Partie IX - Synth√®se   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Gisors et Auxerre : 31 juillet et 20 septembre   
GISORS GERMAIN AUXERRE

L'axe de Gisors (l'un des axes du 31 juillet) passe par Selles sur Cher, Gallardon, Epernon, Magny en Vexin, Parnes, Gisors, Crécy-en-Ponthieu, Ardres, Oye-Plage. Le 31 juillet est la date de la fête de saint Germain d'Auxerre. La ville d'Auxerre est sur un des axes du 20 septembre, la Saint Eustache, nommé Placide avant sa conversion provoquée par la vision d'une croix lumineuse entre les bois d'un grand cerf qu'il chassait.

La ligne Gisors-Auxerre passe par Paris : Porte Dauphine ; Champ de Mars (Tout Eiffel) ; Parc Montsouris traversé par le Méridien ; Porte de Gentilly ; Gentilly et son quartier de la Reine Blanche,.

Champs de Mars, Paris - Photo de B. Monginoux / Landscape-Photo.net (cc by-nc-nd) - www.landscape-photo.net

La construction de l'√Čcole militaire, par Gabriel, entra√ģne en 1765 la destination du Champ de Mars. On nivela le sol, l'entourant d'un vaste foss√© et d'une longue all√©e d'ormes (cf. Orme de Gisosrs), et on ferma l'esplanade par une belle grille.

A Gentilly, le Ch√Ęteau de la Reine-Blanche (ancien) - on conna√ģt une reine Blanche √† Gisors - appartint √† madame la duchesse de Villeroy en 1774, duchesse qui est dame de Gentilly : le parc est assez consid√©rable, et dispos√© dans le genre anglais. Madame de Villeroy poss√©dait alors les deux fiefs dit de la Tour Ronde et de la Tour Quarr√©e.

Jeanne Louise Constance d'Aumont de Villequier (1731-1816) épouse Gabriel Louis de Neufville (1731 - 1794), marquis puis duc de Villeroy. Capitaine des gardes du corps du Roi (2e compagnie française) en 1758, il devint gouverneur de Lyon et des provinces lyonnaises, Forez et Beaujolais au décès de son oncle Louis François Anne, en 1766. Il est duc d'Alincourt (à Parnes près de Gisors). Les Neufville sont en effet possessionnés dans la région de Gisors (voir ci-dessous) (fr.wikipedia.org - Champ-de-Mars à Paris, unchemindeliledefrance.blogspot.fr, fr.wikipedia.org - Gabriel Louis François de Neufville de Villeroy).

Selles sur Cher

Sur une frise de l'√©glise de Selles sur Cher est consacr√©e √† la vie de saint Eusice. On y voit repr√©sent√©s quelques-uns des principaux miracles rapport√©s par les biographes. Encore tout jeune, le saint gu√©rit un poss√©d√©. Quelques ann√©es plus tard, l'abb√® de Patriciacum, o√Ļ il s`√©tait r√©fugi√©, l'avait charg√© du soin des troupeaux; les autres serviteurs, qui √©taient jaloux de lui, tu√®rent les chiens pour que les loups pussent s'emparer des moutons, mais Eusice, ayant trouv√© les loups dans la bergerie, les arr√™ta pour garder les troupeaux ¬Ľ. Convaincu par ce miracle, l'abb√© donne √† Eusice l'habit de religieux, mais les envieux. ne d√©sarment pas, et un jour que le saint, charg√© du soin de la boulangerie, s'appr√™tait √† enfourner, il s'aper√ßut qu'on lui avait soustrait ses instruments; confiant eu Dieu, il lit le signe de la croix et, comme les trois enfants dans la fournaise de Babylone, entra dans le four ardent, le nettoya, y pla√ßa son pain et le retira apr√®s cuisson, sans souffrir aucun dommage ; on voit le saint qui se pr√©pare √† entrer dans le four ; √† c√īt√©, il aligne les pains sur une table. Plus loin, les d√©mons, attel√©s √† un chariot, tirent des pierres de la carri√®re pour construire l'√©glise. (Marcel Aubert, L'√©glise abbatiale de Selles-Sur-Cher, 1914 - books.google.fr).

En 1920, le cur√© de Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher) s'√©tait cru suivi par un lycanthrope alors qu'il portait les derniers sacrements √† un mourant (Jean Vartier, Les proc√®s d'animaux: du Moyen √Ęge √† nos jours, 1970 - books.google.fr).

Gallardon

Probablement originaire de la Bourgogne, la famille Le Riche joua un r√īle important au temps des Cap√©tiens. Sous les premiers rois de cette dynastie, elle occupa des postes militaires majeurs qui devinrent rapidement h√©r√©ditaires, et poss√©da de nombreux biens monastiques. La famille Le Riche a √©t√© la souche ou de proches alli√©s des familles de Senlis et Bouteiller de Senlis (seigneurs de Chantilly, Ermenonville, Montepilloy et Luzarches jusqu‚Äôau XIVe si√®cle) ; de Garlande ; de Clermont-Nesle ; des comtes de Beaumont-sur-Oise et de Clermont-sur-Oise ; des vicomtes de Pontoise ; des seigneurs de Gallardon, L√®ves et Auneau. Ils ont √©t√© pr√©v√īts puis seigneurs de Chambly ; seigneurs de Chevreuse, de Montlh√©ry et d‚Äô√Čtampes.

Ansoud Ier L'Auxerrois Le Riche (mort en 956), vicomte d'Auxerre, est le grand-p√®re de Herbert Ier de Gallardon gardien du ch√Ęteau de Gallardon √† l'appel d'Aubbert III son cousin, et le fr√®re d'Aubert Ier de Gallardon √©poux de Hildeburge de Bell√™me (fr.wikipedia.org - Famille Le Riche).

Gallardon est célèbre pour son médium Thomas Martin.

Haricotier au bourg de Gallardon pr√®s de Chartres, il se dit t√©moin depuis 1816 d'une s√©rie d'apparitions : un homme, v√™tu d'une redingote et d'un chapeau haut-de-forme, se pr√©sente √† lui comme √©tant ¬ę L'Archange Rapha√ęl, ange tr√®s c√©l√®bre aupr√®s de Dieu ¬Ľ. Martin doit aller voir le roi et lui demander de remettre de l'ordre dans le pays, et de faire respecter le dimanche comme jour ch√īm√© pour honorer le Christ. Les visions de Martin sont d'inspiration ultraroyaliste : pour expier les fautes de la R√©volution, le roi Louis XVIII doit faire reculer l'impi√©t√© grandissante et r√©tablir une monarchie stricte et inspir√©e constamment par la Foi. Extr√™mement sceptique face aux d√©clarations du paysan, l'√©v√™que Charrier de la Roche fait conduire Martin √† l'asile de Charenton o√Ļ il est examin√© par les psychiatres Philippe Pinel et Antoine-Athanase Royer-Collard qui le d√©clarent sujet √† une ¬ę manie intermittente avec hallucination des sens ¬Ľ. Louis XVIII re√ßoit cependant Martin aux Tuileries en avril 1816. Il reconna√ģt Charles-Guillaume Naundorff comme √©tant Louis XVII en 1833. Il meurt d'une congestion en 1834. Sa famille le dit assassin√©, sans que l'autopsie ait pu prouver cela (fr.wikipedia.org - Thomas Martin, Louis Silvy, Relation concernant les √©v√©nemens qui sont arriv√©s √† un laboureur, 1817 - books.google.fr).

A ce sujet, le docteur a confirm√© plus tard la d√©claration de son p√®re, en √©crivant: Le g√©n√©ral de La Rochejaquelein est bien venu √† Gallardon dans la nuit du 31 juillet au 1er ao√Ľt 1830. Il vint prier mon p√®re de venir au devant de Charles X √† Maintenon, ville la plus proche de Gallardon. Mon p√®re s'y refusa et dit au g√©n√©ral que le roi ne remonterait pas sur le tr√īne; qu'il y avait derri√®re lui comme une main qui le repoussait. (L√©gitimit√©, 1903, p. 379). La derni√®re phrase du r√©cit du R. P. de R√©gnon n'est nullement en contradiction avec ce que rapporte la l√©gitimit√© du 1er avril 1903, o√Ļ nous lisons, page 379: Il (le g√©n√©ral) me fit demander par le capitaine Blon (parent de Cathelineau) d'aller le voir. JE M'Y REFUSAI.

Toutefois, √† la fin de l'entrevue, ¬ę le premier moment d'aigreur ayant disparu, le docteur Martin et son visiteur se s√©par√®rent en bons termes¬Ľ. (L√©gitimit√©, 1903, p. 381.) Voici donc deux t√©moignages s√©rieux et graves qui s'accordent d'autant mieux qu'√† notre avis celui du R. P. de R√©gnon semble venir de la source Martin. Il est en effet probable que le docteur et les amis chez lesquels il se trouvait √† Orl√©ans en 1857 ne se seront pas g√™n√©s pour publier l'anecdote ci-dessus relat√©e. Enfin je tiens ce qui suit de M. l'abb√© L..., v√©n√©rable eccl√©siastique du dioc√®se de Nantes, qui, lui aussi, connaissait parfaitement l'entrevue du g√©n√©ral et du docteur en 1837. Il m'a affirm√© que, vers 1880, Mme Raymond du Dor√© (n√©e de Chalus) lui avait donn√© l'assurance que le g√©n√©ral de La Rochejaquelein lui avait dit textuellement, en parlant de Louis XVII : ¬ę. Je l'ai cherch√© partout, mais sans aucun r√©sultat. ¬Ľ Nous venons de voir que le g√©n√©ral avait parl√© au docteur Martin et √† Mme du Dor√© √† des √©poques diff√©rentes. Ses paroles contiennent de graves aveux et prouvent qu'il croyait formellement √† l'√©vasion du Dauphin. Mais; il est loin de s'√™tre born√© √† ces deux communications, comme il convient de le rappeler ci-apr√®s. En 1840, le g√©n√©ral eut une entrevue avec le ¬ę baron de Richemnont ¬Ľ, chez M. l'abb√© Jacolet, ex-aum√īnier du prince de Cond√©, alors cur√© de Saint-Ambroise-Popincourt, et y fit la d√©claration suivante : Que depuis de longues ann√©es il √©tait √† la recherche du fils de Louis XVI, qu'il en avait parl√© √† la duchesse d'Angoul√™me, qui lui avait d√©clar√©, comme au comte d'H√©risson le r√©cit fait par lui √† M. Gruau de La Barre, r√©cit dans lequel est relat√©e son entrevue en 1857 avec le g√©n√©ral de La Rochejaquelein. C'est avant tout la confirmation de la d√©marche faite aupr√®s de Martin p√®re dans la nuit du 31 juillet au 1er ao√Ľt 1830 (La l√©gitimit√©, Volumes 22 √† 24, 1906 - books.google.fr).

Le prénom complet de Martin était Thomas Ignace. Ignace de Loyola est fêté le 31 juillet.

IGNACE THOMAS MARTIN est n√© et baptis√© le 18 f√©vrier 1783 √† Gallardon, fils de Louis Martin, laboureur, et de Marianne Ridet. Il serait d√©c√©d√© √† Chartres, le 8 mai 1834, √† l'√Ęge de 51 ans, √©poux de Marie-Madeleine Troussebois, puis enterr√© le 11 mai 1834 √† Gallardon. (shenandoahdavis.canalblog.com).

"L'ange donc ordonne √† Martin d'aller trouver le roi ..." - Armand Fouquier, Causes c√©l√®bres de tous les peuples, t. II, num√©ro 38 (¬ę Les Faux dauphins ¬Ľ), Paris, 1859

Epernon

Malgr√© toutes les incertitudes qui ont plan√© sur l'origine de l'√©glise Saint-Germain-l'Auxerrois, il parait que son vrai fondateur est le roi Chilp√©ric, et que saint Germain en fut le patron. La construction de cette √©glise eut lieu en 606, et saint Landry y fut inbum√© en 656. Mais elle ne porta pas d'abord le nom d'Auxerrois: on l'appelait encore, sous la seconde race, Saint-Germain-le-Rond, parce qu'elle avait √©t√© √©lev√©e sur un plan circulaire et sous le patronage de saint Germain. Au commencement de la troisi√®me race, le roi Robert, fils de Hugues Capet, et couronn√© en 990, fit reb√Ętir cette √©glise, qui avait √©t√© ruin√©e par les Normands dans une de leurs excursions √† Paris. Ce fut alors qu'elle prit la d√©signation de Saint-Germain-l'Auxerrois, pour n'√™tre pas confondue avec une autre √©glise; mais les historiens de Paris n'expliquent pas d'o√Ļ est venu le nom d'Auxerrois. En 1423, sous la domination anglaise, cet √©difice √©prouva une nouvelle m√©tamorphose, en laissant toutefois subsister l'ordonnance sarrasine de son porche, derri√®re lequel est plac√© le buffet d'orgue. Dulaure rapporte que de cette √©glise partit le signal donn√© par une de ses cloches pour le massacre des protestants √† la Saint-Barth√©lemy, en 1572. D√©j√†, en 1356, ce lieu avait servi de point de r√©union et de d√©part √† la fameuse insurrection d'Etienne Marcel, pr√©v√īt des marchands, contre les grands d'alors. Le chapitre de Saint-Germainl'Auxerrois exer√ßa longtemps une redoutable pr√©pond√©rance sur les √©glises voisines; elle ne cessa qu'en 1744, √©poque o√Ļ ce chapitre fut r√©uni √† celui de Notre-Dame. En 1831, le clerg√© ayant eu l'imprudence de tenter de c√©l√©brer dans ce temple un service en m√©moire des princes de la famille d√©chue et du duc de Bordeaux, le peuple de Juillet, qui venait de renverser la branche ain√©e des Bourbons pour lui substituer la branche cadette, se porta en masse dans l'√©glise afin d'en chasser les officiants, et de l√†, comme il soup√ßonnait l'archev√™que d'avoir autoris√© la c√©l√©bration qui venait d'exciter sa col√®re, courut √† l'archev√™ch√©, qui fut en un moment tout √† fait d√©moli. Le maire du quatri√®me arrondissement, M. Cadet de Gassicourt, sauva du m√™me sort l'√©glise Saint-Germain-l'Auxerrois, qui a √©t√© restaur√©e et rendue au culte en 1838, et dont en 1842 on a r√©par√© le portail. (Albert Mont√©mont, Guide universel et complet de l'√©tranger dans Paris, suivi d'une revue des environs de Paris, 1859 - books.google.fr).

L'Abb√© Lebeuf croit qu'il en faut attribuer la premi√®re origine √† une Chapelle qui aurait √©t√© construite peu de temps apr√®s la mort de Saint Germain, √©v√™que d'Auxerre. C'est sur l'ordre de Chilp√©ric Ier (roi des Francs) que d√©buta la construction de l'√©glise qui souhaitait y voir le futur tombeau de Saint Germain de Paris (ce que ne se r√©alisera pas), sur l'emplacement de la chapelle b√Ętie en 540 (sous l'invocation de Saint Germain d'Auxerre) pour le roi Childebert Ier et la reine Ultrogothe. En 584, le roi meurt assassin√© laissant l'√©glise inachev√©e. Mais sous le r√®gne de P√©pin, le 25 juillet 754, ce Prince, assist√© de ses fils et des Grands du Royaume, fit faire avec la plus grande pompe, la translation du corps de Saint Germain de Paris de la petite Chapelle de Saint-Symphorien dans le chŇďur de la grande √Čglise de Saint-Vincent, qui depuis fut appel√© de √Čglise Saint-Germain (des Pr√©s) ou de Saint-Vincent et Saint-Germain vraisemblablement pour distinguer ces deux √©glises d√©di√©es sous le nom du m√™me Saint, dont la derni√®re √©tait nomm√©e Saint-Germain-le-Rond. (fr.wikipedia.org - Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris).

Le dauphin, r√©gent du royaume apr√®s la d√©faite de son p√®re Jean II le Bon √† Poitiers en 1356, et soumis √† la pression de Parisiens favorables √† une monarchie constitutionnelle, finit par s'enfuir de Paris. Par peur des repr√©sailles, √Čtienne Marcel fait armer les Parisiens, ach√®ve les fortifications de la ville. Il fait l'erreur de faire appel au roi de Navarre, Charles le Mauvais, l'ennemi h√©r√©ditaire. Les troupes anglo-navarraises sont stationn√©es √† Epernon, command√©es par l'aventurier anglais James Pype qui s'intitule lieutenant pour le roi de Navarre. Les troubles s'accentuent. Jouant la carte anglaise, le pr√©v√īt se met √† dos une partie des Parisiens. Le drapier est dans de sales draps. Etienne Marcel est assassin√© le 31 juillet 1358. Six ans plus tard, apr√®s la mort de son p√®re √† Londres, le dauphin devient le roi de France Charles V. (Fr√©d√©ric Lewino et Gwendoline Dos Santos, 22 f√©vrier 1358, 2013 - www.lepoint.fr, Jean Froissart, Chroniques: 1356 - 1360, Volume 5, traduit par Sim√©on Luce, Gaston Raynaud, L√©on Mirot, 1874 - books.google.fr).

Crécy

Sur ses conseils, le d√©barquement a lieu √† La Hougue de Saint-Vaast, le 12 juillet 1346. Nous connaissons la suite. Le 31 juillet, le roi d'Angleterre s'empare de Caen, puis se dirige vers la haute Normandie, en √©vitant les places bien fortifi√©es (comme √Čvreux et Rouen). La ville de Louviers, appartenant √† l'archev√™que, √©tait mal d√©fendue : elle est prise, pill√©e et br√Ľl√©e. Entretemps, Philippe VI a rassembl√© son arm√©e et rattrape les Anglais √† Cr√©cy-en-Ponthieu [chef-lieu de canton de la Somme]. C'est l√† que se livra la bataille de Cr√©cy (Fran√ßois Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, XIVe-XVe si√®le, 2008 - books.google.fr).

A cette bataille pr√©cis√©ment furent tu√©s le comte d'Auxerre Jean II de Ch√Ęlon et le comte de Bar. Jean III sera prisonnier √† la bataille de Poitiers, en 1356, et fut conduit avec le roi Jean II le Bon √† Londres, d'o√Ļ il ne revint que 4 ans apr√®s (Andr√© Gourlin, Mailly le Ch√Ęteau, 1979 - books.google.fr, Edme B√©guillet, Description g√©n√©rale et particuli√®re du Duch√© de Bourgogne, 1848 - books.google.fr).

La seconde √©pouse du roi Philippe VI de Valois, le battu de Cr√©cy, recevra le douaire de Gisors et de Neufch√Ęteau.

L'église Saint-Séverin de Crécy fut construite sur le plan d'une croix latine aux XVe-XVIe siècles. Les soubassements sont faits en damiers de grès et de silex. De style gothique flamboyant, restaurée au début du XXe siècle, elle est dominée par un clocher-porche dont le portail a été muré. Ce porche est surmonté d'une rosace flamboyante (fr.wikipedia.org - Crécy-en-Ponthieu).

Le 3 ao√Ľt 1347, apr√®s un si√®ge de onze mois, Calais capitule devant les troupes anglaises. Le roi √Čdouard III Plantagen√™t s'appr√™te √† passer la population au fil de l'√©p√©e. Puis il se ravise et pr√©tend n'ex√©cuter que six otages, les ¬ębourgeois de Calais¬Ľ (www.herodote.net).

La Bouvaque (Abbeville) o√Ļ existe un culte de saint Millefort (6 septembre) se trouve pr√®s de cet axe du 31 juillet.

Oye-Plage

Germain d'Auxerre visita la Morinie avec saint Patrick et saint Loup de Troyes.

La Morinie s'√©tendait de l'embouchure de l'Escaut - fronti√®re avec les M√©napes au nord - √† la vall√©e de la Canche, fronti√®re avec les Ambiens. C√©sar fut tr√®s int√©ress√© par cette partie du territoire Morin o√Ļ la travers√©e vers la (grande) Bretagne √©tait "le plus court". Bien que C√©sar se soit battu contre les Morins, il n'a r√©ussi √† conqu√©rir qu'une partie assez r√©duite de leur territoire (notamment le sud-ouest autour de Boulogne et Calais). La partie nord des Morins restait ind√©pendante jusqu'√† ce que l'empereur Auguste les annexe entre 33-23 av. J.-C. (fr.wikipedia.org - Morins).

Que devenait la Morinie durant ces sanglants conflits ? Comme bien d'autres Cit√©s de la Gaule, il est probable qu'elle ne comptait plus gu√®res que pour la forme au nombre des provinces romaines. Voisine du territoire envahi par les Francs, elle allait bient√īt √™tre saisie elle-m√™me, et former, avec les provinces contigu√ęs, le noyau de la monarchie naissante. En attendant, et en l'absence de l'autorit√© l√©gale qui ne la prot√©geait plus, il y a lieu de penser que si elle ne fut pas livr√©e aux cons√©quences de l'anarchie, elle le dut √† l'intervention chr√©tienne dont le pouvoir, en ces temps de transition, de plus en plus respect√©, demeurait seul sur la br√®che. Pendant que la lutte la laissait encore √† l'√©cart, elle avait re√ßu la visite apostolique d'un homme que l'Irlande devait nommer son patron. St-Patrice s'arr√™ta plusieurs ann√©es chez les Morins, et s'y pr√©para par la pr√©dication √† la grande mission qu'il √©tait appel√© √† remplir. Il y fut rejoint par St Germain, d'Auxerre, et St Loup, de Troyes, envoy√©s en Bretagne par le pape C√©lestin pour y combattre l'h√©r√©sie de P√©lage. Ces saints √©v√™ques s'√©tant embarqu√©s √† Boulogne, les Fastes eccl√©siastiques mentionnent l'horrible temp√™te par laquelle ils se virent assaillis dans le d√©troit, et qui ne put √™tre apais√©e que par un miracle du Ciel (Joseph-Hector de La Gorgue de Rosny, Histoire du Boulonnais, 1868 - books.google.fr, Analecta bollandiana: revue critique d'hagiographie, Volume 76, 1958 - books.google.fr).

Gisors et saint Germain d'Auxerre

L'église saint Martin de Boury en Vexin possède depuis le XIIIème siècle comme relique un bras de saint Germain d'Auxerre, patron de la paroisse (Jean-Paul Labourdette, Nord Pas de Calais Picardie 2008, Le petit futé, 2007 - books.google.fr).

Pierre le Gendre, seigneur de Magny en vexin et de Parnes, trésorier de France sous Louis XII puis François Ier, meurt le 3 février et est inhumé dans l'église Saint Germain l'Auxerrois de Paris.

Lorsque Pierre Le Gendre acquit le domaine d'Alincourt (√† Parnes), il dut partager son temps entre l'h√ītel parisien qu'il faisait construire et le ch√Ęteau m√©di√©val o√Ļ il effectua de grands travaux. Sa prodigieuse ascension sociale et politique allait ainsi pouvoir √™tre mat√©rialis√©e dans la pierre. Le Gendre repr√©sente bien en cela la nouvelle classe des bourgeois parvenus. N'√©pousa-t-il pas en secondes noces Charlotte Bri√ßonnet, issue d'une famille appartenant au riche milieu d'affaires tourangeau ? Parall√®lement √† la construction du c√©l√®bre h√ītel Le Gendre √† Paris aujourd'hui disparu, il acquit les terres, ch√Ęteau et seigneurie d'Alincourt, qui allaient lui permettre d'asseoir sa puissance nouvelle sur l'anciennet√© de la demeure (Jean-Louis Rebi√®re, Anne Bossoutrot, Le ch√Ęteau de Pierre Le Gendre √† Alincourt. Identification d'un dessin de l'atelier de Van der Meulen. In: Bulletin Monumental. Tome 155 N¬į2, ann√©e 1997 - www.persee.fr).

Il mourut √† Paris dans son h√ītel, rue des Bourdonnais, le 3 f√©vrier [Saint Blaise] 1525 ; son cŇďur fut port√© √† l'√©glise de Magny-en-Vexin et son corps inhum√© √† Saint-Germain l'Auxerrois, dans la chapelle de la Trinit√©.

Le 16 d√©cembre 1513, Pierre Le Gendre, chevalier, conseiller du Roi et tr√©sorier de France, paroissien de Saint-Germain l'Auxerrois, obtenait du chapitre la concession de cette chapelle dans laquelle √©tait d√©j√† inhum√© son cousin Jean Mauduit, valet de chambre de Charles VIII. La concession √©tait accord√©e √† charge pour le preneur d'entretenir la chapelle, avec le droit d'y placer tels meubles et statues qu'il lui plairait, d'√™tre enterr√© dans la ¬ęcave¬Ľ, ainsi que sa femme et ses descendants et h√©ritiers portant ses armes : la chapellenie qui y √©tait fond√©e depuis longtemps continuerait d'y √™tre desservie et, si le chapitre entendait agrandir l'√©glise de ce c√īt√©, Pierre Le Gendre et ses ayants cause seraient tenus d'y ex√©cuter les travaux √† leurs frais (√Čpitaphier du vieux Paris, Tome V, Fascicule premier, 1974 - archive.org).

Parmi ces fonctionnaires royaux de premier plan, la personnalit√© la plus marquante pour le Vexin fran√ßais est sans conteste celle de Pierre Le Gendre. Fils du parisien Jean Le Gendre, tr√©sorier des guerres, seigneur de Villeroy (mort en 1512), il cumula lui-m√™me de nombreuses charges publiques dont celles de notaire et secr√©taire du roi (depuis 1493), de tr√©sorier des guerres (au moins 1496-1504) et de tr√©sorier de France Outre-Seine et Yonne (depuis 1504). Soucieux comme ses pairs de placer les b√©n√©fices de ses offices, Pierre Le Gendre jeta son d√©volu sur le Vexin fran√ßais, r√©gion d'origine de la troisi√®me √©pouse de son p√®re, Fran√ßoise de Dampont, avantageusement situ√©e √† mi chemin entre Rouen o√Ļ il √©tait receveur des tailles et subsides (1485-1498) et la capitale o√Ļ il se fixa apr√®s 1498 et o√Ļ il fut pr√©v√īt des marchands en 1508-1510. L'achat des seigneuries de Saint-Gervais, Parnes et Alincourt en 1488 fut la premi√®re acquisition d'une longue s√©rie qui ne s'interrompit qu'√† sa mort en 1525. Magny-en-Vexin, dont il acheta la seigneurie en juillet 1498, devint le centre administratif de son domaine. Il obtint du roi, quelques mois plus tard, la cr√©ation dans cette ville de deux foires annuelles, le 9 mai et le 29 septembre. En 1519, il acquit la sergenterie fieff√©e de ce lieu et, en 1521, une partie de la haute justice sur le bourg et ses environs. Pierre Le Gendre marqua de son empreinte artistique la plupart de ses possessions franciliennes et normandes 102, et tout particuli√®rement dans le domaine de l'architecture dont sa familiarit√© avec les rouages de la commande lui avait assur√© des missions pour le compte du roi √† Paris. Mais c'est au Vexin qu'il consacra ses plus grandes lib√©ralit√©s. [...]

Pierre Le Gendre étant mort sans enfant, c'est son neveu, Nicolas II de Neufville-Villeroy (mort en 1549 ou 1552), qui lui succéda dans ses charges de conseiller, secrétaire du roi et trésorier de France Outre-Seine et Yonne (1525-1532), comme dans la plupart de ses possessions foncières, les plus proches de Gisors revenant cependant à son parent, Jean de Boudeville. [...]

Install√© aux portes de Gisors (√† Courcelles et au Boisgeloup), Pierre Le Gendre √©tait en affaire avec plusieurs notables de cette ville. Pour autant, il ne s'impliqua pas personnellement dans la reconstruction de l'√©glise SaintGervais ; du moins pas directement car son intervention est sous-jacente dans le fait que la fabrique et la principale confr√©rie de la paroisse b√©n√©fici√®rent, au moment o√Ļ le chantier battait son plein, des dons de nombreux clercs, officiers des finances et membres de la chancellerie royale qui lui √©taient proches. Le premier signe de l'int√©r√™t port√© par son entourage √† l'√©glise de Gisors remonte 1489, √©poque o√Ļ Pierre Le Gendre prenait pied dans le Vexin. Cette ann√©e-l√†, la confr√©rie de l'Assomption enregistra l'adh√©sion de Philippe de Valangelier, bourgeois de Paris, clerc de Jean Le Gendre, tr√©sorier des guerres, p√®re de Pierre. Vinrent ensuite les membres de la chancellerie : en 1497-1498, l'Auvergnat Jean Duprat, clerc des finances du roi, racheta √† la confr√©rie une rente assign√©e en sa faveur. En 1499, au cours d'une tourn√©e qui devait l'amener √† Gaillon, Thomas Bohier, g√©n√©ral des finances de Normandie (mort en 1524), s'y fit enregistrer moyennant quatre √©cus avec son √©pouse Catherine Bri√ßonnet, parente de celle qui allait devenir la seconde femme de Pierre Le Gendre. La m√™me ann√©e c'est le parisien Jean Bud√© (1464-1522), fr√®re de l'humaniste Guillaume, notaire et secr√©taire du roi et √©lu de Gisors (document√© √† ce poste en 1493-1511), qui lui versa 5 livres avec son √©pouse Marguerite Mesnart, fille de Catherine Le Gendre, demi-sŇďur de Pierre. En 1500-1501, l'Assomption de Gisors enregistra l'adh√©sion de Louis de Poncher (mort en 1521). Notaire et secr√©taire du roi et tr√©sorier de France comme Pierre Le Gendre 135, il √©tait surtout le beau-fr√®re de ce dernier dont il avait √©pous√© la sŇďur Roberte. Mais il avait une autre raison de de s'int√©resser √† Gisors : un membre de sa famille, Jean (un oncle ?), notaire et secr√©taire du roi, y avait √©t√© √©lu des aides dans les ann√©es 1470-1480. [...]

Les historiens l'ont soulign√©, l'origine parisienne et l'implantation dans le Vexin de la famille Le Gendre-Neufville avant le second quart du XVIe si√®cle constitue une exception dans ce milieu de la chancellerie royale dont les membres se recrutaient encore majoritairement dans le Val de Loire. C'est de l√† notamment qu'√©tait originaire Jacques Rolant, √©cuyer, notaire et secr√©taire du roi et vicomte de Gisors, qui versa en 1489 cinq livres √† la confr√©rie de l'Assomption [...] √Ä la g√©n√©ration suivante, la g√©n√©rosit√© dont firent preuve les notaires et secr√©taires du roi envers l'√©glise de Gisors t√©moignait moins d'un d√©sir d'y laisser une trace durable de leur passage que d'un souci de reconnaissance envers des communaut√©s lourdement mises √† contribution, et, d'une certaine mani√®re, d'une all√©geance √† leur coll√®gue et parent Pierre Le Gendre, si profond√©ment ancr√© dans cette r√©gion. Pour tous ces hommes, la commande artistique ou le soutien √† des entreprises monumentales dans le Vexin et ses environs √©tait le prolongement naturel de leur activit√© en la mati√®re dans la capitale. √Ä Paris, Pierre Le Gendre joua lui-m√™me un r√īle d√©cisif dans la fixation g√©ographique de cette √©lite comme dans la diffusion d'une architecture d'un grand raffinement. √Ä partir de 1493, il acquit entre la rue des Bourdonnais et la rue Tirechappe un ensemble de parcelles o√Ļ il √©leva un somptueux h√ītel, d√©truit en 1841. L'entreprise, bien avanc√©e selon nous d√®s 1499, associait un d√©cor italianisant novateur et un plan au sch√©ma rationalis√© d√®s le milieu du XVe si√®cle. Elle eut imm√©diatement valeur d'exemple. Louis de Poncher, √©galement install√© rue Tirechappe, y fit lui aussi b√Ętir en 1503-1504 un h√ītel, dont Antoine Bohier, fils de Thomas, h√©rita en 1522. Dix ans plus tard, c'est Nicolas de Neufville, h√©ritier de la seigneurie de Villeroy √† la mort de son grand-p√®re Jean Le Gendre en d√©cembre 1512, qui prit pied dans le m√™me quartier. √Ä l'emplacement de l'ancien h√ītel d'Alen√ßon, rue d'Autriche, il construisit √† son tour un luxueux h√ītel, achev√© au d√©but de l'ann√©e 1518, o√Ļ il h√©bergea le roi en 1528. C'est √† l'oppos√© de cet h√ītel qui disparut lors de la construction de la colonnade du Louvre, de l'autre c√īt√© de l'√©glise Saint-Germain-l'Auxerrois, que r√©sidait Denis Duval, rue de l'Arbre-Sec, dans un h√ītel o√Ļ des embellissements r√©cents √©taient signal√©s en 1511. Tous ces individus li√©s par des alliances matrimoniales se retrouv√®rent donc paroissiens de Saint-Germain-l'Auxerrois. Ils rivalis√®rent de g√©n√©rosit√© envers cette √©glise, tirant partide la reconstruction entam√©e vers 1476 pour y laisser la marque de leur action. Louis de Poncher y fit b√Ętir en 1506 au sud du chŇďur une chapelle qu'inaugura son fr√®re a√ģn√© √Čtienne, √©v√™que de Paris, et dans laquelle ilfut inhum√© en 1521 avec son √©pouse morte l'ann√©e pr√©c√©dente. Le tombeau portant les gisants des d√©funts y fut plac√© en 1523. Pierre Le Gendre obtint en d√©cembre 1513 la concession de la chapelle de la Trinit√© au nord du chŇďur, qu'il fit probablement embellir sinon reb√Ętir. Dans les ann√©es 1520, Denis Duval qui exer√ßait les fonctions de marguillier y fit lui aussi construire une chapelle √† usage fun√©raire, √† proximit√© de celle des Poncher. Des liens artistiques √©troits devaient exister entre Saint-Germain-l'Auxerrois et les h√ītels des alentours, m√™me si ces derniers, en t√©moignent les vestiges de l'h√ītel Le Gendre, devaient appara√ģtre en mati√®re de dispositions et de d√©cor plus innovants que les parties flamboyantes de l'√©glise. On sait d√©sormais que Nicolas de Neufville confia la construction de son h√ītel √† Jean Moireau, qui √©tait intervenu en 1503 comme expert dans les travaux de l'h√ītel de Louis de Poncher et qui avait b√Ęti en 1506 la chapelle fun√©raire de ce dernier dans l'√©glise Saint-Germain-l'Auxerrois dont il √©tait ma√ģtre ma√ßon. Signal√© √† Paris depuis 1488, cet architecte de renom pourrait fort bien √™tre le ma√ģtre d'Ňďuvre de l'h√ītel Le Gendre. Un document in√©dit nous apprend qu'il dirigeait en 1517 le chantier de l'escalier de la Sainte-Chapelle dont l'italianisme de fa√ßade a longtemps entretenu l'illusion qu'il s'agissait de l'Ňďuvre d'un Italien, Fra Giocondo en l'occurrence. Or les travaux de l'ensemble des b√Ętiments du palais de la Cit√© √©taient supervis√©s √† cette √©poque par le coll√®ge des tr√©soriers de France dont faisaient partie Pierre Le Gendre et Louis de Poncher. Les chantiers parisiens de Pierre Le Gendre et de son entourage eurent, selon nous, des r√©percussions sur l'activit√© architecturale dans le Vexin en raison de l'installation dans cette r√©gion de ma√ģtres d'Ňďuvre parisiens employ√©s dans la capitale par ces commanditaires. Ce n'est sans doute pas le fruit du hasard si l'office de ma√ģtre des Ňďuvres de ma√ßonnerie du roi au bailliage de Gisors √©tait exerc√©, en 1500-1511, par Jean Marchant le jeune, charpentier √† Paris, qui participa en 1503-1504 √† la construction de l'h√ītel de Louis de Poncher apr√®s avoir sans doute contribu√© √† b√Ętir celui de son voisin Pierre Le Gendre (√Čtienne Hamon, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors et les √©glises du Vexin fran√ßais, 2008 - books.google.fr).

Les Neufville-Villeroy constituent une dynastie de gouverneurs de Lyon au XVII√®me et XVIII√®me si√®cles (Br√©ghot du Lut, P√©ricaud A√ģn√©, Catalogue des Lyonnais, 1838 - books.google.fr).

Auxerre : axe du 20 septembre ou la Saint Eustache

Selon Constance de Lyon, qui r√©digea sa Vita Germani vers les ann√©es 475-480, saint Germain se rendit √† Ravenne pour plaider la cause des Armoricains aupr√®s de l'empereur ; ils avaient √©t√© livr√©s par le patrice Aetius au roi des Alains, Goar. Bien que l'itin√©raire n'ait pas √©t√© pr√©cis√©, il est √† peu pr√®s certain que le c√©l√®bre √©v√™que utilisa la grande voie Lyon Milan par le col du Petit-Saint-Bernard. L'√©v√™que meurt √† Ravenne et son corps est ramen√© √† Auxerre. Le cort√®ge fun√®bre repasse les Alpes. Et au IXe si√®cle, H√©ric d'Auxerre pr√©cise dans ses Miracula Sancti Germani l'endroit de la rencontre o√Ļ le pr√™tre Saturnus accueillit le corps du saint √©v√™que. C'√©tait au ¬ęmons qui minoris Jovis dicitur¬Ľ , qui est le Petit-Saint-Bernard. H√©ric dit qu'en ce lieu se trouve une √©glise, passage oblig√© du p√®lerin de Rome, petite par les dimensions, grande par les miracles. Et il se fait l'√©cho d'une tradition indiquant que cette √©glise fut construite en raison de la d√©pouille du saint √©v√™que, qui y reposa lorsqu'on le ramenait de Ravenne. Il s'agit de l'hospice avec sa chapelle construit √† c√īt√© de la colonne Joux romaine. De cette documentation bien fragmentaire que pouvons nous conclure ? L'organisation dioc√©saine de la Tarentaise date du d√©but du Ve si√®cle. Gen√®ve et Grenoble ont des √©v√™ques √† la fin du IVe si√®cle; la Maurienne √† la fin du VIe si√®cle ; Aoste en Italie au d√©but du Ve si√®cle et le Valais dans le troisi√®me tiers du IVe si√®cle, le premier √©v√™que saint Th√©odore fondant le culte de la la L√©gion Th√©baine √† Agaune (Histoire et arch√©ologie, Num√©ros 47 √† 52, 1980 - books.google.fr).

On rencontre un évêque de Tarentaire à Gisors envoyé par le Pape Alexandre pour réconciliern, en vain, les rois de France et d'Angleterre :

Le jour des Cendres, qui, cette ann√©e 1174 , fut le 6√®me de f√©vrier, les deux rois se rendirent au monast√®re de Mortemer, de l'ordre de C√ģteaux, dans la for√™t de Lions en Normandie. Le saint archev√™que y officia et donna les cendres aux deux rois. Il y gu√©rit un chevalier qui depuis longtemps avait perdu un Ňďil par une blessure. Il fit encore d‚Äôautres miracles √† Gisors, dans l‚Äôabbaye de Lierre et √† Haute-Bruy√®re. Mais ce fut tout le fruit de son voyage, et il ne r√©ussit pas dans la n√©gociation de la paix pour laquelle le Pape l‚Äôavait envoy√©. A son retour, il tomba malade, et fut oblig√© de s‚Äôarr√™ter au monast√®re de Belleval, dans le dioc√®se de Besan√ßon. Il y mourut le jour de l‚ÄôExaltation de la sainte Croix, 14√®me de septembre de la m√™me ann√©e 1174, et fut enterr√© le troisi√®me jour par Evrard, archev√™que de Besan√ßon, accompagn√© de plusieurs abb√©s. Il avait v√©cu soixante-treize ans, et rempli pendant trente-trois ans le si√®ge de Tarentaise. L‚ÄôEglise honore sa m√©moire le 8 mai qui est aussi la f√™te de saint Michel au Mont Gargan (Ren√©-Fran√ßois Rohrbacher, Vies des Saints, pour tous les jours de l'ann√©e √† l'usage du clerg√© et du peupl√© fid√®le, Volume 3, 1853 - books.google.fr).

Le convoi ramenant le corps de saint Germain d'Auxerre, mort à Ravenne, passa par Avallon, sur cet axe Gisors-Auxerre pour arriver dans la capitale de l'Yonne (Archéologia, Numéros 242 à 247, 1989 - books.google.fr).

Ce trajet enpruntait l'ancienne voie Agrippa de l'Oc√©an qui partait de Lugdunum (Lyon) et passait par Cavillonum, (Chalon-sur-Sa√īne), principal port commercial de l'Arar (La Sa√īne) ; Aballo (Avallon) ; Girollis (Girolles) ; Sermizelles ; Camp de Cora ; Saint-Mor√© ; Pr√©gilbert ; Vicus Scoliva (Escolives) ; Autessiodurum (Auxerre). Le point d'arriv√©e √©tait Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) qui aurait constitu√©, selon certains, le principal axe commercial vers l'√ģle de Bretagne. Gesoriacum ressemble assez √† Gisors (fr.wikipedia.org - Via Agrippa de l'Oc√©an).

Sur cet axe, au bord de la M√©diterran√©e, se trouve : San Remo dont la cath√©drale San Siro poss√©dait un oratoire "d'une importance consid√©rable √† la relation au titre, qui est de Saint-Germain d'Auxerre (France)", d√©truit apr√®s la seconde guerre mondiale (www.parrocchiasansiro.org) ; Aix-les-Bains √† c√īt√© de laquelle se trouve Saint Germain la Chammbotte (paroisse de Germain d'Auxerre) (de.wikipedia.org - Saint-Germain-la-Chambotte).

La commanderie templière de La Saulce sur Yonne à Escolives Sainte Camille, près d'Auxerre, possédait une chapelle Saint Eustache (Michel Miguet, Les templiers en Bourgogne, 2009 - books.google.fr).

La vitrerie de la cath√©drale d'Auxerre constitue l'ensemble le plus important conserv√© dans cette province portant sur la Bourgogne du XIII√®me si√®cle. [...] Mme Raguin distingue dans la production bourguignonne l'Ňďuvre de huit ateliers : l'atelier de la Gen√®se (Auxerre), le ma√ģtre de saint Eustache (Auxerre), l'atelier de Saint-Germain- les-Corbeil qui fournit des verri√®res √† Troyes, Semur-en-Auxois (Auxerre), l'atelier de l'Apocalypse d√©nomm√© ainsi d'apr√®s la verri√®re d 'Auxerre et actif √† Saint-Julien-du-Sault et √† Saint- Fargeau, l'atelier de l'Enfance du Christ (Saint-Julien-du-Sault), l'atelier d'Isa√Įe de la Sainte-Chapelle de Paris actif √† Saint-Julien-du-Sault et √† Auxerre, le ma√ģtre de la Madeleine (Semur-en-Auxois), enfin l'atelier de Notre-Dame de Dijon (Fran√ßoise Perrot, Virginia Chieffo Raguin, Stained Glass in Thirteenth-Century Burgundy. Princeton, 1982, 182 p.. In: Bulletin Monumental. Tome 147 N¬į1, ann√©e 1989 - www.persee.fr).

La chapelle Saint-Eustache de la cath√©drale Saint Etienne de Beauvais s'enrichit d'un nouveau vitrail que, le 13 mai 1572, Nicolas Brocard, marchand de la ville, commande √† un ma√ģtre verrier de Gisors, Romain Buron (Annie Henwood-Reverdot, L'√Čglise Saint-√Čtienne de Beauvais: histoire et architecture, 1982 - books.google.fr).

Les deux fils de Jean Buron, Guillaume et Romain, prirent sa succession et ex√©cut√®rent, dans les ann√©es 1560, au moins cinq verri√®res histori√©es pour les fen√™tres hautes de la nef et pour les baies des chapelles, toutes perdues (√Čtienne Hamon, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors et les √©glises du Vexin fran√ßais, 2008 - books.google.fr).

Gisors, qui demandait des vitraux √† Beauvais, avait pourtant des peintres verriers : Jean Buron le p√®re et Romain Buron le fils, mais ces Buron eux-m√™mes s'√©taient peut-√™tre form√©s √† Beauvais. Il reste a Gisors une de leurs verri√®res qui porte le monogramme R. B., Romain Buron. Elle repr√©sente plusieurs saints et saintes, sainte Genevi√®ve, saint Pierre, sainte Clotide et enfin la Vierge dans un grand cercle de lumi√®re dor√©e. Ce vitrail, admirable de couleur, n'est pas indigne de l'atelier de Beauvais. Nous retrouvons Romain Buron non loin de Gisors, aux Andelys : ces riches verri√®res des Andelys, dont la plus belle devait √™tre, suivant L√©on Palustre, l'Ňďuvre des Leprince, doivent √™tre rendues aux Buron. Un de ces vitraux est sign√© Romain Buron : on peut donc supposer que les meilleures verri√®res, celle notamment qui repr√©sente la L√©gende de Th√©ophile, sont son Ňďuvre (Andr√© Michel, Histoire de l'Art: depuis les premiers temps jusqu'√† nos jours, Volume 2, 1930 - books.google.fr).

Saint Eustache dans la rivière voit ses enfants enlevés par les animaux (Baie 8), XIIIème siècle - ndoduc.free.fr

Plusieurs autels plac√©s le long des murs de l'√©glise de Gisors ont √©galement √©t√© qualifi√©s de ¬ę chapelles ¬Ľ. D'o√Ļ l'h√©sitation, voire la confusion des scribes entre les termes de ¬ę chapelle ¬Ľ, ¬ę autel ¬Ľ et ¬ę confr√©rie ¬Ľ. [...] La ¬ę chapelle ¬Ľ Saint-Eustache, supprim√©e vers 1505, fut √©galement r√©tablie √† proximit√© de son emplacement initial pr√®s du chŇďur. Des inhumations ¬ę en la chapelle Saint-Eustache ¬Ľ furent de nouveau pratiqu√©es en 1520-1523.

Nicolas de Neufville pourrait √™tre √©galement l'instigateur de la d√©signation de Jean Delamare √† la t√™te du plus important chantier religieux parisien du r√®gne de Fran√ßois Ier : Saint-Eustache. Des textes, d'interpr√©tation d√©licate, nous apprennent qu'un projet de reconstruction fut √©labor√© en 1519 mais que la premi√®re pierre ne fut pos√©e qu'en 1532. La chronologie et les parent√©s relev√©es entre Saint-Eustache d'une part, Saint-Victor de Paris, Saint-Maclou de Pontoise et Villiers-le-Bel d'autre part, d√©signent selon nous Jean Delamare. Or qui mieux que Nicolas de Neufville, devenu sp√©cialiste des b√Ętiments et des commandes royales apr√®s avoir √©t√© marguillier de Saint-Eustache au moment de la laborieuse gestation de cet ambitieux projet, √©tait en mesure d'en d√©signer le concepteur ? (√Čtienne Hamon, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors et les √©glises du Vexin fran√ßais, 2008 - books.google.fr).

L'√©glise Saint-Eustache de Paris √©tait originairement une fort petite chapelle, b√Ętie, dit-on, sur l'emplacement d'un temple de Cyb√®le, et √©lev√©e sous le titre de Sainte-Agn√®s. Sa fondation remonte aux premi√®res ann√©es du XIIe si√®cle; elle relevait du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois et lui servait de chapelle de secours, ainsi que la chapelle de la Tour, connue plus tard sous le nom de Saint-Sauveur, celles de Saint-Roch, de la Madeleine, de la Ville‚ÄĒl'√Čv√™que et autres.

Simon fut d'abord premier doyen, ensuite premier cur√© de Saint-Eustache. Il fut en effet cur√© de l'√©glise de Sainte-Agn√®s, b√Ętie vers 1200. Cette √©glise ayant pris le vocable de Saint-Eustache, par suite, dit Jaillot, de la translation des reliques de ce saint conserv√©es, depuis 100 ans, dans l'abbaye de Saint-Denis, et qui furent apport√©es √† Paris, comme un don pr√©cieux, apr√®s avoir √©t√© extraites de lachasse de Saint-Denis, il est juste de le compter en t√™te de cette liste. Une charte de l'ann√©e 1223 porte textuellement sa d√©nomination : Presbyter ecclesiŇď Sancti Eustachii Parisiensis.

Sous l'administration de cet eccl√©siastique eurent lieu de continuelles contestations entre lui et le doyen du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, dont cette chapelle relevait, tant√īt au sujet de la nomination √† ses b√©n√©fices, tant√īt pour les produits que revendiquait Saint-Germain. Plusieurs chartes furent d√©livr√©es √† cette occasion. Une premi√®re de 1213 appelle l'√©glise: Nova capella SanclŇď Agnetis, et ne termine en rien le diff√©rend. En 1216, comme on parlait s√©rieusement de diviser la paroisse de Saint-Germain, le chapelain et le doyen de Saint-Germain choisirent pour arbitres de leurs pr√©tentions l'abb√© de Sainte-Genevi√®ve et le doyen de Chartres, sous un d√©dit de 40 marcs d'argent. Alors intervint une seconde charte, aussi peu concluante que la premi√®re. Elle est dat√©e de d√©cembre 1216, et l'on y trouve cette nouvelle d√©nomination : Capella SanctŇď Agnetis, quŇď tune recens erecta, poste√† fuit parochia Sancti Eustachii. Ainsi, d√®s cette ann√©e 1216, l'√©glise de Saint-Eustache existait donc. En 1254, √©poque o√Ļ √©tait constante l'√©rection de la chapelle en paroisse sous le nom de ce saint martyr, le cur√© voyait toujours n√©anmoins sa qualit√© contest√©e par le doyen de Saint-Germain et les pr√©rogatives dont il jouissait disparaissaient une aune; son √©tat de suj√©tion √©tait tel qu'il donnait naissance au proverbe rapport√© par l'abb√© Lebeuf : Il faut √™tre fou pour √™tre cur√© de Saint-Eustache. (Gaudreau, Notice descriptive et historique sur l'√©glise et la paroisse Saint-Eustache de Paris, 1855 - books.google.fr).

Il y avait un prieuré Saint-Gervais-et-Saint-Protais à Auxerre.

L’invasion des Sarrasins, en 732, ruina le bourg de Saint-Gervais, et l’église ne se releva qu’avec peine. Il y avait, du temps de Charlemagne, un monastère, mentionnée dès le VIIIe siècle, d’une certaine importance qui reçut les corps de plusieurs évêques d’Auxerre. Cette maison fut de nouveau ravagée par les Normands et, ayant été réduite en prieuré, elle devient prieuré de l’abbaye bénédictines Notre-Dame de Molesme au XIIe siècle, de 1137 à 1790. Dans la Description de la France, en 1780, on voit un dessin de l’église Saint-Gervais qui représente un petit portail accosté à gauche d’une tour carrée, sur la nef petit clocher; chevet circulaire percé dune baie cintrée (www.cn-telma.fr, auxerre.historique.free.fr - Auxerre, Saint Gervais).

D'apr√®s une tradition populaire, saint P√®lerin, premier √©v√™que d'Auxerre, qui s'√©tait r√©fugi√© dans le creux d'un orme ou d'un aulne, pr√®s d'une fontaine qui porte aujourd'hui son nom √† Bouhy, aurait √©t√© prot√©g√© contre ses pers√©cuteurs par un serpent enroul√© autour de l'arbre (Louis R√©au, Iconographie de l'art chr√©tien: Iconographie des saints, P-Z, Volume III, 1959 - books.google.fr, Ren√© Louis, L'√©glise d'Auxerre et ses √©v√™ques avant saint Germain, Saint Germain d'Auxerre et son temps : 29 juillet-2 ao√Ľt 1948, pour comm√©morer le XVe centenaire de la Soci√©t√© des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 1950 - books.google.fr).

L’abbaye de Saint-Denys, proche Paris, fut par la suite enrichie de ses précieuses dépouilles. On croit que ce fut le roi Dagobert Ier qui obtint le corps du saint évêque d’Auxerre excepté la tête, et qu’il le fit porter dans ce monastère (Abbé Jean Lebeuf, Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocèse, 1848 - books.google.fr).

L'orme de Gisors

Le fameux Ormeteau ferr√© √©tait un orme d‚Äôune grosseur prodigieuse, et dont le feuillage abritait six mille hommes. L‚Äôarchev√™que de Tarentaise y fit des miracles, saint Thomas, archev√™que de Cantorb√©ry, y vint implorer contre le roi d‚ÄôAngleterre-la protection de Philippe-Auguste; c‚Äôest sous le m√™me arbre que ce prince et Henri II se r√©concili√®rent; c‚Äôest l√†, qu‚Äô√† leur exemple, le duc de Bourgogne et les comtes de Flandre, de Champagne , de Soissons, de Nevers et de Vend√īme, re√ßurentla croix des mains du l√©gat-du-pape, et de l‚Äôarchev√™que de Tyr. Alors apparut au milieu de la foule exalt√©e une croix flamboyante, dont nos rois ont perp√©tu√© le souvenir miraculeux en d√©corant les armes de Gisors d‚Äôune croix engrel√©e d‚Äôor. Quelques ann√©es apr√®s les Anglais vinrent camper sous cet orme royal. Bravant l‚Äôardeur du soleil sous une verdure qu‚Äôavaient √©paissie les si√®cles, ils raillaient les Fran√ßais, expos√©s en rase campagne, aux √Ępres rayons de la canicule. Nos archers, pour se venger, firent entre eux la gageure de venir couper l‚Äôarbre pendant la nuit; ce que les Anglais ayant appris, ils le bard√®rent de cercles de fer, et l‚Äôorme cuirass√© √©moussa sur ses flancs invuln√©rables la cogn√©e de nos gens d‚Äôarmes. Aujourd‚Äôhui son tronc abattu est encore rev√™tu de son armure, et le terrain qu‚Äôil ombragea est le rendez-vous de ceux qui veulent traiter et transiger (Louis-Antoine-Fran√ßois de Marchangy, Tristan le voyageur, ou la France au XIV siecle, Volume 3, 1825 - books.google.fr).

Il n'est pas absolument certain que l'orme (Ulmus campes tris) soit un v√©g√©t√Ęt biblique. De savants interpr√®tes, dont l'opinion m√©rite le respect, pensent n√©anmoins qu'il est d√©sign√© deux fois par l'expression h√©bra√Įque "tidh√Ęr".

Les arbres qui sont la parure du Liban, le cypr√®s, l'orme, le buis, tous ensemble te seront apport√©s pour orner le lieu de mon sanctuaire. C'est ainsi que je glorifierai la place o√Ļ se posent mes pieds (Isa. LX,13).

Rien ne manque au Liban pour devenir la plus riche et la plus belle des r√©gions orientales; la montagne fournit des bois de construction et de chauffage; je vous ai parl√© des c√®dres; je pourrais vous citer beaucoup d'endroits o√Ļ le sapin, le ch√™ne, l'orme, le platane, le saule et le geni√®vre forment des ceintures sur les monts ou des rideaux verdoyans au bord des eaux. L'oranger, le citronier, le c√©dras, la canne √† sucre, toutes sortes d'arbres fruitiers croissent sur la c√īte. La culture du m√Ľrier blanc suffirait seule pour nourrir les populations de la montagne ; la soie du Liban, appel√©e en Europe soie barulhine, est estim√©e dans le commerce (Joseph-Fran√ßois Michaud, Jean-Joseph-Fran√ßois Poujoulat, Correspondance d'Orient 1830-31, Volume 7, 1835 - books.google.fr).

St Gr√©goire compare les personnes qui concourent ainsi au salut du prochain aux ormes dont parle Isa√Įe, et que Dieu avoit promis de planter dans son Eglise ; car comme l'orme par lui-m√™me ne porte pas de fruit, mais soutient la vigne qui en porte, et que ces fruits lui deviennent en quelque sorte propres par ce moyen; de m√™me les simples fid√®les qui soutiennent les hommes apostoliques, et qui leur donnent par-l√† les moyens de pr√™cher, de confesser, de travailler au salut des ames, quoiqu'ils ne puissent pas remplir par eux-m√™mes ces fonctions, et que leur condition les rende st√©riles pour ces sortes de fruits; cependant comme ils pr√™tent un appui √† ceux qui peuvent les produire, ils y prennent part, et, comme l'orme, en portant la vigne, ils portent aussi les raisins (Jean-Baptiste Saint-Jure, De la connaissance et de l'amour du fils de Dieu Notre Seigneur J√©sus-Christ, 1823 - books.google.fr).

Le sculpteur étend sa régle sur le bois, il le forme avec le rabot, il le dresse à l'équerre, il lui donne ses traits, & ses proportions avec le compas ; & fait enfin l'image d'un homme, qu'il rend le plus beau qu'il peut, & il le loge dans une niche.

Il va abattre des c√®dres, il prend un orme, ou un ch√™ne, qui avoit √©t√© long-tems parmi les arbres d'une for√™t ; ou un pin que quelqu'un avoit plant√©, & que la pluye avoit fait cro√ģtre. Cet arbre doit servir √† l'homme pour br√Ľler ; il en a pris lui-m√™me pour se chauffer, il en a mis au feu pour cuire son pain : & il prend le reste, il en fait un Dieu, & l'adore ; √≠l en fait une image morte, devant laquelle il se prosterne. Il a mis au feu la moiti√© de ce bois, de l'autre moiti√© il en a pris pour cuire sa viande, & pour faire bouillir son pot, dont il a mang√© tant qu'il a voulu ; il s'est chauff√©, & a dit: Bon, j'ai bien chaud, j'ai fait bon feu : Et du reste de ce m√™me bois, il s'en fait Un Dieu, & une idole, devant laqUelle il se prosterne, qu'il adore ; et qu'il prie, en lui disant : D√©livrez-moi , car vous √™tes mon Dieu. Ils ne connoissent rien, & ils ne comprennent rien : leurs yeux sont enduits de peinture, en forte qu'ils ne voyent point, & que leur cŇďur n'entend point. Ils ne rentrent point en eux-m√™mes, ils n√ę font point de r√©flexion, & il ne leur vient pas la moindre pens√©e de dire : J'ai fait du feu de la moiti√© de ce bois ; j'en ai fait cuire des pains sur les charbons, j'y ai fait cuire la chair que j'ai mang√©e, & du reste j'en ferai une idole ? Je me prosternerai devant un tronc d'arbre ? Une partie de ce bois est d√©ja r√©duite en cendre, & cependant son cŇďur insens√© adore l'autre, & il ne pense point √† tirer son √Ęme de l'√©garement ou elle est, en disant : Cet ouvrage de mes mains ne feroit-il pas un mensonge ? Souvenez-vous de ceci, Jacob, & Isra√ęl, parce que vous √™tes mon serviteur, ne m'oubliez point (Augustin Calmet, Commentaire litteral sur tous les livres de l'ancien et du nouveau Testament, 1726 - books.google.fr).

La ville de Gisors , situ√©e sur la rive droite de la rivi√®re d'Epte, au milieu d'une campagne riante et fertile, entre Paris et Rouen, √† quatorze lieues environ de l'une et de l'autre ville, est peupl√©e et bien b√Ętie. Ses fortifications, dont il reste encore des ruines et quelques tours, avaient √©t√© construites par Henri 1er et la rendaient presque imprenable. Gisors a trois portes et trois faubourgs; elle avait trois couvents de religieux, quatre de religieuses et une seule paroisse. L'√©glise paroissiale est d√©di√©e √† saint Gervais et saint Protais. Le portail est d'une ordonnance toute particuli√®re. Il a trois portes : celle du milieu est dans un grand cintre surmont√© de plusieurs autres et d'une colonnade. Le pilier qui s√©pare les deux c√īt√©s est tr√®s remarquable par son travail : chaque pierre est sculpt√©e avec autant de soin qu'un ouvrage d'orf√®vrerie , et repr√©sente quantit√© de peiits personnages. Au milieu de la grande porte il y a un pi√©destal sur lequel est une fisure de la Vierge; au-dessus celle de J√©sus-Christ, et aux deux c√īt√©s du cintre sont les statues de David et d'Isa√Įe. Audessus de ces figures on voit un grand cintre dans lequel est un fort beau bas-relief repr√©sentant le r√™ve de Jacob. Les angles de ce cintre sont accompagn√©s de figures d'anges tenant des palmes, qui sont aussi tr√®s belles (Aubin-Louis Millin, Abr√©g√© des antiquit√©s nationales, ou recueil de monuments pour servir √† l'histoire de France, Volume 1, 1837 - books.google.fr).

L'Hospice de Gisors doit avoir une origine bien ancienne, puisque dans la plupart des chartes du moyen-√Ęge, relatives √† Gisors, il en est fait mention. Nous savons que Philippe-Auguste, le 28 septembre 1198, apr√®s sa chute dans l'Epte, fonda en action de gr√Ęce de sa d√©livrance, dans l'H√ītel-Dieu de Gisors, qui existait alors dans l'√ģle Le Bon, une chapelle, d√©di√©e √† N.D. de Piti√©. Cet hospice connu sous le nom de Saint-Antoine, fut br√Ľl√© en 1519, au mois de mars, lors d'un terrible ouragan qui arracha une grande partie des arbres de la for√™t composant les territoires des Sept-Villes-de-Bleu avoisinant Gisors. Alors il fut reb√Ęti √† l'endroit o√Ļ a √©t√© fond√© depuis le couvent des Annonciades. Il prit alors le nom d'H√īpital Saint-Louis, en m√©moire des lib√©ralit√©s que fit ce pieux roi √† cet √©tablissement. La statue de Saint-Louis √©tait nagu√®re plac√©e au-dessus de la porte ext√©rieure de la chapelle de l'hospice. Au-dessous √©tait cette inscription, tir√©e du proph√®te Isa√Įe (XLIX,23) : Erunt Reges Nutritii Tui (Les Rois seront vos nourriciers) (P. F. D. Hersan, Histoire de la ville de Gisors, 1858 - books.google.fr).

Isa√Įe dit apr√®s (LX,16) dans le meme sens, que Juda sucera le lait des nations, & la mammelle des Rois qu'il sera nourri comme un enfant de Roi (Augustin Calmet, Commentaire litteral sur tous les livres de l'ancien et du nouveau Testament, 1726 - books.google.fr).

Jacques Deschamps, docteur en Sorbonne, auteur d'une traduction d'Isa√Įe, mort en 1759, a √©t√© cur√© de Dangu, pr√®s de Gisors (G√©d√©on Dubreuil, Gisors et ses environs: histoire, chroniques, l√©gendes et portraits, 1857 - books.google.fr).

La baie 30 de l'√©glise Saint Gervais de Gisors pr√©sentait un vitrail pos√© en 1584 par Romain Buron, restaur√© par lui et par Oudoin du Val en 1588, d√©truit au XVIIIe s. Lanc. : les proph√®tes Isa√Įe et Zacharie et la sybille Samienne et Cimm√©rienne. Tympan : armes de France, de Normandie et de Gisors (Les vitraux de Haute-Normandie, 2001 - books.google.fr).

Etêtage des arbres et décapitation de saints

La pratique d‚Äô√©mondage est tr√®s ancienne. Les √©tudes arch√©ologiques la font remonter au n√©olithique [Rasmussen 1990]. √Ä l‚Äô√©poque pr√©historique, les feuilles d‚Äôorme et de fr√™ne auraient constitu√© l‚Äôalimentation principale du b√©tail [Iversen 1960 ; Spray 1980 ; Troels-Smith 1960 cit√©e par Vera 2000 : 81]. Les textes datant des p√©riodes romaines √©voquent la consommation de fourrage ligneux par le b√©tail. En Europe centrale et occidentale, l‚Äôorme, le fr√™ne, le sorbier, le noisetier, l‚Äôaub√©pine et m√™me certains conif√®res auraient √©t√© taill√©s afin de produire du fourrage [Vera op. cit. : 110]. Les repr√©sentations picturales des paysages, les √©crits (litt√©rature savante, textes de droit, baux de fermage) et la pr√©sence de vieux arbres √©mond√©s prouvent la fr√©quence de ce mode de culture de l‚Äôarbre en Europe au cours des si√®cles pass√©s. Haeggstrom [1994, 1996] a remarqu√© combien on figurait les arbres √©mond√©s dans les peintures d√®s le Moyen √āge et ce jusqu‚Äô√† nos jours. Il consid√®re que le tableau ¬ę Les Tr√®s Riches Heures de Jean Duc de Berry ¬Ľ, datant de 1411-1416, est la premi√®re repr√©sentation r√©aliste d‚Äôarbres √©t√™t√©s, entretenus, dispos√©s de fa√ßon lin√©aire le long de la Seine [Haeggstrom 1994]. Linnard [2000 : 21] a retrouv√© une illustration du XIIIe si√®cle montrant des arbres √©mond√©s et en taillis. [...]

L‚Äô√©mondage ne se limitait pas √† l‚Äôusage d‚Äôune esp√®ce ligneuse. Au contraire √©taient taill√©es maintes essences, tels le fr√™ne, l‚Äôorme, le h√™tre, le ch√™ne, le saule, l‚Äôaulne, le charme, l‚Äôaub√©pine, l‚Äô√©rable, le prunellier, le houx, le ch√Ętaigner. Le fr√™ne et l‚Äôorme √©taient particuli√®rement recherch√©s pour le fourrage [Spray op. cit.]. Le charme servait √† la fabrication de charbon de bois de tr√®s bonne qualit√© mais √©tait √©galement raval√© pour son feuillage [Haeggstrom 1998 ; Warrington et Brookes 1998]. Aujourd‚Äôhui les saules t√™tards sont encore √©t√™t√©s pour d√©gager les voies d‚Äôeau [Barnes et Skipper 1995]. [...]

En 1706, reprenant la th√®se de Timothy Nourse, il commente l'impact de l'√©mondage sur les arbres : les ch√™nes et les ormes √©t√™t√©s ont des troncs de grande circonf√©rence mais ce sont des troncs creux. Le fr√™ne pr√©sent dans les haies, une fois ¬ę d√©capit√© ¬Ľ (decapitated), se remet difficilement de la lame de la scie (Sandrine Petit, Charles Watkins, L‚Äô√©t√™tage et l‚Äô√©mondage des arbres en Grande-Bretagne (1600-1900), √Čditions de l‚ÄôEHESS, √Čtudes rurales, 2004/1-2 - N¬į 169-170 - books.google.fr).

On peut établir un parallèle entre les saints réfugiés dans ou sur des ormes et décapités avec de tels arbres dits têtards, étêtés.

Saint Li√© (Laetus) √©tait natif du village de savins, pr√®s de Provins. son p√®re s'appelait Perrin, et sa m√®re Eg√©e. Ils √©taient tixiers de leur m√©tier. Cet enfant, d'une beaut√© remarquable, √©tait d'un naturel doux, ce qui le faisait aimer de tout le monde et particuli√®rement de ses compagnons. Elev√© dans la religion chr√©tienne, il √©tait tr√®s pieux et priait Dieu jour et nuit avec beaucoup de recueillement. Or, il y avait en ce temps-l√†, √† Savins, de m√©chants garnements, du nom d'Achins, qui √©taient ses cousins-germains et ses camarades, lesquels ne connaissaient pas le vrai Dieu, adonn√©s aux vices les plus inf√Ęmes et adorant les idoles. Ces impies ayant √©t√© plusieurs fois repris par saint Lie, ne pouvaient le souffrir et r√©solurent de le tuer. L'ayant donc rencontr√© proche une fontaine, dans la vall√©e de Savins, Ils voulurent se saisir de lui. Le jeune enfant s'√©chappa de leurs mains et s'enfuit jusqu'√† deux ormes qui √©taient sur une montagne proche une fontaine, et monta sur un de ces arbres. Mais ces m√©chants l'ayant aper√ßu, frapp√®rent l'arbre √† coups de coign√©e pour l'abattre. Saint Li√© jet√© √† bas par ces cruels, tomba sur un gr√®s. Les vestiges laiss√©s par ses mains et sa t√™te se voient encore aujourd'hui imprim√©s sur ce gr√®s, conserv√© dans la chapelle b√Ętie sur le lieu de son supplice. Pendant que ce jeune enfant priait pour ses pers√©cuteurs, un d'eux lui coupa la t√™te sur le m√™me gr√®s. Apr√®s quoi, les meurtriers s'en √©tant all√©s, le tronc du corps de ce saint martyr se leva, et presnant sa t√™te entre ses deux mains, il la porta jusqu'√† l'√©glise de saint Denis, patron de Savins, de laquelle les portes, quoique ferm√©es, s‚Äėouvrirent pour recevoir le saint comme en triomphe : Et ceci arriva l'an mil cent soixante, Et neuf, le deuxi√®me jour de juillet (Edmond Du Sommerard, Mus√©e des Thermes et de l'H√ītel de Cluny. Catalogue et description des objects d'art de l'Antiquit√©, du Moyen √āge et de la Renaissance, expos√©s au mus√©e, 1872 - books.google.fr).

Saint Denis, premier évêque de Paris, le fut aussi, pense-t-on à Meaux. Céphalophore. il porta, dit-on, sa tête dans ses mains après sa décapitation. A Savins, sa statue s'élève auprès de celle du céphalophore saint Lié qui en est le reflet (Paul Bailly, Toponymie en Seine-et-Marne: noms de lieux, 2007 - books.google.fr).

A la m√™me √©poque, pr√®s de Gisors, saint Clair continua aussi √† marcher en tenant sa t√™te dans les mains. Sous Godefroy, prenant le nom de Gisors en 1075, descendant du comte de vexin Gauthier, la ville devient fief de l'abbaye de Saint Denis. Les comtes du vexin jouissaient d'un privil√®ge : √† la bataille, ils marchaient devant le roi de France lui m√™me et leur banni√®re avait le pas sur toutes les autres. Or, cette banni√®re couleur de feu sem√©e de flammes d'or √† l'image de l'√©p√©e flamboyante dont, selon la Chanson de Roland, elle tirait son origine fabuleuse, s'appelait la Romaine ou la Monjoie. D√©sormais pos√©e sur la tombe du martyr parisien, elle est appel√©e Oriflamme ou le Vexin en raison de son origine. Son r√īle pourrait faire penser que si Gisors est vassale de Saint denis selon les chartes, elle est en r√©alit√© la suzzeraine en vertu de quelque convention occulte. C'est en effet l'Oriflamme qui pr√©side au sacre des rois de France et ceux-ci la v√©n√®rent comme une relique. Quand ils partent en guerre, ils ne peuvent la prendre qu'apr√®s avoir fait hommage √† je√Ľn, √† genoux, t√™te nue, ceinture d√©nou√©e, et avoir jur√© sur la Vierge, de la d√©fendre fid√®lement. Elle reste ensuite roul√©e dans une custode jusqu'√† l'instant de la charge o√Ļ on la d√©ploie solennellement tandis que retentit le cri de guerre du roi : "Montjoie saint Denis !". On con√ßoit qu'il soit alors √©crasant, l'honneur de tenir cet √©tandard au poing ; on d√©signe celui qui le tient du nom latin Signifer : Porteur du Signe, qui s'applique aussi au Zodiaque ; et comme le signe est en l'occurence celui du soleil et du feu, le porte-vexin pourrait s'appeler en latin Lucifer et en grec Posphore : porteuir de feu, de lumi√®re (G√©rard de S√®de, Les Templiers sont parmi nous, J'ai lu, pp. 197-198, fr.wikipedia.org - Oriflamme de Saint-Denis).

Signe du Lion flamboyant

Gisors (31 juillet) et le Vexin se trouve nonagonalement dans le signe zodiacal du Lion, signe de feu. Lyons la Forêt, dans le Vexin, est donc au Lion. Le village s'appelait à l'origine Saint-Denis, d'ailleurs l'église du village est placée sous le vocable de saint Denis.

Le Vexin fran√ßais est l'une des r√©gions de l'hexagone dont le paysage monumental a √©t√© le plus profond√©ment marqu√© par la diffusion de l'art flamboyant. L'√©tude sur un demi-si√®cle (1495-1548) de la reconstruction de la grande √©glise de Gisors permet, gr√Ęce √† une exceptionnelle documentation √©crite, de saisir les composantes humaines, mat√©rielles et formelles de ce qui fut l'un des plus grands chantiers du temps aux confins de la Normandie, de la Picardie et de l'√éle-de-France.

Scie

¬ę Lorsque le grain est en √©tat d'√™tre sci√©, dit Columelle, il faut le moissonner promptement avant qu'il soit br√Ľl√© par les chaleurs, qui sont tr√®s fortes au lever de la canicule; car tout d√©lai √† cette √©poque est suivi de beaucoup de perte; d'a¬ę bord parce qu'il devient la proie des oiseaux et ¬ę des autres animaux, et ensuite parce que le grain et m√™me les √©pis, abandonnent leurs tiges brul√©es; et s'il survient des orages et des tourbillons de vent, la plus grande partie est abattu sur la ¬ę terre. Ainsi donc, d√®s que le bled est √©galement blond, avant que le grain durcisse, et lorsqu'il commence √† prendre une couleur rouge√Ętre, il faut sans nul d√©lai que le moissonneur commence √† travailler, ensorte que le grain se renfle en tas ou sur l'aire plut√īt que de cro√ģtre dans le champ; car il arrive toujours au grain qui est sci√© √† bonne ¬ę heure de se renfler ensuite ¬Ľ (De l'agriculture, Livre II, chapitre XX).

Au XVe si√®cle, √† Gisors, les outils de ce genre, fabriqu√©s de ¬ę blanche Ňďuvre ¬Ľ, √©taient r√©glementairement ¬ę asserez du long des dens ¬Ľ (L. Passy, Le livre des m√©tiers de Gisors au XVIe si√®cle, p. 38). ¬ę J'ay veu des faucilles camuses, c'est-√†-dire sans bec poinctu. J'en ay veu a bec poinctu et crochu, qui avoient le trenchant comme un coulteau, sans aucune dentelure. J'en ay veu √† bec poinctu et crochu et menue dentelure : ce sont les communes. ¬Ľ (Ma√ģtre Jean Thierry de Beauvoisis, Annotations √† la traduction fran√ßaise de Columelle par Claude Cotereau, chanoine de Paris, parue √† Paris en 1555. ¬ę Annotations ¬Ľ sur le chap. XXI du Livre II, p. 100, (sic) pour 110.)

Thomas Corneille d√©finit la faucille : ¬ę Instrument fait en demi cercle, qui a de petites dents plus d√©licates que celles des scies et avec lequel on scie les bleds. Il est mince, peu large et emmanch√© d'un petit manche de bois... ¬Ľ (Le Dictionnaire des arts et des sciences, t. I, √©d. de 1694, p. 420 ; √©d. de 1732, p. 439.)

Pour le Dictionnaire de Tr√©voux, il n'y a aucun doute : la faucille est un ¬ę instrument avec lequel on scie les bl√©s ¬Ľ, elle a ¬ę des petites dents plus d√©licates que celles des scies...¬Ľ. ¬ę Quelques-uns en ce sens, disent soyer ou seier ; mais les honn√™tes gens disent scier...¬Ľ (Jean Meuvret, Le probl√®me des subsistances √† l'√©poque Louis XIV: La production des c√©r√©ales dans la France du XVIIe et du XVIIIe si√®cle, 1977 - books.google.fr).

La Soci√©t√© de Ecole des chartes vient de perdre un de ses plus anciens et plus aim√©s confr√®res Louis Passy qui est √©teint √† Gisors (Eure) dans sa quatre-vingt-quatri√®me ann√©e le 31 juillet 1913. N√© √† Paris le 4 d√©cembre 1830 Louis-Paulin Passy apr√®s avoir termin√© ses √©tudes au coll√®ge Bourbon √©tait entr√© en 1850 Ecole des chartes et avait obtenu le 16 novembre 1852 le dipl√īme d'archiviste pal√©ographe. Docteur en droit en 1857, il s'√©tait pr√©sent√© √† la deputation en 1863 et 1869 mais ne fut √©lu en 1871 √† l'Assembl√©e nationale. Constamment r√©√©lu depuis par le d√©partement de l'Eure √† la Chambre des d√©put√©s, dont il √©tait le doyen depuis cinq ans, il avait √©t√© sous-secr√©taire d'√Čtat aux finances de 1874 √† 1877. Devenu secr√©taire perp√©tuel de la Soci√©t√© nationale d'agriculture de France en 1883, il avait √©t√© √©lu en 1897 membre libre de l'Acad√©mie des sciences morales et politiques. Collaborateur de la Biblioth√®que de l'√Čcole des chartes, du Journal des D√©bats, du Journal des √©conomistes, de la Revue des Deux-Mondes, Louis Passy a laiss√© aussi de nombreux ouvrages d'√©conomie politique, d'histoire administrative et plusieurs publications historiques, principalement relatives au d√©partement de l'Eure (Gustave Fagniez, Louis Passy. In: Biblioth√®que de l'√©cole des chartes. 1913, tome 74 - www.persee.fr).

La pose et le d√©montage des cintres, des √©tais et surtout des √©chafaudages, t√Ęches √† la port√©e des ma√ßons et des manŇďuvres, justifiaient qu'une scie √† bois ait toujours figur√© dans l'outillage commun. Celle qui fut achet√©e en 1520 mesurait 4 pieds de long (1,3 m) et ne co√Ľtait que 7 livres, preuve que sa lame n'avait pas les m√™mes qualit√©s de r√©sistance que celles des scies √† pierre. En 1547, le travail du bois sur le chantier se faisait √©galement √† l'aide d'une serpe (√Čtienne Hamon, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors et les √©glises du Vexin fran√ßais, 2008 - books.google.fr).

Le proph√®te Isa√Įe se r√©fugie aussi dans un arbre avant d'√™tre sci√© en deux par des charpentiers du roi Manass√© (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : L‚ÄôAffaire G√©lis et les charpentiers d‚ÄôIsa√Įe).

Canicule et Erigone

Les dates traditionnelles de la Canicule sont entre le 20 juillet et le 20 ao√Ľt.

Hugues de Gisors donna en 1067 l'√©glise de cette ville √† l'abbaye de Marmoutiers. D√©j√† avant cette √©poque le prieur√© de Sa√Įnt-Ouen avait √©t√© fond√© sous la d√©pendance de cette abbaye. C'√©tait un plein fief de Haubert. Le plus ancien prieut dont le nom sesoit conserv√© est Fr√®r√© Baudouin, prieur en 1181. De 1410 √† 1419, on trouve aussi un autre prieur nomm√© don Michel Fourmont, dont la famille existe encore a Gisors. Ce prieur√© n'√©tait plus qu'un b√©n√©fice simple lorsque M. LouisFran√ßois de Vass√©, qui le tenait en commande, chercha √† l'unir √† l'abbaye de Gomerfontaine. En 1711, il a √©t√© uni aux j√©suites (Bulletin de l'Ancienne soci√©t√© d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du D√©partement de l'Eure, 1834 - books.google.fr).

Pour M. B. Robreau, la date du 24 septembre, f√™te de saint Germer, n'est pas al√©atoire : elle s'articule sym√©triquement avec celles des autres compagnons de saint Ouen : Wandrille, Philibert et Agil, autour de la date charni√®re du 24 ao√Ľt, mort de saint Ouen, laquelle correspond √† la fin de la Canicule (Mythologie fran√ßaise: bulletin de la Soci√©t√© de mythologie fran√ßaise, Num√©ros 226 √† 229, 2007 - books.google.fr).

Le chien est l'animal m√©lancolique par excellence ; Durer le couche aux pieds de l' ¬ę ange noir ¬Ľ de sa fameuse gravure de 1514 (M√©lancolie I, Paris, bn B 14). La ¬ę m√©lancolie canine ¬Ľ se d√©clenche pendant la Canicule, quand montent dans le ciel la n√©faste constellation du Chien et l'√©toile Sirius. Henri de Ferri√®res pr√©voit cinq cas de maladies : l'¬ę ongle ¬Ľ (abc√®s entre iris et corn√©e), le mal d'oreilles, l' ¬ę enfonture ¬Ľ ou ¬ę rongne ¬Ľ (gale inv√©t√©r√©e), la constipation et la rage, dont il ne distingue que deux formes (¬ę rage cordial ¬Ľ et ¬ę rage esragant ¬Ľ). Sa pharmacie est v√©g√©tale : herbes ou arbres (la branche d'orme en s√®ve que l'on met au cou du chien atteint d'¬ę ongle ¬Ľ, jusqu'√† ce qu'elle soit dess√©ch√©e) fournissent les ingr√©dients, m√™l√©s parfois dans du vinaigre ; quelques huiles essentielles comme le rosat compl√®tent les rem√®des simples offerts par la nature (Armand Strubel, Chantal de Saulnier, Livres de chasse du XIVe si√®cle, 1994 - books.google.fr).

Dans la médecine humorale, la saison intervient puissamment dans l'expression de la maladie, tout comme le tempérament du malade. La chaleur de l'été, quand s'élève la constellation du Grand Chien avec son étoile majeure, Sirius, appelée Canicule par VARRON, est plus propice à la rage. La constitution chaude et sêche du chien le prédispose à la rage (AETIOS d'Amida, ca. 502-575, Tetrabiblos, VI, in THEODORIDES, op. cit. : 44).

Henri de Ferri√®res (Le roi Modus et la reine Ratio, √©crit entre 1354 et 1374) distingue plusieurs rages, dont il n'y a que deux qui soient mordantes : la rage de cŇďur et la rage enrag√©e (Pierre C. Lile, Y. Lignereux, La rage √† la fin de l'ancien r√©gime dans ke cours complet d'agriculture de l'abb√© Rozier : Etude m√©dicale et v√©t√©rinaire - cehm.toulouse.free.fr).

C'est à cette époque, et la contribution du comte de Foix n'y est pas totalement étrangère, que le traité de chasse, ouvrage technique, devient le livre de chasse, oeuvre de plus en plus littéraire.

Cette √©volution va s'accentuer avec Gace de La Buigne, chapelain de Philippe VI puis de Jean le Bon, auteur d'un livre de chasse, le Roman des d√©duis et Henri de Ferri√®res, seigneur de Gisors, ¬ęun enfant d'une des plus illustres famille de Normandie ¬Ľ, qui vont tous deux introduire de nombreuses all√©gories dans le livre de chasse. Nous nous attarderons sur Henri de Ferri√®res dont la famille, propri√©taire de la for√™t de Br√©teuil,' assistait aux chasses royales. Gunnar Tilander indique que ¬ę le si√®ge de la famille √©tait √† Ferri√®res-Saint-Hilaire, au bailliage d'√Čvreux, dans le vicomt√© d'Orbec (Eure, arrondissement de Bernay, canton de Broglie) ¬Ľ. Apr√®s la destruction de leur ch√Ęteau de Ferri√®res durant les guerres anglo-normandes du XIVe si√®cle, la famille se retira √† Chambrais. Outre des documents mentionnant ¬ęune donation √† Henry de Ferieres, chevalier, prisonnier de nos ennemis, dat√©e le 29 avril 1347 et des quittances de gages et d'autres documents relatifs √† Henri de Ferieres, chevalier, seigneur de Gisors, depuis 1369 chastellain et capitaine du chastel du Pont de l'Arche de Rouen ¬Ľ, on trouve peu de renseignement sur les Ferri√®res. Dans les Livres du Roy Modus et de la Royne Ratio (1360), Henri de Ferri√®res met en sc√®ne les animaux tant dans le cadre d'un trait√© de chasse (le Livre des Deduiz, premier livre) que dans une intention de morale politique (le Songe de Pestilence, deuxi√®me livre).

Pour lui, les animaux sont des cl√©s permettant de comprendre le monde. Comme dans les bestiaires, chaque b√™te est une figure de Dieu ou du diable. C'est √† la reine Ratio, personnage principal du Songe de Pestilence, que l'auteur confia la t√Ęche d'expliquer le sens cach√© de chaque animal, offrant par le fait m√™me aux hommes des mod√®les de bonne conduite. Les intentions didactiques de l'auteur sont typiques d'un √©tat d'esprit courant au XIVe si√®cle. √Ä la premi√®re lecture de l'ouvrage d'Henri de Ferri√®res, c'est le m√©lange d'esprit pratique et m√©taphorique qui √©tonne (Jenny Brun, Repr√©sentations du prince dans la fable animale (milieu du XIIIe si√®cle - fin du XVe si√®cle) : de l'√©loge √† la satire, Tome 1, 2008, pp. 124-125).

Les Latins nommaient la lycanthropie ¬ę m√©lancolie, rage lupine, insania lupina ou folie louvi√®re ¬Ľ.

Un √©dit de l'archev√™que d'York, dat√© de 766, dit que : ¬ę si un loup attaque quelque troupeau et qu'un animal ainsi attaqu√© en meurt, il est interdit aux chr√©tiens d'en consommer la viande ¬Ľ. On ignore si cet √©dit a un rapport avec le mythe du loup-garou mais les sympt√īmes de la rage pr√©sentent en effet des points communs remarquables avec la description des lycanthropes dans les l√©gendes. Cette maladie affectant le syst√®me nerveux central fut principalement v√©hicul√©e par les loups, les chiens et les renards, et √™tre mordu par un loup enrag√© pourrait effectivement, de ce point de vue, changer la victime en homme-loup (Guillaume de Lavigne, Les chiens c√©l√®bres, R√©els et Fictifs, dans l'Art, la Culture et l'Histoire, 2015 - books.google.fr).

Au Moyen Age, lorsqu'un loup √©tait pris, on le pendait ; la coutume s'est perp√©tu√©e dans les campagnes jusqu'au XIX√®me si√®cle ; de nombreux toponymes t√©moignent de cette pratique ("l'orme au loup"; "ch√™ne √† leu") (Ga√ęl Milin, Les chiens de Dieu: la repr√©sentation du loup-garou en Occident, XIe-XXe si√®cles, 1993 - books.google.fr).

La Canicule est un Signe c√©leste qui nous am√®ne les jours caniculaires. Les po√®tes l'app√®lent encore Procyon, de deux mots grecs qui signifient avant chien, parce que cette constellation en pr√©c√®de une autre qu'on appel√© Sirius ou le grand chien; les po√®tes donnent encore √† l'une et √† l'autre de ces constellations le nom de chien c√©leste. Il y a deux opinions sur l'origine de ce chien c√©leste. Selon les uns, c'est le chien que Jupiter donna √† Europe pour la garder, et dont Minus fit pr√©sent √† Procris, et celle-ci √† C√©phale; selon d'autres, c'est le chien d'Icarius. Ce prince ayant √©t√© tu√© par des paysans qu'il avait enivr√©s, son chien conduisit pr√®s du cadavre Erigone, sa fille, qui se pendit de d√©sespoir. Jupiter, pour r√©compenser sa pi√©t√© filiale, la pla√ßa dans la constellation qu'on nomme la Vierge, et le chien, mis au raug des constellations, fut appel√© la Canicule. √Čpit. Ardente, br√Ľlante, bouillante, chaude, apre, enflamm√©e, s√®che, fi√©vreuse. P√©riph. Les feux de la Canicule, les feux de Sirius. La canicule en feu d√©vora les campagnes (L. J. M. Carpentier, Le gradus fran√ßais, ou Dictionnaire de la langue poetique, 1822 - books.google.fr).

Contrairement par exemple au pays de Caux, la vigne n'est pas rare dans le Vexin normand et sur la vall√©e de l'Epte6, mais la modicit√© du banvin nous interdit tout exc√®s d'enthousiasme. Nombreuses mentions de vignes dans les aveux et d√©nombrements des XIVe-XVe si√®cles √† Etr√©pagny, Neaufles-Saint-Martin, Gisors (Bruno Nardeux, Neuf-March√©s-en Lyons, radiographie d'une ch√Ętellenie, Des ch√Ęteaux et des sources, 2008 - books.google.fr).

La culture de la vigne √©tait pratiqu√©e dans les zones favorables, sur les coteaux bien expos√©s et prot√©g√©s des vents, mais surtout le long des rivi√®res ou des fleuves, qui permettaient une exportation facile de la production. En basse Normandie, on trouvait des vignobles autour d'Avranches, sur les coteaux d'Argences, pr√®s de Caen, et ceux du pays d'Auge, surplombant la Dives. La principale zone de culture se situait en haute Normandie, le long de la vall√©e de la Seine, sur la rive gauche, entre Gaillon et Vernon. C'√©tait l'ancien vignoble de Longueville. Les grandes abbayes normandes et l'archev√™que de Rouen, qui poss√©dait Gaillon, s'approvisionnaient l√† pour leur consommation courante. Une derni√®re zone viticole √©tait localis√©e dans le Vexin normand, √† proximit√© de Gisors, o√Ļ elle faisait la jonction avec le vignoble parisien, produisant le ¬ę vin de France ¬Ľ. Les abbayes faisaient souvent venir un meilleur vin de r√©gions plus r√©put√©es (comme la Bourgogne ou les pays de la Loire) (Fran√ßois Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, XIVe-XVe si√®le, 2008 - books.google.fr).

Erigone devient la constellation de la Vierge, Icare, celle du Bouvier et son chien le Grand chien : le tombeau du Bootes (Bouvier) se trouvait √† Mantin√©e o√Ļ se r√©fugia P√©n√©lope, autre fille d'Icarius, et o√Ļ se trouve un tombeau d'Anchise p√®re d'En√©e (Autour de Rennes le Ch√Ęteau : Retire-moi de la boue : la couronne bor√©ale).

Chiens de Gisors

Jean de Boudeville, seigneur de Vaux pr√®s Gisors, adopta ces m√™mes pi√®ces pour ses armes, les disposant dans un ordre diff√©rent, ainsi qu'il convenait, et, afin de symboliser son f√©al attachement, y ajoutant, en pointe de l'√©cu , un chien, animal dont les anciens h√©raldistes ont fait l'image de la vigilance et de la fid√©lit√©. ¬ę Boudeville : d'azur √† la face d'or, accompagn√©e en chef de trois visages de femme de carnation, les cheveux et le col d'or et en pointe d'un chien passant d'argent ¬Ľ, sur les armoiries peintes √† diverses pages du livre matheloge de la confr√©rie gisortienne de l'Assomption (Bulletin philologique et historique (jusqu'√† 1610) du comit√© des travaux historiques et scientifiques, 1925 - books.google.fr).

Gauthier III, mort en 1065 avec sa femme empoisonnés dit-on par Guillaume le Conquérant, comte de vexin, épousa Biote, fille d'Herbert Ier, dit Eveille-Chien, comte du Maine (L'art de vérifier les dates, Volume 5, 1818 - books.google.fr).

Quatre vicomtes de Gisors, au moins, furent des vicomtes de ¬ę carri√®re ¬Ľ : Jean Le Tonnelier, vicomte de Gisors de 1381 √† 1405, le fut de nouveau en 1411, devint, en 1404 et 1405, vicomte de Caen; on le retrouve, sous le r√®gne de Charles VII, receveur du domaine de la vicomt√© de Carentan. Jean Le Chien, vicomte de Gisors en 1403-1404, √©tait, en 1413, vicomte d'Avranches (M√©moires de la Soci√©t√© historique et arch√©ologique de Pontoise et du Val-D'Oise et du Vexin, Volumes 44 √† 46, 1935 - books.google.fr).

Le titre est simplement vicomte de Gisors, ou vicomte de la vicomté de Gisors. Lorsque la ville est donnée en douaire : vicomte de la reine. Entre 1350 et 1419, et de nouveau vers 1460, le vicomte est en même temps receveur.

La carri√®re de Robert de Lettre est encore plus vari√©e : vicomte d'Evreux pour le roi Charles V, d√®s que celui-ci eut pris cette ville √† Charles le Mauvais en avril 1378, il devint vicomte de Gisors pour la reine Blanche (1391-1398), apr√®s quoi il retourne imm√©diatement au service du roi en qualit√© de vicomte de Breteuii (sur Iton) o√Ļ il restera jusqu'en 1403, puis vicomte de Coutances de 1403 √† 1405 et enfin , de nouveau, vicomte de Gisors de 1405 √† 1411, date de sa mort (M√©moires de la Soci√©t√© historique et arch√©ologique de l'arrondissement de Pontoise et du Vexin, Volume 55, 1954 - books.google.fr).

Orme, amitié dans l'histoire du roi David (Rois, Paralipomènes - Chroniques - , 2 Samuel)

L'Amiti√© est v√™tue de blanc, les cheveux d√©velopp√©s naturellement, pour d√©montrer sa puret√© et sa candeur parfaites. Les mots longe et prope, √©crits sur son sein d√©couvert du c√īt√© du cŇďur qu elle tient √† la main, annoncent que, de pr√®s ou de loin , elle est toujours la m√™me. Les expressions trac√©es sur le bas de sa robe, d√©montrent sa constance non seulement pendant la vie, mais encore apr√®s la mort qu'elle foule aux pieds. Elle est sans chaussure, comme ne craignant aucune fatigue, et porte une couronne de myrthe, parce que cette plante ne perd jamais sa couleur. Les grenades indiquent l'union et la concorde; le chien, la fid√©lit√©. Pour son embl√™me, on place pr√®s d'elle un orme dess√©ch√©, autour duquel s'enlace une vigne charg√©e de fruits; ce qui d√©montre que dans les succ√®s ou les revers, les vrais amis ne s'abandonnent jamais. [...] L'Inimiti√© est couverte d'une √©toffe noire, parsem√©e de flammes, pour indiquer la col√®re m√™l√©e √† la m√©lancolie. Son bras droit est mena√ßant; de la main gauche, elle serre une anguille, poisson qui, suivant Apollonius, fuit les autres par inimiti√© (Filippo Pistrucci, Iconologia ovvero immagini di tutte le cose principali a cui liumano talento ha finto un corpo, traduit par Sergent Marceau, Volume 1, 1819 - books.google.fr).

Or les Isra√©lites, qui √©taient au del√† de la vall√©e (de Jezra√ęl), et au del√† du Jourdain, voyant que les hommes d'Isra√ęl avaient fui, et que Sa√Ļl √©tait mort avec ses fils, abandonn√®rent leurs villes et s'enfuirent; et les Philistins y accoururent et y habit√®rent. Le lendemain de la bataille, les Philistins vinrent pour d√©pouiller les morts, et trouv√®rent Sa√ľil et ses trois fils gisant sur la montagne de Gelbo√ę. Ils coup√®rent la t√™te √† Sa√ľl, et lui √īt√®rent ses armes; et ils envoy√®rent par tout le pays des Philistins pour r√©pandre cette nouvelle, en la publiant dans le temple de leurs idoles et parmi les peuples. Ils mirent les armes de Sa√Ļl dans le temple d'Astaroth, attach√®rent sa t√™te dans le temple de Dagon, et suspendirent son corps √† la muraille de Bethsan, ville situ√©e pr√®s du Jourdain, √† l'extr√©mit√© de la vall√©e de Jezra√ęl. Les habitants de Jab√®s (h√©breu avec un sin : s√©cheresse, avec un tsad√© : tristesse) de Galaad n'avaient pas oubli√© que la premi√®re entreprise de Sa√ľl, depuis que Dieu l'avait fait chef de son peuple, avait √©t√© de venir √† leur secours, et de les pr√©server de la tyrannie de Naas, roi des Ammonites. Quand ils apprirent le traitement que les Philistins avaient fait √† Sa√ľl, tous les plus vaillants d'entre eux sortirent, march√®rent toute la nuit, enlev√®rent le corps de Sa√ľl et ceux de ses fils, qui √©taient sur la muraille de Bethsan, et revinrent √† Jab√®s de Galaad, o√Ļ ils les br√Ľl√®rent. Ils prirent leurs os, les ensevelirent dans le bois de Jab√®s, sous un arbre, et je√Ľn√®rent pendant sept jours.

David fait mourir l'Amal√©cite qui se vantait d'avoir tu√© Sa√ľl. Il compose une plainte pour c√©l√©brer l'ancienne amiti√© que le liait avec Sa√ľl et Jonathan (Mathieu-Richard-Auguste Henrion, Histoire eccl√©siastique depuis la cr√©ation jusqu'au pontificat de Pie IX, Tome IV, Migne, 1852 - books.google.fr).

Le verset 13 du livre des Rois se trouve r√©uni au verset 12 des Paralipom√®nes - Dans les Rois, sub ulmo, dans les Paralipom√®nes, sub quercu : on a pu les confondre; et d'ailleurs on conno√ģt peu la signification pr√©cise de ces mots; il en r√©sulte seulement que ce fut sous un arbre, sans qu'on puisse en d√©terminer le genre (Augustin Calmet, Sainte Bible en latin et en fran√ßais: ouvrage enrichi de cartes g√©ographiques et de figures, Volume 7, 1821 - books.google.fr).

Un orme qui cro√ģt ordinairement dans les terres cultiv√©es et arros√©es d'eau; c'est pourquoi Isa√Įe rapporte comme une merveille que Dieu en met quand il veut dans les lieux secs et d√©serts. Isa. 41. 19. Ponam in deserto abietem, et ulmum et buxum simul : Je ferai cro√ģtre dans le d√©sert le sapin, l'orme et le buis. C'est une expression all√©gorique pour marquer la conversion des Gentils. (Charles Hur√©, Dictionnaire universel de philologie sacr√©e, Tome IV, Migne, 1846 - books.google.fr).

Au renouvellement de la saison des campagnes, David envoya Joab, avec une arm√©e, faire la guerre aux Ammonites. On mit le si√®ge devant la capitale, apr√®s avoir d√©vast√© le pays √† l'entour. La r√©sistance des assi√©g√©s fut longue et opini√Ętre, et mainte fois les H√©breux souffrirent des vigoureuses sorties que firent les Ammonites (2 Sam. 11, 17). Enfin Joab s'empara de la ville des Eaux (2 Sam. 12, 27), c'est-√†-dire de la basse ville, situ√©e sur les deux bords d'une petite rivi√®re qui tombe dans le Yabbok. Il fit annoncer √† David qu'il √©tait sur le point de se rendre ma√ģtre de Rabbah, et il engagea le roi √† venir lui-m√™me, avec des renforts, pour achever la conqu√™te et pour en recueillir la gloire. David arriva aussit√īt, et s'√©tant empar√© de Rabbah, il enleva au roi des Ammonites sa couronne d'or massif, orn√©e de pierres pr√©cieuses, et se la posa sur la t√™te. On fit un immense butin, et les vaincus furent livr√©s √† des supplices d'une cruaut√© barbare, mais bien m√©rit√©e par ce peuple, qui n'avait voulu accorder la paix aux habitants de Jab√®s que sous la condition de leur crever √† chacun un Ňďil, et qui, dans les pays conquis, fendait le ventre aux femmes enceintes (Amos, 1, 13). David les fit scier en deux, broyer sous des machines de fer, etc. (Salomon Munk, Palestine: description g√©ographique, historique et arch√©ologique, 1856 - books.google.fr).

Des gens de la tribu de Benjamin violèrent la femme d'un lévite de passage dans leur province. Jabès est la ville qui refusa de participa à la punition des coupables.

L'arm√©e des H√©breux d√©vasta et br√Ľla toutes les villes de Benjamin et massacra tous les habitants. Apr√®s cette vengeance terrible, les esprits s'√©tant calm√©s, on regretta d'avoir an√©anti une tribu enti√®re, et un deuil public fut c√©l√©br√© √† B√©thel. Par malheur tous les H√©breux avaient fait un serment solennel de ne point donner leurs filles en mariage aux Benjamites; de sorte que le d√©sastre paraissait irr√©parable. Pour √©viter la perte totale de la tribu de Benjamin, on ne sut imaginer rien de mieux que de tomber sur la ville de Jab√®s-Galaad, dont les habitants n'avaient point envoy√© de contingent pour l'attaque de Gabaa. On extermine les habitants de Jab√®s, √† l'exception de quatre cents vierges, qu'on r√©serve a la tribu de Benjamin. Ensuite on offre la paix aux six cents Benjamites retranch√©s √† S√©la-Rimm√īn (rocher du grenadier), et on leur livre les quatre cents filles de Jab√®s. Quant aux deux cents Benjamites rest√©s sans femmes, on leur conseille de se rendre √† la f√™te nationale qu'on c√©l√©brait tous les ans √† Siloh, et o√Ļ les jeunes filles allaient danser, et on leur permet de surprendre les danseuses et d'en enlever une chacun, afin de la prendre pour femme. De cette mani√®re les parents pouvaient consentir, sans violer leur serment. Ce plan est mis √† ex√©cution et les Benjamites se trouvent r√©tablis (Salomon Munk, Palestine: description g√©ographique, historique et arch√©ologique, 1856 - books.google.fr).

L'orme est, comme le ch√™ne, depuis bien des si√®cles, associ√© √† la double notion de justice et de l√©galit√©. Le vers 13 de la Farce de Ma√ģtre Pathelin, Guillemette ne d√©clare-t-elle pas qu'on ne d√©clare-t-elle pas qu'on ¬ę appelle partout (son mari) "avocat dessous l'orme" ¬Ľ, ce qui a suscit√© les commentaires passionn√©s des philologues ? Or, qui dit ¬ę justice-l√©galit√© ¬Ľ √©voque un domaine qu'a longtemps baign√© le magico-sacr√©. Ainsi, non loin de L√©r√©, √† Sancerre, un lieu-dit a pour nom l'Orme au loup, et, √† l'autre extr√©mit√© du Berry, George Sand cite, dans ses Ma√ģtres sonneurs, l'Orme r√Ęteau, qu'on pr√©tendait hant√© par un homme v√™tu de noir et portant un r√Ęteau sur l'√©paule (J. Mellot, A propos d'une "pierre de l'orme" berrichonne, Arch√©ocivilisation, Volumes 9 √† 15, √Čcole pratique des hautes √©tudes (France), Centre d'√©tudes pr√©- et protohistoriques, 1971 - books.google.fr).

Orme et saint Germain d'Auxerre

En 1426, une croix de pierre y fut plantée par les héritiers de Jehan de Plessis, laboureur à Charonne. De beaux ormes l'ombrageaient à la fin du XVne siècle ; aussi l'appelait-on au début du XVme siècle la place des Ormes; on y allumait le feu de la Saint-Jean le 24 juin de chaque année.

L'√©glise Saint-Germain de Charonne est situ√©e √† flanc de coteau. Une premi√®re chapelle aurait √©t√© √©lev√©e, √† l'emplacement de l'√©glise actuelle, tout au d√©but du Moyen Age, en souvenir d'une l√©gende d'apr√®s laquelle saint Germain, √©v√™que d'Auxerre, aurait, en 429, rencontr√© √† cet endroit et b√©ni pour la premi√®re fois sainte Genevi√®ve, de Nanterre, alors √Ęg√©e de 6 ans. Cette rencontre reste probl√©matique, le chemin d'Auxerre √† Paris √©vitant alors, comme de nos jours, un plateau aussi escarp√©. L'√©glise actuelle est une reconstruction du XVe si√®cle, sauf l'√©tage inf√©rieur de son clocher qui est du XIIe et de la fin du XIIIe. Elle a subi entre 1714 et 1752 de s√©rieuses restaurations et am√©liorations, sur l'initiative de son cur√© : exhaussement du clocher, ouverture du portail lat√©ral, r√©fection de la vo√Ľte. Elle a √©t√© restaur√©e √† nouveau en 1820, 1838 et 1880. [...] La base du clocher, du XIIe et de la fin du XIIIe si√®cle, repose sur de massifs piliers cylindriques aux chapiteaux d√©cor√©s de feuillages gothiques. Sa trav√©e (la deuxi√®me du bas-c√īt√© droit) constitue la partie la plus ancienne de l'√©glise; elle porte un cul-de-lampe du xve si√®cle repr√©sentant une grappe de raisin et des feuilles de vigne symbolisant les anciens vignobles de Charonne. Le ma√ģtre-autel est une reconstruction de 1661 enrob√©e dans des am√©nagements modernes. L'√©glise Saint-Germain-de-Charonne ne contient pas d'oeuvre d'art; la toile repr√©sentant saint Germain b√©nissant sainte Genevi√®ve est, toutefois, attribu√©e √† Joseph Suv√©e (1743-1807). Une pierre incrust√©e dans un pilier du clocher, √† droite dans la grande nef, porte une inscription relative √† la cons√©cration de l'√©glise le 27 juillet 1460. Les deux √©v√™ques mentionn√©s sur cette pierre sont Jacques du Chatellier et Guillaume Chartier, √©v√™ques de Paris de 1427 √† 1438 et de 1447 √† 1472. Deux autres inscriptions, modernes, appliqu√©es sur le mur pignon du c√īt√© du porche sont relatives √† la rencontre, en 429, de saint Germain-d'Auxerre et de sainte Genevi√®ve, et √† la cons√©cration, le 27 juillet 1460 de l'√©glise par Guillaume Chartier (Jacques Hillairet, Les villages, 1954 - books.google.fr).

Vierge protectrice de Paris (Lut√®ce), sainte Genevi√®ve est n√©e √† Naterre vers 422. Elle fut consacr√©e √† Dieu par saint Germain d'Auxerre. Au moment de l'invasion des Huns, en 451, elle rassura les habitants et organisa leur ravitaillement. Vers 475, elle fonda l'abbaye de Saint-Denis. C'est lors d'une procession nocturne √† cette abbaye que se situe le miracle du cierge √©teint qui se rallume. Ce cierge, qui est devenu, pour plusieurs raisons, l'attribut de la sainte, est un souvenir de la parabole des Vierges sages et des Vierges folles. Culte Sainte Genevi√®ve est patronne de Paris ; elle √©tait invoqu√©e contre le ¬ę mal des Ardents ¬Ľ. En 1130 se d√©clara une √©pid√©mie tr√®s grave de ce mal (cf. saint Antoine ermite). Une procession s'organisa derri√®re la ch√Ęsse de la sainte : tous les malades furent gu√©ris sauf trois. Une f√™te fut alors institu√©e le 26 novembre, afin de comm√©morer ce miracle. 10 communes lui sont d√©di√©es en France, surtout en √éle-de-France et en Normandie (Jacques Baudoin, Grand livre des saints: culte et iconographie en Occident, 2006 - books.google.fr).

Pendant la guerre des Cimbres, un orme qui s'√©tait abattu sur l'autel de Junon dans le bosquet sacr√© de Nuc√©ria, et auquel on avait coup√© la cime, se releva de lui-m√™me et continua √† verdir, annon√ßant par l√† que la majest√© du peuple romain, alors en souffrance, se rel√®verait de nouveau (Pline XVI,32,13,2). Isa√Įe le grand po√ęte et le grand voyant se sert d'une fa√ßon toute semblable de la m√™me image quand il parle de la racine de Jess√©; c'est d'elle que doit sortir le rejeton autour duquel les nations de la terre viendront se r√©unir (Ep√ģtre aux Romains XV,12). Le trait√© talmudique H. Beracoth s'appuie sur Isa√Įe (XI,1) pour d√©montrer que la naissance du Messie a eu lieu peu de temps avant la destruction de J√©rusalem, et le Midrasch Tillim r√©pond aux id√©es de ses contemporains lorsqu'il dit : ¬ę C'est du ¬Ľ Messie qu'il est question ici; c'est √† lui que pensait ¬Ľ Isa√Įe, lorsqu'il dit : Il sortira un rejeton de la racine de ¬Ľ Jess√©. ¬Ľ (Johann Nepomuk Sepp, J√©sus-Christ: √©tudes sur sa vie et sa doctrine dans leurs rapports avec l'histoire de l'humanit√©, Volume 2, 1869 - books.google.fr).

L'arbre d√©finit la g√©n√©alogie. Ce faisant, il s'est attribu√© une puissance symbolique de premier ordre √† tel point que d'un orme peu na√ģtre un homme, si l'on en juge par cette planche du XIIIe qui, dans une all√©gorie tr√®s explicite, confond la procr√©ation de l'homme et la croissance de l'arbre. Procr√©ation et filiation alimentent un imaginaire v√©g√©tal puisant ses sources dans la Bible. Engendrer c'est se ramifier, comme le livre du proph√®te Isa√Įe l'indique (XI,1) (Pierre Corvol, Nicolas Postel-Vinay, L‚Äôarbre vasculaire: Nouvelles voies de gu√©rison, 2008 - books.google.fr).

Pendaison

La Tour dite du Prisonnier a sans doute √©t√© modifi√©e au XVe si√®cle, mais elle a gard√© sa structure primitive. Trois √©tages vo√Ľt√©s d'ogives sont desservis par un escalier √† vis. La salle sup√©rieure, orn√©e d'une grande chemin√©e, poss√©dait un four √† pain. Dans la seconde, on conservait avant la R√©volution les archives des juridictions √©tablies √† Gisors; primitivement, cette salle servait de cellier. Enfin, la salle inf√©rieure, situ√©e au niveau du sol des foss√©s ext√©rieurs, constituait vraiment la prison; elle n'√©tait √©clair√©e que par d'√©troites meurtri√®res. Le peu de jour qui filtrait par ces ouvertures permit √† deux h√ītes de cette salle de sculpter dans la pierre tendre de curieux bas-reliefs et de graver ‚ÄĒ immuable occupation de tous les captifs ‚ÄĒ quelques graffiti. Ces bas-reliefs paraissent dater les uns du XVe si√®cle, les autres de 1575, puisque cette date figure avec les initiales de leur auteur qui serait un certain Nicolas Poulain, lieutenant du pr√©v√īt de police.

Quant aux bas-reliefs, ils seraient l'Ňďuvre d'un certain J√©r√©mie Bellanger, √©crivain de la fin du XVe si√®cle, dont on conna√ģt mal les crimes. Quoi qu'il en soit, de la C√®ne √† la Pendaison de Judas, ce sont des √©pisodes de la vie de J√©sus que ces prisonniers ont sculpt√©s. Mais on y discerne aussi un bal de cour, une chasse, deux tournois et l'on retiendra surtout l'inscription : Mater Dei m√©mento mei. Or, cette inscription se retrouve, comme plusieurs sc√®nes, dans des sculptures de l'√©glise de Gisors, si bien qu'un arch√©ologue ing√©nieux a suppos√© que ces bas-reliefs pourraient tout bonnement √™tre l'Ňďuvre des ouvriers qui travaill√®rent √† l'√©glise au XVIe si√®cle. On les aurait log√©s dans la tour du Prisonnier. Cette hypoth√®se n'est pas tellement invraisemblable (Jacques Levron, Ch√Ęteaux et parcs royaux, Ile-de-France, 1964 - books.google.fr).

Suivant un dicton légendaire, quiconque boit l'eau d'une des sources de Gisors se voit ramené dans cette ville par une force mystérieuse et doit y mourir

Le transi de Gisors

A travers la l√©gende de Barlaam et Joasaphat se r√©pandit la m√©ditation du Bodhisattva sur le cadavre, m√©ditation qui faisait partie du sanscrit Lalita-Vistara et d‚Äôo√Ļ provient la repr√©sentation des diff√©rents degr√©s de d√©composition du cadavre que l‚Äôon retrouve dans les fresques du cimeti√®re de Pise et dans plusieurs tombes fran√ßaises de la fin du Moyen √āge (Mario Praz, Oeuvre graphiqye de Jean-Pierre Velly, 1980 - www.velly.org).

Il y eut √† Gisors une Reine Blanche : c'√©tait Blanche de Navarre, surnomm√©e Belle Sagesse, que son oncle le roi Philippe VI de Valois, le battu de Cr√©cy en 1346, fit venir en France dans l'intention de la donner √† son fils, le futur Jean le Bon, le battu de Poitiers en 1356. Mais quand l'oncle, veuf d'une acari√Ętre boiteuse et √Ęg√© de 56 ans, vit cette ni√®cce de 18 ans dont la beaut√© √©tait sans √©gale, il pr√©f√©ra la garder pour lui. Reine de France en 1349, Blanche √©tait veuve d√®s l'ann√© suivante. Elle devint en 1359 douairi√®re de Gisors et de Neaufles. C'est l√† qu'elle se retira et mourut en 1398, √Ęg√© de 70 ans. Ce n'est pas seulement son pr√©nom qui la fit appeler Reine Blanche : on nommait ainsi toutes les reines de Fran,ce devenues veuve, car leurs voiles de deuil √©taient blancs. Or, Blanche fut une veuve exemplaire : elle refusa la main du roi Alphonse XI de Castille en lui r√©pondant fi√®rement : "Les reines de France ne se remarient pas". Ce n'est donc ppoint dans sa conduite qu'il faut chercher l'origine de la tradition qui lui pr√™te des amours secr√®tes. Elle en eut pourtant, mais d'un tout autre ordre si on en juge par son testament, fait √† Neaufles [...] : aux carm√©lites de Paris, Blanche l√©gua "une partie d'un des clous qui perc√®rent le Sauveur", cette relique √©tait ench√Ęss√©e dans une statuette "figurant le Christ tenant ce clou dans sa main" ; A sa fille Jeanne, n√©e en mai 1351 et morte en 1371, alors que la reine √©tait d√©j√† veuve depuis ao√Ľt 1350, elle l√©gua "le livre de Barlaam, Josaphat et de beaucoup d'autres choses, armori√© de France et de Bourgogne" et √† son chapelain Nicole de Rueil "un pot de cristal duquel ist une fleur de lys et y a dedans du lait Notre-Dame" (G√©rard de S√®de, Les Templiers sont parmi nous, J'ai lu, pp. 231-232).

Erigone à la recherche d'un cadavre - la canicule

In the storyline of the Icarius episode Nonnus introduces novelties which, governed by a spirit of ‚Äúhumorous detachment‚ÄĚ, assimilate Icarius ‚Äď the tree-planter chosen by Dionysus to spread his drink in Attica, murdered by those whom he was supposed to benefit, resurging post mortem to instruct his daughter ‚Äď to Christ and, to a considerable extent, his murderers to the Jewish mob killing Christ, and Erigone to Mary Magdalene. A studied mix-ture of Dionysiac and Christian traits indicates that the episode, already in the prologue of the epic, is conceived as a substitute passion essential for Dionysus‚Äô translation to the sky (Konstantinos Spanoudakis, Icarius Jesus Christ ? Dionysiac Passion and Biblical Narrative in Nonnus‚Äô Icarius Episode (Dion. 47, 1 ‚Äď 264), Wiener Studien Band 120/2007, √Ėsterreichische Akademie der Wissenschaften Wien - www.academia.edu).

Dans le parall√®le Icarius/Christ, on retrouve la pendaison de Judas et celle d'Erigone, m√™me si les r√īles ne sont pas comparables. Le vin offert par Bacchus √† Icarius qui le partage avec les habitants de l'Attique est compar√© √† celui de Noces de Cana, et l'ivresse des assassins d'Icarius √† celle de la troupe de juifs qui arr√™tent J√©sus.

On n'ignore pas que le chien enragé a été chez les Grecs, dès les temps les plus anciens, le symbole de la chaleur caniculaire et de Sirius (Louis Benloew, La Grèce avant les Grecs: etude linguistique & ethnographique, Pélasges, Lélèges, Sémites & Ioniens, 1877 - books.google.fr).

D√©m√©ter est donc honor√©e au d√©but de l'√©t√© aux Tharg√©lies apolliniennes ; elle est d'autre part pr√©sente aux c√īt√©s d'Ath√©na Sciras au Sciron, au moment de la canicule.

Telle n'est peut-√™tre pas la seule trace du culte, √† Alesia, d'une divinit√© chtonienne de la moisson qu'on puisse trouver dans la Vie de saint Germain. H√©ric raconte, en effet, que, au retour de sa deuxi√®me mission en Angleterre (447), apr√®s avoir s√©journ√© en Armorique, l'√©v√®que d'Auxerre, se rendant, non plus √† Arles aupr√®s du pr√©fet des Gaules, mais √† Ravenne, √† la cour de l'empereur Valentinien III, de nouveau par Alesia o√Ļ il fut encore l'h√īte de Senator, qui lui pr√©senta une fille de vingt ans, parfaitement belle et pieuse, mais muette de naissance. Apr√®s lui avoir humect√© la langue et le front d'un peu d'huile b√©nite, il suffit au saint de tremper de vin trois galettes de pain [...] et la jeune fille ne les eut pas plut√īt aval√©es qu'elle recouvra la parole pour demander la b√©n√©diction de son sauveur.

Il suffit de rappeler les fêtes solsticiales d'Orchomène, Tirynthe ou Argos, dites Agrionia ou Agriania; les noms d'Agreus, Agrotès ou Agrouèros, donnés aux victimes expiatoires des ardeurs de la canicule, Aristée, Adonis ou Dionysos: Agrios ou Silvanus, fils de Circé, et, peut-être, les Argei de Rome, ces straminei quirites, précipités dans le Tibre le 21 Mai.

Mais pour qui sait combien, au Ve si√®cle, les superstitions celtiques √©taient encore puissantes et vivaces en Gaule, quelle place y tenait, aux f√™tes solsticiales de la moisson, le sacrifice de victimes, jadis humaines, br√Ľl√©es dans des mannequins de paille, et quel r√īle n'a pas cess√© de jouer dans les campagnes, √† la Saint-Jean, le br√Ľlement solennel de la poup√©e d'osier, appel√©e la vieille, ou la m√®re grand', la sorci√®re ou le Judas ("Pro Alesia", Volumes 1 √† 2, Soci√©t√© des sciences historiques et naturelles de Semur, 1906 - books.google.fr).

Le rythme de l'escarpolette est assimil√© au rythme solaire, au mouvement apparent de l'astre. Tr√®s significative est, √† cet √©gard, l'appellation du soleil comme ¬ęescarpolette d'or¬Ľ dans le Rig-Veda, car le soleil semble, comme l'escarpolette, ¬ę suspendu ¬Ľ au ciel o√Ļ il se prom√®ne, rythmant le cycle temporel, quotidien et saisonnier.

C'est une coutume r√©pandue dans les pays les plus divers, de se balancer, au printemps ou au d√©but de l'√©t√©, pour agir sur la croissance de la v√©g√©tation ou obtenir une bonne r√©colte. Ainsi, les paysans de Lettonie consacraient, dans ce dessein, leurs loisirs, entre P√Ęques et la Saint Jean d'√©t√©, √† se balancer longuement.

En Esthonie, les jeunes filles se balançaient pendant toute la nuit de la Saint Jean d'été, en même temps que l'on allumait des feux de joie : dans ce dernier cas, l'association des deux rites est particulièrement instructive en ce qui concerne leur rapport avec la course du soleil. Cette image du mouvement solaire est susceptible d'un élargissement encore plus vaste : c'est le mouvement universel des êtres et des choses, mesuré par le mouvement du soleil qui peut symboliser l'escarpolette.

Les rites pratiqués avec l'escarpolette sont-ils constamment mis en rapport, non seulement avec la fécondité du sol nourricier, mais avec la fécondité de la femme, la fécondité naissant de l'union de l'homme et de la femme. Le symbolisme sexuel de l'escarpolette est partout attesté.

On a trouv√© une statuette f√©minine ac√©phale assise appartenant au temple de Ninhursag, d√©esse de la fertilit√© (3e mill√©naire) ; c'est un objet cultuel pr√©par√© pour √™tre balanc√©, comme le prouvent les trous sym√©triques qu'on voit √† la base. Ch. Picard pense, avec vraisemblance, que le rite cr√©tois de ¬ę Ph√®dre ¬Ľ a √©t√© emprunt√© √† la M√©sopotamie. Il semble bien qu'il faille en chercher l'origine dans l'usage de la dendrolatrie consistant √† suspendre aux branches des arbres des poup√©es ou des mannequins repr√©sentant la d√©esse de la f√©condit√© mont√©s sur une escarpolette et que l'on balan√ßait ; la coutume, nous l'avons vu, existe toujours aux Indes, dans le culte de Krishna et de son √©pouse Radha. Apr√®s quoi, on se balan√ßait soi-m√™me pour imiter la d√©esse. Ensuite, beaucoup plus tard, on a imagin√© pour les h√©ro√Įnes en qui survivait l'antique d√©esse, quelque aventure romanesque, souvent amoureuse, qui les conduisait √† la pendaison. √Črigon√© doit, √† notre avis, rejoindre les rangs de ces h√©ro√Įnes qui perp√©tuent les anciennes divinit√©s agraires. Son nom, √† cet √©gard, est significatif : il veut dire ¬ę la fille du printemps ¬Ľ ou ¬ę celle qui enfante au printemps ¬Ľ, selon qu'on prend le deuxi√®me √©l√©ment du mot, au sens passif ou au sens actif. Dans les deux cas, l'onomastique nous renvoie directement √† une notion de renouveau et de f√©condit√©. Au surplus, ce caract√®re du personnage transpara√ģt m√™me √† travers les d√©formations romanesques de l'aition, puisqu'√Črigon√© est inextricablement m√™l√©e √† un mythe d'origine de la vigne. Enfin, on lui apportait, comme offrandes, les pr√©mices de la vendange.

Le rite de l'escarpolette est un rite de fertilit√©, et l'aspect expiatoire de la f√™te des Aiora pourrait √™tre tardif, m√™me si les rites fun√©raires et rites de f√©condit√© sont, dans ces sortes de f√™tes, inextricablement m√™l√©s. L'Aiora ath√©nienne s'ins√®re dans le contexte d'une f√™te de la fertilit√© et o√Ļ les morts ne sont honor√©s qu'en relation avec la fertilit√©.

En Grande Kabylie, pr√®s des sanctuaires de la vall√©e du Ch√©lif, on voit des escarpolettes destin√©es aux femmes (on notera que dans l'immense majorit√© des cas, ce sont surtout les femmes qui utilisent les escarpolettes) : celles-ci se balancent sans porter de dessous, c'est-√†-dire qu'elles exposent leur sexe √† l'air, er-rouh, le vent f√©condant passant dans les branches du bois sacr√© qui entoure le tombeau du saint : er-rouh est l'√Ęme subtile, f√©condante, par opposition √† nafs, l'√Ęme v√©g√©tative f√©cond√©e ; l'union des deux √Ęmes par le corps, puis par le nom, donnent la personne humaine (Jean Hani, La f√™te ath√©nienne de l'Aiora et le Symbolisme de la balan√ßoire. In: Revue des √Čtudes Grecques, tome 91, fascicule 432-433, Janvier-juin 1978 - www.persee.fr).

Ainsi peut-on rapprocher l'Aiora des oscilla latines, comme le fait Probus.

Le balancement des oscilla serait toujours en rapport avec le culte des morts, ainsi que l'usage des masques; il conviendrait donc de donner un sens chthonien à ce rite dans la fête des Sementiuae.

Altheim, qui consid√®re le rite des oscilla comme ayant une origine et une signification fun√©raires ‚ÄĒ ce qui est une interpr√©tation trop restreinte ‚ÄĒ admet au contraire que ce rite √©tait pratiqu√© aux Sementivae. Mais il est d'avis que les oscilla expos√©es aux Sementivae √©taient plut√īt des masques de C√©r√®s-D√©m√©ter et d'autres divinit√©s chthoniennes que des masques bachiques. Nous savons aussi que, parmi les oscilla, il y avait des membra uirilia (L. Delatte, Quelques f√™tes mobiles du calendrier romain, L'Antiquit√© classique, Volume 5, 1936 - books.google.fr).

Il serait alors plus simple de revenir √† l'hypoth√®se du P. Lagrange : les morts √©taient appel√©s ¬ę gu√©risseurs ¬Ľ parce qu'on leur reconnaissait la capacit√© de ¬ę gu√©rir ¬Ľ, mais en donnant au verbe le sens large de ¬ę r√©tablir la f√©condit√© ¬Ľ. Pareille notion aurait pu √™tre contemporaine du ba'alisme ougaritique comme de l'ancien yahwisme, il en resterait ce nom de Repha√Įm appliqu√© aux disparus. Le titre de Dan'el mt rp'i para√ģt signifier ¬ę homme de gu√©rison ¬Ľ (Syria, Volume 37, 1960 - books.google.fr).

D√©m√©ter a le visage double d'une d√©esse des morts et de la fertilit√© et r√©pond √† l'anagramme donn√© par G√©rard de S√®de de O MATER DEI MEMENTO MEI : AMO DEMETER ENIM TIMEO (La Croix d‚ÄôHuriel et l‚Äôalchimie : Triple correspondance : chemin de croix, oeuvres alchimiques et voyage de l‚Äô√Ęme).

Le sommet du P√©lion, d√©crit par H√©raclide, appara√ģt comme le haut-lieu d'un culte partag√© entre la grotte de Chiron et le sanctuaire de Zeus Actaios : une √©picl√®se qui √©voquerait le nom d'Act√©on ‚ÄĒ √† moins bien s√Ľr qu'on pr√©f√®re donner au nom du chasseur b√©otien une √©tymologie ph√©nicienne, et rapprocher le mythe d'Aqhat... Le culte du P√©lion se c√©l√®bre √† la canicule, et les c√©l√©brants sont des citoyens parvenus √† l'√Ęge adulte et v√™tus de peaux de b√™tes. Par ailleurs des inscriptions ont r√©v√©l√© au P√©lion la pr√©sence d'un Zeus Akraios, dont le sanctuaire est incertain, mais dont l'√©picl√®se grav√©e a paru plus s√Ľre que celle d'H√©raclide. La correction propos√©e du voyageur antique semble cependant douteuse. D'une part akt√© (rive escarp√©e, hauteur) et akra (cime, promontoire) sont synonymes. D'autre part Act√©on le B√©otien a des liens solides avec le P√©lion. Non seulement il est cit√© par X√©nophon et Apollodore comme disciple de Chiron, mais ses chiens viennent se pr√©senter √† la grotte du Centaure apr√®s la mort du chasseur. Leur fureur une fois pass√©e, ils cherchent leur ma√ģtre et Chiron confectionne une image d'Act√©on pour les consoler : raison de plus pour penser que la grotte du P√©lion et le mythe d'Act√©on sont li√©s √† un m√™me culte de chasseurs autour d'une image cultuelle, avec des rites o√Ļ la chasse, les chiens et les peaux de b√™tes jouent un r√īle important et accompagnent une initiation (avec emploi de sucs tir√©s des plantes, c√©r√©monial de mariage et de passage √† l'√Ęge adulte ?). Il y a h√©sitation sur le d√©guisement rituel : tandis qu' H√©raclide parle de peaux de moutons, la version la plus ancienne de la mort d'Act√©on le montre rev√™tu par Art√©mis d'une peau aurait-il fini par remplacer la b√™te sauvage primitive ? Ce culte a servi √† interpr√©ter l'√©picl√®se de Zeus et le nom du h√©ros. Sa date sp√©cifique √©tant celle de la canicule (qui joue, nous allons le voir, un r√īle essentiel dans les mythes d'Arist√©e et d'Act√©on attest√©s par la tradition litt√©raire), on a pens√© √† un autre sens plus rare, mais net et ancien, de akt√©, li√© √† certains contextes religieux et au culte de D√©m√©ter : le sens d'√©pi foul√© sur l'aire. Zeus Actaios serait un dieu li√© √† la canicule par la r√©colte et le foulage des √©pis ; il aurait pris la place d'une ancienne divinit√© de la moisson et de la terre28, tandis que la grotte voisine de son sanctuaire aurait fix√© la tradition d'un culte de chasseurs. Les personnes divines et la date cultuelle impliqu√©es sont au cŇďur d'un vaste probl√®me. Date-clef du calendrier agricole, la canicule m√™le √† l'ardeur solaire des r√©f√©rences venues non seulement du monde v√©g√©tal, mais de la symbolique animale projet√©e vers le ciel. Elle est sentie √† la fois comme un effet du ¬ę lion ¬Ľ et comme un effet du ¬ę chien ¬Ľ pr√©sent dans l'√©tymologie de son nom. Les implications multiples de ces r√©f√©rences nous invitent √† chercher dans quelle mesure les animaux des mythes et ceux des constellations peuvent relever d'une symbolique commune. Mais avant d'aborder cette structure du sacr√©, il est bon d'en dessiner les perspectives √† travers les formes ¬ę personnalis√©es ¬Ľ que les dieux ont inspir√©es. (Robert Triomphe, Le Lion, la vierge et le miel, 1989 - books.google.fr).

Actéon lui-même est une personnification des montagnes du Pélion, que ses cinquante chiens (les cinquante jours de la canicule), atteints de la rage, ont déchirée sur le Cithéron (Albert Réville, Les dieux de la Grèce antique, Revue germanique, Volume 16, 1861 - books.google.fr).

Hippocrate recommande de ne pas employer pendant la canicule les violens purgatifs ou émétiques, à cause de la turgescence des humeurs, car les anciens usaient de forts drastiques, tels que l'ellébore, ou le médicament par excellence. Il veut qu’on s'en abstienne pendant cinquante jours (lib. De purgantibus), car les Grecs appelaient jours caniculaires, les vingt qui précèdent et les vingt qui suivent le lever de la canicule, et Hippocrate ajoute dix jours de plus; pendant tout ce temps, il faut, dit-il, s'abstenir de tout ce qui peut trop fortement ébranler l'économie, comme les opérations chirurgicales et les remèdes très-actifs (Dictionnaire des sciences médicales, SEN-SOL, 1821 - books.google.fr).

Si Artémis est parfois fille de Déméter, en Arcadie par exemple, elle est liée à la mort, mort du gibier comme d'Actéon, et serait un des aspect de Déméter.

Artémis au surplus se confond avec Cybèle et Déméter, divinités mères, fécondes, productrices, personnifications de la terre, qui engendre et nourrit les créatures (Revue des Etudes anciennes, Volume 8, 1967 - books.google.fr).

En Cybèle, qui à Pessinonte rendait des oracles, les Grecs reconnaissaient à la fois Artémis d'Ephèse et la première personne de la triade d'Eleusis, Déméter la Mère des Blés (Jean Prieur, Alexandre le Grand et les mystères d'Orient, 1987 - books.google.fr).

Par rapport à la fécondité, la Canicule fait partie de la symbolique chtonienne, puisqu'elle contribue à faire monter la sève depuis les racines souterraines, et la fertilité recherchée a besoin d'une garantie printanière lors de cette première manifestation solaire que la légende d'Erigone, mythe agraire, semble évoquer (Antoinette Glauser-Matecki, Le premier mai, ou, Le cycle du printemps: rites, mythes et croyances, 2002 - books.google.fr).

Repha√Įm et la saison d'√©t√©

Les ¬ę Repha'im, ¬Ľ c'est-√†-dire les ombres, hantaient aussi le monde sup√©rieur, celui des vivants; ces repha'im pr√©sentaient quelque analogie avec les d√©mons. Ils pouvaient √™tre √©voqu√©s hors du Scheol, dans un but de magie et de divination; on les appelle m√™me express√©ment des dieux. Ce n'est pas l√† le seul vestige de la croyance aux d√©mons et des pratiques qui s'y rattachaient. La d√©fense de pratiquer la magie et la n√©cromancie prouve que le penchant √† √† ces arts occultes existait en Isra√ęl (Revue de th√©ologie et de philosophie, Volume 37, 1904 - books.google.fr).

Dans Isa√Įe, la gloire √©clips√©e d'Isra√ęl est compar√©e √† l'humble indigence de celui qui glane des √©pis dans la vall√©e des Repha√Įm (XVII, 4-5) :

4. Et erit in die illa: attenuabitur gloria Jacob, et pinguetudo carnis ejus marcescet. 5. Et erit sicut congregans in messe quod restiterit, et brachium ejus spicas leget; et erit sicut quŇďrens spicas in valle Raphaim.

En ce temps-l√†, la gloire de Jacob se dissipera, son corps abattu et fl√©tri perdra son embonpoint. Il sera semblable √† celui qui glane dans la moisson, qui recueille avec la main les √©pis qui sont rest√©s, et √† celui qui cherche des √©pis dans la vall√©e des Repha√Įm (Victor Gu√©rin, Description g√©ographique, historique et arch√©ologique de la Palestine: accompagn√©e de carte d√©taill√©es, La Jud√©e, Tome I, 1868 - books.google.fr).

L'√©pop√©e d'Aqhat nous renseigne aussi sur le d√©roulement des divers rites magiques pour amener la pluie, formules de conjuration pour √©loigner la st√©rilit√© de la terre et les √©l√©ments du rituel fun√©raire (lamentation, enterrement, incisions). Apr√®s, Daniel, le rapai, aux nuages conjura, dans la terrible s√©cheresse a la pluie: ‚ÄĒ Que les nuages pleuvent sur les fruits d'√©t√©, que la ros√©e se distille sur le raisin ! (Gregorio del Olmo Lete, Mythologie et religion des s√©mites occidentaux: Emar, Ougarit, Isra√ęl, Ph√©nicie, Aram, Arabie, 2008 - books.google.fr).

Le Danel ugaritique √©tait √† la base du Danel d'Ezechiel 14, m√™me si ce proph√®te l'a r√©interpr√©t√© en fonction de la notion de ¬ę justice ¬Ľ (sdq). Mais il nous a paru avoir eu raison de mettre en cause la ¬ę royaut√© ¬Ľ de Danel. Le mlk de CTA 19,152, en parall√®le avec ylkm, et pr√©c√©d√© d'une lacune, ne signifie pas n√©cessairement que Danel est roi. Il se pr√©sente donc comme un juge local dans un village qui n'est pas une cit√©, m√™me s'il est pr√®s d'une cit√©. Cet homme (vir, mutu) capable de procr√©er, est un gzr (qui a atteint sa maturit√©, ce que va devenir son fils Aqhat cf. Xella Parola del Passato 150, 1973, p. 194-202). Ayant la charge des rites agraires de fertilit√©, Danel est rpe, ¬ę de gu√©rison ¬Ľ avec Caquot-Sznycer, non pas tellement celui qui gu√©rit ou fertilise par lui-m√™me comme Ba'al rpu, que l'un des rpum qui se rassemblent pour un grand banquet de fertilit√© (CTA 20-22, de Moor ZA W 1976, p. 323ss) et qui sont probablement une population disparue (Henri Cazelles, Ernest-Marie Laperrousaz, Conf√©rence de M. Henri Cazelles et de M. Ernest-Marie Laperrousaz. In: √Čcole pratique des hautes √©tudes, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 87, 1978-1979. 1978 - www-persee-fr.bibliopam-evry.univ-evry.fr).

Dans les textes de Ras Shamra, les Repha√Įm sont des acolytes du dieu Ba'al ; dans l'A. T. ils constituent une √©lite parmi les morts. A basse √©poque, chez les Ph√©niciens, ¬ę dieux m√Ęnes ¬Ľ et ¬ę dieux repha√Įm ¬Ľ (alonim repha√Įm) sont synonymes. Comment est-on pass√© du premier concept au second ? On peut s'en rendre compte en consid√©rant que les Repha√Įm sont associ√©s au r√īle chthonien de Ba'al. Quand Danel se pr√©occupe d'assurer la pluie du printemps et la ros√©e de l'√©t√©, nous voyons les Repha√Įm harnacher leurs chevaux, atteler leurs chars et se rendre sur les aires et les plantations. D'autre part, l'intronisation de Ba'al s'op√®re par les Repha√Įm qui lui versent de l'huile sur la t√™te. Le lien entre les Repha√Įm et Ba'al est donc tr√®s √©troit ; nous allons voir dans quelles circonstances il s'affirme. Isa√Įe (XIV, 9) rapporte que, quand le roi de Babylone descend au sheol, les Repha√Įm sortent de leur engourdissement pour l'accueillir, et l'on nous dit √† cette occasion que ces personnages repr√©sentent les anciens puissants de la terre, autrement dit les anciens rois des nations. Or, lorsque 'Anat eut achev√© de rendre les honneurs fun√®bres √† Aliyan Ba'al, il semble que le messager des dieux, la d√©esse Sapas, envoie les Repha√Įm lui tenir compagnie. Nous saisissons l√† le trait initial qui pr√™tera une fonction fun√®bre √† ces acolytes de Ba'al, et les r√©duira √† demeurer aux enfers avec Aliyan Ba'al et Ba'al, tant que ceux-ci y s√©journeront. Un pas de plus et nous aboutissons √† la conception de l'A. T. qui s'est ais√©ment d√©grad√©e pour s'appliquer √† un mortel quelconque (√Čdouard Paul Dhorme, Ren√© Dussaud, Les Religions de Babylonie et d'Assyrie, 1949 - books.google.fr).

Le ma√ģtre de gu√©rison s√©mite est le Baal rapu ; l'ange gu√©risseur des H√©breux est Rapha√ęl ; les Repha√Įm sont les d√©funts rois gu√©risseurs. L'inscription ugaritique Rp'u mlk 'lm interpr√™t√©e comme ¬ę Roi du monde ¬Ľ, est particuli√®rement √©vocatrice. Aux Repha√Įm consid√©r√©s comme anc√™tres mythiques correspond l'image des ossements et du cr√Ęne d'Adam suppos√©s enterr√©s sur le Golgotha (√Čtudes traditionnelles, Num√©ros 503 √† 510, 1989 - books.google.fr).

Par l√†, on retrouve le Rapha√ęl de Gallardon. Rapha√ęl est associ√© √† la saison de l'√©t√© dans la Croix d'Huriel (La Croix d‚ÄôHuriel, ses anges et les humeurs : Introduction).

Chapelle Sainte Catherine

Comment interpr√©ter l'existence de cette c√©l√®bre chapelle de Gisors qui aurait √©t√© sous le ch√Ęteau, calendairement et caniculairement ?

Il existe cependant une chapelle vouée à la même sainte dans l'église de la ville.

Le 13 mai 1444, Jeanne de Chantem√™le, dame de Fouilleuse, fonda la chapelle Sainte-Catherine dans l'√©glise Saint-Gervais 175. Le titre de chapelain resta par la suite √† la collation de la famille de Fouilleuse √† qui la fondatrice avait apport√© la seigneurie de Flavacourt, village dont l'√©glise b√©n√©ficia d'une ambitieuse reconstruction de son clocher. Cit√©e dans les comptes de la fabrique jusqu'en 1499, la chapelle primitive de l'√©glise de Gisors fut reconstruite entre 1516 et 1526 au sud de la nef contre le transept, sans doute √† son emplacement d'origine et avec le concours des fondateurs. Les lacunes de la comptabilit√© autour de 1520 ne permettent pas de v√©rifier ces hypoth√®ses. On supposera cependant que le donateur agenouill√© avec son √©pouse sur le retable sculpt√© plac√© vers 1530 sur le nouvel autel √©tait Jacques de Fouilleuse, seigneur de la Concy, Flavacourt, Montagny et Bazincourt, dont le p√®re s'√©tait impliqu√© dans la restauration de l'√©glise. L'examen arch√©ologique vient √† l'appui de cette participation. Un contrefort qui s√©pare la chapelle de la suivante est orn√© d'une niche dont le culot se distingue de ceux des autres contreforts par des figures sculpt√©es d'animaux (taureaux √† l'ouest et lions √† l'est ?) affront√©s, √©trangers √† l'iconographie de sainte Catherine, et qui s'apparentent plut√īt √† des figures supportant des armoiries, lesquelles ont aujourd'hui disparu. Toutefois, cette reconstruction a d√Ľ b√©n√©ficier du soutien de la nouvelle confr√©rie Sainte-Catherine cr√©√©e en 1515, qui partageait les lieux et sans doute un desservant avec la fondation seigneuriale (√Čtienne Hamon, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors et les √©glises du Vexin fran√ßais, 2008 - books.google.fr).

Remarquons aussi dans cette vaste constellation du Navire, l'√©toile Canopus, de premi√®re grandeur. [...] C'est la seconde √©toile du ciel par ordre d'√©clat, car elle vient imm√©diatement apr√®s Sirius, et est sup√©rieure √† a du Centaure, Arcturus, V√©ga, Rigel et Capella. Elle brille sur le gouvernail du Navire et porte le nom du pilote de M√©n√©las, qui s'appelait Kan√Ľbos. Pline, Ptol√©m√©e, Manilius l'appellent d√©j√† Canopus; pourtant H√©v√©lius et Flamsteed √©crivent encore Canobus. Cette √©clatante √©toile √©tait ador√©e en Egypte. La ville de Canope (aujourd'hui Aboukir), sur l'une des branches du Nil, dans la basse Egypte, portait anciennement le m√™me nom: c'√©tait l√†, disait-on, que le pilote de M√©n√©las √©tait mort de la morsure d'un serpent. Il faut aller √† 53 degr√©s du p√īle nord, c'est-√†-dire au 37¬įdegr√© de latitude, pour commencer √† apercevoir Canopus rasant l'horizon. On peut le voir de Gibraltar, des c√ītes sud de l'Espagne, de l'Alg√©rie, de laTunisie, del√† Gr√®ce et d'Alexandrie. Hipparque et Ptol√©m√©e ont pu l'observer aussi de leur temps, car dans cette position l'effet de la pr√©cession est √† peu pr√®s nul. Cet astre jouissait d'une c√©l√©brit√© sp√©ciale chez les anciens navigateurs. Am√©ric Vespuce en parle dans ses m√©moires en avoir vu trois, dont un noir (probablement le trou dans la Voie lact√©e nomm√© sac √† charbon). Les p√®lerins arabes l'appelaient ¬ę l'√©toile de sainte Catherine ¬Ľ, parce qu'ils √©taient joyeux de la voir et de se guider sur elle pour aller de Gaza au mont Sina√Į. Canopus est rest√© c√©l√®bre dans les annales de la navigation. La situation australe de ces √©toiles du Navire nous interdit de faire directement connaissance avec elles (Camille Flammarion, Les √©toiles et les curiosit√©s du ciel: suppl√©ment de l'astronomie populaire, 1882 - books.google.fr).

According to a fable related by the Persian astronomer in his Description of the fixed stars (Xème siècle), Al Sufi, the two Dog-stars, Sirius (Al-abur) and Procyon (Al-gumalsa), were the sisters of Canopus (Suhail). Canopus married the star Rigel, but, having murdered her, he fled towards the south pole, fearing the anger of his sisters. Sirius followed him across the Milky Way, but Procyon remained behind and wept for Suhail till her eye became weak (John Ellard Gore, Astronomical Essays Historical and Descriptive, 1907 - books.google.fr).

Comme l'√©toile Canopus n'est pas visible sous les latitudes fran√ßaises, cela pourrait expliquer l'invisibilit√© de la l√©gendaire chapelle Sainte Catherine de dessous le ch√Ęteau de Gisors.

Donjon de Gisors - Séraphin Médéric Mieusement, 4e quart 19e siècle - 1886.u-bordeaux3.fr

On observe une particularit√© tr√®s remarquable : c'est le 24 d√©cembre √† minuit, qu'√† l'√©poque dont nous parlons (XII√®me is√®cle), le Grand et le Petit Chariot d'une part, le Navire ou Chariot des Mers d'autre part passaient aux antipodes les uns de l'autre par rapport √† Gisors. cette position r√©ciproque des trois chariots, qui ne se retrouvait qu'une fois dans l'ann√©e, a dict√© tout le plan du ch√Ęteau. Les b√Ętisseurs commen√®rent par tracer au sol la projection de la constellation du Navire, cette constellation appartenant √† l'h√©misph√®re austral et se trouvait ainsi "sous terre". [...] Cette figure n'√©tait pas au Moyen √āge ce qu'elle est dans nos atlas du ciel : en effet le Navire, aujourd'hui d√©coup√© par les astronomes en parties distinctes : proue, car√®ne, voiles etc. ne formait √† cette √©poque qu'une constellation unique (G√©rard de S√®de, Les Templiers sont parmi nous, J'ai lu, 1971, p. 238).