Partie XV - Le Cercle et la Croix des Prophètes   Lourdes et la Croix des Prophètes   La Lettre déchiffrée et Saint Tropez   
LE CERCLE ET LA CROIX DES PROPHETES LOURDES LA LETTRE DECHIFFREE ET SAINT TROPEZ

Innocent IV

La page 45 de la Lettre dechiffree mentionne directement et indirectement le pape Innocent IV.

Et qui doubte qu'en ce cas là, le plus vtile miracle, que sçauroient faire les clefs de saint Pierre, ce seroit de fermer promptement l'entree, par où les Lutheriens pourroient seiettet de plein saut en Italie, sur les traces encore fraisches de ceux qui saccagerent Rome sous Charles Quint ? Nous venons delaleur fermer. Et peut estre que de tant de biens-faits insignes, en consideration desquels Innocent IIII. donna des Indulgences de dix iours à tous ceux qui prieroient pour nos Roys, Vrbain VIII. recognoistra auecque le temps, que cestuy-cy n'est pas le moindre.

Car qui ne recognoist le notable interest qu'a le Pape plus que tout autre, d'empescher que ceux, qui ne luy sont déja que trop redoutables, n'estendent encore leurs frontieres du costé des Alpes, tous les iours ? Le refus que fit autres fois vn de ses predecesseurs de souffrir la reünion de l'Empire d'Occident celuy d'Orient, pour reioindre, suiuant les offres qu'on luy faisoit, l'Eglise Grecque auecque la Romaine, n'eut point d'autre fondement, que l'apprehension de voir sur une seule teste plus de puissance, qu'il ne luy sembloit estre expedient pour le bien de la Chrestienté : & la condition apposee à la premiere inuestitute du Royaume de Naples, auoit ceste mesme visee-la (La Lettre dechiffree, 1628 - books.google.fr).

Innocent IV - www.laphamsquarterly.org

Charles d'Anjou et Béatrix étaient couronnés dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, le 6 janvier 1266 (nouveau style), par le cardinal d'Albano, légat du Saint-Siége. Un mois environ après cette cérémonie, Charles Ier livrait la bataille de Bénévent à Mainfroy, fils bâtard de l'empereur Frédéric II. Les Français étaient vainqueurs, et Mainfroy tué dans la mêlée. Charles Ier n'était pas moins heureux contre Conradin, lorsque ce jeune prince venait en Italie revendiquer la couronne de ses pères. Battu à Tagliacozzo en 1268, Conradin était fait prisonnier et décapité à Naples.

L'acte d'investiture assurait aux descendants légitimes de Charles d'Anjou, mâles et femelles, la possession héréditaire du royaume de Sicile. En cas d'extinction de la branche angevine, la couronne passait aux descendants du comte Alphonse de Poitiers, frère cadet de Charles, à l'exclusion de la branche aînée, celle des rois de France, dont la couronne ne devait jamais être unie à celle de Sicile. L'héritière de cette dernière couronne ne pouvait épouser qu'un prince agréé par le Pape, et dans aucun cas le royaume ne devait être partagé entre plusieurs héritiers. Charles Ier s'engageait ensuite, tant en son propre nom qu'au nom de ses descendants, à ne jamais s'ingérer, ni directement, ni indirectement, dans l'élection des rois des Romains et empereurs d'Occident, dans le gouvernement de la Lombardie, de la Toscane, etc. Il s'engageait à n'occuper et acquérir aucun de ces États, sous peine d'excommunication. Et s'il arrivait, était-il dit dans cet acte d'investiture, que le roi Charles ou l'un de ses successeurs fût élevé à l'empire ou à la seigneurie d'un État italien, il ne pourrait accepter l'un ou l'autre qu'après avoir formellement abdiqué le trône de Sicile. A défaut d'héritiers légitimes de Charles I, le royaume de Sicile devait faire retour au Saint-Siége (Roselyne de Forbin d'Oppède, La bienheureuse Delphine de Sabran et les Saints de Provence au XIVe siècle, 1883 - books.google.fr).

Tagliacozzo est dans le Sud des Abruzzes.

Le désir du pape Innocent IV d'aboutir ne l'empêche pourtant pas de vouloir imposer à Charles des conditions sévères. Nous en avons connaissance par une sorte de mémorandum daté du 10 juin. É. Berger donne de ce texte capital une traduction presque intégrale : nous nous bornerons à en indiquer les points essentiels qui nous révèlent les buts que le Saint-Siège veut atteindre. Une série de clauses concernent les obligations vassaliques du futur roi envers la Papauté : hommage, cens annuel, garde des héritiers mineurs confiée à l'Église, don d'un palefroi blanc tous les cinq ans, interdiction de toute alliance dirigée contre l'Église. Innocent tient du reste plus au principe de cette suzeraineté qu'aux avantages qu'elle peut lui rapporter, puisqu'il autorise son légat à abaisser le cens de deux mille marcs d'argent à mille ou même au «chiffre accoutumé», à renoncer au relief prévu, à la promesse d'entretenir 500 chevaliers pendant six mois au service de l'Église et sur les terres de celle-ci (ou des forces navales équivalentes en cas de guerre en Sardaigne) et au versement de 10,000 onces d'or après la conquête. Si le Pape insiste pour que l'Église ait la garde des héritiers mineurs, il n'en fait pas une condition sine qua non de l'accord. D'autres articles ont pour but d'empêcher que le Royaume ne revienne un jour à l'Empire, même sous forme d'union personnelle, en particulier par le mariage d'une héritière. Innocent présente aussi des revendications politiques concernant les partisans de l'Église et les ecclésiastiques victimes des mesures de Frédéric II, qui doivent recouvrer leurs droits, biens et privilèges, et des revendications religieuses visant à assurer la liberté du clergé sicilien par rapport au roi et sa soumission immédiate au Saint-Siège : non seulement les mesures prises par Frédéric II contre l'Église seront abrogées, mais encore les élections devront avoir lieu librement et sans le consentement royal, les clercs ne seront soumis à aucune juridiction laïque et ne paieront ni taille ni régale. Il est intéressant de noter que c'est sur ces dernières clauses, lesquelles limitent sérieusement l'autorité royale, que le Pape se montre le plus intransigeant, puisqu'il refuse de les atténuer en quoi que ce soit, comme le demande Charles, et qu'il en fait une condition de l'accord. Enfin, le comte de Provence a seulement jusqu'au 1er novembre pour partir avec son armée; en cas de mort, il sera remplacé par un ou deux capitaines agissant au nom de son fils ou de sa fille; la moitié du prêt annuel de 400,000 livres qu'il a sollicité lui sera remise avant le 1er septembre, le reste devant être versé à son entrée dans le Royaume, ou avant s'il le juge nécessaire. Ajoutons que la ville de Bénévent doit être détachée du Royaume et rester à l'Église. Quelle que soit l'importance des questions demeurant en litige et qui portent essentiellement sur les privilèges et libertés des clercs dans le Royaume, le dénouement paraît proche et, le 13 juin, Innocent croit pouvoir annoncer aux habitants d'Atri et à ses fidèles Siciliens qu'il s'est entendu avec un prince puissant et que celui-ci va venir prochainement avec une grande armée prendre possession du pays. Encore le 27 septembre, le Pape accorde à la fille de Charles d'Anjou et même à un enfant qui va naître les dispenses nécessaires pour un mariage avec un parent au troisième ou quatrième degré. On s'accorde généralement, sans doute avec raison, à voir dans ces faveurs la preuve qu'Innocent croit encore à ce moment à l'imminence de l'accord. Mais après cette date nous n'entendons plus parler de rien : le traité ne sera jamais conclu. Que s'est-il donc passé ? La cause au moins apparente de cet échec, celle dont on se contente le plus souvent, nous est fournie par un acte, daté du 31 octobre, de la comtesse Marguerite de Flandre; celle-ci cède à Charles le Hainaut en échange de son aide, dont elle a grand besoin; elle vient, en effet, de subir une défaite écrasante le 4 juillet à Westkapelle, dans la lutte qu'elle soutient contre les fils issus de son premier mariage, les Avesnes, et leur puissant allié le roi des Romains Guillaume de Hollande. Mais il faut alors expliquer pourquoi l'Angevin a préféré cette offre à celle du Saint-Siège. A-t-il trouvé les conditions pontificales trop dures ? E. Jordan a montré que le projet de traité de 1263 était tout à fait analogue à celui de 1253 et qu'il s'en distinguait surtout par une sensible aggravation des charges pesant sur le comte et des précisions destinées à l'enchaîner. Charles accepte pourtant à ce moment que ce projet serve de base aux négociations d'où sortira l'accord définitif : ce n'est donc pas la rigueur des conditions posées en 1253 qui a motivé son refus. On a supposé aussi que saint Louis s'était opposé à l'expédition sicilienne contraire à sa politique de neutralité, à son sens de la justice blessé par l'éviction de l'héritier légitime de Frédéric II, à son amour de la paix entre chrétiens si nécessaire à la Croisade; il juge d'ailleurs entièrement inopportune une entreprise qui doit avoir lieu alors que lui-même et de nombreux chevaliers sont encore en Terre-Sainte. Une intervention de sa part n'est pas invraisemblable : il hésitera bien longtemps, dix ans plus tard, avant de donner son approbation, et c'est lui-même qui dirigera les négociations avec Urbain IV et Clément IV, sans que Charles envisage de se passer de son appui. Pourtant, en 1253, son éloignement diminue singulièrement l'efficacité de son action, et, d'autre part, la guerre de Flandre, dans laquelle son frère va s'engager, n'a pas plus son agrément que celle d'Italie, on le verra dès son retour. Une autre cause de l'échec des pourparlers nous est indiquée par les textes : il s'agit de l'opposition de certains conseillers de Charles. Nous savons par une série de lettres du Pape, contemporaines de la nomination d'Albert de Parme comme légat, quels sont ceux qui ont soutenu auprès du comte la cause de l'Église : Innocent IV les remercie et les prie de continuer leur œuvre. Il s'agit de l'évêque d'Orléans, de l'évêque d'Angers, de l'archevêque d'Aix, du prévôt de Saint-Omer, de Guillaume de Beaumont et de Henri de Sully; le Pape demande même à ces deux derniers, à l'évêque d'Orléans et à l'archevêque d'Aix d'accompagner leur maître en Italie. L'archevêque d'Aix et Guillaume de Beaumont ont la plus grande part au succès de la négociation, chacun d'eux y ayant travaillé «tamquam precipuus ipsius promotor negocii». Quant aux conseillers hostiles, ils sont mentionnés dans la chronique de Nicolas de Curbio qui relate que les «longues négociations» d'Albert ont finalement échoué «malignorum interveniente nequitia». Leur existence nous est confirmée par une lettre du Pape à Maître Albert, datée du 11 juillet; Innocent accepte de recourir à un procédé singulier pour gagner ses conseillers : le légat pourra se soumettre à l'arbitrage de deux prélats et un chevalier, nommés par Charles, et promettre d'exécuter leur sentence, mais le comte devra s'engager au préalable à ne pas se prévaloir de cette sentence, laquelle restera de nul effet. Cette concession apparente permettra au Pape de désarmer, sans qu'il lui en coûte rien, l'hostilité de l'entourage de Charles. Cette importance inattendue que l'Angevin accorde à l'approbation de son entourage paraît être surtout un prétexte. Le Pape précise pourtant dans le même document que Charles veut satisfaire ses conseillers qui demandent des modifications aux conditions d'investiture «ad captandum eorum favorem ut per hoc ad veniendum cum eo facilius inducantur» : c'est donc pour être suivi par ses chevaliers que Charles exigerait un adoucissement au projet de traité. Même sous cette forme, ce motif de rupture cadre assez mal avec le caractère du prince. En réalité, le comte de Provence, que l'on dépeint volontiers comme un ambitieux chimérique, semble avoir vu les difficultés de la tâche que lui assigne le Saint-Siège à un moment où les ressources financières et militaires de la France sont engagées dans la Croisade, où la Provence, encore imparfaitement soumise, ne peut être, comme elle le sera plus tard, un réservoir d'hommes et d'argent, où le Pape n'a pas encore assez besoin de lui pour lui fournir un appui total et sans réserve et lui faire toutes les concessions qu'il exigera, où il n'a pas à la Curie l'influence qu'il saura s'y assurer plus tard, à un moment enfin où l'habile politique piémontaise qu'il va bientôt mettre en œuvre ne lui a pas encore ouvert les portes de l'Italie du Nord. L'expédition du Hainaut lui paraît à la fois plus séduisante et plus facile : là, du moins, il ne sera le vassal de personne, il acquerra un pays riche et prospère, il vengera une défaite qui est presque une défaite française et agira dans le sens des intérêts traditionnels de la monarchie capétienne. Telles sont les raisons qui peuvent expliquer le refus de Charles, si du moins c'est à lui que revient la responsabilité de l'échec des pourparlers. Car l'on peut se demander si le Pape ne doit pas supporter au moins une partie de cette responsabilité. En effet, le mois d'octobre 1253 est marqué par une reprise des négociations entre la Curie et Conrad IV : il est difficile de de savoir si ce changement d'orientation de la politique pontificale est la cause ou l'effet des nouvelles dispositions du comte d'Anjou. Pourtant, c'est le 6 octobre qu'Innocent quitte Assise pour Rome, où il arrive le 12 : la reprise des conversations avec le Staufen ne coincide sans doute pas par hasard avec son retour dans sa capitale. Rodenberg voit, dans cette décision de rentrer à Rome, le signe d'une amélioration des relations avec Conrad : c'est le manque de sécurité qui l'a retenu jusqu'ici loin de la Ville Éternelle et c'est aussi le manque de sécurité qui l'en fera partir après la rupture des négociations; il y reviendra de nouveau après la mort de Conrad. Celui-ci, estime l'historien allemand, a dû faire dès septembre des propositions pacifiques, et en octobre il peut espérer un succès prochain. Dans ces conditions, l'échec des pourparlers avec Charles d'Anjou pourrait être dû à une modification de la politique pontificale, le «parti de la paix» prenant le dessus à la Curie et exigeant que soit saisie l'occasion d'une solution pacifique. Même si l'on n'admet pas que le revirement pontifical ait précédé celui de l'Angevin, on doit remarquer que le Pape passe bien rapidement d'un projet à un autre. Aux négociations de Conrad, il n'hésite pas à en ajouter d'autres avec l'Angleterre. Nicolas de Curbio note que, aussitôt après le refus de Charles, Innocent envoie un ambassadeur pour offrir la Sicile à Edmond, fils d'Henri III. Le 20 décembre, le Pape donne l'ordre à Maître Albert d'investir le jeune prince anglais du Royaume. Rodenberg remarque d'ailleurs que des négociations entre la Curie et Henri III n'ont jamais cessé : elles portaient sans doute sur la question de la Croisade, mais elle ont pu rapidement se transformer. Quelles qu'en soient les causes, l'échec de 1253 ne modifie en rien le caractère des relations entre Charles et le Saint-Siège. Ces relations ne sont pas davantage altérées par l'acceptation du Hainaut qui va mettre le comte en conflit avec un autre protégé d'Innocent IV, le roi des Romains, Guillaume de Hollande. A vrai dire, le Pape, dès l'origine de l'affaire de Flandre, a montré une certaine désapprobation de l'attitude hostile adoptée par Guillaume à l'égard de la comtesse et a cherché, comme saint Louis, à apaiser le conflit, moins sans doute par sympathie pour la cause de Marguerite, que par désir de voir le roi des Romains consacrer toutes ses forces à la lutte contre les Staufen en Allemagne. L'intervention de Charles d'Anjou ne peut qu'accroître ce désir de conciliation. Le 13 décembre 1253, Innocent IV prend Marguerite et ses États sous sa protection. Le 14 mars suivant, il donne à l'évêque de Tournai l'ordre de relever la comtesse de l'excommunication dont elle avait été frappée, et promet un nouvel examen du litige, examen qu'il confie, le 2 mai, au cardinal Pierre de Saint-Georges. Nous ne connaissons ni les instructions pontificales ni les négociations entreprises par le cardinal; nous savons seulement que ce dernier apparaît dans la trêve signée le 26 juillet entre Charles et Guillaume de Hollande et que, dès le mois de mars précédent, Innocent IV réclame au roi des Romains la remise en liberté de Guy et Jean de Dampierre faits prisonniers à Westkapelle. A vrai dire, les événements de Sicile donnent au Pape des soucis singulièrement plus graves, et les derniers mois du pontificat, de la mort de Conrad IV (24 mai 1254) à celle d'Innocent IV lui-même (7 décembre 1254), sont comme un résumé des fluctuations d'une politique incertaine. En effet, le Pape poursuit la réalisation de tous les plans à la fois : conquête directe, accord avec Edmond d'Angleterre, compromis avec Manfred. Toutes ces tentatives échouent rapidement : Edmond reste inactif, l'entente avec Manfred est brisée aussitôt que conclue, les armées pontificales sont battues après quelques succès. Innocent a-t-il songé de nouveau à Charles d'Anjou ? Le 17 novembre, il menace Henri III de s'adresser ailleurs, s'il n'exécute pas l'accord conclu. La mort du Pape, quelques jours après, ne nous permet pas de savoir s'il s'agit d'autre chose que d'un moyen de pression. Le bilan de ce pontificat est contradictoire. Innocent IV a senti la nécessité de s'appuyer sur la France, il a introduit dans le collège des cardinaux un important élément français, mais sans lui donner la prépondérance; il a trouvé la seule solution pratique de la question sicilienne; l'appel à un prince étranger, mais il n'a voulu renoncer ni à l'annexion directe du Royaume ni même à l'entente avec un Staufen; il a bien su reconnaître en Charles d'Anjou l'homme nécessaire et n'a cessé de lui témoigner sa faveur, mais sans se l'attacher définitivement par des concessions suffisantes, et il a, au contraire, conclu un accord fallacieux avec un tout jeune prince anglais, sans comprendre l'obstacle que constituaient, outre l'éloignement géographique, les difficultés intérieures de la monarchie anglaise et l'impopularité de celle-ci et du Saint-Siège lui-même. Il lègue donc à son successeur une situation difficile, sans lui montrer nettement la voie à suivre (Henry Marc-Bonnet, Le Saint-Siège et Charles d'Anjou sous Innocent IV et Alexandre IV (1245–61), sous Revue historique, Volume 200, 1948 - books.google.fr).

Pour obtenir des souverains byzantins qu'ils acceptassent l'union, il eût fallu que la papauté pût leur proposer quelque avantage politique en échange. Au XIe siècle, elle pouvait offrir son appui contre les Turcs; au XIIe, faire miroiter la couronne impériale aux yeux de Manuel Comnène; maintenant, c'était l'empire latin qu'il eût fallu sacrifier, et les papes longtemps ne purent s'y résoudre. Innocent IV le premier s'y décida. Sentant quel puissant intérêt il y avait pour la papauté à rompre l'alliance entre Frédéric II et les Grecs, séduit par la gloire aussi de réaliser l'union des Eglises, comprenant enfin l'inutilité des efforts tentés pour soutenir à tout prix l'empire latin épuisé, résolument il orienta vers des chemins nouveaux la politique pontificale. Un document tout à fait remarquable, trouvé par M. Norden à la Bodléienne, montre de quel prix l'empereur de Nicée et l'Église grecque même étaient disposés à payer cet accommodement. La primauté pontificale reconnue, la soumission du clergé grec attestée par la prestation du serment d'obédience, l'obéissance aux décisions du pape, en tant qu'elles ne seraient pas contraires aux canons des conciles, la reconnaissance de la curie comme juridiction d'appel, le droit enfin pour le pape de présider les conciles et d'y voter le premier : voilà ce que les Byzantins accordaient à Innocent IV. Jamais, en aucun temps, l'Eglise grecque n'avait et n'a fait la part si belle à la papauté. Innocent IV, en échange, abandonnait l'empire latin et sacrifiait le patriarchat latin. La mort ne lui laissa pas le temps de réaliser son œuvre : il n'en avait pas moins marqué d'une façon décisive la politique nouvelle qui s'imposait désormais à l'Eglise romaine. «Ce n'était point par une occupation latine, mais par un accord avec les Grecs que l'empire de Constantinople devait se soumettre à la papauté.» C'est ce but que poursuivirent, malgré les variations apparentes de leur politique, les hommes qui, de 1261 à 1274, gouvernèrent l'Église romaine; et rien n'est plus remarquable, dans l'infinie complication de ces négociations souvent contradictoires, que le ferme attachement aux traditions, la forte unité de vues, le rare esprit de suite qui marquent à ce moment les actes des souverains pontifes. [...]

A la fin du XIIe siècle, les Célestin III et les Innocent III avaient combattu les empereurs allemands pour les empêcher de mettre la main sur Byzance, ainsi les souverains pontifes de la fin du XIIIe siècle n'épargnèrent rien pour briser les ambitions orientales des rois de Sicile; ils aimèrent mieux accueillir les ouvertures des basileis grecs que de servir les desseins du Hohenstaufen et, chose plus curieuse, ce qu'ils firent contre Manfred ouvertement, ils le firent sourdement, mais non moins résolument, contre Charles d'Anjou. Celui-là pourtant était l'allié, le protecteur de la papauté, l'ami auquel il semblait qu'on ne pût ni ne voulût rien refuser. Mais lui aussi formait de vastes projets sur l'Orient; il avait pris pied en Achaïe et en Épire; il aspirait à restaurer l'empire latin de Constantinople. Aussi, tout en encourageant en apparence ses desseins, les papes redoutaient-ils en fait un succès qui eût fait de lui un voisin trop puissant, et, tout en se servant de lui comme d'une menace suspendue sur Byzance, ils s'efforçaient de réaliser sans lui l'union avec les Grecs et de paralyser ainsi l'extension des ambitions angevines. En face de ces papes, que leurs intérêts politiques dispo- saient à chercher un accommodement pacifique, Michel Paléologue trouvait à négocier un semblable avantage. Prince actif, ambitieux, il s'était donné pour tâche de restaurer l'empire byzantin, de chasser les Latins des possessions qu'ils gardaient encore en Romanie; mais, pour y réussir, il fallait que l'Occident ne se coalisât point contre lui. Il comprit que seule la papauté était capable de lui rendre ce service. Aussi, dès son avènement, il flatta Rome des plus belles espérances, proposant l'union des Églises, offrant de recommencer la croisade, acceptant l'arbitrage d'Urbain IV, lui faisant les plus larges concessions, s'inclinant docilement devant les exigences mêmes de Clément IV, ne demandant qu'une chose en échange, qu'on lui garantit Constantinople, et qu'on empêchât les rois de Sicile de poursuivre leur politique agressive. De ce désir qu'avait l'empereur d'écarter, par une alliance avec la papauté, le péril dont le menaçait l'Occident, de cette crainte qu'avaient les pontifes de rendre, par la conquête de Constantinople, les rois de Sicile trop puissants, l'accord devait sortir. L'union fut rétablie sous le pontificat de Grégoire X, (au concile de Lyon 1274). Grégoire X, par-dessus tout soucieux de recommencer la croisade et jugeant qu'un conflit entre Charles d'Anjou et le Paléologue serait la ruine de son rêve, était, plus encore que ses prédécesseurs, disposé à chercher avec Byzance un arrangement qui empêchât la lutte. Mais sa situation était singulièrement difficile. En Orient, le prince angevin poussait plus hardiment chaque jour son offensive; à Rome, il se montrait nettement hostile à l'union projetée. Ce fut la grande habileté de Grégoire X de tirer parti de ces circonstances mêmes. Il fit comprendre aux Grecs que seule l'intervention pontificale pouvait les sauver de l'attaque menaçante; qu'ils consentissent à à l'union, il se faisait fort de rétablir la paix; s'ils s'obstinaient, il se déclarait impuissant à retenir le roi de Sicile. Et les menaçant d'une ruine certaine en cas de résistance, il se montrait au contraire, en cas de soumission, animé des dispositions les plus conciliantes. Michel Paléologue se rendit compte que, s'il voulait éviter un désastre, le moment était venu de traiter sérieusement. Résolument il força la main à son clergé et à son peuple, de même que le pape contraignait Charles d'Anjou à renoncer à son opposition. Le concile de Lyon scella la réconciliation des Églises et enregistra la soumission complète des Grecs aux exigences romaines. L'union pacifique, rêvée par Innocent IV, était réalisée. Grégoire X fut singulièrement fier d'avoir accompli cette grande œuvre «sans bataille, comme il l'écrivait, et par le seul amour de la paix». Et en effet, la papauté, en rattachant par des liens plus étroits que jamais l'Église grecque à l'unité catholique, en ruinant du même coup les ambitions orientales des Angevins, en prenant enfin dans la chrétienté le rôle d'une puissance universelle, semblait avoir atteint définitivement l'objet de ses longues ambitions. En fait, la solution intervenue n'était guère plus satisfaisante que celle de 1204. Au point de vue religieux, l'union était plus apparente que réelle; les promesses que Michel Paléologue avait faites à Lyon dépassaient de beaucoup les concessions auxquelles se résignait le clergé grec; une opposition formidable se déchaîna dans tout l'empire grec contre les Uniates, et comme des raisons d'ordre politique s'ajoutèrent bientôt aux motifs religieux, un schisme, plus profond peut-être que celui qui séparait Rome et Byzance, divisa l'Eglise grecque contre elle-même. Au point de vue politique, le pape fut impuissant à rétablir entre Grecs et Latins la paix qu'il souhaitait. Charles d'Anjou était mécontent d'une union qui gênait ses entreprises et désireux de poursuivre ses conquêtes. Michel Paléologue considérait qu'en souscrivant à l'union il s'était acquis le droit de combattre sans ménagements les Latins établis sur le territoire de l'empire et il prenait contre eux l'offensive. Au lendemain même du concile, la guerre ouverte éclatait (Charles Diehl, Byzance et la papauté, Études byzantines, 1905 - books.google.fr).

Federico Visconti et Saint Tropez

L'église et le couvent adjacent, appartenant au Frati Umiliati, ont été fondés entre 1254 et 1278. En 1584, la construction passa aux Frères de S. Francesco di Paola, qui la dirigèrent jusqu'à sa suppression en 1784 (www.pisa.tours).

La chiesa di San Torpè sarebbe stata fondata secondo una teoria da Guido da Caprona tra il 1130 e il 1150, o secondo l’altra ipotesi più accreditata dall’arcivescovo Federico Visconti tra il 1254 e il 1260 quando trasferì a Pisa la reliquia della testa del santo (www.lakinzica.it).

Chiesa di San Torpé - www.turismo.pisa.it

Federico Visconti admirait les Mendiants. Il les donnait volontiers en exemple. Ce fut pour partie, sans doute, sous leur influence qu’il déploya une prédication conquérante, qui débordait des célébrations liturgiques et multipliait les sermons de circonstance. Il manifestait par là un souci pastoral digne d’être relevé. Celui-ci découlait, toutefois, autant de la conception élevée que Federico Visconti se faisait de sa charge que d’une imitation des Mendiants. Il se comportait donc, également, en pontife soucieux de sa position. Il la défendit fermement face au chapitre cathédral ou aux autorités urbaines. Il raviva assurément dans cette perspective la dévotion pour saint Pierre. La légende voulait que l’apôtre fût passé à Pise. Outre que d’incarner l’idéal du prélat, il offrait à l’archevêque une justification spéciale de ses prérogatives.

En revanche, la figure de Pierre ne lui servait guère à rappeler la prééminence du pape. Cette discrétion n’était pas exceptionnelle chez les prédicateurs du temps, mais elle correspondait à la position parfois ambiguë de l’archevêque de Pise. Elle n’était pas commode dans une cité gibeline. Or Federico Visconti choisit, au bout du compte, d’entretenir un commerce plutôt amical avec la commune. Il y avait certes des explications fort simples à son attitude. Elle prouvait sa circonspection. Sa place dans la ville, dont il était de surcroît originaire, le conduisait à partager les aspirations de ses ouailles. Son voyage en Sardaigne le démontra. Il soutenait l’ambition de sa cité, qui désirait étendre son emprise sur l’île. La conduite de ce grand prélat n’en devenait pas moins, à l’occasion, quelque peu gibeline à son tour.

En dernier ressort, il se faisait pourtant le porte-parole du pape, face au pouvoir communal. En 1267, il invitait, au nom de Clément IV, les Pisans à rallier le nouveau roi de Sicile, Charles Ier (sermon 14). La même année, il proclamait l’interdit dont le Saint-Père frappait la cité, pour châtier sa complicité avec Conradin (sermon 93). Au travers de ses engagements un peu contradictoires, l’archevêque trahissait peut-être une certaine faiblesse de l’idéologie gibeline. Elle ne se détachait pas d’un modèle d’Église dont le pontife romain représentait la tête. En tout cas, la personnalité et la prédication de Federico Visconti contribuent à éclairer le contexte qui présida à l’installation de la dynastie «angevine» en Italie (Jean-Paul Boyer, Bibliographie : Les sermons et la visite pastorale de Federico Visconti archevêque de Pise (1253-1277), 2001 - shs.cairn.info).

Parmi les recueils de sermons constitués au XIIIe siècle, celui de Federico Visconti, Pisan devenu archevêque de Pise en 1253 après avoir étudié pendant quelque temps la théologie à Paris, et demeuré dans cette charge jusqu’à sa mort en 1277, se signale par sa richesse exceptionnelle. Il contient les textes de cent cinq sermons rédigés par le prélat, et le compte rendu de la visite pastorale qu’il fit en Sardaigne en 1263.

Né à Pise au début du XIIIe siècle, Federico Visconti appartient à la branche des Visconti Ricoveranza, qui est sans doute liée à l’une des grandes consorterie pisanes portant alors le nom générique de Visconti. On sait par lui qu’il fut écolier à Pise, et qu’il était déjà entré dans la cléricature au moment de la visite du cardinal Ugolin à Pise en 1217. Doté d’un bénéfice de pievano dans une bourgade des environs, Vicopisano, à une date qui se situe entre 1227 et 1230, puis promu chapelain du cardinal Sinibaldo Fieschi, au plus tard en 1230, il a réussi, grâce à l’appui de ses puissants protecteurs à la Curie, à entrer presque aussitôt dans le chapitre cathédral de Pise10. Exempté de l’obligation de se faire ordonner immédiatement, il ne semble pas y avoir résidé avant la période allant de juin 1235 à juillet 1236. La qualité de chanoine du chapitre lui permit surtout de briguer, à terme, la succession de l’archevêque Vitale, ce qu’il fit avec succès en 1253, profitant toujours du soutien de Sinibaldo Fieschi, devenu pape entre temps. Federico Visconti avait continué en effet, dans les années 1230-1250, à fréquenter la Curie. Comme familier d’Innocent IV, il fut ainsi présent à Lyon pendant ou après le concile général qui s’y est tenu en 1245, ce qu’atteste un sermon prononcé dans la chapelle pontificale, qu’il a ensuite intégré dans son recueil de sermons (Nicole Bériou, Federico Visconti, archevêque de Pise, disciple de Hugues de Saint-Cher. En quête d’une parole vive, 2022 - books.openedition.org).

Un penseur du royaume de Naples : Campanella

Giovanni Domenico (Tommaso en religion) Campanella est un frère dominicain, poète, astrologue et philosophe italien, né le 5 septembre 1568 à Stilo (Calabre), mort le 21 mai 1639 à Paris. Il s'intéresse principalement à la politique de son temps (monarchie espagnole régnant alors sur la Calabre intégrée au royaume des Deux-Siciles), et développe, notamment dans son ouvrage La Cité du Soleil, des thèses de philosophie politique qui tendent vers l'utopie. Il élabore également sa propre théorie de la connaissance. Il entre à 14 ans dans l'ordre des Dominicains. Lors d'un séjour à Naples en 1590, il publie une Philosophia Sensibus Demonstrata, œuvre marquée par les théories naturalistes : il est accusé d'hérésie et condamné à la prison. Libéré sous la condition de regagner la Calabre, il parcourt toutefois l'Italie pendant une dizaine d'années et se fait fréquemment condamner pour ses idées. Il a connu Galilée, qu'il devait défendre plus tard, à Padoue. En 1598, Campanella rejoint enfin son couvent de Calabre. À nouveau arrêté, il est transféré vers Naples, alors sous domination espagnole, où il subit la torture avant d'être condamné, en 1602, pour hérésie.

Pendant ses vingt-sept ans de détention, Campanella rédige plusieurs ouvrages et correspond avec de nombreux savants. En 1622, Adami publie sous le titre provocateur Apologia pro Galileo la Question écrite six ans plus tôt par Campanella qui défend Galilée en but à l'Inquisition depuis 1615. Toujours en 1622, l'abbé de Saint Arnould de Metz, le veuf comte de Chateauvillain Ludovico Cattani de Diacetto, propose à Campanella qu'il a visité en prison en 1621 et qu'il admire, de présenter sa Metaphysica devant la Sorbonne, qui ne se prononcera pas, puis soumet l'ouvrage à Mersenne qui ne s'impliquera dans sa publication. En 1624, Mersenne et Campanella correspondent. En 1623, il publie La Cité du Soleil ((la) Civitas Solis), une utopie de république fondée sur la raison et l'amour de Dieu. Libéré en 1626, il est rapidement arrêté à nouveau à Rome où il reste emprisonné jusqu'en 1629. Dès sa mise en liberté surveillée, il se réfugie en France, en 1634, où il finit sa vie, protégé par le cardinal de Richelieu (politique anti-espagnole) (fr.wikipedia.org - Tommaso_Campanella, Jean Delumeau, Le mystère Campanella, 2008 - books.google.fr).

Ce comte de Chateauvillain (Scipion plutôt que Ludovic) est le mari de Geneviève Doni d'Attichy, soeur du minime Louis d'Attichy (acineshistoire.free.fr).

Chateauvillain dût se tourner vers deux frères minimes (ordre auquel appartenait son beau-frère) : Antoine Rangueil et Marin Mersenne. Dans une lettre à ce dernier du 20 septembre 1624, Campanella dit avoir appris avec étonnement et joie de son patron le comte de Chateauvillain qu'un certain Père de l'ordre de Saint François de Paule, non nommé, avait pris sur lui de publier la Metaphysica (Michel-Pierre Lerner, Tommaso Campanella en France au XVIIe siècle, 1995 - books.google.fr).

Ce n'est pas seulement la philosophie de l'âme de Pomponace, celle des épicuriens, ou celle de Télésio, qui est visée par les critiques et les attaques des apologistes catholiques au début du XVIIe siècle et qui devra céder la place au spiritualisme dualiste, c'est aussi celle de Campanella. Pourtant, et c'est là un fait caractéristique, Mersenne, très perplexe au sujet de l'orthodoxie de la doctrine du philosophe calabrais, et qui juge digne du feu son livre sur la magie (De sensu rerum et magia), ne le range pas en 1623 parmi les adversaires absolument irréductibles qu'il espère terrasser par la vigueur de sa dialectique et écraser sous la masse accumulée de ses innombrables arguments. Il lui fait même l'honneur de lui accorder qu'a priori l'Eglise ne voit rien de foncièrement répréhensible dans la doctrine qui attribue une conscience et une faculté de sentir à tous les êtres de la nature, et qu'elle n'aurait aucun motif théologique de la repousser si ses partisans fournissaient la preuve de sa conformité à l'expérience et à la raison. Les ennemis de Mersenne, ce sont Pomponace, Giordano Bruno, Vanini surtout et Cardan. Pour Campanella, il finit par professer une estime qui ne fit que grandir et se transforma en amitié lors de l'arrivée à Paris du philosophe, muni de la chaude recommandation de Claude Fabry de Peiresc (décembre 1634). En 1638 même il propose à Descartes de lui envoyer le dernier ouvrage paru de l'illustre dominicain, qu'il considère avec Galilée et au même titre que lui comme le premier homme de son siècle (L. Blanchet, Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis", 1985 - books.google.fr).

Henri II de Guise, Naples et les Minimes

L'activité du cardinal Charles Ier de Guise, le cardinal de Lorraine, permet de mieux apprécier l'intervention un demi-siècle plus tard, en 1617, de l'héritier de la maison de Guise sur le chantier de la Trinité. Le prince Henri II, fils de Charles, quatrième duc de Guise et d'Henriette de Joyeuse, et neveu du cardinal Louis de Guise, finance en effet la construction de la nouvelle aile est avec la nouvelle sacristie et la salle capitulaire. Le père Martin, qui rapporte les faits, révèle également l'intervention décisive d'un grand ami des Minimes français de Rome, Monsieur de Rantigny

Le jeune duc de Guise, qui avait alors huit ans, renouait ainsi aux côtés de sa mère Henriette de Joyeuse avec une double tradition familiale. Le cardinal de Joyeuse, son oncle, avait en effet payé de ses deniers l'achèvement des clochers de l'église en 1585-1586. Devenu second cardinal titulaire de la Trinité-des-Monts en 1588 après le décès de Charles de Lorraine, il avait consacré l'église en 1594. D'autre part en tant qu'arrière-petit-neveu du cardinal Charles Ier, Henri de Guise poursuivait l'embellissement déjà entrepris par son parent. À l'origine de cette initiative il y eut, si l'on en croit le père Martin, un personnage fort intéressant qui n'a pas encore attiré l'attention des historiens : Christophe de Ravenel, seigneur de Rantigny. Connu à Rome comme le neveu de Charles d'Angennes, le «cardinal de Rambouillet», ambassadeur du roi de France auprès de Pie V de 1568 à 1571, il fut en relations étroites avec la communauté des Minimes de la Trinité, auxquels il portait un attachement particulier au point de se retirer parmi eux, après avoir vendu ses biens en France, notamment la terre de Rantigny en 1605. Il veilla à la sépulture de son oncle dans l'église Saint-Louis-des-Français mais fut enterré lui-même dans la nef de l'église de la Trinité

Si la biographie du saint fondateur, l'ermite calabrais François de Paule, ne comporte aucune référence à la Lorraine (sa vie en France se déroula exclusivement à Plessis-lez-Tours), en revanche le duc de Lorraine, lui, porte le titre de duc de Calabre depuis le XVe siècle, ce qui lui vaut la protection de facto du saint tutélaire de la Calabre. D'autre part, du point de vue des fondations, la Lorraine - rattachée à la province de Champagne - vient en troisième position au début du XVIIe siècle, immédiatement après les provinces de Tours et de Paris. Appelées à jouer un rôle important dans la réforme catholique en Lorraine 19, les premières communautés sont fondées à Verdun en 1575 par l'évêque Nicolas Pseaume, à Serre en 1588 par Jean de Lénoncourt, à Nancy en 1 592 par Christophe de Bassompierre, et à Saint-Mihiel en 1596 par le cardinal Charles II de Lorraine. Elles se multiplieront dans le premier tiers du XVIIe siècle. Il faut rappeler enfin les liens familiaux étroits qui lient à la fin du XVIe siècle les Guise à l'une des plus grandes familles italiennes, les Este. En effet, Louis d'Esté, cardinal protecteur de l'ordre des Minimes et du couvent de la Trinité-des-Monts à la fin de sa vie n'est autre que le neveu d'Anne d'Esté et de François de Guise et à ce titre il est le petit-cousin de Charles Ier cardinal de Lorraine, de Louis Ier cardinal de Guise (mort en 1578) et le cousin direct de Louis II de Guise (assassiné en 1588) (Isabelle Balsamo, Le mécénat des Guise dans l'église de la Trinité-des-Monts à Rome (1570-1630). In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes, tome 94, n°2. 1982 - www.persee.fr).

Van Dyck, Henri II de Guise (1614 - 1664), vers 1634 - fr.wikipedia.org

La persécution contre les protestants continua. Les principales influences de la cour se réunirent contre eux. Montmorenci avait toujours été persécuteur; les Guises le devinrent, parce qu'ils avaient de grandes ambitions pour lesquelles ils comptaient avoir besoin de l'appui du saint-siége de Rome. Ils rêvaient de revendiquer le royaume de Naples, comme héritiers de la maison d'Anjou. Ils se mirent donc d'accord avec Montmorenci pour la politique de rigueur à l'intérieur du royaume; mais, au dehors, ils prirent une politique opposée à la sienne. Montmorenci était catholique en France et partisan de l'alliance catholique au dehors, c'est-à-dire de l'alliance autrichienne. Les Guises furent, d'abord, à la fois catholiques au dedans et anti-autrichiens au dehors. Leurs visées sur Naples leur faisaient souhaiter la guerre avec l'empereur (Henri Martin, Histoire de France populaire depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 2, 1867 - books.google.fr).

Les Guise descendent par les femmes de la maison d'Anjou, qui autrefois a régné sur le royaume de Naples. Henri de Guise, comme ses aïeux, comme cet autre duc de Guise, François, que nous avons vu en 1557 mener une expédition en Italie, est tout disposé à régner, ou en tout cas à se lancer dans l'aventure qu'on vient lui offrir. Bien qu'il rêve, lui aussi, d'une couronne, il accepte le titre que lui offrent les Napolitains, celui de "Défenseur de la liberté, et commandant en chef des armées de terre et de mer". Avec ce titre, il va régner effectivement à Naples pendant quelques mois entre 1647 et 1648. Mazarin lui a vainement fait savoir qu'on le désapprouvait. On ne le soutiendra pas, loin de là. La flotte qui part enfin à destination de Naples pour aider les insurgés emmène avec elle Thomas de Savoie. Mais il n'y aura même pas de débarquement. On est au milieu de Décembre. La flotte souffre beaucoup. Elle ne dispose d'aucun port où se réfugier, refaire ses forces, se ravitailler. Elle livre plusieurs combats aux Espagnols, puis croise le long des côtes. Son chef, le duc de Richelieu, encore un petit-neveu de Richelieu, manque d'esprit de décision. Au début de Janvier, ne réussissant pas à obtenir un succès décisif, il rallie Toulon. L'aventure va se terminer au plus mal, pour les Napolitains et pour nous. En Avril 1648, les Espagnols reviennent en force; ils chassent Guise, le font prisonnier, et rétablissent leur autorité à Naples. Peu après, les troubles de la Fronde commencent à Paris (Gaston Zeller, La Méditerranée et ses problèmes aux XVIe et XVIIe siècles, Parties 1 à 4, 1948 - books.google.fr).

Michel de Marillac fut d'abord de la Ligue, dont les chefs étaient les Guise, avant se rallier à Henri IV (fr.wikipedia.org - Michel de Marillac).

Soutenu par le parti dévôt catholique, par la Reine Mère : Marie de Médicis, par la Reine : Anne d'Autriche, par les ducs de Nevers et de Guise, Michel de Marillac voulait la paix avec l'Espagne et était scandalisé par la «grâce d'Alès» et par l'alliance avec les princes protestants d'Allemagne (Monique Lucenet, Lyon malade de la peste, 1981 - books.google.fr).

Mersenne et l'église orthodoxe

Davide Leleu de Wilhem, futur beau-frère de Constantin Huygens (1633), reçut plusieurs lettres de Cyrille Lucar sur les différends de l'Église grecque et l'Église romaine, et apprit de lui diverses particularités sur le tabernacle. C'est Rivet qui reçut en dépôt les lettres, lorsque de Wilhem entreprit, vers 1625, un nouveau voyage au Levant. Sur ces entrefaites, Lucar avait été élu, en 1621, patriarche de Constantinople par les soins de Haga, ambassadeur de Hollande, mais ayant commencé, en mars 1622, à prêcher la doctrine des protestants sur l'eucharistie, il fut relégué à Rhodes. L'ambassadeur anglais ayant obtenu son retour, Lucar fut rétabli par l'influence de l'ambassadeur de Hollande en 1623. Richelieu chercha, dès le 30 juin 1625, à le renverser; mais les Jésuites, qui le combattirent aussi avec véhémence, furent bannis de Constantinople en 1628 : une relation de ces événements nous est parvenue, publiée précisement par Rivet. Cependant, après la publication, en 1629, de sa confession de foi, toute proche de la doctrine réformée, il fut de nouveau chassé, en 1631, par le sultan Amurath et il fut relégué dans l'île de Ténédos. Sur ses aventures ultérieures, voir la lettre de Mersenne à Rivet du 17 septembre 1632 (Cornelis de Waard, Correspondance du P. Marin Mersenne, religieux minime, Tome 2, 1945 - books.google.fr).

Cyrille Loukaris ou Lucaris (1572-1638) est patriarche d'Alexandrie de 1602 à 1621 sous le nom de «Cyrille III» comme successeur de Mélèce Ier. Après avoir été appelé à la direction provisoire de l'Église de Constantinople en octobre 1612, il est ensuite nommé à cinq reprises, patriarche de Constantinople sous le nom de «Cyrille Ier» : du 4 novembre 1620 au 12 avril 1623; du 22 septembre 1623 au 4 octobre 1633; du 11 octobre 1633 au 25 février 1634; de début avril 1634 au 1/10 mars 1635; et enfin probablement vers le 5 mars 1637 au 20 juin 1638 (fr.wikipedia.org - Cyrille Loukaris, nl.wikipedia.org - David le Leu de Wilhem).

Mersenne correspondait avec Rivet en 1626 alors que ce dernier servait d'intermédiaire entre le minime et Sixten Amama. Mersenne doutait de l'utilité de l'hébreu dans l'étude des Evangiles (Quaestiones in Genesim, 1623) contrairement au professeur de langues orientales de l'université de Franeker (Aurélien Ruellet, Le grand négociant des lettres, Saint François de Paule et les Minimes en France de la fin du XVe au XVIIIe siècle, 2013 - books.google.fr).

Esprit Alard

Marie de La Baume-Montrevel, petite fille de Chrétienne d'Aguerre par son second mariage, épouse Esprit Alard, seigneur d'Esplan (une créature du connétable de Luynes), qui devient ainsi baron de Grimaud et seigneur de Saint Tropez puis marquis par la faveur de Louis XIII en 1627. Il mourut à Troyes des blessures qu'il reçut en duel avec le Vicomte des Marests. Chrétienne d'Aguerre eut d'un premier mariage Charles Blanchefort de Créquy (Philippe Tamizey de Larroque, Lettres de Peiresc aux Fréres Dupuy : Janvier 1634 - juin 1637, 1892 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Chrétienne d'Aguerre, Étienne Garcin, Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne, Tome 1, 1835 - books.google.fr, Anselme de Sainte Marie, Honoré Caille Du Fourny, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des grands officiers de la couronne et de la maison du roy, Tome 1, 1712 - books.google.fr).

Claude-François de La Baume (1586 - 1621 au siège de St-Jean d'Angély), 9e comte de Montrevel, conseiller d'État en 1619 sous Louis XIII, gouverneur de Sauveterre et d'Oléron en Béarn, maréchal des camps et armées en 1621, chevalier des Ordres du roi en 1619, épouse en 1602 Jeanne, fille de François-Louis d'Agoult-Montauban, comte de Sault, sgr. de Caromb, Grimaud, Vesc, La Tour d'Aigues, Savigny-sur-Orge, etc. et de Chrétienne d'Aguerre, dame de Vienne (Jeanne fut spoliée par sa mère Anne d'Aguerre de la succession du comté de Sault au profit de son demi-frère aîné Charles de Créquy-Lesdiguières) (fr.wikipedia.org - Famille de La Baume de Montrevel, Jean Lagny, Le poète Saint-Amant, 1594-1661: Essai sur sa vie et ses œuvres, 1964 - books.google.fr).

XI. ESPRIT Alard, baron d'Esplan, grand maréchal des logis de France, gouverneur de Meulan, acheta les terres d'Aramon & de Valabrégues d'Honoré de Gondin, le 26. de Fevrier de l'an 1626. pour 120500. livres. D'Esplan ayant été tué en duel par le vicomte de Marets l'an 1630. Ces deux terres furent saisies pour ce qu'Honoré de Gondin devoit à Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy (Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France, avec des notes historiques et géographiques, Volume 1, 1759 - books.google.fr).

Esprit Allard, né le 20 janvier 1595, marié en 1627 à Marie de La Baume de Montrevel. Il mourut le 10 mai 1630; sa femme née vers 1605 mourut en 1668. Ils eurent deux enfants: Louis, qui était né avant le 2 janvier 1629, filleul de Louis XIII, et Louise-Marie, née de 1629 à 1630. Celle-ci vivait encore en 1662.

Marie de La Baume-Montrevel, née vers 1605, appartenait à une des familles les plus considérables de la Bresse. Cette alliance fut déterminée par la situation et la faveur dont Desplan jouissait à la cour. Les baronnies de Grimaud, d'Aramon et de Valabrègue appartenaient à Marie de La Baume, du chef de sa mère Jeanne d'Agoult. Le château de Grimaud, dit M. de Boislisle, d'ancienne architecture italienne, s'élevait dans une magnifique position près de la rivière et du golfe de Lagarde; il n'en reste que des ruines. Cette belle terre avait été, en 1441, donnée par le roi René au napolitain Jean de Cossa, son chambellan, dont on voit le tombeau à l'entrée de la crypte de Sainte-Marthe, à Tarascon. Le roi René déclare que ce don est en récompense des services reçus et pour le dédommager de la perte de ses biens à Naples. La baronnie passa dans la maison de Vesc, puis à Jeanne d'Agoult, qui épousa Claude-François de La Baume-Montrevel. L'État de la Provence, par l'abbé Robert de Briançon, nous apprend que la baronnie de Grimaud fut érigée en marquisat par lettres données à Paris, au mois d'avril 1627, en faveur d' «Esprit Alard, sieur d'Esplan, conseiller du roy en ses conseils d'État, etc.», en considération de ses services, et parce que cette baronnie était grandement seigneuriale, ayant droit de confalcation (sic) de naufrages, salins, gabelles, jugement des premières appellations ressortissant au Parlement, et que d'elle relèvent les terres et seigneuries de Cogolin, de Garcinières, de Ramatuelle, Saint-Tropez, de la Garde, des Maures, de Bertaud, de la Mole de Garcin, de Sainte-Maxime et de Saint-Pierre de Miramar (M. d'Allard, Un favori de Louis XIII, Mémoires, Volume 14, Académie de Vaucluse, 1895 - books.google.fr).

Le Pere Bougerel, de l'Oratoire, croit cependant que Malherbe a fini sa carriere Poëtique par une Ode à Mr. de Villeneuve, Seigneur de la Garde du Freinet, au Diocèse de Fréjus, & de la Motte, près de Draguignan, au même Diocèse, sur l'Histoire Sainte, composée par ce Seigneur, qui a fait encore d'autres Ouvrages. Malherbe accompagna cette Ode d'une Lettre en Prose, qui n'est pas inutile pour l'Histoire de ce tems-là. Ces deux Piéces étoient restées manuscrites, Le Pere Bougerel en a fait présent au public, en les inférant dans le tome 1. des Mémoires de Littérature & d'Histoire, recueillis par le Pere des Moletz son illustre Confrere; d'où elles ont passé dans le Journal intitulé, Bibliothéque Françoise, ou Histoire Littéraire de la France, tome 7. La Lettre est ornée de Notes curieuses du Pere Bougerel. Dans une, il dit qu'il ignore qui étoit M. Desplans, dont il est parlé dans ladite Lettre. C'étoit Esprit Alard Desplans, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etat & Privé, Grand Maréchal de ses Logis, Gouverneur des Ville & Forts de Meulan, & de Pecais, Baron de Grimaud en Provence. En faveur de ses services, Louis XIII érigea sa Baronie en Marquisat, au mois d'Avril 1627. Une des branches de la Maison de Castellane a acquis ce Marquisat des héritiers d'Esprit Alard (Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise, ou Histoire de la littérature françoisen, Tome 15, 1753 - books.google.fr).

LETTRE DE MALHERBE A M. DE LA GARDE : ...En cette belle compagnie on mit sur les rangs votre belle conversation et votre Histoire sainte, de laquelle Monsieur votre gouverneur a conté des merveilles, même aussi les marquis de Gordes et d'Esplans, lui pour l'avoir vue chez vous avec votre bonne chère, comme il me dit peu avant son trépas, digne d'être regretté véritablement même de vous qui avez perdu en lui un très-assuré ami.

Guillaume de Simiane, marquis de Gordes, mort en 1642. D'Esplans est probablement Esprit Alard, sieur d'Esplans, marquis de Grimaud (François de Malherbe, Œuvres complètes, Tome 1, 1862 - books.google.fr).

Le gouverneur, de Provence depuis 1594, est le père d'Henri II de Guise, Charles Ier, fils du Balafré, qui se retire à Florence en 1631.

M. de Malherbe adresse cette lettre à M. de La Garde, au seigneur de la Garde du Freinet et de la Motte, qui serait Esprit Fouque (1565 - 1635), après la mort de son fils en juillet 1627.

Si vous venez, vous reculerez mon soleil pour dix ans, aussi je ne vous serai pas inutile par mes adresses, et les grandes connoissances que j'ai ici. Cependant, je finis ma Lettre par un violent trouble d'esprit, qui me remet en memoire le funeste catalogue de tant de bons amis que la mort nous a ravis : et parmi eux, le bon Marquis des Arcs, vôtre cher Frere, le genereux comte de Sault, le brave Crillon, Mestre de camp des Gardes du roi, le judicieux du Vair, nôtre ami commun, arraché de votre Province pour sa perte, tant l'envie a de pouvoir sur la vertu, M. le Président de la Cépede Premier aux comptes à Aix, ce jeune Heros le chevalier de Guise, de qui l'on a vû précipiter le bel Orient dans l'Occident d'un déplorable désastre, auquel par un excès de vanité, il s'étoit lui-même fatalement destiné, ainsi qu'on m'a dit; car, faisant son entrée de Lieutenant de Roi dans la ville de Manosque une bande de femmes équipées et armées en Amazones lui firent de braverie une salve de mousquetades, et comme les plus apparens de ceux qui l'accompagnoient voulurent les faire cesser, pour la crainte de quelque facheux accident en telles occasions, il ne les avoüa pas pourtant, mais en riant il leur dit: qu'il ne craignoit point les mousquetades, s'asseurant qu'il ne pouvoit mourir que d'un coup de canon, ainsi qu'il lui arriva peu de jours après au château des Baux proche la ville d'Arles, par l'éclat d'un canon auquel il voulut lui-même opiniâtrement mettre le feu quoi qu'il en fût instamment dissuadé; ce qui servira de leçon aux courages peu considerez, et trop faciles à vouloir choquer le peril, et à vouloir tenter la fortune (Quelques amis de Malherbe, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1893 - books.google.fr).

"généreux comte de Sault" : M. de Malherbe parle de Louis d'Agoult de Montauban, Gentil-homme ordinaire de la Chambre de Sa Majesté: il fut fait chevalier du Saint-Esprit en 1585. Il servit utilement Henry le Grand. Il épousa Catherine d'Aguerre, fille de Claude d'Aguerre, baron de Vienne, et de Jeanne de Hangest; elle étoit veuve d'Anthoine de Crequy, Prince de Poix. Cette Dame se rendit celebre dans les guerres de la ligue en Provence, sous le nom de la Comtesse de Sault. Le comte de Sault, son mari, tiroit son origine du côté maternel de la Maison d'Agoult, et du paternel il étoit issu des seigneurs de Montauban, comtes de Diois en Dauphiné: ainsi il sortoit de deux Maisons très illustres. Celle d'Agoult a toûjours été regardée comme la première de Provence. Elle avoit possédé avec titre de souveraineté la Terre de Sault, qui est dans le diocèse d'Apt jusques en 1291 qu'Isnard d'Entrevenes, seigneur d'Agoult et de Sault en fit hommage à Charles II, comte de Provence. Cette Famille tire son nom d'un village de la même Province, qu'on appelle en françois Gout et en latin Agousta, du diocèse de Cavaillon. Depuis l'an 1284 jusques en 1386, cette Maison donna douze grands senechaux à la Provence, alors la première et la plus importante charge de cet État. La comté de Sault passe pour la première et la plus ancienne Terre de Provence. Elle fut érigée en comté l'an 1561, elle sortit de la Maison de Montauban l'an 1609, passa dans celle de Crequi et de Lesdiguières, et de celle-ci dans celle de Villeroy qui la possède aujourd'hui

Sur la mort de son fils. Laurent-Marc-Antoine de Malherbe, fils unique du poëte, fut d'abord un enfant prodige, puis un fieffé mauvais sujet et un bretteur achevé. Condamné à mort en 1624, à la suite d'un de ses duels, dans lequel il avait tué son adversaire, il fut. sauvé par les démarches de son père, qui remua ciel et terre pour le tirer de ce mauvais pas. Il en fut quitte pour quinze cents livres de dommages-intérêts. Ses lettres de grâce étaient entérinées depuis cinq mois, lorsqu'il fut tué lui-même dans une querelle, le 13 juillet 1627. Malherbe cria à l'assassinat, traita les meurtriers de juifs, et les poursuivit ardemment. Mais les meurtriers suivirent l'exemple de Malherbe : d'abord condamnés à mort, ils plaidèrent, gagnèrent du temps, et finirent par en être quittes à leur tour pour quelques centaines de livres. (Pierre Jannet, Poesies completes de Francois de Malherbe, 1867 - books.google.fr).

Le fils de Malherbe est enterré aux Minimes d'Aix (Nouvelle biographie générale, Tome 33, 1860 - books.google.fr).

On retrouvera souvent, dans la correspondance du cardinal des années 1626 et 1627, le nom d'Esplan (écrit souvent Desplan). Il s'agit d'un gentilhomme originaire du Comtat, Esprit Alart, seigneur d'Esplan, qui avait dû sa fortune à la protection du connétable de Luynes. Par son mariage avec Marie de la Baume, fille de François de la Baume, comte de Montrevel, qui lui apporta la terre de Grimault, bientôt érigée en marquisat, il devint marquis de Grimault, nom sous lequel il est aussi désigné. Il devait mourir en 1668. Richelieu l'employa dans de multiples missions. Il se trouvait alors en Dauphiné, mais ne tardera pas à se rendre en Provence, puis de là en Languedoc, toujours pour asseurer une sorte de liaison entre le cardinal et les différents officiers militaires ou magistrats qui se trouvaient aux prises avec l'effervescence protestante (Pierre Grillon, Les papiers de Richelieu: 1624-1626, Tome 1, 1975 - books.google.fr).

La rage des duels sévissait sous le règne de Louis XIII. Le marquis de Grimaud, malgré ses sentiments religieux, fut un de ceux qui subirent le plus cette funeste manie. Tallemant dit qu'il se fit plus d'une mauvaise affaire comme duelliste. Or, en 1624, on présenta au roi un placet contre Desplan, pour avoir enfreint les édits contre les duels, dans lequel on disait «qu'il s'étoit retiré des appréhensions de la mort, méritée par le meurtre d'un homme excessivement gros et malhabile, qui se fut glorieusement garanty de ses mains, si la rencontre d'une pierre, en reculant, ne l'eust fait tomber, auquel temps Desplan luy porta le coup.» Cette affaire eut quelque suite, car dans les papiers remis à mon grand-père se trouvait «un interrogatoire au sujet d'un duel, qu'il eut avec M. Dufresnoy, qui resta sur le carreau.» La faveur dont jouissait Desplan lui permit d'étouffer cette affaire. Mais en 1630, ayant fait (style de l'époque) un duel avec le vicomte des Maretz, il succomba, vérifiant la parole de N.-S.: «Celui qui se servira du glaive périra par le glaive.» Cet événement eut lieu à Troyes à la fin d'avril. Le marquis de Grimaud mourut le 1er mai 1830, des blessures qu'il avait reçues : il avait 35 ans (M. d'Allard, Un favori de Louis XIII, Mémoires, Volume 14, Académie de Vaucluse, 1895 - books.google.fr).

Mr Desplans a esté icy voir Mr nostre Archevesque et Mad de Crequy. Il ne fit qu'y coucher un soir et partit le lendemain pour retourner en Avignon, de là passer vers Mr de Montmorancy, ayant veu Mr le Prince à Lyon, où Mr de Crequi l'est allé voir. Il nous dict afforce particularitez de Rhé et de la Cour, et en passant par le Rhosne envoya querir Brison sur le bord pour le voir et luy faire des grosses et severes remonstrances (Lettre à M. Dupuy, Aix, 8 décembre 1627)

C'était Françoise de Bonne, fille de François, duc de Lesdiguières, pair et connétable de France, et de Marie Vignon, sa seconde femme, laquelle Françoise avait été mariée, en décembre 1623, avec Charles de Blanchefort, sire de Créqui, plus tard prince de Poix, duc de Lesdiguières, pair et maréchal de France (Nicolas Claude Fabri de Peiresc, Lettres aux frères Dupuy: Déc. 1617-déc. 1628, 1888 - books.google.fr, Albert du Boys, Album du Vivarais, ou itinéraire historique et descriptif de cette ancienne province, 1842 - books.google.fr).

L'archevêque d'Aix, depuis 1626, est le frère du cardinal de Richelieu, Alphonse, qui passera à Lyon en 1628.

Peiresc parle en 1626 du père Suffren, alors qu'il devient confesseur du roi Louis XIII. La famille Suffren héritera de Grimaud par mariage en 1677 avec Geneviève de la famille de Castellane, qui a acquis ce Marquisat des héritiers d'Esprit Alard en 1645 (Lettre à son frère, 4 janvier 1626) (Nicolas Claude Fabri de Peiresc, Lettres à sa famille et principalement à son frère : 1602-1637, 1896 - books.google.fr).

Le célèbre philosophe Gassendi étant à Salon en 1638. Jean-Baptiste Suffren, juge de cette ville, lui communiqua l'horoscope d'Antoine Suffren son père tiré par Nostradamus, & même écrit de sa main.

- Suffren portera une barbe fort longue & fort crépée : Il se la fit toujours raser.

- Les dents mal propres & rongées par la rouille : Jamais homme n'eut les dents plus blanches, & il les conserva telles jusqu'à la mort.

- Il sera fort courbé dans sa vieillesse : Jeune & vieux il fut toujours extrêmement droit.

- Dans sa dix-neuvième année il recueillera une succession étrangère : Il ne recueillit jamais d'autre succession que celle de son père, & ce ne fut pas dans sa dix-neuvième année.

- Ses frères lui dresseront des embûches : Il n'eut point de frères.

- Il sera blessé dans sa trente-septième année par ses frères utérins : Il n'eut ni frères utérins, ni fréres consanguins, & sa mère n'eut qu'un seul mari.

- Il se mariera hors de la Provence : Il se maria dans la ville de Salon même.

- Dans sa vingt-cinquième année, il apprendra la théologie, les sciences naturelles; il s'appliquera surtout à la philosophie occulte, à la Géométrie, à l'arithmétique, à la rhétorique : Il ne s'occupa jamais d'aucune de ces sciences, il se livra tout entier à l'étude de la jurisprudence, seule science que Nostradamus avoit paru exclure, au moins par son silence.

- Dans sa vieillesse il aimera la musique, & jouera des instrumens : Jamais ni dans sa vieillesse, ni dans sa jeunesse il ne s'occupa de musique, jamais il ne joua d'aucun instrument.

- Dans sa vieillesse encore, il aimera beaucoup la navigation : Jamais il ne fit aucun voyage sur mer.

- Il mourra en 1618 : Il mourut en 1597.

C'est Gassendi lui même qui rapporte ces faits dans le premier volume de sa physique. En voilà plus qu'il n'en faut pour justifier ces vers en forme de calembourg que Jodelle fit sur Nostradamus : Nostradamus, cùm falsa damus, nam fallere nostrum est; Et cùm falsa damus, nil nisi Nostradamus (Encyclopedie methodique, ou par ordre de matières : Histoire, 1790 - books.google.fr).

Mersenne et Malherbe

L'étude «des proportions de soufre, de sel et de mercure pour produire les tempéramens», telle est la préoccupation d'un certain Frère Jean-François, minime du couvent de Marseille, mais d'origine normande, puisque natus apud Neustrios, vers 1606. A cette question de Mersenne : «le tempérament sanguin prévaut-il à tout autre à donner un parfait musicien, c'est-à-dire un parfait philosophe et un poète ?», il répond par l'affirmative et ajoute : «j'avais écrit que le mercure est contraire au son, ce qui est clair puisque les Minimes ont la voix basse, d'autant qu'ils vivent d'alimens froids et humides» (c'était leur quatrième vœu). Mais chez les Minimes il y a des exceptions, et quelle exception ! Le Frère Jean-François en personne dont le tempérament, (donc les qualités), est analogue à celui du poète Malherbe ! Il s'agit de faire «corriger» par Malherbe lui-même, l'ode que le grand caennais a faite en l'honneur de saint François de Paule (Minime, ne l'oublions pas). «Si vous avez du commerce avec M. de Malherbe, écrit Jean-François à Mersenne le 5 avril 1626, je n'en voudrois point d'autre, quoiqu'il ne pardonne à personne, non pas à soi-mesme; mais d'autant qu'on m'a voulu dire que mon stile a rapport au sien, en la gravité et la pesanteur (aussi est-il sanguin et mélancolique) et il faut advouer qu'il escrit d'or, sur tous nos autres poètes, qui ont ou faute de jugement, ou qui sont jeunes et peu advancés en âge». Si féconde qu'elle soit, notons que l'étude des tempéraments a encore à cette époque le grave tort de verser dans l'astrologie. Le Frère Jean-François n'en est pas exempt; il demande le 7 janvier 1627 un bon astrologue à Mersenne pour «dresser la peinture d'un mien ami circa temperamentum corporis et ejus ingenium, peregrinationes, ejus amicos et inimicos, honores, religionem, divitias et infortunia» ! Un astrologue ? Nous savons qu'à Caen même, l'astrologie judiciaire compte un fervent adepte, qui n'est autre que le célèbre Gilles Macé, l'oncle de Huet. Ajoutons, pourtant, que François de Cauvigny, sieur de Colomby, parent de Malherbe, avait en 1614, publié une réfutation de cet art plus ou moins suspect (Bilbiographie : Cornelis de Waard, Correspondance Du P. Marin Mersenne, Normannia: revue bibliographique et critique d'histoire de Mormandie, Volume 12, 1939 - books.google.fr).

François de Malherbe (1594-1647) - www.ericgrangeon.com

On ignore si MERSENNE a été en rapports avec le poète. Rappelons que FRANÇOIS DE MALHERBE mourut à Paris le 6 octobre 1628 (Cornelis de Waard, Correspondance Du P. Marin Mersenne: 1617-1627, Tome 1, 1933 - books.google.fr).

Saint Tropez : un port en relation avec l'Italie

La légation en France en 1625 du cardinal Francesco Barberini est l’une de ces tentatives, la plus démonstrative, qui inaugure son pontificat. Reprenant le modèle des ambassades extraordinaires héritées du Moyen Âge, modèle qui a fait ses preuves avec plus ou moins de bonheur du XIIIe au XVIe siècle, la légation du cardinal Francesco Barberini était la dernière solution à disposition du pape pour perpétuer l’illusion d’une Chrétienté dont il se voulait le gardien et le père commun. La tradition est forte et Rome avait réussi, du moins dans les apparences, à retrouver à la fin du XVIe siècle une partie du prestige perdu dans les aventures guerrières des papes de la Renaissance. Mais la médiation pontificale conduite par le jeune cardinal Barberini se solda par un échec retentissant en raison de l’intransigeance romaine, de l’absence des Espagnols pendant les négociations et du subtil jeu de manipulation des Français. Cela dit, les moyens financiers dont disposa le cardinal-neveu furent à la hauteur des ambitions pontificales.

Restituer précisément les dépenses occasionnées par la légation Barberini en se fondant sur le registre des mandats est ainsi une tâche difficile. Néanmoins, six catégories prépondérantes de dépenses se dégagent nettement. Ce sont par ordre décroissant : les frais de voyage, soit 2359 l. 19 s. 1/2 d. pour le voyage en galères de Civitavecchia à Saint-Tropez et 6611 l. 91 s. pour le retour de Saint-Tropez à Livourne, les frais de logement, les frais de bouche qui atteignirent en cinq mois près de 400000 l., les courriers, soit 3645 écus, les aumônes et les dons; les achats personnels du légat. Les recettes de la chancellerie de Francesco Barberini ne permirent pas d’équilibrer la balance des finances (Clément Pieyre, Finances pontificales et représentation diplomatique du Saint-Siège au temps d’Urbain VIII : le cas de la légation du cardinal Francesco Barberini en France en 1625. In: Offices, écrit et papauté, XIIIe-XVIIe siècle, 2007 - www.persee.fr).

Au surplus Mr de Bonnaire m'escript de Rome du 30 decembre son arrivée dez la veille de Noel, ensemble du P. Eudemon Joannes qui y rendit l'ame trois heures aprez, encores qu'il fust allé bien à son aise de Ligourne à Rome dans la littiere de Mgr le Legat. Il adjouste que le pauvre s Pamphilo Persico estoit mort à Savone, et Guidetti à Pise, et qu'il y avoit bien eu des malades en ce voyage. Mais que ce nonobstant on disoit que Mr le Legat feroit encores le voyage d'Hespagne et de faict le Vice Legat d'Avignon s'appreste pour aller l'attendre au Martigues, et le reconduire en Avignon s'il y veult revenir et s'il ne passe oultre par mer en Hespagne, ce qu'il ne feroit pas sans grand hazard par les Tignes en cette saison.

Nicolas Claude Fabri de Peiresc (1580 - 1637) - fr.wikipedia.org

Mr Desplans passa par icy l'aultre jour s'en allant voir Mr de Guise pour le haster de passer le Rhosne; il visita Mr d'Oppede et Mr Seguiran, auxquels il fit tout plein de compliments honestes. Il confirma la nouvelle de la Banqueroutte de Faideau, que Mr de Soucarriere m'avoit éscritte de Lyon du 20me, laquelle a esté trouvée fort estrange en ce païs icy. Mr de Guise dict qu'il viendra dans fort peu de jours en ceste ville pour y tenir une petite assemblée et puis s'en aller en Arles. Mr le comte de Carces s'en va en Cour au premier jour; il a renoncé au Regiment qui luy avoit esté baillé, et a remis ses officiers et soldats la pluspart à Mr de Vins, lieutenant de Mr de Joinville. Mr de Montavegues a succedé audict regimant de Mr le comte de Carces qui s'en est retiré pour quelque differant des preseances, sur ce qu'on le vouloit mettre au sort encores que la primaulté luy eust esté promise comme il presuppose et qu'elle ne luy fusse pas contestée par aulcun des aultres trois, qui la luy vouloient ceder. C'est tout ce que nous avons pour le present et je suis tousjours (Lettre à son frère, Aix, 5 febvrier 1626) (Nicolas Claude Fabri de Peiresc, Lettres à sa famille et principalement à son frère : 1602-1637, 1896 - books.google.fr).

J'ay traictté en passant par Aix Mr Aleandro et Mr Panphile Persico, tous deux secretaires du Cardinal, l'un des lettres latines et l'aultre des vulgaires, comme aussy le s Gio. Battista Doni, le s de Bonnaire, le s de Barclay, le reverendissime P. Guevara, general des prebstres mineurs, un trez bel ordre nouveau, grand personnage, le s Barto Regii, Jacomo Guidetti, et quelques aultres de la suitte mesmes, le s Louys Aubery scrittor delle bolle, le st Marcel Laniely, enregistreur, et quelques aultres de la suitte. Je ne sceus jamais avoir le chevalier del Pozzo, ne le s Giorgio Coneco Escossois touts galants hommes et fort curieux que le Cardinal m'avoit permis de retenir et gouverner en passant (Lettre à son frère, Aix, 20 avril 1625) (Nicolas Claude Fabri de Peiresc, Lettres à sa famille et principalement à son frère : 1602-1637, 1896 - books.google.fr).

Charles Blanchefort de Créquy, demi-frère de Jeanne d'Agoult héritière de Grimaud et Saint Tropez, fut ambassadeur extraordinaire à Rome. Il prépara son retour en France en 1633 en faisant passer son train par voie maritime jusqu'à Saint Tropez (Jean Lagny, Le poète Saint-Amant, 1594-1661: Essai sur sa vie et ses œuvres, 1964 - books.google.fr).

 

 

Le "Port de Canemes" ou "Canenies", à gauche sur le premier plan, désigne la baie des Canebiers (Les Plans Et Profils De Toutes Les Principales Villes Et Lieux Considerables de France, 1638 - books.google.fr).

"canèm" en catalan signifie "chanvre" (Henri Guiter, Mélanges de philologie et de toponymie romanes offerts à Henri Guiter, 1981 - books.google.fr).

Au XVIIIe siècle, il y avait, au témoignage de Malesherbes (1721 - 1794), des pêcheurs catalans à Saint Tropez comme à Marseille (Pierre Grosclaude, Malesherbes, témoin et interprète de son temps, Tome 1, 1961 - books.google.fr).

En 1423, le roi d'Aragon retournant de Sicile en Catalogne attaque Saint Tropez puis Marseille (Antoinette Demuth, Les grandes heures du Comté de Provence et le château de Grimaud (972-1482), - books.google.fr).

De Toulon à saint Tropez sont les Isles d'Hieres, qui font un corps duquel sont Port-Queroles, Bagneux, PortCors, & Titan; les autres qui sont plus prés de la Coste n'en sont point, sçavoir Ribaudan, Brigançon, Teste de Camp, & quelques autres. Au long de la Coste on rencontrera la presqu'Isle de Gien, avec les Caps de Benat, de Jardier, de Taliat, le Promontoire Courbé, des Portes & de l'Elpe, puis le Port de Canenies. La Ville de saint Tropez est bâtie sur la Coste Meridionale du Golphe de Grimaut, elle a un fort beau Port, à l'entrée de ce Golphe sont les Isles Jardinieres : de ce Golphe à Antibes sont les Isles des Lions, les deux Isles de Lerins; sçavoir, Saint Honorat & sainte Marguerite & la Grenille, les Caps de saint Vincent, Ravieles, de las Vieilles, de las Pinas, de Theoul & de Garaupe, avec le Port d'Agate. [...]

Les Cartes de ce Livre ont esté dressées par l'ordre et sous le Ministère du grand Cardinal de Richelieu, par le sieur TASSIN Conseiller du Roy, Commissaire des Guerres & Geographe de sa Majesté, & l'un des plus habiles Hommes de son temps; son Livre estoit devenu fore rare, & quelques personnes habiles l'ayant demandé avec empressement, parce que ces Costes sont les plus exactes qui ayent encore paru gravées (Le Cardinal de Richelieu fait dresser des cartes des côtes de France, 2022 - www.lesportesdutemps.com).

Saint Tropez et Saint Tropez

L'église et le couvent adjacent, appartenant au Frati Umiliati, ont été fondés entre 1254 et 1278. En 1584, la construction passa aux Frères de S. Francesco di Paola, qui la dirigèrent jusqu'à sa suppression en 1784. Plus tard (jusqu'en 1808), la propriété appartenait à Vallombrosans et enfin aux Chartreux. Après 1816, le bâtiment a été remis aux Carmélites. L'autel principal, en marbre de Carrare (1619), est de Giuseppe Zucchetti. Il y a un reliquaire en argent précieux en forme de buste, contenant la tête de Saint Torpè, dans une vitrine donnée en 1667 par les frères Lanfranchi. Il y a des meubles plus riches dans le choeur, avec trois peintures du début du 17ème siècle montrant La conversion de St Giovanni Gualberto, la Vierge et l'enfant avec des saints Torpè, Anna et des anges et une Vierge avec l'enfant des saints Jacques et Philippe (www.pisa.tours).

Sous le nom de saint TORPET qu'en France nous appellons vulgairement faint Tropès, l'Eglise a l'intention d'honorer la mémoire de l'un des premiers Chrétiens de la ville de Rome, qu'elle suppose avoir été officier de la maison de l'empereur Neron, & être compris parmi les fidéles qui saluerent les Philippiens dans la lettre que saint Paul leur écrivit. Ce culte du Saint est certain & ancien & il est à présumer qu'il a été établi sur une connoissance de sa vie & de sa mort plus certaine & plus ancienne que n'est celle que nous avons maintenant. Car celle-ci n'est appuyée que sur des actes visiblement supposés, quelque antiquité que leur donnent ceux qui les croient composez avant le VIe siécle, & inserés dans le recueil que saint Ceran évêque de Paris fit des actes des Martyrs dès l'an 615. Si de la connoissance que l'on a eue avant ces fictions, l'on a surement retenu avec le nom du Saint le temps & le lieu de sa passion, on a raison de croire qu'il fut martyrisé à Pise en Toscane durant la premiere persécution de l'Eglise, & peut-être même avant les apôtres saint Pierre & saint Paul. Ce qu'il y a de plus dans les martyrologes & les legendes a été puisé dans la source corrompue des faux actes. Mais nous ne devons pas nous persuader que ce soit le fondement unique du culte célebre que l'on a rendu depuis à S. Tropès, tant en Toscane & en Ligurie qu'en Provence & Portugal quoiqu'il semble que la contestation qui est entre les Provençaux & les Portugais, touchant la possession de son corps, n'ait pas d'autre appui. La prétention des premiers paroit plus spécieuse & plus facile à maintenir au jugement des sçavans. Aussi le culte de notre saint Martyr a-t-il été chez eux de plus ancienne institution & beaucoup plus florissant, surtout dans la ville qui porte son nom au diocèse de Fréjus sur la baie ou le golfe de Grimaud. Les reliques que l'on croit être de son corps se gardent toujours dans l'ancienne église de cette ville, qui est dédiée sous son nom, & qui est occupée par les Capucins. Mais les habitans de Pise prétendent en avoir recouvré la tête qu'ils conservent précieusement dans l'église des Minimes de leur ville. La fête de saint Tropès est marquée au XVII de mai dans les martyrologes du neuviéme siécle, & dans la plupart des suivans jusqu'au Romain moderne. Mais quelques-uns la marquent au XXIX d'avril, qu'on prétend avoir été le jour de sa mort, & d'autres au XXIX de mars qui semble s'être glissé par erreur. Le XVII de mai passe pour celui de sa translation (Adrien Baillet, Les vies des saints, Tome 4, 1739 - books.google.fr).

La principale voie que les Romains ouvrirent, pour porter promptement leurs soldats sur tous les points où leur domination pouvait être menacée, fut la continuation de celle établie par le consul Aurelius Cotta, de Rome à Pise, et qui, poussée ensuite jusqu'à Gênes et plus tard jusqu'à Arles, par Aix, prit le nom de Via Aurelia. De cette voie solennelle, se détachèrent divers embranchements. Le plus important de ceux que nous avons à décrire conduisait à Riez et avait une double tête de ligne, l'une aux environs du Muy pour le côté de Fréjus, et l'autre au Forum Voconii pour Telo-Martius. Un second reliait entre elles ces deux dernières villes; un troisième allait, des Alpes Maritimes vers le chemin des Alpes Cottiennes et Lyon, par Grasse et Briançonnet. Le Sinus Sambracitanus avait aussi un débouché sur la Voie Aurélienne, et Ventium (Vence) était en communication directe avec Antipolis (Frédéric Aube, Etude sur les voies romaines dans la partie de la Provence qui a formé le département du Var et l'arrondissement de Grasse, 1867 - books.google.fr).

Le diocèse de Fréjus, dont dépend Sainty Tropez, ne resta pas étranger au mouvement qui entraînait vers le cloître tant d'âmes généreuses. La plupart des paroisses importantes voulurent avoir des communautés religieuses. Barthélemy de Camelin ne se contenta pas d'en provoquer l'établissement, il en fonda encore plusieurs qu'il dota de ses propres deniers. Ce fut en effet sous son épiscopat que les Servites s'établirent à Lorgues (1607), les Minimes à Draguignan (1616), les Capucins à Saint-Tropez (1617). Nous savons comment, tout en se montrant intransigeant sur les droits de l'autorité épiscopale, il encouragea l'institution des Oratoriens de Cotignac; il prit, par la suite, diverses mesures en leur faveur, soit en les autorisant à desservir la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette à Aups (1623), soit en approuvant leur union avec la congrégation du Père de Bérulle (1615) et plus tard l'union du prieuré de Montfort à Notre-Dame-de-Graces (1629). La ville de Fréjus possédait déjà un couvent d'Observantins dans lequel le gardien, le P. Pietra, avait établi la confrérie du cordon de Saint-François d'Assises qui fut approuvée, en 1608, par Barthélemy de Camelin. Désireux d'attirer dans la ville épiscopale d'autres communautés religieuses, le zélé pontife porta son choix sur deux Ordres illustres: les Jésuites et les Dominicains. Les Jésuites arrivèrent à Fréjus en 1626 (H. Espitalier, Évêques de Frejus, 1894 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Barthélemy Camelin).

La chapelle des Pénitents blancs, ou chapelle Notre-Dame de l'Annonciade, à Saint-Tropez, est édifiée vers 1510 par la confrérie des Pénitents blancs (fr.wikipedia.org - Chapelle des Pénitents blancs de Saint-Tropez).

À partir du dernier quart du XIIIe siècle, beaucoup de ses premières confréries de Pénitents se transformèrent en Ordres religieux (comme les Servites de Marie issus en 1240 d’une confrérie florentine à vocation hospitalière) (www.penitents.fr).

La basilica della Santissima Annunziata è il principale santuario mariano di Firenze, casa madre dell'ordine dei Servi di Maria. La prima pietra fu evidentemente posta il 25 marzo 1250, festività dell'Annunciazione che in quell'anno cadeva il Venerdì Santo (it.wikipedia.org - Basilica della Santissima Annunziata).

Monsieur Hermant dans son Histoire des Ordres Religieux, parlant de celui des Servites, dit que l'on confond ordinairement cet Ordre avec ceux qui portent le nom de l'Annonciade, mais que le premier Ordre de l'Annonciade est proprement celui des Servites ou Serviteurs de la sainte Vierge : que le second est celui de l'Annonciade fondé par la bienheureuse Jeanne; & que le troisième est celui des Annonciades dites Celestes. Monsieur Hermant est peut-être le seul qui ait donné le nom d'Annonciade à l'Ordre des Servites; & ce qui a pû le tromper, c'est peut-être à caufe qu'à Florence & dans quelques autres villes d'Italie, où les Religieux de cet Ordre ont des Monasteres dediés en l'honneur de l'Annonciation de la sainte Vierge, on les appelle Religieux de l'Annonciade, parce qu'en Italie la coûtume est d'appeller les Religieux du nom de leurs Monasteres; ainsi à Rome on appelle ces mêmes Religieux, les Religieux de saint Marcel, parce que leur principal Monastere est dedié à saint Marcel Pape, & personne n'a encore dit jusqu'à present que l'Ordre des Servites fût aussi appellé l'Ordre de saint Marcel (Pierre Helyot, Histoire Des Ordres Monastiques, Religieux Et Militaires Et Des Congregations Seculieres, Tome 3, 1715 - books.google.fr).