et un ans il annonça à son père qu'il allait rentrer aux cieux par ses propres moyens. En vain son père essaya de l'en dissuader. Cuka lui dit que la terre ne lui convenait pas, et il prit son départ à la dérobée, laissant derrière lui des messages pour son père. A un certain endroit dans les airs il se trouva parmi une bande d'Apsaras, qui se baignaient. Elles ne se souciaient aucunement de sa présence, quoique nues. Mais quand parut son père, Vyasa, en poursuite, - car lui aussi pouvait naviguer les airs jusqu'à un certain point elles s'enfuirent en toute hâte chercher leurs vêtements. Ceci nous est dit pour nous permettre d'apprécier que Cuka était complètement émancipé (de la chair), tandis que son père, grand sage qu'il fût, ne l'était que partiellement. - Voilà l'histoire en bref (Spink & Son's Monthly Numismatic Circular, Volumes 39-41, 1931 - books.google.fr).
Pour les femmes, il faut un autre bestiaire. «Dans la mesure où les animaux à quatre pattes étaient déjà distribués, il a fallu recourir aux animaux de l'étape suivante dans l'ordre de la création», explique Wanders (Die Lebenstreppe, p. 68). Les femmes héritent donc des oiseaux, comme le centenaire chez les messieurs avec son jars. Voici leurs âges avec leurs correspondants à plume, et les commentaires ou variantes que nous avons pu rencontrer : Nourrisson : une pie. Dix ans : une oie blanche ou une caille. Vingt ans : une colombe, «bavarde et volubile» (Physiologus); symbole de l'amour. Trente ans : une pie, «on doit la comparer aux personnes qui entreprennent plus de choses qu'elles ne peuvent en accomplir et se plaignent des fardeaux étrangers» (Le Livre de la nature). Ou un paon, «il va de-ci de-là et s'admire avec ses amis et gonfle ses plumes et se cherche autour de lui sa propre image» (Physiologus); le paon est parfois emblème des vingt ans ou des quarante ans. Quarante ans : une poule ou un paon. Cinquante ans : une grue ou une autruche, «elle mange et digère même le fer» (Le Livre de la nature). Soixante ans : une oie, «à l'aide de leur cri en cacardant, les oies signalent les vols» (Le Livre de la nature); symbole du bavardage. Ou un perroquet. Soixante-dix ans : un vautour, «symbole du rapace cupide et jouisseur» (Le Livre de la nature). Ou un corbeau. Quatre-vingts ans : une chouette. Quatre-vingt-dix ans : une chauve-souris, «oiseau qui demeure dans la maison dans la journée» (Le Livre de la nature). Cent ans : pas de correspondances animales, la Mort pour seule compagne (Hélène de Panafieu, Les âges de la vie dans la peinture et l'estampe occidentale aux XVIe et XVIIe siècle, Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, Numéro 29, 2002 - books.google.fr).
On voit la Castafiore à 60 ans comme une oie qui crie au vol. Le perroquet correspond au même âge comme un double de la Castafiore. La chouette de 80 ans du grenier l'effraie comme la vieillesse peut lui faire peur.
Hergé a lu Conan Doyle pour son Oreille Cassée avec sa multiplication des fétiches dont l'un desquels se trouve une pierre précieuse au regard de l'oie qui contient dans son jabot un diamant, volé à la comtesse de Morcar, de l'Escarboucle bleue. Doyle s'inspire lui-même de Stevenson, dont Tintin lit l'Île au Trésor dans les Bijoux, avac son Etrange cas du Dr Jekyll et Mister Hyde. La comtesse de Morcar est le pendant de Rachel Verinder dont la perte d'un bijou est interprétée comme la perte de la virginité.
Rachel et la comtesse de Morcar annoncent un autre personnage célèbre de Hergé, la Castafiore, chaste fleur (casta/fiore) obsédée par l'émeraude que lui a donnée le maharadjah de Gopal, et dont, dans Les Bijoux de la Castafiore, elle organise régulièrement le vol avec force évanouissements. Ouvrez l'oie (la prostituée), et vous trouverez, au centre, dans le jabot, l'objet même qui dit la perte de la virginité (Jean-Pierre Naugrette, Lecture d'une page de Conan Doyle : au coin de Goodge Street, variations sur le jeu de l'oie, Les imaginaires de la ville, Entre littérature et arts, 2016 - books.google.fr).
La Divine Comédie, avec ses vingt-trois espèces volatiles tant héraldiques et mythologiques qu’imaginaires et symboliques, peut revêtir les traits d’un véritable refuge ornithologique (Sylvie Coche, La Divine Comédie ou l’école des oiseaux : Dante dans le sillage des grues. Déduits d’oiseaux au Moyen Âge, 2009 - books.openedition.org).
Lily Pons en oiseau
On se demande qui était le "RAOUL" de l'enseigne dans la rue que Tintin parcourt dans Le Sceptre à la page 7.
La Femme en cage (titre original : Hitting a New High) est un film américain réalisé par Raoul Walsh, sorti en 1937 (fr.wikipedia.org - La Femme en cage).
La fiction se transporte ensuite à Paris dans des décors de carton-pâte, avec tour Eiffel et le reste. Oakie essaie de convaincre Horton qu'une dénommée Gabrielle, qui chantait avec l'orchestre d'André Kostelanetz (lequel fut réellement embarqué dans l'aventure du film, parce que fiancé avec Lily Pons, pourrait être une belle voix. Mais ce n'en était pas une, et sans transition, des décors très décors de Paris, nous passons aux décors très décors de l'Afrique, filmés dans ce qui restait de forêts des Chasses du comte Zaroff ou de King Kong. C'est alors que parmi des Noirs plus noirs que noirs, et hordes de sauvages peinturlurés, surgit «la créature à la voix d'oiseau et au corps de femme, à moins que ce ne soit l'inverse, je n'en suis pas bien sûr», et ce par l'unique manière de faire apparaître la «merveilleuse» Pons : en voix off. Au loin, on entend ses aigus suraigus (ses «high» plus que «high»), tandis qu'Edward Everett Horton tombe en extase. Et tout à coup, entre les cacatoès et les ibis, les perroquets et les aras, propulsée par des lianes entre les arbres, surgit, à la Dolores Del Rio, en bikini et en soutien-gorge, cette créature qui défie toute imagination, et qui chante du... Saint-Saëns, bien que de toute évidence elle ne connaisse aucune autre langue que son imaginaire sabir indigène. Rarement ai-je vu au cinéma un tel délire, et ce n'est qu'un début. Peu après, la sauvage chanteuse vole la montre de Horton, et répond à ses tic-tac par des roucoulades d'onomatopées. Elle refuse, mécontente, de rendre la montre, et tente de dévêtir Horton en lui ôtant son pantalon. Celui-ci résiste, offusqué : «Il y a des limites, même dans la jungle !» Mais pour Walsh, même la jungle n'a pas de limites. Et le chemin qu'il prend, c'est toujours celui qui va du réel en tant qu'effet à l'effet en tant que réel, sans jamais les confondre, comme le fait Oakie le prosaïque , ni sans jamais les dissocier , comme Horton le funambule. Et à partir de là, le pied n'est plus décollé de l'accélérateur. Lily Pons, de moins en moins vêtue, est mise en cage, et c'est ainsi qu'elle voyage vers l'Amérique, et la salle d'opéra. La chanteuse, qui a appris en un temps record à parler et à chanter en anglais et en français, fait ses débuts, en perruque blonde, dans l'air de Mignon, «Je suis Titania la blonde». La parodie d'opéra rappelle les Marx d'Une nuit à..., ou bien la Castafiore de Hergé riant de se voir si belle en son miroir. Cosmo (Eric Blore), imprésario rival de Horton, pour cacher les origines de la chanteuse, lui invente une sœur jumelle, si bien que l'on voit en alternance, et successivement, l'Africaine déjà domestiquée, et la «cacatoesse égyptienne». Lily Pons et sa supposée sœur jumelle se démultiplient entre l'opéra et le cabaret exotique, la chanteuse refaisant plus ou moins les numéros de femme-singe de Marlène dans Blonde Vénus, mais en «shorts». Finalement vient la scène de Lucia. A l'opposé de ce qui se passe dans l'opéra de Donizetti , l'héroïne n'est surprise par personne, mais elle est littéralement propulsée sur la scène, d'où elle cherchait à s'enfuir. Toute de blanc vêtue, le décolleté en pointe, entre les nénuphars et les arbres tropicaux. La scène de la folie n'a jamais été aussi littéralement folle, depuis sa conception jusqu'à son exécution, balayée par la folie, les chorégraphies d'Hermes Pan et la musique de Donizetti produisant un mélange d'opéra et de comédie musicale hautement improbable, et qui pourtant se prouve, «eppure», en marchant, mais pas jusqu'au point où le désastre prévisible que fut la réception du film par le public en 1937 aurait pu être évité. Ce film marqua, c'est certain, le point final des velléités cinématographiques de Lily Pons. Ces sommets dans le «high», que le film prétendait faire atteindre à la voix de la cantatrice, doivent-ils faire prendre au pied de cette lettre le titre du film, et ne serait-ce pas plutôt le style de Walsh qui touche ici certaine hauteur de son «acuité», acuité léonine, vol de la femme-oiseau, et moment où Hollywood atteint l'un de ses propres sommets, sur le versant de la folie et de la farce ? Comme il est demandé dans le dialogue du film : «Quel est le mot exact pour dire sensation ?» La réponse est «sensation». Et ce fut toujours la réponse de Walsh à ceux qui voulaient l'entraîner vers les détours, les périphrases, ou les culs-de-sac. Hitting a New High est l'un de ses quatre films produits en 1937, tous des comédies musicales. Les films qui précèdent et qui suivent sa rencontre avec «Bird Lucia», dans une production RKO/Lasky, sont produits par Zukor pour la Paramount. Ces comédies musicales sont conformes à l'archétype régnant de cette fin des thirties, dans la catégorie de ce qui valut son succès et plusieurs Oscar à The Great Ziegfeld : de vagues intrigues, et beaucoup de numéros musicaux, ce que les studios appelaient les «production numbers» (Trafic, Numéros 25-28, 1998 - books.google.fr).

Lily Pons dans La Femme en cage, de Raoul Walsh, 1937, www.imdb.com
Matéo
Dans la représentation du Jugement dernier et de la Résurrection, les souvenirs de l'Apocalypse (VI, 12-14), de Mathieu (XXIV, 29) ou du psaume 113(114-115) sont présents à l'esprit de du Bartas, ainsi que les pages de Lucrèce (De rerum Natura, V, 380-417) ou de Lucain (Pharsale, I, 74-80) sur la confusion du chaos :
Un jour de comble-en-fond les rochers crousleront,
Les monts plus sourcilleux de peur se dissoudront,
Le Ciel se crevera, les plus basses campagnes,
Boursoufflees, croistront en superbes montagnes...
(Jacques Bailbé, Agrippa d'Aubigné et Du Bartas, Etudes Seizièmistes, 1980 - books.google.fr).
Les psaumes 112 et 113 se chantaient avant la Cène, les quatre suivants 114-117 se chantaient après. Appelés Hallel parce qu'ils commencent par halelû-yah, «louez Yahvé». C'est de ce chant que saint Matthieu écrit : Hymno dicto exierunt in montem Oliveti, le Hallel étant chanté, Jésus et ses apôtres s'en allèrent au mont des Oliviers (XXVI, 30) (Etienne Hugueny, Psaumes et cantiques du petit office de la Sainte Vierge, 1916 - books.google.fr).
C’est un tzigane. Il s’appelle Matéo Maximoff. Le petit Matéo jouait devant la baraque de ses parents, parmi les détritus, dans l’odeur âcre des acides utilisés pour l’étamage des métaux. Matéo est né en 1917 en Espagne, où sa famille s’était réfugiée pour échapper à la Première Guerre mondiale. Ce n’est que quelques années plus tard que ses parents se sont installés en France, tout d’abord comme des nomades, puis dans des baraques en bois près de Paris, dans ce qu’on appelait alors la zone. Son père, chaudronnier (Kaldérash), parlait mal le français et sa mère (Manouche), artiste de cirque, était analphabète. Matéo accusé de meurtre est défendu par Me Isorni qui lui demande de rédiger un exposé sur la culture Rom manouche pour conduire la défense. Confiné dans sa cellule, Matéo récrit un véritable roman consacré à la culture tzigane qu’il nommera Les Ursituri. Après un non-lieu aux Assises, il est libéré. Il publiera ensuite Savina, une farouche histoire de femmes tziganes racontée par un tzigane (1957), entre autres romans. Matéo meurt le 23 novembre 1999. Il est enterré à Romainville. Sur sa tombe, on a gravé : Le monde est un champ. Les tziganes sont des fleurs (Renée Simon, Destin d’un Rom devenu grand écrivain : Matéo Maximoff, e-MISSIVE des douze Apôtres n° 408, 2018 - www.catho-bruxelles.be, fr.wikipedia.org - Matéo Maximoff).

Mateo (2ème à gauche) et ses cousins manouches, A la croisée des mondes roms et manouches - exposition-mateo-maximoff.fnasat.asso.fr
L'Étranger, op. 53 est une «action musicale» en deux actes de Vincent d'Indy, livret du compositeur, créée le 7 janvier 1903 au théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Une émeraude jetée dans les flots de l'océan déclenche une tempête. Un bateau n'est cependant pas rentré, et l'Étranger décide d'aller le sauver, suivi de Vita, qui refuse de l'abandonner. Ils sont alors engloutis par les flots (fr.wikipedia.org - L'Etranger (opéra)).
Les Bohémiens seront libérés des accusations injustes qui les visent. Mais dans l'album aucune représentation d'excuses qui leur soient présentées.

Comics Avengers n° 186 : Nights of Wundagore ! 1979 - Les noms roms de Maximoff et de Mateo sont employés dans la bande dessinée américaine 16 ans après la publication des Bijoux, marvel.fandom.com
Les gardiens des bijoux
Dans les Bijoux, la Castafiore est dans une position comparable à celle de Muskar, descendant d'Ottokar ("gardien du trésor ou des richesses" en germanique). Son souci qu'elle manifeste souvent fait d'elle la gardienne de ses bijoux. A la fin de l'album, lors de la quête de l'émeraude sans le nid de la pie, les Dupondt ont chacun un oeil poché alors qu'un branche d'arbre tombe du peuplier escaladé par Tintin, comme dans la salle du trésor dans le Sceptre où le sceptre disparu est remplacé par un morceau de bois pour les besoins de l'enquête.
Irma est la camériste (femme de chambre) de Bianca Castafiore. Elle apparaît brièvement dans L'Affaire Tournesol, accueillant les visiteurs dans la loge de la cantatrice à l'opéra de Szohôd, puis accompagne sa maîtresse, à laquelle elle est entièrement dévouée, au château de Moulinsart dans Les Bijoux de la Castafiore. Aussi émotive que la cantatrice dont elle subit les caprices, Irma se montre capable de violence lorsque les Dupondt l'accusent à tort du vol de l'émeraude. Dans Tintin et les Picaros, elle est condamnée à mort puis délivrée en même temps que la Castafiore (fr.wikipedia.org - Liste des personnages des Aventures de Tintin).
Irma garde aussi les bijoux page 11 alors que sa patronne crie "ciel mes bijoux" page 10. Cette dernière lui fait connaître la cache de la clé de la malette page 14.
Une sainte Irma, morte en Chine, est fêtée le 9 juillet, jour de la rencontre de Tintin et de la Castafiore dans le Sceptre.
Irma Grivot devenue Marie-Hermine de Jésus chez les Franciscaines fut massacrée par les Boxers le 9 juillet 1900 à Tai-Yuan-Fou (Chan-Si, Chine du Nord) (Leopold Leeb, Missionaries to China, A Historical Dictionary, 2025 - books.google.fr).
À l'origine d'Irma la Douce, il y a eu une courte pièce d'Alexandre Breffort, Les Harengs terribles. Mise en musique par Marguerite Monnot, cette comédie raconte l'histoire d'un étudiant en droit fauché, Nestor le Fripé, qui tombe amoureux d'une prostituée, Irma la Douce, et devient son protecteur. Jaloux de ses clients, il se déguise en Oscar, vieil homme riche qui rend visite à Irma et la paie pour sa conversation, devenant son unique client. Mais Nestor se fatigue à travailler énormément pour entretenir son double, et il décide de «tuer» son alter ego. Quand le vieil homme disparaît, il est inculpé du meurtre et condamné au bagne. Il parvient à s'échapper et finit par prouver son innocence en faisant réapparaître le vieil homme. Les deux amoureux se retrouvent et adoptent deux jumeaux, Nestor et Oscar (fr.wikipedia.org - Irma la Douce).
La dolce vita est composée d'une série d'épisodes en apparence déconnectés. La structure du scénario n'est pas sans rappeler celle des films à sketches chers au cinéma italien et auxquels Fellini a lui-même eu recours plusieurs fois. Situé à Rome en 1959, le film suit, sur ce mode apparemment décousu, les pérégrinations de Marcello Rubini (Marcello Mastroianni), un jeune provincial aux aspirations littéraires, devenu chroniqueur dans un journal à sensations.
Parmi les épisodes du film :
Sylvia Rank (Anita Ekberg), une célèbre actrice internationale, est assaillie par une meute de journalistes.
Marcello, son ami le photographe Coriolano Paparazzo et Emma - la fiancée de Marcello - se rendent en périphérie de Rome pour un reportage sur deux enfants qui ont prétendument vu la Vierge Marie.
Avec Paparazzo, ils vont au club Cha-Cha-Cha, où Marcello présente à son père Fanny (Magali Noël), une danseuse française, avec laquelle ce dernier commence à flirter (fr.wikipedia.org - La dolce vita, Chiarastella Campanelli, Sognatrice, scrittrice, amante del bello, 2025 - www.visititaly.eu).

On peut relier le Caton gardien du Purgatoire au Nestor homérique par l'intermédiaire de Caton l'Ancien. Le Nestor hergéen est le dernier gardien ces bijoux de la Castafiore à Moulinsart : page 57, la Castafiore s'aperçoit les avoir oubliés tandis que Nestor sort précipitemment du château en portant haut la malette qui les contient. A la remise de la malette, la Castafiore l'appelle Prosper dont un porteur du prénom est fêté le 25 juin, Prosper d'Aquitaine déjà rencontré à Riez avec Louis Doni d'Attichy (cf. La lettre déchiffrée). C'est aussi la fête de Fébronie... (François Giry, Paul Guérin, Les Petits Bollandistes, Vies des saints de l'Ancien et Nouveau Testament, Tome 7, 1888 - books.google.fr).
HERGÉ, Georges Prosper Remi, dit (1907-1983) (Art nouveau revival, 1900, 1933, 1966, 1974, Musée d'Orsay, 2009 - books.google.fr).
Si Caton d'Utique, notamment grâce à Sénèque et Lucain qui seront ensuite relayés par Plutarque et Marc-Aurèle, s'impose comme modèle philosophique, c'est d'abord à cause de son choix ultime, ce suicide qui a tant impressionné l'Antiquité. Mais ce suicide, qui lui assure sa propre survie dans le mythe et le distingue de son ancêtre, est aussi l'illustration d'une vertu qu'il partage avec Caton l'Ancien : le courage de défendre ses idées, la faculté de résister et de rester libre de ses actes face à l'adversité. Ainsi, ce thème de la résistance permet-il de réunir les Catons et d'assurer la survie du mythe au-delà du simple modèle républicain. La force du mythe catonien réside donc dans le dépassement du contexte purement politique, inscrit dans l'histoire de Rome. Cela a ainsi permis à ce mythe de persister au-delà de l'Antiquité, dans les littératures européennes. La légende s'est souvent simplifiée, Caton l'Ancien est le vieux républicain intransigeant qui cherche à anéantir Carthage, Caton d'Utique est le modèle d'un esprit libre et d'un courageux résistant face à la tyrannie césarienne. Ces sortes d'images d'Epinal sont les avatars modernes du mythe catonien. Nous avons vu comment, dans l'Antiquité, le mythe catonien voit sa signification évoluer et se détache d'un contexte politique trop marqué. Les auteurs modernes ont, eux aussi, des approches variées et l'exemple des Catons sert souvent à étayer leurs propres convictions ce qui explique l'apparition de nouvelles mises en scène des Catons, la spécificité du contexte parfois romain. Ainsi la focalisation sur le suicide est un avatar contemporain du mythe. Si l'on s'éloigne du contexte purement politique, il est possible de voir uniquement dans le destin de Caton une revendication du suicide comme dernière ressource de la dignité humaine. C'est un thème qui préoccupe beaucoup certains de nos contemporains qui l'associent parfois avec le douloureux problème de l'euthanasie (Danièle Bouché, Le mythe de Caton, étude de l'élaboration et du développement d'un mythe politique à Rome de la fin de la république au deuxième siècle après Jésus Christ, 2001 - books.google.fr).
Caton l'Ancien, dans l'auto-mise en scène complaisamment relayée par le biographe, se réclame de figures tutélaires comme le sage Nestor (Caton l'Ancien, XV, 5) ou de gestes fondateurs qui réitèrent un choix primordial de la frugalité (II, 2; XXV, 1) (Vies parallèles de Plutarque, 2001 - books.google.fr).
Prototype
On voit la cantatrice s'inviter elle-même au château de Moulinsart et mettre tout le monde à rude épreuve. Pendant son séjour, son bijou le plus précieux, une émeraude, disparaît. Les deux policiers Dupond et Dupont accusent un groupe de Bohémiens d'avoir volé la pierre, avec l'aide d'un singe dressé qui aurait escaladé la façade et pénétré dans la chambre de la diva située à l'étage. Tintin, qui ne veut pas croire en la culpabilité des Romanichels, enquête de son côté. Tout au long de l'histoire, la tension ne cesse de monter : Haddock est immobilisé par une entorse, la cantatrice entend marcher au-dessus d'elle la nuit, des inconnus s'introduisent dans le parc, des objets disparaissent, un hebdomadaire annonce le mariage du capitaine avec sa visiteuse, une équipe de télévision contribue à l'énervement général, la Castafiore croit qu'on lui a volé sa mallette de bijoux alors qu'elle s'est assise dessus, le perroquet qu'elle a offert à Haddock est insupportable, les Dupondt se montrent particulièrement incapables dans leurs interrogatoires après le vol de l'émeraude, les gammes du pianiste Wagner sont interminables et, pour couronner le tout, le marbrier ne cesse de remettre au lendemain sa promesse de venir réparer une marche cassée sur laquelle tout le monde, sauf Bianca, trébuche au moins une fois. Tintin, face à cet imbroglio, est doublement déboussolé : sa compétence d'enquêteur est mise à mal car plusieurs événements qui semblaient s'enchaîner n'ont finalement aucun lien entre eux; sa connaissance du monde est défiée par une confusion catégorielle sans précédent : tout ce qui vole (aux deux sens du terme) et tout ce qui pique (aux deux sens du terme) s'est donné rendez-vous à Moulinsart. Au croisement de ces deux univers dédoublés, il faut retenir quatre spécimens : - ce qui est volant et piquant, c'est-à-dire les guêpes (celles qui piquent les paparazzi et celle qui pique Haddock); - ce qui est voleur et piquant (la petite Miarka, dont on dit qu'elle a volé des ciseaux dorés); - ce qui est voleur et piqueur (le singe dressé découvert par la police); - ce qui est volant et piqueur, qui apparaît tout au long de l'aventure mais auquel personne ne prête suffisamment attention : la pie. Les Dupondt, ajoutant à la confusion (ils mélangent coussins et chapeaux, fils et câbles, bijoux et bougies), imposent le singe comme prototype d'homme (50 A2 : «Cet homme, nous l'avons démasqué : c'est le singe !») et les Bohémiens comme stéréotype de voleurs (47 C1 «Des preuves ? Nous les trouverons ! Ces gens sont tous des voleurs !»). Or, Tintin, en excluant jusqu'au bout cette hypothèse d'un singe dressé, refuse d'admettre qu'un animal ait pu voler l'émeraude. Il se retrouve donc dans la même impasse catégorielle que dans sa chasse au trésor : cherchant un voleur, il oublie de chercher quelque chose qui vole. La solution de l'énigme apparaît en trois étapes : après le départ de la diva, Tintin lit un article de journal revenant sur les éléments de l'enquête officielle et signalant en passant que la diva a fait un triomphe à Milan avec la Gazza Ladra, de Rossini; dans l'exemple le deuxième et le troisième temps sont indiqués, respectivement par l'énoncé de Tintin et par celui de Haddock. Tintin, on le voit, manifeste à nouveau son opposition à l'idée de l'animal dressé, en particulier parce qu'elle défie la logique et la vraisemblance. Haddock, spécialiste de la catégorisation poétique, lui rappelle cependant opportunément que les classes ne sont pas si étanches que cela, et qu'il existe toutes sortes d'animaux. Cette remarque très importante du capitaine permet à Tintin d'associer pour la première fois de façon acceptable l'idée d'animal voleur (la Gazza Ladra que le journal lui a proposée) et l'idée d'animal volant («allant tout droit à l'objet»). Jusque-là, l'obstacle que constituait l'inacceptabilité d'un singe muni d'ailes avait empêché cette association. Tintin est maintenant invité à changer de modèle de classement : recherchant quelque chose qui vole, il parvient, en croisant ses propos avec ceux de Haddock, à se représenter la catégorie des animaux volants qui volent au moyen de son prototype, la pie dont parle le journal. Il ne lui reste plus qu'à trouver un représentant «réel» de ce meilleur exemplaire : comme le déclare Tintin lui-même (60 C1) : «Je me suis dit : "Il y a une gazza ladra dans les parages"».
Le projet d'associer étroitement la notion de prototype à celle d'image ne peut se cantonner à une simple interrelation des composantes de l'une et de l'autre. L'association des deux domaines ouvre au contraire des perspectives qui éclairent chacun d'eux d'une lumière nouvelle, et dont les quelques réflexions ébauchées ici ne constituent qu'un début. Le point nodal de cette étude comparée qui reste à faire, celui des relations que l'une et l'autre notions entretiennent conjointement avec la réalité, mérite à lui seul, on l'a vu, une analyse détaillée. Cette étude a essayé de montrer que la bande dessinée, à cause de son économie interne et de sa structure langagière propres, pouvait être un bon moyen de comprendre la mise en images du prototype. Les exemples choisis dans Tintin ayant permis, d'une part, de renouveler l'interprétation de certaines séquences, et d'autre part, d'apporter quelques données concernant les relations entre image et texte, on peut faire l'hypothèse qu'un travail systématique de cette question portera ses fruits. L'univers foisonnant des Aventures de Tintin ouvre à la fois sur nos représentations mentales de la réalité et sur les formes de catégorisation des objets que propose le langage. Une théorie comme celle du prototype est un moyen d'accès privilégié à cet univers de parole dessinée (Jean-Paul Meyer, Tintin ou le prototype, ou Quand les singes auront des ailes, Traits d'union, 2002 - books.google.fr).
Ubald et Jean-Baptiste
Le pouvoir de saint Ubald contre les Démons n'a jamais été contesté. Le jour de la fête de saint Jean-Baptiste, un grand concours de peuple était aggloméré dans l'église de saint Ubald; quand, tout à coup, une démoniaque y fit irruption en vociférant. Quelques jeunes gens, ayant saisi la démoniaque, l'entraînèrent avec beaucoup de peine vers le tombeau de saint Ubald, et, là après avoir vomi, elle fut entièrement rendue à la santé (Louis Du Broc de Segange, Les saints patrons des corporations et protecteurs spécialement invoqués dans les maladies, Tome 1, 1886 - books.google.fr).
Le dernier songe de Dante au Purgatoire est celui de Lia. J'ai cité les deux comparaisons, et le nocturne qui les suit et en prolonge l'aura, pour mieux situer la première dans son contexte; mais c'est elle qui m'apparaît imaginée d'après un souvenir de tableau : pour indiquer la fatigue des poètes qui se sont étendus par terre, la comparaison des chèvres fatiguées suffisait. Mais Dante précise qu'ils se sont couchés comme les chèvres qui se tiennent tranquilles à l'ombre, gardées par le pâtre appuyé sur son bâton pendant que le soleil flamboie : ce sont les composantes d'un tableau, où l'on retrouve d'ailleurs la sobriété qui pouvait plaire à Dante et la netteté des éléments. C'est le même art qui imagine le corps de Manfred, au long du Garigliano, où il fut transporté «flambeaux éteints», ou celui de Buonconte les bras en croix sur la poitrine et roulé dans l'Arno, Farinata dressé dans sa tombe et Sordello dédaigneux «comme un lion au repos»; Belacqua, le menton dans ses genoux, entourés de ses bras; les cariatides pliées en deux sous le poids de l'architrave, aussi bien que la bulle légère et le cigogneau qui soulève son aile, que ne désavouerait pas un peintre chinois. D'autres fois, les paysages sont vus comme des cartes en relief, ou même comme des dioramas : c'est ainsi que Dante voit Assise , sur une pente ensoleillée et fertile qui dévale du Subasio, tandis que l'autre versant voit «pleurer» sous son «joug pesant» (= son dur sommet), Nocera et Gualdo; au bas du coteau, courent le Tupino et le Chiascio qui descend de la colline chère à saint Ubald, celle de Gubbio (Yvonne Bâtard, Dante, Minerve et Apollon, les images de la Divine comédie, 1952 - books.google.fr).
Gubbio was the native place of Oderisio, a famous miniature painter (d. about 1300), who is called by Dante in his Purgatorio (XI. 80) 'l'Onor d'Agobbio'; but no authentic work by his hand now exists (Central Italy and Rome. 12th rev. ed. 1897, Tome 2, Karl Baedeker (Firm), 1900 - books.google.fr).
Oderisi da Gubbio (Gubbio, v. 1240 environ – Rome, 1299) est peintre et un enlumineur italien du XIIIe siècle, de l'école de Cimabue, cité par Dante Alighieri dans la Divine Comédie Oderisi da Gubbio travaille à Bologne entre 1268 et 1271. À partir de 1295, il est à Rome, où il reste jusqu'à sa mort en 1299 (fr.wikipedia.org - Oderisi da Gubbio).

Dante Alighieri, 1265-1321. Divina commedia. Proemio : comento di Christophoro Landino fiorentino sopra la Comedia di Danthe Alighieri poeta fiorentino, 1491, Houghton Library, Harvard University, Cambridge, Mass
Sur le gradin des orgueilleux, Dante rencontre encore un contemporain, qu'il a connu sans doute à Bologne au temps de sa jeunesse : Oderisi da Gubbio, l'enlumineur : il expie son amour de la gloire; et sa réponse, pleine d'orgueil combattu plus que d'humilité, est considérée comme un exercice spirituel de Dante lui-même, une manière d'expiation par Dante lui-même de son propre orgueil, incommensurable. Expiation très imparfaite : jusque dans son effort de renonciation à la gloire, à ses pompes et à ses œuvres, Dante est affamé d'orgueil et de gloire s'il est vrai qu'il pense à lui-même alors qu'il fait prophétiser par Oderisi la venue de «celui qui doit chasser du nid l'un et l'autre Guido». Les avocats de Dante allèguent qu'il est invraisemblable qu'il se soit laissé aller à ce mouvement d'orgueil au moment juste et dans l'endroit juste où l'orgueil est combattu : invraisemblance logique peut-être, mais vraisemblance psychologique encore plus probable. En effet, même au sommet du purgatoire, après avoir accompli tout ou presque tout le cycle de ses purifications symboliques, Dante aura de nouveau le biais de se faire louer par le vieux poète Bonagiunta da Lucca, comme créateur du dolce stil novo (Georges Mounin, Lyrisme de Dante, 1964 - books.google.fr).
Les auteurs de Bd ont des ancêtres lointains dans l'art savant et religieux. Les antécédents de la bande dessinée foisonnent, en effet, dans l'enluminure médiévale entre le 11e et le 15e siècle avant de disparaître au 16e siècle, le goût pour la narration figurative étant éradiqué par la naissance de l'imprimerie qui restreint et simplifie l'illustration dans les livres, et par l'intérêt grandissant pour l'image unique, le tableau, qui s'impose en France durant le 15e siècle (Voix enluminées de Cîteaux, les manuscrits cisterciens du 12e siècle de la Bibliothèque municipale de Dijon, 1998 - books.google.fr).

