Partie XIX - Tintin   Transversales   Brol   
TINTIN BROL

La chouette et la bouteille du grenier

Dans le calendrier sexagésimal chinois, le jour wou-wou (wou ou) est le 55e du cycle (Connaissance des temps, ou des mouvements célestes, pour le méridien de Paris, à l'usage des astronomes et des navigateurs pour l'an 17, Bureau des longitudes, 1843 - books.google.fr, F. H. Andrews, Text, with descriptive list of antiques, 1907 - books.google.fr, Cycle sexagésimal chinois, Un système de datation utilisé en continu en Chine depuis l'Antiquité - baike.baidu.com).

En Chine la chouette est tout aussi néfaste : "It is frequently spoken of as the bird which calls for the soul, or which catches or takes away the soul" (Doolittle, Social life of the China, cité par Dennys, Folk lore of China, p. 35) (Eugène Rolland, Faune populaire de la France, Tomes 1 à 2, 1877 - books.google.fr).

Les 55 Jours de Pékin (55 Days at Peking) est un film américain réalisé par Nicholas Ray et terminé par Andrew Marton et Guy Green, sorti en 1963 (fr.wikipedia.org - Les 55 Jours de Pékin).

En 1953, Nicholas Ray propose un film crépusculaire sur la révolte des Boxeurs. Un communiqué annonce en septembre 1961 la mise en chantier du film (Claude Aziza, Les 55 jours de Pékin, L'histoire, Numéros 300-304, 2005 - books.google.fr, Samuel Blumenfeld, L'homme qui voulait être prince, 2006 - books.google.fr).

Sur l'étiquette de la bouteille à goulot renflé, on voit écrit le début d'un mot "BRO..."

Il ne semble pas que cela soit un médicament : "bro" comme bromure.

Une rumeur populaire affirme que des bromures auraient été ajoutés à la nourriture ou aux boissons servies aux soldats (notamment pendant la Première Guerre mondiale) afin de réduire la libido. Dans la littérature médicale du XIXe siècle, l’association entre bromure de potassium et baisse de la fonction sexuelle apparaît surtout dans le contexte d’un effet dépresseur (sédatif) sur le système nerveux. Il s'agit alors d'une impuissance temporaire après des prises répétées, et non un effet durable et spécifique visant la sexualité. Par ailleurs, l’abondante littérature clinique sur les effets indésirables des bromures (bromisme), centrée sur la sédation, l’apathie et les troubles neuropsychiatriques en cas d’usage prolongé ou à fortes doses, ne les décrit pas comme un moyen d’induire de façon fiable une impuissance permanente, mais plutôt comme une intoxication générale liée à un dépresseur du système nerveux. Il s'agit plutôt d'une rumeur de caserne et d'une explication 'médicamenteuse' de troubles psychiques graves causés par la guerre sur les jeunes engagés. (fr.wikipedia.org - Bromure).

Formats de bouteilles

Fortified (Port, Madeira, Sherry) : The sturdiness of fortified wine bottle is created due to transportation purpose. Intention of the bump in the neck of the bottle is to help capture the sediments when matured wine is decanted, www.etsy.com - Formes de bouteilles de vin

Litre Ilois, fr.wikipedia.org

La forme unique, dite anglaise, ou encore iloise, c'est-à-dire à col légèrement renflé (Le Petit journal du brasseur, Volume 23, 1919 - books.google.fr).

Quant aux soins usuels, les tafias et les rhums se traitent comme les eaux-de-vie. On aura soin, à l'expédition, de les colorer un peu plus que ces dernières (environ un tiers de plus). On emploie, sur les tafias blancs, à peu près 15 centilitres de bon caramel par hectolitre.

On expédie généralement en fûts ferrés à huit cercles de fer, avec deux garde-bouges en bois à chaque bout, ou en bouteilles de forme anglaise et en litres capsulés et étiquetés. Le titre ordinaire d'expédition en bouteilles est de 48 à 50°; les rhums vieux expédiés en fûts se livrent de 48 à 55°; enfin, les tafias et les rhums anglais en fûts ont de 60 à 75° (Raimond Boireau, Traitement pratique des vins, spiritueux, liqueurs d'exportation, 1867 - books.google.fr).

Les bières peuvent être en bouteilles iloises mais a-t-on vu Haddock boire de la bière ? Lampion oui avec son demi de mousse à la page 17 des Bijoux.

"Bro" : brown rhum

Cependant, le rhum consommé en métropole est le rhum de mauvaise qualité (le rhum brun Négrita notamment). Quant aux marchés étrangers, ils sont difficilement accessibles, soumis à la concurrence des pays ACP (20 % des exportations). De même, la moitié du rhum produit en Martinique est encore envoyée en vrac en métropole, signe d'une modernisation insuffisante des exploitations. L'obtention par les producteurs guadeloupéens d'un label AOC ajoute une nouvelle concurrence sur la qualité. De plus, des pays indépendants se montrent compétitifs en termes de coûts : la coupe de la canne est trois fois plus élevée dans les DFA qu'ailleurs dans la Caraïbe, le prix d'achat de la canne auprès des planteurs est six fois plus élevé que dans les îles voisines (Laurent Jalabert, La colonisation sans nom, la Martinique de 1960 à nos jours, 2007 - books.google.fr).

Dans l'île, depuis le début des années 1980, rhum, patrimoine et tourisme font bon ménage permettant au rhum martiniquais de se maintenir. Au tout début des années 2000, de nouvelles productions (rhum canne bleue par exemple) viennent montrer la volonté de quelques producteurs de diversifier le produit fini. Qui plus est, la concentration des entreprises, permet d'assurer de meilleurs rendements. Depuis le milieu des années 1990, ne subsistent plus en Martinique que 9 distilleries agricoles qui produisent une quinzaine de marques. Au total, la production de rhum en Martinique s'est maintenue avec un certain succès.

Si le sucre semble condamné à court terme, le rhum quant à lui reste dans une situation convenable autour de quelques grandes marques, même si la production semble encore trop importante par rapport à une consommation intérieure en net recul (on passe de 30000 hl en 1970 à 20000 hl en 1990). Les braderies de rhum dans les supermarchés de l'île semblent bien signifier que les stocks restent importants chaque année. Quant à l'exportation, elle est soumise au déclin brutal de la consommation métropolitaine : de 135000 hl en 1970, on passe à 72521 hl en 1991. Qui plus est, le rhum consommé en métropole est le rhum de mauvaise qualité, le rhum brun Negrita (Bardinet), importé de Cuba (Laurent Jalabert, Le rhum en Martinique des années 1960 à nos jours, Sur le che- min de l'histoire antillaise, 2006 - books.google.fr).

Rhum, Faust et fausses accusations : Jean Galmot

Jean Galmot, né le 2 juin 1879 à Monpazier en Dordogne et mort le 6 août 1928 à Cayenne en Guyane, est un homme d'affaires, aventurier et écrivain français. En 1906, son beau-père possède un placer (une concession pour l'exploitation de l'or) en Guyane française. Tombé sous le charme de la Guyane française lors de son premier voyage, Galmot décide de s'y installer à son compte en 1917. Il achète une plantation afin de produire du rhum et organise la collecte de la production des petits producteurs, encourant ainsi l'hostilité des autres exploitants, prêts à tout pour préserver leurs intérêts. Blaise Cendrars décrit sa relation avec les guyanais dans son ouvrage Rhum : L'Aventure de Jean Galmot. Élu député de la Guyane en 1919, il est impliqué et emprisonné injustement pour escroquerie dans «l'Affaire des rhums» (fr.wikipedia.org - Jean Galmot).

Mais la fin du conflit et de l'épidémie devait mettre promptement un terme à cette poussée de fièvre, et les cours retombant à 200 F hl AP en mai 1921 devaient être à l'origine d'un véritable désastre financier pour quelques-uns, dont le célèbre Jean Galmot qui disparaitra tragiquement à Cayenne en 1928. Le retour de la paix et la baisse des prix de 1921 firent ainsi prendre conscience à tous les producteurs d'eau-de-vie métropolitains de la nécessité de limiter désormais la concurrence d'un spiritueux qui avait gagné, avec la guerre, ses lettres de noblesse, mais s'était aussi solidement implanté dans l'estime des consommateurs. D'où l'idée de contingenter le marché et la loi du 31 décembre 1922 qui fixait le niveau maximal des entrées à 160000 hl AP. Mais ce fut en vain malgré tout, car la demande restait si forte qu'il fallut bientôt accepter de porter ce contingent à 200000 hl AP, tandis que les prix repartaient à la hausse, atteignant même en octobre 1928 les 1200 F. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on vit donc le négoce bordelais tenter de s'organiser aussitôt autour de la Compagnie Générale des Rhums (CGR), née en novembre 1929, pour procéder à des achats groupés afin de tenter d'alimenter le marché au rythme de ses besoins. Mais il lui avait fallu pour cela trouver de solides appuis bancaires, et l'imprudence des responsables de la CGR jointe à l'effondrement des cours l'année suivante, furent ainsi à l'origine d'une autre catastrophe financière entraînant dans sa chute les maisons les plus engagées dans la spéculation. La société Bardinet par chance échappa au désastre, et témoignant ainsi de sa solidité financière, put s'affirmer de plus en plus comme la principale affaire du secteur (A. Huetz, G. Lasserre, Relations économiques de Bordeaux et de l'Outre-Mer, Les Cahiers d'outre-mer, Volume 50, 1997 - books.google.fr).

La Fille de Faust : ce titre imaginé par Daudet sera repris par Jean Galmot vingt ans plus tard (Édition Saint-Dié, 1901) (Alphonse Daudet : Oeuvres complètes, 2019 - books.google.fr, Jean Galmot (1879-1928), La fille de Faust, C. Cuny (Saint-Dié), 1901 - gallica.bnf.fr).

Negrita et Bardinet

En 1857, est créée à Limoges la maison F. Bobin, Liquoriste. Paul Bardinet, engagé comme salarié à 19 ans, y travaille. En 1863, le jeune Paul-Augustin-Marie Bardinet s'associe avec François Bobin qui lui cèdera la totalité de son affaire à Limoges en 1865. En 1884, il crée la marque Negrita et la dépose officiellement en 1886

Negrita (ou rhum Negrita) est une marque de rhum française, dont les origines remontent au milieu du XIXe siècle et qui appartient aujourd'hui à la société française de spiritueux La Martiniquaise

Le rhum de 40 % «La Negrita» fut déposé par Paul Bardinet à Limoges en 1886. Quelques années après, la marque devient «Negrita» tout court. L'image de la marque, représentée par une femme antillaise est, selon Bacholet, le personnage le plus vieux de la publicité française. L'image fut dessinée par Max Camis (fr.wikipedia.org - Negrita (rhum), (fr.wikipedia.org - Bardinet (entreprise)).

Bardinet "Old Nick" Rhum Negrita - 1940s (ABV Not Stated, 100cl), www.oldspiritscompany.com

Un oncle de Paul Bardinet : Barthélémy Alphonse BARDINET, Médecin - le 7 avril 1840, Académie de Médecine (7 janvier 1868 - Membre correspondant) est né le 4 juin 1814 (samedi) à Limoges et décédé le 2 décembre 1874 (mercredi) à Limoges à l'âge de 60 ans. Président de l'Association médicale de Haute Vienne. Interne des hôpitaux de Paris, à l'origine de la découverte du "faisceau de Bardinet" (faisceau postérieure du coude). Le ligament collatéral ulnaire (latéral externe) du coude forme un éventail fibreux, qui est divisé en trois faisceaux, dont le "faisceau postérieur dit de Bardinet de Limoges", large et solide, élément postérieur de l'épitocle au bord interne de l'olécrane (rôle de contention dans les fractures transversales de l'olécrâne) (1860). Exempté du Service militaire pour «hypertrophie du coeur» le 21 septembre 1835 par le professeur Jean CRUVEILHIER (gw.geneanet.org).

Cf. la chute sur le coude de Haddock, amateur de rhum, le 1er juin. Le nom du docteur Rotule renvoie à une autre articulation comme la cheville.

Negrita et pâtisserie

La diversification de la production des produits rhumiers tient compte de l'évolution des goûts de la clientèle en faveur des boissons exotiques. Le rhum brun industriel représente encore 85 % de la consommation française de rhum mais sa place sur le marché s'érode lentement; il est utilisé principalement en pâtisserie ainsi que pour la confection de grogs. Le rhum «Négrita» mis au point par Bardinet à la fin du XIXe siècle est l'exemple le plus connu de ces «rhums culinaires»; malgré son ancienneté, il occupe toujours 40 % du marché national des rhums bruns et la firme bordelaise lui doit 45 % de son chiffre d'affaires. La place des rhums blancs (15 % du marché) ne cesse de se renforcer depuis une vingtaine d'années. Il s'agit de rhums agricoles, à goût de terroir, bus à l'état pur ou dans des mélanges (punchs) (Philippe Fournet, Bordeaux : capitale du négoce et de l'industrie rhumière, Eaux-de-vie et spiritueux, 1985 - books.google.fr).

Les Camis

Max Camis, né le 15 avril 1890 à Levallois-Perret et mort dans le 18e arrondissement de Paris le 13 août 1985, est un illustrateur et peintre français. Déclaré sous le nom de Maxime Adolphe Victor Camis, Max Camis est le fils d'Emile Adolphe Désiré Marie Camis, artiste dramatique originaire de Bruxelles (1863-1918) et de Félicie Jeanne Kappler (fr.wikipedia.org - Max Camis).

Emile Adolphe Désiré Marie Camis est né le 30 mars 1863 (lundi) à Bruxelles, Belgique et décédé le 26 octobre 1918 (samedi) à Paris, 18e, à l'âge de 55 ans. Fils de batteur d'or, c'est un artiste dramatique (gw.geneanet.org).

Emile Victor Camis est un cousin du père de Max.

Le fils de Jacques Antoine Désiré Joseph Marie Camis (1801-1874), Louis Joseph Camis, né le 12 avril 1831 (mardi) à Bruxelles, Belgique et décédé le 26 janvier 1888 (jeudi) à Paris, 10e, Ile de France, France, à l'âge de 56 ans, voyageur de commerce à Paris est le frère de Adolphe Albert Désiré Camis (1834-1886), père de Emile Adolphe Désiré Marie CAMIS 1863-1918. Louis Joseph est le père avec Adèle Lefebvre (1836-1876) de Emile Victor CAMIS (1859-1919) (gw.geneanet.org).

M. FOVEAU DE COURMELLES a eu récemment l'occasion de voir et d'essayer le nouvel appareil inventé par M. le comte Karnice de Karnicki, qu'il, et que MM. Valbel et Camis vont présenter plus amplement à la Société. M. Horace VALBEL, après avoir rappelé combien est difficile le diagnostic précis de la mort réelle et de la mort apparente, malgré toute la science et tout le dévouement du corps médical, raconte par suite de quelles circonstances terrifiantes le comte Karnice de Karnicki a été amené à consacrer plusieurs années de sa vie à chercher un moyen de permettre au léthargique se réveillant dans la tombe d'en sortir, à lui enlever l'épouvante et lui donner immédiatement les éléments nécessaires à la vie, c'est-à-dire de l'air et la lumière, en attendant qu'on vienne le secourir.

Le Karnice, nyamcenterforhistory.org

Le comte Karnicki a trouvé un moyen simple et pratique, applicable partout, donnant une garantie absolue et aussi parfaite pour le pauvre que pour le riche. Il a voulu aussi que cet appareil fût non seulement utile aux morts apparents, mais sans aucun danger pour l'hygiène publique des vivants. Le Karnice, nom qu'il a donné à son appareil, rend chaque tombe provisoire pour la personne enterrée, mais hermétique et définitive pour le monde vivant.

M. CAMIS, au nom du comte Karnicki, présente à la Société cet appareil de sauvetage, en montre le mécanisme et le fonctionnement, et quelques-uns des membres de la Société s'introduisent eux-mêmes dans le cercueil et font fonctionner l'appareil. L'Assemblée remercie chaleureusement M. Camis et décide à l'unanimité de nommer M. le comte Karnice de Karnicki, chambellan du Tsar, membre correspondant de la Société française d'Hygiène.

M. Camis prévient le Bureau de la Société qu'il se met à la disposition des membres de la Société française d'Hygiène non présents à la séance, pour leur montrer le fonctionnement de cet appareil, tous les jours, de 10 heures à midi, 30, rue de Bruxelles (Journal d'hygiène : Climatologie. Stations hivernales et maritimes, eaux minérales, épidémiologie, Société Française d'Hygiene, 1897 - books.google.fr, Tout-Paris, Annuaire de la Société parisienne, Volume 14, 1898 - books.google.fr).

At a meeting of the Medico-Legal Society, December 20th, 1899, in New York City, Emile Camis, Esq., of Paris, France, read a description of "Le Karnice" Safety Apparatus, and had a machine for exhibition, invented by Count Michael de Karnice Karniki, Chamberlain to His Majesty, the Emperor of Russia, and intended to prevent premature burial (PREMATURE BURIAL-ITS PREVENTION, The Medical Dial : A Monthly Record of Medicine & Surgery, Volume 2, 1900 - books.google.fr).

Né le 18 juin 1849 à Valentigney (Doubs), Armand Peugeot accède avec son cousin à la tête de «Peugeot Frères», Eugène à la direction générale et Armand à la technique. Ils se partagent les directions d'usines : Hérimoncourt pour Eugène, Valentigney et Beaulieu pour Armand. Dès 1878, les conseils de gérance de la firme la désignent «les Fils de Peugeot Frères». En 1883, il est l'un des témoins du mariage d'Émile-Victor Camis (www.rouillac.com).

Fondée par Emile-Victor Camis (1859-1919), la très importante imprimerie lithographique parisienne, spécialisée dans l'affiche, est associée à de grands illustrateurs de l'époque. A aussi édité des cartes postales fantaisie (59 boulevard Richard Lenoir en 1891, puis en 1897 172 quai de Jemmapes, en 1928 59 boulevard de Strasbourg) (www.cartophilie.be).

Emile Victor Camis est né le 6 janvier 1859 (jeudi) à Bruxelles, Belgique et décédé le 14 avril 1919 (lundi) à Paris, 10e, France, à l'âge de 60 ans. Fils de voyageur de commerce, il est Dessinateur lithographe à Paris (mention 1883) puis éditeur-imprimeur d'art, industriel, naturalisé français en 1899 Il épouse Marie Louise Roumanille (1864-1925).

Framed Plombières-Les-Bains Poster by Hugo d'Alesi for Chemins De Fer De L'Est, C. 1897

A striking original French railway travel poster by acclaimed Belle Époque artist Hugo d’Alesi, promoting the geo-thermal spa destination Plombières-les-Bains in the Vosges mountains. Commissioned by Chemins de fer de l'Est and printed by the prestigious Affiches Camis, Paris, this circa 1897 chromolithograph captures the romantic spirit of turn-of-the-century travel with a serene alrical figure draped in flowing white robes, gazing over the mountainous valley town and a rendering of the spa itself in the lower left quadrant. D’Alesi was one of the premier poster artists of the Art Nouveau era, known for his painterly technique and lush, idyllic scenes used to encourage railway tourism across France (whjrp.sithexxv.baby).

Les Kamis au Japon

Un kami est une divinité ou un esprit vénéré dans la religion shintoïste. Leur équivalent chinois est shen. Les kamis sont la plupart du temps des éléments de la nature, des animaux ou des forces créatrices de l'univers, mais peuvent aussi être des esprits de personnes décédées. Beaucoup de kamis sont considérés comme les ancêtres des clans, et il arrivait que certains de leurs membres ayant incarné de leur vivant les valeurs et vertus d'un kami deviennent eux-mêmes des kamis après leur mort. En japonais, le mot «kami» a pour sens premier «esprit», et non «dieu».

Les conflits d'ordre social et politique ont aussi joué un rôle clé dans le développement de nouvelles sortes de kamis, notamment ceux qu'on appelle les goryo-shin. Ces derniers désignent les esprits vengeurs des morts auxquels la vie a été brutalement arrachée. Cependant, lorsque les adeptes shinto parvenaient à les calmer en usant de leur foi, ils devenaient alors des êtres vénérés et obtenaient pour rôle la punition de ceux qui n'honoraient pas les kamis. Cette croyance se poursuit encore aujourd'hui.

Tout comme les kamis eux-mêmes, le panthéon des kamis change également constamment de définition et de portée. Les besoins du peuple se modifiant au fil de l'histoire, les terrains d'action et rôles des divers kamis ont fait de même. Beaucoup d'exemples sont liés au domaine de la santé, comme le kami de la variole, dont le rôle s'est étendu pour inclure toutes les maladies contagieuses en général, ou encore le kami des tumeurs et furoncles, qui représente aujourd'hui aussi le cancer et ses différents traitements (fr.wikipedia.org - Kami (divinité)).

Les descendants d'un Kami sont, par leur généalogie, considérés comme membres prééminents du groupe, et président aux cérémonies et aux rites des divinités tutélaires. Ils sont parfois si particularistes qu'ils ne permettent à personne qui ne soit des leurs d'assister à leurs fêtes. Cependant, uji-gami peut parfois ne pas signifier seule- ment le premier ancêtre d'un clan mais également les esprits de ses descendants. De la représentation des Kami dans les danses sacrées, de faits relevés dans Shinmei-cho et d'exemples tirés de saimon on peut inférer qu'un Kami japonais n'est jamais seul et indépendant, mais est toujours suivi des nombreux esprits de ses descendants. Il semble que le prestige d'un Kami est proportionnel au nombre des esprits qui lui sont subordonnés, en d'autres termes, ceux qui lui sont liés par le sang et ses sujets dans le monde céleste. Ils sont montés au ciel après leur mort et continuent à mener leur même vie commune dans le monde des esprits. Il y a donc trois interprétations différentes des divinités tutélaires d'un groupe de parenté de structure simple. Primo, uji-gami, c'est l'ancêtre éponyme du groupe. Secondo, il connote aussi les esprits des descendants de cet ancêtres. Tertio, il signifie toute une communauté spirituelle placée sous l'autorité du même ancêtre. En dépit de ces différences de sens, un point essentiel est reconnu largement. C'est que la divinité tutélaire protège avec une affection paternelle l'ensemble organisé de ses descendants qui l'honorent, et que ces derniers lui rendent un culte révérentiel et affectueux. On peut voir que plus ancienne est la période historique dont il s'agit, plus grande est la croyance que chaque communauté doit avoir une divinité protectrice. Bien plus, on croit que parmi les animaux, les plantes et même parmi les instruments et les outils, ceux qui appartiennent à une même espèce forment une tribu et sont sous le contrôle d'une divinité protectrice de cette espèce. On trouve dans le Shinmei-cho et dans le saimon des indications dans ce sens. On peut dire que la divinité tutélaire est un prototype du concept de Kami, que tout Kami important doit être suivi des esprits de ses descendants et que les derniers de ceux-ci doivent appartenir à la même espèce que leur ancêtre et s'être développés pour devenir eux-mêmes de petits kami. D'où l'on peut tirer deux corollaires. L'essence d'un Kami est au fond, un tamashii. Kami et tamashii ont presque les mêmes attributs. La différence entre eux est que le Kami a un rang supérieur, et plus puissant, plus digne de confiance que le tamashii. D'où l'on peut inférer que le tamashii deviendra Kami s'il est bien nourri et purifié par des rites et des cérémonies, mais qu'il ne cesse d'être tamashii même en devenant Kami. Un Kami n'est qu'un tamashii nourri par les moyens mystiques d'offrandes et de rituels jusqu'à ce qu'il obtienne un pouvoir bénéfique pour ses protégés.

Un kappa est une sorte de farfadet des eaux souvent, mais pas toujours, malveillant. Shinmei-cho est la liste de base de tous les Kami du Japon auxquels des offrandes de papier étaient faites au commencement de l'année, au moment où le gouvernement organise des fêtes pour les prières rituelles en vue de bonnes récoltes et la sécurité de l'état. Le nombre des Kami sur cette liste était de 3.132 et ils étaient de plus haut rang que les autres Kami. On ne connaît pas exactement l'année où cette liste fut dressée mais elle l'était déjà en 743 (après J.-C.). Les cérémonies décrites à ce propos ont cessé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Saimon signifie littéralement phrase rituelle et plus généra- lement exprime un texte écrit en langue archaïque lors d'une cérémonie shintoiste et adressé aux Kami; il commence par l'invocation de nombreuse divinités. Il s'agit ici d'un saimon invitant un kami à descendre sur terre (N. Matsudaira, Le concept de tamashii au Japon, Le Monde non chrétien, Numéros 73-80, 1965 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Kappa (mythologie)).

Le mot des anciens peuples, pour désigner un fleuve océanique qui recule sur lui-même, est Elf. Les Elves ne sont donc autres que les Muses, les Camis, les Sirènes, en un mot les esprits du fleuve. Quel que soit le nom de ces farfadets, on conte partout sur eux les mêmes légendes, on célèbre leurs danses, leurs transformations, leurs apparitions nocturnes (Théophile Cailleux, Pays atlantiques décrits par Homère Ibérie, Gaule, Bretagne, Archipels, Amérique, 1879 - books.google.fr).

"Brol"

BROL de même que 'bucht' signifie : rebut, ce qui n'a aucune valeur. Ces deux termes flamands se glissent souvent dans une conversation française, surtout dans l'argot scolaire et militaire ou dans le français familier des bilingues du peuple. Bucht vient du néerl. «bocht»; brol est sud-néerl. provenant peut-être du néerl. «broddel» (cf. Muller en Kluyver, Woordenboek der Nederlandsche Taal) (H. Baetens, Bibliographie : Dictionnaire du dialecte bruxellois de M. Louis Quiévreux, Revue des langues vivantes, Volume 33, 1967 - books.google.fr).

Le grenier de Moulinsart, c'est du brol aussi.

La «place du Jeu de Balle», connue sous le nom de «vieux marché», a été tracée en 1853 (1859 selon une autre source), en même temps que la rue Blaes. Son nom néerlandais actuel, «Vossenplein», rappelle qu'elle fut aménagée sur l'emplacement d'une usine de locomotives, «La société du Renard». Le peintre Antoine Wiertz, connu pour ses tableaux de grande dimension, réalisa quelques-unes de ses œuvres les plus monumentales dans ses hangars.

En 1873, le conseil communal décida d'y transférer le «marché aux vieilleries et nippes» couramment appelé par la suite le marché aux puces («den â met», en dialecte bruxellois, en français "le vieux marché"), qui occupait alors la place Anneessens et, selon les termes d'un conseiller communal, nuisait considérablement à l'aspect des nouveaux boulevards centraux.

Cette place est mondialement connue grâce à Tintin dans l'album Le Secret de La Licorne car c'est ici qu'il achète la maquette du bateau de la Licorne (fr.wikipedia.org - Place du Jeu de Balle).

Antoine Wiertz, Les quatre âges de la vie humaine, 1840, fine-arts-museum.be

Baptême de l'eau : nageurs, marins, sous-mariniers

Antoine Wiertz, né à Dinant le 22 février 1806 et mort le 18 juin 1865 dans son atelier de la rue Vautier à Bruxelles, est un peintre, sculpteur et lithographe belge. Artiste marginal et hors norme, il fut surnommé «le philosophe au pinceau» (fr.wikipedia.org - Antoine Wiertz).

Antoine Wiertz (1806–1865), L'inhumation précipitée (MORT DU CHOLERA/Certifié par nous Docteurs/Sansdoutes), 1854

L'antithèse, rapprochement d'éléments opposés, est fréquente dans l'annonce publicitaire, qui use et abuse de cette figure en opposant deux produits, le bon qui est vanté et celui de la concurrence qui est dénigré. L'antithèse peut aussi explorer l'opposition avant/après; c'est le schéma classique des publicités pour les produits de lessive ou de vaisselle. En peinture, le procédé a souvent été utilisé : La belle Rosine ou La jeune fille et la mort du peintre dinantais Antoine Wiertz (1806-1865) oppose en un contraste saisissant l'état avant et après la mort (Du régional à l'universel, l'imaginaire wallon dans la bande dessinée, 1999 - books.google.fr).

Brol et Gand

Le numéro du Paris Flash annonçant le mariage de Haddock pointerait sur la ville de Thann en Alsace (les pouces et les trois sapins noirs : légende de saint Thibault). Le verso de la couverture du magazine pointerait lui vers la ville de Gand qui est jumelé avec Thann dans d'autres études sur les albums de Tintin.

Au cœur de la ville de Gand est installé le plus ancien marché aux puces de Belgique. Certains parlent d'antiquités, d'autres de brocante, mais la plupart parlent tout simplement de brol (terme bruxellois pour vieux machins, ramassis) (Guide Belgique 2025 Petit Futé, 2025 - books.google.fr).

Une partie très importante de la bourgeoisie à Gand surtout a le français pour langue maternelle. Son intonation est en général peu marquée, sa syntaxe offre peu de traits particuliers, son lexique accueille quelques mots locaux (mok, mastelle, waterzooi : termes de pâtisserie ou de cuisine; brol, rebut). Un nombre assez important des témoignages de cet ouvrage ont té recueillis dans cette bourgeoisie de langue française, qui tend d'ailleurs à s'unir à la bourgeoisie bilingue ou de langue flamande, et, de ce fait, se montre un peu plus accueillante aux flandricismes qu'il y a un siècle. Une fraction notable de la petite bourgeoisie des villes flamandes (surtout Gand, Anvers, Ostende, Louvain, Tirlemont) est bilingue : la phonétique, la syntaxe et le lexique de son français sont profondément influencés par le flamand (Jacques Pohl, Témoignages sur la syntaxe du verbe dans quelques parlers français de Belgique, 1962 - books.google.fr).

Brussels Flemish differs in some marked respects from the dialects of East Flanders. It is interesting to note that the inhabitants of Ghent imitated the speech of Brussels in the Middle Ages, which makes Ghent dialect sound rather different from those surrounding it. The most striking difference is in the pronunciation of the aa sound. Straat (street) becomes stroet (roughly stroo-uht in English), whereas in Ghent it is stroit. The long aa sound replaces other sounds, on the other hand, so that gij (you) becoming gaâ. A manual of Brussels Flemish has appeared entitled Kende gaâ ons moojertoel nie ? (Don't You Know Our Mother Tongue ?) (André De Vries, Brussels, A Cultural and Literary History, 2003 - books.google.fr).

Jules De Bruycker, St. Jacobs Market in Gent, Marie Lescadieu, BELGIAN MODERN PAINTERS, 2018 - www.facebook.com

Le spectacle des rues des grandes villes ainsi que la vue des humbles captivait; il a observé et croqué avec ironie des mendiants, des scènes de carnaval ou de marché aux puces, rendant de manière truculente le grouillement minable de la race humaine, et en faisant souvent une sorte de chevauchée fantastique, un monde de chimères (De Ingres à Paul Delvaux, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1973 - books.google.fr).

Jules De Bruycker, né le 29 mars 1870 à Gand et mort le 5 septembre 1945 dans la même ville, est un peintre, dessinateur et graveur belge (fr.wikipedia.org - Jules De Bruycker).

Jules De Bruycker associe son existence au souvenir de sa ville de Gand. A l'époque où il existait encore des artisans travaillant à domicile, son père le destinait au métier de tapissier-garnisseur. Jusqu'à l'âge de trente ans, dessiner fut pour lui un moyen de desserrer le carcan qui le liait à la servitude du métier manuel. Caractère bien trempé, il travaille fiévreusement. Ses débuts se partagent entre le temps requis pour recouvrir un canapé ou coller un papier peint chez un particulier et la récompense des instants qu'il passe à l'art de l'eau-forte libératrice venue à lui tardivement. Pour le commun des mortels, la pratique d'un talent accroît la faculté créatrice durant l'âge le plus mûr. Sa période d'observation psychologique s'étend de quarante-cinq à soixante-quinze ans. Grégoire Le Roy, auteur d'une importante monographie sur De Bruycker, donne au graveur l'occasion d'analyser sa propre œuvre : Gand et les Gantois. Dès 1906, il prit pour objectif les marchands de gezouten harings ou de stokvis sec dressant leur étal devant les pignons pointus de la Place Sainte-Pharaïlde. Il affectionne aussi le Marché aux Chiens, le Marché aux Oiseaux, le Marché aux Fleurs. Le pittoresque autant que les travers des individus se lient à l'étrangeté des lieux. Dès 1907, l'aquafortiste détaille le caractère de la marchande de bric-à-brac. En 1911, l'historiographe s'installe au Marché Saint-Jacques observant les reliques de la gloire négociées par une retraitée du maquerellage. Au même titre que Paris, Rome ou Bruxelles possèdent un marché aux puces, la ville des fleurs se doit d'avoir un coin privilégié où échouent les fonds de grenier, la vaisselle ébréchée et les portemanteaux élimés, ainsi que des objets assemblés par celui que Crommelynck appela Le Marchand de Regrets. Emmitouflé, le racoleur de vieilleries se confond avec sa désuète épouse. Pour tenir la place du matin au soir, par tous les temps, le secours d'un café chaud, voire d'un schnaps, permet de croire que l'antiquaille nourrit son businessman (Pierre Poirier, Le Gantois Jules de Bruycker, maître du paysage scaldien, Mémoires, Par Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Classe des beaux-arts, 1970 - books.google.fr).

Pâtisserie, monnaie et Berbiguier

Au XIIe siècle, 'tintin' est une onomatopée associée à un bruit d'objets qui tintent, comme des pièces de monnaie, par exemple. Selon le DHLF, un siècle plus tard, le mot désigne aussi un jeu où le perdant paye un gage en pièces de monnaie (qui tintent, forcément). De là est né faire tintin qui, au début du XVIe siècle, veut dire "payer en espèces sonnantes". Au fil du temps, 'tintin' désigne aussi le bruit de cloches qui sonnent ou de verres qui s'entrechoquent. Il est aussi un autre nom de l'argent (toujours par référence à la monnaie qui tinte). Malheureusement, on n'explique pas très bien la raison pour laquelle le mot 'tintin' a ensuite été associé à de la frustration ou de la privation. [...] Il évoquerait le bruit de la monnaie qu'on entend mais ne peut pas toucher.

"L'expression populaire dit "faire tintin" pour être privé de quelque chose. Tintin ni ne fume, ni ne boit, mange peu et ne connaît aucune femme, mais ce dont il semble privé le plus, c'est de ce don : celui de pardonner." (Alain Bonfand, Tintin le Terrible ou l'alphabet des richesses, Hachette, 1996, p. 84).

"Le héros [Tintin] invite son compagnon [Haddock] à "faire tintin", c'est-à-dire non seulement à se priver de whisky [note : "Faire tintin" : être privé d'une satisfaction attendue ou due, être frustré de... (Jacques Cellard et Alain Rey, Dictionnaire du français non conventionnel, Hachette, 1980)], mais surtout à l'imiter, le prendre comme référence." (Jean-Marie Apostolidès, Les métamorphoses de Tintin, Seghers, 1984, Champs-Flammarion, 2006, p. 189) (Frederic Grolleau, Après, Tintin…, 2009 - books.google.fr).

CHAPITRE XLII : Récit de ce dont j'ai été témoin pendant le Carnaval. Réflexions qui en découlent. Les enfans sont enclins au farfadérisme. La moindre anecdote que je cacherais à mes lecteurs, soit sur la malice des farfadets ou sur la conduite qu'ils tiennent envers les autres et moi, serait une omission que je ne me pardonnerais pas. Je vais donc parler de tout ce que j'ai vu et de toutes les réflexions que j'ai faites pendant le carnaval dernier. Je vis, le jeudi gras, cinq ou six enfans réunis, mangeant des pâtisseries avec l'argent qu'ils avaient peut-être pris à leurs parens, à l'instigation des farfadets. Ils témoignaient de l'inquiétude sur des pièces de quarante sous fausses, qu'ils avaient données à des marchands, en leur assurant que c'était des pièces enchantées. Cette conversation m'intéressa. Je m'approchai pour savoir quelque chose de ce petit commerce, qui me paraissait digne de blâme. Je vis alors qu'ils tiraient de leurs poches d'autres pièces de quarante sous pour les dépenser, et s'assurer ainsi s'ils avaient en effet donné les pièces enchantées, qui reviennent toujours dans leurs poches ou dans leurs bourses, moyennant quelques mots qu'ils devaient dire en pareille circonstance. Ils allèrent de marchands en marchands, et les pièces ne rentrèrent pas. Chacun d'eux maudissait son imprudence et sa vivacité; mais il n'était plus temps. Aussitôt ils se mirent à courir comme des diables, qu'ils sont en effet, pour aller reprendre les pièces enchantées, chez le pâtissier qui les avait gardées (Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve Du Thym, Les farfadets, Tome 2, 1821 - books.google.fr).

Les Bijoux page 55, www.catawiki.com

O5AE 7 et la pâtisserie

La Citroen Ami 6 du Dr Rotule dans Les Bijoux de la Castafiore, des aventures de Tintin a pour immatriculation : O5AE7 (ami.6.free.fr).

Le docteur se fait quasiment enculer par Tournesol acrobatiquement sur roues (latin : rota (torah), rotula) à la page 55 des Bijoux.

Nestor présente au capitaine Haddock dans Les Bijoux de la Castafiore des télégrammes de félicitations pour ses fiançailles avec cette dernière, dont un télégramme signé docteur Rotule. Qui est le docteur Rotule ? Pour un lecteur s’en tenant à l’album en cours, il parait évident qu’il s’agit du seul docteur présent dans l’histoire, à savoir le docteur qui soigne le capitaine de son entorse et qui conduit une Citroën Ami 6. D’après Thomas Sertillange (La vie quotidienne à Moulinsart), il est possible que le praticien qui vient au château soigner la cheville du capitaine soit le docteur Daumière, son médecin traitant habituel. Pour appuyer ses dires, il se réfère à cette précision “Je reviendrai demain”. En effet, si cet aimable praticien était un voisin, si son cabinet se trouvait au village, donc à quelques minutes de là, il n’y aurait aucune raison pour qu’il attende le lendemain pour plâtrer cette douloureuse cheville. Il est donc bien venu de Bruxelles, et Thomas Sertillange n’est pas surpris qu’en de pareilles circonstances, le capitaine ait souhaité faire appel à un médecin qu’il connait depuis longtemps et en lequel il a donc toute confiance (TINTIN : L’ÉNIGME DU MÉDECIN DE MOULINSART ET LE MYSTÉRIEUX TÉLÉGRAMME DU DOCTEUR ROTULE, 2019 - tintinomania.com).

Cependant, il n'y a pas de solution de continuité entre l'installation de Haddock dans son fauteuil après sa chute et l'auscultation de la cheville par le docteur (page 8). Cela suppose qu'il est arrivé très vite depuis son proche cabinet.

Une forte sécheresse survint un jour à Reims. En présence d'une telle calamité, des processions furent organisées, trois jours durant, où figuraient toutes les reliques, toutes les châsses de la cité; mais rien ne fit, pas le moindre nuage n'apparut au ciel. Voyant une si grande affliction, le chef de la synagogue juive de Reims fit au clergé la proposition suivante : «Je m'engage à embrasser la religion chrétienne, avec toutes mes ouailles, si, dans l'espace de trois jours, je n'ai pas fait» venir la pluie désirée. Permettez-moi seulement d'organiser une procession en ville avec la rotule (rouleau d'Isaïe, sans doute) et la Thora (rouleau de la loi)». «Nous y consentons ! nous y consentons !» répondirent les assistants. Maître Albéric survint alors et dit : «A Dieu ne plaise que la foi chrétienne soit exposée à un tel danger, qu'un juif puisse par ses sortilèges attirer la pluie du ciel, que le Seigneur puisse permettre ce miracle pour nos péchés, ou que le diable se prête à ces maléfices ! car on prétend que les méchants aussi peuvent faire des miracles. Or la religion chrétienne pourrait fort bien être compromise, et tous les nôtres n'hésiteraient pas à se convertir au judaïsme.» (Emile Cahen, Les Juifs à Reims au Moyen-Age (Xe siécle) et Fondation de la Nouvelle Communauté et sa Synagogue, 1879 - books.google.fr).

Cf. le rouleau à pâtisserie.

On connaît déjà un docteur Rotule : c’est celui dont on voit le nom à l’entrée de la salle d’ostéologie au centre spatial. Les Dupondt peuvent en témoigner ! Le docteur Rotule du centre spatial est un médecin portant une superbe barbe, plus savant type Pasteur que médecin de quartier, dirigeant le secteur médical du centre : radiologie, ostéologie (les séjours en apesanteur sont l’objet de recherches sur la décalcification osseuse), psychothérapie, petite chirurgie et même réanimation (TINTIN : L’ÉNIGME DU MÉDECIN DE MOULINSART ET LE MYSTÉRIEUX TÉLÉGRAMME DU DOCTEUR ROTULE, 2019 - tintinomania.com).

On reconnaît le Loubavitch à son large couvre-chef noir et rond, de forme intermédiaire entre le melon et le chapeau breton, à sa longue barbe carrée et à la myopie prononcée qu'il contracte presque inéluctablement à force de déchiffrer les minuscules caractères de sa Torah de poche (Fanny Cornuault, La France des sectes, 1978 - books.google.fr).

Le hassidisme H'abad ou de Loubavitch (hébreu : Hassidout Haba'd, Haba'd étant l'acronyme de Hokhma Bina Da'at, «sagesse, compréhension, savoir») est l'une des branches principales du hassidisme contemporain. Il est fondé au XVIIIe siècle par le rabbin Shneur Zalman de Liozna, dit l’Alter Rebbe, qui tient sa cour à Liozna, puis déménage à Liadi, un village en Biélorussie. Dovber Schneuri déplace le centre du mouvement à Lioubavitchi qui demeure le centre de Habad jusqu'à ce que, fuyant la guerre et le nazisme, Yossef Yitzchok Schneersohn, sixième rebbe du mouvement, établisse sa synagogue à New York (fr.wikipedia.org - Dynastie hassidique Habad-Loubavitch).

Another problem which arose in those days concerns cemeteries, exhumations and the transfer of the bones to other places. The fear of desecration on one hand, the leaving them unattended because of emigration on the other, as well as the fact that the government might require the ground and force exhumation, raised various questions which were sent to R. Weinberg for his advice. For example when the greater part of the Old Cemetery of Cologne had been expropriated by the government (Hirsch Jakob Zimmels, The echo of the Nazi Holocaust in rabbinic literature, 1977 - books.google.fr).

Introducing himself as the Rebbe's future son-in-law, Menachem Mendel asked seminar's rector Rabbi Yechiel Yaakov Weinberg (1878-1966) if he could be granted with semicha from the Seminar, as he was in need of official documentation from an institution recognized by the university. (As we have learned, Menachem Mendel already had received a private semicha from his uncle in 1924). He proposed to Rabbi Weinberg, "Why don't you pick any volume from your library and lend it to me overnight. Tomorrow you can assess me on its contents, and that will be the semicha test. While adamant not to break the rules-this was Germany, after all-Weinberg couldn't resist the temptation. This twenty-six year old scholar had promised to dazzle him and he was curious to see what goods were being purveyed. "Here, take this, and we will discuss it tomorrow," Weinberg said, handing Menachem Mendel one of his own compositions. It was an extremely complex, fifty-seven page responsum, entitled Exhumation of the Bones of the Dead, which had been written by Weinberg (Berlin 1926, New York 1955) to clarify halachic issues relating to the obscure topic of transferring a buried corpse. Menachem Mendel went home and pored over the text. His four-page evaluation of Rabbi Weinberg's responsum, written in his personal notebook, has survived. The young Rebbe-to-be is sharply critical, questioning the document's logic in a number of places, invalidating some of its assumptions and suggesting preferable answers to a few of the author's solutions. From even a cursory review of the notes, it is not difficult to understand why Rabbi Weinberg awarded Menachem Mendel with official semicha from the Rabbiner-Seminar the following day. Menachem Mendel clearly managed to get all his paperwork in place as on 8th May 1928, after a trip back to Riga for the Passover holidays, he returned to Berlin to attend lectures during the summer semester at the university (Chaim Miller, Turning Judaism Outward, A Biography of Rabbi Menachem Mendel Schneerson the Seventh Lubavitcher Rebbe, 2014 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Menachem Mendel Schneerson).

Si on prend "5" pour un "S" alors on peut lire Osae 7.

"Osae" pour Osée (Beiträge zur Geschichte des alten Mönchtums und des Benediktinerordens, Numéros 13-16, 1927 - books.google.fr).

Osée, dont le nom signifie «salut», est unique parmi les prophètes écrivains en ce sens qu’il était citoyen du royaume du nord d’Israël et qu’il prêchait au nord. Osée 1:1 date le ministère d’Osée pendant les règnes du roi du nord Jéroboam II et des rois du sud Ozias, Jotham, Achaz et Ézéchias. Bien que le décompte des années de règne dépasse la centaine, le ministère d’Osée a probablement commencé pendant les dernières années de Jéroboam II (vers 753 av. J.-C.) et les premières années d’Ézéchias (vers 725 av. J.-C.), avant la chute de Samarie aux mains des Assyriens en 722 av. J.-C. C’était une époque de crise politique et de chaos religieux, et Osée, animé d’un sentiment d’urgence, prêcha à un peuple au bord du désastre national.

Le mariage d’Osée avec Gomer était une image visible, ou une leçon concrète, du message qu’il prêchait. Osée 3:1 relie explicitement le mariage d’Osée avec Gomer au mariage de Dieu avec Israël. La relation d’Osée avec Gomer et la relation de Dieu avec Israël ont été initiées par l’amour (la grâce divine), rejetées par le péché (le déplaisir divin) et maintenues par la loyauté (la fidélité divine). L’amour constant et la loyauté d’Osée envers Gomer étaient une belle image de l’amour et de la loyauté indéfectibles de l’Éternel envers Israël. L’infidélité de Gomer envers Osée était une image claire et tragique de l’infidélité perfide d’Israël envers l’Éternel. Tout au long de l’Ancien Testament, le mariage est un symbole de la relation de Dieu avec son peuple, et nulle part autant que dans Osée (fr.ligonier.org).

L'Emeraude qui est de couleur verte, est associé à saint Jean l'Evangeliste et à Juda. Le royaume du Nord est représenté par la tribu d'Éphraïm (Osée, IV, 17; V, 3, etc.) (Richard Simon, Le Grand Dictionnaire De La Bible, Tome2, 1703 - books.google.fr).

Osée 7,1-8 : Quand je veux opérer la guérison d'Israël, il arrive que se dévoilent l'iniquité d'Éphraïm et les méfaits de Samarie, car ils pratiquent le mensonge, des voleurs font irruption, des bandes [de pillards] se répandent au dehors. Ils ne se disent pas dans le secret de leur cœur que je garde le souvenir de toute leur perversité; or, leurs actions les enserrent, elles sont là devant ma face. Par leur perversité ils font plaisir au roi, par leurs tromperies aux princes. Ils sont tous débauchés, [ardents] comme un four allumé par le boulanger, qui s'abstient d'attiser [le feu] depuis le moment où la pâte est pétrie jusqu'à ce qu'elle soit levée. «C'est le jour de fête de notre roi !» Les princes s'y rendent malades par la chaleur du vin; on tend la main aux railleurs. Oui, dans leurs machinations, ils rendent leur cœur semblable à un four qui, même si le boulanger dort toute la nuit, est brûlant au matin comme un feu qui flambe. Tous ils sont échauffés comme le four, et ils consument leurs juges; tous leurs rois sont renversés, sans que personne parmi eux s'adresse [s'élance] comme un aigle contre à moi. Éphraïm se confond parmi les nations, Éphraïm est un gâteau qui n'a pas été retourné (Zadoc Kahn, La Bible, Tome 1, 1899 - books.google.fr).

Les points qui deviennent exceptionnellement le siége d'impressions souvent réitérées nous offrent un épiderme plus épais; aussi voyons-nous presque toutes les professions industrielles laisser en quelque sorte leur empreinte sur l'enveloppe tégumentaire. Considérez les malléoles externes chez le tailleur, la tubérosité antérieure du tibia chez quelques religieux, la rotule chez le boulanger, la partie antéro-inférieure de la cuisse chez le cordonnier, etc.; sur chacun de ces points, la peau se recouvre d'une plaque cornée, en général rugueuse, qu'on peut adoucir et amincir, sans doute, mais qui reste comme une trace indélébile, alors même que la cause sous l'influence de laquelle elle s'est formée a depuis longtemps disparu. Non moins variées dans leur siége, leurs dimensions et leur aspect que les causes auxquelles elles sont dues, ces empreintes peuvent être utilisées avec le plus grand avantage pour constater l'identité d'un individu; elles méritent à cet égard de fixer toute l'attention du médecin légiste (Philibert Constant Sappey, Traité d'anatomie descriptive, Tome 3 : Neurologie - Organes des sens, 1871 - books.google.fr).

En 1939, la Pie voleuse est un roman de l'ancien surréaliste Georges Limbour, où les objets volés (parmi lesquels se trouve un œil de verre) parviennent jusque dans le pétrin du boulanger, et sont cuits à l'intérieur des pains. De nos jours, c'est une bande dessinée d'Hergé, les Bijoux de la Castafiore, qui reprend le thème et l'enrichit de variations : on soupçonne aussi bien les Gitans qui campent dans le parc de Moulinsart que la femme de chambre de la prima-donna (toujours le thème de la servante, et l'opéra est passé par là); le fidèle Nestor lui-même prend par moment des airs de voleur de hache. Heureusement, Tintin et Milou veillent. Sur les dessins, la pie a l'œil bête du destin. Mais ce sont les humains qui sont les vrais coupables, dans leur âpre recherche des responsabilités. L'erreur judiciaire n'est pas un défaut inhérent à la justice, mais un défaut de raisonnement chez les hommes (et chez les femmes). Elle peut prendre pour prétexte le moindre incident. Un simple peigne de corne soulèvera autant de passions qu'une pièce d'argenterie ou une paire de diamants. Mis en pension pour apprendre le latin chez un pasteur genevois, sévère mais juste, un jeune garçon se voit un jour accusé d'avoir cassé les dents d'un peigne. Ce ne peut être que lui. Le peigne séchait à la cuisine sur une plaque, il était seul dans la pièce contiguë, personne d'autre n'avait pu y toucher. Péché véniel : encore faut-il l'avouer. Le pasteur et sa sœur se réunissent, l'exhortent, le pressent, le menacent; il s'obstine à nier. Voilà qui est grave. Tant de persévérance dans le mensonge chez un enfant de huit ans ! Son oncle est convoqué, et l'adjure de dire la vérité. Rien n'y fait, ni la force, ni les punitions : il persiste dans son diabolique entêtement. On s'imagine M. et Mlle Lambercier prédisant à l'oncle Bernard le plus sombre avenir pour son neveu pervers. "Il y a maintenant près de cinquante ans de cette aventure, écrit Jean-Jacques devenu vieux, et je n'ai pas peur d'être puni derechef pour le même fait. Eh bien, je déclare à la face du ciel que j'en étais innocent, que je n'avais ni cassé ni touché le peigne, que je n'avais pas approché de la plaque et que je n'y pas mème songé. Qu'on ne me demande pas comment ce dégât se fit; je l'ignore et ne puis le comprendre; ce que je sais très-certainement, c'est que j'en étois innocent" (Les Confessions) (L'Avant-scène: Opéra, Numéros 108-110, 1988 - books.google.fr).

Gand et pâtisserie

Dès le XIVe siècle, mais principalement sous le règne des ducs de Bourgogne, le dessert était la principale partie d'un diner princier. Sous le nom d'épices on y déployait un luxe incroyable de friandises propres à exciter à boire; d'habiles artistes, les frères Van Eyck, par exemple, dessinaient de grands édifices en pâtes aromatisées et en sucre dont chacun récélait dans ses flancs quelque agréable surprise. Tantôt on voyait s'envoler d'un palais féerique une nuée de petits oiseaux qui portaient au cou les couleurs et les noms des dames présentes; tantôt sortaient des flancs d'un navire toutes sortes d'animaux vivants qui rappelaient l'arche de Noé; tantôt encore on cachait dans une immense corbeille couverte de fruits et de fleurs, une demi-douzaine d'enfants qui chantaient en chœur vers la fia da repas (Jean-Baptiste Coomans, Jeanne Goetghebuer: chronique brabançonne du 14e siècle, 1865 - books.google.fr).

Vers le fédéralisme

On avait déjà émis l'idée que Les Bijoux reflétait les dissensions entre les communautés wallonne et flamande de la Belgique. L'album fait référence plusieurs fois aux Américains.

A l'arrivée du couple présidentiel à Paris le 31 mai 1961, John F. Kennedy déclare : "Je suis l'homme qui a accompagné Jackie Kennedy - et j'ai adoré". Celle-ci impressionne les Français par son excellente maîtrise de leur langue. Le général de Gaulle est venu les accueillir à la descente de leur avion (www.rtbf.be).

Gâteau marbré, gâteau Coco, Madeleine.

Morton Grodzins resorted to simile to describe the revolutionary development in American federalism. By the early 1960's, he said, the federal arrangement had become like a marble cake (Morton Grodzins, The Federal System, in Goals for Americans, Report of the President's ommission on National Goals, p. 265, 1960) (Handbook of Public Administration, 2018 - books.google.fr).

Selon Grodzins, le système fédéral américain n'est pas un gâteau constitué de plusieurs couches : la couche fédérale, la couche de l'Etat et la couche locale, mais c'est un «arc-en-ciel ou un gâteau marbré, caractérisé par un mélange inséparable d'ingrédients multicolores». Par conséquent, les responsabilités fonctionnelles du gouvernement sont fusionnées, entremêlées, partagées et inextricablement liées (Economie et humanisme, Numéros 275-280, 1984 - books.google.fr).

La transformation de l'État belge d'un état-nation unitaire vers un état fédéral est à l'ordre du jour depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, bien que les tensions communautaires trouvent leurs sources bien plus tôt et que la législation sur l'usage des langues en Belgique ait débuté depuis le XIXe siècle. Dès 1948, une loi crée le centre de recherches pour la solution nationale des problèmes sociaux, politiques et juridiques en régions wallonne et flamande, mieux connu sous le nom de centre Harmel, dont le rapport final est publié en 1958 et va jeter les bases du futur fédéralisme belge.

Les tensions entre groupes linguistiques s'accroissent alors dans le contexte d'après-guerre où la balance économique entre les régions s'inverse au profit de la Flandre, accroissant le mouvement flamand et ses revendications. Parmi elles, ils demandent plus d'autonomie pour la Flandre, principalement sur le plan culturel, mais aussi une meilleure reconnaissance du néerlandais dans les institutions nationales. Le mouvement Wallon, quant à lui, s'inquiète d'une politique économique menée au niveau national qui ne correspond pas aux besoins de leur région, dont l'outil industriel est vieillissant, particulièrement dans le domaine de la métallurgie et de la sidérurgie, ainsi que dans les mines de charbon qui avaient fait la richesse et le progrès de la Belgique autrefois. Une première étape est franchie le 8 novembre 1962 lorsque la frontière linguistique est tracée, séparant les francophones des néerlandophones selon les contours des provinces, à l'exception de la province de Brabant, qui est coupée en deux. La capitale, Bruxelles, est alors située du côté néerlandophone de la frontière et quatre régions linguistiques sont créées, toutes unilingues (allemande, française et néerlandaise), sauf la région bilingue de Bruxelles-Capitale (français/néerlandais) (fr.wikipedia.org - Réformes de l'Etat belge).

Le fédéralisme, selon l'avis des auteurs des Bijoux, serait peut-être aussi du brol.

L’attachement aux organisations internationales, et tout particulièrement à l’Union européenne, se renforce au fur et à mesure que le pays se fédéralise. Peu à peu, en effet, l’ensemble des institutions belges, y compris l’Église, subissent une scission linguistique. Le dernier clou dans le cercueil de qu’on appelle souvent la «Belgique de Papa» est l’indépendance du Congo belge en 1960. À partir de cette date, la droite catholique belge entre dans un long processus de résignation, puis de résilience, qu’elle sublime dans un attachement aux valeurs d’antan et au rêve européen (Cécile Vanderpelen-Diagre, Caroline Sägesser, La droite catholique belge francophone après 1945 : une minorité en résistance ?, Droites et catholicisme en France et en Europe des années 1960 à nos jours, LARHRA, 2022 - books.openedition.org).

1er juin

La page de la chouette à la licorne est datée du 1er juin.

C'est le 1er juin 1819 que Berbiguier apprend le retour de Papon Lomini à l'hôtel Mazarin qu'il quitte pour s'installer à l'hôtel de Limoges tenu par Mme Gorand (Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, Les farfadets, ou, Tous les démons ne sont pas de l'autre monde, Tome 2, 1821 - books.google.fr).

A ce coup évidemment machiné par les Enfers, Berbiguier riposte en se réinstallant le 10 Juin 1819 à l'hôtel de Limoges tenu par Madame Goirand, 24 rue Guénégaud. exactement en face de l'immeuble ou M. Gueiffier, son imprimeur, mettait sous presse le premier tome des «Farfadets». La chambre de Berbiguier, spacieuse, donnait au midi sur des jardins. Il put s'y livrer plus commodément encore à ses expériences. Et précisément, en subissant dans ce nouveau logement les assauts des Farfadets revenus à la charge plus furieux que jamais, il crut reconnaître dans leurs rangs d'anciens ennemis qu'il croyait pour toujours hors de combat. Il comprit alors que la conjuration par cœurs de bœufs, au moyen des quelles il n'atteignait ses persécuteurs qu'individuellement, devenaient insuffisantes à la longue et surtout au regard de ces vagues d'esprits infernaux qui chaque nuit déferlaient dans sa chambre. D'autre part, il avait à cœur d'annihiler les effets des funestes méfaits d'ordre météorologique, perpétrés par les diables pour accabler les cultivateurs et aussi compromettre l'agrément des dimanches des bourgeois de Paris. Car la foudre, la grêle, les pluies diluviennes ne sont pas ce qu'en pense un vain peuple de savants, mais bel et bien l'ouvrage de la cour infernale. Les Farfadets terrestres, comme chacun sait, s'élèvent dans les airs en se servant d'une outre en peau de bouc tendue par le moyen d'un soufflet magique et qui peut faire rebondir jusqu'à dix mille toises en hauteur ceux qui sautent dessus comme sur un tremplin. Ils atteignent ainsi, dans les profondeurs du ciel, un laboratoire installé par Satan, où se cuisinent les tempêtes... Pour observer les nues, il eût été vain d'utiliser un télescope ou l'un quelconque de ces instruments d'optique dont se rient les esprits invisibles. Plus averti, Berbiguier fit placer auprès de sa fenêtre un baquet magnétique ô Mesmer ! - dont l'eau pouvait refléter, comme un miroir, tous les faits et gestes des malfaiteurs célestes. Ainsi, grâce à des fumigations puissantes opportunément pratiquées, il lui fut facile de mettre en déroute les fomenteurs de troubles atmosphériques, d'écarter les grêles et de dissiper les orages. Le roi Louis XVIII ne sut jamais par exemple, comment les anniversaires de la fête, les 26 Août, furent toujours gratifiés d'un temps idéal. De même que le Comte de Chambord resta toute sa vie ignorant des raisons pour lesquelles l'orage affreux qui, le 29 Avril 1821, menaçait de noyer les réjouissances organisées à l'occasion du baptême du Duc de Bordeaux, se dissipa soudain pour faire place au plus radieux des soleils de printemps. Enfin pour étendre ses ravages dans les rangs épais des légions «farfadéico-diaboliques» qui l'assaillaient, Berbiguier en vint à employer un moyen des plus ingénieux. Ses sens, à la longue, étaient parvenus à un tel degré d'acuité, qu'ils lui révélaient inmanquablement la présence des esprits quelque im palpables ou invisibles qu'ils fussent. Or la poudre de tabac jouit de la propriété reconnue d'étourdir les farfadets pendant des heures entières. Ce ne fut dès lors qu'un jeu pour M. de Terre-Neuve que d'en immobiliser des bataillons, en les aspergeant du contenu de sa tabatière, et s'ils se présentaient isolément, prompt comme la pensée, Berbiguier les assujettissait soit, le jour, à ses propres vêtements, soit, la nuit, à ses couvertures, en les piquant, comme des papillons, au moyen de longues épingles noires. Les Farfadets, transpercés par l'acier vengeur, poussaient de petits cris aigus, analogues à ceux des souris, et leur vainqueur écoutait avec ravissement, pendant ses insomnies, le concert délicieux pour lui de leurs plaintes et de leurs crissements. Mais ce ne fut pas tout. Chaque matin avec un carton mince et rigide, il ramassait soigneusement les corps inertes des farfadets mélangés au tabac à priser, et les enfermait dans des bouteilles, contenant déjà du vinaigre et du poivre, et qu'il cachetait hermétiquement quand il les jugeait pleines d'esprits immondes. Lorsque les diables se réveillaient dans leurs prisons de verre, c'était un beau tapage, «celui que feraient les grelots assemblés de la Tour de Nankin». Et Berbiguier, expert dans l'art de raffiner les supplices, plaçait tout contre les bouteilles qui s'alignaient, innombrables, dans sa chambre, à raison de plusieurs centaines de farfadets par litre, les bonnes pages de son livre en cours d'impression. Par transparence ils en pouvaient lire les chapîtres les plus accablants pour eux, ou bien encore, il leur chantait d'une voix triomphante des couplets qu'il avait adaptés sur l'air d'une ronde populaire en vogue : «C'est l'amour, l'amour, l'amour». Je vous tiens, je vous y tiens / Dans ma bouteille / A merveille, / Farfadets, magiciens, / Enfin, je vous y tiens ! / Je vous donne vinaigre à boire, / Tabac et poivre pour manger. / Un tel régal, je dois le croire, / Ne doit pas trop vous arranger. / Vous aimez fort la danse / Et, pour votre plaisir, / Vous veniez en cadence / Sur moi vous divertir ! / Je vous tiens, je vous y tiens... (etc.) Les effets du baquet-révélateur et des bouteilles prisons durent être terribles, si l'on en juge par la mise en demeure menaçante adressée à Berbiguier par le grand Maître des Farfadets mâles, Rotomago, de qui les apostrophes ne laissent pas d'emprunter leur véhémence a la plus connue des Catilinaires : «A Berbiguier, exterminateur de la cohorte infernale. Jusques à quand, Berbiguîer de Terre Neuve du Thym, abuseras-tu de ta puissance pour me persécuter moi et mes collègues ? misérable que tu es, tu viens de faire périr quatorze cents de mes sujets et moi-même j'ai failli être victime de tes travaux, un soir que j'étais dans le tuyau de ton poèle...» etc... Cette diatribe et tant d'autres de même farine, signées de Lucifer, de Pluton, de Moreau et de M. Vandeval, encouragèrent au contraire, M. de Terre-Neuve à se ruiner davantage en achats d'épingles, soufre, poivre, bouteilles et tabac. Il poursuivit son œuvre de carnage méthodique avec une telle persévérance que la Cour Infernale aux abois, et par un arrêt solennel du 2 août 1821, prit le parti de le condamner à mort ("il a formellement contrevenu aux dispositions de l'article 25.789.432 de notre réglement"). Terre-Neuve du Thym ne s'en émut pas. Il avait depuis longtemps fait le sacrifice de sa vie. D'ailleurs l'Enfer, réduit à l'impuissance, dut renoncer à faire exécuter l'arrêt et Berbiguier, victorieux, réussit trois mois après à mener à bonne fin l'impression définitive de ses Mémoires complets. Il ne manqua pas d'en faire hommage «à tous les Empereurs, Rois, Princes et Souverains des quatre parties du monde» et en particulier au roi de France. Outre l'exposé détaillé des vicissitudes de leur auteur, ces trois volumes contenaient de sages recommandations qui devaient immanquablement retenir l'attention du Monarque. Sire, disaient-elles en substance, souvenez-vous qu'en principe les hommes sont naturellement bons. Vos sujets ne demanderaient qu'à vivre dans la paix et la vertu. Mais un nombre incalculable de Farfadets, investis d'une puissance diabolique, s'est glissé parmi les hommes. Tout ce qui s'est passé d'anormal ou de criminel dans l'histoire des nations et des humains provient exclusivement de leur fait. La désobéissance d'Eve, la condamnation de Jeanne d'Arc, la Révolution française sont leur ouvrage. Hommes assassinés, femmes stériles, filles séduites ne sont que leurs inconscientes victimes. Calamités, épidémies et naufrages ne résultent que de leurs maléfices. Il importe donc qu'un souverain s'attache à les détruire pour assurer le bonheur de ses peuples. Ce moyen, Alexis Charles Vincent Bertiguier de Terre-Neuve du Thym l'a trouvé, expérimenté, mis au point. Il en livre la formule. Il ne restait donc plus à Louis XVIII qu'a rendre obligatoire pour tous les citoyens les bouillons de cœurs de bœufs, les épingles et les bouteilles (M. Chamski-Mandajors, Les farfadets de Monsieur de Terre-Neuve du Thym, Mémoires, Académie de Vaucluse, 1933 - books.google.fr).

L'apparence de certains farfadets se rapprochent des kappas japonais, et leur maîtrise des événements météorologiques des kamis.

«...Et cet autre encore avec sa tête de crapaud et sa queue de singe... Il a beau faire la grimace, je ne le crains pas... Pan ! attrappe encore celui-là !» (Lorédan-Larchey, L'homme aux farfadets, Gens singuliers. Paris. Henry. 1857)

Le tabac passe dans la pipe de Haddock et les épingles chez Irma qui n'en a jamais volé aucune (Les Bijoux, p. 46). Le Limoges de l'hôtel de Limoges pointe vers Bardinet et son rhum. L'écureuil domestique Coco de Berbiguier a un congénère à la page 1 des Bijoux.

Faut-il croire Hergé (tout ce qu'il dit d'ailleurs, comme pour sa "stérilité" en 1944) quand il cite comme inspiration l'article de Paris-Match de 1961 sur l'écrivain Céline qui avait un perroquet nommé Coco ? (Bob Garcia, Tintin et l'Histoire, 2022 - books.google.fr).

Dans cet intérieur patriarcal, il y avait un perroquet nommé Coco, comme tous les perroquets (Charles Monselet, Mémoires littéraires, Les Annales politiques et littéraires, Volume 9, 1887 - books.google.fr).

Cf. Alphonse Allais, Alexandre Dumas, Erckmann-Chatrian etc.

Michel de Ghelderode, pseudonyme d'Adémar Adolphe Louis Martens, est né à Ixelles le 3 avril 1898 et mort à Schaerbeek le 1er avril 1962. Il écrit le Perroquet de Charles Quint, qui chante "L'Empereur n'est pas très beau. C'est l'avis du populaire...", en 1934 (Michel de Ghelderode, Le Perroquet de Charles Quint, 1982 - books.google.fr).

Si on prend exemple sur le Thermozéro, pour lequel Hergé avait réalisé 8 crayonnés avant toute prépublication, et que ses Studios préparaient minutieusement les albums, on ne voit pas comment le perroquet, si présent dans les Bijoux, aurait été introduit en cours de publication de l'album dans le Journal de Tintin. Dans le Trésor de Rackham le Rouge, Tintin débarque sur un île pleine de perroquets et c'est dans la salle de marine du château qu'est installé le piano parmi les souvenirs du chevalier de Hadoque (tintinomania.com).

Les Studios Hergé sont fondés par Hergé en 1950 pour l'assister dans l'élaboration de son œuvre : Les Aventures de Tintin, Quick et Flupke et Jo, Zette et Jocko. Les studios comptent au fil des ans d'une dizaine à une cinquantaine de collaborateurs qui aident Hergé dans sa tâche. Parmi eux de prestigieux dessinateurs comme Jacques Martin, Bob De Moor ou encore Roger Leloup. Les Studios permettent à Hergé de développer les albums des Aventures de Tintin de manière plus élaborée, en déléguant certains aspects, en particulier le dessin d'éléments du décor ou la mise en couleur, un domaine qu'Hergé n'a jamais bien maîtrisé et qu'il avait d'ailleurs délégué à Edgar P. Jacobs dans les années 1940. Les éléments techniques notamment, nécessitant un grand travail de documentation et une technique de dessin particulière, rendaient cette assistance précieuse (fr.wikipedia.org - Studios Hergé).

Hantise

On a remarqué qu'il y a avait beaucoup de mots d'initiale "P" dans Les Bijoux (Perroquet, Piano, Plâtre, Pie, etc.).

Revenons au nom — que nous n'avons peut-être jamais quitté. Au second antidote. Le thym. A coup d'émanations suaves — et notamment de cette plante aromatique — il met en déroute les farfadets coprocoles qui, plus d'une fois, substituèrent à l'hostie, lorsqu'il communiait, d'innommables ordures. Détestables figures anales qui font retour dans sa propreté de célibataire. On connaissait pour Schreber l'importance miraculeuse de la défécation et de la miction. Schreber dans son délire des grandeurs prétend «chier sur le monde entier.» En même temps, il note qu'on l'empêche de se livrer à cette action toute simple. Berbiguier est hanté par les mauvaises odeurs. Son rapport avec l'analité se lit dans une dénégation constante. La défécation humaine est une manoeuvre des farfadets. La prédominance du sens olfactif chez lui ne lui sert pas à sexualiser sa conscience du monde, mais conforte une censure. Le retour insidieux des matières fécales dans la construction complexe de ses hallucinations subordonne son délire à une évidente homosexualité. Hypothèse : la lettre P qui débute les noms dits propres de ses principaux persécuteurs masculins les désignait comme figures anales démoniaques. Prieur, Papon Lomini, Pinel surtout porteur du phallus ailé, véritable génie pédérastique, enfin l'imaginaire farfadet Pinchichi Pinchi, manifeste monstrance sodomite (Jean-Luc Steinmetz, Un Schreher romantique : Berbiguier de Terre-Neuve du Thym. In: Romantisme, 1979, n°24. Écriture et folie - www.persee.fr).

Hergé nous confie qu'Haddock c'est bien lui. Ou plus exactement, comme l'écrit Numa Sadoul, "l'émanation onirique la plus ressemblante d'Hergé". La couverture de l'interview nous mettait d'ailleurs sur la voie, qui mettait en scène, dans un triple effet de profondeur, la silhouette de Tintin, le profil de Hergé, et, derrière lui, le fétiche-à-la-bouche grande-ouverte du chevalier de Hadoque. En arrière d'Hergé y aurait-il le chevalier ? En tout cas, les deux seuls dessins de lui dont Hergé se déclare "entièrement satisfait" concernent Haddock dans deux moments clés de sa relation au fantôme du chevalier : Tout d'abord, la première manifestation des insultes du capitaine, dans le Crabe aux pinces d'or, lorsqu'il met en fuite des... voleurs. Et le débarquement du même capitaine sur l'île du chevalier lorsque sur les traces de son ancêtre, il fait quelques pas sur la plage où l'aïeul débarquait trois siècles plus tôt... et tombe, tout comme l'ancêtre au moment de sa propre arrivée ! Mais ici la chute n'est pas le prétexte à une répétition, c'est-à-dire à une bordée d'insultes réitérant celles du chevalier. Elle prélude à une découverte respectueuse : "Messieurs, voici les restes du canot avec lequel le chevalier de Hadoque aborda jadis sur cette île." Une première pierre est déposée du mystère qui entourait le fantôme du chevalier.

Numa Sadoul a justement pointé l'importance du vol et des oiseaux dans l'œuvre d'Hergé : "la vision "ailée" rime avec l'inquiétude et le danger" écrit-il. Parmi ces "visions néfastes", l'Aigle du Trésor de Rackham fait exception. "Ce dernier oiseau est une incontestable évocation de puissance. Ici pour une fois, l'angoisse est repoussée". Nous sommes tentés de faire de cet "aigle" plus que la version positive des angoisses hergéiennes. Si l'Aigle (avec sa majuscule) est l'Aïeul enfin sorti de la crypte d'où il hantait le capitaine (et Hergé !), tous les oiseaux de l'œuvre d'Hergé ne sont-ils pas les manifestations de cette hantise ? De "drôles d'oiseaux", en quelque sorte ? (Serge Tisseron, Tintin chez le psychanalyste, essai sur la création graphique et la mise en scène de ses enjeux dans l'œuvre d'Hergé, 1985 - books.google.fr).

Outre le fantôme du chevalier François de Hadoque et celui du double inversé dont il parvient à se défaire, je veux dire Rackham le Rouge, de nombreuses traces spectrales parcourent cette aventure. On le remarque aux multiples utilisations de l'adjectif disparu et des composés qui l'accompagnent. C'est d'abord les portefeuilles qui disparaissent, ceux des Dupondt, celui de Tintin, puis le premier modèle de La Licorne : «Saperlipopette !... Il a disparu !!!» (SDL, 6, 12). Un peu plus tard, c'est le corps de Sakharine : «Sapristi !... Le mort a disparu !» (SDL, 29, 8). Mais d'autres fantômes font peu à peu leur apparition, dont Maxime Loiseau, qui s'octroie le statut de spectre : «Qui je suis ?... Je suis le fantôme du capitaine de La Licorne !» (SDL, 37, 4). Dans le second volet de l'aventure, les revenants se multiplient, d'abord sous l'apparence des héritiers de Rackham le Rouge venus réclamer leur part d'héritage (Jean-Marie Apostolides, Tintin dans tous ses états, 2026 - books.google.fr).

Le nom des jours de la semaine

Le Tryphonar projette l'émission "Cinq millions à la une", hybride de l'émission française "Cinq colonnes à la une" et de l'émission belge "Neuf millions".

Apparue aux États-Unis dans les années 1950 avec les premiers sermons télévisés, cette implication des corps dans un régime d’images animées et sonores est une épreuve décisive de l’expérience pentecôtiste. La plupart des fidèles se disent touchés, non pas métaphoriquement mais physiquement, comme traversés par une déflagration intérieure : poser la main sur l’écran d’un téléviseur ou d’un ordinateur afin de recevoir l’effusion du Saint-Esprit qu’un téléprédicateur promet d’activer

Selon la virtuosité de cette grammaire communicationnelle, il s’agit de transformer la personne par incorporation de l’Esprit saint que libère la performance du téléprédicateur, sinon de provoquer sa guérison ou sa conversion.

Le 2 juin 1961, comme tous les premiers vendredis du mois, Richard, âgé de 11 ans, regardait en famille l’une des émissions emblématiques de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) : «Cinq colonnes à la une». Parmi les reportages diffusés en noir et blanc, l’un d’eux a particulièrement frappé son esprit. Intitulé «Le chapiteau des miracles», ce reportage de dix minutes présentait pour la première fois en France l’activité d’un célèbre prédicateur américain, Oral Roberts, qui sillonnait les États-Unis et organisait sous chapiteau des campagnes d’évangélisation insistant sur la promesse de guérison miraculeuse. Fondateur en 1947 de l’Oral Roberts Evangelistic Association, Roberts est l’un des «prédicateurs guérisseurs» (faith healers) qui ont contribué à l’élaboration et à la propagation du modèle télévangéliste. Il s’appliqua dès 1954 à la transmission de ses sermons dans le but, disait-il, d’installer les téléspectateurs au «premier rang des miracles» (Harrell 1985 : 125-130). Produit directement par ses équipes dans le cadre de «The Abundant Life Program», une émission hebdomadaire retransmise à partir de 1958 sur un réseau de chaînes couvrant l’essentiel du territoire américain, le document diffusé par «Cinq colonnes à la une» s’accompagnait du commentaire d’un journaliste français qui ne cherchait pas à dissimuler son étonnement à l’égard de cette pratique pentecôtiste mal connue en France

En épilogue de ce reportage, les télé-spectateurs sont ainsi invités à appliquer directement leur main sur celle de Roberts, dans une forme de corps-à-corps avec lui.

Oral Roberts, photogrammes extraits du reportage «Le chapiteau des miracles», Cinq colonnes à la une, ORTF, 2 juin 1961

Les télévangélistes, dont Roberts est une figure majeure, ont ainsi hérité du dialogue noué de longue date entre performance charismatique et arts du spectacle. La prédicatrice Aimée Semple McPherson par exemple, à laquelle l’historien Matthew Sutton a consacré une remarquable biographie (2007), a marqué le développement du pentecôtisme en réalisant, dès les années 1920, une étonnante synthèse entre prédication et divertissement. Un retour sur les innovations de cette femme, dont le sens de la mise en scène en a fait l’une des personnalités les plus célèbres des États-Unis de l’entre-deux-guerres, permet de prendre la mesure de ces affinités (Damien Mottier, La main sur l’écran. Pentecôtisme et expérience du «toucher» télévisuel, En croire ses sens, Gradhiva N° 26, 2017 - journals.openedition.org).

Le capitaine Haddock, il déclare avoir «du shimmy dans la vision» après avoir regardé un téléviseur, inventé par le professeur Tournesol, à l’image particulièrement instable.

Le terme shimmy a été adopté par les aviateurs américains pour désigner des vibrations anormales, notamment dans la roue avant d'un train d'atterrissage tricycle. Par extension, le terme est également passé dans le langage automobile pour désigner du flou ou des louvoiements dans le système de direction d'une voiture.

Le shimmy est une danse où l'on a vu une parenté avec des traditions gitanes et s'est popularisé au cours des années 1920, à la fois comme danse de scène dans les spectacles de revue musicale et dans les pratiques de jeunes en salle de danse. Armand Piron écrit la chanson I Wish I Could Shimmy Like My Sister Kate qui fut reprise de nombreuses fois y compris sur scène par les Beatles. En 1961, Jerry Leiber et Mike Stoller écrivent la chanson Teach Me How to Shimmy pour les Isley Brothers (fr.wikipedia.org - Shimmy, en.wikipedia.org - I Wish I Could Shimmy Like My Sister Kate).

After dark, COMEDY IS THE THING DOWNTOWN AT BON SOIR : IF A LAUGH or two is what you need more than anything, then get your hat and coat and head for Bon Soir, where comic Jimmy Komack and a pair of comediennes, Phyllis Diller and Isobel Robins, are practicing highly individual approaches to funnybone tickling. Komack, who has just returned from a lengthy visit to that other coast, is back at Bon Soir with practically a brand new act. Some of his material is pretty far out, but I think most people will find it hilarious. Moving at top speed and throwing caution to the wind, Komack starts off with a psychiatry routine, "Mother, Mother," which defies easy description. Before he gets to his second bit, "I Wish I Could Shimmy Like Frances Faye," he finds ways and means to kid Billy Graham, Oral Roberts, Time Magazine, Jimmy Hoffa, the Larchmont police department ("they have an unlisted phone"), Fabian and Nikita Khrushchev ("who was presented by Sol Hurok"). His third feature, a comment on the Japanese influence on show business as well as the abundance of western on television, is called "Mavelick," but, before he goes oriental, he takes a few pot-shots at the largest of all card-carrying organizations, the Diners'Club, as well as a cross-section of Hollywood's more obvious status-seeking citizens. Most of Komack's new act is clever, but there are occasional lapses of taste, especially his references to a certain British-born actress, a deceased comic and a popular soft-drink. Each of these wins a big laugh, which is hardly an excuse for men's room humor (Cue, The Weekly Magazine of New York Life, Volume 28, 1959 - books.google.fr).

James (Jimmy) Arenson Komack (August 3, 1924 – December 24, 1997) was an American television producer, director, screenwriter, and actor. In December 1960, Komack appeared as Dr. Franklin in the episode "Emergency" of the CBS anthology series, The DuPont Show with June Allyson (en.wikipedia.org - James Komack).

Le calendrier difficilement lisible derrière Lampion qui félicite Haddock pour son mariage, s'il est à jour, présente la feuille de Mai qui commence un Lundi (Bijoux page 26).

Le 1er mai 1961 est un lundi (fr.wikipedia.org - Mai 1961).

La fête de la Pentecôte 1961 est le 21 mai. Le premier juin (jeudi) correspond à la Fête Dieu. Le 28 mai (dimanche) c'est la Trinité (Louis de Mas Latrie, Dictionnaire de statistique religieuse et de l'art de vérifier les dates, 1831 - books.google.fr).

(2 avril : dimanche de Pâques)

16 mai : mardi
17 mai : mercredi (plâtre)
18 mai : jeudi

21 mai : dimanche (Pentecôte)
22 mai : lundi (enregistrement télé)

(28 mai : dimanche de la Trinité)

29 mai : lundi (Tempo di Roma)
30 mai : mardi (vol de l'émeraude)
31 mai : mercredi (séance télé Tryphonar)

1er juin : jeudi (Fête Dieu, retrait du plâtre)
2 juin : vendredi (départ de la Castafiore)

23 juin : vendredi (trouvaille de l'émeraude, départ de Tournesol)
24 juin : samedi (fin)

L'Allégorie de Paris-New Haven qui complète la Nef des fous du Louvre, montre au centre une barque. Celle-ci comporte en guise de mât un arbre auquel sont attaches une oriflamme avec un motif de croissant de lune et une volaille rotie que cherche à atteindre un homme sorti d'un buisson et muni d'un couteau. Elle est peuplée par toute une joyeuse compagnie organisée autour d'un gâteau ou d'un pain (en rapport avec le pain que tient le fou du psaume 52 ?) suspendu à une corde, dont on essaie d'obtenir une bouchée comme dans le jeu de la «pomme branlante». [...] Les éléments que nous venons de décrire évoquent irrésistiblement l'iconographie du mois de mai telle qu'elle apparaît dans les calendriers des livres d'heures produits en Flandre entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle. Le thème, que l'on rencontre déjà dans certaines gravures telles que le Jardin d'amour de Maître E.S., met généralement en scène de jeunes gens qui, accompagnés bien souvent par un fou jouant le rôle de l'amuseur public, s'adonnent aux plaisirs charnels dans une ambiance printanière, à l'intérieur d'une barque ou sur une rive ombragee (Frédéric Elsig, Jheronimus Bosch, la question de la chronologie, 2004 - books.google.fr).

Par ailleurs, on avait défini le 2 juin comme Pentecôte 1963, en raison des roses offertes par Tournesol à la Castafiore. L'usage de la rose dans les cérémonies religieuses était encore plus étendu.

Sur les conseils de saint Jérôme et de l'évêque de Tours (Ve et VIe siècles) la rose prit place sur nos autels et bientôt la fête de la Pentecôte devint même la fête des roses. Ce jour-là, dans différentes églises, on faisait tomber du «haut de la voûte une pluie de roses symbolisant les «dons du Saint-Esprit». Plus tard, au XIVe siècle, ce fut le jour de la Fête-Dieu que l'on utilisa en grande quantité les pétales de roses pour joncher le sol des rues où devait passer le Saint-Sacrement. Suivant le désir du Souverain Pontife Jean XXII, cette cérémonie se généralisa peu à peu et donna lieu à de grandes manifestations de la foi catholique. L'idée des branches vertes et des guirlandes de fleurs servant à décorer les avenues, les maisons et les reposoirs, serait donc une survivance des anciennes coutumes romaines. La rose n'a rien perdu de sa célébrité au point de vue religieux. Nous la retrouvons souvent dans l'histoire de l'Eglise et dans celle de plusieurs saints. La plupart des écrivains sacrés comparent la Sainte Vierge à la rose et lui décernent le titre de Rose mystique. Un des plus beaux hommages que l'on ait rendu à la fleur qui nous occupe, c'est de l'avoir choisie entre toutes les autres pour récompenser la vertu. En l'an 535, saint Médard, évêque de Noyon, institua à Salency, sa patrie, le premier couronnement d'une rosière, cérémonie qui consistait à mettre en grande pompe une couronne de roses blanches sur la tête de la jeune fille proclamée par ses camarades comme étant la plus vertueuse. Cette faveur donnait droit à une dot de 25 livres. Dans la suite, cette cérémonie fut fixée au 8 juin de chaque année en la fête de Saint Médard. Lorsque les rois présidèrent cette solennité, la couronne de roses s'orna d'un ruban d'azur et s'enrichit d'un anneau d'argent. Jusqu'à la Révolution, cette coutume fut conservée et imitée dans de nombreux villages. Aujourd'hui on la retrouve encore dans certaines régions; dans d'autres, le prix de vertu ou de modestie s'est transformé en prix de beauté et il ne s'agit plus d'une rosière, mais d'une «Reine des Reines». Un fait qui nous convaincra de la place d'honneur tenue par la rose est cette coutume instituée en l'an 730 par le pape Grégoire II de bénir chaque année une rose d'Or qui est offerte ensuite à un souverain catholique ou à la princesse la plus vertueuse. Henri VIII et Catherine de Médicis ont été l'objet de cette distinction et plus récemment, en 1925, c'est la Reine Elisabeth, reine des Belges à l'occasion de ses noces d'argent (Maurice Lecoq, A propos de roses, 1930 - books.google.fr).

En marge du lancement d'un journal autonome, la télévision belge francophone développe de plus en plus sûrement sa propre politique des programmes, en particulier au sein de la section "Enquêtes et Reportages". Du côté des Reportages, apparaît dans la foulée de l'Expo 58 l'émission "Neuf millions", magazine-phare de la télévision belge francophone qui rivalise avec son homologue français "Cinq colonnes à la Une" (Poelaert, 1998). Par ailleurs, les programmes d'enquête consistent d'une part en des émissions de services (comme "Le magazine des consommateurs"), et d'autre part, en des magazines traitant de matières socio-économiques (comme la série "Wallonie") (Anne Roekens, La série "Wallonie" (1962-1969, 1991-1995) : exception ou symptôme dans la programmation de la RTB(F) ?, BTNG/RBHC, XXXIX, 2009 - www.journalbelgianhistory.be).

Dès 1959, le magazine de reportage Neuf millions va permettre aux journalistes de télévision de s'affirmer, notamment lors des évènements du Congo en 1960. Des échanges fructueux auront lieu avec la France : 5 colonnes à la une et la Suisse : Continent sans visa (fr.wikipedia.org - Histoire de la télévision en Belgique, Jean-Pierre Talbot est Tintin au cinéma : Extrait 9 Millions dimanche 16 avril 1961 - www.rtbf.be).

Les émissions de Neuf millions étaient enregistrées le dimanche pour diffusion le mercredi (Inventaire par émission, d'après les fiches d'enregistrement de la RTBF - archives.uclouvain.be).

Au début de notre période d'analyse, en 1964, "Neuf millions" est déjà présent au programme le mercredi à 20h30, après les informations, puis (et/ou) le jeudi. En alternance, création d'autres magazines comme "Aujourd'hui" (1969) qui finira par lui succéder, suivi entre autres de "Grand Angle" et de "photographie du futur" (1972), "Transit" (1973). Le retour de "Neuf millions neuf" se fera en 1975, le vendredi soir (Marcel J. van Acoleyen, Publications de la Faculté des sciences économiques, sociales et politiques de l'Université catholique de Louvain, Numéros 177-178, 1966 - books.google.fr, André Dartevelle, Du reportage au documentaire : une expérience de cinéma du réel à la RTB(F) de 1968 à 1978. In: Bulletin de la Classe des Arts, tome 20, 2009 - www.persee.fr).

Selon le calendrier 1961 des Bijoux, le Tryphonar entre en action le mercredi 31 mai.

Pentecôtisme, pleurs et Tsiganes

De nombreuses sectes sont issues en ces temps derniers du renouvellement intense des aspirations mystiques du peuple américain et, parmi ces sectes, une des plus curieuses à coup sûr est celle des à coup sûr est celle des «Holy Rollers», moins connue sous le nom de «Mouvement Pentecôtiste». C'est en effet par un culte spécial au Saint-Esprit que se distingue cette confrérie mais, extérieurement du moins, sa dévotion se manifeste par des séances si tumultueuses de prières à voix haute, de cris, de pleurs et de contorsions que les «Holy Rollers» rappellent à la fois les derviches orientaux et les fameux Convulsionnaires de Saint-Medard qui, en France, causèrent scandale, au cours du XVIIIe siècle.

Cependant si choquantes que puissent parfois sembler les outrances de ces manifestations religieuses dans les nombreuses églises pentecôtistes qui existent aux États-Unis, il ne faut pas méconnaître l'élan de foi profonde et sincère qui a inspiré ce mouvement et communique aux adeptes de cette secte une grande force morale, un optimisme souriant qui, au sein des plus cruelles misères matérielles, éclate en actions de grâces débordantes.

Evidemment, du point de vue de la psychiatrie, les mots «d'hystérie» et d'«hystéroépilepsie» ne peuvent manquer d'être prononcés, comme de trop faciles explications. Du point de vue de l'orthodoxie religieuse, la sainteté de l'inspiration de ce «revival» peut être révoquée en doute, mais il n'en reste pas moins vrai, que même à cet égard, il y a dans les temps que nous vivons une leçon à apprendre des «Holy Rollers» et dont chacun de nous peut faire son profit. Avant tout, n'y a-t-il pas dans leur façon même de prier (en tenant compte bien entendu des exagérations signalées et qui ne sont point à imiter) une indication de ce que doit être la confiance, l'abandon, la liberté, la spontanéité sacrée dans l'élan de l'âme vers Dieu où l'on ne met plus guère aujourd'hui que froid formalisme, indifférence et monotonie (Les nouvelles religions de l'Amérique, Revue et revue des revues, Volume 164, 1925 - books.google.fr, Louis Bethléem, Romans à lire et romans à proscrire, essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers (1500-1932), 1932 - books.google.fr).

Ancienne Revue des revues, La Revue mondiale est un bimensuel culturel, dirigée par Jean Finot, philosophe et publiciste, puis par son fils Jean-Louis Finot en 1922, journaliste et romancier, est sous-titrée «peu de mots, beaucoup d’idées», et se vante de publier uniquement des articles inédits de la presse française et étrangère (www.retronews.fr).

De François Laplantine (1999) à Sébastien Fath (2007), en passant par Paul Freston (1995) et Harvey Cox (1995), plusieurs observateurs du pentecôtisme décrivent trois phases ou encore trois vagues : La première, celle du pentecôtisme dit «classique» ou encore «historique» correspond à son émergence en 1906 aux États-Unis et qui donna ensuite naissance aux grandes dénominations pentecôtistes comme celle des Assemblées de Dieu. Ce nouveau mouvement religieux promeut une doctrine fondée sur le rôle de l'Esprit Saint dans un cadre biblique bien normé. La seconde phase débute dans les années 1960 et correspond à l'introduction du pentecôtisme classique dans les Églises historiques (protestante puis catholique). La troisième phase correspond à l'apparition du néo-pentecôtisme aux États-Unis à la fin des années 1970. Ce courant, qui traverse aussi bien les assemblées issues du pentecôtisme historique que le Renouveau charismatique, encourage la création de groupes qui se caractérisent - dans un premier temps tout du moins - par leur absence d'attache dénominationnelle. Il se différencie en particulier du pentecôtisme historique par les manifestations charismatiques qu'il encourage : plus spectaculaires et plus diverses. Dans les assemblées pentecôtistes nouvelle vague, à l'instar de l'Église de Toronto Airport Vineyard, de nouvelles pratiques sont acceptées : chutes à terre, gémissement, rugissements, «saints fous rires», etc. (V. Aubourg, La glossolalie, un nouveau rite de passage, Rites de passage et constructions identitaires créoles, 2013 - books.google.fr).

À partir des années 1960, le renouveau fondamentaliste et charismatique dans le protestantisme européen a donc été d'abord une importation américaine, même s'il a incontestablement pris racine aujourd'hui (la première communauté à être touchée fut celle des «gens du voyage» dès les années 1950, avec la Mission évangélique des Tziganes de France, fondée en 1952 par le pasteur Le Cossec, un breton ex-catholique converti à un protestantisme d'inspiration pentecôtiste, donc d'emblée à la marge de l'establishment réformé). Mais ce revivalisme de la fin du XXe siècle est passé aussi par le tiers-monde, et en particulier l'Afrique : les diasporas immigrées en Europe, africaines, chinoises et tamoules, ont été fortement marquées par des «missionnaires» évangéliques, venus cette fois du Sud (Olivier Roy, L'Europe est-elle chrétienne ?, 2019 - books.google.fr).

Les Tziganes de France se sont convertis en masse, déçus par le catholicisme qui ne leur épargna pas plus les camps qu'aux juifs, et menacés dans leur singularité par la sédentarisation. La carte postale des Saintes-Maries-de-la-Mer fait pâle figure devant les rassemblements évangéliques tziganes, quarante mille personnes, mais les statues mariales passent mieux à la télé (Jean Vermeil, Histoire personnelle du protestantisme, 1999 - books.google.fr).

Ainsi que le dit Matéo Maximoff, écrivain et pasteur pentecôtiste : «Nous sommes restés nomades dans l'âme, voyageurs ou pas. Regardez-moi : extérieurement, je ressemble à tout le monde. Mais, à l'intérieur de ma maison, je vis dans mon ancienne roulotte. Et si je passe quinze jours ici sans partir, je me sens malade. Nous, on a çà dans le sang.» (Christiane El Hayek, Illettrisme : de l'enjeu social à l'enjeu citoyen, France. Groupe permanent de lutte contre l'illettrisme, 1998b - books.google.fr).

À Laghet a lieu le pèlerinage annuel des Gitans des Alpes maritimes. Mais c'est aux Saintes-Maries-de-la-Mer qu'ils vivent le plus grand rassemblement autour de leur patronne, Sarah la noire, servante des saintes Madeleine et Jacobée (Gérard Cholvy, Déracinement et vie religieuse : Italiens, Espagnols et Tsiganes dans le Midi de la France (1830-1980), Archives de sciences sociales des religions, Numéros 169 à 171, 2015 - books.google.fr).

Une licorne à Gand : assentiment et persuasion

Agneaux (dans la bouche du chevalier de Hadoque et de Rackham le Rouge au sujet des pirates, Le Secret de la Licorne) et le bélier (pages 38-41) fabriqué par Tintin pour abattre la cloison de briques qui le sépare du bric-à-brac (nonagones.info - Tintin - Album - Le Secret de la Licorne - 04, soirmag.lesoir.be).

Le chevalier de Hadoque se rend dans la sainte barbe du navire La Licorne pour le faire sauter avec les pirates à boire ("mes agneaux").

Jan Van Eyck, Sainte Barbe

Sainte Barbe est une œuvre du peintre primitif flamand Jan van Eyck. Sans équivalent dans l’œuvre de l'artiste, on ne sait pas s'il s'agit d'un tableau inachevé, d'une grisaille, ou d'un dessin préparatoire. Elle contient une inscription JOHES DE EYCK ME FECIT 1437. Elle est aujourd'hui exposée au Musée royal des beaux-arts d'Anvers en Belgique (fr.wikipedia.org - Sainte Barbe (van Eyck)).

Les Dupondt lancent des accusations en l'air dans Le Secret de la Licorne vis-à-vis de Haddock (page 28-29) et d'Irma dans Les Bijoux (page 45-46), avec dans les deux albums bataille de cannes.

Hélène Verougstraete, professeure émérite en histoire de l’art de l’UCLouvain et de la KU Leuven a étudié l’œuvre en diverses circonstances. Selon l’experte, après le décès d’Hubert Van Eyck en 1427, son frère Jan aurait ajouté un deuxième retable, celui du haut.

«Une inscription était visible en surface sur les draps d’honneur de Marie et de saint Jean, mais elle était endommagée, surpeinte et devenue illisible à l’œil nu. Certains croyaient à des caractères fantaisistes», explique Hélène Verougstraete. Elle étudie alors le texte dans ses moindres détails et en particulier la technique spécifique du brocart appliqué utilisée pour réaliser ces draps d’honneur. «Le procédé consiste à juxtaposer sur le panneau de bois des feuillets avec un motif en relief formés au préalable sur une matrice. Ces feuillets, décorés d’or et de couleurs évoquent les somptueux tissus de brocarts adoptés à l’époque par les princes et le clergé». Dans l’Agneau mystique, le motif est celui d’une licorne sous laquelle se déroule une banderole avec la fameuse inscription.

Le mot «BRUR» (frère) se dévoile dans l’inscription, suivi par un «L» pour «Lubrecht», le nom souvent mentionné dans les archives pour le frère de Jan. Ensuite apparaissent deux chiffres arabes: 2 et 7. Selon la spécialiste, ils correspondent à la date de [14] 27 qui est celle de la mort d’Hubert. Bernard Coulie, professeur à la Faculté de philosophie de l’UCLouvain et chercheur à l’Institut des civilisations, arts et lettres lui vient en aide pour les deux dernières lettres du texte. Pour l’orientaliste, il faut y lire ‘Christou’, l’équivalent en grec d’Anno Domini. «On sait depuis longtemps que Jan a poursuivi le travail qu’Hubert avait laissé inachevé à sa mort. L’inscription avec la date de 1427 découverte derrière saint Jean-Baptiste indique que Jan a réalisé le retable du haut après la mort de son frère. Le peintre y représente Marie et saint Jean intercédant auprès de la divinité pour le salut de l’âme du défunt. C’est donc dans le panneau bas que Jan a pris la relève d’Hubert». (L’Agneau mystique : un voile se lève - www.uclouvain.be).

Reconstitution à partir de radiographies du motif d’un feuillet de brocart appliqué : la licorne, la banderole et le texte

Marie est représentée lisant dans un livre. La page entr'ouverte laisse voir distinctement un M majuscule gothique, mais il est difficile de déchiffrer les caractères qui suivent, quoiqu'ils semblent nettement formés. Derrière elle s'étend un diaprage, où M. l'abbé Aerts a signalé la licorne, emblème de la virginité. Nous avouons ne pas l'avoir découvert dans ce qui nous paraît être plutôt un fouillis de feuillage stylisé. Là aussi se voient des banderolles portant un assemblage de lettres. Ce sont des caractères hébreux, nous écrit M. Aerts et il ajoute : «Voor mij goed leesbaar, doch onverklaarbaar.» Il y aurait bien d'autres détails encore à relever, mais il nous faut les passer. Toutefois ne négligeons pas de faire remarquer la magnifique ordonnance du diadème qui ceint le front de la Vierge, et qui s'inspire évidemment de ces paroles de l'office marial : «Comme les jours du printemps, les filles de Sion l'ont couronnée de roses et des lys des vallons» (Gabriel van den Gheyn, L'interprétation du retable de Saint Bavon à Gand: l'Agneau mystique des frères Van Eyck, 1920 - books.google.fr).

Lambert Aerts was born in Boorsem on March 20, 1875, the year that the Davidsfonds was also founded. He was ordained a priest in 1900 and was successively teacher and principal of the College of Peer. In 1915 he was appointed parish priest in Heppen and remained so until his death in Wijshagen on October 12, 1937. Father Aerts was not only a diligent priest who observed his pastoral duty with the fullest commitment of his being – but also a leading art connoisseur and publicist. He focused his studies on the famous Ghent Altarpiece by Van Eyck, which can still be admired in Ghent’s Saint Bavo Cathedral (www.3970leopoldsburg.be - Lambert Aerts).

Dans l'Ancien Testament la corne est symbole de force (voir 41) et de salut (voir Psaumes, 19, 3; 89, 25; 92, 11; 132, 17, etc.) mais dans presque tous les cas où le grec propose la traduction par "unicorne" c'est un buffle que le texte hébraïque désigne. Ici encore la genèse de l'animal physiologique est en bonne partie le fruit d'un malentendu de traducteur et d'une distorsion culturelle. Cosmas (Topographie chrétienne, 1I, 7), qui disposait peut-être d'une concordance des termes bibliques, rassemble à son propos les principales citations qui consacrent sa nature vigoureuse dans l'ancienne alliance: «...La divine écriture dit à son propos des choses analogues: "Sauve-moi de la gueule du lion et sauve mon humilité des cornes des licornes" (Psaumes, 21, 22), ou encore "celui qui est aimé comme le petit des licornes" (Psaumes, 28, 6); pareillement, dans les bénédictions que Balaam adresse à Israël, l'Écriture dit pour la seconde fois: "Dieu l'a guidé de l'Égypte tel la gloire de la licorne" (Nombres, 23, 22), témoignant par toutes ces expressions de la force, de l'assurance et de la renommée de cet animal». Dans la symbolique chrétienne, la corne de la licorne est la flèche spirituelle, le rayon solaire, l'épée de Dieu qui pénètre dans la créature. Son caractère unique est le propre du Fils, et le signe de l'unité des deux personnes: «Il a une seule corne parce que le sauveur a dit: mon père et moi sommes un» (Physiologus latin B). Et les cornes anciennes sont transformées en promesses messianiques que relaye le psaume prophétique de Zacharie dans l'Évangile de Luc (1, 67) : «Là je ferai germer la corne de David, et je préparerai une lampe pour mon Messie» (Psaumes, 132, 17) (Arnaud Zucker, Physiologos, le bestiaire des bestiaires, 2004 - books.google.fr).

Dans son Bestiaire du Christ, Louis Charbonneau-Lassay montre bien comment le mystère de l'Incarnation est figuré par l'allégorie de la licorne se réfugiant dans le sein d'une vierge, quatre lévriers la pressant auprès d'un veneur ailé sonnant de la trompe. Ce dernier est l'ange Gabriel, et les chiens se nomment Misericordia, Veritas, Justitia et Pax, c'est-à-dire «les quatre raisons qui ont pressé le Verbe éternel de sortir de son repos» (Les noms des lévriers présentent des variantes : Amour, Obéissance, Chasteté, Humilité). Il est évident que la licorne tire sa puissance de sa corne et que celle-ci capte le Verbe divin en droite ligne du ciel afin de féconder la Vierge... [...]

L'illustration la plus exemplaire de la relation entre la licorne et le Christ nous est offerte par un maître espagnol du début de la Renaissance. La madone serre contre elle la tendre licorne, tandis que l'ange Gabriel, tenant ses lévriers en laisse, esquisse un geste de persuasion pour que le Verbe divin s'incarne dans le sein de Marie. L'ange veneur au doux visage n'a rien de la cruauté des chasseurs tels qu'ils apparaissent dans les «Passions à la licorne». Au-dessus du couple formé par la Vierge et la bête sainte, un médaillon renfermant le Christ dans un firmament nocturne, étoilé, occupe le centre du ciel doré comme l'éternité. Son geste encourage la licorne qui le symbolise à ne plus faire qu'un avec la madone. Pacifique miracle, exprimé avec une parfaite sérénité. Nulle intention de meurtre dans cette scène où tout n'est que beauté nimbée de l'éclat mystérieux d'un mystère sacré.

Lorsque l'on découvre la véritable identité de la licorne, on s'aperçoit presque toujours qu'elle erre depuis longtemps dans nos champs de conscience. Mais qui peut encore imaginer l'intensité avec laquelle s'imposait le mythe du lycornu dans l'esprit des poètes et des alchimistes du Moyen Âge et du début de la Renaissance, à l'époque où sa symbolique profonde ne s'était pas encore dégradée ? Étrangement, la fulgurance de sa révélation subsista en Europe tant que l'on crut sincèrement que l'animal était bien réel - et que sa corne constituait un antidote universel. Dès que l'on eut la quasi certitude, à tort, que la bête hybride relevait du domaine de l'imaginaire, on n'en parla plus, pendant longtemps, qu'avec ironie. (Shakespeare commence à douter de son existence, il éprouve même à son égard le même mélange de frayeur, de mépris et de fascination qu'un Léonard de Vinci. La Fontaine, lui, la relégua irrévérencieusement au rang d'amulette de charlatan). Toute la littérature médiévale, religieuse ou profane, enveloppe la licorne d'une aura solennelle, mystique, et le plus souvent tragique, puisque, comme le taureau des anciens cultes solaires, la bête sacrificielle tue ou est immolée. [...]

La licorne éventre tout être impur qui la traque ou veut la séduire, mais elle finit toujours par subir mille morts, de même que le dieu incarné dans le sein de la madone, ou l'amant terrassé "par le cruel désastre de sa passion trahie" (Charbonneau-Lassay). Comme Guido Cavalcanti, Burckhardt de Hohenfels et Thibaut de Champagne, Richard de Fournival puis Maurice Scève n'hésitèrent pas, lorsque leur Dame se fut éloignée à s'identifier à la licorne trompée par la jeune fille déloyale. Toutefois, le désastre n'est pas dû à la jouvencelle, mais à l'Amour-Passion, vécu comme un piège.

Par quel prodigieux processus la licorne venue d'Orient, la pure licorne de si bon augure devint-elle au Moyen Âge chrétien la bête à abattre ? Dès que l'Église se fut saisie du mythe, les sculpteurs, les lissiers, les graveurs s'en donnèrent à cœur joie pour transpercer la bête de toutes parts. Peu importe qu'elle soit mise à mort par un preux chevalier, par un ange veneur ou par Adam en personne; elle doit être suppliciée, puisqu'elle incarne Jésus, d'où la persistance de la blessure au flanc, comme celle du Christ. L'agneau convenait pourtant à la parabole, déjà. La féerique licorne ne se doutait pas qu'elle subirait tous les tourments pour l'amour d'une humanité ingrate; quelque temps, on put croire qu'elle servit de bouc émissaire, comme si elle devait être châtiée d'exhiber une verge frontale aussi voyante, support de tous les rites primitifs de fécondation. Les saints hommes qui, à partir des premiers siècles de notre ère, s'emparèrent de la légende de la farouche licorne, telle qu'elle est évoquée dans le Physiologus alexandrin où l'on retrouve des échos de Ctésias, d'Hérodote, de Pline l'Ancien et d'Aristote, se nomment saint Ambroise, saint Eustache d'Antioche, Grégoire le Grand, Isidore de Séville (VIe siècle), etc. Lorsque la licorne est le Christ non encore apparu, la chasse mystique est la métaphore de l'Incarnation et de l'Immaculée Conception. Le but des anges veneurs ne consiste pas à tuer l'odeur de la créature qui lui ouvrait les bras et les genoux. «In uterum Virginia singulare deposuit omnipotentiae cornu.» (Yvonne Caroutch, Le livre de la licorne, symboles, mythes et réalités, 1989 - books.google.fr).

Si l'on parle de persuasion du diable, celle des anges, messagers de dieu, entrent en jeu dans leur communication avec les hommes.

Les auteurs chrétiens ont mis en opposition les figures d'Ève, par qui le péché est arrivé, et de Marie, qui, en écoutant les paroles de l'archange Gabriel au moment de l'Annonciation, rendra possible la rédemption. Dans l'un de ses traités écrits au IVe siècle, Zénon de Vérone (actif vers 365-380) souligne le rôle de l'oreille et de la dimension sonore dans le processus de rédemption engagé par l'incarnation, à la suite de la chute originelle :

Par la femme qui avait la première commis le péché commence enfin l'œuvre de circoncision; et parce que le diable, en s'insinuant par l'oreille grâce à sa persuasion, avait blessé et détruit Ève, c'est par l'oreille que le Christ entre en Marie, retranche de son cœur l'ensemble des vices et guérit la blessure de la femme en naissant d'une Vierge (Eric Palazzo, L'INVENTION CHRÉTIENNE DES CINQ SENS DANS LA LITURGIE ET L'ART AU MOYEN ÂGE, 2014 - books.google.fr).

Tous les lieux de dévotion n'avaient pas d'insigne spécial, il y avait des médailles communes à plusieurs sanctuaires c'est le moule d'une de ces enseignes, trouvé en Gascogne, dans les environs de Condom, que j'ai l'intention d'étudier. Cet objet est une plaque de schiste, de couleur ardoisée, d'un grain très fin facile à travailler au burin, de forme rectangulaire, mesurant 10 cent. de longueur, 6 cent. de largeur et 1 cent. d'épaisseur.

«Deux arcades romanes, sont gravées dans le champ; «elles sont soutenues par trois colonnettes» à chapiteaux fleurdelisés, celle du centre se termine en bas par l'extrémité d'une fleur de lys. Deux personnages nimbés, debout, tournés l'un vers l'autre sont gravés sous ces arcades. Celui de gauche représente une femme portant une tunique et un manteau qui lui recouvre la tête et les bras; les deux mains tendues vers le personnage de droite soulèvent le manteau. Un ange, reconnaissable à son aile, est gravé à droite. Sa tête est nue; il a la main droite levée et ouverte en signe de persuasion; il tient dans sa main gauche un sceptre terminé par une petite croix; cette main retient le manteau qui l'enveloppe, elle est fermée sur l'abdomen. Ces deux personnages doivent représenter l'ange Gabriel et la Vierge Marie. Le graveur a voulu figurer la salutation angélique; la légende qui accompagne cette gravure vient confirmer notre hypothèse. Nous voyons, en effet, dans un double cadre de grenetis, suivant les contours du dessin, une inscription qui est l'abrégé de l'Ave Maria (Dr de Sardac, Un moule d'enseigne à pèlerins, Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1913 - gallica.bnf.fr).

Plusieurs tableaux de Léonard de Vinci présentent une "main en raccourci", paume en dessous et les doigts à moitié pliés (Madone aux Fuseaux, version Buccleuch; Vierge aux rochers; La Cène de Milan; Madonne aux deux Enfants).

La symbolique de la main Zénon compare, d'une façon très parlante, le mouvement de la connaissance à celui de la main : ouverte, elle symbolise la représentation; en train de se fermer, elle symbolise l'assentiment; fermée, elle symbolise la compréhension; serrée, elle symbolise la science.

Déjà saint Augustin et saint Bernard disaient :

L'entrée nous est permise, si vous prêtez votre assentiment : Est nobis aditus, si assensus tuus fuerit commodatus. Vous nous sauvez en vous rendant heureuse, parce que notre peine disparaît, et le Père fera les noces de son Fils en vous : Et nobis succurris et tibi, quia nobis pœna succurrit, et tibi nuptias Filio suo in tuo thalamo Pater prœparabit (Saint Augustin, Serm 17, super Natal. Domini);

Heureuse Vierge, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres à l'assentiment, ton sein au Créateur (Saint Bernard, Serm. 4 super Missus est, 1153) (Jean-Paul Dufour, En l'honneur de la Vierge Marie: Choix de prières, méditations, chants, 2005, Jean-André Barbier, La Sainte Vierge d'après les Pères, 1867) (nonagones.info - La Croix d’Huriel - La Croix d’Huriel et Léonard de Vinci - A quatre mains).

Une tradition très ancienne, remontant aux Byzantins, fait de Marie le «livre animé du Christ», celle qui contient en elle la sagesse divine, le Fils de Dieu. Aussi la représente-t-on souvent en train de lire un livre au moment où l'ange la salue. Elle le tient sur ses genoux, le lit sur un lutrin, le feuillette, ou garde une page d'un long doigt gracieux. Les artistes du Moyen Âge ne reculent pas devant l'anachronisme consistant à lui faire lire un livre ressemblant à un missel ou un livre d'heures. Au XIVe siècle, l'auteur écrivant sous le nom de saint Bonaventure identifie le livre tenu par Marie aux prophéties du livre d'Isaïe (livre de l'Ancien Testament rédigé entre le VIIIe et le IVe s. av. J .- C.): «C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe: voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel» (Is 7, 14). Le texte latin dit propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitis nomen eius Emmanuel: on retrouve souvent ces mots inscrits sur le livre. Marie a souvent une expression énigmatique car en elle se manifestent, d'après les prédicateurs médiévaux, plusieurs émotions successives. Selon Fra Roberto, prédicateur du XVe siècle, cinq «conditions» ou états spirituels et mentaux successifs sont imputables à Marie :

- le trouble : elle est surprise par l'annonce magnifique de l'ange;

- la réflexion : elle cherche à comprendre le sens de l'Annonciation;

- l'interrogation: comment est-ce possible sans homme ?

- la soumission : l'acceptation;

- le mérite : après le départ de l'ange, lors de la conception du Christ (Eliane Burnet, Régis Burnet, Pour décoder un tableau religieux: Nouveau Testament, 2006 - books.google.fr).

Anabat (Guillaume, mort en 1510), à Paris : La Vierge assise tient sur ses genoux l'enfant Jésus. A ses pieds est une licorne; un homme est agenouillé : Memento mei, Mater Dei - batyr.univ-tours.fr

Libraire-imprimeur, il exerce en 1505, dit Lottin; on trouve des livres d'Heures à son nom avec le calendrier débutant en 1500, ce qui ne prouve pas absolument qu'il exerçât dès cette année; nous pensons qu'il succéda à Antoine Chappiel à la date donnée par Lottin. Sa première adresse est : «En la rue Sainctiehan de Beauvais, pres les grandes escolles de décret a lenseigne (ou : — en la seigne) des connins, — ou des connils». Il va, vers 1510, s'établir : — «Sur Petit Pont,à l'enseigne de la Licorne, devant l'Hostel Dieu». Il a donné lui-même son portrait dans sa marque, où agenouillé aux pieds de la Vierge, il lui adresse cette prière : Mémento mei, Domina mater Dei (Silvestre, 654) (Philippe Renouard (1862-1934), Imprimeurs parisiens : libraires, fondeurs de caracte?res et correcteurs d'imprimerie : depuis l'introduction de l'imprimerie a? Paris (1470) jusqu'a? la fin du 16e sie?cle, 1898 - archive.org).

Dans le livre tenu par la vierge dans le retable de Van Eyck, on pourrait reconnaître à partir du grand M bleu : "Memento mei Dei mtr 7" : "mtr" pour "mater" (comme chez Anabat) et "7" pour "et". "Dei mtr 7" est en rouge et suivi probablement de "hominis" en noir (Edward Maunde Thompson, Handbook of Greek and Latin Palaeography, 1894 - books.google.fr, A. Vernet, Un abbé de Clairvaux bibliophile : Pierre de Virey, Scriptorium, Volume 6, Centre d'études des manuscrits (Brussels, Belgium), 1952 - books.google.fr).

Une pierre tombale de 1438 fut, comme celle de Jean de Saemslach, transportée de l'ancienne église paroissiale située près de l'abbaye de Saint-Bavon de Gand, dans la nouvelle. Maintenant elle est déposée au Musée de la Commission pour la conservation des monuments de la Flandre orientale. Elle représente deux figures enveloppées dans des linceuls, la tête appuyée sur un coussin, et une banderole au-dessus de chacune d'elles, dans lesquelles on lit : Miserere mei, Deus. - Memento mei, o mater Dei. Aux quatre coins sont sculptés les emblèmes des quatre Évangélistes, et au milieu de la bordure les armes du mari et de la femme. L'encadrement contient l'inscription suivante : Hier Light Pieter Hueribloc, die stark deken van den neeringhen in Gend, in 't jaer M CCCC ende XXXVIII op S. Bavenavont. — Hier light Maria Mannens, Pieters wijf was, die stark in 't jaer M CCCC ende XXVIII, den X in spelmaent (Inscriptions funéraires et monumentales de la province de la Flandre orientale, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

Dans le manuscrit du Livre d’heures à l’usage de Rome, vers 1320, Trinity college B.11.22, l’histoire est représentée dans deux pages non consécutives, à titre d’avertissement à la donatrice. Dans la première image, on la voit en bas de la page, brandissant la prière «Memento mei domina». Un homme à l’air sévère lui désigne le singe. Au coin opposé de la page, le chasseur de singes est en train de se déchausser, juste à côté d’une seconde occurrence de la donatrice, bien à l’abri dans l’initiale, les yeux fixés sur son livre et non sur les chausses enlevées. Dans la seconde image, un autre homme sévère désigne le chasseur caché dans le feuillage et le singe chaussé, dont le regard inquiet semble avertir le lecteur : ne succombe pas comme moi à la tentation (artifexinopere.com).

En Languedoc (Aude), on raconte une histoire comparable portant non sur un singe, inconnu dans cette région, mais un homme sauvage : L'Homme sauvage et le lait.

Voici un conte recueilli à Rouffiac-d'Aude par notre excellent collaborateur, M. Maffre. Il est plein de beauté et de mystère. Qu'est-ce, en effet, que cet «homme sauvage» ? et l'aventure à laquelle il se trouve mêlé, ne serait-elle pas un fragment d'un conte plus long ? Le «Salvatge», dans nos régions, c'est presque toujours l'ours et l'ours «humanisé». (Des proverbes attestent qu'il «ramasse du bois pour quarante jours d'hiver de plus quand il fait soleil pour la chandeleur» : voir à ce propos, page 56, la note concernant «la Chandeleur en Provence». Il est fort possible que le «Sauvage», représenté comme un homme nu et velu, très semblable à un ours, soit le même personnage que le «dieu ours» qui régnait, avant les temps historiques, sur presque toutes les montagnes de l'Europe (Alpes, Pyrénées, Carpathes) et qui, maintenant, ne hante plus que l'imagination de nos laboureurs (Folklore, Tome 2, 1939 - www.garae.fr).

Un laboureur sillonne son champs. Quand il s'interrompt, retire ses sabots, et s'écarte, il voit un homme velu et nu essayer les chaussures. Le soir, ayant raconté l'aventure à se femme, celle-ci lui conseille de mettre des souliers le lendemain si le manège recommence. L'homme sauvage se retrouve ne plus pouvoir les retirer et marcher, se faisant capturer par le mari qui le ramène chez lui où il est soigné tout en restant muet. Lorsqu'un jour il voit le lait sur le feu près à déborder, il s'écrie : "La manne de Dieu se verse, les enfants me pleurent, il faut que je m'en aille".

Et par la porte entr'ouverte il s'en alla dans la nuit. Quand le laboureur arriva, sa femme lui raconta la chose. Le lendemain, le laboureur retourna au champ, mais il ne revit pas l'homme sauvage qui était parti pour de bon.

Plus surprenant encore est de constater quels sont les textes que l'on aime à embellir de la sorte. Les drôleries, en effet, décorent de préférence le psautier, les heures, les livres liturgiques et, dans une moindre mesure, la Bible elle-même. Elles agrémentent donc essentiellement des ouvrages de dévotion. Même dans la production de luxe, la littérature profane et scientifique n'a que peu attiré ce genre d'illustration. En revanche, les sources d'inspiration communes aux drôleries émanent parfois de cette littérature : le cycle de Renart, les fabliaux, les dialogues de Salomon et de Marcolfe sont régulièrement convoqués. De même, l'adaptation visuelle d'expressions proverbiales collabore souvent au comique de situation. Une fois reconnue l'absence normale de relation entre le texte et l'image, on observe que le rapport d'image à image est en revanche inhérent au genre. De tous les livres de prière, c'est en effet le psautier que l'on préfère, dans le dernier quart du XIIIe siècle, enrichir de drôleries. Or, l'iconographie traditionnelle du psautier va nourrir la marge et s'y pervertir aussitôt : David musicien à l'incipit du psaume 1 ou l'insipiens du psaume 52 sont des sources d'inspiration majeures. Dans un psautier bilingue suivi des heures, produit à Arras vers 1265, les marges, semblant parodier l'illustration, s'emparent de la figure du psalmiste et placent le roi dans des situations équivoques. C'est un singe qui joue de la harpe, puis un renard dans le Bird psalter, peint à la fin du XIIIe siècle. Après 1300 surtout, le rapport du type image-image s'intensifie au point que, de plus en plus souvent, les personnages inscrits dans les lettrines observent les agissements marginaux et que les marges elles-mêmes en viennent à intervenir dans les lettrines. [...]

Que les drôleries décorent principalement des livres de dévotion n'est plus qu'apparemment contradictoire quand l'on s'enquiert de la nature de leurs destinataires. Si quantité de manuscrits semblent hélas rejetés définitivement dans l'anonymat, nombreux sont ceux qui portent une mention ou des armes permettant de dégager le nom ou le lignage de leur commanditaire. Les marges elles-mêmes contribuent à identifier ce dernier, soit qu'elles sont truffées de blasons, soit, dans le cas du psautier, qu'elles supportent un personnage en prière aux côtés de la Trinité qui illustre usuellement le psaume 109. Il s'agit souvent d'une femme, à l'instar de la dame qui apparaît de manière insistante assortie d'un phylactère où l'on peut lire «Memento mei domina» dans les marges d'heures gantoises peintes vers 1300 (Cambridge, Trinity College Library, B.11.22). Dans un psautier déjà cité (Oxford, Bodleian Library, Douce 5-6), les marges montrent à plusieurs reprises une dame s'inquiétant du sort du comte de Flandre lorsqu'il joute dangereusement, puis faisant déménager ses effets d'un château à un autre. Il y a fort à parier qu'on puisse identifier la destinataire du manuscrit avec une relation intime de Louis de Nevers. A part la remarquable production de manuscrits à drôleries commandés par Renaud de Bar, les manuscrits illustrés de la sorte semblent donc avoir été d'abord prisés par une clientèle laïque, pratiquant plus ou moins le latin pour suivre les heures. H. Helsinger, «Images on the Beatus Page of some Medieval Psalter», in Art Bulletin, 53 (1971), p. 161-176. Bruxelles, Bibliothèque royale Albert Ier, ms. 9391. Pour la datation de ce manuscrit, cfr A. Bräm, «Buchmalerei des 13. und 14. Jahrhunderts in Frankreich, Flandern, Hennegau, Maasland und Lothringen. Literaturbericht 1970-1992», in Kunstchronik, 47 (1994), en part. p. 43 sq. Cambridge, Fitzwilliam Museum, ms. 2-1954, f. 145 et 158. Un lieu commun dans un livre d'heures liégeois de la seconde décennie du XIVe siècle (Londres, British Library, Stowe 17, passim) (Isabelle Engammare, La marge à drôleries : un décor fantastique pour le manuscrit gothique, Etudes médiévales, Volumes 1 à 2, 1999 - books.google.fr).

Couronnement de la Vierge. La Vierge, assise sur un trône élevé, est couronnée par un ange. Elle est prête à donner le sein à l'enfant Jésus, assis sur ses genoux. Les draperies sont remarquables. Le Christ tient une grande croix ayant la forme d'un T. (Cette forme de la croix est très-ancienne). Un ange en soutient la partie supérieure. Aux pieds de la Vierge est une licorne, portant un écusson. Auprès est le nom de Guille Anabat. C'est probablement le nom du personnage que l'on remarque, à genoux, à la droite du trône. Au-dessus de sa tête sont ces mots : Memento mei D. mtr. Dei. Cette belle composition, qui date, au plus tard, de 1506, annonce déjà tout l'art du seizième siècle. Elle a été publiée comme marque dans l'ouvrage de M. Silvestre, Marques typographiques, mais elle méritait d'être étudiée pour sa composition et son dessin (Gravures sur bois tirées des livres français du XVe siècle, 1868 - books.google.fr).

Le prisonnier de la Tour Ferrée du château de Gisors, Poulain, tua le temps en sculptant sur les murs à l’aide d’un clou les scènes de la passion du christ que lui inspirait son propre martyre. On trouve d’autres graffiti aux étages supérieurs de la tour du Prisonnier.

La Tour du prisonnier, prison de Poulain, est l'exact équivalent du four alchimique, tour qui contient la "prison du poulet". En effet, les mots "poulain" et "poulet" viennent tous deux du mot latin pullus (petit animal); d'où aussi puellus, le petit homme, l'enfant nouveau-né.

Le mythe du chevalier Poulain pourrait venir de Wolfgang de Polham, homme de confiance de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire. De Polham fut fait prisonnier par Louis XI à la bataille de Guinegatte en 1479 et jeté dans la tour de Gisors d’où il ne sortit qu’à la mort du roi de France en 1483. Polham faisait partie de l’ordre de la Toison d’or institué en 1429 par Philippe le Bon. Les graffitis peuvent être de lui même si l'on retrouve certains de leurs motifs dans l'église de Gisors du XVIe siècle. Ces derniers peuvent s'en être inspiré. Charles Nodier a rendu compte de ces gravures dans Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France (1815-1830).

Devant l'invocation à la Vierge, comment a-t-il bien pu lire : O MATER DEI MISERERE MEI - PONTANI, là ou chacun peut voir écrit : O MATER DEI MEMENTO MEI - POULAIN. L'auteur de l'inscription de Gisors a tracé ses lettres de telle sorte qu'on puisse lire indifféremment Poulain ou Pontani, afin de mieux souligner sa qualité. En effet, il a formé les U et les N avec le même signe "II" et les I et T avec le signe "I" (Gérard de Sède, Les Templiers sont parmi nous, 1969) (humanisme.canalblog.com).

Wolfgang von Polheim (1458–1512), Lord of Polheim zu Wartenburg, Puchheim and Waldenfels, was an Austrian nobleman who was a close and life-long friend and counsellor of the Holy Roman Emperor, Maximilian I.

In 1477, Polheim accompanied Maximilian to the Low Countries for the latter's marriage at Ghent to Mary of Burgundy, heiress of Charles the Bold. For the next twelve years, Maximilian remained in the Low Countries trying to maintain his control over his wife's Burgundian inheritance in the face of French expansion and internal dissent. Polheim stayed with him. He campaigned with Maximilian to repulse Louis XI of France's attempts to seize the Burgundian territories but was taken prisoner by the French at the Battle of Guinegate in 1479. Maximilian complained about Polheim's treatment while he was a prisoner. In 1488, during one of the Flemish revolts against Maximilian, he and Polheim and several of Maximilian's other companions, were imprisoned at Bruges for 14 weeks. In 1494, Polheim himself got married, to Johanna van Borsselen, daughter of Wolfert VI van Borsselen and heiress to the lordship of Fallais (Braives, province of Liège in Wallonia, Belgium). (en.wikipedia.org - Wolfgang von Polheim).

Qu'on parcoure les auteurs que je vais citer, et on trouvera le nom de notre prisonnier écrit ainsi : Polham, Polheim, Polhein, Polem, Poulin, Poulain, Poullan, Poulhain, Poulham. C'est toujours le même nom du même personnage: le chevalier Wolfhang de Polham. Un chroniqueur de Bourgogne l'inscrit ainsi sur une liste : "Le grant Poulham, Allemant". Louis XI écrivait indifféremment Poulain et Poullan. Enfin (et ceci me paraît décisif), sur des parchemins inédits, signés et scellés pour la plupart de différents sceaux, dont un de Maximilien d'Autriche, parchemins relatifs à un emprunt qu'il dut faire, comme on le verra plus tard, on trouve son nom écrit de trois manières différentes : Wolfhang de Polham; Wolfgang de Polhain; Wolffang de Polhan (Louis-Napoléon Blangis, Essai historique sur le prisonnier de Gisors (Wolfhang de Polham), 1859 - books.google.fr).

1489. Montilz-lez-Tours, lan de grace mil CCCC quatre vings et neuf, de nostre regne le septiesme, le penultime jour doctobre (31 Octobre). Traité de paix fait entre Charles, roi de France, d'une part, et son beau-père Maximilien, roi des Romains, tant au nom de son fils Philippe, archiduc d'Autriche, comte de Flandre, qu'au nom de ceux de Flandre, d'autre part. [...]

Les points suivants ont été arrêtés : 1. Maximilien sera réintégré en la tutelle de son fils, comte de Flandre, et aura le gouvernement du pays entre les mains de la même façon comme avant les différends qui ont existé entre ceux de Gand, Bruges, Ypres et leurs adhérents. [...] 5. Conformément au traité de Francfort, ceux de Flandre mettront en liberté les prisonniers qui ont été amenés à Gand; messire Welfang de Pothen [Wolfgang de Polham] est libéré de la foi qu'il peut avoir donnée à ceux de Flandre (Prudens Van Duyse, Edmond de Busscher, Inventaire analytique des chartres et documents appartenant aux archives de la ville de Gand, 1867 - books.google.fr).