Partie XIX - Tintin   Transversales   La séquence du sectateur   
TINTIN SEQUENCE DU SECTATEUR

Cracq Frères

Les déménageurs qui apportent le piano à Moulinsart appartiennent à la maison Cracq et Frères. Le camion porte une immatriculation : "V12277-7". Le piano sera placé dans la salle de marine où se trouve déjà la statue de bois de l'ancêtre du capitaine Haddock : "Que le grand cric me croque".

9 août. On a navigué toute la journée. Rencontré des troupeaux d'hippopotames. Les camarades voulaient leur envoyer quelques balles, mais le capitaine s'y est opposé. Il paraît que ces grosses bêtes sont très méchantes quand elles sont blessées, et nous n'avons pas le temps de nous mettre en bisbille avec elles. Le capitaine m'a expliqué que le mot hippopotame signifie «cheval de fleuve». Eh bien, je voudrais bien connaître le loustic qui l'a baptisé comme ça. Si ça ressemble à un cheval, je veux bien que le cric me croque (Paul d'Ivoi, La mission Marchand, Les grands explorateurs, Questions coloniales, Tome 1, 1899 - books.google.fr).

Vouloir - J'en veux jamais ren, si c'est pas vrai ! formule d'affirmation, très employée, surtout par les enfants. Je veux ben que le cric me croque, au contraire, pour une dénégation (A. J. Verrier, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, Tome 2, 1908 - books.google.fr).

Dans L'Affaire Tournesol, la première apparition de Lampion à Moulinsart est occasionnée par les bris de glaces de sa voiture dus à une invention du professeur : en expliquant son arrivée, il prononce le mot "crac". Le camion des frères Cracq dans Les Bijoux se trouve dans la case où Lampion se trouve en bas des escaliers en sortant du château à la suite de sa première visite de l'aventure. La Castafiore offre un de ses disques à Tintin en lui rappelant leur première rencontre (Le Sceptre). Tintin se souciait alors de la solidité des vitres de l'automobile où ils se trouvait tout deux, avec le pianiste encore anonyme et le chauffeur.

En ce qui concerne l'Europe, Venise fut la première à produire des miroirs. S'il faut remonter à l'année 1317 pour trouver des documents qui parlent de cette espèce de produits, il n'en reste pas moins acquis qu'à l'époque du Dante, le célèbre poète florentin (1256-1321), les miroirs en verre devaient être déjà très répandus, si l'on en juge par les différentes citations contenues dans sa Divine Comédie (Florent Pholien, La verrerie au pays de Liège: étude rétrospective, 1899 - books.google.fr).

Dante est monté au ciel avec son corps. Au ciel de la lune, il paraît, il est vrai, en douter, et, contrairement à ce qui se passe dans les deux premiers royaumes, les âmes des élus ne semblent jamais s'apercevoir de la présence d'un vivant parmi elles. Mais la formule dubitative est plutôt l'affirmation d'un fait miraculeux; et saint Pierre rappelle à Dante que «son poids mortel le fera encore retourner sur la terre.» Il vaut mieux admettre que le corps du pèlerin est spiritualisé, en sorte que lui-même ne se rend plus compte de son existence, dans l'état d'extase où il vit désormais. Purifié de toutes ses souillures, les yeux fixés sur Béatrice, qui regarde elle-même les cercles éternels, Dante sans s'en apercevoir, a quitté la terre et monte plus rapide que la foudre. Il traverse la sphère de feu qui entoure notre globe, et il pénètre dans la lune, dans «la perle éternelle» qui les reçoit, Béatrice et lui, «comme l'eau reçoit un rayon de lumière, en demeurant unie». Il y apprend de son guide quelle est l'origine des taches de la lune, et des âmes bienheureuses lui apparaissent, formes humaines encore, mais si diaphanes qu'on dirait des images réfléchies par des verres transparents ou par des eaux tranquilles et peu profondes. Sous l'empire de la contrainte, elles ont, pendant leur vie terrestre, manqué à leurs vœux; et c'est pour cela qu'elles se montrent dans «la sphère la plus lente», témoignant ainsi de leur moindre degré de béatitude (Alexandre Masseron, Pour comprendre la Divine comédie, 1939 - books.google.fr).

Peut on voir le verre brisé comme ses âmes pécheresse en souffrance en rémission dans le Purgatoire.

Mais la soif du revoir de Dieu dans un amour tout à la fois libre et captif, libre dans son inclination, captif dans sa prison, suffirait à elle seule pour faire comprendre combien le Purgatoire est terrible. Il n'y a rien d'horrible comme un pur amour enchaîné. Eprouver sans relâche la soif du cerf altéré au souvenir de l'Océan de beauté, faire toujours effort pour briser la chaîne forgée par le péché et ne jamais y parvenir soi-même, se nourrir de larmes et répéter sans cesse à Dieu : «O mon Dieu, tout mon être a pleuré vers vous», quelle souffrance, oh ! quelle souffrance ! Eh bien, c'est lorsque ces pauvres âmes se reconnaissent ainsi impuissantes à se délivrer que tout à coup le souvenir de leurs parents vivants sur la terre revient à leur mémoire, et qu'elles font entendre ce cri où toute l'inclination de leur être vers Dieu se fait sentir : Ayez pitié de nous, ayez pitié de nous, ô vous du moins qui étiez nos amis. Deuxième souffrance du Purgatoire : le délaissement. L'amertume du délaissement. De toutes les peines les plus douloureuses que l'âme puisse ressentir, celle qui les achève, qui les couronne d'amertume, c'est la peine du délaissement. C'est lui qui fait déborder la coupe qui était déjà pleine. A la suite de catastrophes survenues, de la perte d'une fortune, de la ruine d'un avenir, on avait une coupe d'amertume dans le cœur, des larmes s'y amassaient silencieusement; toutefois on était fort pour tenir à deux mains le vase de son pauvre cœur. Le délaissement est survenu, une personne aimée n'a plus reparu, elle a emporté notre courage, et le vase a débordé : les larmes ont baigné toutes les parois du cœur. C'est l'honneur de notre cœur de défaillir quand il n'a plus d'amis. Eh bien, c'est une des souffrances du Purgatoire : Ayez pitié, ayez pitié de nous, vous du moins qui vous appeliez nos amis, ayez pitié. Rien ne répond de la terre. C'est la souffrance du délaissement, et la coupe déborde, amère, silencieuse. Pauvres âmes ! L'Esprit-Saint a encore inspiré à David, chantre royal, les accents douloureux de leur délaissement. «J'ai été enseveli dans l'oubli, soupire en leur nom le chantre inspiré... J'ai été effacé du cœur comme les morts... je suis devenu solitaire comme un vase brisé qui n'a plus d'emploi, factus sum tanquam vas perditum.» Ce dernier trait de douleur exhalé par le chantre royal, est navrant ! [...] Ah ! elles sont plus nombreuses qu'on ne pense ces pauvres âmes brisées et solitaires, ces débris de tous les siècles disséminés çà et là dans ce champ de larmes qu'on nomme le Purgatoire; ils sont plus nombreux qu'on ne pense ces débris ! (Eglise à Lyon, 1911 - books.google.fr).

Bouteilles et verre brisé dans Les Bijoux : Berbiguier et ses farfadets

P. 54 : la chouette (de 80 ans) sort du grenier, qui se trouve au-dessus de la chambre de la Castafiore, par la vitre cassée quart bas gauche de la lucarne ronde. A gauche de la lucarne se trouvent des bouteilles entières. La chambre se trouve au bout de l'aile droite sur la face arrière du château (il n'y a pas de lierre sur la façade).

P. 60, v. 4 et 5 : dans le nid de la pie, Tintin découvre l'émeraude mais aussi des éclats de verre, une bille d'agate, un monocle. Haddock, fort de son nouveau statut de châtelain, en porte dans l'album Les Sept boules de cristal qui se brisent lorsqu'elles sont projetées à terre pour libérer leur gaz soporifique. [...]

Tintin semble finalement opter pour le voyage immobile : reclus à Moulinsart, il lit L'Île au trésor. Les questions d'argent ne peuvent venir que de l'extérieur, introduites par les casse-pieds. Le trésor de Rackham le Rouge est resté dans la crypte, où l'on ne va plus, avec peut-être les richesses offertes par l'Inca. L'argent ne circule plus, il est thésaurisé, comme les larcins que la pie conserve dans son nid (Pierre Deyts, Claude-Gilbert Dubois, Le trésor dans l'île, thème de fiction narrative, 2001 - books.google.fr).

Il y a des verres et des bouteilles entiers (à boire) : ceux de Haddock.

Dans les salons de Moulinsart, en présence de Tintin, du capitaine et de Bianca, le très casse-pied Séraphin Lampion lève son verre et lâche tout sourire : «Notez que je ne suis pas contre la musique, mais franchement, là, dans la journée, je préfère un bon demi. Bref, ces bijoux ne sont pas assurés !... Alors, j'ai dit à madame : "Faites-moi une liste de toute votre quincaillerie... et Séraphin Lampion vous assurera ça aux petits oignons." CASTAFIORE : "Je... je réfléchirai, monsieur Lanterne. Taratata !... C'est tout réfléchi !... Je reviendrai dans quelques jours avec un projet de contrat ! Allons, au revoir, duchesse !... Au plaisir ! Et toi, vieille noix, si j'étais à ta place, je ferais réparer cette marche au plus vite. HADDOCK : "Figurez-vous que j'y ai songé... et que j'attends le marbrier". DONG. HADDOCK : "D'ailleurs, c'est probablement lui qui sonne..." (Daniel Couvreur, Tintin chez les belges, 2011 - books.google.fr).

M. Berbiguier dit que la pie voleuse, dont on a fait un Mélodrame à une représentation duquel il assisté, était un farfadet (Jacques Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 1863 - fr.wikisource.org, Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 2, 1821 - books.google.fr).

Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, né le 3 juillet 1764 à Carpentras où il est mort le 3 décembre 1851, est l'auteur d'une vaste autobiographie en trois volumes et 274 chapitres intitulée Les farfadets ou Tous les démons ne sont pas de l'autre monde. Obsédé toute sa vie par des créatures démoniaques qu'il nomme « farfadets », soigné sans grand succès à la Salpêtrière par Philippe Pinel, pionnier de la psychothérapie, il est considéré par Raymond Queneau et André Blavier comme un archétype du fou littéraire (fr.wikipedia.org - Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym).

Aussitôt que j'aurai rassemblé tous les documens nécessaires, me disais je, je parviendrai, avec l'aide de la divine Providence, à armer les lois et l'indignation du genre humain contre ces serpens, qui se glissent invisiblement dans l'asile de l'innocence, et lui font éprouver les tourmens réservés aux âmes du purgatoire. Je voudrais pouvoir les signaler assez pour qu'ils pussent tous être pulvérisés comme le furent les habitans de Sodome, pour avoir méconnu les lois du maître de l'univers (Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 1, 1821 - books.google.fr).

Thym-Thym.

Benoit Tranquille Berbiguier (Caderousse, 21 décembre 1782 - Pontlevoy, 28 janvier 1838) est un flûtiste, pédagogue et compositeur français, cousin d'Alexis (fr.wikipedia.org - Benoit Tranquille Berbiguier).

Il compose "Op. 65. Fantaisie sur la Cavatine de l'Opéra „La Gazza ladra", de Rossini pour Flûte avec Orchestre" (Friedrich Kistner, Verzeichniß des Musikalien-Verlags, Abteilung 1. Alphabetisches Verzeichniss, Tome 1, 1894 - books.google.fr).

Les farfadets nous font parfois contracter de mauvais vices. Bohémiens et farfadets sont trompeurs, mechans et suborneurs. [...] Il est vrai que les farfadets, dans leurs travaux, doivent être encore plus laids que les Bohémiens et les Bohémiennes. Les farfadets, dans leurs caravanes, ne doivent avoir rien d'humain : ce n'est que lorsqu'il leur est permis de reprendre leurs allures humaines, qu'ils appartiennent momentanément à l'humanité. Ce sont les farfadets qui sont les directeurs des Bohémiens et des Bohémiennes. Il faut que ceux-ci leur obéissent et les servent dans tous leurs projets. J'ai appris avec bien du plaisir que mademoiselle Lenormand, qui se rendait en Bohême pour faire des élèves, avait été arrêtée en passant dans la Belgique. Les Belges, qui sont bons chrétiens, ne plaisantent pas avec les disciples du diable. On a beau les menacer de la vengeance de Satan, qu'ils n'en font pas moins leur devoir. Qu'ils s'en pénètrent bien, et ils garderont longtemps dans leurs cachots cette fameuse sibylle, qui se fait appeler Lenormand, et qu'on ne connaît dans le monde farfadéen que sous le titre de la grande et fameuse bohémienne. Voilà ce qui s'appelle être juste : c'est d'être inexorable pour tous les hommes et femmes qui font pacte avec le démon (Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 2, 1821 - books.google.fr).

Vous ne m'apprenez rien de nouveau, Monsieur; les farfadets ont la faculté de prendre la forme qu'ils veulent, et celle qui sert le mieux à leurs projets. Souvent on les voit sous la forme d'un hibou, d'une chouette, d'une souris blanche ou d'une araignée (Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 3, 1821 - books.google.fr).

Lithographie de Langlumé d'après Berbiguier

Monsieur, je veux décidément jouir de la paix et de la tranquillité qui me sont si nécessaires; et pour lui faire encore mieux sentir à quel point j'étais affligé, et combien mon état méritait de soins et d'égards, je lui fis l'aveu de l'impuissance où j'étais réduit envers les femmes; que cette impuissance m'avait été donnée par un maléfice des sorciers ou magiciens d'Avignon; que c'était d'autant plus douloureux, qu'à mon âge je pourrais encore me marier et jouir de la douceur d'un lien dont je vois tant de monde se féliciter, car je ne veux faire usage de mes forces physiques qu'en tout bien, tout honneur, et je me croirais au rang des farfadets, satellites de Belzébuth, s'il me prenait fantaisie d'en agir autrement avec les femmes. Alors il me donna une ordonnance pour rétablir en moi ce que j'avais perdu sans m'en apercevoir. Faites usage, me dit-il, de pommes de terre bien assaisonnées d'huile d'olive de Provence, bien salées et poivrées ; mangez des truffes, buvez du vin de première qualité, et vous verrez qu'il s'opérera en vous de très-grands changemens. J'avoue que le désir de guérir de cet affaissement étrange me fit entreprendre ce qu'il me conseilla, et que malgré tous les soins que je mis à suivre mon régime, je ne pus jamais revenir dans l'état que je désirais ardemment de recouvrer. Je vis alors que M. Moreau n'était qu'un charlatan qui cherchait à me tromper, pour se rendre digne de la mission qu'il avait reçue de ses complices d'Avignon (Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 2, 1821 - books.google.fr).

Je passe maintenant à mes bouteilles-prisons. Toutes les opérations dont j'ai déjà rendu compte ne sont rien en les comparant à celle que je fais à l'aide de ces bouteilles. Autrefois je ne tenais captifs mes ennemis que pendant huit ou quinze jours, à présent je les prive de la liberté pour toujours, si on ne parvient pas à casser les bouteilles qui les renferment, et je les y emprisonne par un moyen bien simple : lorsque je les sens pendant la nuit marcher et sauter sur mes couvertures, je les désoriente en leur jetant du tabac dans les yeux: ils ne savent plus alors où ils sont; ils tombent comme des mouches sur ma couverture, où je les couvre de tabac; le lendemain matin, je ramasse bien soigneusement ce tabac avec une carte, et je les vide dans mes bouteilles, dans lesquelles je mets aussi du vinaigre et du poivre. C'est lorsque tout cela est terminé, que je cachette la bouteille avec de la cire d'Espagne, et que je leur enlève par ce moyen toute possibilité de se soustraire à l'emprisonnement auquel je les ai condamnés. Le tabac leur sert de nourriture et le vinaigre les désaltère quand ils ont soif. Ainsi ils vivent dans un état de gêne, et ils sont témoins de mes triomphes journaliers: Je place mes bouteilles de manière à ce qu'ils puissent voir tout ce que je fais journellement contre leurs camarades; et une preuve que je n'en impose pas lorsque je dis qu'ils ne peuvent plus sortir du tabac que je leur ai jeté pour les couvrir, c'est qu'en présence de madame Gorand j'ai eu le plaisir de jeter de ce tabac au feu, et que nous avons entendu ensemble les farfadets qui pétillaient dans le brasier, comme si on l'avait couvert d'une grande quantité de grains de sel. Je veux faire présent d'une de mes bouteilles au conservateur du cabinet d'Histoire Naturelle, il pourra placer dans la Ménagerie des animaux d'une nouvelle espèce. Il est vrai qu'il ne pourra pas les tenir captifs dans une loge, comme on y tient le tigre et l'ours Martin; mais il les fera voir dans la bouteille, de laquelle il leur est défendu de s'échapper (Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 3, 1821 - books.google.fr).

Séraphion Lampin ou Séraphampin Lion

On peut lire en Apocalypse IV :

2. Je fus aussitôt ravi en esprit, et je vis un trône placé dans le ciel, et quelqu'un assis sur le trône.

3. Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine, et il y avait autour du trône un arc-en-ciel qui paraissait semblable à une émeraude. [...]

5. Il sortait du trône des éclairs, des tonnerres et des voix; et il y avait sept lampes brûlantes devant le trône, qui sont les sept esprits de Dieu.

6. Et devant le trône il y avait une mer transparente comme le verre, et semblable à du cristal; et au milieu du trône, et autour du trône, il y avait quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière.

8. «Six ailes :» comme les séraphins d'Isaïe, VI, 2. Car ceux d'Ezéchiel n'en ont que quatre, 1, 6. «Et ils ne cessent de dire jour et nuit : Saint, Saint, Saint...» comme les séraphins d'Isaïe, V1, 3 (Oeuvres complètes de Bossuet: précédées de son histoire par le cardinal de Bausset et de divers éloges, Tome 2, 1870 - books.google.fr).

Le Tétramorphe réalise en un seul ensemble les grands caractères mystiques que les Pères de l'Église et les Docteurs anciens ont attribués à Jésus-Christ. [...] Ce fut d'après les maîtres de la foi chrétienne qu'au Moyen-âge Pierre de Capoue écrivit ces mots : Fuit homo nascendo, vitulus moriendo, leo resurgendo, aquila ascendendo. «Il fut homme par sa naissance, veau par sa mort, lion par sa résurrection, aigle par son ascension». [...] Ajoutons qu'en certains cas les quatre Animaux figurent bien personnellement les quatre Évangélistes (Louis Charbonneau-Lassay, Le Bestiaire du Christ, 2014 - books.google.fr).

La loupe est l'instrument de l'enquête qui débute ici et avec laquelle il convient de viser la case B1 de la page 17 des Bijoux de la Castafiore : nous y voyons Séraphin Lampion arborer au revers de sa veste une rosette et quatre barrettes, preuves de ses qualités exceptionnelles. Disparu, le belgicain importun, le casse-pieds monumental, il s'affiche comme la fine fleur : quatre barrettes et une rosette ! Que de hauts mérites récompensés ! L'étude des distinctions honorifiques belges nous révèle que la Belgique possède cinq ordres de mérite : l'ordre de Léopold, l'ordre de l'Étoile africaine, l'ordre royal du Lion, l'ordre de la Couronne et l'ordre de Léopold II. Lampion est décoré des cinq ! Parfaite lanterne ! (Bertrand Portevin, Hergé de profil - Une étoile plus mystérieuse du tout !, 2018 - books.google.fr).

Le geste symbolique du parfum perdu - gaspillé, disent certains - pour un corps voué à une mort prochaine (onction à Béthanie, Marc 14,3-9) «est exemplaire de la perte du corps qui, une fois enseveli, ne sera jamais retrouvé». De fait, lorsque quelques femmes viendront au tombeau de Jésus, le premier jour de la semaine, pour l'oindre, elles n'y trouveront plus son corps, dont la place sera prise par la parole de l'Évangile, le message de la résurrection du Crucifié (16, 1-7). À la lumière de cette interprétation, le lien paraît naturel entre le sens du parfum perdu et l'Évangile qui est proclamation dans le monde d'une parole tirée de la mort, de la perte d'un corps. Le corps mort de Jésus s'efface au profit d'une naissance à la parole, à une annonce heureuse par laquelle se répand dans le monde entier la parole de vie tirée de la mort (Camille Focant, L'Évangile tétramorphe, Portraits évangéliques de Jésus-Christ, 2026 - books.google.fr).

Sous le nom de l'oncle Anatole de Séraphin Lampion (L'Affaire Tournesol, pages 5-6) transparaîtrait l'Anastasis.

Remarquons que Mallarmé, disciple de Baudelaire sous plus d'un rapport, rejette ici la théorie baudelairienne des Correspondances. Baudelaire, il est vrai, savait que ces illuminations étaient fugitives ("La nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles"). Mallarmé et sa Muse sont pleinement conscients de ce que les messages sont confus, et c'est en partie pour cela qu'ils ne peuvent les accepter. Mais à l'encontre de Baudelaire (et c'est cela qui l'éloigne le plus de son maître), Mallarmé ne trouvait pas de sens implicite ou déterminé dans l'univers. Les "messages" de la nature n'ont donc aucune valeur pour lui, ou n'en auront que lorsqu'ils seront transformés en oeuvres d'art. Tout en quittant son île avec sa Muse et en refusant les messages, le poète n'en insiste pas moins sur la valeur de cette sphère de révélations. L'esprit de litige, autrement dit ceux qui cherchent querelle aux déclarations du poète en affirmant que son "pays" n'exista pas doivent le croire désormais, car il y est effectivement entré et n'en est sorti que par un miracle comparable à celui des flots de la Mer Rouge (le flot même qui s'écarte) se partageant pour offrir passage à Moïse. En raillant "l'esprit de litige", il se moque, comme Verlaine, de "l'esprit impur". [...] Dès que la Muse perd son élan et revient au monde quotidien, après la révélation elle n'est plus qu'une enfant. L'extase poétique et sensuelle nous rejette à notre moi réel qui doit travailler, souffrir et être mortel. Pourtant elle a appris et retenu quelque chose de la vision (docte par chemins) et prononce le mot Anastase. Certains critiques (C. Soula, Mme Noulet) donnent à ce mot le sens de ressuscite ou de résurrection, et ici nous revenons à l'idée baudelairienne de la mémoire appelant, sommant les choses "lève-toi !" comme pour Lazare. Cette interprétation est légitime, mais d'autres attribuent les noms d'Anastase et de Pulchérie à des personnages historiques. Pour Charles Chassé (Les Clefs de Mallarmé, Aubier, 1954) ce sont des noms d'empereurs byzantins, tandis que pour J. Gengoux (Le Symbolisme de Mallarmé, Nizet, 1950) ce sont les noms d'un pape et d'une petite-fille de l'Empereur Théodose. A l'interprétation d'Anastase comme ressuscite on pourrait objecter que la forme anastasis existait déjà. MM. Chassé et Gengoux semblent oublier qu'Anastase, Anastasia, Anastasius et Anastasie sont interchangeables. Une "Sainte Anastasie, aussi nommée Anastase" fut martyrisée le 25 décembre et sa commémoraison est célébrée à cette date. Il existe cependant une autre Anastasie dont les associations littéraires sont bien déterminées. Ce nom figure dans l'argot littéraire du XIXe siècle : "Nom plaisant donné à la Censure dans le monde des lettres La caricature la représente sous les traits d'une vieille fille laide, maigre, et revêche, armée d'une paire de ciseaux énormes dont elle se sert à tort et à travers." En d'autres termes c'est la Mrs. Grundy ou Dora des Anglais et le contraire de la belle Pulchérie. Il n'est pas nécessaire de substituer à Anastase son féminin Anastasie. Il se pourrait que Mallarmé raillât un censeur mâle, un Anastasius qui serait son ennemi Anatole France (dont le prénom Anatole, signifiant "lever du soleil" s'apparente d'ailleurs à cette notion de résurrection contenue dans le mot Anastase). En tout cas la Muse met le poète en garde contre Anastase, qui représente un ennemi de la poésie. La Muse dit au poète "Gare à la Censure" ou, à l'Impératif, "Censure !" - ce qui remonte à dire "Censure tes ouvrages avant qu'ils ne soient censurés par d'autres"; ou bien, lui rappelant son propre silence devant les iris, elle se compare en riant à cette vieille fille laide, la Censure. Le poète doit se méfier d'Anastase sous peine de voir son oeuvre (l'idéal de beauté, Pulchérie) représenté par le grand glaïeul, englouti par le tombeau, en d'autres mots l'oubli, la fonction de l'oeuvre étant, comme dans le Toast Funèbre, de cacher ou de vaincre la tombe. Un aspect important de la Prose est donc la défense de l'imagination poétique du poète. L'aventure du Faune, déclarée ridicule par Anatole France et ses semblables, était aussi authentique que l'Ile dans l'oeuvre qui nous occupe. Le sépulcre lui-même n'est peut-être que le Parnasse Contemporain qui tenta vainement de supprimer son poème (Francis Scarfe, la Prose pour des Esseintes de Mallarmé, Le Bayou, Numéros 73-80, 1958 - books.google.fr, www.toutelapoesie.com - Mallarme, Prose pour des Esseintes).

Dans Prose pour Cazalis, Mallarmé a introduit les mêmes Pulchérie et Anastase qui est appelé "Fulgore Anastase" suivi de "C'est tout l'Orient" peut-être en rapport avec le grec "anatolè" (Robert Goffin, Mallarmé vivant, 1956 - books.google.fr).

Les enfants de Lampions sont au nombre de 7, chiffre hautement apocalyptique (7 coupes, 7 fléaux, 7 sceaux etc.). On ajoute à cela la "scarlatine" à la fin de l'Affaire Tournesol qui pointe sur la bête et la femme écarlates ennemis du très haut, faisant fuir Lampion, un peu crampon. Tout être humain est sujet au péché, même à Moulinsart.

A la fin de l'aventure lunaire, les membres de l'équipage reviennent quasi morts asphyxiés. Revenus à la vie, ils reviennent aussi à l'aventure alors qu'Haddock aspire au repos.

Le Christ est, dans la légende, l'assurance de retrouver son corps après la mort qui le dissout. C'est l'assurance suprême. L'émeraude, les ciseaux, la tête, etc., n'en seraient que des images.

Petit calendrier de l'Affaire Tournesol

Après les premiers bris de verre, il se passe deux jours avant que les journaux relatent les faits. Le journal «Hamburger Tagesblatt» est daté de Dienstag, soit mardi (p. 13 B3). Donc les événements ont dû commencer le dimanche et non le jeudi comme le prétend Tintin (p. 25 C1) (www.forum-tintinophile.com).

L'orage subit et violent peut suggérer que c'est le mois d'août de l'époque : impers et absence de manteaux.

L'été 1954 (juin, juillet, août) a été le plus frais observé à Uccle (Belgique) au cours de ces trente dernières années. Les pluies ont été excédentaires en juillet 1954. Elles le resteront jusqu'au mois de septembre compris (Publications techniques, Volumes 22-23, Tirlemont, Belgium. Institut belge pour l'amélioration de la betterave, 1954 - books.google.fr).

En France, l’été 1954 est comme le précédent : c’est-à-dire POURRI ! très frais et très humide - au petit matin du 29 juin et du 8 juillet 1954, les gelées blanchissent par endroits la campagne normande et champenoise - les 24 et 25 août 1954 sont des journées extrêmement mauvaises et presque hivernales - il fait parfois une dizaine de degrés en plein après-midi dans les régions du nord et du nord-est où la pluie tombe pratiquement sans discontinuer (www.meteo-paris.com).

In Schweiz, Der Sommer 1954 war so schlecht, daß man ihn als «été pourri» - als verfaulten Sommer bezeichnete. Das neue Produkt konnte im Testjahr wirklich nicht von einem hervorragenden Sommer profitieren, denn die Niederschlagsmengen und die Sonnenscheindauer lagen weit über, bzw. unter den normalen Werten (Schriftenreihe, Volume 4, Saint Gall, Switzerland. Hochschule für Wirtschafts- und Sozialwissenschaften. Forschungsinstitut für Absatz und Handel, 1962 - books.google.fr).

La date de Mardi 21 août place le début de l'aventure au dimanche 19 août qui tombe ainsi en 1956 année de publication de l'album. D'où la fin de l'aventure le 29 août.

La prépublication au Hamburger Tageszeitung ou Tagenblatt (rappel du Hamburger Abendblatt qui publie Tintin depuis 1952) donne la date de Mardi aussi mais semble-t-il le 31. En 1954, le 29 août est un dimanche. Ce qui reporte la fin de l'aventure au 8 septembre.

Le pape saint Anastase II mourut le 17 novembre 498, et eut pour successeur Symmaque. Son nom ne se trouve pas dans le Martyrologe romain, mais il est nommé dans plusieurs calendriers le 8 septembre. Il fut élu le jour de la conversion de Clovis selon Henrion, le 24 novembre 496.

Saint Anastase, pape, Ier du nom, mort en 402, honoré à Rome, dont on fait la fête, selon Godescard, le 14 décembre, et selon Chastelain, le 8 septembre (Charles-François Chevé, Dictionnaire des papes, ou Histoire complète de tous les souverains pontifes, depuis Saint-Pierre jusqu'à Pie IX, 1857 - books.google.fr, Martyrologe universel, 1823 - books.google.fr).

Le "jeudi" de Tintin (erreur ou pas) correspond au 26 août. Le martyrologe hiéronymien, au 26 août, nomme S. Anastase martyr de Salone : VII kal. sept. in Salona Anastasi. C'est le texte de l'Epternacensis. Le Wissemburgensis et le Bernensis (celui-ci au 25 du mois) ajoutent: Hic fullo fuit. Il n'est point question dans ce document d'un autre Anastase salonitain. L'Anastase du 7 septembre, qui a décidé Baronius à choisir cette date pour S. Anastase le foulon, n'est accompagné d'aucune indication qui justifie ce choix (Analecta bollandiana, Volume 16, 1897 - books.google.fr).

Lampion séjourne au château pour ses vacances avec ses enfants en l'absence de Haddock.

Le rapport de la Commission de la Justice du Sénat belge chargée d'examiner le projet de loi relatif aux vacances judiciaires commence par :

Le 27 juin 1956, la Chambre des Représentants a voté sans discussion préalable, par 163 voix et une abstention, la proposition de loi relative aux vacances judiciaires. Cette proposition est due à l'initiative des députés Tahon, Merchiers, Charpentier, Pierson et Lahaye. Le but en est de faire coïncider les vacances judiciaires, qui s'étendent actuellement du 15 juillet au 15 septembre, avec les vacances scolaires, qui depuis l'année 1955 sont fixées du 1er juillet au 31 août de chaque année (SÉNAT DE BELGIQUE, SESSION DE 1957-1958, RÉUNION DU 10 DÉCEMBRE 1957 - books.google.fr).

Ainsi à partir de 1955, les grandes vacances scolaires se terminent le 31 août. Avant, elles s'étendaient plus. Ce qui fait que les deux dates du journal allemand font correspondre les vacances de Lampion à la date de début de la prépublication et à celle de l'album.

Actuellement, les périodes de vacances sont les mêmes au Congo qu'en Belgique. Or, s'il est normal que chez nous les vacances se placent de juillet à septembre, c'est-à-dire pendant les fortes chaleurs, pour autant qu'on ait de fortes chaleurs dans notre pays, il ne faut pas oublier que dans notre colonie, la période la plus chaude se situe de décembre à février (Annales parlementaires, Belgium, Chambre des représentants, 1951 - books.google.fr).

Résurrection et verre

Dans la littérature rabbinique, les minim désignent vraisemblablement les judéo-chrétiens, à moins que tous les termes cités (y compris min, mesummad et «ceux qui se sont écartés des voies de la communauté…») fassent allusion au judaïsme helléniste.

Un min remet explicitement en question la résurrection elle-même dans le débat suivant, qui le confronte avec Rabbi Yose ben Halafta : (Un min conteste la possibilité de la résurrection et dit :) Y a-t-il des morceaux de poterie qui se soignent (à nouveau) ? N’est-il pas écrit la (chose) suivante : «Comme les ustensiles de l’artisan, tu les briseras» (Ps 2, 9) ? (Ce verset est bien) étonnant ! (Rabbi Yose b. Halafta) lui répondit : L’ustensile en argile, sa fabrication (beriyyato) (se fait) à partir de l’eau et sa finition (hekhsero) avec le feu, l’ustensile en verre, sa fabrication (se fait) à partir du feu, sa finition (se fait) avec le feu. Celui-ci (l’ustensile en verre), quand il est brisé, peut être réparé, celui-là (l’ustensile en argile), quand il est brisé, ne (peut) être réparé. (N’est-ce pas) étonnant ? Il lui répondit : (C’est) parce qu’il est fait avec le souffle (qu’il est réparable). (Rabbi Yose) lui dit : Tes oreilles n’ont pas entendu ce que ta bouche a dit ! Si cet (ustensile) qui est fait par le souffle d’un être de chair et de sang (peut) être réparé, à plus forte raison un (ustensile fait) par le souffle du Saint, béni soit-Il. Rabbi Yishaq a dit : Il n’est pas écrit : Tu les briseras comme des ustensiles en argile mais «Tu les briseras comme les ustensiles de l’artisan» (Ps 2, 9), «les ustensiles de l’artisan» qui n’ont pas (encore) été affermis (par le feu), et qui sont (donc) réparables (yekholin la-hazor) (Be-reshit Rabba, 14, 7, ms Vatican 60).

Miller a consacré un commentaire assez approfondi à ce texte. Comme Stern, il écarte d’emblée la possibilité que le min en question soit un judéo-chrétien ou un chrétien orthodoxe, distinction qui est par ailleurs assez curieuse si le texte reflète bien un entretien susceptible d’avoir eu lieu au IIème siècle. Il ne peut pas être non plus un samaritain, puisqu’il se réfère aux Psaumes qui n’appartenaient pas au canon des samaritains. Miller retient ?nalement deux hypothèses, celle du sadducéen-épicurien et celle du gnostique. La première se fonde sur l’idée que le min considère l’âme à la manière épicurienne, comme une entité corporelle, elle aussi périssable, d’où son affirmation : des morceaux de poterie ne peuvent plus reformer une poterie entière. Rabbi Yose au contraire affirme que la résurrection est possible, puisque l’âme survit et qu’elle est susceptible de réparer le corps, comme le souffle de l’artisan permet de réparer l’ustensile en verre. La deuxième hypothèse repose sur un passage de l’Evangile de Philippe où l’adepte gnostique est comparé à un objet en verre et l’homme ordinaire à un objet en terre. L’objet en verre issu du souffle peut être réparé : le gnostique, qui est venu à l’être avec une âme, ne meurt pas véritablement et son âme trouve un corps de substitution dans l’autre monde. Rabbi Yose aurait donc utilisé une comparaison familière au gnostique, mais au lieu d’en faire une preuve de la résurrection conçue comme un processus fondamentalement spirituel, il en a fait une preuve de la résurrection charnelle, que les gnostiques n’admettaient pas. Si la deuxième hypothèse peut se soutenir (mais il n’est pas évident que l’Evangile de Philippe soit un texte gnostique), la première est en revanche peu convaincante. Rien dans le texte ne montre explicitement que le min ne croit pas en la survie de l’âme. Quand Rabbi Yose soutient que l’âme est susceptible d’être le moteur de la résurrection, il ne reçoit aucune objection de son interlocuteur (José Costa, Judaïsme helléniste et judéo-paganisme en terre d’Israël : l’exemple des minim, Henoch, 34, 1, 2012 - www.academia.edu, Bernard Pouderon, D'Athènes à Alexandrie, études sur Athénagore et les origines de la philosophie chrétienne, 1997 - books.google.fr).

L’Evangile de Philippe est l'un des livres gnostiques retrouvés à Nag Hamadi. L'Auteur explique trois textes : 1) 47 : le nom du Christ signifie «mesuré»; en syriaque et hébreu tardif, Messie a, en effet, le double sens d'«Orient» et de «mesuré»; 2) 52 : l'opposition entre les vases en verre et la vaisselle de terre indique celle entre les pneumatiques, qui peuvent être rétablis, ressuscités, et les choïques, qui ne le peuvent pas; 3) 53 : «l'eucharistie est Jésus, car, en Syriaque, il est appelé Pharisatha, c'est-à-dire l'«étendu»; allusion à la mort sur la croix (Bibliographie : Three notes on the "Gospel of Philip" de W.C. Van Unnik, Bulletin signalétique, Sciences humaines, philosophie, Volume 19, Numéros 1-2, 1965 - books.google.fr).

Des craques

Le baron von MUNCHAUSEN, plus connu sous le nom de baron de CRAC, était monté jusqu'à la Lune en utilisant savamment la croissance d'une plante, en chevauchant un boulet de canon, en profitant d'une tempête. RIDDELL se laissait entraîner dans l'espace par une comète, et LUISAT par le pouvoir magnétique d'une météorite. LAFFET 4 nous présente le monde contrôlé de l'intérieur d'une station cosmique. VOLKOF nous conte l'arrivée des habitants des nébuleuses extragalactiques, et J. DE LA HIRE nous entretient d'une étrange machine vénusienne..., dont il omet de nous révéler le fonctionnement. Enfin, Edgar POE a décrit, dès 1835, une cabine sphérique hermétique supportée par un ballon de grande dimension : il était loin de soupçonner que, cent ans plus tard, on userait du même procédé pour s'élever dans la stratosphère. D'autres récits, d'autres romans passionnants naissent journellement de ces mêmes préoccupations. Aujourd'hui, nous pouvons dire qu'il n'est pas une revue de jeunes qui, sous une forme ou sous une autre, ne traite du problème interplanétaire. Les aventures sur Mars, sur la Lune, sur d'autres planètes et satellites de notre système se déroulent grâce à des engins ayant certes beaucoup d'allure, mais dont l'énergie de propulsion reste inconnue du lecteur. D'ailleurs, dans ces romans, qui visent surtout à la description d'êtres étranges et de paysages fantastiques, l'aventure tient la première place, la technique ne vient qu'au second rang (Alexandre Ananoff, L'astronautique, 1950 - books.google.fr).

La conquête de l'Espace, c'est-à-dire de l'au-delà des nuages, mais encore de l'au-dessus du bleu du ciel, a été l'un des rêves constants des graphistes depuis les origines de l'imagerie. Au départ les illustrateurs s'inspirent de Cyrano de Bergerac, du baron de Crac. Cette tradition qui s'appuie sur un contexte romanesque comprend tous les artistes créateurs de couvertures de romans de Science-Fiction : de Jean de La Hire à H. G. Welles, de Jules Verne à Ray Bradbury. C'est par la même démarche en esprit d'escalier, ou d'échelle de Jacob, qu'un Robida illustrera le Commandant Denrit. Cependant très vite les dessinateurs n'éprouvent plus la nécessité de s'appuyer sur des «preuves» littéraires. LE SAVANT COSINUS de Christophe, vit ses propres tentatives à une époque où Méliés a déjà lancé ses fusées. Alain Saint-Ogan subit à son tour cette tentation du vertige de l'espace sidéral. Brantonne illustre avec génie plusieurs centaines de couvertures du Fleuve Noir. Le temps des pionniers étant passé, celui des classiques regorge d'aventures de l'Espace. Hergé lance Tintin à la conquête des mystères du Cosmos : L'ÉTOILE MYSTÉRIEUSE, OBJECTIF LUNE, ON A MARCHÉ SUR LA LUNE. Edgar P. Jacobs, imagine une pluie de spoutniks habités, pour L'ENIGME DE L'ATLANTIDE, René Pellos créé FUTUROPOLIS, Marijac et Dut signent GUERRE A LA TERRE. Parmi ces précurseurs il faut encore citer pour l'Europe les anglais Sidney Jordin avec JEFF HAWKE, Frank Hampson avec DAN BARRY. En Amérique, dès les années 1930, les principaux auteurs de bande dessinée artistique de l'Age d'Or se lancent de leur côté à la conquête du Cosmos. Les plus classiques des personnages, sont chacun au moins une fois lancés, en sonde, par delà la stratosphère : MANDRAKE de Lee Falk, BUZZ SAWYER de Roy Crane, sans oublier les premiers héros de papier du space-opéra de la presse : FLASH GORDON (Guy l'Éclair) d'Alex Raymond, BRICK BRADFORD (Luc Bras de Fer) de Clarence Grey, BUCK ROGERS de Philip Francis Nowlan et Richard Calkins. Dans les années 1940 naissent toujours aux U.S.A. les premiers super-héros volants qui ont vaincu la pesanteur, qui viennent d'«Ailleurs», ou peuvent y aller et y retourner à volonté. Il s'agit alors de SUPERMAN créé par Jerry Siegel et Joë Shuster. Ce type de héros, né sur une autre planète d'une lointaine Galaxie, se multiplie. A cette génération se rattachent bientôt SUPER-BOY, CAPTAIN MARVEL, WONDER WOMAN. Bientôt il s'agira d'une véritable légion venue d'ailleurs placée sous la houlette de Stan Lee pour les «Marvel Comics». On y retrouve CAPTAIN AMERICA avec son bouclier magique, STARMAN (l'homme étoile), L'ATOM, LES QUATRES FANTASTIQUES chacun émanant d'un des quatre éléments, le SURFER D'ARGENT, THOR le héros Viking qui redescent d'un Walhaila situé parmi les étoiles les plus lointaines. Jusqu'ici les dessinateurs et scénaristes de B.D.A. ne semblaient n'avoir que calqué des aventures fantastiques sur le décor du Cosmos. Dorénavant, et le phénomène s'est déclaré au tournant des années 1978-1979, les mêmes auteurs ont pris un virage à (Galerie des arts, Numéros 188-191, 1979 - books.google.fr).

L'album suivant Les Bijoux est Vol 714 pour Sydney en lien avec extra-terrestres.

The catastrophe having occurred at Cape Kennedy on 27 January 1967 is a tragedy not only for United States of America. [...] Three American cosmonauts perished not in the Cosmos, but on the ground : Virgil Grissom, Edward White and Roger Chaffee. [...] Grissom was commander of the first manned satellite "Gemini". Had not the tragedy of 27 January occurred, the first spaceship "Apollo" would have entered the Cosmos with a crew headed by Grissom. The confidence in Grissom, entrusted with the most responsible flight, was not casual. His flawless trade, enviable control, iron health were still with him despite his being already nearly forty. His first space baptism was obtained long before 1965, when he became commander of the crew of the first manned space craft "Gemini". Back in 1961 he had already accomplished a flight along a ballistic trajectory on board the experimental Mercury satellite which had flown about 500 kilometers with the maximum altitude reaching 200 km. When his ship touched water it suddenly began to sink. And there Grissom showed his wonderful self-control. He saved himself (Y. Marinin, The catastrophe at Cape Kennedy on 27 January 1967, Space World, 1967 - books.google.fr).

Purification : Action de purifier (une substance, un organisme d'un élément hétérogène)

Virgile parle (...) des peines expiatoires que devaient subir ceux qui n'étaient pas assez purs pour entrer dans l'élysée. Ces purifications étaient douloureuses pour les manes, et de véritables supplices. Il suppose que les ames, en sortant du corps, étaient rarement assez purifiées pour se réunir au feu éther dont elles étaient émanées. Dupuis, Orig. cultes, 1796, p. 523.

Parmi les cérémonies les plus importantes de la religion de la cité il y en avait une qu'on appelait la purification (...) cette cérémonie devait avoir pour vertu d'effacer les fautes commises par les citoyens contre le culte. Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p. 201 (www.cnrtl.fr).

Cette conception suppose une comptabilité des actions individuelles ou collectives que l'on peut annuler de différentes manières (financièrement souvent au profit d'instances religieuses qui justifient ainsi leur existence) selon leur gravité convenue comme dans un livre de compte. C'est un fonctionnement économique rien de moins moral.

Les parfums, dès la première page de l'album des Bijoux, se sont avérés trompeurs. L'air "pur et vivifiant" s'y révélait n'avoir pas précisément l'odeur du muguet (Benoît Peeters, Lire Tintin, Les Bijoux ravis, 2012 - books.google.fr).

«Du blanc, je ne vois que du blanc partout», raconte-t-il au Pr Ricklin, un disciple zurichois Jung. Le psy lui répond : «Vous devez exorcisez vos démons blancs, vos démons de pureté», et lui conseille d'abandonner. Hergé s'accroche et sort coup sur coup deux de ses meilleurs albums (Tintin au Tibet et les Bijoux de la Castafiore). Mais son Tintin ne s'en remettra jamais. Les deux derniers albums (Vol 714 pour Sydney et Tintin chez les Picaros) sont artistiquement des échecs. «Si vous saviez comme je le hais», dira à la fin de sa vie le créateur de son personnage (L'Événement, Numéros 740 à 743, 1999 - books.google.fr).

La visite chez le psy a lieu le 7 mai jour de l'Ascension à Zurich (Albert Algoud, Petit dictionnaire énervé de Tintin, 2011 - books.google.fr).

Franz Niklaus Riklin (1909–1969) est un psychiatre et psychanalyste jungien, fils de Franz Ricklin (1878-1938) et de Sophie Fiechter, une des petites-filles de Karl Gustav Jung (1794 - 1864), et donc cousine de Carl Jung (1875-1961) (fr.wikipedia.org - Franz Riklin).

Voir encore ce passage de la Somme : «Tous les éléments revêtiront donc une sorte de clarté, pas tous également, mais chacun à sa manière : on dit en effet que la terre sera, à sa surface, transparente comme le verre, l'eau comme le cristal, l'air comme le ciel, le feu comme les astres du ciel [...]. L'excès de la lumière sera délectable, parce qu'elle n'est pénible qu'à cause de la débilité de l'organe visuel, laquelle n'existera plus dans la vie nouvelle. L'air ne sera pas clair comme s'il projetait des rayons, mais comme une chose diaphane pénétrée par la lumière. La terre, bien que opaque par nature, revêtira sur sa surface, par la vertu divine, une gloire de clarté sans préjudice de son opacité». Ainsi, dans le monde régénéré de l'après-Jugement, - tout sera lumière les corps et les âmes -, parce que tout sera pénétré par la clarté divine. Tandis qu'en descendant le temps nous nous approchons de l'époque du polyptyque de Gand, nous ne cessons de découvrir de nouveaux textes affirmant la beauté sans mesure de la lumière éternelle. Pour Dante, le ciel «n'a d'autre lieu que l'esprit divin [...]. Lumière et amour l'entourent de leur cercle» (Paradis, ch. XXVII, v. 109-112). Angèle de Foligno, racontant sa deuxième révélation, explique : «Je voyais une plénitude de clarté dont je me sentais tellement remplie que, pour le faire comprendre, je ne trouve ni parole ni comparaison.» A Brigitte de Suède qui demande à Jésus pourquoi il ne se fait pas voir aux hommes dès maintenant dans sa gloire, le Seigneur répond : Ma gloire est ineffable et incomparable en suavité et en bonté. Si donc ma gloire était vue comme elle est, le corps de l'homme corruptible se débiliterait et défaudrait comme les sens d'iceux qui virent en la montagne ma gloire [allusion à l'épisode de la Transfiguration], leur corps aussi défaillerait à raison de la trop grande joie de l'âme et ne pourrait plus faire les exercices corporels (Jean Delumeau, Une histoire du paradis, Tome 3, 1992 - books.google.fr).

Ben voyons...

Baptême

Le Virgile de Dante doit certainement beaucoup à la noble figure d'éducateur plein de bonté, et si tendrement aimé de son élève, qu'est le Virgile du Dolopathos. Seulement, si l'on nous demande quelle est la version des Sept Sages que Dante aurait eue sous les yeux, ce serait une affirmation très hasardeuse que de dire que ce fut le Dolopathos. Où donc Dante aurait-il pris le thème si important qui est à la base de la description du purgatoire proprement dit, le thème de la tour pédagogique qui fait défaut dans le Dolopathos ? Il faut supposer que Dante a connu une version des Sept Sages qui laissait une grande place à la figure de Virgile, comme le Dolopathos, mais qui, d'autre part, contenait toute une série de thèmes qui ne se retrouvent que dans d'autres versions. Nous serons bien forcés de reconstruire un jour, en confrontant le texte de la Divine Comédie avec toutes les autres versions conservées des Sept Sages, la version qui correspond le mieux au texte de Dante. La tradition des Sept Sages était probablement en grande partie une tradition orale, ce qui expliquerait pourquoi tant de thèmes ne se rencontrent que dans tel groupe déterminé, alors qu'ils manquent dans les autres. La version du thème de la tour pédagogique qui, à notre connaissance, correspond le mieux à la tour du Purgatoire est celle du Roman des Sept Sages (R. Palgen, La légende virgilienne dans la Divine Comédie. In: Romania, tome 73 n°291, 1952 - www.persee.fr).

La Constitution belge prévoit que les souverains se succèdent «par ordre de primogéniture». Le premier-né (futur Baudouin Ier) monte sur le trône, à la suite du père, le second attend son tour en bas des marches. Albert s'y prête dès le premier jour de son existence, sans rechigner. «J'ai été élevé comme une plante en serre», confie-t-il. Voilà pour la légende. Car s'il est de bonne composition, Albert est en retard sur son âge et a des problèmes d'élocution comme Albert Ier qui bégayait à ses débuts. On dit d'Albert qu'il a perdu sa langue et qu'il est muet comme une tombe. L'enfance blessée par le décès de sa mère s'exprime par l'absence de parole (Patrick Roegiers, La spectaculaire histoire des rois des Belges, 2017 - books.google.fr).

En 1939, une rumeur prétend que le prince Albert est muet. Afin d'apporter un démenti manifeste, le roi lui fait prononcer le discours d'ouverture de l'exposition internationale de la technique de l'eau à Liège (fr.wikipedia.org - Albert II (roi des Belges)).

Rusalino ou Rusaliain correspond à votre fête de la Pentecôte et se célèbre dans le même temps. Elle se célèbre de la même façon que Sunto Cretchuno. On adapte seulement les formules. C'est la fête du réveil du Del. C'est la fête du lieu et du monde où s'est formé le Del. Il y avait un homme que l'on croyait être un homme et qui était le Del : notre Père Sunto Sinpetri. Rusaliain, c'est «l'ouverture» ou le baptême des roses, du monde, de la forêt, des fruits; c'est l'ouverture, la manifestation du réveil du Del, c'est la fête de verdure de Dieu. Rusalino ou Rusaliain c'est le premier monde, devenu maintenant le Rayo ou le Paradis. Nous disons, quand nous en parlons : le Rayo develesko Rusalino, ou encore : le Rayo develesko, le Rusaliain.

Sunto Sinpetri c'est la fête de notre père Sinpetri. Elle correspond à peu près chez nous, pour la date, à la fête des feux de la Saint-Jean. Nous la célébrons de la même façon que Sunto Cretchuno en adaptant les formules (Joseph Chatard, Michel Bernard, Zanko , Zanko, chef tribal chez les Chalderash, La tradition des tsiganes conservée par l'aristocratie de ce peuple, 1959 - books.google.fr).

Lorsque Herbert décrit la passion brûlante que la jeune reine conçoit pour son beau-fils, lorsqu'il s'attarde, dans un conte qu'il ajoute au texte de Jean de Haute-Seille, sur une intrigue amoureuse basée sur le motif de l'«amour de loin», il se comporte comme un écrivain courtois attentif à rendre compte avec toute la subtilité qui s'impose des émois du cœur et des élans du désir. Il est pourtant loin d'oblitérer totalement la puissante verve antiféministe qui anime l'auteur de sa source (Olivier Collet, Yasmina Foehr-Janssens, Le Roman de Dolopathos. Édition du manuscrit H 436 de la Bibliothèque de l'École de Médecine de Montpellier par Jean-Luc Leclanche, 2002 - www.persee.fr, fr.wikipedia.org - Herbert (trouvère)).

Vers la fin de Dolopathos 12888-91, Herbert après d'autres enchanteresses cite Circé métamorphosant les compagnons d'Ulysse en pourceaux d'après saint Augustin (Tintin)

Herbert situe plusieurs scènes au mois de mai :

Un jour de printemps, beau jour que le poëte se plaît à décrire, on ne sait pourquoi, très-poétiquement :

Ce fut el tans que la flor naist,
El mois de mai, une vesprée,
(1849)
La foille pert et la rosée
Monte sor l'erbe qui verdoie,
Et li rossignols maine joie
Et fait si dolce melodie
Jà n'ert si longement oïe,
etc.

Virgile, revenant d'une promenade dans la campagne, trouve son jeune élève Luscinien évanoui. Il le rappelle à la vie, et apprend de lui la cause de cet évanouissement. Pendant son absence, Luscinien avait étudié ses livres d'astrologie, avait contemplé les astres, et voici ce qu'il avait découvert : sa mère était morte, et déjà son père s'était remarié. [...] Il avait appris de plus par les astres, que son père l'envoyait chercher pour lui donner son trône et ses États et le couronner roi; ce qui n'était pas de nature, ce semble, à lui causer une si cruelle émotion. Virgile, en le félicitant de ses étonnantes connaissances en astrologie, parvient à le calmer; mais, meilleur devin encore que son élève, il prévoit qu'il est menacé d'un plus grand malheur que celui de devenir roi; et pour l'éviter. [...] Ainsi, il faut que, pendant quelque temps au moins, Luscinien paraisse muet.

C'est dans ce mois que les envoyés du roi Dolopathos viennent chercher Luscinien (2349-2352).

Le dernier récit des Sept Sages, celui de Virgile venu de Rome pour sauver son élève, raconte l'histoire du fils d'un ésnateur romain à la recherche de la femme idéale ressemblant à un modèle qu'il a fait sculpter. Il la trouve en Grèce, c'est la femme d'un roi enfermée dans une tour par jalousie de son mari. Il fait creuser un souterrain qui permet de passer de son logis à la tour et au château à l'insu du roi. Au mois de mai (10704-7), il visite le château dans lequel il dérobe des meubles et un échiquier qu'il remet en place quand le roi vient le voir chez lui. Il kidnappe léppouse du roi et revient à Rome avec elle (Histoire littéraire de la France, Tome 19, 1838 - books.google.fr, Auguste Louis Armand Loiseleur-Deslongchamps, Essai sur les fables indiennes et sur leur introduction en Europe, 1838 - books.google.fr, Anatole de Montaiglon (1824-1895), Charles Brunet (1805-1878), Li romans de Dolopathos Jean de Haute-Seille (1184-1212) traduit par Herbert, 1856 - gallica.bnf.fr).

Au vers 12277 "Que par bastesme sommes monde" ("monde" du latin mundus lavé - des péchés). Et les 7 suivants :

De .III. choses est li baptesmes;
Car ensi le fé]ist Dex meismes
Por les pechiéz Adam laver,
L'orguillox, le glout et l'aveir;
Il est, si com je truis escrit,
De l'aigue et del' saint esperit
Et de la sainte Triniteit;
(Anatole de Montaiglon (1824-1895), Charles Brunet (1805-1878), Li romans de Dolopathos Jean de Haute-Seille (1184-1212) traduit par Herbert, 1856 - gallica.bnf.fr).

Saint Ambroise de Milan, sur le Psal. 36, et au sermon 3 sur le Psal. 118, expose par l'eau, le Baptesme, et par le feu, le Purgatoire (François de Sales, Les controverses, Tome 1, 1892 - books.google.fr).

Pour la messe des morts, avant l'Evangile on dit : Munda cor meum, et labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiæ prophetæ calculo mundasti ignito, etc. Lorsqu'on dit cette prière pour les vivants, on la dit pour demander à Dieu qu'il lui plaise nous purifier par le feu de son amour, comme il a autrefois purifié Isaïe et les prophètes du Nouveau Testament, qui sont tous les apôtres, au jour de la Pentecôte, par le feu du Saint-Esprit purifiant leurs cœurs et leurs bouches. Mais lorsqu'on dit cette oraison pour les défunts, on demande qu'ils soient purifiés par le feu du purgatoire, et par le feu de la justice, puisqu'ils ne l'ont pas été pleinement par le feu de l'amour, dont ils devaient avoir mieux usé pendant qu'ils étaient sur la terre (Isaïe, VI, 5-7) (Jean-Jacques Olier, Œuvres complètes, 1856 - books.google.fr, Théophile Bernard, Cours de liturgie romaine, ou, Explication historique, littérale et mystique des cérémonies de l'église : La messe, 1884 - books.google.fr).

Dans C. H. ch. XIII, Denys explique la purification des lèvres d'Isaïe par le séraphin, rapportée dans Isaïe, VI, 6, comme venant de Dieu par la médiation de la hiérarchie céleste

Dans L'Affaire Tournesol, Séraphin Lampion propose ses assurances contre... la foudre (Bertrand Portevin, Le Monde inconnu d'Hergé, 2024 - books.google.fr).

Baptême des roses au piano

DESMARQUOY (J.). Le Baptême des roses, exécuté pour la première fois au Baptême de la rose d'O. Métra, marche pour piano. 5 francs. Paris, J. Hiélard. (Adrien Jean Quentin Beuchot, Bibliographie de la France, ou Journal général de l'imprimerie et de la librairie, Parties 1 à 2, 1887 - books.google.fr).

Victor Jules DESMARQUOY : Né le 14 juillet 1857 (mardi) - Marseille, 13055, Bouches du Rhône, Provence-Alpes-Côte d'Azur, France. Décédé le 6 avril 1916 (jeudi) - Amélie-les-Bains-Palalda, 66003, Pyrénées Orientales, Languedoc-Roussillon, France, à l'âge de 58 ans. Musicien, auteur compositeur, flutiste, corniste.

Roger (Jules Alexandre) DESMARQUOY : Né le 22 juillet 1884 (mardi) - Paris 9e. Décédé le 4 mars 1948 (jeudi) - Banyuls-sur-Mer, 66016, Pyrénées Orientales, Languedoc-Roussillon, France, à l'âge de 63 ans. Ingénieur - Photographe portraitiste.

Marié le 21 janvier 1911 (samedi), Banyuls-sur-Mer, 66016, Pyrénées Orientales, Languedoc-Roussillon, France, avec Mathilde Augustine Eulalie D'ESPIE 1888-1964 dont Germaine DESMARQUOY 1911-1988 et Madeleine (Mady) DESMARQUOY 1916-2000 (Jeanne ESPERON-BERTA (bertaj) - gw.geneanet.org).

Jean de La Hire, pseudonyme le plus connu d’Adolphe d’Espie, est un écrivain aujourd’hui oublié, sauf par quelques spécialistes et passionnés de littérature populaire. Pour ces quelques connaisseurs, La Hire est l’auteur de plusieurs séries scoutes, le créateur en 1908 de La Roue fulgurante, vaisseau extraterrestre aux allures de soucoupe volante, et le père en 1911 du Nyctalope, extraordinaire héros capable de voir dans les ténèbres. Plus souvent encore, c’est le rôle que l’écrivain a joué pendant la Seconde Guerre mondiale qui a marqué les esprits : collaborateur notoire, La Hire a aryanisé et dirigé une maison d’édition juive, les Éditions Ferenczi, et a publié plusieurs textes à la gloire du nouveau régime et de l’Allemagne nazie. Ce passé trouble a inévitablement laissé des traces dans les mémoires; et sa réputation de romancier pour la jeunesse ne saurait faire oublier ses actes pendant l’Occupation. Personnage controversé, auteur parfois méprisé – «infâme pisse-copie qui tire à la ligne» pour Claude Deméocq -, La Hire a été peu à peu effacé de l’histoire de la littérature. Il s’agit pourtant d’un écrivain qui a compté. Ne serait-ce qu’à cause d’une œuvre vaste, qui s’étend de 1899 à 1956 et qui rassemble 213 romans et 11 séries (soit 537 fascicules), sans compter de nombreux feuilletons – par exemple, 37 rien que dans Le Matin. C’est aussi une œuvre qui explore tous les genres offerts par la littérature populaire : La Hire a écrit des romans d’aventures et de science-fiction, mais aussi des romans sentimentaux et policiers. Il a publié dans tous les formats, aussi bien pour Tallandier que pour Ferenczi. C’est enfin une œuvre qui a réussi à captiver un grand nombre de lecteurs de tous âges et de tous horizons. En témoigne Jean-Paul Sartre qui, dans Les mots, se souvient du plaisir qu’il éprouvait à la lecture des Trois Boy-Scouts de Jean de La Hire. [...]

Ce républicain convaincu, proche du Parti radical et du Parti républicain-socialiste, a cru en la victoire française en 1939, et a finalement choisi en 1940 de soutenir la collaboration avec l’Allemagne par ses actes et ses écrits.

Il est le fils de Célestin d’Espie, employé, âgé de 28 ans, et de Marie Maillol, son épouse, âgée de 21 ans, soeur du sculpteur Aristide Maillol. Le recensement de 1896 indique que Mathilde d’Espie a 7 ans. Mathilde deviendra madame Desmarquoy, lorsque le secrétaire de Jean de La Hire durant sa campagne électorale de 1910, Roger Desmarquoy, deviendra le 21 janvier 1911 son époux. («Chronique des communes», Le Catalan Républicain. Organe démocratique du Roussillon, Banyuls-sur-Mer puis Perpignan puis Paris : [s. n.], 2ème année, n°41, mercredi 1er février 1911, n. p.) (Marie Puren, Jean de la Hire : biographie intellectuelle et politique (1878-1956), 2018 - theses.hal.science, fr.wikipedia.org - Nyctalope (personnage)).

En matière de littérature enfantine, la notion littéraire de vraisemblance est utilisée comme un repoussoir pour critiquer des oeuvres jugées, pour des critères esthétiques, sociaux, moraux ou même économiques, comme non conformes voire dangereux. Elle est donc une pierre supplémentaire dans le jardin des protecteurs de l’enfance et de leur culture. La vraisemblance passe de l’esthétique à la morale. Le critère a été employé par de nombreux pédagogues, à différentes époques, pour rejeter une oeuvre littéraire invraisemblable. Nous reprendrons simplement ici en guise d’exemple l’analyse d’Annie Renonciat sur les jugements du Père Parvillez sur les romans d’aventures. «Ce qui paraît répréhensible, outre leur violence, c’est leur invraisemblance, que raille sa voureusement le Père Parvillez à propos d’un récit à suivre de Jean de La Hire sur les aventures de scouts : «Tous les jeudis, ces trois boy-scouts (...) sont liés au poteau de torture, prisonniers des convicts australiens, perdus en pleine mer sur un glaçon, assaillis par les ours blancs, suspendus au-dessus d’un gouffre par une corde que scie un bandit au ricanement satanique, etc. Ils ne s’en portent d’ailleurs pas plus mal, car ils sont d’une force à faire pâlir Hercule, tirent comme Guillaume Tell, boxent comme Carpentier, domptent en un quart d’heure les chevaux les plus féroces, restent quinze jours à jeun sans paraître s’en apercevoir, et se retrouvent frais comme la rose, armés de pied en cap, après chacune de leurs aventures.» Cette irréalité apparaît à tous antinomique de l’éducation. L’enfant séduit par le mirage d’une vie libre et variée risque d’éprouver une insatisfaction à l’égard de sa propre vie, un besoin de s’évader, voire de fuguer.» (Renonciat (Annie), «Critiquer la littérature de jeunesse dans les années vingt», Cahiers Robinson, 2008). (Julien Baudry, Alain Saint-Ogan et l’univers culturel de l’enfance, 2007 - www.citebd.org).

Le Père Parvillez, promoteur de la résurrection et des miracles en tous genres, pontifie sur la vraisemblance.

Tentation au désert, quarante jours et Purgatoire

Du 16 mai au 24 juin il y a quarante jours pleins.

En 1963, la fête de l'Ascension est le jeudi 23 mai; la Pentecôte le 2 juin.

Le trajet d'Owen au purgatoire n'est pas un simple déplacement physique mais l'occasion d'un progrès spirituel et d'une purification. En ce sens, il fait écho à tout effort de pénitence et les épisodes du chemin font référence aux étapes de toute purification. Au début de l'histoire, conscient de ses péchés, le chevalier part se confesser à un évêque et décide d'entreprendre «la pénitence la plus forte» qui soit (vers 100), c'est-à-dire de pénétrer dans le purgatoire de saint Patrick. L'évêque s'oppose énergiquement à pareille décision et suggère qu'Owen se fasse plutôt religieux mais Owen préfère le voyage dans les profondeurs de la terre à l'immobilité méditative du cloître. En effet, la première solution lui garantit s'il sort vivant de l'épreuve le pardon complet de ses péchés, tandis que la deuxième semble moins radicale, quoi qu'en dise l'évêque. Le texte oppose ici implicitement deux voies vers le salut : tandis que les moines évitent la tentation et travaillent à leur réforme intérieure, Owen préfère faire face au mal et affronter les démons directement. Si le cloître et le purgatoire représentent tous deux l'âme, dans un cas, les moines se prémunissent contre les tentations en se tenant à l'écart du mal tandis que dans l'autre, Owen affronte ses démons intérieurs et, avec l'aide de Dieu, les réduit à merci. Il ne s'agit évidemment pas ici de mettre en question la valeur de la voie monastique dont au contraire tout le récit affirme la grandeur mais bien de percevoir les enjeux symboliques de la décision d'Owen. Quoique le prieur de l'abbaye édifiée autour du purgatoire reprenne les arguments de l'évêque pour décourager Owen de donner suite à son projet, le chevalier finit par obtenir gain de cause. Cependant, l'entrée dans le purgatoire est encore un peu différée car Owen est d'abord conduit à l'église où il demeure quinze jours en prière. En réalité, le voyage d'Owen commence donc avant la découverte du purgatoire. Le chevalier, avant même d'affronter les démons, doit surmonter les obstacles que lui présentent les religieux pour pouvoir pénétrer dans le purgatoire. Le narrateur souligne ainsi qu'accéder au purgatoire de saint Patrick n'est pas chose facile. Il faut tout d'abord convaincre les gardiens de l'entrée, comme Floris doit convaincre le portier de l'Emir avant de pouvoir entrer dans la tour des jeunes filles. Le simple fait d'obtenir l'accès au purgatoire témoigne donc déjà de la valeur du personnage. Par ailleurs, le narrateur souligne ainsi que le chemin de la purification ne peut être parcouru que par ceux qui, comme Owen, sont déterminés à tout entreprendre pour sauver leur âme du péché. Si la voie monastique ne constitue pas dans les faits une sortie de l'univers de la tentation (qui existe à l'intérieur même de l'homme), dans Saint Patrick, elle incarne le retrait du monde, tandis que le voyage symbolise l'affrontement avec le monde. [...]

La première rencontre d'Owen avec les démons est une scène de tentation, semblable à la tentation du Christ dans le désert. Les démons promettent au chevalier honneur et joie s'il accepte de se laisser guider par eux et de retourner vivre sur terre. Autrement dit, les démons se présentent au chevalier comme d'autres guides capables de lui offrir toutes sortes de délices. Owen est donc face à un choix : garder pour guides les moines ou choisir les démons en vertu de leurs promesses. La scène met en scène le combat intérieur entre les forces du bien et celles du mal. Mais, prévenu par le prieur, Owen refuse de se laisser séduire par les avances des démons ou intimider par leurs menaces. Il franchit ainsi la première étape du chemin qui mène à la rédemption. [...]

Le chiffre quarante par exemple, le plus fréquemment utilisé dans Saint Brendan, symbolise traditionnellement l'épreuve : l'errance de quarante ans du peuple hébreu dans le désert fait écho aux quarante jours du jeûne de Jésus. Ce nombre, signe de l'épreuve et de la souffrance, correspond bien ici aux douloureux moments d'errance des moines sur la mer (Fanny Moghaddassi, Géographies du monde, géographies de l'âme, le voyage dans la littérature anglaise de la fin du Moyen Âge, 2010 - books.google.fr).

Baptêmes élémentaires

De la terre à l'air en passant par l'eau et le feu : Matthieu 2,19 à 4,11 pour ce qui concerne Jésus en priorité.

Jésus offre à ses disciples «les mystères des trois baptêmes» d'eau, d'air et de feu. Le baptême d'eau symbolise la transformation de l'hylique, une personne qui s'identifie uniquement au corps, en un initié qui s'identifie à la personnalité ou à la psyché. Le Baptême de l'Air symbolise la transformation de l'initié "Psychique" en un initié Pneumatique qui s'identifie au Soi Supérieur. Le baptême du feu représente l'initiation finale qui révèle aux Pneumatiques leur véritable identité en tant que démon universel, le Logos, le Christ intérieur, la "Force de Lumière" - la vraie lumière qui "éclaire tout être humain qui vient au monde"- comme le dit l'Evangile de Jean (Martin Euser, La Redecouverte de la Transcendance, 2020 - www.academia.edu).

Orphée et Musée avaient publié des rituels qui contenaient les règles de ces cérémonies expiatoires, qu'on employait dans les orphiques, et dont les orphéotélestes s'occupaient. Ainsi nous voyons Eschine, qui servait sa mère dans ce métier, chargé par elle d'arroser d'eau lustrale les récipiendaires, et de les frotter avec un mélange de glaise et de son pour enlever toutes les taches de leur corps (Demosthène, pro Corona, p. 568). Il y avait aussi des purifications par l'air, par la terre, et par l'eau, comme nous l'aprend Servius (Servius Eneid., 1.6, v. 740). Le van mystique était le symbole de la ventilation, ou purification par l'air. On les accompagnait de formules magiques; l'orge, l'eau de mer, le sel, le soufre, la résine, le laurier servaient aux purifications; on faisait même passer l'initié par le feu (Dupuis, Origine de tous les cultes, ou religion universelle, Tome 4, 1822 - books.google.fr).

Baptême de terre : la mort

L'Évangile selon Matthieu, après le massacre des innocents (2:16-18), continue :

Après la mort d'Hérode, l'Ange du Seigneur apparut de nouveau à Joseph en Egypte, et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, et retournez dans la terre d'Israël; car ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant ne sont plus. Et Joseph prit l'enfant et sa mère, et revint dans la terre d'Israël. Mais, apprenant qu'Archélaüs régnait en Judée à la place d'Hérode, son père, il craignit d'y aller; et averti dans le sommeil, il se retira en Galilée, et vint habiter une ville nommée Nazareth, afin que la parole des prophètes fut accomplie : Il sera appelé Nazaréen (Amand-Joseph Fava, Jésus-Christ roi éternel, Tome 1, 1889 - books.google.fr).

Nazaréen pour Nazir ?

Dans la majorité des occurrences en dehors de Nb 6, nez?r désigne un «diadème» fait de matières minérales précieuses (or, argent, pierres précieuses) ou végétales (cf. Ps 132,18) qui se place sur la coiffe d'un haut-dignitaire de la société. Une étude sémantique des occurrences permet de montrer que le nez?r est toujours un signe visible de consécration par et pour Dieu placé sur la tête d'une personne importante en particulier le Roi (2 R 11,12 ; 2 Ch 23,11 et 2 S 1,10) ou le Grand Prêtre (Ex 29,6; Ex 39,30; Lv 8,9). Dans le cas du nazir, ses cheveux deviennent le «nezer de son Dieu» (Nb 6,7) (fr.wikipedia.org - Nazir).

D'où la couronne d'épines ?

Nombres 19,11-13 : Celui qui touchera un mort, un corps humain quelconque, sera impur pendant sept jours. Il se purifiera avec cette eau le troisième jour et le septième jour, et il sera pur; mais, s'il ne se purifie pas le troisième jour et le septième jour, il ne sera pas pur. Celui qui touchera un mort, le corps d'un homme qui sera mort, et qui ne se purifiera pas, souille le tabernacle de l'Éternel; celui-là sera retranché d'Israël. Comme l'eau de purification n'a pas été répandue sur lui, il est impur, et son impureté est encore sur lui (www.biblegateway.com).

Alors que le nazir antique se rapprochait de la figure des prophètes et des juges, il devient, ici, une figure sacerdotale. Il partage en effet des obligations communes avec les prêtres (l'interdiction de boire de l'alcool : Nb 6,3-4, Lv 10,9 ; ils portent tous les deux un nezer : Nb 6,7, Lv 21,12; et l'interdiction de contracter une impureté en approchant d'un mort : Nb 6,6-7, Lv 21,11), et sont tous les deux considérés comme « saints »(Nb 6,8, Lv 21,8), même si le nazir demeure soumis aux prêtres (cohanim et lévites) pour l'accomplissement de son vœu (fr.wikipedia.org - Nazir).

Nous ne trouvons dans ce texte, très clair, aucune interdiction de toucher un cadavre, mais seulement la déclaration que «celui qui touchera un cadavre sera impur», et c'est une très grande différence. D'ailleurs, le Talmud est beaucoup moins rigoureux puisqu'il déclare que «ni le grand-prêtre ni le nazir (celui qui a fait un vœu) ne peuvent se rendre impurs pour enterrer un de leurs proches parent» mais ils peuvent le faire si c'est un acte de piété à l'égard du défunt, s'il n'y a personne d'autre pour l'enterrer, s'ils se trouvent en présence, au cours d'un voyage, d'un cadavre isolé abandonné (Nazir chap. VII). La rigueur talmudique se transforme même, plus loin, en une recommandation de s'occuper du cadavre. En effet «on doit ensevelir, par piété, fût-on même grand prêtre, tout cadavre abandonné. On considère qu'un cadavre est abandonné si on appelle du monde à l'aide et que personne ne survient». (Yer. Nazir, chap. VII, fol. 158). Les savants juifs, tout en observant scrupuleusement les lois mosaïques n'ont pas moins cherché des dérogations chaque fois que celles-ci permettaient l'avancement de la science, dans l'intérêt général. Nous lisons dans le traité Oholoth, chap. II, part. I, que le corps humain est composé de 248 os (chiffre accepté plus tard aussi par les Arabes). Or, si l'on touche un squelette, on ne sera impur que s'il se compose de 125 os au moins. Il faudra donc bien étudier le squelette touché pour savoir de combien d'os il est composé. Si l'on trouve seulement 124 os, on n'est pas impur (I. Simon, Des quelques idées médicales bibliques et talmudiques inconnues de ma médecine gréco-romaine, Revue de la pensée juive, Volumes 5-10, 1950 - books.google.fr).

Si le Bodhisattva naquit du côté droit de sa mère, par exemple, cela n’est nullement en référence à une quelconque césarienne comme l’avaient pensé certains boud­dhologues. Il s’agit d’un topos mythologique faisant naître les dieux de différentes parties du corps (côté, cuisse, avant-bras, main…). Ainsi, le futur Buddha est-il né du flanc de sa mère tout comme autrefois Indra naquit du flanc (p?r?va) de la sienne afin d’éviter le passage difficile ou mauvais (durga) de la voie naturelle (cf. MU 3.4). En ce sens, le Bodhisattva naquit sans même être passé par la voie mauvaise (gati) des hommes (m?nusa) (Guillaume Ducœur, Les sources et les thèmes. La vie du Buddha, 2018 - books.openedition.org).

La mère de Bouddha, Mayadevi, meurt une semaine après sa naissance (constellation-familiale.eu).

Il n'y a aucun «nazir» dans le Nouveau Testament et la tradition chrétienne, mais les caractéristiques naziréennes, décrivant certains individus, invitent quelques chercheurs à émettre l'hypothèse d'une consécration : Jésus de Nazareth : Rien n'indique que Jésus ait été nazir, mais des indices textuels permettent à certains chercheurs d'en faire l'hypothèse (voir Mc 14,25 ; Mc 15,23 ; Mt 2,23) (fr.wikipedia.org - Nazir).

Comme l'oiseau est la force de l'air incarnée, ainsi le serpent est la puissance de la poussière incarnée. Comme l'oiseau est le symbole de l'esprit de vie, ainsi le serpent est celui de l'étreinte et de l'aiguillon de la mort. De là, de continuels changements dans l'interprétation que les diverses religions y ont attachée. En tant que serpent de corruption, il est le plus puissant de tous les adversaires des Dieux, - l'adversaire spécial de leur lumière et de leur puissance créatrice, - Python contre Apollon. En tant que pouvoir de la terre contre l'air, les géants ont des corps de serpent dans la gigantomachie; mais en tant que considérés comme puissance de la terre sur la semence (la consumant pour la faire entrer dans une vie nouvelle) «ce que tu sèmes n'est pas vivifié, à moins qu'il ne meure», des serpents soutiennent le char de l'esprit de l'agriculture. Cependant, d'autre part, il y a une vertu dans la terre pour chasser la corruption et pour purifier (de là, l'usage de l'enterrement et beaucoup d'emplois de la terre connus seulement depuis peu) et, dans ce sens, le serpent est un esprit guérisseur, le représentant d'Esculape et d'Hygie et il est un type sacré de la terre dans le temple de la rosée, étant spécialement, là, un symbole de la terre natale d'Athènes; de telle sorte que son départ du temple était un signe aux Athéniens qu'ils eussent à quitter leurs foyers. Et enfin, comme il y a une force et une vertu guérissante dans la terre, non moins que dans l'air, l'on conçoit une sagesse de la terre, de même qu'une sagesse de l'esprit; et quand sa puissance vénéneuse est détruite, sa puissance éclairante devient une vérité; de façon que le serpent Python est tué à Delphes où pourtant l'oracle sort des entrailles de la terre (Ruskin, La Reine de l'air) (Jérôme Bastianelli, Proust et Ruskin, La Bible d'Amiens, Sésame et les Lys et autres textes, 2015 - books.google.fr, John Ruskin, Pages choisies, 1911 - books.google.fr).

Il y a une purification rituelle avec la terre dans la religion persane chiite (Sir John Chardin, Voyages de Monsieur le Chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient, Tome 3, 1711 - books.google.fr).

Dans l'enterrement dogon (Mali), une femme se lamente en raclant le sol avec une calebasse cassée. Cette attitude ambivalente équivaut, selon G. Calame-Griaule, à «déterrer le mort», c'est-à-dire à le reconnaître toujours vivant. La calebasse cassée renvoie en effet à l'éclatement de l'œuf cosmique; d'autre part, le contact avec la terre est purifiant et le geste annonce le long travail de purification qui s'accomplira sur le cadavre inhumé. [...] Le pourrissement du corps dans la tombe répond, dans l'imaginaire, moins à un fantasme de destruction que de transformation (Louis-Vincent Thomas, La mort africaine : idéologie funéraire en Afrique noire, 1982 - books.google.fr).

C’est en Afrique de l’Ouest, au cœur de la République du Mali, dans un univers aride et minéral que vivent les Dogon. Ils sont aujourd’hui 250.000 et vivent dans quelques 700 villages disséminés dans la falaise de Bandiagara, sur le plateau en surplomb et les plaines au pied de la falaise.

L'enterrement qui est la mise sous terre d'un corps décédé est normalement l'unique et première fois que l'être humain se trouve dans cette situation.

Raconter le monde, Une photo à la fois : Mali, A la découverte du pays Dogon - Longue de 200 km, d’une hauteur pouvant atteindre 300 mètres, la falaise de Bandiagara est le berceau du pays Dogon - carineblenny.wordpress.com

Baptême de la terre : mineurs, spéléologues

Baptême de feu : la purification

Jean-Baptiste paraît et dit Matthieu 3,10-12 :

Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise d'eau, pour vous amener à la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point.

À l'image de la souillure du péché répond la purification par l'eau du baptême. Origène, qui emprunte volontiers ses figures à l'Ancien Testament, fait allusion à l'histoire de Naaman guéri de la lèpre par immersion dans le Jourdain (2 Rois 5). Il voit dans la purification par l'eau le symbole de la purification de l'âme «lavée de toute souillure et de toute malice», et compare cela aux guérisons opérées par le Sauveur. Comme le rappelle Comme le rappelle Jean Daniélou, il existe une relation entre les différents degrés de purification : «le baptême, les purifications mystiques, le purgatoire sont trois aspects d'une même réalité, qui est la nécessité pour ce qui doit être uni au Dieu Saint d'être purifié de toute impureté et transformé en sainteté».

Dans la pratique, le baptême s'effectuait par immersion ou par effusion d'eau. On affectionnait l'usage des eaux vives. L'eau est très présente dans la vie du Christ : il marche sur l'eau, lave avec l'eau les pieds de ses disciples. Son usage est controversé par les gnostiques qui considèrent l'eau comme un élément néfaste, habitacle de forces funestes. Tertullien fait au contraire l'éloge de cet élément (Laurent Fedi, La culpabilité, essai de démystification, 2019 - books.google.fr).

En parlant du baptême nous avons vu qu'il était pour Origène l'image sacramentelle d'un autre baptême, le baptême de feu, qui, selon Jean-Baptiste, sera donné par Jésus (Matthieu 3:11) : c'est pour Origène celui de la purification eschatologique, notre Purgatoire (Henri Crouzel, Origène, 1985 - books.google.fr).

Le baptême de Jean était un baptême d'eau en vue de la repentance. Jean préfigura le ministère d'après la résurrection du Seigneur Jésus-Christ qui devait baptiser les croyants du Saint-Esprit et de feu. L'accomplissement initial de cette annonce se produisit le jour de la Pentecôte quand les disciples parlèrent en d'autres langues (Dr. Brian J. Bailey, La vie de Christ, 2019 - books.google.fr).

Le mouvement naissant de «Pentecôte» liait, lui, le don de l'Esprit, manifesté par le parler en langues, à l'œuvre de Dieu purifiant l'homme de toutes ses «souillures». En distinguant deux moments dans la sanctification, l'«Apostolic Faith Movement» se présentait comme l'accomplissement de la quête du mouvement de sanctification : l'invocation à l'Esprit, la quête du «baptême» de l'Esprit de ce mouvement, avait reçu son exaucement : à Los Angeles on parlait, maintenant, en langues et la sanctification totale allait s'ensuivre. La confession de foi de l'«Apostolic Faith Movement» est donc pensée tout entière en fonction de l'expérience glossolale (Rodolphe Kasser, Sortir du monde, Théologie et philosophie, Compte-rendu des principales publications scientifiques à l'etranger, 1976 - books.google.fr).

Le feu du Purgatoire serait le feu du Saint Esprit, sachant que seul le péché contre ce dernier ne sera pas remis.

Et l'importance de la question n'est pas petite, car 1° Jésus déclare que tout péché commis contre Lui peut être pardonné; de même tout péché contre Dieu que Jésus ne met pas en cause dans le texte... Il ne parle que du seul péché commis contre le Saint-Esprit seul..., péché qui n'est, déclare-t-il, pas susceptible de pardon. 2° Mais voici qui est singulièrement grave et troublant : L'incertitude qui plane sur le péché contre le Saint-Esprit, rend le salut absolument et universellement incertain (Marc Volfard, Le Salut universel et les théories adverses, 1891 - books.google.fr).

Bûcher de Templiers - Miniature des Grandes Chroniques de France, prints.sciencesource.com

Baptême du feu : combattants du feu (pompiers, militaires, hérésies)

Baptême d'eau : gestation

Matthieu 3,16-17 :

Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection.

Le baptême d'eau est lié à Jean Baptiste, cousin de Jésus, dont la première apparition se place lors de la Visitation de Marie à Elisabeth dont le ventre tressaille à son approche de (Luc, 1,41).

Le liquide amniotique est appelé eaux dont la perte marque le début de l'accouchement.

Milan Morales Divers 11 octobre 2018, Le Trésor de Racham le Rouge, www.generationbd.com

Baptême de l'eau : nageurs, marins, sous-mariniers

Baptême d'air : naissance

Matthieu 4.1-2 :

Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur, s'étant approché...

Meanwhile, the number 40 retains in the Old Testament its Babylonian insinuation of trial and privation. The flood prevailed, in one version, for 40 days. It is recognized by law that stripes must not exceed 40. Unconscious tribute is paid to the "exile" of the Pleiades in the 40 or twice 40 days of purification after childbirth, the 40 years of Philistine dominion over Israel, the 40 years in the wilderness, the 40 days of Moses on Sinai, the 40 days of Elijah's journey, the 40 days of mourning for Jacob,103 and the 40 days of Jonah's prediction. From its original meaning, 40 comes to be a "fated" period, possibly as a result of the statement that after the flood man's days are to be 120 years,105 which divides exactly into 3 periods of 40 years each. The life of Moses is so divided; and Solomon, Jehoash, and David reign 40 years each. From the Exodus to the building of the temple are 480 years, which divide into 4 periods of 120 years each, the temple being started in the fourth year of Solomon's reign. As Farbridge points out, the total equals 12 generations of 40 years, a period repeated from this time to the Babylonian exile (Vincent Foster Hopper, Medieval Number Symbolism, Its Sources, Meaning, and Influence on Thought and Expression (1938), 2000 - books.google.fr).

Les 40 jours de la tentation du Christ renvoient aux 40 jours de solitude d'Elie et aux 40 jours d'épreuve du Déluge (Vincent Foster Hopper, La symbolique des Nombres, traduit par Richard Crevier et Anne Paulian, p. 56, 1955).

D'après Matthieu et surtout Luc, ces quarante jours furent une période de jeûne absolu [personne ne mange dans les Bijoux], et la faim de Jésus est le prétexte de la première tentation. Marc ne mentionne pas ce jeûne et parle en général d'une tentation qui dura quarante jours.

L'appellation fils de Dieu, dans la bouche de Satan, fait certainement allusion à la voix céleste du baptême.

Jésus subit trois tentations de la part de Satan :

Et le si exprime bien un doute, que Satan veut faire naître dans l'esprit de Jésus : si tu es fils de Dieu (comme te l'affirme la voix céleste), tu as donc le pouvoir attribué à un fils de Dieu (selon la conception vulgaire). La forme de la tentation : ordonne que ces pierres se changent en pains, exprime parfaitement cette habile confusion des deux conceptions.

Matthieu indique la tentation sur le faîte du temple, tandis que Luc la rejette à la fin.

Le diable transporte Jésus sur une très haute montagne, et lui montre tous les royaumes du monde. Luc ne mentionne pas cette montagne. Jésus est élevé en l'air ("anagagôn") (Carlier, Etude exégétique sur la tentation de J.-C. d'après les Evangiles synoptiques, 1888 - books.google.fr).

Personne ne mange dans Les Bijoux même si des saucissons pendent derrière le boucher Sanzot lors d'un échange téléphonique.

Le premier contact d'un bébé avec l'air ou l'atmosphère se produit lors de l'accouchement.

Lévitique 1,1-4 :

L'Eternel parla à Moïse, et dit : Parle aux enfants d'Israël, et dis: Lorsqu'une femme deviendra enceinte, et qu'elle enfantera un mâle, elle sera impure pendant sept jours; elle sera impure comme au temps de son indisposition menstruelle. Le huitième jour, l'enfant sera circoncis. Elle restera encore trente-trois jours à se purifier de son sang; elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n'ira point au sanctuaire, jusqu'à ce que les jours de sa purification soient accomplis (saintebible.com).

Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen, réalisé par Josef von Baky en 1943, www.notrecinema.com

Baptême de l'air/de l'espace : aviateurs, aérostiers, spationautes, etc.

La séquence du sectateur : mort - purification - gestation - naissance

L'ordre mort - purification - gestation - naissance est une séquence que l'on trouve chez Matthieu (2,19 - 4,11) et dans l'Apocalypse de Jean (11,1 - 12,17), et peut reprendre une conception antique de la circulation des âmes :

Qui se réincarne ? «TOUTES les âmes» ou seulement la «Turba piorum» ? Chez Virgile (Enéide VI), il semble que ce soient les seuls Bienheureux, puisque le Léthé n'est qu'une région de l'Élysée. Mais justement les hôtes de l'Élysée ne sont autres que les âmes qui ont subi une PURIFICATION PRÉALABLE par les éléments dans le purgatoire atmosphérique (739-743), et qui, nous dit formellement le poète, au sortir de ce purgatoire, sont «envoyées dans le vaste Élysée» (743-744) jusqu'à la réincarnation (745-751). Ce sont donc TOUTES les âmes, sauf les damnées éternelles comme Thésée. Sans doute en est-il de même chez Silius : cette «turba piorum», qui correspond exactement aux élus de Virgile, est bien composée d'âmes préalablement purifiées, quoique Silius ne parle nulle part de la purification élémentaire. Il est à supposer qu'il la sous-entend, puisque son Élysée n'est qu'un résumé hâtif de celui de Virgile (G. Maubert, L'enfer de Silius Italicus, Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, 1928 - books.google.fr, Bernard Silvestre, Repenser l'Énéide, 2022 - books.google.fr).

Silius Italicus (nom complet : Tiberius Catius Asconius Silius Italicus) (né en 26 et mort en 101 apr. J.-C.) est un poète et homme politique romain du Ier siècle. Pline rapporte que Silius vénérait particulièrement Virgile, célébrant l'anniversaire de Virgile plus somptueusement que le sien et traitant la tombe du poète comme un sanctuaire. Son double intérêt à composer de la poésie épique et à discuter de questions philosophiques a été comparé aux efforts intellectuels de ses héros, Virgile et Cicéron, respectivement. Silius était l'un des nombreux Romains du premier empire qui eurent le courage de leurs opinions et mirent en pratique parfaite la théorie du suicide développée dans le stoïcisme; Punica 11.186-88 contient un éloge du suicide. Atteint d'une tumeur incurable après l'âge de 75 ans, il mourut de faim vers 101 après J.-C., gardant jusqu'à la fin un visage joyeux.

Il est l'auteur des Punica ou Guerre punique, épopée en 17 chants et 12000 hexamètres racontant la deuxième guerre punique. Les événements narrés vont du serment d'Hannibal au triomphe de Scipion l'Africain à l'issue de la bataille de Zama. Le style de cette épopée suit le modèle de Virgile (fr.wikipedia.org - Silius Italicus).

Apocalypse de Jean 11,1-14 :

Et on me donna un roseau semblable à un bâton; et on me dit: Lève-toi, et mesure le temple de Dieu, et l'autel, et ceux qui y adorent. Quant au parvis extérieur du temple, laisse-le en dehors, et ne le mesure point; car il est abandonné aux Gentils, et ils fouleront aux pieds la sainte cité pendant quarante-deux mois. Et je donnerai mission à mes deux témoins; et ils prophétiseront pendant douze cent soixante jours, étant revêtus de sacs. Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers, qui se tiennent devant le Seigneur de la terre. Et si quelqu'un veut leur faire du mal, il sort de leur bouche un feu qui dévore leurs ennemis; oui, si quelqu'un veut leur faire du mal, il faut qu'il périsse de cette manière. Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il ne pleuve pas aux jours qu'ils prophétisent; ils ont aussi le pouvoir de changer l'eau en sang et de frapper la terre de toute sorte de plaies, toutes les fois qu'ils le voudront. Et quand ils auront achevé de rendre leur témoignage, la bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera. Et leurs cadavres resteront sur la place de la grande cité, qui est appelée allégoriquement Sodome et Égypte, et où leur Seigneur aussi a été crucifié. Et des gens de divers peuples, de diverses tribus, langues et nations, verront leurs cadavres pendant trois jours et demi, et ils ne permettront pas que leurs cadavres soient mis dans le tombeau. Et les habitants de la terre se réjouiront à leur sujet, et s'égaieront, et s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre. Mais, après ces trois jours et demi, un esprit de vie venu de Dieu entra en eux; et ils se relevèrent sur leurs pieds, et une grande crainte saisit ceux qui les regardaient. Et ils entendirent une forte voix qui venait du ciel et qui leur dit : Montez ici ! et ils montèrent au ciel dans la nuée, et leurs ennemis les virent. A cette même heure il se fit un grand tremblement de terre; et la dixième partie de la ville tomba, et sept mille hommes furent tués dans ce tremblement de terre, et les autres furent effrayés et donnèrent gloire au Dieu du ciel. Le second «Malheur» est passé; voici, le troisième «Malheur» viendra bientôt (Jean Frédéric Ostervald, Le Nouveau Testament de Notre Seigneur Jésus-Christ, 1894 - books.google.fr).

"Et leurs cadavres resteront sur la place de la grande cité, qui est appelée allégoriquement Sodome et Égypte, et où leur Seigneur aussi a été crucifié" : cf. Matthieu 2,19 (retour d'Egypte de Jésus).

«S'il survient un décès dans un dème et que personne ne fasse enlever le corps, le démarque donnera ordre aux parents d'enlever le corps, de faire les funérailles et de purifier le dème, le jour même du décès. S'il s'agit d'un esclave, l'ordre sera donné au maître; s'il s'agit de personnes libres, à ceux qui recueillent les biens. Si le défunt ne laisse aucuns biens, l'ordre sera donné aux parents. Si les parents n'enlèvent pas le corps sur l'ordre du démarque, celui-ci devra passer marché, le jour même, au plus bas prix possible, pour l'enlèvement du corps, les funérailles et la purification du dème. S'il néglige de passer ce marché, il devra mille drachmes d'amende au trésor public. La dépense qu'il aura faite lui sera remboursée au double par ceux qui en sont tenus; s'il n'exerce pas son recours, il sera tenu lui même à l'égard du dème.» On sait combien détaillées et minutieuses étaient les prescriptions relatives aux funérailles : les lois athéniennes en ordonnaient l'observance exacte et immédiate. Il importait en effet de rendre aux morts ces derniers devoirs qui sont leur récompense; il importait aussi de purifier la ville ou le bourg de la souillure du cadavre. La loi, très ancienne sans doute, que nous venons de citer faisait partie de cet ensemble de mesures destinées à assurer la paix avec les morts. Elle a pour objet de faire rendre aux morts les derniers devoirs dans certaines circonstances particulières, et de faire purifier le dème (M. Haussoulier, La vie municipale en Attique, Essai sur l'organisation des dèmes au IVe siècle, Bibliothèque des Écoles Françaises d'Athènes et de Rome, Volume 38, 1884 - books.google.fr).

Apocalypse de Jean 11,15-19 :

Le septième ange sonna de la trompette, et de grandes voix se firent entendre dans le ciel, qui disaient : L'empire du monde a été remis à notre Seigneur et à son Christ, et il régnera aux siècles des siècles. Et les vingt-quatre vieillards, qui sont assis sur leurs trônes devant Dieu, se prosternèrent sur leurs visages et adorèrent Dieu, disant : Nous te rendons grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, QUI ES, et QUI ÉTAIS, de ce que tu as pris en main ta grande puissance et es entré dans ton règne. Les nations s'étaient irritées; mais ta colère est venue, et le moment de juger les morts et de donner leur récompense à tes serviteurs les prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent ton nom, aux petits et aux grands, et de détruire ceux qui détruisent la terre. Alors le sanctuaire de Dieu s'ouvrit dans le ciel, et l'arche de l'alliance fut vue dans son sanctuaire; et il se fit des éclairs, et des voix, et des tonnerres, et un tremblement de terre, et une forte grêle (Jean Frédéric Ostervald, Le Nouveau Testament de Notre Seigneur Jésus-Christ, 1894 - books.google.fr).

Les âmes humaines sont jugées, punies et purifiées, et ces trois fonctions, celle du jugement, celle du châtiment, celle de la purification, sont accomplies, suivant l'opinion la plus sûre : 1° par les âmes plus universelles, plus parfaites; 2° par l'âme unique et universelle; 3° par la loi de l'ordre du monde; 4° enfin par la raison qui règne en souveraine sur toute l'économie des choses.

Le but du jugement est de séparer les bons des méchants; le but du châtiment est de faire prévaloir l'autorité et la force de la loi morale; le but de la purification est d'enlever de l'âme les choses qui lui sont étrangères, de lui rendre son essence propre, c'est-à dire la perfection, la plénitude, "apoplèrôsis", l'état où elle se suffit à elle-même, "autarkeia", le retour, "anodos", à la cause qui l'a engendrée, l'union des parties (ou individus) au tout, la communication du tout aux parties qui en reçoivent la force, la vie, l'acte. Sur la question de la récompense qui attend les âmes des justes, Iamblique se borne à reproduire les opinions de Numénius, de Porphyre, de Plotin, de ceux qu'il appelle les anciens, sans qu'on puisse discerner quelle est celle qu'il préfère entre ces hypothèses qui d'ailleurs sont assez semblables (Jamblique, dans Stobée, Eclogæ physicæ et ethicæ) (Anthelme Edouard Chaignet, Histoire de la psychologie des Grecs, Tome 5, 1893 - books.google.fr, André Jean Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste: Les doctrines de l'âme. Le dieu inconnu et la gnose, 1981 - books.google.fr).

Apocalypse de Jean 12,1-17 :

Et il parut un grand signe dans le ciel : une femme entourée du soleil, et qui avait la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles; elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l'enfantement. Et il parut un autre signe dans le ciel: c'était un grand dragon roux, qui avait sept têtes et dix cornes, et sur les têtes sept diadèmes. Et sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel, et elle les jeta sur la terre; et le dragon se tint devant la femme qui allait accoucher, afin de dévorer son enfant, quand elle l'aurait mis au monde. Et elle mit au monde un enfant mâle, qui doit gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer, et cet enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône; et la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a préparé un lieu, pour qu'elle y soit nourrie pendant mille deux cent soixante jour (Jean Frédéric Ostervald, Le Nouveau Testament de Notre Seigneur Jésus-Christ, 1894 - books.google.fr).

Les théologiens du Moyen Âge, dont Pierre de Celle, évêque de Chartres au XIIe siècle, ont rapproché ce chapitre du récit des Tentations du Christ au désert, montrant que si la Vierge peut légitimement siéger sur un trône, c'est que, comme le Christ au désert, elle a lutté contre les tentations du mal : l'argument fut déterminant dans la réflexion contemporaine autour de la notion d'Immaculée Conception. Le démon tente le Christ pour qu'il change la pierre en pain, qu'il se jette du haut du Temple, ou qu'il se prosterne devant lui. Le lien avec les Noces de Cana est clair. En effet, la transsubstantiation que le Christ peut opérer n'est pas celle proposée par Satan, mais par la Vierge : à la demande de Marie, il change l'eau en vin dans un repas qui évoque à la fois la Cène, le repas eucharistique et le repas des noces eschatologiques selon le chapitre 19 de l'Apocalypse (Colette Manhès, Jean-Paul Deremble, Vitraux de Chartres, 2003 - books.google.fr).

Chapitres XI et XII de l'Apocalypse : Engraving Pieter van de Borcht from "Bybelsche figuuren", 1682 - See Gessner's hydra, www.sciencephoto.fr

Apocalypse de Matthieu

La petite apocalypse qui est dans les synoptiques (Marc XIII; Matthieu XXIV, Luc XXI) et qui correspond à la grande par divers traits (guerres, famine et peste, tremblement de terre, éclipses de soleil et de lune, chutes d'étoiles ) est plus proche de l'Apocalypse de Jean dans Matthieu et Marc que dans Luc. Ainsi dans Apoc., VI, 13 «les étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme un figuier laisse tomber ses fruits verts lorsqu'il est agité par un grand vent» sous-entend les passages de Marc XIII,28-29 = Matth. XXIV,32-33 + Marc XIII,25 = Matth. XXIV, 29 et relie l'image du figuier à la chute des astres et aux bouleversements célestes, parce que tout cela voisine dans Matthieu et Marc. De même dans Matthieu XXIV, 33 et Marc XIII, 29, pour donner un sujet à «est près des portes» il faut ajouter le mot "amen" rejeté en général au début de Matthieu XXIV, 34 et Marc XIII, 30. Or, dans l'Apocalypse à III, 14, on lit : «Voici ce que dit l'Amen, le martyr, le fidèle et véridique, le chef des créatures de Dieu» et là, sans aucundoute, le mot "amen", désigne le Christ. Il y a là une identité d'emploi du mot qui rapproche l'Apocalypse de Matthieu et de Marc. Le thème de la vigilance commandée aux fidèles parce qu'ils ignorent l'heure du retour du maître qui vient comme un voleur (Apocal. III,3; XVI,5; cf. XXII, 7, 12, 20) est à comparer à Matthieu XXIV, 43-44 seul et non à Marc où il n'est pas question de voleur. Ici l'Apocalypse dépend donc du seul Matthieu et, si Marc ne fait pas allusion au voleur dans son évangile, c'est précisément pour cette raison. L'addition du passage de l'Apocalypse III,3 à Marc XIII, 33-37 nous donne l'équivalent de Mathieu XXIV,42 à 51. Ceci indique que par deux fois Marc a puisé dans le texte de Matthieu, mais pour deux ouvrages différents (L. Herrmann, L'Apocalypse johannique et l'histoire romaine, Latomus, Volume 7, 1964 - books.google.fr).

Si on fait les comptes des références à Matthieu dans l'édition de l'Apocalypse de Jean par Louis Segond, elles sont beaucoup plus nombreuses que celles de l'apôtre Jean (Lettres ou évangile) ou Marc.

On peut ajouter à la "séquence du sectateur" l'épée de Matthieu 10,34 qui se retrouve dans Apocalypse 19,4 sortant de la bouche du Messie; ainsi que la sentence "celui qui vit par le glaive périra par le glaive" dans Matthieu 26,52 et Apocalypse 13,10.

On pourrait parler d'Apocalypse de Matthieu.

7 têtes et 10 cornes plus une

Le texte a de profondes racines juives. Une série interreliée d’allusions aux Écritures juives (l’Ancien Testament des chrétiens) court sous la trame narrative et contribue à la cohérence du texte (Louis Painchaud, Le texte de l’Apocalypse de Jean et ses interprétations, 2025 - essentiels.bnf.fr).

Passons maintenant à la partie centrale de notre analyse et voyons de plus près de quelle manière Pline nous présente la civilisation iranienne. On peut commencer par sa fameuse description de l'empire parthe (6.112-113) :

"Les royaumes des Parthes sont au nombre de dix-huit en tout. En fait, comme nous l'avons dit, ils divisent les provinces autour de deux mers, la mer Rouge au sud et la mer Hyrcanienne au nord. Parmi eux, les onze qui sont dits 'supérieurs' s'étendent de la frontière de l'Arménie et de la côte de la Caspienne jusqu'au pays des Scythes, avec lesquels les Parthes vivent sur un pied d'égalité. Les sept autres royaumes sont appelés 'inférieurs'. En ce qui concerne les Parthes, il y a toujours eu une Parthyaea au pied des montagnes que nous avons mentionnées plusieurs fois et qui marquent la frontière de tous ces peuples [le Taurus]. Elle est délimitée à l'est par l'Arie, au sud par la Carmanie et les Ariens, à l'ouest par les Mèdes Pratites, au nord par les Hyrcaniens et elle est entièrement entourée par le désert. Les Parthes qui habitent au-delà sont appelés Parthes Nomades. De ce côté du désert, à l'ouest se trouvent les villes déjà mentionnées, Issatis et Calliope; au sud-est, Pyrope; au nord-est, Maria, et au centre, Hécatompylos, Arsace et la célèbre région parthe de la Nisée, où se trouve la ville d'Alexandropolis, qui tire le nom de son fondateur". L'empire parthe est donc divisé en 18 royaumes, terme qui selon Pline équivaut à la provincia romaine. Le terme "royaume" demeure cependant générique et difficile à interpréter du fait qu'il ne nous rend pas compte de la complexité et la variété des rapports de dépendance entretenus par les Arsacides avec la pléthore de gouverneurs, dynastes, rois-vassaux qui administraient ces territoires. D'autre part, le géographe Isidore de Charax nous fournit pour l'empire parthe une division par régions dont le nombre est presque égal à celui donné par Pline (19 au lieu de 18) bien que dans sa liste il soit également difficile de comprendre la nature de ce découpage administratif et d'opérer une distinction entre satrapie et royaume (Omar Coloru, Pline l'ancien et le monde iranien, L’inventaire du monde de Pline l’Ancien: Des colonnes d’Hercule aux confins de l’Afrique et de l’Asie, 2026 - books.google.fr).

Pour trouver la onzième corne, il faut se référer à Daniel.

Quant à la bête maritime de Jean avec ses sept têtes, ses dix cornes, son corps de léopard aux pattes d'ours et au mufle de lion (XIII, 1-2), elle correspond aux quatre bêtes maritimes de Daniel, dont la première est un lion ailé dressé sur ses pattes de derrière et doué d'un cœur humain (Daniel, VII, 4), qui représente l'empire assyrien, symbolisé par Nabuchodonosor. La seconde bête, semblable à un ours et ayant trois crocs dans sa gueule (Daniel, VII, 5), incarne l'empire perse, suzerain des Mèdes et de l'Egypte. La troisième bête, semblable à un léopard quadricéphale (Daniel, VII, 6), est l'image de l'empire d'Alexandre, divisé après lui en royaumes de Macédoine, Pergame, Syrie et Égypte. Mais la quatrième bête, différente de toutes les précédentes et ayant des dents de fer et des serres d'acier (Daniel, VII, 7 et 19), ne peut être qu'un aigle, qui, dévorant, broyant et foulant aux pieds tout ce qui lui résiste, symbolise l'empire romain. Or cet oiseau de proie porte onze cornes (Daniel, VII, 8 et 20) et la onzième porte des yeux humains et une bouche arrogante (Daniel, VII, 8, 11, 20, 25), qui la rapproche de la bête maritime de Jean (XXIII, 4). Mais cette dernière n'avait que dix cornes. Il me semble que l'arrogance est passée de la bête maritime de Jean à la onzième corne de la quatrième bête maritime de Daniel et que cette onzième corne a été ajoutée aux dix. En effet, elle est dite avoir grandi entre les dix autres (Daniel, VII, 8 et 20) et en avoir arraché trois (Daniel, VII, 8, 20, 24). D'une apparence plus grande que les autres (Daniel, VII, 20), blasphématrice (Daniel, VII, 8, 11, 25), persécutrice des saints pendant trois ans et demi (Daniel, VII, 21 et 25), avant d'être détruite lors du jugement final de Dieu (Daniel, VII, 11, 22, 26), elle incarne un souverain persécuteur qui, venu le onzième, a détruit d'un seul coup trois de ses devanciers comme celui de l'épître de Barnabé (Léon Herrmann, La vision de Patmos, 1965 - books.google.fr).

Le mazdéisme était demeuré à l'état de croyance populaire, que traversaient en surface des doctrines plus ou moins ésotériques. Mais Ardacher Ier, fondateur, en 226, de la dynastie de Sasan, du nom de l'ancêtre éponyme que reconnaissait son clan, trouva dans le clergé mazdéen un appui puissant. Son culte lui procura un moyen décisif de gouvernement, grâce aux préceptes qu'il imposa de vie paisible et d'obéissance stricte. Dans une proclamation au peuple, Ardacher se disait l'Envoyé de la Divinité : «Dieu a fait descendre sa grâce, a établi l'union et a mis le sceau à sa faveur, en me déléguant le pouvoir sur ses serviteurs et sur ses contrées, pour restaurer la Religion et la Royauté, qui sont deux sœurs jumelles et, pour faire régner la Justice et la Bonté». Et de fait, pour répondre aux besoins d'un Empire, dont la cohésion à ce moment nécessitait l'union étroite des forces spirituelles et temporelles, le zoroastrisme érigea dès lors le Prince en chef absolu de l'État et de la religion à la fois, qu'un Code unique, l'Avesta, régissait souverainement (Idmun Rabbah, Les chrétiens dans l'Islam des premiers temps Tome 1, 1980 - books.google.fr).

Nommé gouverneur de Darabgerd (Darab, Iran), Ardachir se lance vers 211-212 dans une série de guerres contre les roitelets voisins qu'il soumet ou remplace par ses propres hommes. Papak de son côté se révolte contre son suzerain le roi d'Istakhr, le tue et prend le contrôle du royaume. Papak meurt peu après et Ardachir se retrouve à la tête d'un puissant royaume en Perse, théoriquement vassal du roi des rois Artaban IV. Poursuivant l'unification de la Perse (soumission de Kerman et d'Ispahan), il fonde sa nouvelle capitale royale à Gur (Firouzabad, Iran) et la nomme Ardachir-Khurreh («la gloire d'Ardachir») : ville parfaitement circulaire de 1950 m de diamètre dont les vestiges sont toujours visibles. Mis en demeure de rentrer dans le rang par le roi des rois Artaban IV, il dénonce son allégeance et répond par un défi. La rencontre entre les deux armées a lieu le 22 ou 28 avril 224 à Hormizdaghan (dans la région d'Ispahan ou plutôt dans l'Ahvaz, non loin de Suse). Secondé par son fils aîné Chapour Ier, Ardachir triomphe des Parthes et tue son ancien suzerain Artaban IV. La plus grande partie de l'aristocratie perse se rallie alors à sa cause.

Ardashir et Ahura Mazda, Relief sassanide de Naqsh-e Rostam, IIIe siècle, essentiels.bnf.fr

En 226, il se fait couronner «Sahan Sah» (c'est-à-dire roi des rois) à Ctésiphon, capitale de l'empire (Salman Pak au sud de Bagdad, Irak), et prend alors le nom de DariArdachir (Darius-Ardachir) car il prétend restaurer l'ancien empire des Perses achéménides, renversé autrefois par Alexandre le Grand. Dans cette optique, il revendique tout le Proche-Orient jusqu'à la mer Égée, ce qui l'amène à entrer en conflit direct avec l'Empire romain et le royaume d'Arménie dont le roi Tiridate II d'Arménie, parent d'Artaban, tente de rallier les vassaux restés fidèles à la dynastie arsacide. Malgré une offre de compromis proposée par l'empereur romain Sévère Alexandre, Ardachir maintient ses prétentions et la guerre est inévitable. En 232 une grande expédition romaine, soutenue par l'Arménie, pénètre en Médie (région de Hamadan) et en Characène (au sud de l'actuel Irak), mais échoue à prendre Ctésiphon et à renverser le nouveau régime. Les Romains se retirent mais Ardachir, affaibli, renonce dès lors à revendiquer officiellement les provinces romaines d'Orient (fr.wikipedia.org - Ardachir Ier).

Apocalypse 19,16, le Messie est qualifié de "roi des rois" comme seul détenteur légitime d'un titre usurpé.

L'image animée

Dans les tentes d'apparat du Ve siècle avant J.-C., on constate que c'est au plafond de ces édifices provisoires, destinés à des fêtes consacrant des person- nages victorieux, qu'apparaît une ornementation faite d'étoiles. Ainsi, Alcibiade (450-404), disciple de Socrate et brillant stratège qui avait soulevé l'Ionie contre Athènes, reçut des Éphésiens, pour ses succès navals, une tente perse faite à l'image du ciel. Il s'agissait d'une tente royale à plafond rond, ainsi qu'en témoigne un texte tardif d'Hésychius d'Alexandrie (Ve-VIe siècle après J.-C.) : «Les tentes et aulas des Perses avaient une couverture circulaire nommée ciel» (ouraniskos, c'est-à-dire dais arrondi, ciel de lit, baldaquin). Une telle tente évoque celle où Alexandre fêta les noces de Suse, et qui lui venait de Darius. C'est là également que le conquérant donnait audience au milieu de ses deux mille gardes. Au centre de la tente carrée (comme les palais achéménides) se trouvait le dais de toile circulaire à l'image de la voûte céleste . Une tente analogue avait été réalisée par Ptolémée II Philadelphe (308-246) à Alexandrie, lors des fêtes du Symposion, dont Athénée reproduit la description. La reconstitution qu'en donne Franz Studniczka (1914) montre que le centre s'élève bien au-dessus du reste de la construction grâce à de hauts mâts en forme de palmiers, avec des aigles (Henri Stierlin, L'astrologie et le pouvoir, de Platon à Newton, 1986 - books.google.fr).

Ces tentes, utilisées par la noblesse et le Roi, sont rectangulaires (Pline les désigne comme tabernaculum); mais l'édifice provisoire le plus célèbre est le fameux ouraniskos circulaire réservé au seul Roi des rois. Cet ouraniskos semble reposer sur des colonnes ou caryatides. Ces deux types de tente, rectangulaire et circulaire, peuvent être intégrés dans un même ensemble architectural, l'ouraniskos occupant alors le centre de la tente rectangulaire. La couleur de fond est le blanc, la bordure périphérique étant, elle, rouge (pourpre). Le plan et l'élévation de ces tentes sont une transposition de l'apadana et comportent donc de nombreuses colonnes internes. En revanche le mode de construction de la couverture, son ossature, demeurent plus conjecturaux. C'est vers l'odéon de Périclès qu'il faut se tourner pour en avoir une idée. L'Odéon de Périclès à Athènes. Achevé en 443, l'Odéon de Périclès présente pour nous le grand intérêt d'imiter une tente perse d'apparat : ses architectes (Ictinos ?) avaient sous les yeux une authentique tente de l'ennemi, celle de Mardonios (Yves Perrin, D'Alexandre à Néron : le motif de la tente d'apparat. La salle 29 de la Domus aurea, Neronia, Latomus 209-210, 1990 - books.google.fr).

Néron fera même descendre le ciel sur terre en reproduisant sur la voûte de la salle à manger de sa Domus aurea la rotation des astres, comme si lui-même en réglait le cours (cf. Suet., Nero., 31, 2) (André Le Boeuffle, Le pouvoir et la "rétro-prédestination", ou l'art de la déformation astrologique, Pouvoir, divination, prédestination dans le monde antique, 1999 - books.google.fr).

Il y a possiblement une réminiscence néronienne dans l'Apocalypse, si l'on compte aussi la guématrie hébreue de NERON KAESAR.

Firdausi a conservé une description plus détaillée de cette œuvre d'art construite sur l'ordre de Khusro reconstruction d'un ancien trône datant des temps légendaires selon le récit du poète - et il appuie également sur le rôle astronomique de ce trône singulier : "On voyait, figurés [sur le trône], les douze signes du Zodiaque et les sept planètes, et la lune brillante dans les constellations qu'elle traversait, et les astronomes y voyaient les étoiles fixes et les étoiles errantes; ils y voyaient quelle partie de la nuit était passée et combien le ciel avait marché au-dessus de la terre. Une partie de ces constellations était en or, mais combien en étaient incrustées de pierreries ? Personne, si savant qu'il fût, ne pouvait les compter" (Jules Mohl, Le livre des rois de Firdausi, Tome 7, 1878 - books.google.fr).

Selon le témoignage de l'écrivain arabe Thaalibi (Xe siècle), qui cite aussi le Trône de Salomon, dans son Histoire de la Perse, il s'agit aussi d'un «trône en forme de coupole» : C'était un trône d'ivoire et de bois de teck, dont les panneaux et les balustres étaient d'argent et d'or. Sa longueur était de cent vingt coudées. Sur ses degrés se trouvaient des sièges en bois d'ébène, dont les placets étaient en or. Ce trône était surmonté d'un baldaquin fait d'or et de lapis-lazuli, représentant le ciel et les étoiles, les signes du zodiaque et les sept climats, ainsi que les rois tantôt siégeant dans des banquets, tantôt s'adonnant à la bataille et à la chasse. Il y avait aussi un mécanisme qui indiquait les heures du jour (Henri Stierlin, L'astrologie et le pouvoir, de Platon à Newton, 1986 - books.google.fr).

L'image parle parce qu'elle produirait aussi des oracles astrologiques, des horoscopes.

According to Firdawsi, who had access to Sasanian sources, pre-Achaemenid kings had had an hereditary throne which seems to have been a jewelled seat, possibly on a platform. Each successive monarch enriched this until, in the Achaemenid period, it was entirely replanned with the aid of an astrologer, propitious astral bodies being introduced into its decoration. All the Achaemenids embellished this symbolic structure, but Alexander 'in his ignorance' destroyed it. When the Sasanians came into power, Ardashir had a throne made, but it was not satisfactory, and it remained for Khusraw II to reconstruct the great creation of his forefathers. He called together the grandees to announce his intention and found that the archi-mages had always kept the plan of the original construction and that many of the courtiers had fragments, an interesting point suggesting one means, in addition to transmission by popular arts, and Outer Iranian continuity, whereby the Achaemenid style was revived. Putting together all the descriptions, it becomes evident that this 'throne', which was built in the 'Hippodrome' near the old sanctuary of GANJAK, was a great roofed platform, but apparently entirely of wood, teak and ebony (?) being mentioned. Over the throne was a hemispherical dome, in which was a figure of Khusraw himself. In this dome, which represented the sky, were placed tables, some of gold and richly jewelled, giving the map of the night sky with all the constellations and the moon in the proper sign of the Zodiac, equipped with a mechanism which produced the movements of the heavenly bodies so exactly that astrologers could tell the time by the stars (Arthur Upham Pope, Phyllis Ackerman, A Survey of Persian Art from Prehistoric Times to the Present, Tome 2, 1964 - books.google.fr).

Abu-l-Qasim Mansur ibn Hasan al-Tusi, surnommé Ferdowsi (Firdawsi, Ferdawsi, Firdousi, Ferdousi ou Ferdauci) est un poète persan du Xe siècle. Surnommé «le recréateur de la langue persane», il écrivit la plus grande épopée en langue persane intitulée le Livre des Rois. Il est né dans le village de Badji à côté de la ville de Tous (Khorassan, Iran), vers 940. Il est mort probablement vers 1020 (fr.wikipedia.org - Ferdowsi).

Dans Apocalypse 19,5, il sort une voix du trône divin.

Dieu a un Trône de gloire élevé dans le Ciel; & S. Jean nous le represente comme un Trône parlant duquel sort cette voix : Loüez nostre Dieu vous tous qui le craignez, vous tous petits & grands (Paschal Rapine de Sainte-Marie, Le Christianisme fervent dans la primitive Eglise et languissant dans nos derniers siècles, Tome 3, 1673 - books.google.fr).

La parodie satanique du faux prophète se manifeste par le trône, image de la Bête, ainsi que par le marquage des ses sectateurs, à l'imitation de celui des élus.

Le Trône enchanté (traduit par M. Lescallier, New-York, 1817) est un conte attribué à Vikramaditya qui est un personnage historique, régnait, au Ier siècle avant notre ère, dans le Mâlava (actuellement état indigène de l'Inde centrale) et à qui les Conteurs indiens attribuent toute sorte d'aventures fantastiques (Vikramacarita, Le Trone enchante conte indien traduit du persan, traduit par M. Lescallier, 1817 - books.google.fr, Emmanuel Cosquin, Étude de Folk-lore comparé, le conte de "la chaudière et la feinte maladresse" dans l'Inde et hors de l'Inde, 1910 - books.google.fr).

Marquage

Le marquage des esclaves se pratiquait en Perse au temps d'Alexandre le Grand (Pierre Briant, Histoire de l'Empire perse, De Cyrus à Alexandre, 2014 - books.google.fr).

Le maudit Ahriman, le Mauvais, pour détourner les hommes de la foi, suscita le maudit Alaksagdar le Roumi, qui habitait en Égypte et qui vint porter en Iranla violence, la guerre, le massacre. Il tua les princes de l'Iran, détruisit la capitale et le royaume, en fit un désert. Or, les livres sacrés, l'Avesta et le Zend, qui étaient écrits sur parchemin en encre d'or, étaient déposés dans les archives d'Istakhar; et le malfaisant, le sinistre, l'impie, le démon y fit venir le funeste Alaksagdar le Roumi, qui habitait l'Égypte, et il y mit le feu. Et il tua les destours, les juges, les herbeds, les mobeds, les docteurs et les sages de l'Iran, et il sema la haine et la discorde parmi les grands et les chefs de l'Iran, et, anéanti, se précipita dans l'enfer. La légende parsie peut donc se suivre jusqu'au cœur de la période sassanide. D'autre part, si l'on considère que dans tous les documents historiques de la Perse, quels qu'ils soient d'origine, le caractère essentiel et dominant de la restauration sassanide est d'avoir été une restauration nationale et religieuse, il est probable que ce n'est pas après coup et à distance que les chroniqueurs et les Parses firent d'Ardeshîr, fils de Sassan, le réparateur des désastres et des iniquités d'Alexandre, mais que, dans la réalité des faits, les choses s'étaient passées de cette façon. Autrement dit, il s'était présenté comme ayant la mission de réparer les calamités politiques et religieuses qui auraient été causées par le conquérant roumi, et, par suite, Alexandre, aux yeux de la partie fervente de la nation, était le maudit déjà à l'époque où se fonda la dynastie nouvelle, c'est-à-dire cinq siècles après sa mort (James Darmesteter, Essais orientaux, 1883 - books.google.fr).

7 collines

Haft Tapeh (also written as Hafttape and Haft Tepe; literally means seven mounds) (Hormoz Pazwash, Qanats and Historic Structures in Persia, Potential Modern Applications, 2024 - books.google.fr).

Située dans la banlieue d'Ahvaz (capitale de la province de Khozestan, au sud-ouest du pays) (Ashraf Dihqani, Camarade, n'oublie pas le vol, l'oiseau est mortel, souvenirs d'une révolutionnaire évadée de la prison du chah d'Iran, 1979 - books.google.fr).

Then, we will visit the ruins of Haft Tappeh which is another Elamite archaeological site composed of many individual mounds, forming an imposing mass rising about the surrounding plain. The number seven, haft in Haft Tepe, meaning the "Seven Mounds", is used loosely to indicate the number of mounds in this large archaeological complex. After lunch, we will visit The Apadana of the Palace of Darius in Susa, The Apadana (audience hall) of the Palace of Darius in Susa (Iran) was a large hypostyle room of 36 columns. Measuring 109 meters (357 feet) on each side, it was very similar to that of Persepolis in plan and dimensions with distinctive Persian columns, topped Susa by two bulls (thetispersia.com).

La province du Khouzistan est un des centres de civilisation antique, basé autour de Suse. Les ruines archéologiques montrent que toute la province du Khouzistan était sous l'influence de la civilisation élamite. En -640, les Élamites sont battus par Assurbanipal, faisant ainsi passer la région sous le joug des Assyriens, qui ont détruit Suse et Chogha Zanbil. Un siècle plus tard, Cyrus le Grand reconquiert les terres élamites et fait de Suse une des capitales achéménides. Darius Ie fait construire un palais portant le nom de Hadish à Suse en -521.

La chute des Achéménides en -330 laisse place aux Séleucides, jusqu'à ce que Mithridate Ier (-171/- 135) regagne de l'influence sur la région, profitant alors du déclin de l'empire séleucide. Les Sassanides, qui prennent le pouvoir en 220 de notre ère, établissent le centre de leur pouvoir dans cette région, et construisent passablement à Ahvaz, Chouchtar et au nord d'Andimechk (fr.wikipedia.org - Khouzistan).

Ahvaz est une ville d'Iran située sur les bords de la rivière Karun au milieu de la province du Khuzestan dont elle est la capitale. D'abord appelée Ohrmazd-Ardaser, elle a été construite au commencement de l'Empire Sassanide (fr.wikipedia.org - Ahvaz).

Certains commentateurs bibliques forcent les textes et remplacent «sept montagnes» (du grec «Oros») par «sept collines» (du grec «Bounos») pour induire qu'il s'agit de Rome. Babylone est une grande ville par conséquent l'expression «Babylone est assise sur sept montagnes» est une allégorie qui signifie qu'elle possède sept montagnes. Le verset suivant de Luc 3,5 montre que le grec fait une différence entre le mot «oros» (montagne) et le mot «bounos» (colline). «Toute vallée sera abaissée, toute montagne et toute colline seront abaissées; ce qui est tortueux sera redressé et les chemins raboteux seront aplanis.» Même en hébreu, les mots «colline» et «montagne» sont différents : «Encore un jour de halte à Nob, et il menace de sa main la montagne de la fille de Sion, la colline de Jérusalem» (Esdras X,32) (Sébastien Broucke, Nouvelles révélations sur les prophéties du livre de l'Apocalypse, 2019 - books.google.fr).

L'existence d'un mythe astral antérieur à «la descente des fils de dieux» est suggérée par le «Voyage d'Hénoch». Ce texte figure dans le Livre des Egrégores (IIe siècle avant J.C.) sous deux formes successives dont l'une, fort brève, a pu appartenir à son état initial mais l'autre me paraît un développement plus récent d'un demi-siècle. Le premier récit fait découvrir à Hénoch, par-delà les sept montagnes sacrées, par-delà les extrémités de la terre «où s'achèvent ensemble les cieux», un gouffre sans fond où dévalent des colonnes de feu. Plus loin encore, par-delà le firmament des cieux et les fondations de la terre, donc en un espace extracosmique, il a vu «sept étoiles, semblables à d'immenses montagnes, qui brûlaient».

Par leur nombre, sept, par leur crime, la désobéissance aux lois du cycle astral, et par leur châtiment, l'errance désordonnée hors du cosmos dont elles se sont d'elles-mêmes exclues depuis leur transgression, les «sept montagnes» sont identifiées sans équivoque aux sept planètes. Le mot grec ne signifie-t-il pas «errantes» ? Elles ont desobei a Dieu «dès leur lever» et la «consommation de leur péché» doit occuper dix millénaires : durée coextensive à cet Eon-ci, à ce monde-temps dont elles ont perturbé la régularité, et qui prendra fin avec elles. Au terme de la «Grande Année» naîtra «le ciel nouveau». Voilà, repensée dans l'esprit des Mages, une doctrine qui présuppose un mythe de malédiction des planètes (Bernard Teyssedre, La Naissance du Diable, De Babylone aux grottes de la mer Morte, 2014 - books.google.fr).

La bête blessée et renaissante

D'après le Minôkhard (VIII, 29) les trois pires tyrans qui aient existé, les plus aimés d'Ahriman qui aurait voulu les rendre immortels, sont Zohak, Afrasyab et Alexandre. Zohák et Afrâsyåb, dans la légende zoroastrienne, sont antérieurs à Zoroastre, et, par suite, n'ont pu persécuter une religion qui n'était pas encore née: Alexandre est des trois le seul qui soit postérieur à Zoroastre; et s'il est déjà damné sous les Sassanides, c'est clairement qu'il était déjà chargé du grand crime que lui prête la tradition post-sassanide, qu'il était déjà l'adversaire en titre de la religion, l'Antechrist du Zoroastrisme. Nous n'avons pas à nous demander si cette tradition est exacte historiquement, c'est-à-dire si réellement Alexandre a détruit l'Avesta, mais seulement à constater qu'elle est authentique et ancienne. [...]

La renaissance zoroastrienne qui ne devint pleine et entière que quand elle eut trouvé son Constantin dans Ardechir, et dont l'on fait honneur pour cette raison aux Sassanides, commença pourtant bien avant eux. Nous savons à présent, par le Dinkart, que la première tentative de reconstitution de l'Avesta fut l'œuvre d'un prince arsacide : le texte de Bahman Yasht, que nous venons de citer, le constate sans donner le nom du prince : le Dinkart le nomme, c'est Valkash, c'est-àdire Vologèse. Il y a quatre et peut-être cinq princes qui ont porté ce nom : les trois ou quatre derniers ont régné d'une façon plus ou moins éphémère dans les dernières convulsions de l'empire parthe : le premier, qui fut un contemporain de Néron et de la chute de Jérusalem, est celui qui se présente le mieux dans l'histoire avec les traits que l'on attend d'un réformateur religieux. Il étonna ses contemporains par l'originalité d'une politique de clémence, par une amitié et une confiance envers ses frères dont les rois parthes n'avaient pas encore donné l'exemple et on voit par Tacite que son frère Tiridate était un mage. Nous concluerons donc que notre passage, et par suite l'ensemble du Hom Yasht qui offre une unité trop parfaite pour être scindé, est postérieur au moins à la chute de la domination grecque, c'est-à-dire à l'an 140 avant notre ère, et peut-être à la première restauration officielle du zoroastrisme, c'est-à-dire aux environs de l'an 60 de notre ère (James Darmesteter, Alexandre le Grand dans le Zend-Avesta, Revue des études grecques, Volume 5, 1892 - books.google.fr).

Babylone

La période parthe voit Babylone décliner et se dépeupler progressivement, les grands centres du pouvoir s'étant définitivement déplacés plus au nord sur le Tigre (Séleucie, Ctesiphon, et bien plus tard Bagdad). Mais ses monuments principaux sont encore en activité : Pline l'Ancien écrit au début du Ier siècle de notre ère que le temple continue à être actif. Une inscription en grec datable du IIe siècle apr. J.-C. indique que le théâtre est encore restauré. Elle reste une ville commerciale active, où on trouve des communautés de divers horizons en plus des communautés babylonienne et grecque (qui se sont sans doute liées depuis longtemps), notamment des marchands de Palmyre, tandis que les premières communautés chrétiennes s'installent dans la région. Les mentions de cette ville comme un champ de ruines dans les textes gréco-romains, ainsi que Dion Cassius quand il rapporte la venue sur place de l'empereur Trajan lors de sa campagne de 115 apr. J.-C., illustrent néanmoins le fait que son déclin a été important et a marqué les visiteurs imprégnés des récits relatifs à sa splendeur passée. Son temple principal fonctionnerait encore au début du IIIe siècle apr. J.-C., et son abandon est à dater des siècles suivants, donc sous la domination des Sassanides qui est généralement considérée comme la période de disparition définitive de l'antique culture mésopotamienne dans ce lieu même (fr.wikipedia.org - Babylone).

Euphrate

Le fleuve Euphrate, nous l'avons maintes fois expliqué, c'est le baptême, ce cours de vie qui réjouit la Cité de Dieu, et qui a sa source commune dans les IV Evangiles. Que sont donc les IV Anges préparés le long de l'Euphrate c'est-à-dire de ce cours régénérateur du sacrement à travers l'histoire, pour l'heure et le jour et le mois et l'année pour tuer le tiers des hommes, et que jusque-là ces fluenta Evangelii ont rendus impuissants, sinon ce que j'appellerai, suscités par les IV Evangiles, les IV Contre-évangiles ? Peut-être pourrait-on entrer ici dans

Les quatre anges liés sur les bords de l'Euphrate ne sont pas de bons anges, ni même des personnifications des forces de la nature, comme les anges des quatre vents; (Apocalypse 7.1-3) mais des représentants des puissances démoniaques, des chefs de leurs armées. (verset 16) Comme ils sont liés au bord de l'Euphrate, on a pensé que l'acte de les délier (verset 15) figurait une invasion des peuples barbares cantonnés au delà de ce fleuve, des Parthes spécialement (topbible.topchretien.com).

Apocalypse 16,12 : Le sixième Ange versa sa coupe sur le grand fleuve de l'Euphrate, et il fut mis à sec, pour préparer le chemin aux Rois de l'orient (Théodore Crinsoz (Dit de Bionnens), L'esprit de Bionnens sur l'Apocalypse et les prophéties de Daniel, 1798 - books.google.fr).

Les historiens d'Occident sont d'accord avec Tansar : c'est comme héritier de Darius et de Cyrus qu'Artaxerxès (Ardashir) réclame à Alexandre Sévère toutes les provinces au delà de l'Euphrate jusqu'à la Méditerranée (HÉRODIEN) (James Damersteter, Origine du Zoroastrisme, Annales du Musée Guimet (Paris, France), Volume 24, 1893 - books.google.fr).

Le roi des Perses, Cyrus, assiégea Babylone et y entra par le lit de l'Euphrate mis à sec (538); au lieu de la détruire, il en fit une de ses capitales. Alexandre l'imita; la construction de Séleucie la fit abandonner par ses rois grecs (Victor Duruy, Abrégé d ?Histoire universelle, 1881 - books.google.fr).

Les sauterelles représenteraient selon la Bible de Jérusalem les soldats Parthes comme le cavalier-archer à cheval blanc.

Par rapport aux sept têtes et dix cornes, la Bête qui monte de la mer ressemble au Dragon : elle en est une incarnation.

3 ans et demi

Tandis que IV, Esdras, v, 9-11, nous montre chaque pays en interrogeant un autre pour savoir si la justice qui fait le droit ne l'aurait pas traversé, le Livre d'Hénoch (chap. XCI, 10) représente la justice redevenue visible à la fin des temps. Le petit poème contenu dans le chapitre XLII du même pseudépigraphe retrouve l'image hésiodique en traitant midrashiquement, Genèse, VIII, 6-11. Chose frappante, la Sagesse y est représentée comme sortant de l'arche qui figure symboliquement le ciel.

Voici ce texte : «1. La Sagesse n'a point trouvé sur la terre de demeure où reposer sa tête; c'est pourquoi elle fait sa résidence dans le ciel; 2. La Sagesse est descendue du ciel pour habiter avec les enfants des hommes, mais elle n'a point trouvé de demeure. Alors la Sagesse est retournée vers son divin séjour et a pris place au milieu des saints anges. Après sa retraite, l'iniquité s'est présentée et elle a été reçue par les enfants des hommes, comme la pluie est reçue par le désert, comme la rosée est reçue par une terre desséchée».

Dans la littérature talmudique, la Shekhinah est personnifiée. Elle était descendue sur terre à l'époque de la création, mais chaque transgression des hommes la force à abandonner un peu plus son séjour et même à s'éloigner davantage de la terre. C'est ainsi qu'après le péché d'Adam elle remonte jusqu'au premier ciel, après le péché de Caîn, jusqu'au second; elle gagne le troisième à la génération d'Énoch; le quatrième, à la génération du Déluge; le cinquieme a celle de la Tour de Babel; les Sodomites la chassent jusqu'au sixième; et les Égyptiens, à l'époque d'Abraham, jusqu'au septième. Inverse- ment, sept personnages, Abraham, Isaac, Jacob, Lévi, Kehath, Amram et Moïse l'attirent à nouveau sur la terre. D'autres textes (Lamentations Rabbah, Introduction XXV) représentent la Shekhinah installee durant trois ans et demi sur le mont des Oliviers afin d'inciter les Israélites à la repentance et, en désespoir de cause, regagnant le ciel en abandonnant le Temple à son destin, ou encore abandonnant en dix étapes le Temple condamné sur lequel elle pleure amèrement. Il n'est pas interdit de penser que ces représentations doivent quelque chose, même si c'est d'une façon indirecte, aux Travaux d'Hésiode et aux Phénomènes d'Aratos (Valentin Nikiprowetzky, La troisième Sibylle, Volume 9 de Etudes juives, 2019 - books.google.fr).

Eusèbe a réitéré dans ses œuvres (Dem. Ev. 8, 2, 107 et Eclogae Propheticae 3, 46) que la vie publique de Jésus a duré trois ans et demi, et que la Passion du Messie eut lieu en la dix-huitième année de Tibère, comme l'indique la version latine de Jérôme l'identifiant avec la 2a année de la 202a Olympiade. Selon Syncelle, Eusèbe mit en concordance l'éclipse du soleil et le tremblement de terre en Bithynie avec la description de la sixième heure de la crucifixion de Jésus.

Nous avons étudié la figure de Nemrod en 27.9-11, où Nemrod se rend en Orient pour apprendre de Yonton, fils de Noé, pendant trois ans, la sagesse, l'écriture et la révélation. Ces éléments sont étroitement liés à de nombreuses traditions de l'antiquité tardive, concernant Hénok, qui fut largement connu comme l'inventeur des écritures, de la sagesse, de l'astronomie et de l'astrologie. Le livre d'Hénok comme le livre de Seth (chez Flavius Josèphe) s'est transmis jusqu'à la génération de Noé et devait être sauvegardé pendant le Déluge. Par la suite, l'auteur de la Caverne a inventé une légende de Yonton, fils de Noé, en vue de faire transmettre les sciences à Nemrod, par une succession légitime, jusqu'aux mages de l'Orient.

«Les Livres», «la sagesse» et «pendant trois ans» sont des éléments étroitement liés aux traditions concernant Hénok (I et II Henoch, Jubilés, 4 Q 227, etc), qui les a transmis à Noé. La légende de Yonton, fils de Noé, et de Nemrod joua un rôle de transmission jusqu'aux Mages de l'Orient. [...] La leçon du manuscrit A de La Caverne, «Idashir», est plus probable qu'«Anzashar» et «Ardashir». «Idashir», c'est «le prêtre» qui servait ce feu, c'est-à-dire un mage. Il s'agit donc d'un prêtre chaldéen. L'intention de l'auteur est évidente: la révélation de Nemrod remonte au fils de Noé; elle a été transmise à Nemrod et ensuite à Idashir, qui l'a détournée en une science abominable.

En ce qui concerne les personnages, les spécialistes constatent unanimement après W. Bousset que «Ardashir», tout comme «Sasân», est le fondateur et l'ancêtre des Sas- sanides, mais aussi que c'est le nom de nombreux rois d'Iran. «Artaxerxès» est passé en syriaque. Par ailleurs il n'est pas exclu, selon les deux syllabes an-z(d)-sar dans la plupart des variantes, qu'il s'agissse d'une déformation du nom du grand prêtre «Tansar» à qui Ardashir Babagan (211-226, 226-241 ap. J .- C.) donna «mandat de réunir et compléter les débris dispersés» afin de donner une autorité officielle à l'Avesta (J. Darmesteter, Le Zend-Avesta, III, p. XXI). Ce prêtre désigné comme l'élève de Nemrod peut être interprété dans le contexte apologétique comme «Zoroastre» (Su-Min Ri, Commentaire de la Caverne Des Trésors: Étude Sur L'histoire Du Texte Et de Ses Sources, 2000 - books.google.fr).

La Caverne des Trésors est une chronique universelle dont la structure est essentiellement biblique et qui est historiographiquement une œuvre qui s'inscrit à la suite de la tradition juive (avec une insistance sur les générations et les millénaires). [...] La première rédaction de la Caverne des Trésors, vers 250, utilisée par Éphrem de Nisibe, serait très proche de modèles juifs; seule la seconde, vers 500, aurait intégré des aspects provenant d'écrits chrétiens de langue grecque

Caverne des Trésors, XVII, 3 : le culte du feu est attesté chez les Perses depuis Nemrod; XVII, 4-5 : la vénération du cheval existe chez les Perses depuis Sasan, au temps de Nemrod; XVII, 13 : Ardashir fut le premier prêtre du feu nommé par Nemrod; XVII, 16 : Ardashir fut le premier parmi les Perses à prendre épouse dans sa famille (mère, sœur, fille); XVII, 17 et 20-21 : Ardashir fut le premier à s'adonner à l'astrologie; XXV, 25 : Nemrod prit pour successeur Sisan (Sasan) (Hervé Inglebert, Aphraate, le "Sage Persan" : la première historiographie syriaque. In: Syria. Tome 78, 2001 - www.persee.fr).

Dans cette article faisant la recension des chroniques syriaques, il est question du Livre de Daniel mais pas de l'Apocalypse de Jean.

La foudre

Apocalypse 13,13 : Elle opérait de grands prodiges, même jusqu'à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes.

Le miracle qui avait valu le plus de renom aux prêtres perses était l'art qu'on leur attribuait de faire allumer le sacrifice par le feu céleste. Ce miracle, mentionné dans les Recognitiones de S. Clément (IV, 29, éd. Cotelier, p. 546) et par Grégoire de Tours (Histor. Francor., I, 5), est déjà rapporté chez Dion Chrysostome (Orat. XXXVI, p. 448, éd. Reiske, p. 92) comme un des prodiges opérés par Zoroastre. - Ammien-Marcellin dit que les mages perses conservent un feu sacré qui leur est venu du ciel (XXIII, 6). Ce procédé était fondé sur l'art d'attirer la foudre, qui n'a été inconnu ni aux Grecs ni aux Étrusques, et que les prêtres mettaient habilement à profit en vue de faire croire à leur puissance divine. Voy. Eusède Salverte, Des Sciences occultes,ch. XXIV. C'était, au dire de Dinon, dans son Histoire des Perses, à l'aide d'une baguette, instrument qui est devenu depuis l'emblème des enchanteurs, que les mages opéraient leurs prodiges. Voy. Schol. Nicand. Ther., 613, ap. C. Müller, Fragm. histor. græc., t. II, p. 91. Aussi Cléarque de Soles, dans son traité de la discipline qu'a consulté Diogène Laerte, nous représente-t-il les mages perses comme ayant emprunté leurs doctrines des gymnosophistes de l'Inde, c'est-à-dire des sages Aryas ou de ceux de la Bactriane (Diogen. Laert., Proæm. § 6), et AmmienMarcellin (XXIII, 6) prétend que Hystape, père de Darius, alla s'initier à leur doctrine (Alfred Maury, La magie et l`astrologie: dans l'antiquité et au moyen age ou étude sur les superstitions paiennes qui se sont pepétuées jusqu'a nos jours, 1877 - books.google.fr).

Grenouilles

Apocalypse 16, 13 : Et je vis sortir de la bouche du dragon, et de la bouche de la bête, et de la bouche du faux prophète, trois esprits impurs, semblables à des grenouilles.

Les animaux d'Ahriman, dont la destruction est une œuvre pie, énumérés dans le Vendidad sont : deux espèces de serpents [cf. Hérodote ?, 140], les tortues, les grenouilles, les crapauds, les fourmis et les mouches (Vendid. 14, 5, cf. les notes de Darmesteter, t. II, p. 212). Cf. aussi le Boundahish, III, 15 (p. 17 West) (Joseph Bidez, Franz Cumont, Les mages hellénisés, Zoroastre, Ostanès et Hystaspe d'après la tradition grecque, 1938 - books.google.fr).

666

666 : en hébreu VAV - SAMEKH - MEM final (fr.wikipedia.org - Numération hébraïque).

"SAMEKH, VAV, MEM", in rabbinic Hebrew, is a root that meant "to attach," or "to tie together." "suma" is a blind person, "one whose eyes had been, figuratively, tied closed" (Joseph Lowin, Hebrewspeak, An Insider's Guide to the Way Jews Think, 1995 - books.google.fr).

The term suma is also not infrequently used in the sense of "blinded". Example : Second Kings 6:18 (Julius Preuss, Biblical and Talmudic Medicine, 2004 - books.google.fr).

2 Rois 6,18 : Cependant les soldats syriens se mirent en marche vers le prophète; Élisée pria de nouveau: «Seigneur, bouche les yeux de tous ces soldats.» Et Dieu leur boucha les yeux, comme Élisée l'avait demandé (www.bible.com).

L'hébreu mishnaïque est la forme de l'hébreu qui correspond à une période de l'histoire de la langue hébraïque (Ier – VIe siècle), à peu près à la période du Talmud (IIe - Ve siècle), et celui-ci en est donc un témoignage. Elle est appelée aussi hébreu rabbinique ou langue des Sages (fr.wikipedia.org - Hébreu).

La Bête maritime et le faux prophète sont capturés (Apocalypse 19,20).

Ormazd étant tout lumière, voit tout, est omniscient: donc Ahriman est ignorant. Ormazd voit au loin, voit d'avance, prévoit les conséquences avant l'action; donc Ahriman agit avant réflexion, il est toute imprévoyance et post-science (Akher-dânis). On en a eu les preuves dans le dialogue d'Ormazd et d'Ahriman au début de la lutte : c'est du côté d'Ormazd qu'est l'habileté, la prévoyance, le calcul. Mais l'analogie n'a pas créé à elle seule l'ignorance d'Ahriman. Etant ténèbres, il est aveugle, il ne voit pas. «O aveugle Anra Mainyu», s'écrie la Drug. L'épithète est déjà métaphorique, mais ne l'a pas toujours été. Aveugle est dans les Védas une épithète ordinaire des ténèbres. Ces ténèbres matérielles deviennent ténèbres morales, ignorance. D'Ahriman elles descendent sur l'homme : le mot aveugle prend un sens technique : il désigne l'impie, le rebelle à la loi (James Darmesteter, Ormuzd et Ahriman, Bibliothèque de l'Ecole pratique des hautes études: Section des sciences historiques et philologiques, Volume 29, 1877 - books.google.fr, Ferdowsi, Le Livre des Rois, Histoire légendaire des rois de Perse, 2011 - books.google.fr).

Ahriman qui désunit les coeurs amis sa marque sur celui d'Afrasyab qui a cousu les yeux de celui qui ne comprend pas ses ruses (Ferdowsi, Le Livre des Rois, Histoire légendaire des rois de Perse, 2011 - books.google.fr).

Afrasyab, d'ailleurs, dans la légende avestique, est l'un de ces sorciers touraniens, dont l'effroyable magie mettait en déroute de puissantes armées; son palais souterrain, quelque part en Asie Centrale, ou en Chine, rappelle étrangement le palais enchanté où Aladin s'en va quérir la lampe merveilleuse qui soumet à ses désirs les esclaves du Rokh : Du palais de Frasyâp, dit le Grand Boundahishn (de mon manuscrit. page 269), il est dit (dans l'Avesta; cf. Hôm Yasht 7 (20) et Abgemaïdé, 60) qu'il a été construit sous la terre par sorcellerie; il est illuminé, si bien que la nuit y est aussi claire que le jour; il y coule quatre rivières, d'eau, de vin, de lait et de miel; il y a placé les sphères du soleil et de la lune dans leur révolution; la hauteur de ce palais est de mille fois la taille d'un homme de stature moyenne." Il n'y a guère à douter que cette description du palais souterrain d'Afrasyab ne soit un souvenir assez précis de l'hypogée de la montagne Li-shan, où fut inhumé, pour bien peu de temps, pour quatre ans, en 210 avant J.-C., le premier Empereur, Thsin-shi-hoang-ti, dans lequel ce puissant monarque avait fait placer, au témoignage des historiens chinois, des objets singuliers, qui faisaient de son tombeau un microcosme, dont la voûte azurée figurait le ciel avec ses astres, le sol, d'une coulée de bronze, la terre noire, avec ses mers et ses fleuves, figurés par des ruisseaux de mercure, auquel un mécanisme donnait l'apparence de la vie, en le faisant couler en minces filets; la mer entourait le Céleste-Empire, qu'arrosaient les fleuves, à la lueur de puissantes torchères, et l'accès de cette folie funéraire était défendu par des arbalètes tout armées, qui n'empêchèrent point, en 206, que la révolution ne violat la sépulture du premier Empereur. Il ne manque point, dans la geste avestique , de palais merveilleux; mais tous sont l'œuvre des hommes, non celle des génies, et ils s'élèvent dans les airs, bien loin de s'enfoncer dans les entrailles de la terre; Kang-diz «la citadelle de Kang, si l'on en croit le témoignage du Boundahishn (ibid.), c'est-à-dire la capitale du Céleste-Empire (Revue de l'Orient chrétien, 1930, pages 61 et ssq.), qui fut rasée au sol par Kaï Khosrau, roi de Perse, et petit-tils d'Afrasyab, jouissait d'un printemps éternel (Revue de l'Orient chrétien, 1934 - books.google.fr).

Les yeux cousus se trouvent aussi dans le Purgatoire de Dante, chant XIII : "De même que les aveugles sont privés de la lumière du soleil, de même ces ombres sont privées de la lumière du ciel. Toutes ont les yeux cousus avec un fil de fer semblable à celui qui ferme les yeux du faucon encore indocile et sauvage" (Dante Alighieri, Le Purgatoire, traduit par Artaud de Montor, 1813 - books.google.fr).

Les mauvais esprits, les daevas ou les droudschas et toutes les choses nuisibles sont le produit du principe du mal, de l'esprit destructeur Angra ou Angromainyou (angra : frappeur, destructeur; mainyou : esprit). Les serviteurs du premier entrent, après la mort, dans le ciel des bons esprits, les autres habitent la demeure des droudschas dans les ténèbres éternelles (Histoire ancienne des Ariens d'après Max Duncker, Revue de l'instruction publique en Belgique, 1866 - books.google.fr).

Dans Apocalypse 9,11 [cf. 2001 9 11], il est dit que les armées de démons ont pour roi «l'ange de l'abîme», dont le nom est en hébreu Abaddon et en grec Apollyon. Un ange de ce nom et dans ce rôle n'apparaît nulle part ailleurs dans la littérature juive et il est difficile de préciser d'où dérive une telle conception. Le mot hébreu qui est transcrit «Abaddon» se rencontre presque exclusivement dans la littérature sapientiale de l'Ancien Testament. Etymologiquement, il signifie «destruction»; dans plusieurs passages il est mis en parallèle avec le Chéôl ou la mort. «Apollyon» est simplement un équivalent grec, et signifie «destructeur». Dans le T. B. Sabbath 89 a, on trouve l'expression «Abaddon et Mort», mais simplement comme citation de Job 28,22. [...]

Il a été, d'autre part, suggéré d'identifier Apollyon à l'Ahriman de la religion persane, auquel cas notre passage pourrait faire allusion à l'histoire rapportée dans le Bundahesh (3,26-27), selon laquelle Ahriman, ayant tenté de prendre les cieux d'assaut, fut précipité sur la terre. Ayant creusé pour lui-même un trou dans la terre, il sauta dedans et habita dans cet abîme. Il n'y a, toutefois, pas beaucoup d'analogies entre ces deux conceptions, et l'existence d'un rapport quelconque entre elles ne s'élève pas au-dessus d'une simple possibilité (Edward Langton, La démonologie: étude de la doctrine juive et chrétienne, son origine et son développement, 1951 - books.google.fr).

L'Apocalypse reprocherait à Ardashir de servir le mal (Ahriman), et non le bien (Ormuzd).

Strabon, géographe antique, relate, dans son chapitre sur les Indes, deux manières de chasser les singes. Dans la première méthode, au pied d’un arbre, le chasseur fait mine de se laver les yeux puis remplace l’eau par de la glu. Le singe l’imite, se colle les paupières, et on peut le prendre vivant en lui attachant une corde autour du cou.

La moralité chrétienne tirée par le Physiologus bestiaire chrétien du IIe ou IVe siècle apr. J.-C :

«De cette façon, le grand chasseur nous chasse aussi, c’est-à-dire le diable ! Il vient dans le monde et apporte la colle du péché, car le péché est comme la colle. Et en le montrant à l’homme, il aveugle ses yeux, et obscurcit son esprit, et le pousse de péché en péché, et de mal en mal, et fait un grand piège, puisque le péché est insatiable; mais l’homme en est souillé spirituellement et physiquement.» (artifexinopere.com, fr.wikipedia.org - Physiologus).

Diodore de Sicile énumère trois méthodes distinctes :

- en se maquillant les yeux (variante du lavage);

- en attachant une sandale avec des liens (variante de la chaussure engluée);

- en se regardant dans un miroir (équipé de filets).

«(Le singe) a lui même suggéré aux chasseurs la manière de le capturer. Car s’il imite tout ce que l’on fait devant lui, sa vigueur corporelle et sa vivacité d’esprit empêchent que l’on s’empare de lui par la force. Aussi certains chasseurs s’enduisent-ils les yeux de khôl, tandis que les singes les regardent; d’autres chaussent leurs sandales; d’autres, enfin, placent un miroir devant leur tête. Puis ils laissent derrière eux leurs sandales, auxquelles ils ont adjoint des liens; ils exposent de la glu à la place du khôl et adaptent aux miroirs des filets d’oiseleur. Aussi les singes sont-ils réduits à l’impuissance lorsqu’ils veulent accomplir les actions qu’ils ont vu exécuter devant eux, car leurs paupières se trouvent collées l’une à l’autre, leurs pieds attachés et leurs corps emprisonnés» (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, 90, 2-3) (artifexinopere.com).

On pense au filet de l'Oiseleur biblique, ennemi du juste.

Datation

Sachant que l'Apocalypse de Jean est généralement datée de 95, la situer après 225 pose problème. Des auteurs du IIe siècle en parleraient comme Méliton ou Justin de Naplouse (Nicolas Bergier, Oeuvres complètes de Bergier, Tome 4, 1855 - books.google.fr).

Méliton de Sardes (mort vers 180 ap. J.-C.) était un évêque de la ville de Sardes (près de l'actuelle Sart, en Turquie). Méliton a été identifié aussi comme "l'ange" de l'église de Sardes mentionné dans l'Apocalypse de Jean, qui est puni, ainsi que son église, pour sa réputation : "tu passes pour être vivant, mais tu es mort" (Apocalypse 3:1). Ceci est interprété comme signifiant que l'église et son chef maintenaient une apparence de piété mais sans substance. Eusèbe mentionne parmi ses œuvres (il semble y en avoir eu au moins quatorze), perdues à son époque, un commentaire sur le Livre de l'Apocalypse dite de Jean. (www.worldhistory.org).

TERTULLIEN (env. 160 - env. 240), né à Carthage, se convertit vers sa quarantième année. Il écrivit une Apologie sous Septime Sévère et un traité Contre Marcion, gnostique grec, où il affirme son millénarisme et où il reproche à Marcion de ne pas croire que Jean est l'auteur de l'Apocalypse (Dieux d'hommes, Dictionnaire des messianismes et millénarismes de l’ère chrétienne, 2020 - books.google.fr).

Les lettres d'Ignace d'Antioche se rapprochent de celles des 7 église de l'Apocalypse de Jean (Yves-Marie Blanchard, L'Apocalypse, 2004 - books.google.fr).

Selon Hübner (Der paradox Eine), les formules théologiques des textes attribués à Ignace d'Antioche sont peu compatible à son époque. "L'authenticité du corpus ignatien a subi là des coups dont elle aura du mal à se remettre" (Revue des sciences philosophiques et théologiques, Tome 86, Numéros 3-4, 2002 - books.google.fr).

Eusèbe nous a conservé un court fragment de la dispute de Caius contre le montaniste Proclus; nous y voyons, comme nous l'avons déjà dit, qu'on regardait Cérinthe comme le premier millénariste parmi les chrétiens. [...] Le millénarisme de Tertullien fut donc une conséquence toute naturelle de son montanisme (V. Ermoni, Les phases successives de l'erreur millénariste, Revue des questions historiques, Volume 70, 1901 - books.google.fr).

S’il a pu introduire des modifications de détail dans les textes qu’il cite, il n’est en tout cas pas le fraudeur que l’on prétend parfois : certains ont par exemple pu penser que le témoignage sur le Christ qu’il prête à Flavius Josèphe (le fameux Testimonium Flavianum) était une invention de son cru. Mais aujourd’hui, il semble à peu près acquis que si ce texte est un faux, ce qui est toujours contesté par certains, Eusèbe n’en est pas l’auteur : il a plus probablement cité ce texte en toute bonne foi, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas responsable de quelques altérations dans le détail du texte (Sébastien Morlet, Écrire l'Histoire selon Eusèbe de Césarée, L'information littéraire 2005/3 Vol. 57 - shs.cairn.info).

Selon Bergier, Irénée parlerait de l'Apocalypse dite de Jean.

On connaît peu de chose de la vie d'Irénée. Sa chronologie est mal établie, l'essentiel provenant de quelques éléments de ses œuvres et de ce qu'en dit Eusèbe de Césarée dans son Histoire de l'Église, datée des premières décennies du IVe siècle (fr.wikipedia.org - Irénée de Lyon).

Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée dit que Clément, troisième évêque des Romains après Lin et Anaclet, «a été, au témoignage de Paul de Tarse, son auxiliaire et le compagnon de ses combats», se référant sans doute à l'Épître aux Philippiens (IV, 3). Cette affirmation, qui se trouve aussi dans les écrits d'Origène et de Jérôme de Stridon, est généralement abandonnée par la recherche actuelle, car jugée improbable (fr.wikipedia.org - Clément de Rome).

Selon Bergier, des formules de l'Apocalypse se trouvent chez Clément de Rome : pourquoi pas l'inverse ?

À la grande humiliation de la corporation des historiens, c'est l'auteur d'une Histoire ecclésiastique, Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine, au quatrième siècle, qui fit connaître au monde [...] une traduction grecque d'une épître que le Maître des apôtres aurait écrite à Abgar, roi d'Édesse, et qui se trouvait, affirmait-il, dans les archives de l'Église de cette ville (Gustave Lanctôt, Faussaires et faussetés en histoire canadienne, 1948 - books.google.fr).

Cette vieille peau d'Eusèbe est parfois qualifié de "faussaire".

Millénarisme

Au chapitre XI, au son de la septième trompette, de l'aveu même de Bossuet, est annoncé expressément le jugement des morts, le jugement dernier, après lequel il n'y a plus de révolutions nouvelles, plus de nouveaux combats. Cependant au chapitre XII paroissent les combats du dragon contre la femme. Le chapitre XII n'est donc pas la suite du chapitre XI. Ce sont deux visions différentes, dont l'une n'est pas la suite de l'autre. La même chose peut donc se trouver ici : le chapitre XX peut n'être pas la suite du chapitre XIX; ce peuvent être deux visions différentes, dont l'une ne sera pas la suite de l'autre. [...]

En vain donc nous objecte-t-on que la ruine de la bête et de son faux prophète précède le règne de mille ans. Le principe est équivoque. Si on l'entend de l'ordre de choses montrées à saint Jean, c'est-à-dire de l'ordre des prédictions, le principe est vrai; mais on n'en peut tirer aucune consé quence, parce que l'ordre des événemens ne répond pas toujours à l'ordre des prédictions. Si on l'entend de l'ordre même des événemens, le principe est faux; et toutes les conséquences que l'on prétend en tirer s'écroulent, et tombent d'elles-mêmes. Non-seulement saint Jean ne dit pas que tel sera l'ordre des événemens; non-seulement on ne peut pas le conclure de l'ordre de ses prédictions; mais au contraire il est prouvé, par le témoignage même de saint Jean, que l'ordre des événemens ne sera pas tel; il est prouvé, par le témoignage même de saint Jean, que la persécution de la bête et de son faux prophète n'éclatera qu'après le règne de mille ans, et qu'elle sera immédiatement suivie du dernier jugement (Sainte Bible de Vence : Apocalypse, Tome 24, 1830 - books.google.fr).

On a vu que Apocalypse XI-XII pouvait former une séquence comme Matthieu II-III-IV. Le jugement des morts est peut-être différent du jugement dernier comme purification. Cf. la purification des élus (robes blanches) en Apocalypse VI,9-11 et VII,8-17.

C'est aux mystères d'Eleusis que Platon a sans doute emprunté le dogme antique et capital de la réincarnation. Les âmes, en vertu du code pénal qui leur est propre, sont admises tous les mille ans, à moins de fautes exigeant une plus longue expiation, au choix d'une nouvelle vie terrestre. Il leur est dit que chacune a la responsabilité de son choix et que Dieu n'y est pour rien, que chacune aura, pour la conduire dans la vie, le démon qu'elle se sera donné. Chaque âme, son choix fait, peut lire son destin tout entier et ce destin est irrévocable, étant lié au mouvement même des astres. Aucune âme d'ailleurs ne retourne avant dix mille années au point d'où elle était partie, car, avant ce temps, elle ne recouvre pas ses ailes à moins qu'elle n'ait été l'âme d'un philosophe loyal. Mais, nul ne peut être philosophe s'il n'a reçu le don divin d'aimer, c'est-à-dire de se lier à l'être, et s'il n'a point d'ailes pour s'élever de la beauté d'ici-bas vers la beauté suprême. Alors, au troisième retour de mille ans, si elles ont trois fois successivement mené la même vie, les âmes recouvrent leurs ailes et s'en retournent après la troisième millième année vers les dieux. La philosophie platonicienne, grâce aux conquêtes d'Alexandre, se répandit dans tout le monde oriental, mais c'est en Egypte qu'elle trouva l'asile le plus intelligent. L'école d'Alexandrie étendit sa curiosité de la pensée humaine jusqu'aux limites des terres connues, elle explora tous les domaines des connaissances diverses, revivifiant tour à tour l'anatomie, les mathématiques, la géographie et la philosopnie. Philon le juif, contemporain de Jésus, et qu'on appelait de son temps une réincarnation de Platon, s'efforce d'accorder la pensée juive à la pensée hellénique. Il reprend a theorie de la Parole esquissée avant lui par les théologiens juifs et la définit comme le verbe extérieur, l'image et la figure de Dieu. Dieu créant l'homme, ne peut le créer à l'image de sa pertection absolue, et c'est pourquoi il le crée à l'image de ce second lui-même qu'est le Verbe. On voit que Philon assimile le Verbe à l'âme du monde (Fred Bérence, Léonard de Vinci, ouvrier de l'intelligence, 1947 - books.google.fr).

Le grec ignore le mot "ressusciter" (Les évangiles ont été écrits en Grec). Il emploie "se lever" et "s'éveiller". Traduire "anastèmi", "se placer - en haut ou debout", par "ressusciter" privilégie avec le "re" la notion de retour qui n'est pas dans le mot grec (Historiens et géographes, Numéro 385, 2004 - books.google.fr, Hubert Aupetit, Pascal ou la pensée figurative, 2023 - books.google.fr).

Platon écrit, dans son dixième livre des Lois, que «l'âme et le corps, quoiqu'ils ne soient pas éternels comme la divinité, sont pourtant impérissables». Dans son Politique, il parle des morts «qui gisent dans le sein de la terre, et qui doivent se lever un jour pour revenir à la vie». Le romain Varron, cité par saint Augustin, enseigne que les âmes purifiées retourneront aux mêmes corps qu'elles animaient sur la terre; Virgile, que les âmes qui ont expié leurs fautes sont conduites au Léthé, fleuve de l'oubli, afin que, buvant l'oubli du passé, elles désirent retourner dans [les] corps (ce texte dit leurs corps : interprétation) (La résurrection de la chair, Conférences sur l'avenir de l'homme et la fin du monde données à Liége, 1897 - books.google.fr).

Has omnes, ubi mille rotam volvere per annos,
Lethaeum ad fluvium deus evocat agmine magno,
scilicet immemores supera ut convexa revisant,
rursus et incipiant in corpora velle reverti.
(Enéide VI, 748-751) (Jean Prieur, La Mort dans l'Antiquité romaine, 1986 - books.google.fr).

La "seconde résurrection" de l'Apocalypse est une interprétation de "deuteros" qui peut vouloir dire "deuxième" : il y en aura peut-être d'autres (Arsène Chassang, Nouvelle grammaire grecque d'après les principes de la grammaire comparée, 1872 - books.google.fr).

Astrologie et transmigration

L'Apocalyspe dite de Jean ne nierait pas les influences planétaires mais affirmerait leur caractère nuisible. Le texte gnostique de l'Apocryphe de Jean, attribué aussi à l'évangéliste, tient cette position.

Selon l'Apocryphe de Jean, l'antimimon pneuma est un intermédiaire entre l'âme et le corps matériel. Quant à l'âme elle-même, elle est aussi une création des sept archontes ou Seigneurs planétaires, ou, pour être plus précis, des sept attributs formant des couples (syzygiai) avec les archontes. C'est dans le troisième livre de Pistis Sophia que la formation de l'esprit contrefait reçoit une attention particulière. Celui-ci, attaché à l'âme par les sept puissances de la destinée astrale, est la cause des réincarnations de l'âme (metabolai), dont il suit les vicissitudes pendant la transmigration. Nous voyons donc que, par la doctrine de l'antimimon pneuma, les gnostiques se donnent une théorie rigoureuse du karma, dont il serait inutile d'aller chercher les origines orientales, puisqu'on la retrouve également à l'intérieur d'une longue tradition orphico-pythagoricienne et platonicienne. La non-réincarnation en tant que but suprême de la gnose est empêchée par l'existence de cet esprit de contrefaçon dont il est impossible de se débarrasser avant l'obtention de la gnose. Il est donc évident que, dans cette situation, les mystères gnostiques s'obligent devant l'adepte à libérer son âme des chaînes de l'antimimon pneuma, pourvu qu'il pratique rigoureusement les enseignements qui lui seront donnés. La doctrine doit être d'origine astrologique, et nous avons jadis avancé l'idée que sa source possible serait le traité hermétique Panaretos. Si l'on s'en tient à l'évidence fournie par le chapitre 136 de Pistis Sophia, il serait effectivement possible que l'ordre des planètes provienne du Panaretos, qui enseignait la manière dont on pouvait obtenir les coordonnées sur l'horoscope de la naissance où les planètes exerçaient leur maximum d'influence (kleroi, sortes, loci) sur la destinée humaine, présidant chacune à un champ de l'existence ou de l'activité humaine qui lui était propre. A la base de notre doctrine, dont l'Apocryphe de Jean pourrait être le premier témoignage, il y a une polémique implicite contre l'astrologie, puisque celle-ci attribuait aux planètes certaines qualités que les gnostiques, suivis par toute une série d'autres représentants de la basse antiquité, transforment franchement en vices. Enfin, cette doctrine ne fournit que le schéma vraiment essentiel de l'ascension gnostique, puisque celle-ci est censée se dérouler d'une manière bien plus compliquée. L'astrologie déjà avait fait de son mieux pour multiplier le nombre des cosmocratores ou Seigneurs célestes. On comptait parmi eux, en dehors des sept planètes, les douze signes zodiacaux, les 36 décans, les 360 degrés du cercle zodiacal, les 365 jours de l'année solaire, etc., qu'on se représentait en tant qu'entités autonomes, ayant chacune sa propre personnalité distincte (Ioan P. Culianu, Expériences de l'extase, extase, ascension et récit visionnaire de l'hellénisme au Moyen Age, 1984 - books.google.fr).

Le Livre des secrets de Jean ou Livre secret de Jean, Apocryphe de Jean ou encore Apocryphon de Jean, est un texte mythologique gnostique de la fin du IIe siècle. On dispose de quatre copies, une dans le codex de Berlin et les autres dans les codex de la Bibliothèque de Nag Hammadi en deux versions (une longue et une courte). Il est aujourd'hui classé parmi les textes appartenant au courant du gnosticisme séthien. Le livre date d'environ 170. C'est, dit Michel Tardieu, «un petit manuel sur la rétribution des justes dans l'outre-tombe», adressé aux seuls initiés, et qui puise dans «deux catégories de sources : le quatrième évangile et les Chaldéens» (fr.wikipedia.org - Livre des secrets de Jean).

Pour Nag Hammadi, où se trouvait une raffinerie de sucre de membres de la famille d'André Suarès (le Sakharine (saccarhine) du Secret de la Licorne ?). Le Secret de la Licorne, où il est question de parchemins, est paru (1942) avant le découverte des codex gnostiques (1945).

En 1945, une tribu du clan d'Al Samman (les «fils d'Ali Khalifa») a découvert une collection de codex dans une grotte du Djebel El Zarif près de Nag Hammadi. Ces cavernes abritent également plusieurs sépultures égyptiennes antiques, et l'on a retrouvé des traces d'occupation par des ermites coptes. L'endroit a été peint par Jacques Majorelle en avril 1914 (fr.wikipedia.org - Djebel El Zarif).

Jacques Majorelle, Djebel el Zarif, "13 déc. 1913", www.mutualart.com

Les trois frères de Nag Hammadi

A Nag Hammadi, non loin du village d'Es-Sayyad, qui est l'ancienne Seneset-Chénoboskion, localité illustrée par les fondations monastiques de saint Pachôme au début du IVe siècle et que Mgr Lefort avait explorée en 1939, des fellahs auraient exhumé, sur le site d'un cimetière antique, une grande jarre contenant les manuscrits. Ces renseignements remontent à deux sources, qui pourraient bien se réduire à une seule : les dires des trafiquants du Caire et les indications, assez vagues, des habitants de la région de Chénoboskion. Il n'est peut-être pas défendu de traiter ces sources avec quelque circonspection. On peut remarquer en tout cas que l'endroit précis de la découverte n'a jamais pu être indiqué par les autochtones; de plus, comme l'a objecté le savant danois Søren Giversen, rompant l'unanimité de la critique, il peut paraître étrange que l'on n'ait pu trouver sur place le moindre reste de la jarre, qui doit avoir été grande, ni le moindre débris de papyrus; ici encore, le rapprochement avec les manuscrits de Qumrân donne à penser, et le P. North, qui a fait deux visites à Chénoboskion, affirme qu'il lui a été impossible d'y trouver une seule personne à même de fournir des renseignements sur la trouvaille. D'autre part, on peut se demander s'il n'existerait pas quelque rapport entre la découverte des manuscrits gnostiques et celle des manuscrits, grecs et coptes, qui sont aujourd'hui la propriété de Martin Bodmer. Il est en tout cas bien regrettable que, n'ayant aucune certitude sur les circonstances de la découverte, nous ne puissions en avoir non plus sur les conditions dans lesquelles les manuscrits ont été enfouis il y a plus de quinze siècles. Ce point n'est pas sans importance pour l'appréciation du caractère de la collection, voire pour l'interprétation des textes eux-mêmes. On parle couramment, depuis le début, de la «bibliothèque gnostique de Nag Hammadi»; l'expression suggère qu'il s'agit d'un ensemble homogène de livres sacrés ayant appartenu à une communauté gnostique précise; c'est là ce que beaucoup admettent, plus ou moins explicitement, quitte à s'étonner ensuite du peu d'homogénéité, tant linguistique que doctrinale, de la collection, de l'absence de tout écrit historique, biblique ou liturgique, et de la présence de traités hermétiques. A vrai dire, personne ne sait ce que représente l'ensemble de 13 manuscrits en question, ni comment ils ont été réunis, ni pourquoi ils ont été cachés. Assurément, on peut imaginer qu'il s'agit des livres de chevet d'un groupe déterminé de sectaires, mais ce n'est là qu'une hypothèse, qui se heurte d'ailleurs à plus d'une difficulté, et on peut en forger d'autres, non moins plausibles; on pourrait songer, par exemple, à un ensemble de manuscrits collectionnés par un chasseur d'hérésies ou par un hérésiologue, à un pêle-mêle de livres hérétiques promis à l'autodafé, ou même, qui sait, à un stock de libraire. La prudence, en tout cas, est ici de rigueur; en l'absence de toute indication d'ordre externe, le dernier mot ne pourra être dit qu'après la publication et l'étude de tous les textes; il importe, en attendant, de ne point s'embarrasser de postulats, surtout de postulats déguisés en données de fait (Gérard Garitte, Scripta disiecta, 1941-1977, Tome 2, 1980 - books.google.fr).

James M. Robinson, director of the Institute for Antiquity and Christianity, donne, dans les années 70, après enquêtes plusieurs versions de la découverte des codex de Nag Hammadi. Il y aurait eu deux puis trois découvreurs : Muhammad, Khalifah et Abu al-Madj, trois frères (James E. Goehring, An early roman bowl from the monastery of Pachomius at Pbow and the milieu of the Nag Hammadi codices, Coptica, Gnostica, Manichaica, 2006 - books.google.fr).

Louis Théophile Lefort est né à Orchimont le 1er août 1879. Il décède à Louvain le 30 septembre 1959.

L'œuvre accomplie par Mgr Lefort est immense. Succédant en 1909 à un maître éminent, Paulin Ladeuze, dans la chaire de langue et de littérature coptes, il reçut de celui-ci, devenu Recteur de l'Université, la charge de continuer l'étude du monachisme égyptien du IVe siècle, représenté par Pakhôme, cette grande figure de l'histoire de l'Église d'Orient, qui ne se compare en importance qu'à celle de S. Benoît, dont la règle et les monastères, qui ont eu une si profonde influence sur la culture de l'Occident, dérivent essentiellement de la règle et des monastères pakhômiens.

Il produit l'édition critique, parue en 1933 et 1934, des Vies de Pakhôme et de ses premiers successeurs, sur la base de 21 manuscrits. La traduction française, précédée d'une introduction magistrale, parut en 1943. La découverte sensationnelle de M. Lefort était que la Vie de Pakhôme n'avait pas été rédigée primitivement en grec, comme le croyait encore Ladeuze, mais dans le plus ancien dialecte copte, c'est-à-dire le sahidique. Du coup, c'était mettre en lumière un aspect ignoré de la culture de l'Égypte à l'époque chrétienne, en révélant l'importance d'une littérature presque inconnue jusqu'alors, la littérature copte.

Il fut encore le sauveur d'abord, puis le directeur et l'animateur, pendant 38 ans, du Muséon, Revue d'études orientales, aujourd'hui de réputation mondiale. Il créa en 1929, en annexe à cette Revue, une collection de publications, dénommée Bibliothèque du Muséon, qui comporte actuellement 46 volumes. Il devint en 1948 le directeur de la section copte du Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium, dont M. René Draguet est l'infatigable et dynamique secrétaire général et animateur. Cette section copte prit, sous la direction de Mgr Lefort, selon les paroles mêmes de M. Draguet «un essor nouveau et puissant.» (Le Muséon, t. LXXII, 1959, p. 257)

Il fut président de l'Institut orientaliste de l'Université de Louvain de 1936 à 1950.

Les funérailles de notre illustre confrère Monseigneur Louis Théophile Lefort ont été célébrées le 3 octobre 1959 à Petit-Fays, dans son pays natal des Ardennes (Paul Van den Ven, Hommage à la mémoire de Monseigneur Louis-Théophile Lefort. In: Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques, tome 46, 1960 - www.persee.fr).

Le Dialogue avec Tryphon

Le Dialogue avec Tryphon est un texte d'apologétique chrétienne du deuxième siècle, documentant les tentatives du théologien Justin de Naplouse (dit aussi «Justin Martyr») de montrer que le christianisme est la nouvelle loi pour tous les hommes et de prouver par les Écritures que Jésus est le Messie. Le Dialogue avec Tryphon est connu par un seul manuscrit du XIVe siècle (le codex Parisinus gr. 450), qui est lui-même repris avec des erreurs par un autre du XVIe siècle.

Le manuscrit Parisinus 450, qui a une reliure "Henri II", aurait été rapporté de Venise par Guillaume Pellicier, ambassadeur ce François Ier entre 1539 et 1542. Il est daté (en grec) du 11 septembre 1364. Le manuscrit Loan 36/13 à Londres semble être une copie du premier (à près de 91 % conforme). Il est daté de 1541 (Philippe Bobichon, Œuvres de Justin martyr : le manuscrit Loan 36/13 de la British Library, un apographe du manuscrit de Paris (Parisinus Graecus 450). In: Scriptorium, Tome 57 n°2, 2003 - www.persee.fr, fr.wikipedia.org - Dialogue avec Tryphon).

On peut imaginer que la copie fût faite à Paris.

L'Histoire ecclesiastique d'Eusèbe IV,18 cite un extrait du Dialogue avec Tryphon et dit que la scène se place à Ephèse (remacle.org - Eusebe, Histoire ecclésiastique IV).

Le manuscrit de 1364 aurait été réalisé à partir d'extraits dispersés d'un texte plus ou moins complet apocryphe pour une raison ou une autre.

La tradition du texte des deux Apologies et du Dialogue avec Tryphon de saint Justin est relativement simple à établir. L'unique témoin est un manuscrit du XIVe siècle, dont dérivent une copie du XVIe siècle et toutes les éditions modernes. Quelques témoignages anciens constituent une intéressante tradition indirecte : (André Wartelle, Apologies de Justins, 1987 - books.google.fr).

Il semble que la mention de l'Apocalypse par Justin ne se trouve que dans le Parisinus 450.

Le dialogue consiste dans une série d'attaques, de la part de Justin, et de contre-attaques, de la part de Tryphon. L'emportement du premier, propre à tout nouveau converti, se heurte à la bienveillance légèrement ironique, mais polie, du second. L'un des thèmes récurrents de la discussion est constitué par la «double parousie». Selon Justin, le Messie, identifié dans la personne de Jésus, se montrera au monde deux fois. La première fois, sous le visage d'un esclave humilié publiquement, traqué, reconnu seulement par une poignée de croyants, crucifié avec des larrons. Cette parousie, lamentable, misérable, a déjà eu lieu. Mais la seconde parousie sera complètement différente : le même Christ humilié jadis fera alors une apparition triomphale. Il descendra sur les nues, accompagné d'une armée d'anges, ressuscitera tous les morts des tombeaux et les jugera selon la justice. Après quoi il instaurera le Royaume des cieux sur terre, en reconstruisant le temple de Jérusalem. Ce n'est pas le moment de nous arrêter maintenant sur la croyance millénariste de Justin. Rappelons seulement que la profession de foi millénariste de l'apologiste est suscitée par une allusion malicieuse de Tryphon aux groupes de chrétiens qui n'acceptaient pas la résurrection des corps et, par conséquent, n'acceptaient pas le Jugement dernier non plus (Cristian Badilita, Métamorphoses de l'antichrist chez les pères de l'église, 2005 - books.google.fr).

Dans la construction métaphorique élaborée un siècle plus tard par les notaires et secrétaires français de Jean II le Bon à l'occasion de la rédaction du privilège de fondation de leur confrérie, en 1351, la construction du préambule de l'acte, reprenant souvent mot à mot des blocs de modèles papaux et frédériciens du XIIIe siècle, se distingue d'eux par la création autonome d'une assimilation originale entre les évangélistes (patrons de la confrérie) et les écrivains du roi. Les notaires royaux doivent imiter leurs saints protecteurs, premiers notaires. Tout comme la tétrade évangélique a irrigué le monde en écrivant les vérités de la parole divine, puisée à la fontaine de la passion christique, de même les notaires royaux doivent irriguer le royaume en diffusant la parole royale. La double assimilation, implicite du roi au Christ, plus explicite des notaires royaux aux évangélistes, place la communication royale des premiers Valois sur le plan d'une répétition à l'infini du message de la passion qui sanctifie ainsi toute l'action de l'État : nous sommes précisément dans les mois où Jean II a décidé, de conserve avec ses lettrés, de relatiniser la chancellerie, et cette équivalence entre évangile et actes royaux donne peut-être la clé de cette décision (Benoît Grévin, Le style de l'Etat, Vecteurs de l'idéel et mutation des sociétés politiques, 2023 - books.google.fr).

Le retour de Jean II de Londres en 1360 pouvait être vue comme une parousie terrestre.

On place communément sous le règne des Antonins l'abréviateur Justin, nommé, dans un ancien manuscrit de Florence, M. Junianus Justinus, et dans d'autres, M. Justinus Frontinus. On n'a cependant d’autre motif, pour lui assigner cette époque, que la dédicace de son ouvrage adressée à Marc Aurèle ; mais plusieurs critiques regardent la ligne qui, dans les manuscrits, exprime cette dédicace, comme ayant été ajoutée au texte par quelque copiste ignorant qui aurait confondu cet écrivain avec Justin le Martyr. On ne sait au reste rien sur la vie de Justin. Il a fait un extrait du grand ouvrage historique de Trogue Pompée. Cet abrégé est intitulé : Historiarum Philippicarum et totius mundi originum, et terrae situs, ex Trogo Pompeio excerptarum libri XLIVa Nino ad Caesarem Augustum.

LIVRE XXXVI : Suite de l'histoire des rois de Syrie. Digression sur les Juifs.

I. Rétabli sur le trône de son père, et corrompu à son tour par le succès, Demetrius se livre aux passions de la jeunesse, et s'abandonne à une lâche indolence : il devient aussi méprisable par sa faiblesse, que son père s'était rendu adieux par son orgueil. Voyant de tous côtés les villes se détacher de son empire, et voulant se soustraire au reproche de mollesse, il résolut d'aller faire la guerre aux Parthes. Les peuples de l'Orient virent avec joie son approche : ils détestaient la cruauté d'Arsacide, roi des Parthes, et habitués dès longtemps au joug des Macédoniens, ils supportaient avec peine la fierté de leurs nouveaux maîtres. Appuyé des secours des Perses, des Élymaeens, des Bactriens, Demetrius vainquit plusieurs fois les Parthes. Mais, trompé par une fausse paix, il tomba dans leurs mains ; et, promené de ville en ville, il fut exposé aux yeux des peules qui s'étaient déclarés pour lui, comme pour insulter à l'espoir que ses armes leur avaient inspiré. Envoyé ensuite en Hyrcanie, il y fut traité avec douceur, et entouré des égards dus à son ancienne fortune. Sur ces entrefaites, Tryphon, qui, dans la Syrie, s'était fait nommer par le peuple tuteur d'Antiochus beau-fils de Demetrius, fait égorger son pupille, et s'empare de la couronne. II la conserva longtemps ; mais, ayant perdu la faveur qui avait d'abord soutenu sa puissance, il est vaincu par le frère de Demetrius, Antiochus (2), encore dans l'enfance, qu'on élevait alors en Asie. Le sceptre de la Syrie rentra de nouveau dans la famille de Demetrius. Antiochus, se souvenant que son père s'était fait détester par son orgueil, et son frère mépriser par sa faiblesse, résolut d'éviter leurs défauts, et, ayant épousé Cléopâtre, femme de son frère, il poursuivit avec ardeur, et fit rentrer en son pouvoir les villes que les fautes de Demetrius avaient détachées de son empire. Il soumit aussi les Juifs, qui, sous son père Demetrius, avaient secoué le joug macédonien, et reconquis leur liberté par les armes. Cette nation acquit tant de force, qu'elle ne reconnut plus après lui aucun roi macédonien, et que, gouvernée par des maîtres pris dans son sein, elle désola la Syrie par ses attaques.

II. Les Juifs sont originaires de Damascène, une des premières cités de la Syrie, et berceau de la dynastie assyrienne, issue de la reine Sémiramis. Le roi Damascus donna son nom à cette ville : ce fut en l'honneur de ce prince que les Syriens révérèrent comme un temple le tombeau de son épouse Arathis, et la placèrent au rang des plus augustes divinités. Après Damascus régnèrent tour-à-tour Azelus, Adores, Abraham et Israhel. Mais l'heureuse naissance de dix fils éleva Israhel au dessus de tous ses aïeux : aussi, ayant divisé son peuple en dix tribus, il le partagea entre ses enfants. Du nom de Juda, mort après le partage, il leur donna le nom de Juifs. Il fit honorer la mémoire de celui dont ils avaient recueilli l'héritage. Joseph était le plus jeune d'entre eux. Redoutant son génie, ses frères se saisirent de lui et le vendirent en secret à des marchands étrangers, qui le transportèrent en Egypte. Instruit bientôt, par la pénétration de son esprit, dans les secrets de la magie, il gagna l'amitié du roi. Habile à expliquer les prodiges, il découvrit le premier l'art d'interpréter les songes : sciences divines ou humaines, rien ne semblait caché pour lui ; il prévit, plusieurs années d'avance, la stérilité de la terre, et l'Égypte toute entière eût péri par la famine, si le roi n'eût, d'après son avis, ordonné de tenir longtemps lés récoltes en réserve ; et ses prédictions, toujours accomplies, semblaient émaner d'un dieu et non d'un homme. Il eut pour fils Moïse qui, héritier des talents de son père, se fit encore remarquer par sa beauté. Affligé de la galle et de la lèpre, les Égyptiens, obéissant à un oracle, le chassèrent de leur pays avec tous ceux que le mal avait frappés, pour empêcher la contagion de se répandre. Placé à la tête de ces bannis, il dérobe aux Égyptiens les images de leurs divinités ; ceux-ci s'étant armés pour le poursuivre, se virent forcés par la tempête de rentrer dans leur pays. Ainsi Moïse, rentré à Damascène, son antique patrie, s'établit au mont Sina, et n'y étant arrivé avec son peuple qu'après sept jours de fatigue et de jeûne dans les déserts de l'Arabie, il consacra pour jamais au jeûne le septième jour, appelé sabbat dans la langue du pays, parce que cette journée avait terminé leur faim et leur voyage. Puis, se souvenant que la crainte de la contagion les avait fait bannir de l'Égypte, et craignant que la même cause ne les rendît odieux à leurs voisins, ils s'interdirent tout commerce avec les étrangers ; et cette loi, dictée par la politique, devint insensiblement une institution religieuse. Après Moïse, son fils Aruas, créé d'abord pontife des dieux de l'Égypte, reçut plus tard le titre de roi ; et dés-lors ce fut chez les Juifs un usage constant dé réunir sur la même tête la couronne et le sacerdoce : ce mélange du pouvoir avec la religion accrut merveilleusement son empire.

III. Le baume que cette contrée produit seule enrichit la nation. On y voit une vallée entourée d'une chaîne de montagnes, comme un camp de ses remparts. Son étendue est de deux cents arpents ; son nom est Jéricho. Dans cette vallée est un bois fertile et riant, planté de palmiers, et des arbrisseaux qui donnent le baume. Ils ressemblent aux arbres résineux, mais sont moins hauts, et se cultivent Comme la vigne. Ils distillent le baume en certain temps de l'année. La température de ce lieu étonne autant que sa fertilité ; car, - bien que le pays tout entier soit en proie au plus ardent soleil, dans cette vallée règne constamment un air frais et doux qui y semble naturel. Dans cette contrée est le lac Asphaltite, à qui l'étendue et le calme de ses eaux ont fait donner le nom de mer Morte ; en effet, le bitume dont sont imprégnées ses eaux résiste à l'action du vent. On n'y saurait naviguer ; car il submerge tout objet inanimé, et les matières enduites d'alun peuven :t seules se maintenir à sa surface. Xerxès, roi de Perse, fut le premier qui dompta les Juifs, qui, plus tard, tombèrent avec les Perses sous la domination d'Alexandre, et restèrent plusieurs années unis au royaume de Syrie, sous le joug des Macédoniens . S'étant détachés de Demetrius, ils obtinrent l'amitié des Romains, qui, prodigues alors du bien d'autrui, les mirent en liberté avant toute autre nation de l'Orient (remacle.org - Justin - Livre 36).

Phraatès II libère alors Démétrios qui regagne précipitamment la Syrie, tandis que son frère est battu et tué en 129. Libre en dépit des tentatives de Phraatès II pour le capturer à nouveau, Démétrios II est restauré à Antioche dont les habitants n'ont pas oublié sa dureté. Entraîné dans les affaires intérieures de l'Egypte, il est chassé de Syrie par un usurpateur suscité par Ptoléméé VIII.

Démétrios II Nicator («Le Victorieux») est un roi de la dynastie séleucide ayant régné de 146/145 à 140/139 puis de 129 à 126/125 avant J.-C. Son royaume, alors en pleine décomposition, doit affronter à la fois les ingérences romaines, les attaques des Parthes et des querelles dynastiques (fr.wikipedia.org - Démétrios II (roi séleucide)).

Concernant une rançon, on se tourne vers Jonathas, gouverneur et pontif de Judée, que Tryphon fit exécuter malgré son rachat par son frère.

D. Que demanda Tryphon à Simon, frère de Jonathas, pour la rançon de Jonathas ? R. Cent talens d'argent, avec les deux fils de Jonathas. D. Tryphon mit-il Jonathas en liberté après avoir reçu cette rançon ? R. Non; au contraire il le fit tuer & ses deux enfans. D. Avec qui se ligua alors Simon ? R. Avec Démétrius Nicanor Roi de Syrie, lequel pour mieux fortifier cette aliance, se départit de tous les tributs, qu'il prétendoit de la Judée (Claude de Langes, Histoire du Vieux et du Nouveau Testament: par Demandes et par Réponses, Tome 2, 1718 - books.google.fr).

En France également, d'où les Juifs avaient été expulsés, des motifs financiers faisaient désirer leur retour. Par suite des désastres de la guerre de Cent ans et de la captivité du roi Jean (septembre 1356), il régnait dans ce pays une misère épouvantable. On manquait surtout d'argent. C'est alors que le jeune dauphin Charles, qui exerçait la régence pendant la captivité du roi, songea, dans l'intérêt de la France, à avoir recours à l'habileté financière des Juifs. Un des Juifs les plus intelligents de cette époque, Manessier (Manecier) de Vesoul, négocia le retour de ses coreligionnaires en France, d'où ils avaient été chassés cinquante ans auparavant, puis rappelés, puis de nouveau exilés. Par un édit daté de mars 1360, Jean II, d'accord avec le haut et le bas clergé, la haute et la basse noblesse et la bourgeoisie, permit à tous les Juifs de s'établir en France et d'y séjourner pendant vingt ans. Ils avaient droit de résidence dans les grandes et les petites villes, dans les bourgs et les hameaux, et pouvaient acquérir des maisons et des champs. En échange de ces droits, ils devaient payer une taxe d'entrée de quatorze florins par chef de famille et d'un florin pour chaque membre, et, de plus, sept florins par an et par feu et un florin pour chaque membre de la famille. Pour les défendre contre l'arbitraire des juges et des fonctionnaires et contre les violences de la noblesse et du clergé, on les plaça sous la protection spéciale d'un prince du sang, et un tribunal, composé de deux rabbins et de quatre assesseurs, était autorisé å exercer sur eux, sans appel, la juridiction civile et pénale. On ne pouvait pas les contraindre à assister à un office ou à un sermon dans l'église. Non seulement leurs biens mobiliers, bétail, blé, vin, ais aussi les exemplaires de la Bible et du Talmud étaient garantis contre toute confiscation. Ils obtinrent surtout des privilèges commerciaux considérables. Ils pouvaient prêter jusqu'au taux de 80 pour 100 et exiger des gages. Manessier de Vesoul, qui avait dirigé cette négociation avec zèle et habileté, fut nommé à un emploi élevé à la cour. C'est lui qui était chargé, sous sa responsabilité, de recueillir les taxes annuelles imposées à ses coreligionnaires. Ces privilèges attirèrent de nombreux Juifs en France (Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, traduit de l'allemand, Tome 4, 1893 - books.google.fr).

Chez les chrétiens d'Orient, l'Apocalypse de Jean n'est pas canonique avant le XIIe siècle, et chez les Byzantins, avant le XIVe siècle. En réalité, certaines églises de l'arrière-pays grec, telle l'église copte (avec le canon d'Alexandrie institué par Athanase et Cyrille) et les églises de Cappadoce, (avec André de Césarée au VIe siècle), se démarquent, dès le VIe siècle, de Byzance et de la Syrie, en consacrant le thème et en l'incluant dans la liturgie (Annales Islamologiques 33, Institut français d'archéologie orientale (Le Caire), 1999 - books.google.fr).

Nicéphore Calliste, au milieu du XIVe siècle, fait place à l'Apocalypse de Jean dans la liste des livres canoniques de son Histoire ecclésiastique, il rappelle les doutes des siècles précédents en notant qu'ils sont sans fondement (Juliette Renaud, Le cycle de l'Apocalypse de Dionysiou, interprétation byzantine de gravures occidentales, 1943 - books.google.fr).

On fait mourir Nicéphore en 1335, 1341, vers 1350 etc.

Les années 1220–1350 constituent un âge d’or pour le texte de l’Apocalypse : durant cette période, les médiévaux aiment le traduire et le retraduire. [...]

L’Apocalypse d’Isabelle de France (version A du texte, ms fr. 13096) est constitué d’un volume de 167 feuillets, produit en 1313, comme l’indique le colophon. Plusieurs indices permettent aussi de penser que le manuscrit a été conçu pour commémorer la visite d’Isabelle et d’Édouard II à Paris en mai–juin 1313. La reine Isabelle vient de donner naissance au futur Édouard III quelques mois plus tôt, le 13 novembre 1312. La version A de l’Apocalypse d’Isabelle de France se trouvait aussi dans un ensemble de six Bibles historiales. La date de réalisation apparaît dans quatre de ces Bibles, permettant d’affirmer que la version A a été utilisée sur une période relativement brève, entre 1357 et 1371. [...]

Dans l’éventualité où le manuscrit fr. 13096 ait véritablement appartenu à la reine d’Angleterre, force est de constater que la concorde franco-anglaise affichée dans l’une des miniatures du manuscrit (fol. 50r, voir supra) n’a plus lieu d’être en 1357, vingt ans après le début de la guerre de Cent Ans. Le fait de retrouver la traduction qui aujourd’hui porte son nom dans des Bibles historiales auréolées par la présence de Charles V nous rappelle que la lutte entre la France et l’Angleterre s’exerce aussi à l’échelle des lettres, et que la transmission du texte biblique est intimement liée à la question du pouvoir politique. La forme des Bibles est toujours tributaire de l’usage qui en est fait (Louis-Patrick Bergot, L’Apocalypse d’Isabelle de France (1313) et son lien avec un groupe de Bibles historiales, Questes 38, 2018 - journals.openedition.org).

Les principaux éléments du nouveau système de gouvernement, dont sont redevables, encore de nos jours, les sociétés occidentales sont : renforcement des institutions monarchiques, fiscalité accrue, apparition des assemblées représentatives, triomphe de la royauté sur le Saint-Siège, découverte de l'aristotélisme politique... Ce profond bouleversement, qui intervient autour des années 1280-1360, ne va pas sans heurts : la guerre, monopole royal, justifiant des prélèvements fiscaux obligatoires, contribuant à l'éclosion du patriotisme, est la toile de fond sur la scène de la naissance des structures étatiques, où épidémies et disettes ne sont pas de moindres comparses. Les cavaliers de l'Apocalypse conflits, peste et famine se jettent à bride abattue, sur l'Occident. Ces malheurs des temps exacerbent le penchant eschatologique de populations frappées par l'expérience quotidienne et obsédante de la mort. Parmi elles, la croyance en l'imminence de la parousie se répand largement. A l'orée du 14e siècle, le prophétisme, naguère illumination divine réservée à l'exégèse des Écritures, à la réflexion théologique et à une prédication axée sur la considération de l'au-delà, prend un nouveau visage : il fixe, à partir d'une interprétation des prodromes de la fin qui approche, la date de la destruction prochaine de l'univers. Il multiplie, de même, ses intentions politiques. Visions et révélations s'affirment avec force en marge des institutions et des corps établis. Elles appartiennent, certes, à la catégorie des «pouvoirs informels» à forte charge subversive : les mouvements dissidents et hétérodoxes en font un large usage à l'encontre de la royauté et de la hiérarchie ecclésiastiques. Mais, détournées de leur fonction première, ces paroles inspirées peuvent, paradoxalement, contribuer au triomphe de quelques lignées royales dans l'esprit de leurs sujets et à leur victoire sur les États ennemis. Certains princes, entourés de prophètes, créent et diffusent une propagande apocalyptique encourageant leur construction étatique. Au cours des 14e et 15e siècles, les rois d'Aragon font l'objet de multiples prophéties qui leur attribuent une fonction messianique (M. Aurell, Messianisme royal de la couronne d'Aragon, Annales, Volume 52, 1997 - books.google.fr).