Partie IX - Synth√®se   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Couronnement de Marie Madeleine et calendrier kabbalistico-alchimique   

En pousuivant la route sur la Croix d' Huriel au-del√† de La Cassaigne dans le prolongement du montant vertical de cette croix, nous rencontrons divers villages. Nous nous arr√™terons √† Belcaire, dans le d√©partement de l'Aude comme Rennes-le-Ch√Ęteau, qui est l'intersection de la ligne gnostique et de la Croix d'Huriel.

On ne conna√ģt pas exactement la date de sa construction de l'√©glise de Belcaire, on parle du XV√®me si√®cle mais au Vatican on retrouve une trace d‚Äôune √©glise √† Belcaire vers 1347, mais ce n‚Äôest peut-√™tre pas la m√™me. Elle est d√©di√©e √† Saint C√īme et Saint Damien qui √©taient des fr√®res Jumeaux n√©s en Arabie qui soignaient gratuitement la population. Le clocher, tour carr√©e couronn√©e de cr√©neaux dont l'architecte est Charles √Čmile Saulnier (1828-1900), qui a restaur√© Notre-Dame de Marceille - lieu li√© au myst√®re de Rennes-le-Ch√Ęteau - (elec.enc.sorbonne.fr/architectes - Saulnier), date de 1884. A l‚Äôint√©rieur on y trouve un Retable baroque en bois polychrome et dor√© sur le fond du ChŇďur, qui est dat√© de la fin du r√®gne de Louis XIV, tout comme le Tabernacle et ils furent r√©alis√©s √† Limoux. On peut y voir : en bas, le Peuple des Croyants ; en haut, Dieu le P√®re ; au milieu, les intercesseurs ; au centre le Christ ; √† droite et √† gauche les Saints Patrons. Les Statues des Saints Patrons furent l√©gu√©es √† la Paroisse en 1674. Il existe des chapelles dans l'√©glise : de la Vierge, saint Blaise (auxiliateur aussi le 8 ao√Ľt), saint Michel et saint Roch (auxiliateur aussi le 8 ao√Ľt) ; mais aussi sur le territoire de la commune : l'une d√©di√©e √† Saint Eutrope, f√™t√© le 30 avril (Fontaine de l'Oum), l'autre √† Sainte Anne (Ribal, pr√©s du pont) ; la troisi√®me √† NS en Croix (Croix de Fer) (www.aude.catholique.fr - Belcaire, www.paysdesault.com - Belcaire).

On trouve sur une clef de vo√Ľte de la chapelle ddu ch√Ęteau de Puivert, √† c√īt√© de Belcaire, le couronnement de la vierge (www.belcaire-pyrenees.com - Puivert).

Entre La Cassaigne et Belcaire, se trouve B√©lesta, village o√Ļ les industries du peigne en corne et du jais √©taient florissantes. Il y vait plusieurs moulins √† jais dans les communes de Peyrat, de B√©lesta et de Laroque. Dans ces deux derni√®res communes, on les convertit en moulins √† farine ou √† huile √† cause du peu de cours que le jais avait au XIX√®me si√®cle.

Avec la grotte de Cauna, B√©lesta d'Ari√®ge, au pied de Monts√©gur, est un site magdal√©nien, puis n√©olithique. Un premier ch√Ęteau, avant la guerre des Albigeois, appartenait √† la famille de Bellissen. B√©lesta relevait du fief de Mirepoix qui d√©pendit des comtes de Carcassonne, puis des comtes de Foix avant de passer dans le domaine royal par le trait√© de Paris (1229) qui le donne √† Guy de L√©vis.

La chapelle Notre Dame du Val d'Amour, construite au XIV√®me si√®cle sous la d√©nomination de ¬ę Ecclesia beatate Mariae Vallis Amoris cum cemeterio justa caput ipsius ecclesiae ¬Ľ , devint un lieu de p√®lerinage tr√®s fr√©quent√©. La source gu√©risseuse, incluse actuellement dans la chapelle existait d√©j√† vers la fin du XV√®me si√®cle, o√Ļ se d√©salt√©raient bergers et cultivateurs. Un berger y aurait lav√© ses jambes couvertes d‚Äôulc√®res, sur les recommandations de Marie, et aurait √©t√© gu√©ri. La l√©gende dit que la chapelle fut construite par une princesse dont la fille aveugle a √©t√© gu√©rie par l‚Äôeau de la source qui se trouve dans la crypte, sous le ma√ģtre autel (vivrevouivre.over-blog.com - Val d'Amour, www.histariege.com - Belesta).

Avant Bélesta se trouve Camon.

La particularité de Camon, est d'avoir aujourd'hui plus de 200 rosiers grimpants sur les façades. Camon possède un passé viticole et les rosiers en sont un héritage. La vigne fut cultivée à Camon à partir du Xème siècle et jusqu'au début du XXème siècle.

Le village de Camon est situ√© √† l'extr√®me Est du d√©partement de l'Ari√®ge, dans le m√©andre form√© par la rivi√®re Hers. Le nom du village vient du Gallo Romain 'cambo dunum' qui signifie la forteresse du m√©andre. D√®s 778, Charlemagne √† son retour d'Espagne, aurait ordonn√© la construction d'un monast√®re et d'une modeste √©glise. De fa√ßon certaine, on peut affirmer que l'abbaye existait au X√®me si√®cle (le premier acte inventori√© date de 923, suivant la r√®gle de Saint Beno√ģt). En 943, l'abbaye sera soumise √† l'abbaye de Lagrasse, dans l'Aude.

Le 18 juin 1279, Camon comme tous les villages de la vallée de l’Hers fut détruit par l’inondation catastrophique provoquée par la rupture du barrage naturel qui retenait le lac de Puivert. Reconstruit entre 1280 et 1316 à l’image des forteresses royales françaises, la régularité ne fut rétablie pour 12 religieux qu’en 1317 (www.camon09.org - Histoire).

Les ornementations de feuillages sont peintes sur la vo√Ľte. La sc√®ne mythologique repr√©sente les fables d'√Čsope : Minerve avec les attributs des arts, Junon et son cygne et Diane avec ses chiens. Elle est au registre inf√©rieur du mur et les faunes et faunesses sont repr√©sent√©s au-dessus de la porte. √©tat oeuvre restaur√©e

Des peintures ont été réalisées au début du XVIe siècle dans l’estude de Philippe de Lévis : plafond à rinceaux (symboles du monde végétal) dont, avec le temps, le pigment bleu a sans doute viré au noir ; au centre du plafond, l’orbe aujourd’hui borgne, comportait peut-être un blason ; sur l’un des murs, reconnaissable à son casque, la figure mythologique de Minerve, seule survivante d’un ensemble de 4 figures, Diane, Junon, Vénus ?, aujourd’hui largement ou complètement effacées. Munie d’un casque et d’une lance, Minerve tient dans sa main gauche un bouclier orné d’une tête de Méduse. A ses pieds, divers attributs de type symbolique rappellent que, déesse des arbres, puis déesse des techniques de la guerre, elle est encore déesse des arts (belcikowski.org - Camon).

Dans l'église : Visitation, Annonciation, Assomption, saint Arsène, saint Pierre Célestin (le pape Célestin V), saint Antoine de Padoue et saint Pie V (fêté le 30 avril).

Camon - Antoine de Padoue (classé sous le titre Saint François d'Assise) - culture.gouv.fr - mistral

Camon - à gauche Arsène et à droite Pierre Célestin - culture.gouv.fr - mistral

En continuant, on rencontre Caudeval.

Avant la construction du ch√Ęteau, le site √©tait une terre des Comtes de Foix, appel√©e en 1132, "Vall√©e de Vendras", aux Xe et XIe si√®cles, nom gallo-romain form√© sur "Venerius" plus suffixe "anum". Des d√©cors de l'√©poque romaine ont √©t√© trouv√©s sur le site du ch√Ęteau, en particulier deux f√Ľts de colonne de 7 m de hauteur chacune. Au XIe si√®cle une tour existait √† l'angle nord-ouest du ch√Ęteau ; les fondations de cette tour ont √©t√© retrouv√©es et d√©gag√©es en 1988. Les comtes de Foix, menant une politique d'expansion vers le bassin m√©diterran√©en, avaient √©tendu leur autorit√© jusqu'au col de Peyrefite, √† l'est de Caudeval.

Des pi√®ces d‚Äôarchives citent en 1504 un Jean d‚ÄôAulon, petit-fils du compagnon de Jeanne d'Arc, comme seigneur de Caudeval et de M√©zerville. Le 23 juin 1517, ce Jean d‚ÄôAulon est condamn√© √† avoir la t√™te tranch√©e, ses biens confisqu√©s sauf un tiers √† ses enfants l√©gitimes ! (www.chateau-de-mezerville.org - Histoire du ch√Ęteau, fr.wikipedia.org - Caudeval).

Vendras, tirant son nom de Vénus comme Port-Vendres, et la colombe de Sainte-Colombe sur l'Hers, attribut de la déesse, indique que la région était consacrée à la déesse de l'amour d'autant que la chapelle Notre dame du Val d'Amour à Bélesta semble insister sur le fait. Vénus, mère d'Enée.

Marie Madeleine, Vénus et l'alchimie

Une association fort ancienne est établie entre Marie Madeleine et les déesses de la fertilité.

Le hameau de la Magdeleine est situé dans la commune de Penne, sur la rive droite de l'Aveyron à 4 km. de Bruniquel (T.-et-G.) et à 3 km. de Penne (Tarn). Ce lieu est habité de temps immémorial; sous le nom de Sainte-Marie-Magdeleine des Albis il constitua l'un des premiers dons concédés aux Chevaliers du Temple.

La grotte ouvre ses entr√©es, tr√®s visibles, √† 150 m. vers l'amont; elle est peu profonde, mais pr√©sente quatre galeries superpos√©es, qui marquent l'enfoncement du ruisseau souterrain. Vers 1900, Trutat, conservateur du Mus√©e de Toulouse, fouille les deux entr√©es sup√©rieures et le trou adjacent de ¬ę la Montre ¬Ľ qui seuls peuvent nous int√©resser. Malheureusement, rien n'a √©t√© publi√©, et je n'ai pas pu retrouver les pi√®ces au Mus√©e de Toulouse. En 1950-51 Mme et M. Jo. Herment reprennent les d√©blais, pas d'os travaill√©, mais des silex assez nombreux indiquent le Magdal√©nien, sans pouvoir pr√©ciser davantage.

Ce n'est que le 6 juillet 1952 que devait avoir lieu la d√©couverte principale. Invit√© par le Capitaine Vesp√©rini, propri√©taire de la grotte, M. Bessac, membre de la S. P. F., r√©sidant, ordinairement en A. O. F., expliquait √† M. Souli√©, l'art rupestre Africain devant l'entr√©e du 2e √©tage, quand il reconnut un animal grav√© en l√©ger relief sur le dur calcaire bajocien. Une exploration m√©thodique faisait d√©couvrir, en plus de ce premier √©quid√©, un bison et les deux V√©nus. M. Bessac prenait des croquis et me les montrait le lendemain. Tr√®s surpris par le style plein de mouvement et par les hanches √©troites de ces V√©nus j'avertissais M. L. M√©roc et quelque temps apr√®s nous √©tions tous sur place pour un examen s√©rieux. Celui-ci ne laissait gu√®re de doute, mais devant le puissant int√©r√™t d'une telle d√©couverte nous avons tous √©t√© d'accord pour solliciter la visite du plus grand sp√©cialiste de ces questions. Notre Ma√ģtre l'Abb√© H. Breuil a bien voulu prolonger un voyage d√©j√† p√©nible et sacrifier quelques journ√©es √† notre r√©gion. Soit dit en passant, nous l'en remercions vivement. Ses conclusions furent formelles et je ne peux que renvoyer √† la communication qu'il a fait en d√©cembre 1952 √† l'Acad√©mie des Sciences (B. B√©tirac, Les V√©nus de la Magdeleine, Bulletin de la Soci√©t√© pr√©historique de France, 1954 - www.persee.fr).

L'Apocalypse d√©crit la Grande Prostitu√©e de Babylone, assise sur les Grandes Eaux, et tenant dans la main la coupe des abominations, qui est sans doute une coupe de vin, car cette femme a √©nivr√© les habitants de la terre du vin et de ses impudicit√©s. Nous avons l√† une figure qui ressemble √† celle de Marie-Madeleine ; une prostitu√©e porteuse de vase (ou de coupe). Le fait qu'elle soit assise sur les "Grandes Eaux" nous guidera pour son identification. Il nous faut nous souvenir en effet du symbolisme astrologique, partout pr√©sent, y compris chez les juifs et les pa√Įens. Or les "Grandes Eaux" renvoient tr√®s vraisemblablement au signe des Poissons, dont le ma√ģtre astrologique est V√©nus. Cette femme, portant la coupe des abominations, serait donc V√©nus, ou plut√īt l'Astart√© de la Bible. Or cette derni√®re a deux visages, celui de la Prostitu√©e mais aussi celui de la Vierge. [...] Le symbolisme astrologique confirme cette dualit√©. A 180¬į des Poissons se trouve en effet le signe oppos√© de la Vierge. ce sont les deux visage de la Sophia.

Entre la figure d'Astart√© et celle de Marie-Madeleine-Marie de B√©thanie, l'homologie n'est gu√®re douteuse. Astart√© est d√©esse de l'amour et on pratique en son honneur la prostitution sacr√©e. Le Moyen √āge appellera Marie-Madeleine : "la tr√®s sainte demoiselle p√©cheresse" et "la bien-heureuse amante du Christ". Toutes deux portent soit une coupe (comme la Prostitu√©e de l'Apocalypse) soit un vase (selon saint Luc) soit un flacon de parfum ou d'onguent (selon Mathieu et Marc). Les femmes sacrifient leurs cheveux √† Astart√©, Madeleine porte les siens longs et d√©nou√©s. Mais toutes deux pr√©sentent un visage virginal. Prostitu√©e sacr√©e, Astart√© introduit le myste au myst√®re divin et le restitue √† l'√©tat primordial. Selon le symbolisme astrologique du signe des Poissons dont elle est la ma√ģtresse, V√©nus est, on l'a dit, aussi la Vierge (√† 180¬į du signe), porteuse de l'√©pi initiatique.

Dans la gnose de Basilide, Marie-Madeleine symbolise la Création, veuve de son Dieu et il reste quelque chose de cette image dans un texte comme celui d'Alain de Lille lorsqu'il commente ainsi le verset du Cantique des Cantiques, "Vox turturis audita est". [...] Ainsi Marie-Madeleine est la "Veuve tourtrelle" qui pleure son ami perdu, mais qui, aussi, annonce sa résurrection.

De cette étude il ressort donc que la conception de deux Sophias était répandue au XIIème siècle chez les chrétiens du Pallars [Le comté de Pallars était un territoire que certains chroniqueurs de la cour carolingienne appelèrent Marche d'Espagne, pendant la première moitié du XIe siècle] et pas seulement chez les Juifs de Provence ; ainsi s'expliquerait, dans ces vallées, le culte de Marie-Madeleine, ou le culte de Marie-Sophia, Mère et Epouse du Verbe, comme deuxième et dixième émanation, et comme Madeleine; "Ange" ou Hojjat shiite, Jumeau céleste de son Fils (Paulette Duval, La pensée alchimique et le conte du graal, Marie-Madeleine, Champion, 1979).

La R√©surrection qui est la 15¬į station du chemin de croix, s'il y a lieu, et qui correspond au panneau de l'autel consacr√© √† Marie-Madeleine dans l'√©glise de Rennes-le-Ch√Ęteau, ainsi qu'au 15¬į myst√®re du rosaire d√©fini comme le Couronnement de la Vierge, en qui est convertie Marie-Madeleine gr√Ęce √† sa p√©nitence.

la Pierre des Philosophes est qualifi√©e de "rouille du cuivre". Le cuivre est le m√©tal attribu√© par les Grecs √† V√©nus (la litt√©rature alchimique ne pr√©cisant pas s'il s'agit de la d√©esse ou de la plan√®te). Or V√©nus a pour anc√™tre l'Ishtar babylonienne, venue elle-m√™me de l'Inanna sum√©rienne. Ishtar avait pour attribut un arbre dont elle fait un cercle et un b√Ęton pour Gilgamesh. Il n'est pas t√©m√©raire de d√©finir cet attribut comme un Arbre-du-Centre-du-Monde, puisque la d√©esse offre par lui √† son prot√©g√© le moyen de parvenir √† cette r√©alit√© supr√™me que les chamans atteignent gr√Ęce √† leur tambour et leur baguette faite du bois de l'Arbre-du-Centre-du-Monde, et dont le Ma√ģtre est en g√©n√©ral une d√©esse. la Pierre alchimique deviendrait donc le pouvoir offert par la d√©esse V√©nus, dont le cuivre est l'homologue, d'atteindre au Centre-du-Monde par le moyen chamanique de mort et de r√©surrection. [... Un po√®me d'Ibn Gabirol montre que dans l'Espagne du nord, au XI√®me si√®cle de notre √®re, V√©nus est la plan√®te qui annonce l'aurore, et, tel un h√©raut, pr√©c√®de l'√©poux, c'est-√†-dire le soleil levant, qui sort de la chambre nuptiale. Or en alchimie le soleil levant repr√©sente l'Oeuvre au rouge. D√®s le X√®me et XI√®me si√®cle, l'iconographie du nord de l'Espagne conna√ģt une femme portant une coupe pleine d'un liquide enflamm√© ; c'est cette femme, croyons-nous, qui deviendra la porteuse du graal (Paulette Duval, La pens√©e alchimique et le conte du graal, Introduction, Champion, 1979).

Dans le Bélesta homonyme des Pyrénées-Orientales, l'église saint Barthélemy était consacrée initialement à Marie-Madeleine, et est mentionnée pour la première fois en 1173.

Avec ce changement de nom, on se rend compte que Barth√©lemy et Marie-Madeleine se trouvent sur un calendrier divis√© en 22, comme la Rose kabbalistique. Nous y rencontrerons C√īme et Damien les saints patrons, avec Marie Madeleine, de la pharmacie et de la m√©decine. Madeleine semble absente du Belcaire de l'Ari√®ge mais s'y trouve en filigrane. Dans le recueil de M. R√©zeau des Pri√®res aux saints en fran√ßais √† la fin du moyen √Ęge, dans la moiti√© des cas, la sainte nomm√©e la premi√®re apr√®s la Vierge se r√©v√®le √™tre Marie-Madeleine ; dans la seconde moiti√©, elle vient en deuxi√®me position apr√®s sainte Anne qui a sa chapelle √† Belcaire (Ribal), la m√®re de la Vierge, mais jamais elle n'est cit√©e au-del√† (√Člisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la litt√©rature du Moyen √Ęge, 1997). Les saints intercesseurs du retable de Belcaire sont les saints auxiliaires f√™t√©s le 8 ao√Ľt, date de ce calendrier baptis√© kabbalistico-alchimique, les saints de cette division calendaire √©tant li√©s au Grand Oeuvre. Alchimie chr√©tienne, tant soit peu que l'on puisse parler d'une telle alchimie.

En Occident les textes alchimiques ‚ÄĒ et plus g√©n√©ralement th√©osophiques ‚ÄĒ , √©videmment quelque peu en marge des Eglises officielles, pr√©sentent une image de la divinit√© assez diff√©rente de celle que dessine l'Eglise Romaine, p√©trie d'esprit latin et de logique aristot√©licienne. Le Dieu de l'√Čglise Romaine est identit√© par excellence, Unit√© dans laquelle disparaissent toute multiplicit√©, toute diversit√©. C'est l√†, dit S. Lupasco, ¬ę l'op√©ration d'actualisation de l'extension identifiante du concept, pouss√©e √† sa limite impossible, o√Ļ toute h√©t√©rog√©n√©it√© aura disparu dans une potentialisation infinie, √©quivalent √† sa disparition ¬Ľ. Ajoutons que c'est un penseur luth√©rien, Jakob B√īhme, qui au d√©but du XVII√®me si√®cle a le plus contribu√© √† r√©pandre dans l'Occident chr√©tien l'id√©e d'un Dieu en quelque sorte h√©t√©rog√®ne, aspirant √† se conna√ģtre lui-m√™me gr√Ęce √† une cr√©ation dans laquelle il se refl√®te, et sans laquelle il n'est que Ungrund, fond indiff√©renci√©, mais d√©j√† potentialit√© lourde d'infinies √©nergies. Ce Dieu se d√©finit moins par son essence que par sa libert√©. On con√ßoit que des chr√©tiens aient, d√®s lors, √©prouv√© le besoin de chercher de pr√©f√©rence dans le n√©oplatonisme, puis dans les textes fondamentaux de la Kabbale juive, un support √† leurs sp√©culations sur les formes et les manifestations d'une divinit√© con√ßue non point comme ne varietur mais comme essentiellement dynamique et √©nerg√©tique.

A la polarit√© h√©t√©rog√©n√©isation-homog√©n√©isation s'ajoute, en effet, dans le domaine de l'√©nergie ‚ÄĒ et du psychisme ‚ÄĒ la notion de potentialisation-actualisation. C'est-√†-dire que tout √©v√©nement √©nerg√©tique comporte un √©l√©ment antagoniste, tel que l'actualisation relative de l'un entra√ģne la potentialisation relative de l'autre. Relatives, mais non pas absolues, sous peine de voir dispara√ģtre l'antagonisme, donc l'√©nergie elle-m√™me. Rien n'arrive qui n'ait potentialis√© ce qui √©tait. Chaque √©v√©nement nouveau s'actualise sur le fond d'une potentialit√©, ou d'une potentialisation, pr√©alable. Cette notion permet d'√©chapper au caract√®re statique de la logique classique.

Rappelons le déroulement du magistère alchimique :

A. L'Ňíuvre commence par la mort alchimique, c'est-√†-dire par une id√©e de dissolution (solve) y de s√©paration, des trois principes que sont l'esprit (Soufre), l'√Ęme (Mercure), le corps (Sel). Ceux-ci, plus ou moins unis √† l'√©tat naturel, sont symbolis√©s par le blanc, le jaune et la coquille d'un Ňďuf. On dit que l'Adepte, dans cette premi√®re phase, ¬ę brise l'Ňďuf de son √©p√©e ¬Ľ, c'est-√†-dire qu'il d√©truit cet √©tat naturel en s√©parant les trois principes les uns des autres : le Soufre et le Mercure se d√©gagent; restent les cendres, ou la coquille. L'int√©r√™t de cette s√©paration sera de permettre une fixation (coagula) du double √©l√©ment spirituel (Soufre-Esprit et Mercure-Ame) meilleure qu'√† l'√©tat naturel. En d'autres termes, esprit et √Ęme, lib√©r√©s apr√®s l'√©clatement de l'Ňďuf, vont maintenant rechercher un corps (en allemand, Leib) qui, lui, est √† la fois corps et esprit, non plus seulement corps mat√©riel ; fragile (en allemand, K√īrper). Cette fixation, cette stabilisation, c'est l'Ňíuvre elle-m√™me, qui apr√®s la ¬ę mort ¬Ľ se poursuit en quatre √©tapes que voici

B. Acquisition du Feu. Esprit et √Ęme en qu√™te de leur corps spirituel re√ßoivent \ le ¬ę Feu ¬Ľ, qui est gr√Ęce, don de Dieu. Cette entreprise est parfois assimil√©e aux douze travaux d'Hercule ou aux signes du zodiaque; elle est pr√©paration intense √† la fusion du corps spirituel avec l'√Ęme-esprit

C. Acquisition du Mercure. Maintenant qu'ils sont devenus ign√©s, esprit et √Ęme se cherchent une forme. Quand ils la trouvent, on dit qu'ils ont acquis le ¬ę Mercure Philosophique ¬Ľ (c'est la condensation du ¬ę Mercure Universel ¬Ľ, qui coordonne, suscite, sert d'agent universel, et que nous avons d√©j√† rencontr√©). Mais il y a ‚ÄĒ et pour cause ‚ÄĒ encore pr√©dominance de l'√Ęme (√©l√©ment mercuriel)

D. Acquisition du Soufre. Esprit et √Ęme, ign√©s, ayant trouv√© leur forme, cherchent √† stabiliser, √† ¬ę solidifier ¬Ľ cette forme. Pour cela, ils r√©cup√®rent la cendre, la coquille, d√©laiss√©e depuis l'√©tape de la Mort, lorsque l'Adepte a frapp√© l'Ňďuf de son √©p√©e. L'Ňíuvre a alors atteint une certaine consistance, appel√©e Soufre, et celui-ci rayonne dans un ensemble maintenant presque achev√©

E. Mariage du Soufre et du Mercure. Soufre et Mercure, acquis s√©par√©ment, ne sont pas encore unis; ils aspirent √† l'√™tre, mais paradoxalement ils se pr√©sentent comme deux forces antagonistes. Il faut alors trouver le Sel catalyseur, liant, gr√Ęce auquel pourra s'op√©rer le mariage Soufre-Mercure (Roi-Reine). Alors l'Ňíuvre sera achev√©. Le Soufre, lumi√®re int√©rieure, microcosmique, rayonne dans la lumi√®re environnante (formelle), ou macrocosme, du Mercure. L'√©nergie est unie √† la substance. La pierre, c'est l'Esprit du monde rendu visible (Antoine Faivre, Pour une approche figurative de l'alchimie. In: Annales. √Čconomies, Soci√©t√©s, Civilisations. 26e ann√©e, N. 3-4, 1971).

Saints

Jours

Angèle de Foligno

4 janvier

Agnès de Rome

21 janvier

Relinde (Renule)

6 février

Polycarpe

23 février

Gorgon

11 mars

Hésychius

28 mars

Lydwine

14 avril

Catherine de Sienne

30 avril

Tropez

17 mai

Marcellin et Pierre Jumeaux

2 juin

Gervais et Protais Jumeaux

19 juin

Isa√Įe

6 juillet

Marie Madeleine

22 juillet

Saints Auxiliateurs

8 ao√Ľt

Barthélemy

24 ao√Ľt

Nicolas de Tolentino

10 septembre

C√īme et Damien Jumeaux

27 septembre

Géraud/Rémo

13 ocotbre

Germain de Capoue

30 octobre

Albert le Grand

15 novembre

Jan van Ruysbroeck

2 décembre

Gatien

18 décembre

Angèle de Foligno : Angelina

La bienheureuse Ang√®le de Foligno (l250-l309), religieuse italienne n√©e √† Foligno, pr√®s d'Assise, √©tait entr√©e dans le tiers ordre de saint Fran√ßois apr√®s une vie mondaine et dissip√©e. Elle s'apparut √† elle-m√™me comme un ab√ģme de p√©ch√© et voudrait le dire √† tout le monde.

J√©sus lui dit un jour : ¬ę Que dirai-je enfin? Trouve en toi, ma fille, un seul p√©ch√© que je n'aie pas cruellement expi√©, une seule maladie spirituelle que j'aie laiss√©e sans rem√®de. Mes souffrances ont pay√© toutes tes dettes et compens√© tous les tourments √©ternels que tu devais subir dans l'enfer. Ne t'afflige donc pas davantage. Ce que tu as √† faire d√©sor¬ę mais, c'est de compatir √Ęmes peines, de t'assoit cier √† ma pauvret√©, √† mes ignominies le reste de tes jours. Marie-Madeleine aussi fut infirme, mais parce qu'elle fit ce que je viens de dire et d√©sirait sa gu√©rison, elle fut d√©livr√©e de son infirmit√©. Or, je te le dist quiconque l'imitera, recevra comme elle une sant√© parfaite (Arnaud de Foligno, Vie de Sainte Ang√®le de Foligno: le fr√®re Armand, religieux de l'Ordre de Saint-Fran√ßois, son confesseur, 1863).

Ang√®le de Foligno s'ab√ģma alors dans la contemplation du cŇďur de J√©sus et de la plaie b√©ante √† son c√īt√©.

La d√©iformation de l'√Ęme, partiellement absoute des conditions terrestres, se veut imitation du Christ. Th√©r√®se a emprunt√© pour sa description le vocabulaire de l'Agonie : crucifixion, angoisse (ansia), chemin de croix. En ces certitudes peu assur√©es, le purgatoire int√©rieur est orient√©; le sang du Calvaire est le rubedo dans cette transformation qui s'op√®re sur fond de nigredo (la vision de l'enfer)? On ne trouve pourtant pas chez Th√©r√®se l'intuition d'une participation √† l'Agonie d'absence du Christ sur la Croix ou la supposition qu'elle s'imagine le jouet de Dieu comme chez Ang√®le de Foligno, Le Livre des visions et des instructions, ch. LVI (Jad Hatem, Extase cruciale et th√©ophorie chez Th√©r√®se d'Avila, 2003).

Sainte Agnès

Sainte Agn√®s de Rome (209-303 ap. J.-C.) √©tait une vierge et martyre dont l'histoire est racont√©e par saint Damase, saint Ambroise et d'autres. Le symbolisme alchimique est transparent, tout comme l‚Äôhistoire de Sainte Agn√®s, dont le nom indique l‚Äôorigine ign√©e (de la nature du feu, en espagnol Agn√®s est In√®s) et qui fut conduite, selon la l√©gende, en un lieu de prostitution, et sainte Agn√®s rappelle par son nom que le loup du p√©ch√© est toujours r√īdant, quaerens quem devoret.

Agnès par ses longs cheveux se rapproche de Marie-Madeleine qui fut prostituée selon la légende latine comme Agnès fut promise par son bourreau à la débauche mais fut sauvée par sa chevelure qui cacha sa nudité.

José de Ribeira - Sainte Agnès de Rome

Le Pallium est une étole de laine blanche, brodée de six croix de soie noire, qui se porte sur la chasuble. La laine est fournie par deux agneaux bénis pour la fête de sainte Agnès, le 21 janvier. Ce signe d’honneur et de juridiction est porté par le Pape et les archevêques métropolitains (www.editions-arqa.com).

Sainte Relinde (Renule, Renilda)

La ville de Maeseyck doit son origine √† la pi√©t√© de deux saintes filles et sŇďurs, Harlinde et Relinde, qui au VIII√®me si√®cle obtinrent de leurs parents la permission de construire un monast√®re dans un lieu nomm√© Eyck ou Aldeneyck, situ√© dans le voisinage. Aldeneyck depuis lors a acquis une certaine c√©l√©brit√© dans l'histoire: Les noms d‚ÄôHarlinde et de Relinde ont aujourd‚Äôhui travers√© onze si√®cles, et ne sont encore prononc√©s qu‚Äôavec la plus grande v√©n√©ration par les habitants de la contr√©e qui a √©t√© honor√©e de la pr√©sence de ces illustres cŇďnobites (Mathias Joseph Wolters, Notice historique sur la ville de Maeseyck, 1855).

Jan van Eyck (n√© vers 1390 peut-√™tre √† Maaseik et mort √† Bruges le 9 juillet 1441) est un peintre n√© dans les territoires soumis √† l'autorit√© du prince-√©v√™que de Li√®ge, Jean de Bavi√®re (1390-1417) qui devient son protecteur. Il est c√©l√®bre pour ses portraits d‚Äôun r√©alisme minutieux. Ses tableaux les plus connus sont le portrait des √©poux Arnolfini et le retable de l'Agneau mystique, Ňďuvre cl√© de la peinture occidentale. Il est l'un des premiers artistes √† avoir sign√© beaucoup de ses Ňďuvres. La tradition qui situe √† Maaseik, dans la r√©gion mosane, le lieu de naissance du peintre remonte √† Lucas D'Heere (1559) et √† Marcus Van Vaernewijck (1568) (fr.wikipedia.org - Jan Van Eyck).

burgundy.centerblog.net - Jan van Eyck - L'Agneau mystique

L'exemple le plus ancien de soeurs artistes est celui d'Harlinde et Relinde, deux saintes du VIIIe siècle, qui ont travaillé le textile et enluminé des manuscrits, au monastère d'Aldeneik (c'est-à-dire du Chêne), en Belgique.

Le fameux √©vang√©liaire conserv√© jadis √† l'abbaye d'Eyck lez Maeseyck et dont M. Ruelens a biea appr√©ci√© l'importance dans les quelques lignes qu'il lui a consacr√©es dans l'Art ancien. Cet √©vang√©liaire, le plus vieux manuscrit √† miniatures que poss√®de la Belgique, appartient aux archives de l'√©glise primaire de Maeseyck. Il fut l'Ňďuvre de deux sŇďurs, Harlinde et Relinde, filles du seigneur Adalhard et de Grimara, fondatrices, en l'an 750, d'une petite chapelle et d'une abbaye √† Eyck. Issues de la paissante famille des P√©pins, elles virent consacrer leur monast√®re par Saint-Willebrode, √©v√™que d'Utrecht, et par Saint-Boniface, qui les √©lev√®rent √† la dignit√© d'abbesses.

Apr√®s avoir re√ßu cette cons√©cration, elles accueillirent douze jeunes filles, qui, apr√®s un court noviciat, prononc√®rent les vŇďux √©ternels de religion. Aussit√īt qu'Harlinde et Relinde se trouv√®rent √† la t√®te de cette petite communaut√©, elles vou√®rent leur vie enti√®re √† soulager les pauvres et √† s'instruire dans les livres et les manuscrits, les transcrivant et s'exer√ßant √† les orner de riches peintures. Dans l'ardeur de leur go√Ľt pour les arts, elles arriv√®rent √† constituer une sorte de gyn√©c√©e (atelier), o√Ļ elles passaient une partie de leurs jours et m√™me de leurs veilles autant √† enseigner √† de jeunes apprenties l'art de peindre et de broder de riches √©toffes de soie qu'√† tisser le lin.

D'apr√®s un r√©cit l√©gendaire dont l'origine est post√©rieure √† la r√©daction de l'ancienne vie latine, un soir, tandis qu'Harlinde et Relinde enluminaient le texte du manuscrit qui nous occupe, un nuage de soufre les enveloppa subitement et le d√©mon, se montrant √† elles sous la forme d'un spectre, √©teignit les deux cierges qui √©clairaient leurs veilles laborieuses ; mais aussit√īt les flambeaux se rallum√®rent sous le souffle d'un esprit c√©leste et brill√®rent avec plus d'√©clat qu'auparavant. Ce r√©cit na√Įf peut nous faire comprendre en quelle estime √©taient tenues √† Maeseyck les peintures d'Harlinde et de Relinde. Ces deux cierges, avec l'inscription suivante : ¬ę Dua candela S.S. Virginum per cacoduemonem extincta subinde per S. angelum accensa dum S. Virginis divinum persolubant officium ¬Ľ, se conservent encore de nos jours dans unmagnifique reliquaire en vermeil dans le tr√©sor de l'√©glise primaire de Maeseyck (Commission royale des monuments, 1891).

D'apr√®s la Vita Harlindis et Relindis (vers 855-881). biographie post√©rieure d'un si√®cle environ √† la mort des saintes patronnes d' Aldeneik-sur-Meuse, les saintes furent instruites dans l'art des textiles o√Ļ elles excell√®rent. La Vita, remarquablement √©tudi√©e par Alain Dierkens. mentionne des palliola, conserv√©s √† l'abbaye, qu'elles auraient r√©alis√©s de leurs propres mains et qui nous parvinrent en se chargeant de toute une l√©gende : le velamen Relindis virginis, voile de lin blanc, cit√© depuis le XI Ve -XVe si√®cle, le velamen Harlindis abbatissae , et enfin la casula, qui a pu servir √† prot√©ger les reliques lors de Sur√©l√©vation parl'√©v√™- que de Li√®ge Francon (+ 901).

Les textiles d'Aldeneik sont aujourd'hui conserv√©s √† Maaseik. La casula est constitu√©e de broderies anglo-saxonnes incorpor√©es dans un √©tonnant patchwork aujourd'hui compl√®tement restaur√©. Milred Budny s'est interrog√©e sur l'arriv√©e de ces pi√®ces sur le continent. Les exemples montrent que des missionnaires comme Boniface ou Willibrord [avec lesquels les saintes entretenaient une correspondance] ont d√©sir√© avoir pr√®s d'eux des objets utilitaires, ce qui permet, √† la lumi√®re de ces Ňďuvres, de r√©explorer les relations entre l'Angleterre et le continent. Une reconstitution contemporaine extraordinaire de ces broderies permit de calculer le temps de travail consid√©rable n√©cessaire √† la r√©alisation de la casula, soit 257 heures pour une seule bande (Philippe George, Reliques & arts pr√©cieux en pays mosan: du haut Moyen Age √† l'√©poque contemporaine, 2003).

Les ciseaux d'Harlinde et Relinde dans leur ch√Ęsse √† la cath√©drale de Li√®ge

Saint Polycarpe

Lorsqu'on lit le martyre de saint Polycarpe de Smyrne, br√Ľl√© en 156, ce n'est pas √† un bapt√™me que l'on pense, mais au b√Ľcher d'Hercule ainsi qu'√† la fournaise d'o√Ļ Daniel sortit transfigur√©. Quand les flammes s'√©cart√®rent, dit Ir√©n√©e, t√©moin oculaire, on vit le martyr au milieu, ¬ę non comme une chair qui br√Ľle, mais comme un pain qui cuit, comme l'or et l'argent qu'on purifie dans une fournaise, exhalant un parfum d√©licieux aussi fort que celui de l'encens ¬Ľ.

On voit bien là comment s'est développé un langage symbolique à partir du four qui transforme et renouvelle la matière qu'on lui confie, de la forge qui la rend à la fois ductile et résistante, du brasier enfin qui détruit les éléments impurs afin de libérer l'essence précieuse. C.-M. Edsman a finement étudié les trois thèmes dans le folk-lore médiéval. En 1025, l'évêque Burchard de Worms prit un décret punissant d'un an de prison la femme qui mettrait son fils sur le toit ou dans le four pour le guérir des fièvres.

Les contes qui ont pour centre le four ou la forge sont presque toujours relev√©s par le th√®me de l'apprenti-sorcier : Notre- Seigneur met un vieil homme dans un four ; il en sort un jeune gar√ßon ; saint Pierre pr√©tend faire le m√™me miracle, mais il √©choue. Pour ferrer plus ais√©ment un cheval, N√ītre-Seigneur coupe le pied et le r√©tablit ensuite ; un forgeron imprudent, parfois saint √Čloi, l'imite et s'en repent. Grimm a deux contes d'inspiration analogue (81, 147). Le th√®me de l'apprenti-sorcier appara√ģt en Gr√®ce dans un fabliau du cycle d'√Čpidaure, non dans celui du feu. Si M√©d√©e manque la r√©surrection d'√Čson, c'est de propos d√©lib√©r√©. La revigo- ration par le travail du forgeron n'affleure que dans les deux histoires, l'une et l'autre fort mal connues, d'Ares cach√© dans la pierre mangeuse de fer et du Dactyle Celmis. Le four n'appara√ģt pas dans les r√©cits de la Gr√®ce. En revanche, ceux-ci offrent quantit√© de variantes de la r√©g√©n√©ration dans le l√©b√®s d'eau bouillante, fable soutenue dans l'inconscient par l'image de la matrice o√Ļ un √™tre vivant cro√ģt dans la chaleur et l'humidit√©. Je reviendrai √† ces contes qui me paraissent devoir √™tre dissoci√©s de ceux o√Ļ r√®gne la flamme, le feu √† l'√©tat pur.

C'est pr√©cis√©ment de cet aspect du feu que l'imagination hell√©nique dans son ensemble para√ģt s'√™tre d√©tourn√©e. Les philosophes ont √©tabli des homologies entre les deux √©l√©ments purificateurs, revigorants, r√©g√©n√©rateurs. Cette homologie n'a pas √©t√© accept√©e par le peuple, tel du moins que nous l'imaginons √† travers les l√©gendes qui s'adressaient √† lui. Si, √† la fin de l'antiquit√©, de rares figures privil√©gi√©es attestent les valeurs bienfaisantes du feu, elles ont re√ßu ailleurs, √† Rome, en Orient, leur coloris favorable. Le beau Ph√©nix, tel que nous le connaissons, n'est pas une cr√©ation purement grecque, ce qu'est au contraire la monstrueuse Skylla, res- suscit√©e par le feu pour la perdition des matelots. Cette sorte de m√©fiance peut surprendre de la part d'un peuple qui a pratiqu√© d√®s une √©poque ancienne les grands arts du feu, c√©ramique et m√©tallurgie, et qui y a excell√©. ¬ę Le feu est le premier facteur du ph√©nom√®ne, dit Gaston Bachelard (Psychanalyse du feu, 116). En effet, on ne peut parler d'un monde du ph√©nom√®ne, d'un monde des apparences, que devant un monde qui change d'apparence. Or, primitivement, seuls les changements par le feu sont des changements profonds, rapides, merveilleux d√©finitifs. Les jeux du jour et de la nuit, les jeux de la lumi√®re et de l'ombre sont des aspects superficiels et passagers qui ne troublent pas beaucoup la connaissance monotone des objets... Mais voici les changements substantiels : ce que l√®che le feu a un autre go√Ľt dans la bouche des hommes. Ce que le feu a illumin√© en garde une couleur ineffa√ßable. Par le feu tout change. Quand on veut que tout change, on appelle le feufeu... ¬Ľ Comment se fait-il donc que sur la terre de Gr√®ce o√Ļ potiers, c√©ramistes, m√©tallurges ont fait, gr√Ęce au feu, tant de conqu√™tes, tir√© de lui tant de chefs-d'Ňďuvre, les po√®tes lui aient refus√© la myst√©rieuse valeur b√©n√©fique que lui accordent tant d'autres mythologies ? Serait-ce peut-√™tre parce qu'il est devenu trop t√īt un serviteur de l'industrie ? Avec les arts du feu, dit Paul Val√©ry (Pi√®ces sur l'art, p. 69), ¬ę nul abandon, point de r√©pit, point de fluctuation de pens√©e... Ils imposent, sous l'aspect le plus dramatique, le combat resserr√© de l'homme et de la forme. Leur agent essentiel, le feu est aussi le plus grand ennemi. Il est un agent de pr√©cision redoutable dont l'op√©ration merveilleuse sur la mati√®re qu'on propose √† son ardeur est rigoureusement born√©e, menac√©e, d√©finie par quelques constantes physiques ou chimiques difficiles √† observer. Tout √©cart est fatal : la pi√®ce est ruin√©e. Si le feu s'assoupit ou que le feu s'emporte, son caprice est d√©sastre.

Les valeurs du four ont été mises en évidence par l'alchimie (Bibliothèque de la Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Liège, Numéros 174 à 175, 1965).

Saint Gorgon

Les f√™tes de saints Doroth√©e, anagramme de Th√©odore, et Gorgon √©taient jumel√©es √† Cluny, le 9 septembre : ils appartenaient √† la maison imp√©riale de Diocl√©tien. Saint Gorgon, Gorgonius, et saint Doroth√©e, DorothŇďtis, souffrirent le martyre √† Nicom√©die de Bithynie, en 303, au d√©but de la grande pers√©cution anti-chr√©tienne. Le tyran √©tonn√© d'entendre qu'ils portestaient contre le martyr d'un chevalier chr√©tien nomm√© Pierre, s'avouant eux-m√™mes chr√©tiens, changea l'amour qui le portait auparavant, en une haine extr√™me. I1 les fit fouetter cruellement et leur √©corcher la peau, puis jeter du sel et du vinaigre dans les plaies qni d√©couvroient leurs entrailles. Apr√®s cela on les mit sur le gril, pour les r√ītir √† petit feu, et pour leur rendre la mort d'autant plus sensible qu'elle serait plus longue ; enfin ils les √©trangl√®rent, et ces deux saints martyrs rendirent leurs √Ęmes √† Dieu. Eus√®be de C√©sar√©e a gard√© le souvenir d'un Gorgon mort martyris√© puis √©touff√©. M√©taphraste √©crit que Doroth√©e eut la t√™te tranch√©e, et que Gorgon seul fut √©trangl√© avec une grosse pierre qu'on lui mit au tour du cou. Leurs corps furent enterr√©s par quelques chr√©tiens. Depuis, le corps de saint Gorgon fut port√© √† Rome, et enterr√© en la voie Latine d'o√Ļ le Pape Gr√©goire IV le transporta en l'√©glise Saint-Pierre, comme dit le Martyrologe romain (Pedro de Ribadeneyra, Les Vies des saints et f√™tes de toute l'ann√©e, 1857).

Saulxures se trouve sur cette route lorraine du sel qu'emprunt√®rent les reliques de saint Gorgon pour arriver √† Gorze et saint Gorgon eut les intestins perfor√©s et sal√©s par ses bourreaux. L'itin√©raire des reliques passait par un lieu important d'exploitation du sel : Varang√©ville (en face de Saint-Nicolas-de-Port o√Ļ se trouve la c√©l√®bre basilique, but important de p√®lerinages depuis le XIIe si√®cle). Pr√®s de Saulxures et de B√Ęmont, les documents cadastraux indiquent une For√™t du G√©hant d√©cid√©ment bien √† sa place! Dans tout ce contexte sal√©, il devient alors √©vident que Rabelais s'amuse d'une homonymie entre la ville de Saumur [...].

Il ne peut gu√®re faire de doute que saint Gorgon est en effet un personnage fabriqu√© par des clercs du haut Moyen Age √† partir d'un obscur martyr des premiers si√®cles. Il √©tait destin√© par sa l√©gende √† recouvrir un personnage pa√Įen de la de la mythologie des Gaules en relation avec la mythologie du sel. C'est vers la m√©moire indo-europ√©enne qu'il faut donc se tourner si l'on veut deviner cet anc√™tre de de Gargantua-Gorgon qui entretient un triple rapport avec le gigantisme, le sel et les pierres (ou po√™les).

L'√©v√™que de Metz Chrodegang, fondateur de l'abbaye de Gorze, est f√™t√© le 6 mars. Quatre jours plus tard, le 10 mars est comm√©mor√© saint Gorgon, un des quarante martyrs de S√©baste, alors que le lendemain (11 mars) sont f√™t√©s saints Gorgon et Ferme (Philippe Walter, Le sel, les po√™les et le g√©ant, √Čtudes Rabelaisiennes, Volume 22, 1988).

Est f√™t√© le 11 mars et le 9 septembre Gorgon de Gorze, martyris√© en Italie sous Diocl√©tien. Le corps de saint Gorgon fut transport√© en l'abbaye de Gorze, au dioc√®se de Metz, de l'ordre de Saint-Beno√ģt, en 765. Cette translation se solennise le 11 mars.

Varangéville et Gorze se trouvent sur le tracé des nonagones.

Saint Hésychius de Jérusalem et le sel

On est fort partag√© sur cet auteur dont nous avons un Commentaire en latin seulement sur le l√©vitique, et non pas en grec et en latin, comme l'a cru le p√®re Mabillon. Le cardinal du Perron l'a attribu√© √† Hesychius, √©v√®que de Salone en Dalmatie, qui vivait en 418, contemporain de Zosime et de saint Augustin. Trith√®me et Sixte de Sienne pr√©tendent que cet ouvrage est d'Hesychius, disciple de saint Gr√©goire de Nazianze, qui vivait environ l'an 400. Bellarmin et Possevin le donnent √† Hesychius, patriarche de J√©rusalem. La plus commune opinion est qu'Hesychius, auteur de cet ouvrage, √©tait un simple pr√™tre de J√©rusalem , qui vivait dans le cinqui√®me ou le septi√®me si√®cle ; et en effet, l'auteur d√©couvre dans la pr√©face de son ouvrage qu'il n'est que p1√®tre, et qu'il √©crit √† J√©rusalem. Cet ouvrage fut donc compos√© en grec par Hesychius, pr√™tre de J√©rusalem, et traduit en latin par quelque autre √©crivain post√©rieur. On a donn√© deux √©ditions latines , l'une √† B√Ęle, in-fol. en 1527, et l'autre √† Paris, in-8¬į en 1581. Le cardinal du Perron qui l'attribue √† Hesychius, √©v√™que de Salone , dans son Trait√© de l'Eucharistie, n'aurait pas pens√© de m√™me, s'il e√Ľt vu le manuscrit de la biblioth√®que du roi, qui porte dans le titre : Incipit liber Isicii Hierosolimitani, in Levit. (Charles Louis Richard, Jean Joseph Giraud, Biblioth√®que sacr√©e, Tome 13, 1824).

"Si le sel perd sa force, avec quoi le salera-t-on ?...¬Ľ (Matthieu 5.13). Voir aussi Luc 14.34 et L√©vitique 2.13. On accorde traditionnellement une vertu purificatrice au sel, et dans l'Ancien Testament tout particuli√®rement.

Symbole d’alliance pour les Israélites, les offrandes sont salées. Tu saleras touteoblation que tu offriras et tu ne manqueras pas de mettre sur ton oblation le sel de l’alliance de ton Dieu peut-on lire dans le Lévitique [2,12] (Pierre Boyer, Le symbolisme et les traditions attachés au sel).

Avec le Soufre et le Mercure, un troisième principe, le Sel ou Arsenic, servait de lien entre les deux précédents, de jonction et d'équilibre, de point neutre (composé des deux).

Rien n'arrive qui n'ait potentialis√© ce qui √©tait. Chaque √©v√©nement nouveau s'actualise sur le fond d'une potentialit√©, ou d'une potentialisation, pr√©alable. Cette notion permet d'√©chapper au caract√®re statique de la logique classique. Elle √©claire d'un jour neuf les √©tapes de l'Ňíuvre, car l'on comprend mieux, par exemple, pourquoi les alchimistes disent que ¬ę le Feu est d√©j√† le Mercure ¬Ľ, que ¬ę le Feu appelle sans cesse le Mercure ? ¬Ľ, que ¬ę le Mercure appelle le Soufre, ou que Mercure (Reine) et Soufre (Roi) s'attirent tout en se repoussant, puisque chaque individu, chaque syst√®me vital, est potentiellement bi-sexu√©. Les trois Principes ou substances alchimiques ne font qu'exprimer cette loi g√©n√©rale. Le Soufre exerce une action centrifuge, le Mercure une action centrip√®te. Lorsque l'un domine, c'est-√†-dire s'actualise, il y a potentialisation de l'autre. Quant au Sel, il est le lieu m√™me o√Ļ s'op√®re cette m√©tamorphose. On comprend pourquoi, avant Paracelse, les alchimistes n'ont gu√®re √©prouv√© le besoin de mentionner le Sel comme un Principe st√° generis, mais on voit aussi que sur le plan de l'arch√©type, ce lieu, ce lien, avait d√©j√† sa place, m√™me s'il n'avait point re√ßu de nom (Antoine Faivre, Pour une approche figurative de l'alchimie. In: Annales. √Čconomies, Soci√©t√©s, Civilisations. 26e ann√©e, N. 3-4, 1971. pp. 841-853.).

Sainte Lydwine

Ce que les alchimistes font avec la matière, Lydwine le réalisa avec son propre corps. Huysmans écrivit une biographie de la sainte.

Qui plus est, cette hagiographie nous raconte une alchimie myst√©rieuse par laquelle les souillures et les douleurs que subit le corps f√©minin ¬ę abaiss√© ¬Ľ se transforment en une sorte de saintet√© et de jouissance. De ses plaies abominablement purulentes et ulc√©r√©es s'exhalent des odeurs fines et suaves. En un constant miracle, il fit de ces blessures des cassolettes de parfums (Nihon Furansugo Furansu Bungakkai, √Čtudes de langue et litt√©rature fran√ßaises, Num√©ros 80 √† 83, 2002).

Ainsi Lydwine est-elle une ¬ęcassolette vivante¬Ľ qui r√©pand les √©manations les plus suaves et les plus d√©licieuses fragrances. De son corps monstrueux, afflig√© de toutes les disgr√Ęces, de ses chairs en d√©composition s'exhalent, contre toute attente, d'exquis parfums : En un constant miracle, il [Notre Seigneur] fit de ces blessures des cassolettes de parfums; les empl√Ętres que l'on enlevait, pullulant de vermines, embaumaient; le pus sentait bon, les vomissements effluaient de d√©licats ar√īmes; et de ce corps en charpie qu'il dispensait de ces tristes exigences qui rendent les pauvres alit√©s si honteux, il voulut qu'il √©man√Ęt toujours un relent exquis de coques et d'√©pices du Levant, une fragrance √† la fois √©nergique et douillette, quelque chose comme un fumet bien biblique de cinnamone et bien hollandais de cannelle (J.K. Huysmans, Saint Lydwine de Schiedam, chapitre III) (fr.wikisource.org - ainte Lydwine de Schiedam).

Sainte Catherine de Sienne

Nous dirons seulement que sainte Catherine naquit jumelle d'une pauvre sŇďur qui mourut bient√īt; ainsi une Ame innocente pr√©c√©dait une √Ęme sainte.

C'est tout d'abord celle du Roi des rois, de la Reine du ciel sa M√®re, et de Marie Madeleine, qui apparurent une fois √† la sainte pour la consoler et la confirmer dans ses saintes r√©solutions. alors : ¬ę Que veux-tu que je veuille?¬Ľ Elle lui fit humblement et tout en pleurant la m√™me rdponse que Pierre1 : ¬ę Seigneur, vous savez ce que je veux, vous savez que je n'ai d'autre volont√© que la v√ītre, d'autre cŇďur que le v√ītre. ¬Ľ Il lui vint alors en m√©moire que Marie-Madeleine s'√©tait donn√©e tout enti√®re au Christ quand elle pleura √† ses pieds, et elle commen√ßa √† ressentir les douces impressions de suavit√© et d'amour qui furent alors celles de Madeleine, ce qui lui fit arr√™ter son regard sur cette sainte. A ce moment Notre-Seigneur, comme pour r√©pondre √† son d√©sir, lui dit : ¬ę Ma tr√®s douce fille, voici que, pour ta plus grande consolation, je te donne Marie Madeleine pour m√®re, tu pourras recourir √† elle en toute confiance, je la charge sp√©cialement de toi. ¬Ľ Notre vierge ac√īepta ce don avec toute la reconnaissance dont elle √©tait capable, et se recommanda d√©votement, avec une grande humilit√© et r√©v√©rence, √† Marie-Madeleine, la suppliant humblement et instamment de vouloir bien veiller avec soin au salut d'une √Ęme que le Fils de Dieu lui avait ainsi confi√©e. Depuis cette heure, elle consid√©ra Madeleine comme sa m√®re et l'appela toujours de ce nom. Ce fait est, √† mon avis, d'un symbolisme significatif. Marie Madeleine, en effet, est rest√©e trente-trois ans sur un rocher, sans aucune nourriture mat√©rielle, et dans une continuelle contemplation, nombre d'ann√©es qui repr√©sente toute la vie du Sauveur. De m√™me, notre sainte, √† partir des √©v√©nements que nous venons de rapporter, jusqu'√† la trente-troisi√®me ann√©e de son √Ęge, date de sa mort, s'appliqua avec tant de ferveur √† la contemplation du Tr√®s-Haut qu'elle n'eut besoin du secours et trouva pour son √Ęme des forces suffisantes dans l'abondance des gr√Ęces qu'elle recevait (Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne,).

C'est encore sur le corps que se manifeste les effets de la contrition religieuse.

C'est encore la M√®re Jeanne qui confirme les effets sensibles op√©r√©s par la pratique quotidienne de l'eucharistie et l'importance de la fr√©quente communion dans le processus de spiritualisation de la mati√®re corporelle, dont t√©moignent les exemples de saint Fran√ßois et surtout de femmes telles que Catherine de Sienne, H√©l√®ne de Bologne et Claire de Montefalco. Tous portent les marques visibles de cette ¬ęchristomorphose¬Ľ qui frappait tant Postel dans l'apparence physique de la M√®re Jeanne.

Outre saint Fran√ßois, le ¬ęprince des saints¬Ľ, Postel √©voque √† plusieurs reprises sainte Catherine de Sienne et Claire de Montefalco : ¬ę Ut Catherina Senensis sine corde inventa est a morte, ita Franciscus ipsa stigmata, Clara Montefalconensis Trinitatis in tribus coaequalis ponderis mysterium intra cor habuit¬Ľ (Sylvain Matton, Fran√ßois Secret, Documents oubli√©s sur l'alchimie, la kabbale et Guillaume Postel, 2001).

Saint Tropez

Selon "les Actes de saint Torp√®s", Ca√Įus Silvius Torp√®s, gouverneur du palais, et chef de la garde de l'Empereur N√©ron, fut t√©moin du martyre des saints Pierre et Paul, √† la fin juin 67. Il admirait d√©j√† la nouvelle foi : cousin de Proc√®s et Martinien, les gardiens de l'Ap√ītre Pierre (martyris√©s, eux aussi), il avait pu le visiter et se faire instruire par lui. En avril 68, l'Empereur et sa cour vinrent pr√©sider une f√™te dans le temple de Diane, o√Ļ mille machineries ing√©nieuses donnaient √† la foule une haute id√©e du pouvoir de la d√©esse. N√©ron ordonna √† tous de le reconna√ģtre, et se tourna d'abord vers son fid√®le Torp√®s, debout √† sa droite : √ī surprise, l'officier confessa la foi chr√©tienne. Puis, il refusa de sacrifier √† Diane, et N√©ron, qui rentrait √† Rome, confia au nomm√© Satellicus le soin de son supplice. On essaya de le livrer aux b√™tes fauves, qui se couch√®rent √† ses pieds, on le flagella sur une colonne, laquelle tomba sur Satellicus lui-m√™me. Silvinius, fils de celui-ci, continua sans plus de succ√®s que d'amener l'√©croulement du temple de Diane. Alors, on conduisit Torp√®s le long de l'Arno, au bord de la mer, o√Ļ il fut d√©capit√© un 29 avril. Son corps fut plac√© dans une barque, avec un chien et un coq, charg√©s de le d√©pecer, ainsi que l'ordonnait la loi sur les parricides. Son ami, Andronic, recueillit sa t√™te, v√©n√©r√©e au XIIIe si√®cle en l'√©glise de San Rossore, pr√®s de Pise. (Gabrielle Sentis, Saint-Tropez, cit√© corsaire, 1980).

Le courant Ligure ramena la barque jusqu'au rivage de l'actuel Saint-Tropez, autrefois appelé Héracléa (du nom des villes fondées par Héraklès-Hercule), un 17 mai.

Si l'on consid√®re ce motif de la d√©capitation, il est un autre saint martyr qui appelle un rapprochement avec Tropez : saint Eutrope de Saintes. Comme dans le cas de Bran(dan) [f√™t√© le 16 mai], le lien d'Eutrope et de Tropez est calendaire. Saint Eutrope est f√™t√© le 30 avril [date kabbalistico-alchimique], c'est-√†-dire le lendemain de la d√©capitation de Tropez. Par ailleurs, la ressemblance des deux noms (Eutrope-Tropez) est un argument suppl√©mentaire pour rapprocher les deux personnages. La ¬ęPassion du de Saintes, √©v√™que et martyr ¬Ľ, se lit dans le guide du p√®lerin de Saint- Jacques de Compostelle et appelle ainsi une autre jonction avec l'ap√ītre de Galice. Le cadavre de saint Jacques connut en effet le m√™me destin maritime que celui de Tropez puisqu'apr√®s avoir √©t√© abandonn√©e aux flots, sa barque aurait accost√© sur un site qui devient ensuite le lieu de p√®lerinage que l'on sait. Eutrope est d√©capit√© le 30 avril par une troupe de cent cinquante bouchers de de la ville de Saintes qui, apr√®s l'avoir frapp√© avec des b√Ętons et des lani√®res plomb√©es, l'ach√®vent en lui coupant la t√™te avec des haches et des cogn√©es. Ainsi, les deux dates qui marquent le destin posthume de Saint-Tropez (sa mort, le 29 avril, et sa translation sur les flots qui se termine le 17 mai), ces deux dates extr√™mes voient la comm√©moration liturgique de deux saints qui entretiennent d'√©videntes analogies avec Saint-Tropez.

Le lendemain (30 avril) est fêté dans de nombreuses régions un saint qui ne porte pas par hasard le même nom que Tropez, et ce nom n'est pas non plus fortuitement en relation avec le verbe tropein signifiant l'idée de rotation et d'inversion. Le 1er mai est précisément un moment clé du calendrier celtique. Cette date voit le début officiel de l'été et marque l'entrée dans la saison claire (à six mois de la Toussaint qui inaugure la saison sombre, l'hiver) (Philippe Walter, Le voyage de Saint Tropez : 29 avril-17 mai, Uranie, 4, 1994, Merlin ou le savoir du monde, Paris, Imago, 2000).

Néron attribuait la création du monde à la déesse Diane qui la soeur jumelle d'Apollon, enfants de Latone.

La tête de Tropez est vénérée encore à Pise, en semblance de caput mortuum alchimique.

A holy woman named Celerina (Célèrine) had a premonition in a dream of the arrival of the saint's body, and indeed the boat reached the present-day location of Saint-Tropez, where Celerina lived. The boat landed not far from the present-day sailors' cemetery. The body was untouched by both the rooster and the dog. The cock flew away towards the village later named Cogolin after it; the dog headed towards the village later named in its honor Grimaud.

Les moines de l‚ÄôAbbaye de Saint-Victor de Marseille, propri√©taires au XIe si√®cle de la presqu'√ģle, et de toutes les terres adjacentes, √©lev√®rent une chapelle qu'ils baptis√®rent ¬ę Ecclesia Sancti Torpetis ¬Ľ. Torpes devint finalement Tropez. On raconte que le coq s'arr√™ta dans un champ de lin √† quelques kilom√®tres de l√†. Le coq au lin donna le village Cogolin. Et le chien : Grimaud (chien en vieux fran√ßais). La t√™te de Torpetius est encore conserv√©e et v√©n√©r√©e √† Pise (fr.wikipedia.org - Coq dans la culture, en.wikipedia.org - Torpes of Pisa).

Le coq est le symbole alchimique du vitriol, formé par la cuisson du sel et du soufre. Ce qui apparait tout d’abord, c’est le coq ou la portion VOLATILE, conséquemment vivante, active, pleine de mouvement, extraite du SUJET, lequel a pour emblème le CHENE. C’est là notre source fameuse dont l’onde claire coule à la base de l’arbre sacré, si vénéré des Druides,et que les anciens philosophes ont nommé MERCURE quoiqu’elle n’ait aucune apparence du vif argent vulgaire. Car l’eau dont nous avons besoin est SECHE, ne mouille pas les mains et jaillit du rocher sous le choc de laverge d’Aaron. Telle est la signification alchimique du COQ , emblème de MERCURE chez les paiens et de la RESURRECTION chez les chrétiens. Ce COQ, tout volatil qu’il soit, peut devenir le PHENIX. Encore doit-il auparavant, prendre l’état de fixité provisoire que caractérise le symbole du GOUPIL, notre RENARD hermetique. Il est important,avant d’entreprendre la pratique , de savoir que le MERCURE contient ensoi TOUT CE QUI EST NECESSAIRE au travail (Fulcanelli, Le Mystere Des Cathedrales).

Les alchimistes ont tiré parti de la pugnacité du coq et de son duel victorieux tant avec le lion que le renard pour illustrer le début de leur Grand'Oeuvre quand la matière première, dite Lion vert, soumise au feu de l'athanor et agressée par le soufre, appelé queue de renard, est finalement vaincue par le vitriol, figuré par un coq triomphant.

Plus directement le coq est assimilé au Mercure alchimique.

Dans le bestiaire alchimique et philosophique, la figure du chien d√©vor√© par le loup repr√©sente la purification de l'or par l'antimoine, qui est aussi l'avant-derni√®re √©tape du grand Ňďuvre. Le chien et le loup symbolisent le sage, ou le saint, qui se purifie lui-m√™me en se sacrifiant et en se d√©vorant, pour acc√©der √† la connaissance spirituelle ultime

Signalons enfin que le chien est aussi considéré par les alchimistes comme le symbole du soufre et parfois de l'or. On trouve l'image du "chien qui mord" chez les Frères de la Pureté de Basra (VIIIème siècle).

En ce qui concerne Hercule, Fait significatif, beaucoup d'alchimistes mentionnent les douze travaux d'Hercule comme une des √©tapes de l'Ňíuvre. Or, qui ne voit que Cerb√®re des Enfers, √† la douzi√®me √©preuve, symbolise la r√©cup√©ration ‚ÄĒ non pas la destruction ‚ÄĒ du nocturne par le diurne? Ses trois t√™tes ‚ÄĒ les trois principes? ‚ÄĒ deviennent virtuelles, le conscient et l'inconscient se r√©concilient, l'Ňíuvre va pouvoir s'achever (Antoine Faivre, Pour une approche figurative de l'alchimie. In: Annales. √Čconomies, Soci√©t√©s, Civilisations. 26e ann√©e, N. 3-4, 1971).

Nesos, en grec, signifie VETEMENT DE POURPRE, et la tunique sanglante du centaure, ‚Äúqui brule les corps plus que le feu d‚Äôenfer‚ÄĚ, indique la perfection du produit achev√©, mur et rempli de teinture. Hercule figure le SOUFRE DE L‚ÄôOR dont la vertu r√©fractaire aux agentsles plus incisifs ne peut etre vaincue que par l‚Äôaction du vetement rouge, ou SANG DE LA PIERRE. L‚Äôor, calcin√© sous l‚Äôeffet combin√© du feu et de la teinture, prend la couleur de la pierre et lui donne, en √©change, la qualit√© m√©tallique que le travaillui avait fait perdre. Junon, reine de l‚ÄôOeuvre, consacre ainsi la r√©putation et la gloire d‚ÄôHercule,dont l‚Äôapoth√®ose mytique trouve sa r√©alisation mat√©rielle dans lafermentation... D√©janire, femme d‚ÄôHercule, personnifie le principe mercuriel del‚Äôor, qui lutte de concert avec le soufre auquel il est conjoint,mais succombe n√©anmoins sous l‚Äôardeur de la tunique ign√©e (Fulcanelli, Le Mystere Des Cathedrales).

Le voyage de Torpet sur la mer ressemble √† celui de l'alchimiste : La pierre que l'on extrait du soleil et de la lune , par uu moyen tout naturel, et que l'on rend visible et palpable, est une pierre que l'on doit honorer. Elle est cach√©e dans les cavernes ou dans le profond des m√©taux parfaits; sa couleur la rend √©clatante; elle a une vie qu'elle manifeste √† l'artiste, qui lui sert de sage-femme. Son √©clat et sa beaut√© d√©montrent parfaitement que c'est une √Ęme ou un esprit sublime, et une mer ouverte, sur laquelle le philosophe doit voyager, et faire attention de ne pas faire naufrage s'il veut parvenir √† jouir de tous les biens qu'elle renferme en elle - Herm√®s (L. P. Francois Cambriel, Cours de philosophie herm√©tique ou d'alchimie, 1843).

Ainsi Soufre et Mercure accompagne le corps sans tête de saint Torpès sur la mère hermétique.

Les armes de Saint-Tropez sont D'azur à la barque de gueules portant Torpes allongé, un chien et un coq, surmonté d'un ange volant au-dessus et portant une couronne à la main (Jacques Merceron, La vieille carcas de Carcassonne, 2006).

Il existe d'autres Celerina plus historiques.

Les Virius Lupus Rutilius, qui ont pass√© par le consulat et par la pr√©fecture romaine, se glorifient, √† bien plus juste titre, du jeune Rutilius, br√Ľl√© √† Carthage en 207, de trois autres immol√©s √† Rome, en Asie et en Afrique, de Rutilia la compagne de Vitalis, des Lupus et Lupicinus, ¬ę de sang royal ¬Ľ, martyr √† B√©n√©vent, ou envoy√©s par le Saint-Si√®ge aux villes des Gaules. Un de ces derniers, √©v√™que de Lyon, succombant √† la pers√©cution avec la noble Celerina, nous reporte √† Carthage, qu'une autre Celerina a illustr√©e au IV√®me si√®cle par sa famille, sa passion et sa basilique, f√™t√© le 3 des nones de f√©vrier (3 f√©vrier) (Ciro de La Ville (abb√©), L'empire romain et le christianisme dans les Gaules, 1888).

Une autre sainte provenant de Carthage (Teniza), sous la persécution de Valérien, en 258, c'est-à-dire au temps de saint Cyprien, fit le voyage méditerranéen jusqu'à Ischia dans une barque enflammée : sainte Restitute, fêtée comme Torpès le 17 mai.

Il est normal donc que l'on rencontre des jumeaux √† Saint-Tropez : Les affam√©s de r√©ussite convergent vers le vieux port : ¬ę J'habitais Toulon, raconte le Dr Moreu. Nous avions des jumeaux, un voilier, une voiture √† cr√©dit. En 1963, on s'est dit: il nous manque un truc, aller √† Saint-Tropez. ¬Ľ En 1988, ce dentiste a, dit-il, la plus belle client√®le de France, sa femme tient les Galeries trop√©ziennes, ses enfants ont ouvert deux restaurants et la plage des Jumeaux (tenus par Jean Claude Moreu) (L'Express Num√©ros 1929 √† 1942, 1988).

Marcellin et Pierre

Seligenstadt √©tait mentionn√©e pour la premi√®re fois en 815 dans un acte de donation en tant que Oberm√ľhlheim. A Selingenstadt, la basilique Einhard, nomm√©e d'apres Eginhard, a √©t√© construite √† partir du IXe si√®cle. L'abbaye de Seligenstadt, appel√©e parfois abbaye des Jumeaux, √©tait contr√īl√©e de 1063 √† 1803 par l'√©lectorat de Mayence (fr.wikipedia.org - Seligenstadt).

Saint Damase, que l'on a déjà rencontré au sujet d'Agnès de Rome, dont le pontificat fut des plus agités - son élection faillit même déclencher une guerre civile -, manifesta une activité débordante : il se fit le champion du culte des martyrs : il chercha dans les catacombes des sépultures oubliées ou disparues sousles éboulemenst ; il élargit certaines cryptes, décora somptueusement de nombreux tombeaux de martyrs et les orna d'insciprtions généralement versifiées, gravées en une écriture savante et pércieuse appelée philocalienne à cause de leur auteur, le graveur calligraphe Furius Dionysius Philocalus. Huit groupes de saints jumeaux ont bénéficiés d'une épitaphe damasienne dont marcellin et Pierre. Avec l'inscirption de Marcellin et Pierre, il semble qu'on soit sur un terrain solide. Damase nous apprend qu'étant enfant, il a entendu le bourreau raconter l'exécution des dexu amrtyrs : celui-ci les avait obligés à creuser leur propre tombe avant de les décapiter sur place. Une certaine Lucilla était ensuite venue pourrelever les corps et leur donner une sépulture plus digne au cimetière des "Deux Lauriers". Sur les saints eux-mêmes, Damase ne sait rien : un prêtre ? un exorciste ? Damase ne le sait pas (Claude Savary, Chrsitiophe Gros, Des jumeaux et des autres, Musée d'ethnographie de Genève, Georg, 1995, pp. 109-110).

Saints Gervais et Protais

Le v√©ritable acteur de la l√©gende des jumeaux est bien s√Ľr saint Ambroise. Dans ce contexte de p√©nitence incarn√© par Marie-Madeleine, on peut citer une parole de l'√©v√™que de Milan :

La vraie pénitence s'appelle conversion, parce qu'elle change tout son homme; saint Ambroise : Se ipsum homo abneget et lotus mutetur ; c'est une métamorphose, une alchimie, transformation spirituelle, qui fait qu'on a des pensées, affections, façons de faire, coutumes, toutes contraires à celles qu'on avait auparavant (Jacques-Paul Migne, Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés, du premier et du second ordre, 1861).

Il n'y a pas lieu de revenir sur les églises Saint-gervais-et-Saint-Protais de Paris et de Gisors qui sont un "Livre muet vouée à l'Alchimie".

Gervais et Protais apparaissant à saint Ambroise, huile sur toile, esquisse pour tenture à l'église Saint-Gervais-Saint-Protais à Paris

fr.wikipedia.org - Saint Gervais et saint Protais - Photo Siren-Com

Isa√Įe

Mis en circulation sous le nom d'Arnaud au courant de la premi√®re moiti√© du xIVe si√®cle, le Tractatus parabolicus introduit l'all√©gorie sous la forme de la concordance typologique entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Les proph√©ties v√©t√©ro-testamentaires n'y sont pas seulement consid√©r√©es comme autant de paraboles se rapportant au Christ, mais √©galement comme une r√©f√©rence au mercure, la substance de base de toute op√©ration alchimique. Les passages introducteurs de ce texte fondateur de la nouvelle orientation expliquent la finalit√© du recours au texte saint et plus particuli√®rement au mod√®le christique [...] Puis l'auteur inconnu du Tractatus parabolicus explicite l'intention qui motive le recours aux rapports typologiques entre d'une part les paroles des proph√®tes et et le Christ, et d'autre part l'art alchimique √† savoir la l√©gitimation par l'autorit√© biblique de la cr√©dibilit√© de l'alchimie ¬ęNous avons la preuve que l'art alchimique est vrai √† cause de la parole d'Isa√Įe: "Un rejeton sortira de la souche de Jess√©..." (Gilbert Dahan, Richard Goulet, All√©gorie des po√®tes, all√©gorie des philosophes: √©tudes sur la po√©tique et l'herm√©neutique de l'all√©gorie de l'Antiquit√© √† la R√©forme, 2005).

Saints Auxiliateurs ou Auxiliaires

La dévotion aux saints auxliateurs est d'origine allemande, élaborée dans le couvent dominicain de Ratisbonne. Le culte est stimulé par la vision du berger franconien Hermann Leicht en 1446 à Francovallis aujourd'hui nommé Vierziehnheiligen en raison de l'appartiion de 14 enfants autour du Christ pris pour des saints.

Les pendentifs port√©s au cou pouvaient √™tre des croix ou des m√©dailles simples, mais parfois il s‚Äôagissait de v√©ritables chefs-d‚ÄôŇďuvre complexes, r√©unissant les vertus des inscriptions, des images et des objets b√©nis. R√©cemment une monographie a √©t√© consacr√©e √† un pendentif du XVe si√®cle en or, en forme losang√©e, trouv√©e en 1985 pr√®s du ch√Ęteau de Middleham. L‚Äôavers du joyau, un petit bo√ģtier, est d√©cor√© d‚Äôun saphir et grav√© de l‚Äôimage de la Trinit√©. Le cadre porte une inscription mi-chr√©tienne, mi-magique : Ecce agnus dei qui tollit peccata mundi ‚Äď Tetragrammaton ‚Äď Ananizapta. Sur le revers, la Nativit√© et sur la bordure, quinze saints auxiliaires sont repr√©sent√©s. Quant au contenu du joyau, il n‚Äôen reste que de petits morceaux d‚Äô√©toffes brod√©s d‚Äôor ; selon toute vraisemblance, le bo√ģtier renfermait un m√©daillon rond en cire de l‚ÄôAgnus Dei, que l‚Äôon portait souvent en r√©cipients de bronze ou de m√©tal pr√©cieux. Par exemple, le Tr√©sor de Quedlinburg conserve plusieurs capsules-pendentifs Agnus Dei du XVe si√®cle, dont trois en argent grav√© ; un quatri√®me, constitu√© de deux plaques de verre, renferme l‚ÄôAgnus Dei et l‚Äôimage de saint Christophe en parchemin (Edina Bozoky, Les moyens de la protection priv√©e, 2001).

Saint Barthélemy

Barthélemy est l'écorché le plus célèbre, ce qui a des références alchimiques.

Zosime raconte l'histoire symbolique d'Ion "perc√© par l'√©p√©e", taill√© en pi√®ces, d√©capit√©, √©corch√©, br√Ľl√© dans le feu afin de pouvoir changer son corps en esprit. L'op√©ration alchimique comporte une phase de dissolution et putr√©faction des m√©taux, qu'un alchimiste contemporain commente ainsi : "Rien ne peut rena√ģtre √† un √©tat meilleur sans mourir pr√©alablement et subir la p√©riode de dissolution et de putr√©faction de ses principes ant√©rieurs" (Simone Vierne, Rite, roman, initiation, 1973).

Saint Nicolas de Tolentino

Nicolas de Tolentino patron des √Ęmes du purgatoire.

Comme les Ames apr√®s les peines passag√®res de cette vie, sont men√©es en paradis, o√Ļ il y a toujours une vie joyeuse ; ainsi sera notre Pierre apr√®s avoir √©t√© purg√©e en purgatoire, de son obscurit√©, c'est-√†-dire en blancheur tr√®s puissante d'Elixir dit Geroges Ripley.

Le Livre des Douze Portes a été écrit par l'un des deux alchimistes de l'Angleterre du XVe siècle. Il s'agissait de George Ripley, contemporain de Thomas Norton. Ce dernier aurait été initié à l'alchimie par Ripley, un chanoine de Bridlington, qui rassembla ses connaissances dans le Compound of Alchemy, ouvrage dédié à Edouard IV. C'est ce traité qui fut plus tard connu sous le nom du Livre des Douze Portes (herve.delboy.perso.sfr.fr - Ripley).

L'√©glise du couvent des Augustins de Brou √† c√īt√© de Bourg-en-Bresse est vou√©e √† ce saint Nicolas. Le triptyque qui lui est consacr√©.

L‚Äôiconographie des verri√®res de Brou a √©t√© maintesfois comment√©e. Les fen√™tres centrales du chŇďursont con√ßues comme un triptyque : deux sc√®nesd‚ÄôApparition au centre ; le couple ducal,les saints patrons et des √©cus armori√©s sur les¬ę volets ¬Ľ. La Crucifixion centralehabituelle est remplac√©e par l‚ÄôApparition du Christ√† la Vierge et √† Marie Madeleine, th√®mes de r√©sur-rection et non de mort. Le retable qui devait prendreplace dans l‚Äôabside √©tait consacr√© √† la Crucifixionet les √©pisodes repr√©sent√©s formaient donc un tout avec les peintures sur verre ; des allusions √† la Passion existent √©galement, discr√®tement, dans le vitrail central (Yvette Vanden Bemden, Les vitraux de Brou).

Saints C√īme et Damien Jumeaux

Le 27 septembre est la fête des saints jumeaux qui sont devenus avec Marie Madeline les saints patrons de la médecine et de la pharmacie.

En effet, celle-ci est √©galement pr√©sente dans les tableaux d‚Äôint√©rieur repr√©sentant des laboratoires pharmaceutiques et alchimiques, aujourd‚Äôhui conserv√©s respectivement au Mus√©e Fesch d‚ÄôAjaccio et au Mus√©e Balio de Tr√©vise, sign√©s du monogramme G. D. V., c‚Äôest-√†-dire Giovanni Domenico Valentini (1639‚Äď1715). Le peintre romain, sp√©cialiste des natures mortes, s‚Äôinspire souvent de ces lieux, qu‚Äôil fr√©quentait pour se fournir en couleurs et autres mat√©riaux n√©cessaires √† l‚Äôart pictural, et il sut en reproduire les caract√©ristiques √† travers des d√©tails fascinants. √Ä c√īt√© des objets d‚Äôusage, communs √† toutes les officines, tels que matras (vases de verre ou de terre √† long col, utilis√©s en alchimie), alambics, r√©cipients en verre et en majolique, on trouve dans ces tableaux l‚Äôimage de la Mirafora (porteuse d‚Äôhuile) avec son vase aux pouvoirs alchimiques. Ces pouvoirs semblent multiples sur l‚Äôalbarelle o√Ļ Marie Madeleine est repr√©sent√©e avec son vase symbolique tandis que C√īme et Damien portent chacun un urinal pour l‚Äôanalyse des urines, moyen de diagnostic qui a longtemps pr√©valu et un livre ou une bo√ģte contenant les drogues. Autant d‚Äôobjets qui pourraient souligner le hautdegr√© de consid√©ration atteint par les profession-nels auxquels ces pi√®ces font allusion : le m√©decin chirurgien, prot√©g√© par les saints martyrs et l‚Äôapothicaire auquel C√īme fait r√©f√©rence avec ses attributs, tout comme la Madeleine porteuse d‚Äôun farmakon (rem√®de). La formule iconographiquedu ¬ę vase dans le vase ¬Ľ sugg√®re d‚Äôautres r√©f√©rences par le biais du rapprochement de la sainte porteuse d‚Äôhuile et des saints m√©decins, il semble que l‚Äôon ait voulu mettre en relation l‚Äô√©l√©ment f√©minin et le masculin. Rapprochement habituel dans toutes sortes de cr√©ations artistiques, picturale ou c√©ramique, mais aussi m√©dicale et th√©rapeutique. Pour que m√™me le soin devienne un art (Maria Cristina Villa Alberti, historienne de l‚Äôart r√©dactrice √† la revue Ceramicantica (Traduit de l‚Äôitalien par Barbara de Montaiguet Jacqueline du Pasquier), Des m√©decins anargiri√† la trinit√© m√©dico pharmaceutique).

Le patronage de Marie-Madeleine aux pharmaciens de Barcelone est ant√©rieur √† 1365. Patronage anciennement peu r√©pandu en Catalogne ? o√Ļ la pr√©f√©rence des confr√©ries auxquelles les apothicaires appartenaient allait √† C√īme et Damien, sans doute parce qu'elles r√©unissaient aussi les autres professions m√©dicales, pour lesquelles ceux-ci √©taient plus indiqu√©s comme patrons. Mais un patronage qui se g√©n√©ralisa jusqu'√† devenir celui des apothicaires de toute la couronne d'Aragon (Pierre Julien, Marie-Madeleine, patronne des pharmaciens de Barcelone, et son image dans les textes et l'iconographie, 1995).

Les Jumeaux représentent le double Mercure, c'est-à-dire au Mercure philosophique ou le Rebis. le compost représente l'association Rebis-Mercure philosophique (herve.delboy.perso.sfr.fr - Soufre, herve.delboy.perso.sfr.fr - La Toyson d'or de Salomon Trismosin).

Saint Géraud et saint Romolo (Romule, Rémo)

Odon de Cluny a écrit une Vie de Géraud d'Aurillac et on lui attribue un Sermo in ueneratione sanctae Mariae Magdalenae.

Qui est la Bien-aim√©e du Cantique sinon, chez Gr√©goire le Grand, la pr√©figuration de Marie-Madeleine ? En recherchant dans la Bible pourquoi Marie, la Tour, figure l'√Čglise, Odon lie aux pens√©es d'Augustin et de J√©r√īme l'ex√©g√®se capitale du p√®re de l'unit√© magdal√©nienne, Gr√©goire. Il retrouve aussi ce faisant la tradition selon laquelle se c√©l√©braient dans le Cantique des Cantiques les noces mystiques de l'√Čglise avec l'√Čternel. Comment douter que la Tour, Madeleine, ne soit figure de l'√Čglise alors qu'elle d√©signe l'√Čpouse du Cantique promise √† son Dieu ? Odon a justifi√© sa d√©marche all√©gorique et peut construire toute son hom√©lie sur les enseignements que l'Eglise doit titer du mod√®le magdal√©nien (√Člisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la litt√©rature du Moyen √Ęge, 1997).

On ne conna√ģt pas exactement les dates de naissance et de d√©c√®s de saint Romule de G√™nes, on sait seulement qu'il exer√ßa son minist√®re √† G√™nes, au Ve si√®cle, succ√©dant √† Saint F√©lice et Saint Siro. Sa seule biographie date du Xe si√®cle et elle mentionne uniquement que c'√©tait un homme d'une grande bont√©, soucieux du bien des pauvres, et port√© √† apaiser toutes les discordes. Il quitta G√™nes pour fuir l'invasion des Sarrazins, et partit √† Villa Matuti√¶, qui deviendra plus tard San Remo o√Ļ il mourut. Selon la tradition locale de San Remo, Romolo aurait √©t√© √©lev√© √† Villa Matuti√¶ avant de devenir √©v√™que de G√™nes. Il y √©tait retourn√© pour fuir les invasions, et s'√©tait retir√© dans un ermitage, dans une grotte appel√©e Bauma devenue ensuite lieu de p√®lerinage, o√Ļ il serait mort. Il est le patron de la ville de San Remo. La v√©n√©ration de Saint Romolo √©tait si importante qu'au d√©but du XIe si√®cle, les √©diles de Villa Matuti√¶ voulurent changer le nom de leur cit√©, en lui donnant le nom du saint. Toutefois, le dialecte local d√©forma le nom qui de San Remolo devint San Remo, donnant d√®s le XVe si√®cle la forme actuelle de San Remo.

Le site de San Remo a √©t√© habit√© tr√®s t√īt dans l'histoire, comme en t√©moignent des restes d'installations humaines dat√©es du Pal√©olithique. Les pentes du mont Bignone permettent d'avoir un panorama qui va de Saint-Tropez (que l'on retrouve ici) √† Albenga. C'est √† l'√©poque romaine que la ville commence √† se d√©velopper de mani√®re significative. Elle fut fond√©e le long de la Via Julia Augusta, probablement appel√©e ainsi par Caio Matucio, qui avait construit une somptueuse villa autour de l‚Äôoppidum ancien (pr√®s de l'actuel casino). Une autre interpr√©tation fait r√©f√©rence √† la divinit√© d'origine asiatique Mater Matuta, d√©esse de l'aurore, dont le nom serait donc devenu Matutia puis Villa Matuti√¶ (fr.wikipedia.org - Romule de G√™nes).

Romule tient son nom de Romulus le fondateur de la ville de Rome. Et son nom s'eest transformé en Rémo, de Rémus le frère jumeau de Romulus.

San Remo ou Romolo ou Romule en la cathédrale San Siro de Gênes - Photo Georges Jansoone (JoJan)

Parmi les produits solides, on offrait quelquefois du miel en rayons (mel). Il tenait lieu de sucre mais on le consid√©rait comme un don en soi. Lui-m√™me √©tait m√©lang√© parfois √† de l'eau ou du lait. On pr√©parait aussi beaucoup de bouillies et de g√Ęteaux de miel qui √©taient r√©serv√©s surtout aux divinit√©s chtoniennes. Enfin certains g√Ęteaux √©taient sp√©cialement pr√©par√©s pour les c√©r√©monies religieuses suivant les prescriptions rituelles. Les g√Ęteaux √©taient appel√©s liba c'est-√†-dire g√Ęteaux sacrificiels, et √©taient consomm√©s apr√®s l'offrande par les fid√®les, les pr√™tres et leurs assistants. Le libunz √©tait fabriqu√© sous la surveillance des pontifes, par des fictores sp√©cialement charg√©s de ce soin. On y employait la meilleure farine (far, ador, faritra, siliginea, similago). On y m√™lait d'apr√®s Servius, de l'huile et du miel, d'apr√®s Ovide du miel, d'apr√®s Caton l'Ancien, du fromage et un Ňďuf. Les liba √©taient soit simplement d√©pos√©s sur l'autel pendant la c√©r√©monie religieuse, soit br√Ľl√©s par le feu. Plusieurs esp√®ces diff√©raient par la forme : le pastillum, libum rond; le testuatium ne se pr√©parait plus √† la fin du Ier si√®cle av. J.-C. que lors de la f√™te de Mater Matuta (c'√©tait une galette de p√Ęte appliqu√©e sur une huile chauff√©e); la turunda √©tait en forme de boulette; la spira, g√Ęteau sacr√© en spirale; le janual offert √† Janus; etc. II faut noter en passant que les oeufs ils servaient √† la confection de ce libum sans que par leur adjonction on commette une impi√©t√©, constituaient en eux-m√™mes une offrande aux libations. Dans les cultes exotiques surtout, on se purifiait par les Ňďufs. Et il est certain que les Ňďufs ayant servi aux lustrations faisaient partie des d√ģners servis √† H√©cate dans les carrefours. Or cette vertu purifiante de l'Ňďuf provient de ce qu'il √©tait un microcosme, un germe de vie et un symbole de vie universelle. A cet √©gard, il suffit de penser √† la place que tenait l'Ňďuf dans les croyances orphiques : l'Ňďuf cosmogonique (Pratiques alimentaires et civilisation : les rapports de l'alimentation et de la religion dans la Rome antique).

Quant aux g√Ęteaux que l'on offrait particuli√®rement √† Matuta, Varron s'exprime ainsi : ¬ę Libum, quod libaretur ut erat, priusquam esset coctum. Testuatium, quod in testu caldo coquebatur, ut etiam nunc Matralibus faciunt Matronae. ¬Ľ

Les g√Ęteaux ordinaires √©taient en effet pr√©sent√©s aux divinit√©s avant que d'√™tre cuits; mais on les offrait tout cuits √† Matuta. Cette cuisson se faisait ordinairement sous une esp√®ce de petit fourneau ou moule √† p√Ętisserie, appel√© tes tus. On imagine bien qu'il ne faut pas prendre √† la lettre la raison que donne Ovide de cette particularit√© du culte de Matuta. Dans tous les autres sacrifices, les g√Ęteaux crus repr√©sentaient les pr√©mices des productions de la terre offertes aux dieux; dans les f√™tes de Matuta, d√©esse du p√©riode le plus int√©ressant, les g√Ęteaux cuits √©taient l'image de la nourriture des premiers hommes, comme la d√©esse √©tait cens√©e avoir pr√©sid√© √† la cr√©ation du monde , parce qu'elle pr√©sidait √† la grande r√©volution du renouvellement de la nature (Biblioth√®que Latine-Fran√ßaise, Volume 54, 1835).

Le testuatium était un libum cuit : testuatium sive libum in testu caldo tostum esse videtur (Georg Friedrich Grotefend, Rudimenta linguae Umbricae ex inscriptionibus antiquis enodata, 1835).

On y mettait des oeufs : "Ea quomodo ex caseo, farina siliginea et ovo facta sint, atque in foco raldo sub testu leviter corta" dit Caton dans son De Agricultura (Publius Ovidius Naso, Jean-Augustin Amar Du Rivier, Publius Ovidius Naso, Volume 6, 1822).

Testis est en latin le nom du testicule associé à la fertilité qui va par paire en général.

Romule √©tait invoqu√© contre la pr√©sence des loups qui effayaient les populations : ¬ę Sainte Agathe, liez-lui les pattes,Saint Remo, serrez-lui les boyaux,Saint Gesippe, serrez-lui les trippes,Saint Gr√©goire, serrez-lui la m√Ęchoire,Saint Loup, tordez-lui le cou ! (Le loup au Moyen √āge) Ou "Saint Laurent, rognez-leur les dents, Saint Preux, nouez-leur la queue ... Et je prie le bienheureux Saint Loup de tuer le mauvais loup." (Les loups ravissants).

Saint Germain de Capoue

L’évêque de Capoue, Germain, rencontra aux thermes l’esprit du diacre Pascase qui lui demanda de prier pour lui car il était en purgatoire et après quelques jours l’évêque ne le vit plus aux thermes parce qu’il avait expié son péché.

Dans ma jeunesse, dit saint Gr√©goire dans ses Dialogues, avant d'embrasser la vie religieuse, j'ai souvent entendu faire l'√©loge des vertus de Paschase, diacre de l'Eglise romaine. Des personnes tr√®s honorables et qui l'ont parfaitement connu nous le peignaient comme un homme d'une admirable saintet√©, tout entier aux oeuvres de la charit√©, vrai p√®re des pauvres et d'une abn√©gation absolue. Le souverain Pontife √©tant mort, les suffrages se partag√®rent entre Symmaque et Laurent. Paschase prit parti pour celui-ci : cependant Symmaque fut √©lu pape √† l'unanimit√©; par les √©v√™ques et le peuple. Paschase se soumit mais sa soumission fut imparfaite, car il garda pour son ami une affection trop sensible. Les saints ont aussi leurs d√©fauts. Il mourut sous le pontificat de Symmaque, et pendant la c√©r√©monie des obs√®ques un poss√©d√© fut d√©livr√© miraculeusement par l'attouchement de sa dalmatique. Longtemps apr√®s saint Germain, √©v√™que de Capoue, allant dans les Abruzzes faire une saison d'eaux thermales, quel ne fut pas son √©tonnement de voir soudain le saint diacre qu'il avait toujours v√©n√©r√© lui appara√ģtre triste, abattu, souffrant. Tout hors de lui-m√™me, il lui demanda comment un homme tel que lui se trouvait en cet √©tat ? Paschase lui r√©pondit : Je suis envoy√© ici pour faire p√©nitence et pour expier mon affection excessive envers Laurent ; mais je vous en conjure, ayez piti√© de moi et priez pour moi. Si vous ne me voyez plus revenir ici, ce sera une preuve que vous avez √©t√© exauc√©. En effet l'√©v√™que pria avec ferveur et ne le revit plus, d'o√Ļ il conclut qu'il avait √©t√© admis dans la goire (lalumierededieu.eklablog.com - Novembre le mois des √Ęmes du purgatoire, sites.google.com/site/sacroeprofanocaravaggio67/FRA - Symboles et attributs des saints).

Quelquefois aux XIII√®me et XIV√®me si√®cles, surtout aux XV√®me et XVI√®me, √©poque o√Ļ se d√©gradent et se perdent les traditions, on humilie laur√©ole jusqu'√† la faire servir √† l'apoth√©ose d'un saint ou d‚Äôune sainte. Ainsi un vitrail de la fin du XIII√®me si√®cle, √† Chartres, nous montre saint Martin, archev√™que de Tours, enlev√© au ciel par deux anges, dans une aur√©ole de feu. Sur des manuscrits voisins de la renaissance est peinte, envelopp√©e de cette'divine aur√©ole, Marie Madeleine ravie en extase par des anges au-dessus de la Sainte-Baume. Il faut prendre garde alors de ne pas confondre Marie Madeleine avec la m√®re de Dieu, l'exaltation de Madeleine avec fassomption de Marie. La grotte , ll√Ęge de la sainte et d‚Äôautres caract√®res peuvent servir √† distinguer l'une de l'autre.‚ÄĒ Il semble que lhonneur de l'aur√©ole ait √©t√© d√©cern√© √† un saint ordinaire bien avant le XIII√®me si√®cle. On lit, en effet, dans la vie de saint Beno√ģt, qui mourut en 590, qu'il aper√ßut un jour √Ź√Ęme de Germain, √©v√™que de Capoue, enlev√©e au ciel par-des anges et dans une sph√®re de feul. Ce globe de feu est bien une aur√©ole; il est vrai qu‚Äôil enveloppait, non plus le corps, mais l'√Ęme d'un saint, et qu‚Äôune √Ęme pareille semble se rapprocher de la divinit√©. C‚Äôest de m√™me dans une aur√©ole ovale, rouge ou de flamme, qui est enlev√©e, √† Chartres, cette √Ęme de saint Martin.

Voici comment saint Ouen (Vie de saint Eloi, dans d'Achery, Spicilegium, tom. II, p. 1 13) raconte la mort de saint Eloi, son ami V, et comment il d√©crit l'aur√©o1e resplendissante, la lumi√®re sph√©rique, le phare qui environna l'√Ęme du saint montant au ciel (Adolphe-Napol√©on Didron, Histoire de Dieu, Iconographie chr√©tienne, 1843).

Selon Jacob Bohme (1682), l'√Ęme ¬ęplonge ses racines dans le feu et sa vie est dans le feu¬Ľ.

On lit dans la Biblioth√®que des Philosophes chimistes, t. IV, p. 570 et 578 (1754): ¬ę Adam: terre rouge, mercure des sages, soufre, √Ęme, feu de nature et √ąve, terre blanche, terre de vie, mercure philosophique, humide radical, esprit. ¬Ľ

A son tour, Petasius le philosophe, parlant du principe de l‚ÄôŇďuvre, s‚Äôaccorde avec ce qui a √©t√© d√©j√† expos√© au sujet de notre plomb et dit: ¬ę La sph√®re de feu est retenue et enserr√©e par celle du plomb ¬Ľ.[333] Et le m√™me, se faisant son propre commentateur, ajoute: ¬ę Cela veut dire √† partir du produit qui vient de l‚Äôeau m√Ęle ¬Ľ.[334] Or c‚Äôest l‚Äôeau m√Ęle qu‚Äôil a appel√©e la sph√®re de feu.[335] Il a dit (aussi) que le plomb est tellement poss√©d√© du d√©mon[336] et livr√© √† l‚Äôimpudence, que ceux qui veulent apprendre (la science) tombent dans la folie, √† cause de (leur) ignorance (de ses propri√©t√©s) (Alchimistes grecs, Deuxi√®me partie, Trait√©s d√©mocritains, Olympiodore, Commentaire sur le livre ¬ę Sur l‚Äôaction de Zosime ¬Ľ, et sur les dires d‚ÄôHerm√®s et des philosophes).

Saint Albert le Grand

Albrecht von Bollst√§dt connu sous l'appellation saint Albert le Grand, √©tait dominicain, philosophe, th√©ologien, naturaliste, chimiste et alchimiste germanique. Il fut professeur de renom au XIIIe si√®cle et notamment le ma√ģtre de Thomas d'Aquin.

Il s'int√©resse √† l'alchimie dans ses Meteora et dans son De mineralibus, qui datent de 1250 environ. Selon Robert Halleux (Les textes alchimiques, Turnhout, Brepols, 1979, p. 103-104), ¬ę le corpus [alchimique] d'Albert le Grand comprend une trentaine de titres ¬Ľ. L. Thorndike et J. R. Partington ont d√©cel√© dans son De coelo et mundi et dans ses M√©t√©orologiques une grande familiarit√© avec les th√®mes alchimiques. Ceux-ci sont trait√©s longuement dans le De mineralibus (1256). Sur la mati√®re des m√©taux, il d√©veloppe, contre D√©mocrite et Ibn Juljul, la th√©orie alchimique du soufre et du mercure, qu'il concilie avec les quatre √©l√©ments et qu'il reprend √† Avicenne. Le Alkimia7 et le Alkimia minor semblent d'Albert. Le Semita recta (¬ę La Voie droite ¬Ľ) est une compilation de la Summa perfectionis du Pseudo-Geber (Paul de Tarente, 1280) (fr.wikipedia.org - Albert le Grand).

Bienheureux Jan van Ruysbroeck

Jan de Ruisbroek ou Jan van Ruusbroec (ou Ruysbroeck) est un clerc braban√ßon n√© en 1293 dans le village de Ruisbroek, (Duch√© de Brabant) non loin de Bruxelles et mort en 1381 √† Groenendael, situ√© √©galement dans le Brabant. Sa m√®re morte lui apparaissant en personne apr√®s le saint sacrifice, rendant gr√Ęces avec un visage tout tranquille, elle lui assura en toute certitude que par l'hostie offerte √† Dieu, il l'avait totalement lib√©r√©e dela peine qu'elle avait endur√©e jusque-l√† dans le purgatoire.

Prêtre en 1324, c'est en 1343 que Ruysbroeck et ses deux amis, Franco van Coudenberg et jean Hinckaert, quittèrent Bruxelles pour se rendre à Groenendael. Il est vrai que c'est seulement six ans plus tard, en 1349, qu'ils y prirent l'habit et la règle de saint Augustin.

Le culte de Ruysbroeck est confirm√© en 1908 par le pape Pie X. Il est f√™t√© le 2 d√©cembre date de sa mort. Le po√®te et √©crivain belge Maurice Maeterlinck contribua √† faire red√©couvrir le grand mystique flamand, notamment dans son article ¬ę Ruysbroek l‚Äôadmirable ¬Ľ paru dans la Revue G√©n√©rale √† Bruxelles en 1889, puis dans sa traduction en 1891 de L‚ÄôOrnement des noces spirituelles.

L'√©crivain Joris-Karl Huysmans le cite en exergue de son Ňďuvre majeure A rebours "Il faut que je me r√©jouisse au-dessus du temps..., Quoique le monde ait horreur de ma joie, et que sa grossi√®ret√© ne sache pas ce que je veux dire." (fr.wikipedia.org - Jan de Ruisbroek).

Ruysbroeck n'est nullement l'illumin√© √©crivant dans l'extase qu'on a souvent repr√©sent√©. Il y a en lui un sp√©culatif qui entreprend une-construction m√©taphysique. Pour cela, il emprunte √† Albert le Grand sa cosmologie, √† saint Thomas sa psychologie. Au reste, il choisit avec la plus grande libert√©, m√™lant aux th√©ories de saint Thomas sur la cr√©ation l'opinion de Scot √Črig√®ne sur l'empreinte tripartite des hypos-tases divines dans l'√Ęme humaine, prenant √† saint Bonaventure sa repr√©sentation de la vie spirituelle. Mais l'essentiel de la doctrine de Ruysbroeck vient d'ailleurs. Saint Augustin a √©t√© son ma√ģtre en m√©ta¬≠physique. Gomme Augustin, ‚ÄĒ disciple lui-m√™me des n√©o-platoniciens par ses th√©ories du Dieu simple, du Verbe et du mal, ‚ÄĒ Ruysbroeck croit au Dieu-Un, que l'homme peut conna√ģtre parce qu'il a en lui une √©tincelle divine, l'√Ęme, et qu'il peut contempler en recherchant la per¬≠fection. Pour arriver √† cette contemplation, mieux, √† la possession, √† la ¬ę fruition divine ¬Ľ. Ruysbroeck fait siennne la m√©thode mystique d'un autre disciple des n√©o-platoniciens, le pseudo-Denys. Cette m√©¬≠thode mystique, o√Ļ le but supr√™me propos√© √† l'homme est de se perdre en Dieu, fit accuser Ruysbroeck de panth√©isme par Gerson. Et vrai¬≠ment la phrase suivante de la ¬ę Pierre brillante ¬Ľ, d√©nonc√©e par le chan¬≠celier cl√© l'Universit√© de Paris, justifie cette accusation : ¬ę L'homme se voit comme englouti lui-m√™me dans l'unit√©, par le sentiment intime de son union, et comme plong√© dans l'√™tre vivant de Dieu, par la mort √† toutes choses. Et l√†, il se sent une m√™me vie avec Dieu. ¬Ľ La tendance au panth√©isme est manifeste chez Ruysbroeck et s'explique surtout par l'influence cl√© ma√ģtre Eckhart. Ruysbroeck a beau corriger dans le sens chr√©tien la pens√©e d'Eckhart sur Dieu, seule r√©alit√©, sur l'union mystique avec Dieu qui fait que l'homme devient Dieu, son Ňďuvre est celle d'un disciple qui emprunte au ma√ģtre jusqu'√† la terminologie (Andr√© Courtet sur A. Wautier D'Aygalliers. Ruysbroeck l'Admirable. Paris, Perrin, 1925, 2e √©dition., Biblioth√®que de l'√©cole des chartes, 1926, vol. 87, n¬į 1, pp. 190-192.).

La doctrine de Ruysbroek tr√®s √©quilibr√©e indique la progression qui marque l'union de l'√Ęme chr√©tienne √† Dieu. Influenc√© par l'√©cole dominicaine allemande, il fut √† l'origine d'un mouvement spirituel important : la Devotio moderna. Parmi les contemproains, Geert Groote, Tauler, Thomas a Kempis consid√©raient Ruysbroek ciomme leur ma√ģtre. Ses √©crits en prose asc√©tiques et mystiques (Le Joyau des noces spirituelles, Le Royaule des amants de Dieu, Le livre de la plus haute v√©rit√© de Samuiel, Le livre des sept cl√ītures, Les sept degr√©s de l'√©chelle d'amour spirituel, Le livre du tabernacle spirituel) eurent une grande influence et furent traduits en fran√ßais et en latin. Ce sont les premiers monuments de la langue n√©erlandaise.

Le mariage sacr√©, la hi√©rogamie, occupe une place importante dans les Myst√®res antiques. Dans le christianisme, comme chez saint Bernard (1090-1153), cette th√©matique se d√©veloppe √† partir de commentaires du Cantique des Cantiques. Dans son Trait√© de l'amour de Dieu, il d√©crit l'itin√©raire de l'√Ęme vers les sph√®res sup√©rieures, dont l'√©tape ultime est celle des noces spirituelles. Cette symbolique conna√ģtra un grand d√©veloppement chez les mystiques rh√©no-flamands, notamment chez les b√©guines et chez Jan van Ruysbroek, l'auteur de L'Ornement des noces spirituelles (1335). Chez de nombreux auteurs, comme Valentin Weigel, le th√®me des noces spirituelles est li√© √† celui de la r√©g√©n√©ration et de la nouvelle naissance. Chez ces derniers, la symbolique alchimique s'ajoute √† celle du christianisme (Christian Rebisse, Les Noces chymiques, Extrait de la revue Rose+Croix n¬į 194 - √©t√© 2000).

L‚Äô√Čvangile parle de la maison construite sur le sable et de la maison construite sur le roc. II parle aussi de la pierre d√©daign√©e, qui est appel√©e √† devenir la pierre angulaire de la construction. Et celle-ci n'est pas sans rapports avec la pierre philosophale des alchimistes, ni avec la pierre dont parle Ruysbroeck l'Admirable dans son trait√© De la Pierre √©tincelante. La maison se trouve ainsi exprimer, sur tous les plans, une id√©e fondamentale, qu'on peut traduire approximativement par les mots d'intimit√©, d'int√©riorit√©, mais qui en diverses hauteurs, rend des harmoniques aussi fort diverses, bien (De l'instinct √† l'esprit, Pr√©cis de Psychologie analytique).

Ce que nous venons de dire nous fait comprendre pourquoi au livre des Myst√®res de Dieu, √©crit par saint Jean, l'Esprit du Seigneur s'exprime ainsi : ¬ę Au vainqueur, c'est-√†-dire √† celui qui sait se vaincre et se d√©passer lui-m√™me avec toutes choses, je donnerai la manne cach√©e, c'est-√†-dire un go√Ľt int√©rieur myst√©rieux et une joie c√©leste; et je lui donnerai une petite pierre brillante, sur laquelle est √©crit un nom nouveau, que nul ne conna√ģt sinon celui qui le re√ßoit. ¬Ľ La petite pierre est d√©sign√©e sous le nom de calculus, √† cause de sa petitesse et parce qu'on peut la fouler aux pieds sans en ressentir aucun mal. Elle est d'un √©clat brillant, rouge comme une flamme ardente, petite et ronde, toute plane et tr√®s l√©g√®re. Par cette petite pierre brillante nous pouvons entendre Notre-Seigneur J√©sus-Christ; car en sa divinit√© il est la clart√© de la lumi√®re √©ternelle, la splendeur de la gloire divine et un miroir sans tache o√Ļ toutes choses vivent. Celui donc qui sait tout vaincre et d√©passer re√ßoit cette pierre brillante, et avec elle la clart√©, la v√©rit√© et la vie. Semblable √† une flamme ardente, la petite pierre repr√©sente l'amour br√Ľlant du Verbe √©ternel qui a rempli de ses feux toute la terre et veut en embraser tous les esprits aimants jusqu'√† les consumer. Elle est si petite qu'on la sent √† peine, lorsqu'on la foule aux pieds. D'o√Ļ son nom de calculus ou petit caillou. Et saint Paul nous donne le sens de cette particularit√©, lorsqu'il dit du Fils de Dieu qu'il s'est r√©duit √† n√©ant et humili√© en prenant la forme d'esclave et se rendant ob√©issant jusqu'√† la mort de la croix. Par la bouche du Proph√®te le Seigneur a d'ailleurs dit lui-m√™me : ¬ę Je suis un vermisseau et non un homme, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple.¬Ľ (Jan van Ruysboreck, La Pierre brillante, Chapitre 7).

Nous apprenons de Sénèque qu'un certain Démocrite trouva l'invention de convertir des cailloux recuits en émeraudes, & qu'en suivant sa méthode on pouvoit donner telle couleur que l'on vouloit, aux pierres qui sont propres à ces opérations; excidit porro vobis eumdem Democritum invenisse quemadmodum decoctus calculus in smaragdum converteretur, qua hodieque coctura inventi lapides coctiles colorantur (Epist. 90) (M. Beneton de Perrin, Disseration sur la verrerie, Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux arts, octobre 1733).

Saint Gatien

Les sept pr√©dicateurs envoy√©s en Gaule par le prince des Ap√ītres Pierre, selon M. Faillon, furent Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Martial de Limoges, Austremoine d'Auvergne, Gatien de Tours, Saturnin de Toulouse, Val√®re de Tr√®ves. Cela selon les traditions des Eglises de Tr√®ves rapport√©es par Raban Maur et d'Arles. raban place cet envoi sous l'empire de Claude la 14√®me ann√©e de l'Ascension.

Ils font partie des 24 anciens qui voguèrent de Palestine vers la Gaule, selon Raban Maur, avec Marie Madeleine.

Le saint √©v√™que Maximin eut pour son partage la ville d‚ÄėAix, m√©tropole de la seconde province Narbonnaise, dans laquelle sainte Marie-Madeleine finit sa vie mortelle. Paul eut Narbonne, m√©tropole de la premi√®re province Narbonnaise ; Austr√©gisile, la ville de Bourges, m√©tropole de la premi√®re Aquitaine ; Ir√©n√©e eut Lyon, m√©tropole de la premi√®re Lyonnaise ; Sabien et Potentien eurent pour leur part la ville de Sens, m√©tropole de la quatri√®me Lyonnaise ; Val√®re, la ville de Tr√®ves, m√©tropole de la premi√®re Belgique ; F√©roneius, Besan√ßon, m√©tropole de la premi√®re province des S√©quaniens ; Eutrope, la ville de Saintes, dans la seconde Aquitaine, dont Bordeaux est maintenant la m√©tropole ; Trophime, Arles, alors m√©tropole de la province de Vienne. Ce furent de ces pr√©dicateurs que ces dix provinces des Gaules re√ßurent la foi.

Les autres docteurs ne pr√®ch√®rent point aux sept autres provinces des Gaules, mais √† sept villes de provinces (diverses) : Eutrope √† Orange, ville de la province de Vienne ; Front √† P√©rigueux, dans la seconde Aquitaine ; Georges √† Veliacum, dans la premi√®re ; Julien au Mans, dans la troisi√®me Lyonnaise ; Martial √† Limoges, dans la premi√®re Aquitaine ; Saturnin √† Toulouse, dans la premi√®re Narbonnaise, o√Ļ il fut pr√©cipit√© du capitole pour la foi de J√©sus-Christ. Parm√©nas, avec la v√©n√©rable servante du Sauveur, sainte Marthe, se retira √† Avignon, ville de la province Viennoise, ainsi que Marcelle, suivante de la sainte, Epaphras, Sosth√®ne, Germain, Evodie et Syntique. Rouen avec sa province, la seconde Lyonnaise qui est la Normandie ; Mayence avec sa province, la premi√®re Germanique ; Cologne avec sa province, la troisi√®me Germanique ; Octodure avec sa province des Alpes Grecques et Apennines ; la m√©tropole d'Auch avec sa province, la Novempopulanie ; la m√©tropole d‚ÄôEmbrun avec sa province des Alpes Maritimes ; la m√©tropole de Reims avec sa province, la seconde Belgique, furent r√©serv√©es √† d‚Äôautres docteurs.

En outre, voici les noms de ceux qui furent envoy√©s dans les Espagnes par les ap√ītres : Torqualus, Ct√©siphon, Secundns, lndalecius, Cecilius, Esicius, Euphrasius : ces sept pr√©dicateurs r√©unirent √† la foi chr√©tienne les sept provinces des Espagnes (M. Faillon, Monuments in√©dits sur l ¬īapostolat de S.Marie Magdaleine en Provence, 1859).

On aura remarqué que Gatien n'est pas directement nommé par Raban.

Raban-Maur nomme ces saints personnages parmi lesquels saint Gatien est d√©sign√© de la mani√®re que nous allons expliquer. Citons d'abord le passage : ¬ę HirenŇďus Lugdunum, metropolim Lugdunensis tertiŇď ; Sabinus et Potentianus senonas Metropolim Lugdunensis quartŇď... ¬Ľ

Il est √©vident que Lyon n'√©tait pas la m√©tropole de la troisi√®me Lyonnaise, mais de la premi√®re; la m√©tropole de la troisi√®me Lyonnaise, c'√©tait Tours. Une distraction occasionn√©e par la r√©p√©tition du mot metropolim aura donn√© lieu √† cette erreur, qu'il faut rectifier en ajoutant apr√®s le premier ¬ę Lugdunensis ¬Ľ les mots : prima, Gatianus Turonem, Metropolim Lugdunensis, suivis du tertix, et traduire ainsi: ¬ę Ir√©n√©e fut envoy√© √† Lyon, m√©tropole de la premi√®re Lyonnaise; Gatien √† Tours, m√©tropole de la troisi√®me Lyonnaise, etc. ¬Ľ (M√©moires de la Soci√©t√© arch√©ologique de Touraine: S√©rie in-80, Volume 21, 1871).

B√©roalde de Verville (1558-1612), √©rudit et polygraphe, chanoine de Saint Gatien de Tours, se pr√©tendait alchimiste. Selon des √©tudes r√©centes, il serait l'auteur du fameux Livre des Figures hi√©roglyphiques, attribu√© √† Nicolas Flamel. Fils de Mathieu Brouard, dit B√©roalde, humaniste protestant, il se r√©fugie √† Gen√®ve avec son p√®re apr√®s la Saint-Barth√©lemy, puis √† B√Ęle, o√Ļ il fait des √©tudes de m√©decine et fut probablement initi√© √† l'alchimie. De retour √† Paris, il fr√©quente le cercle de Pierre de l'Etoile proche de la Ligue. A cette √©poque il se convertit au catholicisme. Cependant, fid√®le au roi Henri III, il le suit en exil √† Tours en 1589. Nomm√© chanoine de Saint-Gatien de Tours en 1593, il publie une traduction du Songe de Poliphile et Le voyage des princes fortun√©s en 1610 (Fran√ßois B√©roalde de Verville, L'Histoire v√©ritable ou Le voyage des princes fortun√©s, 2005).