Châteaubriand et Thomas Lawrence
Le premier théoricien du paysage anglais, l'écrivain qui en inspira le goût aux Français, ne fut autre que Chateaubriand. En 1795, Chateaubriand, réfugié en Angleterre, se trouvait, en effet, à Beecles, tout près de cette curieuse et antique ville de Norwich, berceau d'une belle école de paysage. Chez son hôte, le pasteur Ben Sparow, dont les goûts pour les arts étaient connus des peintres de la contrée, se réunissaient toute une colonie d'artistes et parmi eux, sans doute, Old Crome, fondateur de l'école de Norwich, et Robert Ladbrooke, son beau-frère. C'est à Beecles, nous le savons aujourd'hui, que fut rédigé le Voyage en Amérique, où, pour la première fois, apparaît la palette romantique, les teintes lavées et les «fonds veloutés». C'est à Beecles, enfin, qu'en 1795, Chateaubriand écrivit sa Lettre sur l'art du dessin dans les paysages. Elle se ressent du milieu familier aux artistes où il vivait alors :
Le paysagiste apprendra l'influence des divers horizons sur la couleur des tableaux; si vous supposez deux vallons parfaitement identiques, dont l'un regarde le midi et l'autre le nord (c'est-à-dire éclairés par des jours différents), les tons, les physionomies, l'expression morale des deux vues semblables seront dissemblables.
La théorie portera ses fruits en Angleterre d'abord, puis en France. C'est elle qui permettra à Constable de réaliser deux, trois tableaux avec le même motif envisagé à différentes heures du jour. Importée chez nous à l'époque du romantisme, mise parfois en pratique par Théodore Rousseau, elle recevra un jour de nos impressionnistes toute son application. Ce fut Claude Monet qui, avec ses Cathédrales et ses Meules, réalisa pleinement la théorie de Chateaubriand. Ainsi, dans le domaine des arts comme dans celui des lettres, Chateaubriand justifia sa dénomination de «Père du Romantisme». Les traces de Chateaubriand, Eugène Delacroix pouvait les retrouver à Londres, où, attiré par les Fielding et par Shakespeare, par Bonington et par Byron, il arriva vers la fin de mai 1825. Il n'y avait pas trois ans que le noble vicomte avait quitté sa fastueuse ambassade de Londres, et après lui, Delacroix allait parcourir avec délices ces fraîches allées de Hyde-Park, où jadis, émigré et proscrit, François de Chateaubriand avait erré à pied en composant Atala et René (Raymond Escholier, Delacroix (1798-1832): Peintre, graveur, écrivain, 1926 - books.google.fr).
Chateaubriand est à Londres en 1822 et Marcellus rapporte qu'ils visitèrent ensemble «les trésors du Musée britannique et les métopes du Parthénon». Par conséquent, il a vu et les marbres de Phidias et ceux de Phigalie. Il y a mieux; dans cette même année 1822, à Londres, il pouvait admirer pour la première fois, chez sir Thomas Lawrence, un moulage de la Vénus de Milo. Ambassadeur à Berlin pendant l'année 1821, puis l'année suivante ambassadeur à Londres, il n'avait pas eu l'occasion de voir l'original à Paris (Alice Poirier, Les idées artistiques de Chateaubriand: Les Sources, 1930 - books.google.fr).
Châteaubriand, Poussin et l'Arcadie et même Mantinée
Le point de départ de la réflexion de Chateaubriand sur la sculpture reste d'ordre esthétique, et c'est par là qu'il faut commencer. Il y consacre un chapitre du Génie du Christianisme, chapitre qui pose enjeux et ambiguités. Il est d'abord assez significatif que la partie portant sur la sculpture soit la plus courte du livre "Beaux-Arts" : Chateaubriand est plus inspiré, dans la comparaison entre les Anciens et les Modernes, par la musique, la peinture et l'architecture. Significatif également d'une absence de caractéristique forte de la sculpture dans le Génie le fait qu'il introduise ce chapitre par une comparaison qui réduit la sculpture à la peinture : "A quelques differences près, qui tiennent à la partie technique de l'art, ce que nous avons dit de la peinture s'applique egalement a la sculpture" (Génie 796). Chateaubriand reprendra cette comparaison bien des années plus tard, en 1828, lorsqu'il décrira le bas-relief destiné au monument funéraire qu'il a commande pour Poussin : "Le monument du Poussin avance. Il sera noble et grand. Vous ne sauriez croire combien le tableau des bergers d'Arcadie était fait pour un bas-relief et convient à la sculpture" (Lettre à Juliette Récamier; Correspondance 3: 304). Ce commentaire montre que, pas plus que dans le Génie Chateaubriand ne voit de spécificité marquante dans la sculpture, rien de ce point de vue qui la distingue de la peinture. Plus même: tout se passe comme si la qualité du tableau de Poussin se mesurait à sa capacité a devenir figure de pierre, exaltant la qualité du dessin. Nous touchons peut-être là à un fantasme du néo-classicisme : la circulation d'une belle forme d'un art à l'autre rendue possible par la qualité du dessin, alors que pour un Delacroix, illustrer une scène de Shakespeare serait plutôt rendre une atmosphère.
Ce fantasme est exemplairement illustré par le cas du sommeil d'Endymion. Chateaubriand mentionne la première fois ce sujet dans le Voyage en Italie : ayant vu au Musée Capitolin un bas-relief représentant "Endymion dormant assis sur un rocher" (Oeuvres romanesques et voyages 2: 1455), il le décrit précisement, plus longuement en tout cas que la plupart des statues qu'il a vues lors de cette visite, le passage du plastique à l'ekphrasis littéraire étant assure par le dessin. Dans Les Martyrs, Chateaubriand se réfère en 1809 à ce bas-relief lorsqu'il décrit Eudore endormi. Dans la première édition non cartonnée, il renvoie au "marbre fameux" (2: 1558; variante f de la page 113) de Rome, mais, dans les suivantes, à "un successeur d'Apelles" (2: 113), périphrase fleurie pour désigner Girodet comme digne successeur du peintre grec. A son retour de Rome, Girodet avait présenté au Salon de 1792 Le Sommeil d'Endymion, tableau inspiré du même bas-relief que décrit le Voyage en Italie. Que Chateaubriand renvoie indifféremment au bas-relief ou au tableau et qu'il joue avec un tel plaisir sur le passage du plastique au litteraire (et du litteraire au plastique puisque dans la remarque, il rappelle que Girodet s'est inspiré d'Atala pour un tableau) marquent bien ce rêve de passerelles entre les arts.
L'Italie confirme le motif du lien de la sculpture et de la mort qu'illustrent de manière saisissante Pompéi, Herculanum et le musée de Portici ou étaient alors rassemblés les objets récoltés dans ces deux sites. La découverte de ces villes enfouies joue un role fondamental dans le débat esthétique de la deuxième moitié du dix-huitieme siècle. Mais ce que Chateaubriand commente dans une formule saisissante, c'est la vision de la mort érigée en artiste: "C'est la [dans un portique de Pompéi] que fut étouffée la jeune femme dont le sein s'est imprimé dans le morceau de terre que j'ai vu a Portici : la mort, comme un statuaire, a moulé sa victime" (Oeuvres romanesques et voyages 2: 1474). Cette comparaison dit autant sur la mort comme artiste que sur la sculpture comme art de représenter son modèle, mieux "sa victime" : l'art se nourrit de la vie. Chateaubriand venait de voir mourir Pauline de Beaumont quelques semaines auparavant, et c'est à ce moment qu'il dira songer pour la première fois à rédiger ses mémoires: la mort s'emparerait-elle de sa victime aussi comme un écrivain, la figeant dans le texte autobiographique ? (Jean-Marie Roulin, Chateaubriand, ou les espaces de la sculpture, Sculpture et poétique: Sculpture and Literature in France, 1789—1859, Nineteenth-Century French Studies, Vol. 35, No. 1, 2006 - www.thefreelibrary.com).
Le Mont Cyllène est la montagne sacrée de l'Hermès Arcadien (Gustave Fougères, Mantinee et l'Arcadie orientale, 1898 - books.google.fr).
Ce texte évoque la sépulture du peintre français Nicolas Poussin (1594–1665), qui a passé une grande partie de sa vie à Rome. Il fut enterré dans la basilique San Lorenzo in Lucina, une église ancienne située au cœur de Rome. À l’origine, sa tombe était effectivement très modeste. Mais ce qui rend cette sépulture particulièrement intéressante, c’est qu’elle a été transformée bien après sa mort. En 1828, François-René de Chateaubriand, alors ambassadeur de France à Rome, décida de lui rendre hommage en commandant un monument funéraire plus digne de son génie artistique. Ce geste s’inscrivait dans une volonté de glorifier les arts et d’honorer la France à travers l’un de ses plus grands peintres. Le monument fut achevé entre 1828 et 1832, On se demande si Chateaubriand ne travailla pas aussi à sa propre gloire. Le monument fut réalisée par plusieurs artistes : Louis Vaudoyer pour l'architecture, Léon Vaudoyer, Paul Lemoyne, Louis Desprez, pour le buste et le bas relief
L'inscription du tombeau de Poussin porte F A DE CHATEAUBRIAND, probablement pour insisté sur Auguste plus que sur René. L'empereur Auguste était le protecteur de Virgile à qui l'on doit l'essor du mythe de l'Arcadie (www.tombes-sepultures.com).
Dans une page émouvante des Martyrs, Chateaubriand rapporte la découverte qu'Eudore fait de la tombe d'Ovide. C'est l'occasion d'une admirable réflexion qui rappelle le Et ego in Arcadia de Poussin. La méditation d'Eudore transforme le sort d'Ovide en métaphore du destin du poète, laquelle métaphore devient celle du destin de tout être humain. Ce qui est mis en œuvre dans cette page, ce ne sont plus les vers du poète, mais sa propre existence. ? est vrai qu'à ce stade de sa création poétique, il avait lui-même fait de sa relégation la matière des Tristes et des Pontiques :
Un jour, ayant passé l'Ister vers son embouchure [...] je découvris un tombeau de pierre, sur lequel croissait un laurier. [...] bientôt je parvins à lire ce premier vers des élégies d'un poete infortuné : «Mon livre, vous irez à Rome, et vous irez à Rome sans moi.» Je ne saurais vous peindre ce que j'éprouvai en retrouvant au fond de ce désert le tombeau d'Ovide. Quelles tristes réflexions ne fis-je point sur les peines de l'exil, qui étaient aussi les miennes, et sur l'inutilité des talents pour le bonheur ! (Chateaubriand, Les Martyrs, Paris, Le Normant, 1809, T. I, livre VU, pp. 243-244.)
Les Romantiques manifestent un goût marqué pour le proscrit de Tomes, son découragement, son désespoir d'exilé qui, au milieu de son abattement, continue d'espérer. Cette émotion vibrante, encore susceptible de bouleverser le lecteur du XXIe siècle, émeut les contemporains de Lamartine. Baudelaire, à l'instar de Rousseau, se rappelle le Barbarus hic ego sum. Et devant une toile de Delacroix, Ovide chez les Scythes, il se souvient de la page des Martyrs (Baudelaire, Œuvres complètes, Pléiade, Y.-G. Le Dantec revu par Claude Pichois, 1961, p. 1051) (Jacques Cormier, La survie littéraire d'Ovide. In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 2006, n°58 - www.persee.fr).
EUDORE endormi dans un bois est surpris par Cymodocée, XVII, 137 (François-René de Chateaubriand, Oeuvres complètes, Tome 28, 1831 - books.google.fr).
Il rencontre dans les bois Cymodocée, égarée au milieu de la nuit. Elle le prend pour Endymion; elle cherche à lui inspirer quelque intérêt en lui disant : Je suis fille d'Homère, aux chants immortels. Il lui répond sèchement : Je connais un plus beau livre que le sien. La jeune fille, selon l'auteur, déconcertée par cette réponse, dit en elle-même, ce jeune homme est de Sparte. La réponse que l'auteur prête à Eudore est bien dure, et je pourrais dire brutale. Ce n'est pas tout d'être chrétien, il faut être poli, surtout envers les jeunes filles. Cymodocée ne dit pas que le livre d'Homère soit le plus beau de tous les livres, mais que ses chants sont immortels, ce qui n'est une injure ni pour le Vieux, ni pour le Nouveau Testament; ainsi, la sécheresse et la dureté de la réponse d'Eudore sont entièrement gratuites et sans provocation (André Morellet, Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle, Tome 2, 1818 - books.google.fr).
Eudore, personnage des Martyrs de Chateaubriand, né à Mantinée
Eudoros ("of rich gifts") son of Hermes, and Polymele ("with many flocks") mother of Eudoros, seem to be named from traits of Hermes the shepherd-god (Arthur Fairbanks, Local cults in Homer, The New World, Volume 4, 1895 - books.google.fr, nonagones.info - La Vraie Langue Celtique et les traces de Mantinée).
A l'ouest des Vénètes, dans la partie de l'ancien comté de Cornouailles se terminant, au cap ou bec du Raz, vivaient les Corisopites. Pour bien juger et apprécier cette contrée, il suffit d'en citer la description faite par Châteaubriand qui connaissait sa chère Bretagne : «Région triste et solitaire, enveloppée de brouillards, retentissant du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers étaient battues d'un océan sauvage.» Ces paroles sont la traduction fidèle et complète de Corisopites, – cor, coeur, – hiss, sifflement, – sob, soupir, sanglot, – to hit, frapper, toucher –. Les sifflements aigus, les gémissements incessants produits dans les rochers par la furie des ouragans, n'étaient-ils pas de nature à frapper, à attrister le coeur des Corisopites ? (VLC, pp. 158-159)
La citation d'Eudore dans le Livre IX des Martyrs exacte est : "J'arrivai enfin chez les Rhédons. L'Armorique ne m'offrit que des bruyères, des bois, des vallées étroites et profondes traversées de petites rivières que ne remonte point le navigateur, et qui portent à la mer des eaux inconnues : région solitaire, triste, orageuse, enveloppée de brouillards, retentissante du bruit des vents, et dont les côtes hérissées de rochers sont battues d'un océan sauvage." (François-René de Chateaubriand, Oeuvres complètes de Chateaubriand précédée d'une étude littéraire sur Chateaubriand par M. Sainte-Beuve : Les martyrs, Volume 4, 1859 - books.google.fr, Darmstadt : Les trois portes : Rennes le Château - Gisors).
Eudore et Cymodocée se promettent le mariage alors qu'"on entend sur le sommet des montagnes un chœur qui commençait la fête des Lupercales. Il chantait le dieu protecteur de l'Arcadie, Pan aux pieds de chèvre, l'effroi des nymphes, l'inventeur de la flûte à sept tuyaux. Ces chants étaient le signal du lever de l'aurore; elle éclairait de son premier rayon la tombe d'Épaminondas, et la cime du bois Pélagus dans les champs de Mantinée" (François-René vicomte de Chateaubriand, Les martyrs, 1852 - books.google.fr).
Mantinée est en Arcadie, et c'est dans cette partie de la Grèce qu'Eudore était né (Albert Cahen, Morceaux choisis des auteurs français classiques et contemporains: prose et poésie, premier cycle, 1905 - books.google.fr).
Les pages 158-159 correspondant aux psaumes 3 et 4 (158 - 155 etc.).
Le psaume 3 se chante avec les deux précédents aux matines de Pâques; son antienne est formée du v. 5 qui renferme le mystère de la Passion et celui de la Résurrection. On le retrouve à la fête de l'oraison de Notre-Seigneur (3e Noct.); à la commémoration de la Passion (1er Noct.) où l'antienne est formée du v. 1; à la fête du Précieux-Sang (1er Noct.) où il a l'antienne Factus in agonia; à la fête du S. Rédempteur où l'antienne est prise du v. 4; enfin nous le lisons aux fêtes de la Sainte-Croix et des douleurs de Notre-Dame. Si les saints ont été associés au règne du Sauveur et à sa royauté, ce n'a été qu'à la condition de lui être associés d'abord dans ses humiliations et dans ses souffrances (Rom., VIII, 17). Aussi la prière du chef a du être la prière des membres, et c'est pourquoi l'Eglise lit notre psaume aux fêtes des saints Martyrs et des saints Confesseurs (1er Noct.) (nonagones.info - La Vraie Langue Celtique et les traces de Mantinée).
Les Martyrs est une épopée en prose et une œuvre apologétique de François-René de Chateaubriand publiée en 1809. Elle met en scène Eudore, un Grec de confession chrétienne, détourné de sa mission par une druidesse d'Armorique, Velléda.
Les douze premiers livres des Martyrs mettent en scène Eudore faisant le récit des premières années de sa vie jusqu'au moment de son retour en Arcadie. Il s'adresse à Cyrille, évêque de Lacédémone, Démodocus et Cymodocée, descendants d'Homère, et à sa famille. Le récit d'Eudore met en scène un long voyage, dont les principales étapes sont Rome, les pays barbares du nord, l'Armorique, le désert d'Égypte et la Terre sainte.
Les douze derniers livres des Martyrs exposent le triomphe de la religion chrétienne sous la persécution de Dioclétien. Cymodocée et Eudore meurent dans le cirque de Rome, après quoi l'armée de Constantin, premier empereur converti au christianisme, chasse le tyran et établit un nouvel ordre dans la cité éternelle (fr.wikipedia.org - Les Martyrs (Chateaubriand)).
Jamais le sort des prisonniers de guerre n’a été enviable, mais il est des époques et des pays où leur dure condition s’est trouvée singulièrement adoucie par l’humanité et la courtoisie des vainqueurs. Pierre et Joseph de Chateaubriand étaient des corsaires qui furent fait prisonniers le 5 avril 1760 sur la Villegénie. Ils durent leur libération à Lord Anson par l'intermédiaire de M. Hyde, en juillet 1760. (Charles Ruellan, Prisonniers de guerre français et anglais au XVIIIe siècle, RDN - Le débat stratégique depuis 1939, nov 1946 - www.calameo.com).
Pierre et Joseph Chateaubriand sont les oncles de l'auteur d'Atala (François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, Tome 12, 1850 - books.google.fr).
Le père de l'auteur était propriétaire du navire corsaire le Vautour qui fut pris le 9 décembre 1761.
DE CHATEAUBRIAND, (François-René-Auguste, vicomte), né à Combourg, en Bretagne, le 4 septembre 1768 (Jean-Baptiste-Pierre Jullien Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, Tome 6, 1826 - books.google.fr).
Châteaubriand Chénier et l'Amérique : Atala
Reniant la facture pseudo-classique, Atala évoque souvent les héroïnes alors méconnues d'André Chénier. La critique n'a guère relevé cette parenté avec l'inspiration néo-alexandrine. D'albâtre élégamment veiné de bleu, le corps de la blonde sauvagesse rappelle, dans sa dormition, les grâces inaltérées de la Jeune Tarentine. Les attitudes d'Atala, ses ébats aquatiques avec Chactas et les joutes de ses compagnes ressemblent aux peintures et aux bas-reliefs que le poète guillotiné devait traduire en bucolique, en oaristys ou en petit quadro. Toujours est-il que l'on n'accorde fréquemment à ce récit indien que les deux dimensions du maniérisme décadent et de la religiosité "naturelle". Le succès exaltant d'avril 1801 n'est plus compris. De lointains hommages saluent une rhétorique jugée surannée. Atala est citée rituellement, à peine visitée et presque rabaissée au rang des parodies qui suivirent son triomphe : Ah ! la la, ou le Vœu de ne pas danser l'opéra d'Alexandre Dumas fils, en 1848, et cent autres-sans parler de Troulala (Michel Lelièvre, Chateaubriand polémiste, Tome 1 : L'écrivain de combat, l'émigré sous le Consulat et l'Empire, 1983 - books.google.fr).

Marie-Joseph Chénier, à qui Chateaubriand ne le pardonna jamais, railla durement celui qu'il appelait «le Massillon du désert» :
O terrible Atala ! tous deux avec ivresse
Courons goûter encor les plaisirs de la messe...
Et plus définitive encore fut cette épitaphe burlesque parue dans le Journal de Paris du 26 messidor, an IX :
Ci-gît la chrétienne Atala
Qui, pour garder son pucelage
Très moralement préféra
Le suicide au mariage.
Ces quelques fléchettes pouvaient donner à penser que le sujet d'Atala était en soi assez ridicule (René de Castries, Châteaubriand: Ou La puissance du songe, 1974 - books.google.fr).
Marie-Joseph Blaise de Chénier, né le 11 février 1764 à Constantinople et mort le 10 janvier 1811 à Paris, est un poète, dramaturge et homme politique français, frère cadet du poète André Chénier (fr.wikipedia.org - Marie-Joseph Chénier).

Anne-Louis Girodet (1767–1824) - Funérailles d'Atala, 1808 - fr.wikipedia.org
André Chénier lui aussi, comme Rousseau, revenait à la nature, quand il évoquait ce monde héroïque et champêtre, ce peuple d'une Arcadie idéale; mais il y revenait par les chemins de l'art, et de l'art le plus exquis. Nous allons voir comment il sait s'inspirer, à la suite de ses maîtres grecs, de la vie familière et rustique. Il lui emprunte, à travers toutes ses Bucoliques, et on a pu le voir dans celles que nous avons déjà transcrites, bien des détails sur la nature, sur les maisons, les travaux et les jeux. Mais ils sont encadrés à leur place dans l'ensemble du tableau ou subordonnés à un sujet qui les domine. Nous allons les voir ici traités en eux-mêmes, pour eux-mêmes, comme un thème d'inspiration distinct de tous les autres et capable de les égaler (Firmin Roz, André Chénier, 1913 - books.google.fr).
MA Muse pastorale aux regards des Français
Osait ne point rougir d'habiter les forêts.
Elle eût voulu montrer aux belles de nos villes
La champêtre innocence et les plaisirs tranquilles;
Et, ramenant Palès des climats étrangers,
Faire entendre à la Seine enfin de vrais bergers.
Elle a vu, me suivant dans mes courses rustiques,
Tous les lieux illustrés par des chants bucoliques.
Ses pas de l'Arcadie ont visité les bois,
Et ceux du Mincius, que Virgile autrefois
Vit à ses doux accens incliner leur feuillage;
Et d'Hermus aux flots d'or l'harmonieux rivage,
Où Bion, de Vénus répétant les douleurs,
Du beau sang d'Adonis a fait naître des fleurs
(André Chénier, Oeuvres anciennes d'André Chénier, Tome 2, 1826 - books.google.fr).
Les premiers mots, les premiers gestes attribués à Chénier après sa mort apparaissent en 1802 lorsque, dans son Génie du christianisme, Chateaubriand compare Chénier à Théocrite. Il s'imagine se rappeler qu'au moment où Chénier faisait face à la guillotine, il aurait touché son front pour déclarer : «Mourir ! j'avais quelque chose là !». Si la phrase est connue, celle qui suit l'est moins : «C'était la Muse qui lui révélait son talent au moment de la mort». Qui aurait été le témoin secret des dernières paroles de Chénier ? (James Petterson, Poésie proscrite: Pour une poétique de la mésentente, 2020 - books.google.fr).
Nous ne saurions préjuger non plus, d'après les trop rares fragments qui nous restent, ce que Chénier eût fait de ce poème de l'Amérique, où il se proposait de retracer «toute la géographie du globe» et «le tableau frappant et rapide de toute l'histoire du monde». On l'a qualifié avec assez de vraisemblance : un Essai sur les mœurs, en vers. L'attrait de l'Amérique au dix-huitième siècle ne s'explique pas seulement par un sentiment naissant de l'exotisme : il y entre des préoccupations philosophiques. Chénier avait lu Rousseau, et peut-être ne lui déplaisait-il pas, comme à Chateaubriand dans les Natchez, d'opposer le nouveau monde à l'ancien, l'homme de la nature à l'homme de la civilisation, non certes pour conclure contre celle-ci (il croit trop fermement au progrès, aux sciences et aux arts), mais en vue de retrouver les traits essentiels de l'humanité et d'opposer aux superstitions ou aux préjugés la nature et la raison. «Chénier n'avait pas fixé le plan de ce poème ni le nombre des chants qu'il devait avoir. Il indique seulement dans une note qu'il voulait en faire une œuvre considérable d'environ douze mille vers.» La meilleure classification consistera donc «à grouper par catégories les morceaux qui nous restent de l'Amérique, d'après leurs sujets : géographie, histoire générale, histoire de la conquête de l'Amérique, mythologie et religions, épisodes et caractères, etc., en rejetant à la fin les notes et les vers qui ne pouvaient entrer dans aucune de ces sections. Ce sont là en somme des matériaux épars en vue d'un édifice dont rien ne laisse deviner quelles auraient été la distribution ni la forme. L'abréviation Amér. se trouve sur presque tous les feuillets où Chénier a réuni les esquisses de son futur poème (Paul Dimoff, Oeuvres completes de André Chénier: Poèmes, 1927 - books.google.fr).
AMÉRIQUE. Géographie. Il faut dans cet ouvrage, soit quand le poëte parlera, soit par la bouche des personnages, soit dans les discours prophétiques des êtres surnaturels, décrire, de côte en côte, absolument toute la géographie du globe aujourd'hui connue. Amer. "Geôrg". (égeôgraphia")... Ensuite se présente tel pays couronné de telle et telle chose (les fruits et les fleurs qu'il produit) (Oeuvres poétiques de André de Chénier, Tome 2, 1874 - books.google.fr).
Au confluent du Kentucky et de l'Ohio, le paysage présenta au voyageur «une pompe extraordinaire». En effet, il semble que Chateaubriand fut fort impressionné par l'État du Kentucky peut-être à cause de la beauté de ses paysages ou de l'origine historique de son nom. Cet État, avec celui de Tennessee, devait être le pays du Père Aubry et l'asile de Chactas et d'Atala. Les Natchez devaient y faire la chasse au castor et René devait y entendre le récit de de Chactas. Les descriptions que Chateaubriand nous a données du paysage de Kentucky sont peut-être les plus exactes de toutes ses descriptions des paysages américains. Le passage continue toujours avec exactitude et plein d'intérêt. Le fleuve coulait à cette époque à travers un pays peu habité entre, au nord, des collines couronnées de forêts et, au sud, des savanes parsemées de bocages et souvent couvertes de buffles. A l'embouchure de l'Ohio la troupe se divisa, sans doute, car l'on doit se rappeler qu'au Niagara Chateaubriand s'était associé avec des trafiquants qui allaient à Saint-Louis. Nous ne trouvons rien indiquant qu'il remonta le Mississipi avec ces trafiquants; il semble, au contraire, qu'il continua toujours vers la ville des Natchez. L'Ohio et le Mississipi étaient des routes bien fréquentées à cette époque et sans doute Chateaubriand avait peu à chercher pour trouver d'autres compagnons de voyage. Le même passage du Voyage qui contient la description du cours de l'Ohio se continue par une description semblable du cours du Mississipi, de l'embouchure de l'Ohio jusqu'aux Natchez. Cette description n'est pas aussi minutieuse que celle du cours de l'Ohio à cause, sans doute, de la monotonie présentée par cette partie du voyage. Cependant, la plupart du temps elle est exacte et en l'étudiant on acquiert une idée assez juste du fleuve et du pays. D'ailleurs, Chateaubriand transporta la meilleure partie de cette description dans les Natchez.
Ce pays si magnifique s'appelle pourtant le Kentucky du nom de sa rivière, qui signifie rivière de sang : il doit ce nom funeste à sa beauté même; pendant plus de deux siècles, les nations du parti de Chéroquois et du parti de nations iroquoises s'en disputèrent les chasses. Sur ce champ de bataille, aucune tribu indienne n'osoit se fixer : les Sawanoes, les Miamis, Piankiciawoes, les Wayoes, les Kaskasias, les Delawares, les Illinois, venaient tour à tour y combattre.» (Voyage en Amérique, p. 85) Voir aussi sur le même sujet Géographie Universelle, t. XVI, p. 440. Chateaubriand n'a peut-être pas exagéré l'état sauvage (Madison Stathers, Chateaubriand et l'Amérique, 1905 - books.google.fr).
Paducah at Tennessee Mouth, Metropolis, Ill., at the site of Fort Massac, Cairo at Ohio Mouth. Smithland at the mouth of the Cumberland (George Duncan Painter, Chateaubriand: The longed-for tempests, Tome 1, 1978 - books.google.fr).


Atala et "Polycarpe" : du grec "fruits abondants"
Dans le roman Les Natchez, Atala et Chactas, délivrés du besoin et du péril par les fruits abondants et le feuillage dense de la forêt américaine, redeviennent conscients de leur environnement naturel et de la Providence divine (Sophie Foulon, Sacré et sacrifice dans les Natchez de Chateaubriand, Sacrifice et sacré, 1992 - books.google.fr).
L'abbaye de St-Polycarpe fut fondée vers la fin du VIIIe siècle, sous le règne de l'Empereur Charlemagne, d'après les lettres obtenues de cet empereur par Atala fondateur et premier abbé de St-Polycarpe. D'après une ancienne histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe, publiée en 1779, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, Atala était un seigneur espagnol. Il quitta sa patrie pour se soustraire à la domination des Sarrasins qui en étaient alors les maîtres. emmenant avec lui des affranchis et vint dans le Razès, (Pago Redensi) qui, autrefois, était une ville avec château, mais qui, ne subsistant plus, a donné son nom au pays. Il s'établit à une lieue et demie de Limoux, dans un endroit solitaire, et sous la protection de Charlemagne, il commença à y jeter les fondations d'une abbaye de Bénédictins sous l'invocation de St-Polycarpe, évêque de Smyrne. Le nouveau monastère prospéra sous la protection de Charlemagne et de ses successeurs, Louis-le-Débonnaire et Charles le Chauve, qui confirmèrent et augmentèrent les donations et les privilèges accordés par le grand Empereur. L'église du monastère, da moins celle qui existe actuellement, fut bâtie vers le xe siècle. Le cloître fut construit ou reconstruit vers le XVe, car le peu qui en reste paraît dater seulement de cette époque.
L'abbaye de St-Polycarpe fut d'abord gouvernée par des Abbés réguliers, c'est-à-dire exerçant le pouvoir spirituel et temporel, et élus par les Religieux composant la communauté du Monastère. Elle fut ensuite, au Xe siècle et au commencement du XIIe, un simple prieuré assujetti tantôt aux Abbés du monastère de La Grasse, tantôt à ceux du monastère d'Alet, ainsi qu'il résulte des Conciles tenus à Narbonne en 1095 et à St-Gilles en 1115, dans lesquels ces deux derniers Abbés s'en disputèrent la possession.
Mais cette dépendance cessa vers la fin du XIIe siècle puisqu'on voit qu'en 1197 Bernard de St-Ferréol était abbé en titre de St-Polycarpe (Histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe, déjà citée).
Depuis cette époque, et jusque vers le milieu du XVe siècle, il y eut toujours des Abbés réguliers à la tète de ce Monastère. Les procès-verbaux de 1269, 1271 et 1273 de l'Assemblée des Trois Etats contre l'exportation des blés font toujours mention des Abbés de St-Polycarpe (Histoire du Languedoc).
Soixante-quatre ans plus tard, en 1337, on nomme Abbé régulier Raymond qui, avec quelques prélats, refusa de consentir à la levée «d'une décime» demandée au Clergé, en 1346, par Philippe de Valois, roi de France. pour subvenir aux frais de la guerre de Cent-Ans, contre les Anglais. Un des derniers Abbés réguliers de St Polycarpe, fut Bernard, qui assista au Concile de Pise en 1405. En 1451. Gaubert Augerij, Abbé du Monastère de St-Polycarpe, est élu Abbé de celui de Lagrasse (Cartulaire de Mahul). Le 21 mars 1452, le dit Gaubert assiste comme témoin à l'élection de Bernard de Prato, son successeur à St-Polycarpe (Meme Cartulaire).
L'abbaye de St-Polycarpe fut, après cette époque, mise en «commende» et passa sous la juridiction des Archevêques de Narbonne. On connaît plusieurs Abbés commendataires de St-Polycarpe. Les principaux furent : Antoine de Dax, évêque d'Alet, et l'Abbé La Roche, aumônier de la Duchesse de Bourgogne (Histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe).
Enfin, au XVIIe siècle, lorsqu'éclata parmi les catholiques la querelle appelée le Jansénisme, les Religieux de St-Polycarpe se mirent du parti de la fameuse Abbaye de Port-Royal et refusèrent de donner leur adhésion à la Bulle Unigenitus et au formulaire du Pape Alexandre VII. L'Abbaye de St-Polycarpe fut alors condamnée à disparaître. Une lettre de cachet, datée de Marly, le 30 avril 1741, fait «défenses au Prieur de l'Abbaye de St-Polycarpe d'admettre, à l'avenir, aucun Novice à la Profession, comme aussi de recevoir aucun étranger pour cause de retraite. et lui enjoint de « renvoyer, dans le terme de huit jours, les Postulants et Novices qui sont dans cette Maison, le tout sous peine de désobéissance. Signé : Louis.» (Histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe, déjà citée).
Trente ans après l'exécution des ordres contenus dans cette lettre de cachet, il ne restait dans le Monastère que deux Religieux, le F. Arsène et le P. Dom Pierre, Prieur claustral. Les autres étaient morts sans remplaçants (Histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe, déjà citée).
Par lettres patentes datées de Compiègne, le 14 Août 1771, le Roi prononça l'extinction totale du Monastère de St-Polycarpe et la réunion de la Mense conventuelle et offices claustraux au Séminaire de Narbonne, le tout sous plu sieurs réserves mentionnées dans ces lettres, et sous la condition qu'il serait payé à chacun des deux Religieux dudit Monastère une pension viagère de six cent livres par an. Le Roi ajoute que «l'Eglise du Monastère pourra être « affectée à la paroisse de St-Polycarpe et que les lieux «claustraux et bâtiments dépendants du Monastère qui sont regardés comme inutiles et d'un entretien onéreux pourront être vendus ainsi que tous les effets mobiliers autres néanmoins que ceux qui seront à l'usage per« sonnel desdits Religieux, pour être, les deniers provenant desdites ventes, employés par les Supérieurs du Séminaire de Narbonne aux frais de l'union et à la restauration dudit Séminaire.» (Archives de la Mairie de St-Polycarpe).
Aussitôt après la signification des lettres patentes ci-dessus, les deux Religieux restants dans le Monastère remirent l'Eglise abbatiale à la paroisse de St-Polycarpe et les titres de propriété, baux, papiers et renseignements concernant ledit Monastère au sieur Delatre, bourgeois de la ville de Limoux, représentant l'Archevêque de Narbonne et chargé, par ce dernier, d'administrer les biens et revenus de la Mense conventuelle de ce Monastère. La Bibliothèque fut donnée à l'hospice de la ville de Limoux (Histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe).
Le premier de ces deux Religieux, le F. Arsène, obtint du Roi, en 1772, l'autorisation de se retirer à l'Abbaye de La Grasse; l'autre, le P. Dom Pierre, Prieur claustral, s'obstina à vouloir rester dans le Monastère de St-Polycarpe. II y fut cruellement assassiné, le 6 Avril 1773. Ce fut le jardinier du couvent et quelques associés qui commirent ce criminel attentat. Ledit jardinier et trois autres complices furent roués vits (Histoire de l'Abbaye de St-Polycarpe). Ainsi finit, d'une manière tragique, le Monastère de StPolycarpe, après une existence de neuf siècles. Pendant la Révolution, les constructions dudit Monastère, ainsi que les terres qui en dépendaient, furent déclarées biens nationaux et vendues au sieur Brousses, marchand chaudronnier de la Ville de Limoux, pour la somme de vingt-deux mille livres (Acte d'adjudicatton du 18 février 1791 : Archives de la Préfecture de l'Aude). La famille Brousses demeura. pendant plus d'un demi-siècle, propriétaire de ce qui restait du Monastère de St-Polycarpe. A l'extinction de cette famille, le Monastère avec ses dépendances passa à un autre acquéreur et, finalement, entre les mains de marchands de biens, qui le revendirent en parcelles aux habitants de St-Polycarpe et des communes voisines (F. Sauvère, L'abbaye de Saint Polycarpe, Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, Volume 7, 1894 - books.google.fr).
Sur les hautes montagnes qui avoisinent Limoux, où la géologie présente la gradation des siècles par la diversité des rocs et par celles des couches calcaires, on voit dans les entrailles de la terre la trace des commotions qui ont passé à sa surface. Les premiers apôtres du christianisme dans les Gaules ont foulé ce sol. Saint Polycarpe l'a jonché du symbole de la foi; les âges, en exhaussant le terrain, ont rendu la Croix inébranlable. Dans tous les siècles, ce lieu servit de refuge aux proscrits chrétiens. Lorsque les Sarrasins foulèrent la terre d'Aquitaine, Limoux recueillit les lévites fugitifs; les prélats de Toulouse et ceux de Narbonne y cherchèrent un abri, et les grottes de Limoux rëtentirent des hymnes saintes au jour de l'exil et de l'impiété. Les pics qui couronnent la vallée sont baignés par le Congain et l'Agagnoux, et sur une petite colline est placée, comme un oratoire pour l'âme souffreteuse, la chapelle de Marie. Limoux, entourée de vignobles, d'oliviers et de rochers ombragés, offre l'aspect d'une Arcadie, tandis que l'aspérité des crêtes noircies présente l'image du mont Liban. Les solitaires de la Terre-Sainte, qui comme saint Polycarpe vinrent habiter ces lieux, trouvèrent un désert près d'un séjour de délices; ils s'attachèrent à l'un et fuirent l'autre (Delandine de Saint-Esprit, Le cycle des jours chrétiens en France: chronique et légendes, 1839 - books.google.fr).
DELANDINE DE SAINT-ESPRIT (Jérôme), fils de Henri-Antoine Delandine, membre de l'Assemblée nationale. M. Jérôme Delandine, volontaire royal en 1815, fut autorisé à ajouter à son nom celui de Saint-Esprit, pour s'être trouvé avec le duc d'Angoulême à l'affaire de ce nom. [...] Son Histoire de France (420-1830) écrite d'après les manuscrits et les éditions xylographiques coordonnées avec les médailles et les manuscrits du moyen âge. Paris, Bailly, 1842-45, 12 vol. in-12 [3 fr. 50 c. le vol.]. est l'une des plus excentriques qu'on ait jamais écrites. Il peint la populace révolutionnaire de Paris comme une horde de cannibales, dansant la carmagnole autour des victimes humaines qu'elle a immolées, etc. M. Delandine de Saint-Esprit est en histoire un fervent disciple du Père Loriquet (La littérature française contemporaine: XIX siècle, Tomle 3 : Chr-Fuz, 1848 - books.google.fr).
Delandine de Saint-Esprit et les œuvres de Chateaubriand. - Le Dictionnaire de Larousse dit que Jérôme Delandine de Saint-Esprit fut nommé, à la Restauration, bibliothécaire du château de Rambouillet, poste qu'il perdit en 1830, et qu'il resta, jusqu'en 1858, propriétaire des œuvres de Chateaubriand. D'autre part, je trouve dans un des ouvrages de M. Pilot, ancien archiviste du département de l'Isère, que ce même Delandine mourut le 17 novembre 1855, dans la ville de Lyon, dont il était le bibliothécaire. Quelle est la date de la publication d'une édition des Nouvelles de M. le vicomte de Chateaubriand, in-16, imprimée chez Didot, sans autre indication que : Paris, chez les marchands de nouveautés, où Delandine tâcha de faire passer sous le couvert de l'illustre écrivain une série de Nouvelles dues à sa propre plume ? (A. de R.) (L'intermédiaire des chercheurs et curieux, Volume 25, 1892 - books.google.fr).
Les Abruzzes
Que ce tombeau ne vous cause aucune épouvante : c'est celui d'une femme jadis aimée comme vous : Cecilia Metella reposait ici. [...]
Asseyons-nous : ce pin, comme le chevrier des Abruzzes, déploie son ombrelle parmi des ruines. La lune neige sa lumière sur la couronne gothique de la tour
du tombeau de Metella et sur les festons de marbre enchaînés aux cornes des bucranes; pompe élégante qui nous invite à jouir de la vie, sitôt écoulée.
Écoutez ! la nymphe Égérie chante au bord de sa fontaine; le rossignol se fait entendre dans la vigne de l’hypogée des Scipions; la brise alanguie de la Syrie
nous apporte indolemment la senteur des tubéreuses sauvages (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Tome 6 - fr.wikisource.org).
Le mari de Caecilia était Licinius Crassus, fils du célèbre Crassus, triumvir aux côtés de Jules César et de Pompée qui était un des plus riches romains. Son, tombeau existe encore, mais la coupole qui le couronnait fut remplacée au XIIe siècle par des créneaux. Chateaubriand, dans un autre passage (Cf. p. 1168), indique que le sarcophage même avait été transporté au palais Farnèse. [...] Les Abruzzes sont une région très montagneuse de l'Italie centrale. Chateaubriand compare le pin-parasol de la campagne romaine à l'ombrelle dont s'abritent les pâtres de la région des montagnes (Émile Abry, Les Grands écrivains de France illustrés: morceaux choisis et analyses (classes de lettres), Tome 5, 1948 - books.google.fr).

Il est consul en 97 av. J.-C. avec Cnaeus Cornelius Lentulus. De 97 à 93 av. J.-C., il est ensuite proconsul en Hispanie ultérieure, accompagné de son fils Marcus. Strabon le crédite d'avoir découvert la voie maritime vers les îles Cassitérides, îles au Nord de l'Espagne, ayant quelques filons de plomb et d'étain et dont les géographes modernes ignorent l'identification. Sa victoire sur les Lusitaniens lui vaut de célébrer un triomphe à sa retour à Rome. En 90 av. J.-C. éclate la guerre sociale qui oppose la République romaine à ses alliés italiens. Publius Crassus est légat du consul Lucius Julius Caesar. Il perd huit cents hommes contre Lamponius et est contraint de se réfugier avec le reste de ses troupes à Grumentum (fr.wikipedia.org - Publius Crassus, (fr.wikipedia.org - Îles Cassitérides).
Le surnom Dives est répandu dans la gens Licinia depuis Publius Licinius Crassus, consul en -205 (Vies parallèles de Plutarque, traduit par Anne-Marie Ozanam, 2001 - books.google.fr).
A la fin du XVIe siècle, les propriétaires de cette ruine demandèrent l'autorisation de la démanteler, et déjà l'œuvre de destruction était commencée, lorsque la chambre capitoline et Sixte-Quint s'y opposèrent. Grâce à cette protection, le monument a pu arriver jusqu'à nos jours dans sa masse principale, dépouillé toutefois de ses marbres et de son revêtement de travertin (Casimir Chevalier, Romes et ses pontifes: histoire, traditions, monuments, Tomes 192 à 194, 1896 - books.google.fr).
Sixte Quint, pape de 1585 à 1590, était un chevrier des Abruzzes, né à Ascoli Piceno (Alphonse Jobez, La France sous Louis XV (1715-1773), Tome 6, 1873 - books.google.fr).
Sixte V est qualifié de "custos caprarum" (BRVTVM FVLMEN Papae SIXTI V. aduersus Henricum Sereniss. Regem Nauarrae & illustrissimum Henricum Borbonium, Principem Condaeum, 1585 - books.google.fr, Giovanni Battista Piranesi, Parte della Facciata del Sepolcro di Cecilia Metella co gli Ornamenti, che in oggi esistono, Le Antichita Romane, Paris 1800-1807 - books.google.fr).
Tottea (Comune di Crognaleto) Si ha notizia del recupero di una moneta del periodo della Guerra Sociale, attualmente dispersa e della quale non si conosce neppure il luogo esatto di rinvenimento (Maria Paola Guidobaldi, La romanizzazione dell'Ager praetutianus: secoli III-I a.C, Tome 3, 1995 - books.google.fr).
La parrocchia di S.Angelo di Tocteio citata in documenti nel 1324 con il suo tetto a capanna con facciata in pietra e il campanile a vela che sostiene due campane. Il portale ad architrave piano è incorniciato in pietra, nella lunetta al di sopra ad esso è scolpito l’Arcangelo Michele che uccide il drago. L’interno è a navata unica intercalata da tre grandi archi gotici sorretti da pilastri addossati alle pareti laterali. due nicchie nelle pareti laterali dove si trovano le statue lignee settecentesche di una Madonna con Bambino e di S.Giovanni Ferreri. Ed i santi Domenico, Caterina, Raimondo di Penafort, Elisabetta d’Ungheria, una santa velata anziana e papa Sisto V. La scena centrale è attorniata dalle vignette con i Misteri. Il beneficio del Rosario eretto nella chiesa nel 1611. Nella cappella di Sant’ Antonio, in pietra, conserva altare di legno dipinto e dorato con statua dedicata al santo nell’unica nicchia centrale, databile subito dopo il 1652 (Chiesa di San Michele Arcangelo di Tottea - www.6amico.com).
Vogliamo concludere questa carrellata di citazioni storiche riguardanti Tottea con Francesco Savini che, nel 1927, nel suo libro Le famiglie del Teramano, scrive sulla famiglia De Rubeis di Tottea: «Rubeis (De) di Tottea.
1. Pietro (don), fondatore di una cappella in S. Angelo di Tottea, 1656; Palm., IV; 150.
2. Domenico, giureconsulto e prosatore latino insigne di Tottea, pubblicò, dedicato al suo protettore e signore Giosìa III di Acquaviva, duca d'Atri, il volume: Forensium certaminum specimen, cui prima quatuor paraphrasis illigata hexametris accedit, Neapoli 1668, sumptibus Novelli de Bonis, col ritratto dell' autore all'età di 45 anni; Palm., V; 108.
3. Michele, fratello del precedente, anch'egli elegante poeta latino, aggiunse epigrammi propri all' opera suddetta del fratello Domenico, e ridusse a quattro poemi eroici le prime quattro orazioni di costui, pure aggiungendoli alla stessa opera e dedicandoli a Rodolfo di Acquaviva, nunzio apostolico in Isvizzera; Palm., V; 108. 4. Giannicola, morto in Tottea, ultimo maschio di sua famiglia, 1785; Palm., V; 109». (TOTTEA, BREVI CENNI TRA STORIA E NATURA - www.prolocotottea.it).
Domenico de Rubeis di Tottèa (sc. XVII), governatore di Atri a soli 22 anni, avvocato molto apprezzato a Napoli per la sua eloquenza, tanto da essere soprannominato “il Cicerone degli Abruzzi” (www.6amico.com).
JEAN-JACQUES DE RUBEIS, 1645 (1). Ce recueil de statues est sans noms de graveurs et, en général, il est très-mauvais sous le rapport du dessin et de la gravure. Beaucoup de figures sont représentées à rebours; les planches paraissent pour la plupart les mêmes que celles d'une édition de 1619 et de celle de 1641, mais elles sont plus pâles, et il y en a qui sont presque usées. Les figures ont de 6 à 8 pouces, quelques-unes sont plus petites. On voit que l'exemplaire de la Bibliothèque royale n'est pas original : les planches ne sont pas en ordre, et c'était probablement un de ces recueils qu'on vendait à Rome aux voyageurs. Ce volume porte au cabinet des estampes de la Bibliothèque royale les numéros 793, FB., 16; le volume ayant pour marque FB. 2, très-grand in-folio, est formé de statues tirées de divers recueils, qu'on a réunies, et dont beaucoup sont in-octavo; il est de De Rubeis, et de 1641. Les mêmes statues sont souvent répétées plusieurs fois sans noms de graveurs, et pour la plupart fort mauvaises. Ce volume contient cent trentedeux statues. L'édition de 1619, avec le même titre que celles qui l'ont suivie, Antiquitatis studiosis, etc., est de Joseph De Rubeis. Ce nom d'une famille qui se fit remarquer à Rome aux XVIe et XVIIe siècles dans la librairie, et comme éditant de beaux ouvrages de gravures de statues, de bas-reliefs et d'antiquités, fut depuis italianisé et changé en celui de De Rossi, qui continua de mériter une grande réputation par les beaux ouvrages que ses divers membres ont publiés sur les antiquités et qu'enrichirent de commentaires les savans les plus distingués de l'Italie, tels que Bellori, le marquis Maffei et d'autres. Les deux volumes marqués FB. 5, intitulés Statue antiche e moderne, etc. contiennent cent soixante-trois statues tirées de planches de divers ouvrages ou recueils de la bibliothèque de Saint-Marc, du Capitole, etc.; beaucoup de ces estampes ont été renmargées.
Dont pour l'Arcadie, un Marsyas du Jardin du Grand Duc de Toscane et un Pan assis et Olympus debout du Palais Farnèse (Charles Clarac, Musée de sculpture antique et moderne, 1850 - books.google.fr).
Les Pontils à Limoux et à Peyrolles
Une charte du roi de France Eudes ou Odon, datée de 889, confirme en faveur de l'abbaye de Saint-Polycarpe la possession de plusieurs villages parmi lesquels figurent Petrolæ, Peyrolles; Melisiracus, Missègre; Cassaniæ, Cassaignes; Luctus, Luc.
Il existe sur le territoire de cette commune, au lieu dit Pountils, un monumeut druidique très-bien conservé. C'est un peulvan ou pierre-levée qui se dresse aux abords du chemin vicinal d'Arques; on l'appelle La Peyro dréto. Nous sommes fondé à croire qu'il existe sous ce peulvan une cavité, grotte naturelle ou caverne creusée de main d'homme, dans laquelle il serait bon de pratiquer des fouilles.
A proximité de Rennes les Bains est le village de Sougraigne, l'antique Sogravia, qui appartenait aux moines de Saint-Polycarpe. La Salz, ou rivière salée, prend sa source au-dessus de Sougraigne (Louis Fédié, Le Comté de Razés et le diocèse d'Alet: notices historiques, 1880 - books.google.fr).
La commune de Saint-Polycarpe est situé sur la Méridienne verte. Le ruisseau de Saint-Polycarpe le traverse, affluent de l’Aude à 7 km de Limoux. De l’ancienne abbaye il ne subsiste aujourd’hui que l’abbatiale devenue église paroissiale et un remarquable aqueduc médiéval (www.limouxin-tourisme.com).
La première mention d'ouvrages fortifiés à Limoux ou dans son terroir semble se signaler par un texte de 1115 où le vicomte Trencavel achète plusieurs biens, parmi lesquels des tours. Mais il est impossible de savoir à quoi pouvaient correspondre ces constructions. En 1189 , au bénéfice d'un modeste chevalier, le pouvoir vicomtal autorise la création d'une forcia, c'est-à-dire la mise en fortification d'une colline, à Rieugrand, dans le terroir de Salles, probablement sur le petit relief qui domine la confluence entre l'Aude et le ruisseau de Saint-Polycarpe. La même opération semble se renouveler en 1191, plus près de Limoux, dans le secteur de Saint-André de Taïch. Un ouvrage fortifié, peut-être de même type, nommé lui aussi forcia et mentionné en 1232, existe à Vendémies. Plus à l'est subsistent les bases d'une petite tour médiévale de plan carré, en position dominante, au-dessus du hameau d'Arce. Mais le site fortifié majeur se trouve au nord-ouest de Limoux, sur la hauteur d'une dizaine d'hectares, d'emprise grossièrement ovale, qui domine la route de Carcassonne. Il correspond avec certitude à l'ancien habitat médiéval mentionné dans plusieurs documents relatifs à la croisade albigeoise ou à l'après-croisade. Sa mise en place n'est pas antérieure au XIIe siècle. La genèse de cet établissement serait à rechercher dans un texte de 1176 où le vicomte Roger II Trencavel reçoit de l'abbé d'Alet des terrains pouvant être assimilés, entre autres, à ceux de la colline de Lacanal et pour lesquels transparaît le lieu-dit Ripas Altas (les Rives-Hautes) pouvant désigner la falaise qui limite toujours la hauteur sur ses côtés sud et est. Mais un point fortifié préexiste peut-être sur le même site. Quoi qu'il en soit, la colline de Lacanal semble avoir accueilli un habitat implanté en fonction d'une fortification seigneuriale, à l'image de nombreux villages de la région agglomérés autour ou près d'un château, Pieusse, Cournanel, Malras, Pauligne, Alaigne... à partir du XIIe siècle. Pendant longtemps, aux yeux des historiens, la véritable nature du site de la colline, à Limoux, est restée occultée, alors que son apparition et sa disparition rapide constituent une phase déterminante non seulement dans l'histoire limouxine, mais aussi, plus largement, dans celle du futur Languedoc aux XIIe et XIIIe siècles. Au-dessus de l'ancienne agglomération des bords de l'Aude, comment se présentait la ville haute de Limoux ? Son caractère fortifié ne fait aucun doute d'après les mentions textuelles qui évoquent trois aspects conjoints : un habitat permanent (villa), perché (podium, mons) et mis en défense (fortalitium, fortis). La dimension défensive est par ailleurs totalement confirmée en 2003 grâce à un sondage archéologique à l'extrémité nord du site. Au pied du talus limitant la colline, la fouille identifie un fossé comblé de 4,7 mètres de profondeur et d'au moins 5,5 mètres de large. La dimension de cet aménagement artificiel rend bien compte de son caractère protecteur, car il a pour but d'isoler la colline et ses occupants. En revanche, sur ses côtés sud et est, le relief est limité par un à-pic naturellement défensif. Il est probable que, sur l'ensemble de son pourtour, le promontoire était aussi protégé par un mur d'enceinte lié au fossé artificiel et à la falaise. Ce mur était sans doute édifié, pour l'essentiel, en terre crue. Au centre du site et dans sa partie ouest, le point culminant devait correspondre à un noyau fortifié interne faisant office de tour de surveillance ou de château, de silo avec sa dalle de fermeture, vue intérieure.
La villa que era al pueg : la redécouverte d'une ville disparue. Au XVIe siècle, la conscience d'une ville de hauteur détruite et déplacée dans la plaine apparaît sous la plume des consuls de Limoux (La villa que era al pueg), même si les faits sont présentés de manière fantaisiste. À la même époque, dans un arrêt du parlement de Toulouse, cette ville est appelée «Ribes Hautes de Montfort». Par la suite, au XVIIe siècle, les bénédictins dom Devic et dom Vaissète sont probablement les premiers historiens à signaler un déperchement de noyau urbain pendant la croisade à Limoux. Au début du XIXe siècle, le baron Trouvé note la présence d'«anciens fondements» et de «masures», qu'il attribue, faussement, à une ville «du temps de Jules César». Il faut attendre l'étude publiée par l'abbé A. Sabarthès en 1926 pour voir porter des considérations plus rationnelles sur la hauteur de Lacanal. À partir des années 1980, la confrontation des observations archéologiques avec les textes anciens permet de reconsidérer l'histoire topographique de Limoux. La colline fortifiée doit être à présent perçue comme un véritable dédoublement, au XIIe siècle, de la ville qui préexiste sur la rive gauche de l'Aude, dédoublement qui se solde par un échec à cause de la conjoncture politique et militaire des années 1209-1240 (Jean-Loup Abbé, Histoire de Limoux, 2009 - books.google.fr).
Quant au tombeau, il faut savoir qu'il est à 12 km, à vol d'oiseau, de Rennes-le-Château et non à quelques centaines de mètres; qu'il ne s'agit nullement d'un monument érigé à la mémoire d'une châtelaine du lieu, contemporaine de Poussin, la vérité est plus prosaïque : sur ce site, aux environs de 1900, la famille Galibert, de Peyrolles (commune de l'Aude), fit construire un tombeau devant servir de sépulture aux membres de la famille. Quelques années après, les Galibert étant venus habiter Limoux, le tombeau, construit en pierres de taille, fut démonté et remonté dans le cimetière de cette dernière ville. L'emplacement fut vendu à un ingénieur d'origine américaine qui fit édifier le monument actuel (L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Volume 25, 1975 - books.google.fr).
Famille Chénier
Le grand érudit bénédictin Dom Bernard de Montfaucon (1655-1741) est né au château de Soulatgé (près de Carcassonne). Après avoir servi aux Armées, il se retira au château de Roquetaillade (près de Limoux) et s'y plongea dans l'étude avant d'entrer dans l'ordre bénédictin. Il a laissé de très nombreux ouvrages, citons : L'Antiquité expliquée (1719), Vérité de l'histoire de Judith (1690), Les Monuments de la Monarchie française (1729-1733), etc. Né à Constantinople où son père était consul, André Chénier (1762-1794) avait des origines audoises intimement liées au pays de Limoux (V. Montfort, p. 704). Revenu en France à l'âge de trois ans, il vint faire de fréquents séjours au pays audois. Il se souviendra toujours et parlera souvent de ces années où, libre, heureux, il courait le long des bords de l'Aude, sous les yeux de sa mère (une Grecque), qui était aussi son précepteur et lui apprenait à aimer Homère et Théocrite dans ce paysage languedocien qui lui rappelait son pays natal. André Chénier évoque un lieu de pèlerinage audois, Notre-Dame de Marceille : "Dans la montagne, il y avait une fontaine dans une espèce de voûte creusée dans le roc et sous la voûte une ou deux madones. Autant que je puis croire, c'était près d'une ville nommée Limoux. Après avoir marché longtemps nous arrivâmes à une église bien fraîche où il y avait un grand puits...» Les mêmes souvenirs rattachent à l'Aude son frère Marie-Joseph Chénier (1764-1811), poète, auteur dramatique, auteur d'hymnes patriotiques, notamment du Chant du Départ. Il y a à Limoux une avenue André-Chénier (Raymonde Bonnefous, Guide littéraire de la France, 1963 - books.google.fr).
CHÉNIER (Louis de), agent diplomatique et consul-général français, naquit en 1723 à Montfort sur Boulzane, canton d'Axat, situé à 65 kilomètres de la sous-préfecture de Limoux, d'une ancienne famille originaire d'un village nommé Chénier et situé entre le Poitou et la Saintonge, et dont les membres avaient successivement occupé en Languedoc la place d'inspecteur des mines. Notons, comme simple observation, qu'il signait toujours de Chénier et que l'acte de naissance du père des Chénier porte seulement Chennier (sic) (Dictionnaire historique, Tome 3, 1832 - books.google.fr, Revue des sociétés savantes des départements, 1881 - books.google.fr).

Cazes fils, La famille Chénier (à Paris), vers 1773, Musée des Beaux-Arts de Carcassonne. Jacques-Nicolas Cazes et de Pierre-Michel Cazes, tous deux peintres, fils de Pierre-Jacques (1676-1754), signent tout deux «Cazes fils» - fr.wikipedia.org - Pierre-Jacques Cazes, Achille Rouquet, Les Chénier, L'Artiste, Volume 2, 1890 - books.google.fr
hénier serait le descendant des Lusignan de Chypre par les Cardona de Lusignan : un descendant d'un Phébus Lusignan adopté par les Espagnols Cardona devenu Mamachi de Lusignan émigré dans l'ile de Scio d'où est issue la mère de Chénier Elisabeth Santi-Lomaca des Lomaca de Smyrne.
Élisabeth Santi-Lomaca était la petite-fille de Dominique Mamaky de Lusignan, inspecteur de la douane française à Smyrne en 1749, demi-frère (aîné) du chevalier Vincent Mamaky de Lusignan, et la fille d'Arghiri Lomaca, née Mamaky de Lusignan, fille dudit Dominique et nièce du chevalier Vincent, sœur du célèbre théologien dominicain du XVIII e siècle, le père Thomas-Marie Mamachi. Une preuve écrite de la parenté Lamaca-Lusignan existait depuis longtemps, mais elle avait échappé à l'attention des historiens. Il s'agit de la référence à "Mr. de Lusignan, mon grand oncle, qui m'a assuré avoir fait ses Études avec vous" faite par Marie-Joseph, le frère d'André Chénier, dans sa lettre de février 1778, adressée à Voltaire (Livio Missir de Lusignan, Familles Latines de l'Empire Ottoman, 2011 - dokumen.pub).
Pour un rapport entre Famagouste, ville de Chypre, et Fagoustre, ruisseau de Rennes-le-Château cf. (nonagones.info - Le Cercle et la Croix des Prophètes - Les Prophètes et Rennes le Château - Le Fauteuil du diable, Layram ou Aram).
nonagones.info - Le Cercle et la Croix des Prophètes - Les Prophètes et Rennes le Château - Les Quatres Reines, histoire et jeu de cartes).Les Abrial, pairs de France, s'établissent à Smyrne au début du XIXe siècle en la personne d'Etienne Abrial, comte de Saint André, qui épouse Marguerite Copri, latine de Smyrne, nièce du négociant exportateur Elie Coprie (mort en 1820) et cousine de Polycarpe Jean Copri (1794-1866), capucin connu pour son action missionnaire latine en Grèce et en Anatolie orientale. Les Copri sont encore une des familles latines les plus florissantes de Smyrne, alors que les Abrial se sont éteints peu après 1970 avec la mort de Mme Michel Petrini, née Sophie Abrial de Saint André. Ce sont ses petits-fils qui ont hérité les documents inédits de leur aïeul, datant de la Révolution française. Les Michel, originaires d'Allauch, s'établissent à Smyrne au XVIIIe siècle. Famille de médecins, dont les armoiries sont gravées sur la tombe de Joseph Michel (1815-1854) en l'église française Saint Polycarpe de Smyrne, elle s'allie entre autres aux Apack, latins dont l'aïeul Pietro Apack (1749-1835), négociant, est également enseveli en cette église. Joséphine Michel, fille d'Hilarion Michel, agent consulaire de France à Tchechmé (Cesme), épouse en 1886 Victor Missir, représentant des intérêts de la marine marchande italienne dans le Levant. Son cousin est le jésuite Nicolas Apack (1865-1935), missionnaire connu. Le nom des Michel est encore présent à Smyrne où vit Mme Hervé Narich, née Aïda Michel, cousine du diplomate (Livio Missir Reggio Mamachi di Lusignano, Introduction aux Chénier, notes généalogiques et bibliographiques, 1980 - books.google.fr).
Madame de Poulpry
Au commencement du XVIème siècle, le vicomte Jean de Joyeuse était attaché au gouvernement du Languedoc, placé alors entre les mains de Charles II, duc de Bourbonnais, pair et connétable de France. Il épousa, en 1518, Françoise de Voisins, fille unique de Jean de Voisins, qui lui apporta en dot la seigneurie dont elle était héritière; une seule commune, celle de Serres, avait été détachée de cette seigneurie et appartenait à l'évêque d'Alet. Jean de Joyeuse devint ainsi baron de Couiza et d'Arques, seigneur de Peyrolles, Terroles, Missègre, Valmigère, Puivert et autres lieux.
Les deux dates authentiques, 1638-1656, marquent, l'une la possession des Joyeuse, l'autre la possession des Rébé: entre ces deux dates il n'y a pas de place pour les Guise; car il est certain que Claude de Rébé acheta la seigneurie soit à Henriette de Joyeuse, soit aux héritiers de celle-ci immédiatement après sa mort; or, Henriette de Joyeuse, bien que mariée au duc de Guise, administrant elle-même ses domaines et s'étant réservé, comme on l'a vu, le droit de nommer aux charges qui étaient exercées dans son marquisat de Couiza e? Arques, nous sommes fondé à soutenir que la famille de Guise n'a jamais possédé Couiza.
La baronnie si importante d'Arques et Couiza, après avoir appartenu, pendant environ cent quarante ans, à la famille de Joyeuse, passa, vers le milieu du XVIIeme siècle, à Claude de Rébé, sans avoir été presque démembrée. La famille du Poulpry devint, à son tour, propriétaire de toute la seigneurie (Louis Fédié, Etude historique sur le Haut-Razès, Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, Volume 4, 1878 - books.google.fr).
En 1746, Marie-Josèphe de Rébé, marquise du Bourg, vendit le marquisat de Couisan et Arques à Guillaume de Castanier d'Auriac, lequel n'habita jamais le château de Couisan.
Pour les Castanier, reliés à Balzac et à Saint Sulpice, cf. (nonagones.info - Autour de Rennes - Messie, Messias).
Ce jour-là, Pierre Chénier, récemment arrivé du diocèse de Poitiers, épousait Marie Ricardou, fille d'un marchand-fabricant, deux fois consul. Par ce mariage, il s'apparentait aux Raynaud, Castanier et Bourlat, notables de la draperie (les Chénier seront également proches des Cailhau et des Dolbeau, familles de sculpteurs et d'architectes). Fils de Pierre et de Marie, Guillaume Chénier (Carcassonne 19 novembre 1684 – 26 octobre 1747) est qualifié de marchand-drapier lors de son mariage en 1720 mais on le retrouve bientôt intendant de Guillaume IV Castanier à Montfort-sur-Boulzane. C'est là que naît son fils Louis qui va avoir une carrière exotique (www.carcassonne.org - Famille Chénier).
On trouve une notice sur Mme de Poulpry dans le fonds de la Maison du Roi, sous la Restauration : cette notice signale que «la comtesse de Poulpry dont le mari, émigré avec elle en 1789, après avoir rejoint les princes à Turin et fait avec eux la campagne de 1792, est mort depuis à Ham en Westphalie. Rentrée en France avec le roi, elle n'y a rien retrouvé des biens de son mari, et privée de ses propriétés à Saint-Domingue, elle reste sans ressource. Elle n'avait point de traitement en Angleterre et n'y vivait que des bienfaits de la famille royale.» (Jean Grassion, Frans Durif, Jeannine Charon-Bordas, Journal de Marc-Marie de Bombelles, Tome 6, 1801-1807, 1977 - books.google.fr).
Madame de Poulpry retrouva à Dresde le Baron de La Rochefoucauld, avec lequel elle était liée d'une étroite amitié, sinon par des liens plus sensibles. Sans enfants, sans parents rapprochés, elle légua son immense fortune à ce compagnon d'exil. Sa famille sera propriétaire encore vers 1880 (Mahul, loc. cit.) des forêts de Montfort (Jean Calvet, Histoire de la ville de St-Amans, 1887 - books.google.fr, Géraud Venzac, Jeux d'ombre et de lumière sur la jeunesse d'André Chénier, 1957 - books.google.fr).
Jean Baptiste, baron de La Rochefoucauld-Bayers (Bayers entre Ruffec et Angoulême) (Château de la Boislivière (Apremont en Poitou, aujourd'hui département de la Vendée), 27 juin 1757 - Paris, 1er février 1834), est un militaire et homme politique français des XVIIIe et XIXe siècles. Le baron de la Rochefoucauld était membre des commissions chargées, depuis 1814 jusqu'en 1818, de l'examen des services des anciens émigrés et Vendéens. Il fut appelé au gouvernement de la XIIe division militaire en juillet 1823, et a présidé le conseil général du département de l'Aude en 1825. Il fut pair de France du 17 août 1815 à 1832, Baron et pair (31 août 1817, lettres patentes du 14 avril 1818, sans majorat) (fr.wikipedia.org - Jean de La Rochefoucauld-Bayers).
Cette branche des De la Rochefoucauld a pour origine Geoffroy de La Rochefoucauld, seigneur de Verteuil (mort vers 1329) dont est issu Guillaume, seigneur de Nouans (mort vers 1487) dont un des fils Guillaume de La Rochefoucauld (mort vers 1512) fonda la branche de Bayers. Ses membres prirent le titre de marquis de Bayers (fr.wikipedia.org - Maison de La Rochefoucauld).
Après avoir été chassé de Coblentz, en 1795, madame de Poulpry partageait un logement à Londres avec Madame de Lage, et madame de Polastron, Louise d'Esparbès maîtresse du comte d'Artois, futur Charles X (Rosena Davison, Time and Exile: The Case of Mme la Marquise de Lage de Volude, Lumen, Volume 18, 1999 - www.erudit.org).
Autour du comte d'Artois, elle se retrouvera avec madame de Lange et le comte de Coigny en Ecosse après l'échec de la jonction avec Charette en Vendée et l'expédition de Quiberon (Patrick de Gmeline, Jean-Baptiste Géréon de Curières baron de Castelnau, De la cour à l'exil, ou, Cinquante ans de correspondance d'un gentilhomme du Rouergue, 1750-1800, 1981 - books.google.fr).
Le comte de Coigny était le frère d'Aimée de Coigny, héroïne de La Jeune Captive d'André Chénier, ode composée dans la prison Saint Lazare en 1794 (Bulletin de la Société héraldique et généalogique de France, Volume 8, 1895 - books.google.fr).
Les Chénier et l'Arcadie
Le Poussin, dans un tableau célèbre, représente les bergers d'Arcadie. C'est la vraie peinture de la vie humaine: une danse sur des tombeaux.
A-t-on vu le Poussin, nivelant ses tableaux,
Aux pinceaux du Corrège asservir ses pinceaux ?
Oui, le poète est peintre, et le peintre est poète.
Corneille, dans ses vers, nous peint de grands tableaux;
Et Poussin, pense, écrit, parle avec ses pinceaux.
Pour traiter cependant les sujets qu'ils choisissent,
Aux moyens de leur art tous deux s'assujettissent;
Le chemin seul diffère, et tous deux vont au but.
Poussin, qui parle aux yeux, ne peint pas Qu'il mourút !
(Oeuvres posthumes de M. J. Chénier: Tableau de la littérature française. Mélanges littéraires. Fragmens philosophiques et littéraires, Tome 3, 1824 - books.google.fr).
Marie-Joseph Blaise de Chénier, né le 11 février 1764 à Constantinople et mort le 10 janvier 1811 à Paris, est un poète, dramaturge et homme politique français, frère cadet du poète André Chénier. Fils de Louis de Chénier, diplomate et historien, et frère cadet du poète André Chénier, Marie-Joseph Chénier naquit comme lui à Constantinople mais passa son enfance à Carcassonne (fr.wikipedia.org - Marie-Joseph Chénier).
Les Bergers d'Arcadie (Et in Arcadia ego) 1627-1628 sont dans les collections de Louis-Henri de Loménie de Brienne à la fin du XVIIe siècle et dans celles du duc du Devonshire en 1761, Chatsworth House, Devonshire Collection (fr.wikipedia.org - Liste de peintures de Nicolas Poussin).
Le château, ouvert au public, contient d'importantes collections de mobilier et d'objets d'art ainsi que des toiles de maître, dont la première version des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin, ou encore le Portrait de Georgiana, duchesse de Devonshire, par Thomas Gainsborough (fr.wikipedia.org - Chatsworth House).
Engagé comme ambassadeur privé du marquis de la Luzerne, ambassadeur de France en Angleterre, André Chénier part pour Londres le 1er décembre 1787 en compagnie de Maria Cosway. Il y reste en service jusqu'en 1790, tout en prenant chaque été un congé à Paris (fr.wikipedia.org - André Chénier).
Devonshire (la duchesse de). Son portrait, avec un enfant sur ses genoux, par Reynolds, est un de ses chefs-d'œuvre. Elle travaille avec ardeur à l'élection de Fox. Un boucher lui vend sa voix pour un baiser. Quelques mois après l'élection de Fox, parut un volume de sonnets et de vers inspirés par l'accolade du boucher. Son portrait par la miniaturiste Marie Cosway, chantée par André Chénier (Félix-Sébastien Feuillet de Conches, Histoire de l'école anglaise de peinture: jusques et y compris Sir Thomas Lawrence et ses émules, 1882 - books.google.fr).
Maria Cosway avait représentée la duchesse de Devonshire sous les traits de «Cynthie qui perce les nuages», inspiration due aux vers de Spencer. Elle ne pouvait que charmer André Chénier comme elle séduisait tous ceux qui l'approchaient, mais elle inspirait le respect; et le poète avouait qu'il n'aurait pu exprimer devant elle un désir qui pût offusquer sa pureté. Il lui dédia des vers italiens et français sans qu'en ces rimes aucune allusion pût l'effaroucher (Émile Emmanuel Herbillon, André Chénier, 1949 - books.google.fr).

Maria Cosway (1759-1838) - Georgiana, Duchess of Devonshire (1757-1806), 1782 - The Devonshire Collection - britishartnetwork.org.uk
Chénier a rencontré la duchesse sans apprécier le cénacle auquel elle appartenait.
Je rencontrais pourtant dans le rout de Schomber House, tout ce que Londres comptait de notabilités : la duchesse de Devonshire, Lady Cécilia Johnston, Lord Erskin, et Horace Walpole, le vieux romancier, aux cheveux blancs du «Castel of Otranto». Aucun ne trouva grâce à mes yeux. Je me sentis aussi peu à mon aise, qu'un poète dans une salle de Bourse (Bernard Vaissière, André Chénier: Souvenirs d'une mémoire d'or, 1989 - books.google.fr).
A la suite de Walpole et de Reed, William Lane animateur de Minerva Press lance en 1792 une série de romans gothiques. Deux ans plus tard, Ann Radcliff publie les Mystères d'Udolphe où l'on passe du château Le Blanc dans les Pyrénées au château d'Udolphe dans les Apennins. Et si les Abruzzes n'y sont pas citées, ce sera le cas dans L'Italien ou le confessionnal des pénitenst noirs (1797) (Maurice Lévy, Le Roman «gothique» anglais, 1764-1824, 2015 - books.google.fr).

