
Hugo d'Alesi
Frédéric Alexianu, dit F. Hugo d'Alesi, est un peintre, affichiste et illustrateur français d'origine autrichienne, né à Hermannstadt (Sibiu, grande-principauté de Transylvanie dans l'empire d'Autriche) le 10 février 1849 et mort à Paris le 11 novembre 1906.
En plus des très nombreuses affiches pour les compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, PLM ou de l'Ouest, Hugo d'Alesi dessine des affiches pour des compagnies de navigation et des constructeurs d'automobiles.
Hugo d'Alesi a réalisé les peintures panoramiques pour le Maréorama, une attraction combinant une grande plateforme mobile et deux peintures panoramiques déroulantes. Le Maréorama fut présenté à l'Exposition universelle de 1900 à Paris (https://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo d'Alesi).

Hugo D'ALESI (1849-1906), Médium, Dessin titré, daté 24 avril 1901 et signé en bas à gauche - www.pestel-debord.com
Parmi les médiums se côtoient l’écrivain, le mineur ou l’employée, le modeste prend place à côté du génie pour lever le voile sur le merveilleux. Cette exposition leur rend hommage à travers les œuvres de Victor et Charles Hugo, Victorien Sardou, Fernand Desmoulin, Hélène Smith, Gustave Le Goarant de Tromelin, Hugo d’Alesi, Augustin Lesage, Marjan Gruzewski, Marthe Béraud, Franek Kluski, Man Ray, Robert Desnos, André Masson, Yves Tanguy, Nadja, Nina Karasek, Madge Gill, Philippe Deloison… et d’anonymes.
C’est comme médium qu’Hugo d’Alesi commencera à dessiner avant de devenir un célèbre affichiste (Entrée des médiums, Spiritisme et art de Hugo à Breton, 18 octobre 2012 - 20 janvier 2013 - slash-paris.com).
Maintenant, je voudrais pouvoir raconter longuement tout ce qui concerne M. Hugo d'Alési comme médium dessinateur et peintre. M. d'Alési a été longtemps médium sans le savoir. Un jour, c'était à Smyrne, lui prit la fantaisie d'acheter couleurs, palette, etc., et de s'installer en face d'une grande toile, au retour d'une promenade sur le bord de la mer. Il en résulta un tableau de marine, un coucher de soleil qui fut acheté par le consul des Pays-Bas. C'était la première fois qu'il touchait des pinceaux. Jugez s'il dut se prendre pour un génie. Pour moi je parierais fort qu'en fait de peinture il n'en est pas à son incarnation d'essai. M. d'Alési a donc le sentiment de l'art, et il est artiste. - Diable ! direz-vous, tout cela ne prouve pas qu'il soit médium; au contraire. Cet «au contraire» n'est peut-être pas juste, mais peu importe. M. d'Alési est médium, parce que son travail proprement médianimique offre un caractère tout spécial. Quand il dessine comme médium, son bras est mu automatiquement, la plupart du temps il ne regarde pas le papier, il est très-sensible à l'action des fluides, la présence de certains magnétiseurs l'incommode et le paralyse. D'ailleurs, je ne saurais douter de ce genre de médiumnité, étant moi-même, quoique très-grossièrement, médium dessinateur.

Hugo d'Alesi - Marie
Pour la peinture, c'est plus complexe, le mouvement mécanique du bras et de la main ne suffit pas toujours, l'Esprit s'empare pour ainsi dire des yeux de M. d'Alési et le fait voir de sa propre vue. Ainsi, lorsqu'il travaille sous l'influence de son guide ordinaire, un peintre de fresques qui voyait grand, il s'est donné sous le nom de Donato, mais il n'a rien voulu dire de plus sur son identité, - lorsqu'il travaille avec Donato, il lui arrive d'exécuter une tête beaucoup plus grande que nature, sans s'en apercevoir; une fois revenu à son état normal, il est tout étonné du résultat. Tout artiste ayant éprouvé une inspiration intense comprendra ce phénomène, ou du moins entreverra ce qu'il peut être. Chez M. d'Alési, la chose est poussée au plus haut degré, car il y a, en outre, l'impulsion mécanique; quelquefois même il n'y a pas autre chose que cette action inconsciente. Il a ainsi exécuté des toiles représentant les genres les plus différents. Parmi ses guides plusieurs sont des contemporains. Il vaut mieux, je crois, ne pas citer de noms. Pourtant j'aurais été heureux de remercier un peintre à qui je dois d'avoir pu offrir à Marie un charmant paysage dans les tonalités grises. (M. d'Alési n'a jamais étudié le paysage sur la nature non plus que sur les modèles des maîtres.) Cette petite toile, d'une facture un peu sommaire sans doute, cela se comprend, les finesses d'exécution s'atténuant à cause de la nécessité d'un intermédiaire, cette petite toile n'en est pas moins curieuse par sa liberté d'allures, par le jeté de ses notes. Je parle de cette production; je pourrais parler de bien d'autres d'une physionomie entièrement différente (J.-Camille Chaigneau, Les Chrysanthèmes de Marie, Tome 1, 1880 - books.google.fr).
Mme Hugo d'Alési, première femme du brillant artiste, était médium-écrivain, médium-voyant et médium à incarnations tout à fait remarquable. Plongée dans le sommeil magnétique, elle vit un jour et décrivit une belle jeune femme qui entourait d'un bras caressant le cou de Camille Chaigneau, et le regardait avec tendresse. Lui ne sentait ni ne devinait cette caresse mystérieuse. La jeune femme avait à la main un bouquet de chrysanthèmes. On éteignit le gaz pour ne pas contrarier l'action des fluides, et quand on le ralluma on trouva à côté du médium en catalepsie le bouquet de chrysanthèmes tombé de l'autre monde. L'inconnue favorisa bientôt le poète d'un gage plus précieux : à une autre séance, on obtint l'apport d'une boucle de cheveux, qu'on l'entendit se couper à elle-même avec des ciseaux; puis, par l'écriture automatique du médium, la jeune femme révéla sa personnalité passée : elle se nommait Marie; elle et Camille (sous un autre nom s'étaient aimés pendant la Révolution. L'offre d'un bouquet de chrysanthèmes avait précédé le premier aveu. Toute l'histoire de cet amour défunt, charmant et tragique, celui qui en avait été le héros la réapprit ainsi. Enfin Hugo d'Alési reproduisit médianimiquement les traits aimables de Marie. Ce portrait figure en tête du volume des Chrysanthèmes. Depuis cette révélation, le poète ne vécut plus que pour son amante éthérée, toujours invisiblement présente, et dont il croyait sentir le souffle sur ses cheveux. Cette sorte d'amour, que Gautier a esquissée dans Spirite, débarrassée de toutes les inquiétudes de la passion, doit être fort douce. Elle est certainement très noble et très ennoblissante. La pensée que des yeux invisibles suivent tous ses mouvements, doit contraindre un homme à une tenue supérieure qui lui imprime une rare distinction, physique et morale. Marie n'était d'ailleurs pas exigeante, sinon tout à fait sans jalousie. Elle disait à son poète : «Certes, je ne te conseillerai pas d'aimer une autre femme, mais si pourtant tu rencontrais une sympathie qui te rende heureux, je te pardonne d'avance cette infidélité bien naturelle.» Le poète s'indignait : - Moi te faire souffrir ! Etre heureux sans Marie ! Tout cela est imprimé dans les «Chrysanthèmes». L'étonnement des amis de M. Chaigneau fut donc très grand lorsqu'ils apprirent son mariage Quoi ! l'amant de Marie avait oublié ses protestations ! Il était infidèle ! Mais, à la lettre de faire-part était jointe une petite brochure où M. Chaigneau se justifiait et s'expliquait. C'était sous les auspices de Marie que son mariage s'accomplissait. La jeune fille dont il faisait sa femme avait, comme lui, son bien-aimé dans l'espace; elle était née veuve comme lui. - «Cette jeune fille disait M. Chaigneau - aimait Marie, et c'est dans cette pure et fraternelle tendresse de son cœur qu'a pris racine le sentiment que j'ai conçu pour elle... Je l'aimais aussi parce que je me sentais invinciblement, ardemment attiré par l'esprit de son bien-aimé; et je crois être assez intuitif pour pouvoir dire que c'est lui surtout qui nous a inspiré la pensée qui nous rapproche; oui, je sens que j'aime cette jeune fille pour l'amour de son bien aimé, comme elle m'aime pour l'amour de Marie.» Puisque, dans un intérêt supérieur, le poète-philosophe a fait chez lui une si large brèche au fameux mur Guilloutet, on peut ajouter que cette union terrestre entre deux veufs de l'au-delà a été certainement fort heureuse. Camille Chaigneau continua de commémorer à la date où il lui fut révélé le 29 octobre l'amour de Marie. Il commémore aussi l'amour de Myositis, l'autre partenaire de son union de couples. Il chante en beaux vers le chrysanthème superbe, fleuremblème de son couple, et le délicat myosotis, fleur du couple conjoint. Et sur ces unions de couples, sur la «fédération probable des âmes par proportions définies et harmoniques, en commençant par le nombre «deux», c'est-à-dire par l'union impérissable du Couple, premier degré des harmonies du grand amour conscient qu'on peut légitimement rêver dans le devenir sans (L'Écho du merveilleux, Volumes 5-6, Numéros 96-120, 1901 - books.google.fr).
GUILLOUTET (LOUIS-ADHÉMAR DE). Homme politique, député, né en 1819. Membre du Conseil général des Landes, maire de Parlebosc, député du Corps législatif (1863), auteur sous l'empire d'un amendement, qui fut adopté, interdisant aux journaux de s'occuper des faits de la vie privée des individus, amendement souvent plaisanté sous le titre de «loi Guilloutet» ou «Mur de la vie privée». Ecarté de la vie politique après le 4 septembre 1870, il fut en 1876 nommé député des Landes, fit partie du groupe de l'Appel au peuple, vota en faveur du cabinet de Broglie (1877), fut renommé en 1881 et en 1885, mais à cette dernière date les élections des Landes ayant été invalidées, il échoua au nouveau scrutin. Officier de la Légion d'honneur (Paul Guérin, Dictionnaire des dictionnaires : lettres, sciences, arts, Tome 4, 1886 - books.google.fr).
En cette même année 1882, le colonel Devoluet, dont j'étais le médecin et l'ami, me fit aussi connaître Mme Bablin, chez qui on voyait des mains lumineuses dans l'obscurité. Au bout de quelque temps, au lieu de mains, nous vimes un buste complet et lumineux d'homme se former à côté du médium. Peu à peu il se produisit de nouvelles formes plus animées, mais qui, n'éclairant que leur visage, n'étaient visibles que pour les personnes devant lesquelles elles se présentaient. Quelques habitués, pressés d'arriver à l'obtention de phénomènes plus accentués en lumière, proposèrent d'avoir chaque semaine une séance réservée où assisteraient seulement les membres d'un groupe d'études, dont je fus prié de prendre la présidence. C'est ce qui eut lieu. De ce groupe fermé firent partie: M. Bloume, chef de bureau au ministère de la guerre; M. C. Joly, ingénieur des Arts et Manufactures, le Dr Fl., M. Aug. Reveillac, Mme Dieu, Mme Rufina Noeggerath, le Dr Chazarain. Les séances réservées commencèrent au mois d'octobre 1883 et cessèrent au mois de juin 1884. Quand cela fut devenu possible, nous invitâmes à y assister MM. G. Delanne, C. Chaigneau, Hugo d'Alesi, Ch. Fauvety, le commandant Amade, aujourd'hui général, et d'autres personnes connues, appartenant pour la plupart au monde spirite (Dr Chazarain, Les matérialisations de Miller, Revue scientifique et morale du spiritisme, 1907 - books.google.fr).
Hugo d'Alési et le Hiéron
«Pour le reste de la salle, si l'on veut une idée approximative de ce que le Hiéron voulait mettre en valeur, il faut, en 1969 [et jusqu'en 2001] écarter deux rideaux qui se trouvent à gauche et à droite, pour y découvrir des représentations significatives alliant la peinture et le haut-relief, dues à Hugo d'Alési : d'une part, à gauche, Gomer, fils de Japhet, devant la roche de Solutré, représentant l'initiation druidique, d'autre part, à droite, Moïse devant le Sphinx, représentant la tradition égyptienne» (Jacques d'Arès, Atlantis N° 252, 1969, p. 304). Ces peintures réalisées en 1902 par le peintre affichiste Hugo d'Alési étaient placées à l'arrière de décors en plâtre peint: la porte d'un temple égyptien représentant l'entrée de la nécropole des pharaons des hypogées d'Akmin et le dolmen de Chevresse, dans la commune de Saint-Brisson, dans le Morvan. Une troisième peinture murale située vis-à-vis de l'entrée, «la Reine de Saba devant Salomon» existait à l'arrière-plan du tympan d'Anzy le Duc (Le Christ en majesté et La Vierge allaitant l'enfant Jésus, deuxième moitié du XIIe siècle). Utilisées comme contexte historique pour la présentation d'une momie et d'un sarcophage égyptien, d'un squelette provenant de Solutré et d'un Christ de calvaire en terre cuite, l'ensemble formait une mise en scène où le visiteur était «saisi de cette domination éclatante ou voilée de Jésus-Christ sur les peuples anciens» (Guide manuscrit de Marthe de Noaillat, 1920) : telle est l'interprétation de Marthe de Noaillat à ses visiteurs dans les annees 1920.
En 1953, afin de donner un meilleur cadre au tympan brionnais, remonté à la façon d'un portail par les Monuments Historiques, après son exposition au musée du Petit Palais, et de supprimer ce qui devenait de plus en plus incompréhensible, l'ensemble de la salle est badigeonné et la troisième peintures murale, cloisonnée. La proposition de faire disparaître, dans le même temps, les deux autres peintures, ne fit pourtant pas l'unanimité et fut abandonnée. Le projet du musée avait évolué après le legs du musée, en 1908, à Georges de Noaillat. Abandonnant tout prophétisme millénariste et étude de la langue primitive adamique utilisée avant Babel, le Hiéron devient un centre piétiste, rattaché à la Ligue universelle du Christ Roi avec de nouvelles publications comme Le Héraut du Christ-Roi et s'oriente vers une activité missionnaire. Grâce à l'action internationale des Noaillat, le pape institue en 1925 la fête du Christ-Roi, commémorée le dimanche avant la Toussaint. A cette occasion, l'inscription sur le fronton du musée «A Jésus-Hostie Roi» se transforme et devient «Au Christ Roi».
La question des deux peintures murales a resurgi dans le cadre plus récent du projet de rénovation. Les deux décors, maintenus en place, appartiennent à l'histoire de la muséographie française, caractérisée au XIXe siècle, par le désir de donner un écrin didactique aux collections. Ils sont en relation avec certaines des œuvres de la collection rassemblée par Alexis de Sarachaga et son projet de représenter la transmission de la révélation primitive aux Druides, aux Egyptiens et aux Hébreux. La troisième peinture murale retrouvée derrière le cloisonnement en briques de 1953, ne pouvait être visible à cause du tympan; elle a été sauvegardée, protégée par une nouvelle cloison. La momie et son sarcophage (Époque ptolémaïque, fin du IVe siècle avant J-C) achetés en 1897 appartiennent à la mémoire collective locale et sont présentés dans les cabinets de curiosité, à l'entrée de la salle centrale. Cette mise à distance semblait nécessaire dans un projet de restitution d'un lieu, dont les identités multiples étaient au croisement d'aspects historiques, théologiques, spirituels et artistiques (Dominique Dendraël, La réouverture du Hiéron de Paray-le-Monial : le pari de faire parler les murs, La tentation du secret, groupes et sociétés initiatiques entre ésotérisme et politique du XVIIIe au XXe siècle, 2007 - books.google.fr).

Fresques de Gomer et de la reine de Saba - www.hippostcard.com

Etat des fresques égyptienne et de la reine de Saba du Musée du Hiéron - Carte postale de 1945 - www.fortunapost.com
Cet état de la fresque de la reine de Saba associée au portail d'Anzy serait identique au moins depuis 1900 (Thierry Garnier, Extrait de "Gisors ou la Chronique Vulcaine, Arcana Codex L.III", M2G Etions, 2010 - lemercuredegaillon.free.fr).
La seconde fresque réalisée par Hugo d'Alési représente la reine de Saba se rendant au temple de Salomon. On sait qu'y était figurée l'Arche d'alliance, ce coffre mythique évoqué par la Bible, conçu sur ordre de Dieu pour abriter les Tables de la Loi, et doté de pouvoirs surnaturels. Malheureusement, dans les années 1950, cette fresque fut occultée derrière un mur de brique (Christian Doumergue, La France codée, 2022 - books.google.fr).
Ces fresques avec leurs bas-reliefs et leurs expôts affirmaient le principe de la tradition primordiale qui s’était transmise d’âge en âge dans les peuples anciens. Si ces décors ont pu faire l’objet de discussion dans le passé, le projet culturel prévoit de les maintenir moyennant le déplacement de la momie et le retrait du squelette.
La restauration a mis en valeur deux des grandes fresques réalisées en 1902, avec leur décor en plâtre peint, qui étaient jusque-là cachées par des rideaux. La première de ces fresques montre Gomer, fils de Japhet, devant le rocher de Solutré, et représente l’initiation druidique derrière la reconstitution du dolmen de Chevresse; l’autre montre Moïse devant un sphinx derrière la porte d’un temple égyptien pour figurer l’entrée de la nécropole des pharaons. La mise en scène druidique était complétée d’un squelette découvert dans le Morvan lors des fouilles engagées par Sarachaga, et la scène égyptienne était flanquée d’une authentique momie. Une troisième fresque face à l’entrée, montrant la reine de Saba devant Salomon, est cachée par une cloison montée pour adosser le tympan du XIIe siècle de l’église d’Anzy-le-Duc (Stéphane Dufour, La mise en exposition au Musée du Hiéron ou l’écriture palimpseste du religieux, Culture & Musées N° 40, 2022 - journals.openedition.org, Kevin Pinton, Le Hiéron du Val d’Or - Paray-Le-Monial, 24 novembre 2022 - lencreducoeur.wordpress.com).
Sarachaga
Convaincu de l'inanité des révolutions, il conçut le projet de quitter son pays. Il s'installa à Paris (1869), mais se trouva par malchance bientôt pris dans la guerre de 1870. Il connut le siège et les exactions communardes. Il se réfugia en Belgique, puis en Russie et distribua ses biens aux œuvres de charité. Le voilà, «mûr» pour une conversion, à la Wartburg en 1872 où il apprit l'existence d'un pèlerinage vers Paray-le-Monial, qu'il entreprit l'année suivante. Il y rencontra le P. Drevon et le P. Sanna-Solaro, jésuites, et le comte Stéphane d'Alcantara. Abouché avec des groupes millénaristes et naundorffistes nés de l'apparition de la Vierge à La Salette, le 19 septembre 1846, le P. Drevon instruisit Sarachaga sur les Apôtres des Derniers Temps, et sur les besoins de son œuvre, la Communion Réparatrice. Il persuada son interlocuteur que l'écroulement qu'ils vivaient était dû au péché des hommes, qui n'ont pas honoré le Sacré-Cœur, comme l'avait demandé Marguerite-Marie Alacoque à Louis XIV. Il s'agissait de diriger la piété vers l'adoration de l'Hostie, de communier souvent et plus particulièrement les premiers vendredis de chaque mois, voués au Sacré-Cœur. Dans l'esprit du P. Drevon, la Communion Réparatrice commença à s'estomper pour laisser place à une œuvre plus grandiose. Jusqu'en 1876, le baron suivit des cours de théologie qui anéantirent ses convictions scientistes. Quand le P. Drevon mourut, le 8 mars 1880, l'œuvre était encore à l'état de projet, si bien qu'un autre jésuite crut bon de faire remarquer au baron, négligé, abîmé devant la dépouille de saint Benoît Labre : «Monsieur le baron, êtes-vous sûr de faire là ce que Dieu attend de vous ?». Quelque peu honteux de son état, Sarachaga repartit et se mit au travail. De 1883 à 1888, l'œuvre porta ses premiers fruits sous la forme d'un périodique, qui traitait de la doctrine de la dévotion au Sacré-Cœur. Le Règne de Jésus-Christ n'avait rien d'ésotérique. Dans le dernier tome (1888), la Révolution est un châtiment divin envoyé à la France pour avoir refusé de se vouer au Sacré-Cœur. Le même événement «annonce le Verseau» chez Paul Le Cour. Le baron, pendant cette période, avait rassemblé divers objets de piété (ostensoirs précieux, fers à hosties, tableaux, vêtements sacerdotaux) via des dizaines de correspondants. Ces pièces furent ensuite exposées dans le Musée Eucharistique, inauguré en 1893, et actuellement fermé. Il y avait adjoint une bibliothèque, forte de 4 à 5000 volumes, dont Jeanne Lépine (1848-1926), qui devait jouer un rôle éminent dans la construction de la doctrine de L'Ere du Verseau, eut la charge. De 1889 à 1894, ce fut L'Institut des Fastes du Sacré-Cœur, qui, comme son nom l'indiquait, racontait les miracles eucharistiques, et l'action du Sacré-Cœur dans l'Histoire : «Restituer l'Hommage solennel à rendre au Sacré-Cœur, pour célébrer ses Divines Promesses à la Chrétienté». De 1895 à 1900, Le Novissimum Organon était un exposé scientifique (par référence à l'Organon d'Aristote), «il a pour but d'enseigner la méthode par laquelle le Genre Humain accède, d'après l'ordre providentiel, à la Transformation de la Terre en Temple-Palais de l'Agneau». Ici apparurent des cours de Mathématique, d'Astronomie, de Philosophie platonicienne et aristotélicienne, traitant entre autres de la précession des équinoxes (Les Targums du Grand-Occident), sous la plume de Mme Bessonnet-Favre («Francis-André»), fille d'un hermétiste chrétien. C'était une sorte de proto-ère du Verseau qui ne portait pas ce nom, mais qui était bien reconnaissable. Dans le même périodique, le baron envisageait l'évolution de la religion chrétienne à travers les millénaires. Déjà l'abbé Jallabert (1825-1916) avait envisagé une démarche comparable en 1872. Ce sont là des textes antérieurs aux recherches des astrologues. En 1896, date qui correspondait à un renouvellement de collaborateurs au Hiéron (départ, mort de religieux, arrivée d'ésotéristes), l'œuvre fut citée non canonique, après avoir été approuvée par Léon XIII. Pour la première fois, apparut Aor-Agni, qui suscita les sarcasmes de spécialistes qualifiés (quoique les gens du Hiéron fussent hébraïsants), critiques qui n'hésitèrent pas à piller l'œuvre du baron. Aor-Agni, en termes simplifiés, est l'alliance de deux mots traitant de la Lumière, Aor, un principe «christique» et Agni, vieux radical indo-européen lié au feu actif. De 1901 à 1906, le Politicon traitait de l'Atlantide et de l'histoire du pacte conclu entre Dieu et Adam (pacte adamique), qui avait été rompu. Le but de l'association du Hiéron était de réintégrer dans sa plénitude cette alliance, avec un retour à l'arcane primitif, obstrué par la fausse science. Dans la Géodésie Politique, Francis-André, inspirée par des événements réels (crise chinoise, guerre des Boers), retraçait l'histoire des invasions et leur origine occulte. La Géodésie était un excellent prétexte pour traiter l'anthropologie du lieu étudié.
1902 et 1903 furent des années éprouvantes avec un accident et un procès intenté au Hiéron. Le baron avait rencontré une jeune dame en 1901, Eugénie Champion, qui devint son infirmière puis son épouse en novembre 1903. L'union mal assortie déchaîna le scandale à Paray, si bien que le couple dut partir a Marseille, selon Marie-France James (Evelyne Latour, L'ère de Verseau, Les contrées secrètes, Volume 12 de Politica Hermetica, 1999 - books.google.fr).
Sarachaga nous rappelait que les «Anciens regardaient la forme des œuvres de Dieu comme les symboles de son amour dont les grands signes telluriques d'Aor qu'ils vénéraient aux cimes des montagnes étaient : - La pyramide projetant sur le gneiss archéen ses cristaux évoquait pour eux l'image de la Sainte Trinité et l'Hommage à rendre au Dieu créateur. - La Barque, qui est un épanchement de bazalte plutonique, résultat d'un tremblement de terre, leur présentait l'image de la Vierge attendue devant enfanter le Messie. - La Coupe ou cratère éteint (Lac où se donnait l'enseignement sur l'Ésotérisme) était pour eux le symbole de Saint Graal qui devait donner la foi au sang et à l'eau du Messie promis. - La tête géante dite de Sphinx; lui montrait le symbole de l'Éternité, de la sagesse, de la toute-puissance du Dieu créateur et Maître de tous les génies. La science aorique avait été victime d'un complot que l'ennemi du genre humain tentait d'étouffer. «Elle était pourtant la première des Sciences, la Science des sciences et l'essence de la Religion Primitive». Les thèses étaient devenues plus inspirées par l'hermétisme que par le dogme chrétien et à l'aube du premier conflit mondial, le Hiéron cédait aux obsessions millénaristes. Sarachaga envisageait le retour du Christ pour l'an 2000 qui correspondait au 4e cycle du Saint Graal. En juin 1911, au cours d'une conférence sur les Prophètes bibliques, l'architecte lyonnais Rogatien Le Nail, collaborateur du baron, annonçait que les temps mauvais avait commencé «le jour où le Pape Pie X fit célébrer à Lourdes une messe à 6 heures...» En janvier 1917, le même Rogatien le Nail écrira au baron de Sarachaga : «Il ne me paraît pas possible que la guerre finisse avant une dizaine d'années. Et c'est à Jérusalem que sera éteinte la guerre, là seulement cesseront les combats. Mais avant que soit établie la Parousie d'Aor, tous les peuple viendront se livrer la guerre autour de Sion dans la vallée de Josaphat. Alors la vallée de Paray retentira des chants les plus triomphants, la tradition édénique sera retrouvée. Le Hiéron y aura contribué pour la plus grande part, il en aura été au moins le berceau (Evelyne Latour, L'ère de Verseau, Les contrées secrètes, Volume 12 de Politica Hermetica, 1999 - books.google.fr, lencreducoeur.wordpress.com).
Le Hiéron
Déjà, depuis des siècles, «Aurea Vallis», le «Val-d'Or» (c'est le nom du premier sanctuaire) de Paray avait grandi avec son abbaye célèbre, entourée de dix-sept monastères, pour devenir le joyau architectural que nous connaissons, merveille romane qui devait abriter symboliquement le vaisseau du Graal. Nous sommes ici dans le comté de Charolais, sur la terre des Éduens, puissante tribu de la Gaule celtique, à peu de distance de l'antique Bibracte, l'Augustodinum des Romains. «Nos ancêtres les Éduens, peuvent dire hardiment les écoliers charolais. Par-dessus la conquête de César, par-delà le règne des Burgondes, chrétiens arianisés de Germanie qui ont fondé la Bourgogne, le celtisme renoue tout naturellement le fil de la tradition avec le christianisme Lorsqu'on rapproche les symboles qui sont le vivant langage des traditions, on découvre cette filiation certaine, et en définitive, la grande unité d'une Révélation faite aux dynasties spirituelles auxquelles le Logos s'est annoncé avant son Incarnation.» (Frédérique Strava, article sur Paray-le-Monial paru dans Atlantis, no 248, p. 6). Au milieu du XIIe siècle, le sanctuaire clunisien du Val-d'Or sera placé par les moines bénédictins sous la protection de la Vierge Mère, Notre-Dame de Pareda. Entre la fondation de saint Mayeul et les apparitions du monastère des Visitandines (fondé en 1610), sept siècles s'écoulent, sept siècles de spiritualité, de vie contemplative et de «silence». La vision du Sacré-Cœur. C'est le 16 juin 1675 en effet que Marguerite-Marie, en oraison devant le Saint-Sacrement, dans la chapelle de son couvent, voit le Christ lui apparaître. «Alors, précise la moniale, me découvrant son divin Cœur, il me dit : "Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour...» Le Fils de Dieu apparut ensuite à nouveau plusieurs fois à la sainte, lui demandant d'instaurer en particulier la «communion réparatrice» en son honneur. Et de fait, la dévotion au Sacré-Cœur est intimement liée à l'eucharistie, au repas sacrificiel, à l'immolation de l'«Agneau sans tache», c'est pourquoi on peut parler, à propos de Paray-le-Monial, de sanctuaire du Graal. En outre, ce qui demeura longtemps caché, il était demandé à Marguerite-Marie de faire en sorte que le roi de France inscrivît l'emblème du Sacré-Cœur surmonté d'une croix sur les étendards et les armes royales afin de marquer par là que le «royaume des lys», «Fille aînée de l'Église», se plaçait sous la protection du Christ-Seigneur. Informé ou non de ce vœu, Louis XIV ne lui donna pas de suite mais plus tard les Chouans de Vendée, n'ayant pas oublié, frappèrent leurs drapeaux de l'emblème christique qu'ils portaient également sur la poitrine quand ils marchaient à la bataille. Le triomphe En tout cas, après un siècle de luttes, le 26 janvier 1765, un décret de Clément XIII reconnaissait le bien-fondé de la dévotion en lui donnant l'approbation de l'Église. A la fin du siècle dernier, Léon XIII, par l'encyclique «Annum sacrum» proclamait la «royauté du Christ», royauté spirituelle et temporelle, s'exprimant dans la dévotion rendue au cœur divin, tandis que Pie X, quelques années plus tard, consacrait le clergé catholique au Sacré-Cœur. Enfin Pie XI, au lendemain de la Première Guerre mondiale, consacrait le genre humain au Sacré-Cœur et instituait la fête du Christ-roi (Gautier Darcy, Jean-Michel Angebert, Michel Angebert, Histoire secrète de la Bourgogne, 1978 - books.google.fr).
Si Hugo d'Alesi n'avait pas renié ses convictions spirites, pourquoi Sarachaga et ses collègues au sein du Hiéron, présentés comme des catholiques intransigeants, ont-ils fait appel à lui ?
Une personnalité, bien connue des spiritualistes et de tout le monde artiste vient de quitter cette terre d'épreuves. Le peintre Hugo d'Alési est rentré dans la grande patrie, laissant de nombreux amis et admirateurs. Aux approches des instants de sa désincarnation il se manifesta dans deux groupes spirites. C'était comme un «au revoir» dit à ses amis à travers les espaces qui séparent notre vie restreinte des idéalités de l'au delà. Hugo d'Alési n'avait que 47 ans lorsque la mort est venue l'arracher à sa famille, à ses amis et briser dans ses mains: pinceaux, toiles et palette aux merveilleux coloris, aux lignes impeccables. [...]
Nous devons dire un mot de sa médiumnité toute singulière. Que defois nous l'avons vu tracer sur le papier d'un geste invraisemblable des portraits de personnes inconnues de lui, mais qui, Esprits, utilisaient cette faculté merveilleuse pour donnerà ceux qui les pleuraient une preuve réelle de leur existence (Nécrologie) (Psyché : revue du spiritualisme intégral, 1906 - books.google.fr).
Les théories du Hiéron
Comme Ballanche à Lyon après la Révolution mais penchant pour les idées politiques de Maistre, Alexis de Sarachaga (1840-1918), fondateur du Hieron en 1883 voulut étendre la réparation des maux de la modernité aux domaines moral, politique, social et scientifique. Catholique intransigeant, exalté même, le culte du Sacré-Cœur lui parut contenir le secret ésotérique d'un retour à une théocratie étendu jusqu'à l'ordre de la nature dont il allait modifier les lois. Le «Val d'Or éduen» de Paray, lieu prédestiné de toute éternité par la Vierge qui devait enfanter serait le point de départ de la reconquête de la vraie race française (Jean-Pierre Laurant, Le destin sacré des peuples. Race et occultisme au XIXe siècle : l'exemple de Paray-le-Monial, Politica Hermetica, n° 2, 1988 - books.google.fr).
Le courant catholique rendait la raison responsable des malheurs des temps put revendiquer la propriété d'une science sacerdotale réservée. Les arguments du type de ceux utilisés dans le débat contre Erasme et la traduction des saintes Ecritures en langue vulgaire furent repris. Le pape Grégoire XVI, inquiet des progrès des sociétés bibliques fit valoir que : «Aujourd'hui comme saint Jérôme le déplorait en son temps, on accorde au babil de la bonne femme, au radotage du vieillard décrépit, la faculté d'interpréter les Ecritures sans aucun guide...» Ainsi les débuts de l'archéologie sacrée furent-ils marqués par la prétention de «chanoines savants des cathédrales» soit à faire réserver ce domaine d'interprétation à l'Eglise, tel Augustin-Joseph Crosnier, soit à intégrer les «sciences occultes» dans leur corpus de connaissances comme le fit Mgr Devoucoux (1804-1870) en étudiant la cathédrale d'Autun. Avec le Hieron de Paray-le-Monial fonde par le baron de Sarachaga (1840-1918) dont nous avons déjà parlé dans cette revue, l'ensemble des sciences sécularisées était à rejeter et les bases d'un savoir authentiquement chrétien étaient conservées dans le secret de son Institut des Fastes Eucharistiques. La recommandation de Matthieu 7,6 de ne pas donner aux chiens ce qui est sacré, et de ne pas jeter les perles devant les porcs… pouvait ainsi être appliquée dans des sens diamétralement opposés à partir de la même conception de la transmission (Jean-Pierre Laurant, Du secret ésotérique, Secret, initiations et sociétés modernes, Politica hermetica N° 5, 1991 - books.google.fr).
L'essentiel de l'argumentation est pris dans le traditionalisme catholique du début du siècle, dans la conception des symboles véhicules d'une présence spirituelle réelle et signes d'orthodoxie tels que J.B. Pitra présente l'Ichthus, le poisson symbolique anagramme du Christ, a la fois reconnaissance entre les premiers chrétiens et héritage de la révélation primordiale à travers les figures de Dagon ou de l'Oannes babylonien, véritable symbole palingénésique que l'on retrouve a Marseille dans la forme allusive de certains mégalithes comme le dolmen de la Sainte Baume aussi bien que dans l'inscription funéraire d'Autun. Les roches cambriennes et le déluge, toujours selon A. de S. cachaient les traces du paradis terrestre que la présence du chrisme et de l'Ichthus invitent à rechercher a cet endroit : véritable archéologie sacrée préalable à l'établissement du temple delphinal de Massilia lui-même signe de la restauration de toutes choses. L'argumentation devait rencontrer les recherches faites autour d'Autun par les chanoines savants de la cathédrale, depuis E. Thomas au XVIIe siècle au vicaire général Devoucoux en passant par J.B. Pitra, traducteur de l'inscription d'Abercius. Devoucoux penchait pour la continuité, dans l'implantation des lieux sacres, des secrets de construction depuis la ville gréco-romaine sous la garde de l'antique mon Beuvray aux églises chrétiennes. La bonne kabbale s'était maintenue autour d'Autun de façon assez mystérieuse. P. Le Cour, intrigué par la permanence de cette école d'interprétation dans la ville, pressa Mlle Lépine de questions dans ses lettres et partit, sans succès, à la recherche d'un certain "Mathema" qui aurait été dépositaire des secrets.
Sarachaga put recevoir le renfort d'autres isolés comme Emile Soldi qui publia entre 1897 et 1909 les résultats de plusieurs missions scientifiques, commandées par le ministère de l'Instruction publique, sous le titre de La langue sacrée. Le but de l'entreprise était de dévoiler le secret des signes magiques, des symboles géométriques les plus simples qui constituent la clef du langage universel. Soldi avait étudié les hiéroglyphes en Égypte et confrontait leur sens aux symboles géométriques de la coiffe de Pont-L'Abbé en Bretagne; jusqu'à la Renaissance la langue sacrée avait été partout comprise conformément à la tradition antérieure à la dispersion des peuples issus de Noé. L'unité du symbolisme contredisait pour lui les thèses officielles de la diversité des races et il laissa paraître sa colère dans l'introduction contre M. Gumplowicz de l'université de Gratz qui avait publié une Lutte des races : «Dix-huit siècles après "aimez-vous les uns les autres" !» Sa démonstration associait les occultistes contemporains aux initiés du passé et il se référa en 1900 en particulier au Politicon et au Novissimum Organum de Sarachaga et à ses collaborateurs, F. de Rosnay et Francis André. La race japhétique, passée à Lucifer, assiégeait les derniers témoins de la vérité; tel Vercingétorix cerné dans Alésia, cet autre nom de l'initiatique Eleusis, par les légions infernales, le fondateur du Val d'Or éduen a vécu les lois laïques, l'expulsion des congrégations et la séparation de l'Église et de l'État. Il savait le rejet inévitable de ses idées, l'échec de son action et le sacrifice de sa vie. Le «récitant» du Pam-Epopeïon, Spiridion de Mazargues, en avait conscience qui faisait appel au témoignage des pierres après le reniement général : «Lapides clamabunt» et l'anneau, symbole de sa mission qui lui fut remis par ses maîtres mystérieux sur un paquebot, tomba à l'eau lorsqu'il regagna sa chaloupe. L'initié chrétien, contre tout et contre tous, savait le chemin de l'universalité du salut et de la réconciliation finale des races humaines. Les sciences modernes, malgré elles, n'avaient jamais ajouté qu'un chapitre à l'histoire commune de la chute : on n'est jamais trahi que par les siens.
Le complot éternel ; Dans le monde méditerranéen, elle se maintint jusqu'au règne de Salomon et à la guerre de Troie dans les deux branches sémitique et celto-éduenne dont l'histoire fut commune jusqu'à la victoire générale de la subversion. S. donne à ce centre le titre de : «trust celto-éduen de Gomer». Le silence sur la continuité de la gnose adamique tenait soit à l'évidence des règles admises et, le plus souvent, non écrites soit à la prudence des sages des âges post-diluviens face à la montée de l'incompréhension universelle. Ce consensus explique le fonctionnement relativement harmonieux et respectueux de l'indépendance des cités dans la Grèce des amphyctionies et l'accueil fait aux Grecs fondateurs de Marseille par les Gaulois dépendants du centre spirituel du Val d'Or éduen; ce même centre devait communiquer à Pithéas les secrets celto-ligures de la navigation destinés à donner aux races grecques la domination des mers. [...] Phocée, nous dit S., signifie : Lumière incréée, symbole de ce feu lumière, «Aor-Agni» que l'on retrouve dans toutes les traditions et pour lequel se passionna P. Le Cour. [...]
La révolte permanente est le fait d'une race maudite, caste vouée au mal dont l'action subversive agit à l'intérieur de chaque peuple provoquant les déséquilibres qui sont le vrai moteur de l'histoire; contre-savoir, mauvaise kabbale qui, elle aussi, se formule dans le secret comme science occulte et possède de nombreux traits de ce que Guénon a appelé contre-initiation. A la fois symbole vivant et signe de reconnaissance, la racine linguistique Rotsch désigne l'esprit de révolte. Les Rothschild juifs dont les ancêtres ont voulu utiliser Moïse pour un projet de domination universelle tout comme les Ricci ligures, les Richard ou Riquier gallo-celtes, les Zaratch-Ag basques (Saragosse), les Al Ratschild arabes. Leur contre-savoir, père des sciences modernes, est désigné par l'expression de «kabbale jébuzéenne», du nom de ce peuple qui occupait indûment Jérusalem, la ville de David, dont ils furent expulsés par ce dernier. Mais dans l'ensemble la mauvaise kabbale l'emporta sur les bonnes sciences occultes : la kabbale éduenne, faussant puis éliminant les traditions séthiques. Rabbi Azchias fut le dernier représentant chez les Juifs de la tradition celto-druidique adamique comme disparurent par la suite dans l'Occident chrétien les écoles orthodoxes du Palais à Byzance et à Aix-la-Chapelle. A Marseille apres la lutte des Pheniciens contre les Grecs, César renversa finalement l'ordre traditionnel, dilapidant l'or des sanctuaires pour acheter la conscience des tribus gauloises au profit d'un «simulacre d'ordre divin universel» puis massacra les Druides (Jean Pierre Laurant, Le destin sacré des peuples. Race et occultisme au XIXe siècle : l'exemple du Hiéron de Paray-le-Monial, Maçonnerie et antimaçonnisme: de l'énigme à la dénonciation, Tome 4 de Politica Hermetica, 1990 - books.google.fr).
Les précurseurs : les Eduens et Autun
Jean Sébastien Adolphe Devoucoux, ou abbé Devoucoux, ou Monseigneur Devoucoux (ses écrits sont signés Jean, évêque d'Évreux), né le 18 mars 1804 à Lyon et mort le 2 mai 1870 à Évreux, est un homme d'Église français, archéologue et historien. Né de Lazare Devoucoux, fonctionnaire des impôts et de Marie-Anne Caudrian, il fit ses études au collège royal de Lyon puis au petit séminaire d'Autun (actuel lycée militaire d'Autun). Le 24 août 1829, il est ordonné prêtre et devient le secrétaire particulier de Bénigne-Urbain-Jean-Marie du Trousset d'Héricourt (1797-1851), évêque d'Autun. Ce dernier, féru de symbolisme et de patrimoine religieux, lui donne le virus de l'histoire et de l'ésotérisme. En 1836, il participe à la création de la Société éduenne, dont il sera longtemps le secrétaire général. Le 23 mai 1837, alors chanoine, c'est par son entremise que fut redécouvert le portail de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun, plâtré en 1766. En 1839, il accompagne à Oxford, pour des recherches, le cardinal Jean Baptiste François Pitra qui restera toujours son ami. En 1841, il passe de vicaire à vicaire général d'Autun. En 1846, on lui doit le sauvetage du livre de l'historien d'Autun Edme Thomas qui contient des données d'archéologie traditionnelle sur les monuments d'Autun. Le 14 février 1855, il devient président de la société éduenne. Le 16 mai 1858, il est évêque d'Évreux. En 1859, il est membre de la société française d'archéologie et président de la société libre de l'Eure. Homme de dialogue, gallican très modéré, il a toujours été un partisan d'une Église unie ainsi qu'un bonapartiste convaincu. Il est un participant zélé du concile provincial de Lyon en 1850. En 1865, il fulmine contre l'interdiction de publication de l'encyclique Quanta Cura faite à l'épiscopat français. Il fut le porte-parole de l'église gallicane au premier concile œcuménique du Vatican, et eut peu de temps pour commenter la décision sur l'infaillibilité de l'Église. Déjà fort malade durant le concile, il meurt le 2 mai 1870 (fr.wikipedia.org - Jean-Sébastien Devoucoux).
Edme Thomas, né le 9 février 1591 à Dijon, mort le 28 octobre 1660 à Autun, est un homme d'Église et historien français. Faisant partie de la noblesse de robe, il est né de Jacques Thomas, seigneur de Varennes-sur-le-Doubs, et de Jeanne Chasot. On ne sait rien de sa jeunesse et de ses études. En 1629, il est doyen de la Chapelle-au-Riche de Dijon, ce qui lui assure de confortables revenus. En 1638, il devient chanoine de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun ainsi qu'Official et grand chantre. Il est considéré comme le premier historien sérieux d'Autun. Son Histoire de l'antique cité d'Autun, Lyon, G. Barbier, 1660, dont l'impression fut interrompue par le décès d'Edmé Thomas, fut oublié, jusqu'à ce que la Société éduenne en rassemble les reliquats (104 pages imprimées, le reste ayant été recopié à la main à partir du manuscrit de l'auteur) revues et augmentées sous le titre Histoire de l'antique cité d'Autun et Études d'archéologie traditionnelle par Mgr Devoucoux imprimé par Fr. Dejussieu libraire et imprimeur en 1846 (fr.wikipedia.org - Edme Thomas).
Eh bien ! le voici tout entier découvert depuis peu, soit à Paray-le-Monial, son centre originel d'exploitation droiturière druidique, c'est-à-dire de Tradition et de Maistrance religieuse Adamique; soit à Paris, son nœud principal d'action après Rome et son foyer de vrai rendement Eduen, c'est-à-dire de loyauté et de franchises civiles, et de grandes Maîtrises Politique et Diplomatique issues de la fidélité au Pacte de la Genèse Edénique. Et c'est là tout le Symbolisme Eduen.
Lui seul donne l'énigme de ses propres Arcanes d'Initiation qu'aucun autre Temple Majeur ne sut garder à la hauteur de l'Idéal du Gouvernement, selon les Lois suprêmes finales telles que Dieu en révéla les secrets dès l'Eden, pour tous les Temps et pour tous les Espaces. Comme ces mêmes secrets sont du reste ceux que la Genèse Mosaïque nous oblige en bons catholiques à croire et à professer jusqu'à la mort, il n'est nullement difficile pour nous, chrétiens, d'en apprécier l'étendue et la valeur dès le moment où l'on nous montre les objets sacrés concernant ces secrets, les meilleurs du Symbolisme Druidico-Eduen, tels que les fouilles préhistoriques viennent de les découvrir. Quatre secrets versant sur les quatre promesses primordiales de l'Eden, quatre échelons donnant accès aux conditions vitales du Pacte Adamique, quatre formules graphiques ou signes emblématiques à deviner, représentant le Soleil, la Lune, le Serpent et la Coupe Edénique, et vous êtes en pleine possession des quatre Lois suprêmes finales. Vous entrevoyez dès lors la Puissance Suprême de tout bon Gouvernement, à condition toutefois de prêter foi et hommage aux symboles de l'Isis, la Vierge devant enfanter, et d'Aor, la Lumière suprême du Palaos Logos sous un cinquième signe, celui de la Pomme Edénique. S'adapter à la fonction de ces quatre Voies, leur ouvrir une route large et aussi ample que possible, y faire précipiter l'Onction et les Grâces des Eaux jaillissantes de l'EMPYRÉE, les contenir, les maîtriser en un mot pour qu'elles fécondent les terres, les Corps et les Ames, les Sociétés, les Etats et les Empires, à leur insu, même contre leur propre gré, voilà l'accession au Domaine Eduen et le seul sacro saint régime universel que le Catholicisme et l'Eglise de Dieu ont de tout temps reconnu et bénit, partout où il a su faire jaillir de telles Eaux et de telles Faveurs. C'est toute l'orthodoxie de l'Eglise primitive, de la Cité de Dieu d'avant le Déluge, et que les Antiques Sages nommaient le Palaos Logos. Voilà ce que nous révèle à nouveau le Symbolisme Eduen.
Retenons bien la chose, elle est capitale. Par le Symbolisme Edénique elle va éclater tout entière, lumineuse, vitale, toute-puissante, de tout ce qu'on va voir et lire dans les lignes de l'Exposition Mondiale de 1900 (Jean Lépine-Authelain, Guide rapide au Val d'Or Eduen: première série sur Paray, Le Hieron et l'exposition de Paris 1900, 1900 - books.google.fr).
A la suite des temps, et pour perpétuer ce grand événement de l'apparition de l'homme sur la terre, sur le lieu même où Dieu le déposa, on fonda ALÉSIA, cette reine de l'Occident, et BIBRACTE, la sainte cité dans la région d'ABALLO, la région des Pommiers. Nom primitif d'AVALLON, la cité des Pommiers. EDEN est un mot celte dont les Latins ont fait Eno, je produis. EDEN signifie le pays de l'homme. Moïse nous fait entendre que c'était un lieu de délices, abondant en productions utiles à la vie. Produxitque Deus de hoc humo omne lignum pulchrum et ad vescendum suave. Paroles qui, jointes au sens du mot Eno, déterminent la véritable signification du mot EDEN; d'où vient le nom primitif EDUEN, le pays qui a produit l'homme. Quant au grand fleuve qui entoure le pays de Chus, et qui se divise en quatre branches, qui arrosaient l'Eden, les noms que Moïse leur donne sont évidemment celtiques : PHISON, le fleuve Isis ou du feu; GÉHON, l'eau salubre; HIDDEKEL OU KIDEKEL, la forêt brûlée; LE PHRAT, le fret, le passage, la traversée. Tous les rapports semblent se rencontrer dans la Celtique pour y placer les quatre fleuves du Paradis terrestre. La Loire et la Seine entourent la Celtique, le Doubs roule des flots d'or, le Rhône coule du côté de l'Orient.
ADAM signifie le premier possesseur de la terre. En langue flamande, qui est un reste de l'idiome celtique, ce mot signifie l'être vivant par excellence, l'homme. En Belgique, le mot ADEM signifie souffle, respiration, vie. CAÏN signifie enfant. Interprété dans un autre sens, il signifie pervers, meurtrier. ABEL signifie le premier frappé ou la première victime de la mort (Jean Baptiste Bouché, Voyage en Bourgogne : suivi de mélanges littéraires, 1845 - books.google.fr).
Jean-Baptiste Bouché, né à Cluny en 1815, est très représentatif des innombrables érudits qui, au cœur du XIXe siècle, souvent travaillés par une celtomanie quasi mystique, sillonnent les chemins, grimpent sur les clochers, descendent dans les gouffres, s'émerveillent avec ponctualité des lueurs de l'aube et des ombres du crépuscule, tout en recensant les moindres taupinières de la France pittoresque. Emphatique et attendrissant dans ses enthousiasmes, il aime jusqu'à l'idolâtrie sa ville de Cluny et les restes de sa splendeur. Et puis il y a cette stupéfiante rêverie sur l'avenir radieux de Chalon-sur-Saône, «point de départ pour toutes les routes terrestres, liquides et métalliques du continent», qui s'élève comme une bulle de savon irisée, vers un paradis saint-simonien des canaux et des chemins de fer... Du soir au matin, du matin au soir, Auxerre, Avallon, Autun... (Véronique Bedin, Julien Feydy, La Bourgogne dans les beaux textes, petite anthologie historique et littéraire, 2008 - books.google.fr).
La même année, alors que paraît la seconde édition de l'ouvrage de Lorain, un autre natif de Cluny, Jean-Baptiste Bouché, publie un Voyage en Bourgogne qui fait la part belle à la ville abbatiale. Bouché, né en 1815, réside alors à Paris, où il a commencé une œuvre pamphlétaire et satyrique marquée par un catholicisme populaire, gallican et violemment opposé aux jésuites et aux ultramontains, qui prône un retour aux valeurs morales ancrées dans les mœurs paysannes et voit les origines de toute civilisation chez les Celtes, dont les Bourguignons seraient les descendants naturels. L'auteur, dont l'œuvre s'échelonne entre 1844 et 1856, se nomme lui-même J.-B. Bouché de Cluny, ce qui lui permet de souligner la distance à l'égard de Paris, où il travaille, et de s'inscrire dans le sillage des moines de l'Ancien Régime. Selon lui, l'avenir de la société ne peut se construire qu'en retournant toujours vers son point de départ, celui de la civilisation, Dieu, et celui de tout homme, sa terre natale. Se dissociant des «Voyages littéraires et romantiques» qui connaissent alors un franc succès, le Voyage en Bourgogne de Bouché est un retour aux sources, celles de sa propre enfance, des valeurs honnêtes de la vie rurale, du travail et de la foi simple du peuple. L'ouvrage commence ainsi : «J'étais las du tumulte de la capitale, las de n'avoir sous les yeux que des pierres harmoniquement taillées et des productions humaines, las surtout de l'épais brouillard politique, et de la lèpre morale qui enveloppe, ronge et empoisonne la cité géante brouillard politique, et de la lèpre morale qui enveloppe, ronge et empoisonne la cité géante. Je quittai Paris le 25 juin 1840, pour visiter ma mère, ma terre natale, le beau ciel de la vineuse Bourgogne, le pays de mes aïeux et les lieux tous remplis des impressions rêveuses de ma capricieuse jeunesse. Cluny, si riche en souvenirs historiques, c'est vers toi que je dirigeais mes pas.»
De ce retour aux sources naît une leçon de morale offerte en vue d'une régénération sociale. Le Voyage conduit le lecteur de Paris à Cluny au gré de visites historiques, monumentales, paysagères et de longues digressions suggérées par les lieux visités. Le premier chapitre nous mène de Paris à Autun, en passant par Sens et Auxerre dont les principales richesses historiques sont louées. Autun et le territoire des Éduens sont présentés comme la matrice de l'Humanité. De là s'engage une longue méditation sur les origines de la civilisation, qui fait l'objet des chapitres 2 et 3. S'appuyant sur l'Ancien Testament, la mythologie grecque, les historiens de l'Antiquité et quelques-uns de leurs commentateurs modernes, Bouché soutient l'idée selon laquelle toute la civilisation humaine est partie du territoire des Éduens pour conquérir l'Europe, l'Asie jusqu'à l'Inde et la Chine (Didier Méhu, Cluny dans l’historiographie française de la première moitié du XIXe siècle. Cluny après Cluny, 2013 - books.openedition.org).
La Celtibérie, cet ancien séjour des Hébreux, fut aussi le berceau des premiers hommes antérieurs au déluge; & qu'en un mot, c'est-là que l'Ecriture nous montre la place du Paradis terrestre. Je sens bien que j'aurai ici à combattre le scrupule de ceux qui, sur je ne fais quelles traditions vulgaires, placent le jardin d'Eden ou Paradis terrestre en Asie, sans y être autorisés par aucun passage de l'Ecriture. Pour commencer à détruire leur préoccupation à cet égard, je les prie d'observer que Moyse ne dit nulle part que le berceau du premier homme ait été en Asie. Au contraire, tout ce qu'il écrit au sujet de ce jardin mystérieux, concourt à prouver que le berceau de l'homme fut dans la Celtique, en comprenant fous ce nom l'étendue la plus antique, c'est-à-dire, en y comprenant les Pyrénées & toute l'Espagne jusqu'au Cap de Finistere, autrefois nommé Promontoire Celtique, parceque la contrée des Celtes s'étendoit alors jusques-là, & que l'Hespérie étoit comprise dans les Gaules.
En effet, le mot même éden est un mot Celte d'où les Latins ont fait le verbe EDO, je produis; & ce mot éden signifie, comme l'on fait, & comme Moyse le fait entendre, un lieu de délices & abondant en productions utiles à la vie. Produxitque Deus de hac humo omne lignum pulchrum & ad vescendum suave. Paroles qui, jointes au sens du mot edo, déterminent la véritable signification du mot éden. De-là les Eduins des Gaules; Edénates, ancien Peuple de la Gaule Narbonnoise; Edenbourg, Ville d'Ecosse; Edam, Ville de Hollande; Eden-heim, Ville d'Allemagne; toutes dénominations qui, selon les plus habiles Géographes, indiquent la richesse, la fertilité & l'abondance; mais ce qui est encore plus remarquable, je trouve Edulius, ancienne montagne d'Aragon; Edétania, autre Ville d'Aragon; & enfin Edania, très ancien Bourg de Portugal, selon Vaseus (Louis Poinsinet de Sivry, Origine des premières sociétés, des peuples, des sciences, des arts et des idiomes anciens et modernes, Tome 1, 1769 - books.google.fr).
Louis Poinsinet de Sivry dit «l'Aîné» est un linguiste, philologue, littérateur et dramaturge français né le 20 février 1733 à Versailles, ondoyé le lendemain en l’église Notre-Dame, et mort le 11 mars 1804 à Paris.
Il est le fils de Pierre Poinsinet (1676-1744), écuyer, ancien premier valet de garde-robe de feu S.A.R. Monseigneur le duc d’Orléans, le Régent, puis huissier du cabinet du duc Louis d’Orléans. Sa mère, Victoire-Madeleine Chapart, est femme de chambre du duc de Chartres, le fils du duc d’Orléans. La famille Poinsinet, originaire de Saint-Martin d’Ablois, en Champagne (Auj. Marne), est attachée à la Maison d’Orléans.
Orphelin de père à l’âge de onze ans, Louis fait ses études au pensionnat de Picpus puis au collège de la Marche. Protégé du duc d’Orléans comme son père, il obtient une charge d’officier de la Chambre et devient très tôt pensionnaire de S.A.S. Dès 1754, il se fait connaître par un recueil de poésies érotiques, Les Egléides, et, encouragé par ce succès, décide de se consacrer entièrement à la littérature. Il continue à cultiver la poésie et compose des pièces pour le théâtre. Sa récente notoriété lui ouvre les portes de la Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy où il est «connu par plusieurs ouvrages de littérature et auteur d’une tragédie qui va être jouée à Paris». Proposé par Thibault de Montbois, directeur, il est élu associé étranger le 5 octobre 1758 et envoie son discours de réception, consacré à un parallèle entre les Anciens et les Modernes, qui est lu le 11 janvier 1759 par le Père de Menoux. C’est à Nancy, chez Pierre Antoine, que paraît en 1758 ses traductions en vers français d’Anacréon, Sapho, Moschus, Bion, Tyrthée, etc.
Opposant aux philosophes, il présente ses observations et critiques de la société contemporaine dans une satire anonyme, La Berlue (1759), suivie d’une nouvelle édition en 1760, La Berlue ou Nouvelles découvertes sur l’optique, dont une traduction allemande parait à Bayreuth en 1767. Une nouvelle critique des philosophes, Les philosophes de bois, paraît en 1760 sous le pseudonyme de Cadet de Beaupré, «Ingénieur et machiniste». Cette comédie en un acte est à rapprocher d’une autre pièce satirique, Par privilège du Roy, l’esprit d’Orphée, machine nouvelle et surprenante, ou le Concert nouveau composé de voix & instrumens de musique, publiée sans date, à nouveau sous le nom de Cadet de Beaupré, «Membre de plusieurs troupes, & directeur des Comédiens Artificiels [i.e. les marionnettes] de Passy».
Sa tragédie Briséis ou la Colère d’Achille, jouée sur la scène de la Comédie-Française en 1759, dont le succès est de courte durée. Remontée en 1767, elle est à nouveau jouée à l’Odéon sous le Directoire et reste au répertoire jusqu’en 1805.
Poinsinet de Sivry prend le parti de la Révolution (www.academie-stanislas.org).
Dans son Origine des premières sociétés, des peuples, des sciences, des arts et des idiomes anciens et modernes, il prétend que toutes les langues parlées depuis la fin du Déluge proviennent d'une mystérieuse langue celtique ancienne, monosyllabique, y compris l'hébreu, «un des plus anciens dialectes celtiques». Selon lui, le celte fut jadis universellement parlé. Il multiplie dans son ouvrage les étymologies les plus hasardeuses. Il a l'idée de comparer les noms de nombre en «siamois» (thaï) à ceux d'autres langues, mais sans en tirer une méthode éclairante. De même, il recourt aux toponymes et noms de peuple d'une manière assez fantaisiste. Il était toutefois d'une grande érudition et avait lu beaucoup d'auteurs grecs et latins de l'Antiquité. Sa vision d'une humanité primitive, «urienne», sortant d'immenses forêts et vivant essentiellement de cueillette n'est pas si fausse. L'auteur imagine aussi des conquérants incendiaires d'Europe occidentale se répandant dans le monde entier. (fr.wikipedia.org - Louis Poinsinet de Sivry).
On tire quelques mentions d'Autun dans L'Origine... de Poinsinet :
Dumn'orix, frere de Divitiacus ou d'Auriac, & qui étoit, comme lui, l'un des principaux Seigneurs d'Autun; c'est Domnison. Domni est rendu par dumn'; & son, qui signifie fils, est rendu, selon l'usage, par orix, abrégé, d'oriundus; car ce nom propre signifie fils de Seigneur, ou né d'extraction noble (491)
Divitiacus dont parlent César & Cicéron, & qui tenoit le premier rang parmi la noblesse d'Autun, c'est Auriac. La désinance ac est traduite par acus, & auri par diviti, la richesse & l'or étant synonymes. (468)
Romains reconnoissoient-ils une affinité & consanguinité toute pareille entre eux & les habitans d'Autun & de l'Auvergne (158)
Car il fut reconnu par les Décrets du Peuple & du Sénat Romain, que les habitans d'Autun étoient alliés d'origine avec ceux de Rome; & nous avons prouvé plus haut que Rome, ainsi que les plus anciennes Villes d'Italie, étoient d'anciennes fondations celtiques. Si donc les Phrygiens font reconnus par les Auteurs pour une Colonie des Briges d'Europe, qui font les Celtes, on comprendra facilement par quelle raison & comment les habitans de Rome se trouvoient également alliés d'origine avec les uns & avec les autres : contradictions, ou plutôt obscurités apparentes, dont nul Ecrivain jusqu'ici n'avoit pu donner la solution (185)
L'Empereur Claude s'avisa le premier de donner à ceux d'Autun le droit de bourgeoisie romaine (598) (Louis Poinsinet de Sivry, Origine des premières sociétés, des peuples, des sciences, des arts et des idiomes anciens et modernes, Tome 1, 1769 - books.google.fr).
L'apparition du titre du roman de Poinsinet, Le Phasma, ne sera que la fille bien vivante de Néoclès, fils de Thémistocle, le vainqueur des Perses, qui se mariera avec Arons, fils du roi d'Etrurie Porsenna (Louis Poinsinet de Sivry, Le Phasma, 1772 - books.google.fr, Journal encyclopédique, Volume 143, 1773 - books.google.fr).
L'effrayant orage qui devait fondre sur la Grèce ne tarda pas à éclater et å vérifier la prévoyance de Thémistocle. Les préparatifs commencés par Darius étaient achevés; Xercés venait de subjuguer l'Égypte, dont il avait confié le gouvernement à son frère Achéménès: cet orgueilleux roi, défendant qu'on lui achetât dorénavant des figues de l'Attique, disait qu'il les cueillerait bientôt lui-même dans Athènes. Mardonius, dont les fautes n'avaient pas éclairé la vanité, flattait les passions de Xercès qui, malgré les sages avis d'Artabaze, son oncle, se décida à exécuter les projets de son ambition. On prétend qu'il y fut déterminé principalement par l'apparition répétée d'un fantôme qui le poussait à la guerre; c'était probablement le rêve de l'orgueil (Louis-Philippe de Ségur, Histoire ancienne, 1853 - books.google.fr).
La règle de l'apparition des fantômes repose sur un trouble de l'espace familier, voire domestique, et la démarche du fantôme a pour but d'obtenir des vivants une intervention pour rétablir la justice, appeler à la vengeance ou réclamer la pitié. Mais les apparitions sont diverses et ne se limitent pas à la sphère domestique. En lien avec les prodiges, on remarque la mention de visions d'hommes armés, évidemment en contexte guerrier, comme chez Plutarque (Thémistocle, 19), au début de la bataille de Salamine. Le sens des apparitions uniques, domestiques, est différent de celui des visions collectives. Les apparitions de fantômes en nombre sont considérées comme des avertissements divins, puisqu'elles annoncent une guerre, un conflit, ou la mort d'un grand homme : Cicéron, dans Catilina (III, 8), rapporte que des fantômes apparurent avant la conspiration de Catilina, comme une mise en garde. Plutarque (Dion, 61) raconte qu'avant son assassinat à Syracuse, Dion vit un effrayant fantôme. Pompée fuyant l'Italie voit apparaître le fantôme de sa femme, selon Lucain (Pharsale, I, 3). Brutus, avant la bataille de Philippes à l'issue de laquelle il se suicidera, voit un monstrueux fantôme, selon Plutarque (Brutus, 41, 56) (Claire Béchec, La vie surnaturelle dans le monde gréco-romain, 2013 - books.google.fr).
Les trois portes
Comme les deux fresques d'Egypte et de la reine de Saba présentent chacune sa porte, le dolmen semble en être une aussi.
Fresque gomerienne

Fresque de Gomer - Musée du Hiéron - www.musee-hieron.fr
Le dolmen
Ici est une autre anomalie lorsque l'on compare cette représentation à la réalité. Le modèle du dolmen abritant le squelette n'est en effet pas situé sur, ou autour, de l'éperon de Solutré. Il s'agit du dolmen de Chevresse, voisin de Saint-Brisson !
N'y avait-il pas là comme une sorte de rébus ? Sarachaga avait parcouru les roches et les forêts du vaste territoire entourant Paray-le-Monial. Il était convaincu qu'il y avait été fait, avant que n'advienne le Déluge, un dépôt d'une science adamique. Avait-il fini par découvrir quelque chose ? Avait-il lui aussi voulu permettre à quelques-uns de retrouver le sentier perdu ? Cet itinéraire occulte qui conduisait en d'anciennes vallées secrètes de Gaule où la Grande Déesse avait jadis été vénérée. Ces vallées perdues où, pour certains, il existait encore de millénaires dépôts sacrés que les héritiers de la Tradition étaient appelés à redécouvrir (Christian Doumergue, Voyage dans la France magique, 2019 - books.google.fr).
Sur cette vue ancienne, la salle apparaît telle qu'elle avait été conçue par ceux qui élevèrent ce curieux temple ésotérique. Au pied de la fresque représentant le passage de la Tradition en Égypte, repose une authentique momie égyptienne dans son sarcophage. Elle a aujourd'hui été déplacée, ce qui retire à la salle une certaine «atmosphère» (Christian Doumergue, Voyage dans la France magique, 2019 - books.google.fr).
Dolmen Chevresse. Un rocher assez remarquable existe dans la coupe n° 2; il est appelé le dolmen ou fort Chevresse, autrefois dolmen des Chevrettes; d'après certains historiens ce serait une de ces constructions primitives qu'élevaient en l'honneur des dieux les populations encore sauvages, mais perdues au milieu d'une contrée peu accessible; depuis quelques années plusieurs plaques indicatrices dues à la générosité du Touring-Club de France ont été placées et permettent aux touristes d'arriver facilement et sans conducteur à ce monument en prenant les grandes lignes créées par le propriétaire actuel. Ce rocher forme une grotte artificielle en tout semblable à des dolmens que l'on rencontre quelquefois dans le Périgord et souvent dans la Bretagne, deux énormes blocs écrasés par le temps forment ses deux parois latérales, une pierre verticale la paroi du fond et une large table de forme à peu près triangulaire, servant de couverture, a une épaisseur à la base de 0 m. 90 cm., une longueur de 7 mètres et une largeur de 6 mètres; sous le simple effort d'un homme, cette énorme masse oscille régulièrement sans aucun déplacement, dix à douze personnes peuvent tenir aisément dans la caverne formée par cet amoncellement de rochers. Au Hiéron de Paray-le-Monial se trouve un fac-simile de ce dolmen comme étant un monument symbolique, il se trouve au-dessous d'une fresque représentant Gomer, chef celte, devant les roches de Solutré, présidant à l'émigration de son peuple. Au bas de ce fac-simile se trouve cette mention : «Dolmen des Chevrettes, canton de Lormes (Morvan), en forme de poisson, l'hictus de la stèle d'Autun et des catacombes romaines, dit aussi l'Oannès (en Perse et en Chaldée). Les vraies pierres à serment du Val d'Or Eduen comportent effectivement, depuis l'ère de Gomer, ce symbole eucharistique, magistral et ésotérique.»
C'est une erreur, le dolmen est situé canton de Montsauche, mais à la limite de celui de Lormes (Revue des eaux et forêts, Volume 50, 1911 - books.google.fr).
Les esprits et les chèvres
Je continue à tirer du livre de l'abbé Poussin, des preuves de l'évocation des Esprits chez les anciens.
"Ce qu'il y a de plus surprenant, dit-il, c'est que le spiritisme s'exerçait chez les païens par les mêmes moyens que le spiritisme du 19e siècle, et entre autres par celui des tables tournantes. «S'il est donné à des magiciens de faire apparaître des fantômes, dit Tertullien, d'évoquer les âmes des morts; de pouvoir forcer la bouche des enfants à rendre des oracles; si ces charlatans contrefont un grand nombre de miracles; s'ils envoient des songes; s'ils font des conjurations; s'ils ont à leurs ordres des Esprits messagers et des démons par la vertu desquels les chèvres et les tables qui prophétisent sont un fait vulgaire, avec quel redoublement de zèle, ces Esprits puissants ne s'efforcent-ils pas de faire pour leur propre compte ce qu'ils font pour le service d'autrui.» (Tertullien, Apologétique, 23)". (Albert Wahu, Le spiritisme dans l'Antiquité et dans les temps modernes, Tome 1, 1885 - books.google.fr).
Dans les croyances populaires de la Norvège le messager de la mort est parfois représenté comme une chèvre à trois pattes, ou comme un cheval à trois pieds blancs. L'apercevoir est un signe certain de mort. Quand quelqu'un a échappé à une dangereuse maladie, on dit qu'il a donné à la mort un boisseau d'avoine, car Hel a des besoins qui doivent être satisfaits, et lorsqu'elle erre sous la forme d'une chèvre ou d'un cheval, elle peut accepter de l'avoine comme un compromis (Rasmus Björn Anderson, Mythologie scandinave : légendes des Eddas, traduit par Jules Leclerc, 1886 - books.google.fr).
Gomer chez Poinsinet
Telle fut la postérité de Japhet, c'est-à-dire, telles furent les différentes especes d'hommes qui se répandirent sur la terre après le déluge, à la tête desquels Joseph met Gomer, ce Patriarche des Gomérites, Ombres & Cimmériens; sur quoi il faut se rappeller que les Celtes font reconnus par les Auteurs pour les plus anciens peuples Cimmériens. Gomer, souche de ces premiers Cimmériens, eut trois fils, savoir, Askhenases qui signifie incendié, & qui fut pere des Celtes; Riphat qui veut dire Boréen, & qui fut pere des Peuples Riphées, c'est-à-dire, des habitans des Alpes & des Pyrénées, & Togarma qui désigne les Astyriens, Erithéens & Sidoniens Celtiberes. Ce mot Togarma venant du mot Slawon, togar qui signifie à la fois marchandise & association. Ainsi togar-ma signifie la grande asciation des Peuples commerçans, la désinance ma étant une particule augmentative (Louis Poinsinet de Sivry, Origine des premières sociétés, des peuples, des sciences, des arts et des idiomes anciens et modernes, 1769 - books.google.fr).
La roche de Solutré
Solutré est un village situé près de Pouilly et à 9 kilomètres de Mâcon, où des gisements archéologiques extrêmement intéressants ont été découverts, en 1866, par MM. Arcelin et de Ferry. Les fouilles, un moment interrompues par la mort de ce dernier savant, ont été reprises depuis par MM. de Fréminville et l'abbé Ducrost. [...] Outre les chevaux et les rennes, on trouve à Solutré des débris l'éléphant (primigenius), le bœuf, l'aurochs, l'antilope saïga, etc. d'un grand nombre d'animaux, tels que l'ours, le tigre des cavernes, D'après sa forme et son industrie, cette station semble être antérieure à celle des Eyzies, et remonter à la fin des temps quaternaires (Gazette médicale de Paris, Volume 44, Numéros 1 à 52, 1873 - books.google.fr).
C'est à la gare de Charnay qu'il faut descendre pour aller à Vergisson. En sortant de la station, traverser la voie du chemin de fer au passage à niveau, suivre la route direction ouest, passer la Petite-Grosne au Moulin-du-Pont pour aller jusqu'à la Patte-d'Oie, distante de 70 mètres environ. Quatre routes convergent à la Patte-d'Oie; la première à droite, direction N.-O., va à Prissé la deuxième, direction ouest, va à Davayé; la troisième, direction S.-O, va à Fuissé; la quatrième direction sud, va à Crèches. Prendre la deuxième route, direction de Davayé. Deux kilomètres plus loin, on trouve le hameau des Plantes, dominé à droite par Davayé. Plus loin on entre dans un ravissant vallon que l'on remonte jusqu'au milieu du village de Vergisson, à environ 30 mètres de l'Eglise. De la gare de Charnay à l'église de Vergisson, il y a environ 5 kil. 300 (Edmond Hue, Les mégalithes de Bois-Rosier à Vergisson, 1910 - books.google.fr).
Le cirque naturel de Vergisson, dont les gradins sont des rochers énormes, figés dans un écroulement de catastrophe, serait complètement séparé du monde extérieur sans l'étroit goulot qui le relie à la plaine de la Saône et dont le nom populaire de «Gorge de Roncevaux» rappelle quelques chansons de geste du lointain moyen-âge. Ne montre-t-on pas à l'ouest du village, sur les pentes qui s'adossent à la grande montagne, des mégalithes comme celui du Bois-Rosiers, des alignements de rochers où l'on peut voir un autel et des lieux de sacrifices druidiques ? Mais Vergisson est surtout légendaire par son «P'teu», le dragon mythologique de l'Orient, que les Mâconnais appellent Bête Pharamine (qu'un plaisant abbé a démythifié), qui fait son séjour sur les rochers célèbres de Vergisson et de Solutré, illuminés encore par leurs souvenirs préhistoriques. Il y a lieu de rapprocher le nom de la grotte de Vergisson, la «Folatière», de celui de la grotte de la Salle, également la «Folatière» (Roger Jay, Le livre des mystères de Saône-et-Loire, 1988 - books.google.fr).
P'teu ou l'Esiau de Vregesson qu'ere une bête faramine, légende patoise, par M. l'abbé Ducrost (Annales de l'Académie de Mâcon, 1888 - books.google.fr).
Le dolmen et les esprits chez Victor Hugo
La Pièce II du livre VI, datée, sur le manuscrit, du 24 juillet 1854, et située, dans les Contemplations, «au dolmen de Rozel». Ce dolmen, qui fut un des buts ordinaires des promenades de Jersey, était aux yeux de Hugo un lieu mystérieux et comme une porte de l'au-delà. Il allait y interroger les puissances surnaturelles, et c'est un de ces entretiens du dolmen de Rozel que rapportera le poème Ce que dit la bouche d'ombre. Mais le mystère se défend et l'esprit de Hugo, comme un être ailé qui ne recule devant aucun gouffre, se promet d'aller jusqu'à lui : «J'irai vers toi». C'est ce mot que traduit le titre latin Ibo, qui s'est substitué au premier titre, Ascendam (Je monterai). On a maints témoignages de ce goût du poète pour les titres latins (Immanis pecoris custos dans Notre-Dame de Paris; Date lilia dans les Chants du Crépuscule; Oceano Nox dans les Rayons et les Ombres; Stella, Ultima verba dans les Châtiments; Melancholia; Pauca meæ; Veni, vidi, vixi; Mors, etc.). Ici le latin, à l'air liturgique, s'accorde bien au ton du poème, sorte de conjuration solennelle au mystère, impérieuse, pressante, et où le rythme des strophes, faites d'une alternance monotone de vers de huit et de quatre pieds, souligne le martellement, comme autant de cris brefs ou de coups de clairon.
Dites, pourquoi, dans l'insondable
Au mur d'airain,
Dans l'obscurité formidable
Du ciel serein,
Pourquoi dans ce grand sanctuaire
Sourd et béni,
Pourquoi, sous l'immense suaire
De l'infini,
Enfouir vos lois éternelles
Et vos clartés ?
Vous savez bien que j'ai des ailes,
O vérités !
(Pierre Moreau, Jean Boudout, Oeuvres choisies de Victor Hugo, Tome 2, 1950 - books.google.fr).
Le choix du pseudonyme de Frédéric Alexianu doit avoir un lien avec le spiritisme pratiqué par Victor Hugo.
Le dolmen de Kardec
Allan Kardec, pseudonyme d'Hippolyte Léon Denizard Rivail, né le 3 octobre 1804 à Lyon et mort le 31 mars 1869 à Paris, est un pédagogue français, également fondateur du spiritisme (fr.wikipedia.org - Allan Kardec).
Ainsi qu’on le verra dans ses messages, Allan Kardec a vécu en Gaule, au temps de l’indépendance et il y fut druide. Le dolmen qui, par sa volonté, s’élève sur sa tombe au Père-Lachaise, a par là un sens précis. La doctrine spirite que le grand initiateur a condensée, résumée en ses œuvres au moyen des communications d’Esprits, obtenues sur tous les points du globe, coïncide, dans ses grandes lignes, avec le druidisme et constitue un retour à nos véritables traditions ethniques, amplifiées des progrès de la pensée et de la science et confirmées par les voix de l’espace. Cette révélation marque une des phases les plus hautes de l’évolution humaine, une ère féconde de pénétration de l’invisible dans le visible, la participation de deux mondes dans une œuvre grandiose d’éducation morale et de refonte sociale (Léon Denis, Le génie celtique et le monde invisible, 1927 - www.arbredor.com).

Tombe d'Allan Kardec au Père Lachaise - theamericaninparis.com
Le Morvan et les oies
Morvan n'ait rien gardé de son passé gaulois et gallo-romain. Ainsi, le chemin des Eduens qui traversait le massif du Sud au Nord reliant Autun à Auxerre par Saint-Brisson et Quarré, consolidé par les Romains, est retourné à la nature sur la quasi-totalité de son tracé. A propos du Morvan, l'avocat Dupin écrivait en 1850 : «Il y a quarante ans, on ne trouvait ni une route royale, ni une route vicinale, ni même un chemin vicinal en bon état. Point de ponts (...). Ainsi cette contrée au cœur de la France était une véritable impasse pour les pays voisins, une sorte d'épouvantail pour le froid, la neige, les aspérités du terrain, la sauvagerie des habitants; un vrai pays de loups dans lequel le voyageur craignait de s'égarer.» (Bulletin, Volumes 107-110, Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, Auxerre, 1976 - books.google.fr).
Les oies ! fléau des prés et des grains! Et pourtant qui n'a des oies au Morvan ? Il y a tant d'endroits pour les faire nager, barboter, ainsi que les canards, qu'il n'y a pas d'individu, si dénué qu'il soit, qui n'ait sa bande d'ojes socialistes, créée et mise au monde pour vivre n'importe comment sur le commun des propriétés ! Seulement, à l'époque de la maturité des grains, on passe une plume dans le bec des patriarches de la bande, pour les empêcher de pénétrer dans les champs en se glissant à travers les haies. Pourquoi cet abus ? dira-t-on. En voici la cause. La plume des oies et des canards alimente les couchers; l'oie grasse, ainsi dépouillée, se vend en novembre une pièce de trente sous; et quand arrive Noël, il n'est pas de ménage qui ne savoure la sienne, rôtie au bout d'une ficelle, après que la cuisinière en a soigneusement extrait la graisse réservée pour d'autres occasions. Un Morvandiau vous dira que, pour bien se régaler, il faut n'être que quatre pour manger une oie de 7 à 8 livres, c'est la portion congrue (Dupin, Le Morvan, Journal des économistes, 1852 - books.google.fr).
«Les oies du Morvan étant loin d'être aussi grasse que celles d'Alsace ou du Périgord, parce qu'on les laisse divaguer sur les étangs et les cours d'eau où elles s'épuisent à barbotter cependant que l'enfant de la maison ayant assisté à son sacrifice qui, cruelle et gauloise représaille est, comme vous le savez, une décapitation, souffle, fanfaron, dans le «chûlot» sanglant, d'où il fait sortir un cri rauque et romain.» (La Mélie de Château-Chinon, pages 126 et 127) (Joseph Bruley, Le Morvan, coeur de la France: Morvan et tourisme, 1966 - books.google.fr).
Fresque sabéenne

Fresque de la reine de Saba - Musée du Hiéron - cartorum.fr
Les savants soviétiques qui se sont pencher sur l'effet Kirlian conclurent à l'existence d'un «corps énergie» fait de «bioplasma», ce qui n'est qu'une façon différente de nommer le «double éthérique» ou «corps astral» des adeptes du spiritisme et le «fluide» des magnétiseurs. Priés de s'exprimer en termes clairs, ils déclarèrent finalement que l'on se trouvait devant une «énergie inconnue émanant des êtres vivants»... Explication qui, on en conviendra, ne fit pas faire à la science un très grand pas. [...] Les artistes chrétiens du Moyen Age n'ont donc fait que suivre une tradition. [...] Ils ne se contentèrent pas de représenter le nimbe autour de la tête, mais ils peignirent l'auréole qui entoure le corps, comme le halo dont nous parle Kirlian, et enfin la gloire, cet ovale mystique où les sculpteurs ont placé le Christ d'Autun, par exemple, et que nous appelons une mandorle. Or cette mandorle, que l'on retrouve à Chartres, à Vézelay, à Toulouse, qu'est-ce, sinon l'œuf aurique tel que nous le décrit Kilner, mais élargi par la sainteté ? Il semble donc bien que des voyants, ou des initiés, aient connu dans ces temps lointains l'existence du rayonnement qui émane des personnes de haute spiritualité et qu'ils aient voulu le graver dans la pierre des cathédrales (Guy Breton, Louis Pauwels, Histoires fantastiques, 1983 - books.google.fr).
L'esprit de Mireille apparait sous la forme d'une amande lumineuse. Il se dégage de la partie supérieure du corps astral, et celui-ci devient sombre dès qu'il n'est plus éclairé par l'esprit qui, auparavant, était à l'intérieur (M. Lecomte, Un cas de changement de personnalité, Revue spirite : journal d'études psychologiques, 1896 - books.google.fr).
Le tympan d'Anzy-le-Duc (classé Monument Historique, Brionnais, XIIe siècle, 2e moitié. Pierre sculptée, H. 226 ; L. 251 cm. Date d'entrée au Hiéron vers 1896) est l'un des derniers tympans romans sculptés du Brionnais dont l'iconographie s'apparente à celui de Charlieu. Il provient du portail ouest du prieuré d'Anzy-le-Duc aujourd'hui disparu. Il a été démantelé en 1791 pendant la Révolution Française et conservé dans le château d'Arcy, Monsieur de Fontenille en fit don au musée du Hiéron vers 1896. Le tympan a ensuite été remonté en 1953 dans la salle centrale du musée du Hiéron à Paray-le-Monial, tel qu'on peut le voir aujourd'hui. Il adopte une composition simple centrée sur la figure du Christ en gloire; la gloire est symbolisée matériellement par une mandorle (qui a toujours une forme d'amande), portée par deux anges. Le Christ en majesté est représenté assis bénissant de la main droite, et tenant l'Évangile dans la main gauche. Cette forme de représentation sert à remémorer la souveraineté du Christ. Les deux registres du tympan sont à mettre en relation. La composition suggère une Ascension : le retour du Fils auprès du Père après son séjour terrestre évoqué, dans la partie basse, par la Vierge à l'Enfant. L'originalité du linteau provient de la représentation de la Vierge allaitant le Christ. En Occident, cette représentation n'apparaît qu'à la fin du Moyen Âge. Autour, certains apôtres et saintes femmes ont pris place, parmi lesquels saint Pierre, reconnaissable à la clé qu'il tient dans sa main gauche. Saint Etienne, représenté frontalement tenant le livre des Evangiles à l'extrême gauche du linteau, est identifiable grâce à son costume de diacre ; la dalmatique et l'étole en bandoulière. Plusieurs têtes sculptées sont postérieures, le Christ en majesté, l'enfant Jésus, une sainte femme. Les chapiteaux latéraux agrémentés de feuillages portent chacun un personnage sculpté tenant un phylactère (Bandeau déroulé par un personnage portant généralement une inscription). Il pourrait s'agir de prophètes. La restauration effectuée en 2003 a permis de retrouver quelques traces de polychromies, notamment du rouge au niveau de la tunique du Christ, du vert (ou bleu) sur le fond du tympan, des traces de vert sur les feuillages des chapiteaux. Ainsi, il faut imaginer une œuvre vivement colorée, comme de nombreuses sculptures de l'époque médiévale (Le tympan d'Anzy-le-Duc (musée du Hiéron) - brionnais.fr).
Apparemment une carte postale de 1945 présente déjà le tympan adossé à la fresque de la reine de Saba bien apparente. Le tympan en 1953 a dû être surélevé sur les colonnes et a caché la fresque.
Hugues d'Anzy et ses apparitions
Eudes de Vézelay a été le compagnon de Hugues et de Bernon à Saint-Martin d'Autun. En 878, les moines de l'abbaye autunoise furent dispersés à travers la Bourgogne. Mais l'année précédente déjà, sinon plus tôt, Eudes avait été appelé à diriger la nouvelle communauté de moines établie à Vézelay dans l'ancien couvent des moniales. Quant à Hugues et à Bernon, ils fondent d'abord Gigny en 893, ils rétablissent la stricte observance à Baume-les-Messieurs en 904, puis Bernon fonde Cluny en 910 et Hugues meurt à Anzy-le-Duc vers 930. Eudes de Vézelay a vécu au moins jusqu'en 911, comme l'atteste la bulle de Serge III (V. Saxer, Le statut juridique de Vézelay de l'origine à la fin du XIIe siècle, Revue de droit canonique, Volume 6, Centre national de la recherche scientifique (France), 1956 - books.google.fr).
Le monastère de Saint Martin, comme celui de Saint-Symphorien, subit l'influence du milieu où il vivait, et pas plus que lui il ne put échapper à ce découragement presque universel qui assombrit cette triste époque d'affaissement politique, intellectuel, moral et religieux. Cluny seul brillait d'un vif éclat. Toutefois, nous trouvons dans l'histoire de Saint-Martin, dès le commencement du onzième siècle, un fait intéressant, l'exaltation du corps de saint Hugues d'Anzy.
On se souvient que le tombeau de ce grand serviteur de Dieu attirait une multitude de pèlerins, qu'il s'y opérait un grand nombre de miracles et que l'église du prieuré était remplie d'ex voto. Mais voici bien d'autres merveilles.
Pendant qu'un homme de Dieu, Hildegrin, successeur de l'abbé André, gouvernait l'abbaye mère, vivait au prieuré d'Anzy un moine nommé Evrard. [...] Après un pèlerinage et un séjour de sept ans au tombeau de Jésus-Christ, il était venu se fixer à Anzy pour y finir ses jours dans le monastère de saint Hugues. [...] Aimé de tous sur la terre, il l'était plus encore au ciel, du saint prieur Hugues qui voulut le lui prouver par de fréquentes apparitions. [...] A l'approche de la fête de Noël, ces visites célestes devinrent plus nombreuses, et le pieux moine redoubla pendant ce saint temps ses jeûnes et ses prières. [...] Arriva la très sainte nuit de la Nativité du Sauveur. [...] Or, tout à coup, pendant les laudes, le bienheureux Hugues apparut à Evrard. Il était parmi les moines et psalmodiait avec eux. L'office achevé, on alla prendre en commun le petit repas matinal d'usage qu'accompagne toujours une pieuse lecture, afin que l'âme soit nourrie en même temps que le corps. Puis toute la famille religieuse revint à l'église […]. Mais quel ne fut pas l'étonnement des religieux lorsqu'ils trouvèrent tous les cierges allumés, quoique personne ne fût resté dans l'église et que les portes eussent été soigneusement fermées à clef ! On cria au miracle. [...] Un moment après, Evrard s'étant approché de la tombe du bienheureux Hugues, son confident et son ami, trouva la pierre hors de sa place et élevée au-dessus du sol d'environ un demi-pied. Aussitôt il appela ses frères pour les rendre témoins de ce nouveau prodige; et tous alors, saisis d'une religieuse frayeur, se demandèrent avec inquiétude ce que pouvait signifier le double miracle qui venait de signaler le beau jour de Noël. Le bruit s'en répandit dans la province entière, pénétra même dans les contrées environnantes et partout excita la plus vive émotion
L'évêque d'Autun Valtère manda aussitôt Hildegrin, abbé de Saint-Martin, et quelques-uns des moines, pour prendre auprès d'eux des informations relativement aux faits prodigieux qu'il venait d'apprendre. Ceux-ci lui en confirmèrent la vérité et lui racontèrent tous les autres miracles, aussi éclatants que multipliés, opérés par l'intercession du bienheureux Hugues d'Anzy. [...] Le très révérend abbé, résolut de faire l'exaltation du précieux corps, que Dieu glorifiait ainsi, et de le placer dans un lieu plus digne de sa sainteté, pour l'offrir canoniquement à la vénération des fidèles. [...] Valtère cependant, sans doute pour éviter tout reproche de précipitation et agir avec toute la maturité que demande une affaire aussi grave qu'une canonisation, remit la grande cérémonie attendue de tous jusqu'au 13 décembre de l'année suivante 1002 (Ch. L. Dinet, S. Symphorien et son culte, Tome 2, 1861 - books.google.fr).
Joannis Janvier d'Anzy le Duc écrit à Camille Flammarion, que des religieux sont avertis de la mort de leur supérieur à une grande distance par le battement d'un volet qui eut lieu à l'instant du décès (Camille Flammarion, L'inconnu et les problèmes psychiques (1900), 2023 - books.google.fr).
La reine de Saba sur son éléphant
Giovanni di Marignolli ou Jean de Marignol (ou Jean de Florence) (né v. 1290 à Florence et mort v. 1359 dans la même ville) est un religieux franciscain italien du XIVe siècle. Il fut légat pontifical, en Chine, auprès du grand Khan de la dynastie Yuan, Toghan Témur de 1342 à 1345, missionnaire, évêque de Bisignano (Calabre) à partir de 1354, chapelain de l'empereur Charles IV (1346-1378). On lui doit une «Chronique universelle», dans laquelle il livre le récit de ses voyages en Orient, et décrit les civilisations qu'il a rencontrées (fr.wikipedia.org - Jean de Marignol).
Jean de Marignolli situe la patrie de la reine de Saba dans l'Indonésie, les montagnes qui l'encadrent sont «celles où les mages étaient en prière pendant la nuit de la Nativité de Notre-Seigneur lorsque leur apparut l'étoile». Hélie, par la volonté de Dieu «y vit caché jusqu'aujourd'hui; on l'aperçoit de temps en temps; il se désaltère à une source jaillisant au pied de la montagne, et moi, fr. Jean de Marignolli, j'ai bu de cette source.» La reine du pays met son éléphant à sa disposition, et au moment de son départ, lui fait cadeau d'une ceinture d'or. C'est la Légende Dorée sur la route de chine. Si l'or n'a jamais été rare à Java où aujourd'hui encore les rajahs se font suivre d'un domestique portant sur l'épaule une caisse ou un vase de ce métal, il n'en est pas de même de l'éléphant. Tout fait croire que ceux qui figurent dans les scènes vivantes, mais peu cohérentes, sculptées autour des terrasses inférieures du Bôrô Budur, étaient venus de l'Inde avec le Bouddhisme et ont disparu avec lui. Après avoir pris congé de la reine de «Saba et de son éléphant» fr. Jean met à la voile et débarque à Quilon. Il y reste seize mois, y décore de peintures l'église Saint-Georges et enseigne la Loi. «Enfin, écrit-il, surpassant la gloire du très grand Alexandre qui avait dressé une colonne aux extrémités du monde, j'élevai, à la pointe extrême de l'univers, un marbre surmonté d'une croix faite d'une pierre qui durera jusqu'à la fin des siècles; un peuple infini assistait à son érection. Je le consacrai, je la bénis; j'y avais fait sculpter les armes du Pape et les miennes et une inscription en indi et en latin. Et les princes me portaient sur leurs épaules dans la litière du roi Salomon». De là il gagne Ormuz, visite les ruines de Babylone et par les Lieux Saints rentre à Avignon où il arrive en 1352. Son absence avait duré treize ans
A noter aussi, la savoureuse naïveté, avec laquelle il nous déclare (Sinica, p. 540) que l'éléphant de la reine de Saba, que celle-ci avait mis à sa disposition «était si intelligent que, n'était que la foi le lui défendait, il aurait dit qu'il avait l'usage de la raison». (H. Matrod, Actes des franciscains en Chine, Études franciscaines, Volume 41, 1929 - books.google.fr).
L'image de la reine montée sur un éléphant se retrouve chez Flaubert (Tentation de saint Antoine), Baudelaire (L'art romantique, Théophile Gauthier, comme motif de statuette du XVIIIe siècle), Paul féval (Frère Tranquille).
C'est ainsi que se présente la reine dans la fresque du Hiéron.

Dans une grotte imaginaire, le cortège de la reine de Saba y entre en procession. Un carrosse, dans lequel un personnage est représenté de dos, est conduit par deux bœufs, à côté un éléphant porte sous un dais un personnage debout. Un autre est assis sur la tête de l’éléphant - Rombout van Troyen, Cortège de la reine de Saba et idolâtrie du roi Salomon, 1640 - Musée Municipal Charles de Bruyères (salle hollandaise), Remiremont - www.museesgrandest.org
Anciennes mentions de l'éléphant
L'Occident ne connut qu'imparfaitement et lentement les croyances orientales, lorsque Odoric de Pordenone et Jean de Marignolli notèrent le principe de la réincarnation, la pratique de l'incinération des cadavres «au son des instruments et des chants», celle de la crémation des épouses vivantes des princes et le respect des animaux sacrés, déjà observés par Montecorvino à son passage en Inde vers 1292-1293. Ce qui importe ici est plus la façon dont les voyageurs ont vu les religions d'Asie et leurs fidèles que ce qu'ils en ont su. Plancarpin a rencontré «des hommes bienveillants et vraiment humains». Pour Rubrouck, les moines bouddhistes donnent la réplique aux moines d'Occident et il se réjouit d'en entendre un lui répondre «comme un chrétien». Plus tard, Montecorvino admire leur ferveur et malicieusement apprécie leur «austérité plus stricte que celle des religieux latins». Cette estime était parfois réciproque. Un lama conversant avec Odoric de Pordenone disait à un sien compagnon : «Ce rabbin franc est venu en ce pays pour le salut de notre Khan; c'est pourquoi je te prie de lui montrer certaines merveilles de chez nous.» Les grands khans n'étaient pas bouddhistes. Rubrouck assure avoir recueilli de Mangou cette déclaration : «Nous, nous croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu, par qui nous vivons et par qui nous mourrons; et nous avons pour lui un cœur droit.» Un infidèle de bonne foi, en voilà un, si Rubrouck n'a pas été dupe de ses propres dispositions ! En fait, les Mongols associaient le monothéisme naturiste des nomades de haute Asie à des influences extérieures. Chez eux, dit Rubrouck, «ni louanges ni rites quelconques», mais des scrupules de pureté matérielle, des interdits multiples et une notion formelle de la faute, la croyance en une survie matérielle et à une perpétuelle présence, bénéfique ou maléfique, des morts autour des vivants, enfin la pratique de la divination. Bref, des croyances simples et ouvertes aux influences extérieures. Ces conditions expliquent le succès, au moins relatif, de l'œuvre de Montecorvino à Canbaluc, remarquable plus par l'originalité de sa méthode et de ses objectifs que par ses résultats limités et éphémères (Michel Mollat, Les explorateurs du XIIIe au XVIe siècle, premiers regards sur des mondes nouveaux, 1984 - books.google.fr).
Un aspect essentiel de La Tentation est l'effet de simultanéité que Flaubert réussit à créer en brisant la linéarité de l'écriture. Par exemple, quand Antoine «feuillette vivement» la Bible, il trouve un vers de l'Ancien Testament qui raconte comment la reine de Saba a tenté Salomon. La tentation évoquée dans le texte est transformée plus tard en tentation visuelle quand la reine apparaît. La reine de Saba évoque explicitement l'éléphant sur lequel elle arrive. L'image de l'éléphant reparaîtra dans d'autres visions. Avec cette image qui revient et crée des analogies entre différentes scènes, Flaubert anticipe également sur les techniques des nouveaux romanciers. Ce procédé met en évidence le matériel linguistique du texte qui constitue la structure narrative de La Tentation. La pratique d'un tel tissage rappelle la technique narrative de l'entrelacement. Au lieu de tisser différents fils narratifs, les mots créent un réseau de liens. On retrouve cette technique des «corps conducteurs» dans les romans de Claude Simon. En même temps, cette technique permet à Flaubert d'assurer la continuité de son récit, de lier les perles du collier. Dans le cinquième chapitre, l'image de l'éléphant est reprise sous la forme de l'apparition d'un dieu indien. Une vision est évoquée dans laquelle les «trois visages» du Dieu se métamorphosent en «trois têtes», qui deviennent «trois grands Dieux» et qui continuent à se transformer. Parmi tous ces dieux et toutes ces déesses figure «le Dieu solaire» indien à tête d'éléphant. Cet exemple dénote un autre procédé, celui de la métamorphose. Étant donné que l'attention du lecteur est focalisée sur l'écriture, un réseau de liens s'établit alors au niveau du discours. Or, ce dieu fait référence à d'autres dieux solaires et à d'autres apparitions d'éléphants, mentionnées dans La Tentation. Foucault a pu montrer que la description du dieu indien correspond à une illustration que Flaubert a tirée du livre de Creuzer. Dans ce cas, il s'agit évidemment d'une ekphrasis, mais cette image est élevée à une plus haute puissance, elle est transformée et multipliée par les métamorphoses qui se suivent. Ainsi, la transgression se produit également au niveau de la transformation d'une image a une autre. Quelle est sa signification au niveau de l'histoire ? Évidemment, une analogie est créée entre la trinité chrétienne et les «trois visages» du dieu indien. Étant donné que les religions sont abordées de façon successive et récurrente, le christianisme ne peut pas être privilégié. Dans son article sur Flaubert et les idées religieuses, Jacques Neefs souligne que «Flaubert [...] travers[e] la multiplicité des religions, [...] en un théâtre de représentations où il n'[est] plus possible de s'arrêter à aucune figure plus qu'à aucune autre» (Aurélie Barjonet, Nouvelles lectures de Flaubert, recherches allemandes, 2006 - books.google.fr).
Nerval et la reine de Saba
Vendredi 17 août 1860 (Séance particulière), réunion du comité : Dans une lettre de madame la comtesse D..., de Milan, écrite à M. Allan Kardec, se trouve le passage suivant : «J'ai dernièrement fouillé de vieilles revues de Paris, et j'ai trouvé une historiette écrite par ce délicieux écrivain, Charles Nodier, et qui a pour titre : Lydie ou la résurrection. Je me suis trouvée en pleine Revue Spirite; c'est une intuition du livre des Esprits, quoique écrite en 1839. Est-ce que Nodier était un croyant ? Est-ce qu'à cette époque on parlait de Spiritisme ?».
La Société a, depuis longtemps, le désir d'appeler Charles Nodier; elle le fera dans la présente séance. Évocation de Charles Nodier. Après avoir répondu avec une extrême bienveillance aux questions qui lui sont adressées, il promet de commencer un travail suivi dans la prochaine séance (La revue spirite: journal d'études psychologiques et de spiritualisme expérimental, 1860 - books.google.fr).
Nodier fait épouser Belkiss, reine de Saba et Fée aux Miettes, par Michel le charpentier. La reine de Saba est une figure qui séduit et hante Nerval depuis la parution de ce conte en 32, année de formation du jeune poète, et d'engagement dans le «Petit Cénacle», proche de ces bousingots qui portent - tel le conteur oriental - de curieux bonnets. Nerval s'y livre, entre autres études, à celle de l'architecture antique. Le conte de Nodier, repris d'un fabuleux discours de la Bibliothèque bleue, invite le lecteur à la contestation des ordres établis. Le narrateur réclame de son lecteur un engagement total, appelle au dialogue entre narrateur et lecteur, tandis que Nerval instaure le dialogue entre conteur et auditeur (Martine Watrelot, Le rabot et la plume, le compagnonnage littéraire au temps du romantisme populaire, 2000 - books.google.fr).
Rentré à Paris après son "Voyage en Orient" (3 volumes), qu'il ne quittera pendant sept ans que pour un voyage en Hollande, ayant adopté définitivement le pseudonyme de Gérard de Nerval, il collabore à divers journaux et revues et publie en ordre dispersé de nombreux articles. Ce fantaisiste n'est nullement paresseux quand il est saisi par une nouvelle marotte. La mode est à l'ésotérisme et Nerval pratique comme tout le monde le spiritisme. Il est attiré par quelques excentriques du siècle précédent ayant tous versé peu ou prou dans l'illuminisme. Il court les bibliothèques pour compléter sa documentation sur Cazotte ou l'abbé de Bucquoy, ceux qui lui donnèrent le plus de mal (Bibliographie : "Nerval ou le rêve et la vie" de Fatiha Dahmani, Les Cahiers français, Numéros 25-45, 1958 - books.google.fr).
Nerval n'hésite pas à comparer sa sublime beauté à Isis, la grande magicienne qui connaît les formules de puissance et comprend le langage des oiseaux. La reine de Saba communique avec la huppe, l'oiseau sacré né de l'air et du feu qui rapporte la parole des esprits. En outre, elle porte en elle l'Amour, à l'image d'Hathor, déesse de l'amour qui lie entre elles les étoiles. La reine de Saba est une figure indispensable au vécu des grands mystères de l'initiation. Elle est à la fois celle qui vainc la mort, comme l'a fait Isis en ressuscitant son frère Osiris, et celle qui apporte l'Amour, comme Hathor, afin que la lumière des origines resplendisse dans le roi ressuscité.
«Nerval décrit également les péripéties de la rencontre de la reine avec Salomon et le Maître d'Œuvre du temple, un certain Hiram. Une partie de ce récit a été intégrée, dès 1877, dans le rituel français du grade de Maître franc-maçon, mais ce qui concerne la reine de Saba proprement dit y a été réduit à sa plus simple expression. Il est seulement précisé dans ce rituel que Balkis, reine de Saba, vint voir Salomon à Jérusalem pour constater sa sagesse et admirer les merveilles de son royaume. Elle admira surtout le temple qui se construisait et voulut connaître l'architecte Hiram».
Dans le mythe relaté par Gérard de Nerval, transparaît avec force combien la reine est indispensable à la cohérence et au rayonnement de la Tradition initiatique, fondée sur l'amour de la Connaissance. La Reine de Saba est le symbole toujours vivant de l'initiation féminine, indispensable au mythe d'Hiram afin que celui-ci trouve sa pleine efficacité pour construire un temple dédié à la Lumière où règnent l'amour, la sagesse, la concorde et la paix (Jean Delaporte, N.77 Le mythe d'Hiram, fondateur de la maîtrise maçonnique, 2017 - books.google.fr).
...l'imagination [...] tout-puissante, dans ce cerveau nourri de rêves et d'hallucinations, ni plus ni moins qu'un fumeur d'opium du Caire, ou qu'un mangeur de haschich d'Alger, et alors, la vagabonde qu'elle est le jette dans les théories impossibles, dans les livres infaisables. Tantôt il est le roi d'Orient Salomon, il a retrouvé le sceau qui évoque les esprits, il attend la reine de Saba; et alors, croyez-le bien, il n'est conte de fée, ou des Mille et une Nuits, qui vaille ce qu'il raconte à ses amis, qui ne savent s'ils doivent le plaindre ou l'envier, de l'agilité et de la puissance de ces esprits, de la beauté et de la richesse de cette reine (Gérard de Nerval, citation d'Alexandre Dumas dans l'introduction aux Filles du feu) (Oeuvres complètes de Gerard de Nerval précédée d'une notice par Théophile Gautier : Le rêve et la vie, Tome 5, 1868 - books.google.fr).
Salomon et les esprits
Les philosophes, les botanistes les devins et les astrologues orientaux regardent Salomon ou Soliman comme leur patron. Selon eux, Dieu, lui ayant donné sa sagesse, lui avait communiqué en même temps toutes les connaissances naturelles et surnaturelles; et, entre ces dernières, la science la plus sublime et la plus utile, celle d'évoquer les esprits et les génies, et de leur commander. Salomon avait, disent-ils, un anneau chargé d'un talisman, qui lui donnait un pouvoir absolu sur ces êtres intermédiaires entre Dieu et l'homme. Cet anneau existe encore; il est renfermé dans le tombeau de Salomon, et quiconque le trouverait, deviendrait le maître du monde. Mais on ne sait plus où trouver ce tombeau (Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 1818 - books.google.fr).
La reine de Saba en Bourgogne
Voici la reine de Saba prophétesse de la Croix ! Dans la fresque de la basilique San Francesco d'Arezzo de Piero della Francesca (entre 1452 et 1466), la reine de Saba s'agenouille devant le bois de la Croix, puis rend visite à Salomon. L'ensemble illustre en dix tableaux la légende de la Croix, plus une scène de la Victoire de Constantin peint sous les traits de l'empereur byzantin Jean VIII Paléologue. La commande émanait de Francesco Bacci, riche marchand d'épices, et de son fils Giovanni Bacci qui fit carrière dans l'administration pontificale. Pour traiter ce thème franciscain par excellence, l'artiste s'est référé au récit de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Mais la Visite de la reine de Saba à Salomon se chargeait en ces années d'une signification nouvelle : la conquête de Constantinople par les Turcs (1453) liait désormais indissolublement le thème de l'union religieuse avec les Orientaux à celui de la croisade contre les Infidèles. Le programme des fresques d'Arezzo a pu être inspiré par le cardinal Bessarion, prélat grec venu en 1438 prendre part au concile de Florence, partisan de l'union des Églises, grand humaniste, protecteur de l'ordre des Frères mineurs à partir de 1458. En 1451, une relique de la vraie Croix, enfermée dans une châsse d'images, était arrivée en Italie en provenance d'Orient. Elle était apportée par Mammas, patriarche de Constantinople, qui se réfugiait à Rome pour se soustraire à l'hostilité du parti opposé à l'union des Églises. Par suite de la chute de Constantinople, la châsse resta en Italie, entre les mains de Bessarion qui la légua à sa mort à la Scuola Grande della Carità à Venise, actuel musée de l'Académie où elle se trouve encore conservée. Or, cette relique avait été dans le passé propriété de la famille régnante des Paléologue. Elle justifiait l'introduction dans le cycle d'Arezzo du portrait de Jean VIII, le dernier empereur de Byzance. Plus précisément, la représentation de Constantin, l'empereur qui avait officialisé le christianisme au début du IVe siècle et transféré la capitale de l'Empire de Rome à Constantinople, sous les traits de Jean VIII, son lointain héritier, proclamait l'idéal pour lequel Bessarion avait lutté – l'union des Églises – et celui pour lequel il luttait désormais – la croisade contre les Turcs. Quant à la nouveauté du style, elle constituait une étape décisive de la Renaissance. Mais rappelons que depuis le Targoum Scheni et le Coran, la tradition avait aussi diabolisé la reine de l'Est en la dotant d'un secret honteux : une jambe velue, un pied d'âne ou de bouc. Cet aspect du mythe va croiser en Occident, dans la tradition germanique, un type ancien de reine à la patte d'oie, Peda d'oca, la reine Pédauque. Celle-ci apparaît dans l'imagerie au XIe siècle et connaît une vogue certaine dans les portails portails gothiques de France et d'Espagne, comme au portail central de l'ancienne abbatiale de Saint-Bénigne de Dijon (vers 1160), dont les sculptures martelées en 1794 nous sont connues par une gravure de l'Histoire de Bourgogne de Don Plancher. Dans son De Imagine Mundi (première moitié du XIIe siècle), Honorius d'Autun attribua expressis verbis à la reine de Saba une patte d'oie. Et les poètes et les conteurs allemands des XIIIe-XIVe siècles parlent de la Sibylle aux pieds d'oie. Pour la reine de Saba, la dérivation du pied velu de la tradition orientale semble indiscutable. Il n'est cependant pas certain que toutes les reines Pédauque soient des reines de Saba. En tout état de cause, La Légende dorée guérit la reine de son handicap par miracle, au contact du bois de la Croix (E. Deubner-Ziegler, La reine de Saba : origine du mythe et son succès au Moyen Âge, Liber veritatis, 2007 - books.google.fr).
Les sculptures de quatre portails d'églises du XIIe siècle et XIIIe siècle aujourd'hui détruites, le prieuré de Saint-Pourçain, l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, Saint-Pierre de Nevers et Sainte-Marie de Nesle-la-Reposte près de Troyes, sont identifiées par le père Jean Mabillon en 1703 comme ayant un trait commun. Il relève sur chacune d'elles le même détail iconographique particulier : ces quatre statues de femmes couronnées présentent toutes un pied palmé qui dépasse de leur robe.
En 1751, l'abbé Lebeuf, dans son mémoire sur la reine Pédauque à l'Académie royale, conteste ces interprétations de Mabillon et Montfaucon et propose une tout autre hypothèse : «La reine Austris des Toulousains, connue sous le nom de reine Pédauque, est la reine de Saba des livres Saints. On sait que J. C. lui-même la nomme dans l'évangile Regina Austri. On sait encore qu'elle a été regardée par les Pères de l'église et par les anciens commentateurs de l'écriture comme une figure de l'Église, dont J. C. est le Salomon. De là vient la coutume de la représenter aux portiques de nos Temples avec Salomon, David et Bethsabée.»
Lebeuf explique que les portiques des églises étaient les lieux où se prononçaient les jugements ecclésiastiques et qu'on y trouvait pour cela des statues de personnages qui représentaient la loi et le jugement comme Moïse et Salomon pour l'ancienne loi, la reine de Saba représentant la nouvelle loi, car l'évangile en dit qu'elle est assise pour juger : Regina Austri sedet in judicio. Pour la particularité du pied d'oie, l'Abbé Lebeuf la fait remonter à la tradition juive du paraphraste chaldéen (le Targoum Sheni) qui montre une reine de Saba dupée par Salomon qui la fait venir dans un palais de cristal qui lui apparaîtra comme une étendue d'eau et lui fera relever sa robe et découvrir ses pieds velus. Pour Lebeuf, la transposition dans la sculpture chrétienne du pied velu en patte d'oie montrerait une volonté des sculpteurs médiévaux de donner à la reine de Saba un emblème lié au bain et à l'eau, dont l'aspect animal (le pied palmé) permettrait de la distinguer dans l'iconographie d'un autre personnage lié au bain, celui de Bethsabée (fr.wikipedia.org - Reine de Saba).
L'oie
Jean Cheymol, étudiant les chemins du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, a montré que les pèlerins venus d'Europe centrale se rassemblaient soit à Vézelay, soit à Autun; les deux routes convergeaient vers La Charité-sur-Loire, d'où partait une bifurcation : Bourges, Issoudun, Déols, ou bien Saint-Pierre-le-Moûtier, Lurcy-Lévis, Saint-Amand, Le Châtre, avec réunion à Neuvy-Saint-Sépulchre, avant de retrouver le chemin de Saint-Léonard-de-Noblat puis de Limoges. Ces trajets suivaient les antiques voies gauloises et romaines qui persistent dans l'actuel réseau routier (Pierre Pizon, L'Eglise Notre-Dame d'Huriel, étude archéologique, 1985 - books.google.fr).
L'oie jouait un grand rôle dans la mythologie pharaonique. Le hiéroglyphe de Geb, héritier du trône d'Horus, est une oie et une jambe. Le dictionnaire des symboles conte que, lorsque les pharaons furent identifiés au soleil, leur âme fut représentée sous la forme d'une oie, car l'oie est le soleil sorti de l'œuf primordial. Les oies étaient, dit encore ce dictionnaire, considérées comme des messagères entre le ciel et la Terre. L'avènement d'un nouveau roi était annoncé, entre autres cérémonies, par le lâcher de quatre oies aux quatre points cardinaux. Dans l'Altaï, dans le rituel du sacrifice du cheval, le chaman a pour monture une oie pour poursuivre l'âme du cheval; une oie lui sert de monture pour son retour des enfers. En Celtique, l'oie ou le cygne était une messagère de l'autre monde. C'était d'ailleurs, pour les Bretons, un interdit alimentaire. En quelque lieu que ce soit et à quelque mythologie qu'elle appartienne, on voit que l'oie est un symbole qui colle à l'initié; et l'ancienneté de ?? symbole est très grande. L'oie elle-même est généralement symbolisée par son pied, ce qui est normal puisque c'est là son prin- cipal signe distinctif. Stylisé et dirigé vers le bas, il se réduit à trois traits divergents, réunis ou non au sommet et ce signe fut un des symboles d'enseigne- ment des druides (Louis Charpentier, Les Jacques et le mystère de Compostelle, 1971 - books.google.fr).
Fresque égyptienne

Fresque égyptienne - Musée du Hiéron - www.musee-hieron.fr
La porte dans le Sphinx
Ce colosse avait un emploi, Jamblique (De Mysteriis Ægyptiorum, in-fol. Oxonit, 1678) nous l'apprend, et voici ce qu'en dit Champollion-Figeac (Egypte ancienne, p. 282) : «Le sphinx des pyramides a été étudié, le sable qui l'encombrait momentanément détourné, et il a été reconnu que ses colossales dimensions avaient permis de pratiquer entre le haut de ses jambes antérieures et son cou, une entrée qu'indiquent d'abord les montants d'une porte; celle-ci conduisait à des galeries souterraines creusées dans le rocher sur une très grande distance, et enfin, on se trouvait en communication avec la grande pyramide.» (Ernest Bosc, Isis dévoilée ou l'Égyptologie sacrée, 1897 - books.google.fr).
Qu'au commencement du IIIe, Plotin, au commencement du IVe, Jamblique se soient livrés, comme tous les philosophes de l'Ecole d'Alexandrie, à l'évocation des Esprits [...] ce sont là des faits authentiquement prouvés (Alexandre Bellemare, Spirite et Chrétien, 1883 - books.google.fr).
Le De mysteriis a exercé à travers les siècles une influence considérable : au IVe siècle, sur l'empereur Julien et Saloustios; au Ve, sur Proclus, Hermias, Damascius; au XIe, sur Michel Psellus; au XVe, sur Marsile Ficin. C'est Proclus que Jamblique a davantage marqué : avec Platon, plus que Plotin et Porphyre, Jamblique est vraiment son maître. Nous lui devons un des principaux témoignages en faveur de l'authenticité du De Mysteriis. Sa connaissance de l'œuvre ressort de nombreux parallèles et emprunts. Il s'en inspire directement dans le court traité De tort hiératique a, et son Institutio theologica, «le monument le plus achevé» d'une théologie païenne construite à partir de la théurgie que Jamblique avait accréditée, doit aux Mystères une bonne part de sa terminologie technique, ainsi que la théorie du corps «pneumatique» ou «astral», cher au spiritisme moderne (Édouard Des Places, Les Mystères d'Egypte, de Jamblique. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1967 - www.persee.fr).
Le Livre des portes
Les TOMBEAUX DES ROIS DE BÎBÂN EL-MOULOUK n'ont plus la forme de pyramides, qu'affectaient les sépultures royales jusqu'au commencement du nouvel empire, mais ils se composent d'une série de corridors et de chambres, qui sont creusés dans le rocher. [...] Les MURS du tombeau sont couverts depuis l'entrée jusque dans les dernières chambres, de représentations et de textes sacrés, dont le défunt doit posséder la connaissance dans l'autre monde. [...] Ces textes sont tirés de deux livres du même genre. L'un s'appelle : «Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès» ou plus brièvement le «livre de l'Hadès». [...]
Le deuxième livre, nommé le «livre des Portes», reproduit les mêmes idées. Il représente aussi la course nocturne du Soleil à travers les douze parties de l'Hadès, qui sont symbolisées, comme dans le premier livre, par 12 contrées ou nomes. D'énormes portes, surveillées par des serpents gigantesques, dont chacun a un nom connu du dieu solaire et que le défunt doit aussi savoir, s'élèvent entre les différentes parties. Devant chaque porte, comme devant celle d'un château-fort, se trouve un avant-corps, bordé de deux murs formant un coude à angle droit, qu'il faut d'abord traverser avant d'arriver à la porte. Deux dieux, debout à l'entrée et à la sortie, et deux serpents qui des murs lancent des flammes par la gueule sur l'arrivant, en défendent l'accès; en outre, à l'un des murs s'appuient encore 9 dieux, qui y montent la garde. À l'arrivée de la barque solaire, ils saluent tous le dieu du Soleil, les serpents retiennent leurs flammes, et le serpent gigantesque ouvre sa porte. Le dieu entre en sûreté dans le nome respectif de l'Hadès, qui se divise ici aussi en trois parties, dont celle du milieu représente le fleuve, celles d'en haut et d'en bas les deux rives avec leur curieuse population de dieux et de fantômes.
Un troisième livre qu'on peut appeler la «Descente du Soleil dans l'Hades» (dit aussi «livre des Cavernes») contient des représentations encore moins attrayantes et plus confuses (Egypte, Guide Karl Baedeker, 1898 - books.google.fr).

Représentation en ronde-bosse de l'âme-Ba, bras levés pour recevoir eau et nourriture des dieux (musée de Hildesheim, Allemagne) - fr.wikipedia.org - Composition de l'être dans l'Egypte antique
Même que nos contemporains de la vallée du Nil ne doutent point que le Ka ne continue à veiller dans la tombe. Convaincus qu'il pourrait les tuer ou les frapper de folie, les détrousseurs cherchent à tromper sa surveillance, à l'endormir par des mots irrésistibles; puis, ils l'attaquent résolument, le mutilent, et quand ils l'ont réduit à l'impuissance, volent et pillent à loisir. L'Ombre n'était point claquemurée avec le cadavre; il lui était loisible d'aller et venir, de prendre le frais sous les sycomores, d'apparaître, bienveillante ou menaçante, suivant l'occurrence. A certains jours, elle recevait de la famille hommage et adorations, des fleurs, de la victuaille aussi. Car le fantôme, privé de tout aliment, n'eût pas manqué de périr, danger à redouter, malgré testaments, malgré fondations sacro-saintes. Pour parer à cette éventualité redoutable, intervenait la Magie, inépuisable en ressources. Puisque la vie de l'individu persistait en l'Ombre, l'Ombre dans le Nom, et le Nom dans l'Image, - hé bien ! l'on réagirait par l'Image elle-même. L'Image affamée se nourrirait d'images, - oui, d'images; elle se repaîtrait aux bas-reliefs sculptés dans la muraille, humerait la silhouette des plats figurés, absorberait l'essence visuelle des aliments substantiels. Restaurez-vous, Seigneurs Pétésis et Ti-Phtah-Hotep ! et vous, dame Nési-Khonsou, allez-y de bon cœur ! Voici pains amoncelés, oies grasses, cuissots de chevreuil, cruches d'eau, flacons de vin, corbeilles de figues et raisins, bouquets de lotus égayant la table... Ouvrez les grands yeux, absorbez le spectacle et bien vous fasse ! Toutefois Ka trouve bien longue la nuit de trente siècles pendant laquelle il faut attendre qu'Osiris renaisse sous forme d'Horus. Dans ses promenades nocturnes de la pyramide de Chéfren à la statue du Sphinx, et de la statue du Sphinx à la pyramide de Chéfren, Ka languit dans l'attente, s'ennuie, s'épuise à regarder s'il ne verra pas enfin poindre les premières lueurs de l'aube ? Les hiéroglyphes représentent le Ka sous la forme d'une figure humaine, surgissant du fond de l'Amenti, levant des yeux, des bras suppliants, vers le Soleil encore invisible. Passons au Ba ou sentiment, l'âme des passions bonnes et mauvaises, l'ensemble des Esprits Vitaux ou Animaux, ainsi qu'on disait au moyen âge, et comme on dit encore aujourd'hui. Ka mangeait et buvait, nourrissait l'organisme, Ba était l'amour et la haine. Il fonctionnait comme intermédiaire entre Ka et Khou ou Chou, lequel Chou, substance éthérée, lumineux rayon, se confondait avec la Raison et l'Intelligence, le Nous ou Pneuma des Grecs. Du corps sortait Ka, de Ka surgissait Ba et de Ba l'impeccable Chou (Élie Reclus, Les croyances populaires, Tome 1 : La survie des ombres, 1908 - books.google.fr, Christian Doumergue, Mythes & symboles cachés dans nos séries préférées, 2020 - books.google.fr).
La porte d'Horus
La fresque égyptienne présente la porte d'un temple égyptien (entrée de la nécropole des pharaons, hypogées d'Akmin) (Couleur de temps, fragments d'histoires, peintures murales en Bourgogne, XIIe-XXe siècles, 2003 - books.google.fr).
Les ailes et le disque solaire d'Horus, symbole religieux de l'Egypte ancienne, surmontent la reconstitution de la porte d'Akhmin (Christian Doumergue, Mythes & symboles cachés dans nos séries préférées, 2020 - books.google.fr).
Les fouilles menées par Urbain Bouriant durant l’hiver 1886-1887 à Akhmîm ont révélé des manuscrits chrétiens du VIe siècle dans un remarquable état de conservation, parmi lesquels des fragments du Livre d'Hénoch, de l'Évangile et de l'Apocalypse de Pierre, les Actes du Concile d'Éphèse, ainsi que de nombreuses autres inscriptions chrétiennes (fr.wikipedia.org - Akhmîm).
Dans un fragment du livre grec d'Henoch trouvé à Akhmin par Bouriant proclame :
Et maintenant voici que les esprits des âmes des hommes qui sont morts élèvent la voix et leur gémissement est monté jusqu'aux portes du ciel. On ne peut se soustraire aux iniquités qui se commettent sur la terre (Jules Baillet, Urbain Bouriant, Le papyrus mathématique d'Akhmîm, Fragments grecs du Livre d'Enoch et de quelques écrits attribués à Saint Pierre, 1892 - books.google.fr).
Moïse et les esprits
Après la sortie d'Egypte, Moïse a voulu empêcher le peuple élu de pratiquer la divination apprise pendant la captivité. On sait que les Egyptiens entraient en rapport avec les âmes (le double spirituel de l'homme) après la mort. Moïse jette l'interdit afin de préserver le peuple de Dieu dans la voie messianique qui était la sienne. Par contre, le Christ n'hésite pas de descendre aux enfers (ceci reste une image), afin d'entrer en contact avec les âmes des défunts. Le spiritisme qui fait de ses communications un article de foi «pratique» (parce qu'expérimenté) peut paraphraser les paroles de saint Paul : «Si vous ne croyez pas aux rapports permanents entre les incarnés et les désincarnés, vaine et inutile est votre foi spirite.» Malgré la calme logique du fondateur du spiritisme, les hommes de l'Eglise ont souvent attaqué les propos d'Allan Kardec. Mal compris dans sa philosophie, comme dans ses intentions, le spiritisme a été taxé de «nouvelle religion» (héritique, évidemment), Allan Kardec étant «le Grand-Prêtre» et les médiums «les prêtres de cette religion». C'est par exemple l'avis de l'abbé Chesnel dans son article publié le 28 mai 1859 dans l'Univers. Allan Kardec lui répond : «Suivez bien mon raisonnement, de deux choses une : ou c'est une réalité, ou c'est une utopie. Si c'est une utopie, il n'y a pas à s'en préoccuper, parce qu'il tombera de lui-même, si c'est une réalité, toutes les foudres ne l'empêcheront pas d'être, pas plus qu'elles n'ont empêché jadis la terre de tourner. S'il y a véritablement un monde invisible qui nous entoure, si l'on peut communiquer avec ce monde et en obtenir des renseignements sur l'état de ceux qui l'habitent, et tout le spiritisme est là dedans, avant peu cela paraîtra aussi naturel que de voir le soleil en plein midi ou de trouver des milliers d'êtres vivants et invisibles dans une goutte d'eau limpide; cette croyance deviendra si vulgaire que vous-même serez forcé de vous rendre à l'évidence. Si, à vos yeux, cette croyance est une religion nouvelle, elle est en dehors du catholicisme; car elle ne peut être à la fois la religion catholique et une religion nouvelle. Si, par la force des choses et de l'évidence, elle devient générale, et il ne peut en être autrement si c'est une des lois de la nature, à votre point de vue il n'y aura plus de catholiques, et vous-même ne serez plus catholique, car vous serez forcé de faire comme tout le monde. Voilà, monsieur l'abbé, le terrain sur lequel nous entraîne votre doctrine (André Moreil, Allan Kardec, sa vie, son œuvre : précédées d'une étude sur le spiritisme, 1986 - books.google.fr, La revue spirite: journal d'études psychologiques et de spiritualisme expérimental, 1859 - books.google.fr).
Si Moïse a défendu d'évoquer les Esprits des morts, c'est donc que ces Esprits peuvent venir, autrement sa défense eût été inutile. S'ils pouvaient venir de son temps, ils le peuvent encore aujourd'hui; si ce sont les Esprits des morts, ce ne sont donc pas exclusivement des démons. Du reste, Moïse ne parle nullement de ces derniers.
Moïse, il est vrai, comprend l'interrogation des morts dans sa défense; mais ce n'est que d'une manière secondaire, et comme accessoire des pratiques de la sorcellerie. Le mot même interroger mis à côté des devins et des augures, prouve que, chez les Hébreux, les évocations étaient un moyen de divination; or, les spirites n'évoquent pas les morts pour en obtenir des révélations illicites, mais pour en recevoir de sages conseils et procurer du soulagement à ceux qui souffrent. Certes, si les Hébreux ne se fussent servis des communications d'outre-tombe que dans ce but, loin de les défendre, Moïse les aurait encouragées, parce qu'elles auraient rendu son peuple plus traitable (Allan Kardec, Le ciel et l'enfer ou la justice divine selon le spiritisme, 1880 - books.google.fr).
L'oie dans la religion égyptienne antique
L'oie était d'abord sacrifiée comme offrande dans les temples, et qu'ensuite au Nouvel Empire elle a été introduite dans les dépôts de fondation en corrélation avec les rites de la fondation d'un temple. Les oies sacrifiées étaient parfois remplacées par des plaques de faïence, de bronze ou de pierre comme dans les dépôts de fondation du temple de Taousert à Thèbes. D'autre part, le rite d'amener des oiseaux vivants et celui du lâcher de quatre oiseaux attestent le rôle de l'oie pour la confirmation du pouvoir royal liée à la fête du dieu Soker. Par ailleurs, la présence de l'oie dans le rite de sss-w5cj «arracher du papyrus» signalerait son rôle d'alarme pour prévenir le défunt des dangers éventuels durant son passage vers l'au-delà. [...]
L'oie protégeait le voyage du défunt vers l'au-delà, qu'il accomplissait au moyen d'une barque. Ainsi, le périple, aussi bien que la barque du défunt, étaient accompagnés et protégés par la présence de ce «Grand Cacardeur» primordial à l'avant ou à l'arrière de la barque où nous remarquons ainsi l'association entre la résurrection du défunt dans l'au-delà et la création du monde figurée par l'oie. Le défunt était donc capable avec l'aide de l'oie d'arriver d'abord aux zones frontalières entre le monde sur terre et celui de l'au-delà, puis ensuite de pouvoir les traverser. Le défunt pouvait également passer dans les zones des marais de papyrus et dans les champs de l'au-delà, parcourir les régions où l'être humain n'avait pas accès grâce à cette oie qui l'accompagnait dans son périple. Toutes ces idées étaient dues à la nature spécifique de l'oie, qui lui permet de survoler, de planer et d'avoir donc une vision majestueuse et dominante, ainsi que sa capacité à vivre dans l'eau (Moustafa Said Zayed, L'oie dans la pensée religieuse de l'Égypte ancienne, de l'Ancien Empire jusqu'à la fin du Nouvel Empire (2700-1085 av. J.-C.), 2017 - archipel.uqam.ca).

Oies de Meïdoum - fr.wikipedia.org
Les animaux en Inde
L'oie et l'éléphant conjoints à la légende franciscaine (Jean Marignolli) de la reine de Saba d'origne asiatique conduisent la curiosité vers la religion hindoue.
La croyance indienne en la réincarnation, c'est-à-dire dans la possibilité qu'a l'âme (ou l'esprit) de l'individu (humain ou animal, peu importe) de réintégrer un corps dans une vie après la mort, conditionnée par la somme accumulée des pensées et des actes de ses vies antérieures et de sa vie présente, est profondément ancrée dans la mentalité indienne. Bien qu'absente des écrits des Veda, ces plus anciens textes sacrés de l'Inde, encore attachés à la simple personnalisation des éléments de la nature, la croyance en la réincarnation fut adoptée très tôt par les philosophes et sages des Upanishad, ces textes d'exégèse qui suivirent la rédaction des Veda, et les brâhmanes ou prêtres du védisme, convaincus de la justesse de ce concept, en répandirent les notions dans le peuple, d'autant plus facilement que des rudiments de cette théorie de la réincarnation existaient certainement parmi les populations de l'Inde bien avant l'arrivée des peuples indo-irâniens dans la vallée du Gange. Les sages du brâhmanisme ne firent que l'affiner et lui donner des bases philosophiques. La morale est donc à la fois religieuse et civile, ces deux aspects étant, dans l'esprit hindou, indissociables en vertu de l'immanence de la Divinité. Les hindous eurent alors tendance à attribuer à leurs divinités des caractères correspondant à des vertus et "états de morale" très divers, et à leur donner des noms et des formes correspondants. [...]
Chaque divinité possède en outre un animal-support (vâhana) qui la symbolise : le taureau blanc Nandî pour Shiva, le vautour Garuda pour Vishnu, l'oie Hamsa pour Brahmâ, l'éléphant à trois têtes Airâvata pour Indra, un tigre pour Durgâ, un bélier pour Agni, une tortue pour Varuna, etc., dont les effigies symbolisent les dieux et leurs parèdres, et reçoivent le mêmes hommages des fidèles qui, grâce à ces attributs et animaux-support, peuvent facilement les identifier (Louis Frédéric, Suzanne Held, Inde: Vision de lumière, 1995 - books.google.fr).
La croyance à la metempsycose a certainement été la raison déterminante de l'horreur des Hindous pour toute nourriture animale, horreur poussée jusqu'au ridicule parmi certaines castes. Chez les fondateurs de la religion, cette loi a eu sans doute quelque but d'hygiène ou de conservation des espèces utiles à l'homme; mais depuis les temps anciens, de telles modifications sont survenues dans notre globe, que ce système d'alimentation est une anomalie et une cause d'abatardissement. Outre cette abstinence générale de toute chair, il existe parmi les castes hindoues une vénération pour certains animaux, comme la vache, le bœuf, le vautour, le cygne, l'oie, le singe, le poisson, l'éléphant, le serpent à chaperon, et une foule d'autres, dont chacun a ses dévots, sans préjudice d'une bienveillance générale pour toutes les espèces. Comme les autres religions, le bramanisme
En regardant de haut cet amalgame de croyances et de pratiques qui constituent la religion indienne, on est porté à y voir avec plusieurs savans le berceau de presque toutes les religions connues. A les analyser en effet, on n'en trouve aucune qui n'ait un chaînon d'attache avec le bramanisme; le judaïsme par ses stipulations hygiéniques; le mahométisme par son fatalisme et ses pratiques d'ablutions; le paganisme par ses quatre âges, puis par une foule d'analogies et de concordances, soit dans les traditions cosmogoniques, soit dans la tendance polythéiste; le culte des Égyptiens par l'adoration envers les animaux; et enfin le pythagorisme par ce grand système de métempsycose et de transmigration qui se mêlait à beaucoup de religions anciennes. En présence d'un concours semblable, n'est-il pas plus rationnel de croire que ce sont là autant de rayonnemens du bramanisme, plutôt que de supposer à ce culte, si stationnaire de sa nature, une série d'emprunts faits tour à tour aux autres cultes ? La preuve historique pourrait se tirer au besoin de l'immuabilité de l'Inde en matière de croyance: le même système de castes et d'adoration, que Diodore, Arrien, Strabon, et avant eux Mégastène et Clitarque, ont constaté pour les siècles d'Alexandre et de Ptolémée, existe encore de nos jours avec ses inflexibles catégories et ses pratiques immémoriales. Les bayadères, les fakirs, les suttis ou bûchers de veuves, toutes ces distinctions, toutes ces atrocités superstitieuses, contre lesquelles viendra se briser la suprématie anglaise, ont survécu au temps et à la conquête. Quand l'Égypte a péri tout entière, religion et mœurs, l'Inde est restée debout, mœurs et religion. Elle n'a pas résisté, elle a plié, puis s'est relevée comme le roseau, et la ruše, la souplesse, la puissance de l'habitude ont plus fait pour elle que la force. Les temples de Memphis et de Thèbes sont au ras du sol; les vieilles pagodes de Bénarès n'ont eu à vaincre que la brutalité des âges (Jules-Sébastien-César Dumont d'Urville, Voyage pittoresque autour du monde: resumé général des voyages de découvertes, Tome 1, 1834 - books.google.fr).
Spiritisme en débat
Voici un aspect étrange et méconnu du XIXe siècle catholique français : celui d'une tradition symbolique, confinant parfois à l'ésotérisme et à l'occultisme, que la mentalité critique avait peut-être trop bien réussi à refouler. Les opposants à l'esprit des Lumières et au Nouveau Régime voyaient dans la science historique, «allemande et protestante», un danger pour la foi chrétienne. L'humanité n'avait pas à se servir de sa raison pour comprendre et transformer le monde. Elle devait, au contraire, retrouver la Révélation primordiale et naturelle que Dieu avait inscrite dans les symboles du langage. Les traces de cette symbolique oubliée ou reniée se trouvaient dans les monuments de l'antiquité chrétienne et du moyen âge, et dans les traditions populaires de la France profonde. D'où l'enthousiasme qui poussa alors nombre de curés de campagne, sociologues, historiens ou archéologues amateurs, à la recherche de ce passé mystérieux, dont on avait perdu la clef.
Tel fut, en particulier, le cas du célèbre Jean-Baptiste Pitra (1812-1889), d'abord professeur au séminaire d'Autun, puis moine de Solesmes et enfin cardinal, l'érudit compilateur du Spicilegium sacrum Solesmense et des Analecta sacra. J.-P. L. montre comment toute la carrière scientifique de Pitra fut marquée par sa découverte de l'«IKHTHUS» sur une pierre tombale paléochrétienne d'Autun. Désormais, il ne cesserait de chercher partout un manuscrit perdu, le Codex Claromontanus, que l'on savait contenir la version latine de la Clef des symboles, un glossaire attribué par la tradition à un évêque du IIe siècle, Méliton de Sardes. Enfin un ami lui en découvrit une copie dans le fonds Barberini, que Pitra édita, annotée par un confrère de Solesmes. Hélas, l'école historique française, à commencer par Mgr Duchesne, eut tôt fait de réduire la prétendue clef de Méliton à une vulgaire compilation d'Augustin, de Jérôme, de Grégoire le Grand et d'Eucher, pour la plus grande désolation du cardinal scandalisé.
J.-P. L., qui a étudié l'ésotérisme de René Guenon, estime que la tradition symboliste représente une démarche intellectuelle toujours valable. Il a donc pris la peine de traduire en français la Clef du (ps.)-Méliton, dont il reproduit également la seconde édition latine (Analecta sacra, t. 2, Paris, 1884). Précédée d'une brillante préface par É. Poulat, l'introduction reconstitue, à partir de la volumineuse correspondance de Pitra conservée aux abbayes de Solesmes et de Ste-Marie de Paris, une partie du réseau d'amis et de disciples de cette personnalité hors du commun. L'index biographique qui termine le volume aide le lecteur à situer bien des noms oubliés des XIXe et XXe siècles (André De Halleux, Jean-P. Laurant, Symbolisme et Écriture. Le cardinal Pitra et la «Clef» de Méliton de Sardes. Préface d'Emile Poulat, 1988. In: Revue théologique de Louvain, 20? année, fasc. 3, 1989 - www.persee.fr).
Sur la question qui nous occupe, le célèbre évêque d'Hippone, saint Augustin, n'est pas moins affirmatif. Dans ses Confessions, il parle de ses efforts infructueux pour renoncer à sa vie de débauche. Un jour qu'il priait Dieu avec ferveur pour qu'il l'éclairât, il entendit subitement une voix lui répéter à différentes reprises ces mots : «Tolle et lege, prends et lis.» S'étant assuré que ces paroles ne provenaient pas d'un être vivant, il fut persuadé que c'était un ordre divin lui disant d'ouvrir les saintes Ecritures et d'y lire le premier passage qui tomberait sous ses regards. Ce furent des conseils de saint Paul sur la pureté des moeurs. Dans ses lettres, le même auteur mentionne des «apparitions de défunts, allant et venant dans leur demeure accoutumée, - faisant des prédictions que les événements réalisent». Son traité De Cura pro mortuis parle en ces termes des manifestations des morts : «Les esprits des morts peuvent être envoyés aux vivants; ils peuvent leur dévoiler l'avenir qu'eux mêmes ont appris, soit par d'autres esprits, soit par les anges, soit par une révélation divine.» Dans sa Cité de Dieu, au sujet du corps lucide, éthéré, aromal, qui est le périsprit, il parle des opérations théurgiques, qui le rendent propre à communiquer avec les esprits et les anges et à recevoir des visions. Saint Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nysse, dans son Discours catéchétique, saint Jérôme lui-même, dans sa controverse fameuse avec Vigilantius le Gaulois [de Saint Bertrand de Comminges], se prononcent dans le même sens. Saint Thomas d'Aquin, l'Ange de l'école, nous dit l'abbé Poussin, professeur au séminaire de Nice, dans son ouvrage : Le Spiritisme devant l'Eglise (1866), «communiquait avec les habitants de l'autre monde, avec des morts qui lui apprenaient l'état des âmes auxquelles il s'intéressait, avec des saints qui le réconfortaient et lui ouvraient les trésors de la science divine». L'Eglise, par la voix des conciles, crut bon de condamner les pratiques spirites lorsque, de démocratique et populaire qu'elle était à l'origine, elle devint despotique et autoritaire. Seule elle voulut posséder le privilège des communications occultes et le droit de les interpréter. Tous les laïques convaincus de rapport avec les défunts furent persécutés comme sorciers et brûlés (Léon Denis, Christianisme et Spiritisme, 1920 - www.psychaanalyse.com).
Dès 1853, l'évêque de Viviers, devenu le cardinal Guibert, archevêque de Paris, signalait le caractère et les dangers des tables tournantes. Puis ce fut à quelques mois d'intervalle l'évêque du Mans, théologien, puis les évêques d'Autun, de Cambrai, de Rouen, de Marseille, de Verdun, d'Albi, de Rennes, d'Orléans, de Dijon, de Poitiers. Les Revues spirites de 1862-63 sont pleines d'indignation contre les attaques quotidiennes et violentes dont le spiritisme est l'objet du haut de la chaire. En des études particulières, des religieux, les abbés Bautain, Thiboudet, Lecanu, Poussin, les PP. Matignon et Pailloux ont conclu à l'intervention diabolique, appuyés par une cohorte de pieux laïcs, MM. de Benezet, de Mirville, etc. L'Eglise n'a jamais dévié de cette ligne de pensée tôt adoptée. Si elle admet la production frauduleuse de beaucoup de faits spirites, elle reconnaît un «résidu» irréductible qu'elle condamne vigoureusement comme œuvre du démon. Le clergé dans son ensemble suivit la hiérarchie et les abbés imprudents que les tables tournantes avaient attirés au début abandonnèrent tout commerce avec les Esprits. C'est une exception que mentionne fièrement le Livre d'Or des pionniers du spiritisme en la personne d'un abbé Rocca, «chanoine,prêtre tolérant et profondément charitable qui, au congrès spirite de 1899, prit la parole pour affirmer ses croyances spirites et chrétiennes» (Yvonne Castellan, Le spiritisme, 1995 - books.google.fr).
Le péché originel, tel que l'entend le spiritisme ne ressemble en rien à celui que nous enseigne la foi catholique. D'après le spiritisme, nous expions, dans l'état présent, des fautes d'une existence antérieure; notre vie d'aujourd'hui est peut-être une vingtième, une trentième incarnation; mais les fautes que nous expions sont essentiellement personnelles et constituent dès lors, bien que nous n'ayons aucune conscience de les avoir commises, de véritables péchés actuels.
Le dogme de l'éternité des peines est plus clairement nié : «Toutes les âmes, nous dit la doctrine spirite, arriveront infailliblement au bonheur éternel, après une série plus ou moins longue d'incarnations et d'épreuves.» (G. Canet, SUR LES RAPPORTS DE L'HOMME ET DU DÉMON (FIN.), Revue catholique d'Alsace, 1886 - books.google.fr).
Canet est chanoine honoraire d'Autun, Aumônier de la Visitation de Mâcon.
M. Dalmazzo a pour collaborateurs un certain nombre de personnes très attachées au culte catholique, parmi lesquelles on compte même plusieurs prêtres. Après vingt-huit années d'études théoriques et pratiques, il est persuadé que c'est seulement en évoluant vers le christianisme, tel que le professe l'Eglise romaine, que le spiritisme acquerra le pouvoir de porter remède à «l'état actuel de la pauvre société européenne».
Il pose comme irréfutables les principes suivants :
La doctrine chrétienne est celle qui a le plus d'efficacité pour ramener dans la route du bien les créatures dévoyées; c'est même peut-être la seule qui ait qualité pour accomplir cette rénovation de l'homme mauvais. Puis, le culte romain est le plus parfait de tous et le seul définitif parce qu'il a, dans ses rites symboliques, synthétisé, en les quintessenciant, les traditions de tous les antiques paganismes de l'Orient. Enfin, les doctrines spiritistes ont, de tout temps, été latentes sous l'écorce exotérique du catholicisme; n'oublions pas les communications médianimiques dont furent favorisés François d'Assise, Antoine de Padoue, et sainte Brigitte et sainte Hildegarde et sainte Elisabeth surtout. C'est donc en Jésus seul que réside la vérité. Le Christ a pu être parfois mal compris ou mal représenté, mais il n'en est pas moins, comme l'écrit Tertullien (dans une phrase qu'en France M. l'abbé Roca cite souvent), la solution de toutes difficultés
Avec l'abbé Almignana, M. Dalmazzo pense que la fréquence de plus en plus marquée des phénomènes spirites, loin d'être attribuable à Satan, est voulue par Dieu pour enrayer la propension universelle des esprits incarnés en ce temps, à s'enliser en les fanges du matérialisme pour purifier l'humanité des miasmes qui l'ont infectée depuis qu'elle a oublié les principes du christianisme. Et si le Ciel, pour se manifester, a choisi ce procédé, c'est que c'est le seul dont l'immédiate objectivité ait pouvoir d'ébranler des esprits, sur lesquels nul dogme métaphysique, nul précepte moral n'ont plus de prise. En conséquence, il faut éclairer surtout les prêtres, les amener à pratiquer activement le spiritisme, afin que, loin de s'efforcer comme le font la plupart d'entre eux, de s'opposer au flot du spiritualisme scientifique, ils avisent à le canaliser vers Rome. Quant aux laïques, qu'ils pratiquent la tolérance la plus large; que tout homme sincère ait le droit de défendre ses opinions et de travailler à les propager par les moyens les plus efficaces (Compte-rendu du Congrès spirite et spiritualiste international tenu à Paris du 9 au 16 septembre 1889, 1890 - books.google.fr).
Paul Le Cour s'intéresse aux phénomènes spirites. Il se tourna vers la recherche des explications, de la métaphysique, il y consacra dix ans de sa vie de 1908 à 1918. Il fréquenta un groupe sérieux d'expérimentation médiumnique, étudiant les phénomènes spirites de métapsychiques, voulant voir par lui-même la réalité de ces phénomènes, ou découvrir l'imposture. Il a raconté le résultat de ses expériences dans son livre «Manifestations posthumes». Il collabora aux Annales des sciences psychiques. Cette Société avait pour but de centraliser tous les faits expérimentaux se rapportant aux sciences psychiques, et de centraliser toutes les recherches et critiques sur les phénomènes de télépathie, lucidité, prémonition, médiumnité, etc. C'est en 1918 qu'il reçoit notamment des communications de nature métapsychique de Louis-Claude de Saint Martin, qui se présente comme "le Philosophe Inconnu". Ce n'est que plus tard que Paul Le Cour pourra prendre connaissance de la vie et des œuvres de ce théosophe du XVIIIe siècle. Elles l'inspireront et trouvera la confirmation de nombreuses de ses intuitions (Paul Le Cour - regardsdupilat.free.frr).
Or, il y a un parallélisme à établir entre les «taches» du soleil, qui sont en réalité des ouvertures dans la photosphère, laissant sortir des torrents d'électrons, et le cœur percé du Christ laissant couler l'eau et le sang. L'association du cœur et du soleil (cœur de l'organisme du système où il anime et entretient la vie par sa lumière, sa chaleur et son magnétisme) existait chez les Mayas du centre Amérique. «Le Dieu solaire portait le nom d'Ourakan (AOR-AGNI) et il était le cœur du ciel», dit Constantin Balmont (Visions solaires). Il fut particulièrement en honneur chez les Egyptiens. Le manuscrit de Leyde déclare, à propos d'Ammon-Ra, le Dieu soleil : «Son cœur connaît tout.» Et, de son cœur, le Dieu soleil avait fait neuf parts. La notion de l'ennéade sacrée existait donc en Egypte comme dans les pays du Nord. D'autre part, Horus, fils d'Isis, que l'on peut assimiler au Christ, était considéré comme le cœur de la divinité solaire qui porta aussi le nom de ON désignant l'unité dans la langue primitive. Le hiéroglyphe désignant le cœur en Egypte était un vase. N'est-il pas significatif que le prochain signe zodiacal où le soleil va pénétrer soit figuré par un homme (Ganymède) tenant un vase dont il verse le contenu sur la terre ? N'y a-t-il pas là l'indication d'une nouvelle effusion du cœur-soleil en rapport avec la dévotion au Sacré-Cœur instituée au XVIIe siècle en France. Et cela ne préfigure-t-il pas une nouvelle effusion de la Révélation primitive ? Nous avons assez de preuves que notre religion chrétienne est solaire pour ne pas nous étonner de voir le cœur du ciel devenir le Sacré-Cœur. Et n'est-il pas étonnant de voir que l'emblème du Sacré-Cœur (que portèrent les Chouans et le P. de Foucault), composé d'un cœur surmonté d'une croix, existait en Egypte ? J'ai vu, en effet, des amulettes exactement semblables dans les musées de Marseille et de Nantes (Paul Le Cour, Dieu et les dieux, Dieu existe-t-il ?, 1944 - books.google.fr, Le Prieuré de Sion - Prologue - Hiéron Val d’Or : constance et inconstance dans le Verseau - books.google.fr).
Sarachaga et Kaspar Hauser
Aujourd'hui, le journal «Germania», pour expliquer sa précédente déclaration, souligne que la demande adressée directement au gouvernement grand-ducal de Bade par un important quotidien libéral d'Allemagne du Nord – visant à reléguer définitivement l'histoire de Kaspar Hauser au rang de légende – a été ignorée : «Le moyen le plus simple de dissiper à jamais les rumeurs infondées concernant Kaspar Hauser nous semble être le témoignage sous serment du baron von Uria-Sarachaga, résidant actuellement à Karlsruhe (Bade). À la mort du major Hennehofer, que l'opinion publique considérait comme un acteur majeur de la prétendue destitution du prince, le baron von Uria a reçu l'ordre du gouvernement du Bade de confisquer immédiatement tous les documents d'Hennehofer et de les remettre à Karlsruhe. La publication de ces documents (s'ils n'ont pas déjà été détruits) pourrait également mettre un terme rapide aux rumeurs.» (traduction Google) (Würzburger Journal, 3 avril 1875 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Alexis de Sarachaga).
Sarachaga y María Micaela Uría tuvieron dos hijos : Jorge (1810) y Mariano (1811) (Francisco José Martínez Carrión, María Micaela Uría y Alcedo Sopuerta, Vizcaya, 1786 - París. Francia. 1848 - diccionariobiograficodecastillalamancha.es).
Mariano von Uria, eigentlich Mariano Baron von Saráchaga-Uria (25. September 1812 in Valencia; 7. Juni 1876 in Karlsruhe) war ein badischer Verwaltungsjurist und Hofbeamter (de.wikipedia.org - Mariano von Uria).
Mariano est l'oncle d'Alexis.
Nerval et la comtesse des Ténèbres
A Hélène de Mecklembourg. Daté de Fontainebleau, mai 1837, ce sonnet mêle plusieurs scènes, qui ont en commun les malheurs de la monarchie. Premier tableau, l'Archiduchesse Sophie naguère amie du duc de Reichstadt, (morte en 1872), veut sauver les petits prisonniers du Temple : Louis XVII et Marie-Thérèse de Bourbon, future duchesse d'Angoulème; c'est le crépuscule des dieux. Cette dégénérescence justifie aux yeux des grands conquérants le coup de force de l'Empereur : Charlemagne, attentif à ses pas triomphants, Crie à Napoléon que Charles-Quint pardonne. Climat poétique qui semble annoncer Les Burgraves; l'Usurpateur est comme sanctifié par la raison d'état, aux «yeux morts» de l'aïeul. Sur un manuscrit des Vers Dorés, Nerval a dessiné le monogramme de Karolus Magnus (K.R.L.S.), comme pour placer son poème sous la protection de Charlemagne, Eginhard et Alcuin, trois détenteurs et professeurs de sagesse. Mais deux rois à la grille attendent en personne; Quel est le souvenir qui les tient si tremblants Que l'aïeul aux yeux morts s'en retourne à pas lents Dédaignant de frapper ces pêcheurs de couronnes ? Nerval fait preuve ici d'une violence satirique trop rare chez lui. Peut-être la tient-il de son ami Méry, qui, avec Barthélemy, avait tenu la gageure de publier chaque dimanche la gazette rimée, et fort richement, de La Némèsis, ce précurseur des Châtiments ? Cette façon de fustiger Louis XVIII et Charles X, rois tremblants qui attendent à la grille l'instant favorable pour pêcher furtivement leur couronne en eau trouble, ne manque pas d'énergie dans l'invective. Le souvenir est triple : celui du 18 Brumaire et de la lettre de Napoléon à Louis XVIII : «Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France; il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres»; et surtout celui du retour de l'Ile d'Elbe. O Médicis ! les temps seraient-ils accomplis ? Tes trois fils sont rentrés dans ta robe aux grands plis; Mais il en reste un seul qui s'attache à ta mante. (André Lebois, Fabuleux Nerval, 1972 - books.google.fr).
Hélène Louise Élisabeth de Mecklembourg-Schwerin, née le 24 janvier 1814 et morte le 17 mai 1858, épouse de Ferdinand-Philippe d'Orléans (1810-1842), prince royal et duc d'Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe, est une personnalité de la monarchie de Juillet (fr.wikipedia.org - Hélène de Mecklembourg-Schwerin).
Nerval a puisé ces notions sur l'être dans Novalis et nous croyons en avoir trouvé une preuve dans son oeuvre. Dans les Autres Chimères de Nerval, poèmes posthumes dont le ton prophétique fait plutôt penser aux Centuries de Nostradamus, on trouve deux femmes, une princesse et une reine qui appartiennent à la même famille. Hélène de Mecklembourg, "la princesse saxonne", épouse en 1837 le duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe; elle symbolise l'espoir des Français pour "les derniers Capets". Le sonnet intitulé "A Hélène de Mecklembourg" (Oe.1,40) semble avoir été écrit à l'occasion des noces car il est daté : Fontainebleau, mai 1837. L'autre femme appartient à l'illustre famille des grands-ducs de Saxe, c'est la reine Louise, née Louise de Mecklembourg-Strelitz, épouse du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Cette souveraine bonne et simple était admirée du peuple allemand de même que de Novalis, dont elle était la contemporaine. A notre avis, c'est à elle que s'adresse le septième sonnet des Autres Chimères, intitulé "A Louise d'Or., Reine", une autre version du sonnet Horus des Chimères. Dans ce sonnet, il est question d'Isis, la reine des cieux, mère d'Horus, l'enfant-sauveur du monde, c'est-à-dire Aurélia pour Nerval ou Sophie pour Novalis. Nous pensons que Nerval a toujours, à dessein, brouillé les pistes dès qu'il approchait de "la salle du trésor"; nous en avons une première indication dans l'abréviation énigmatique "d'Or." qui donne l'apparence d'être pour "d'Orléans" mais en vérité est symbolique de l'or; celui de "la reine au coeur d'or" de même que celui de l'Age d'Or dont Isis serait la future souveraine sans oublier que l'or est le symbole alchimique de la noblesse et de la pureté de l'âme. Nous croyons que Nerval a établi un parallèle entre ces deux princesses en intervertissant leurs noms Hélène de Mecklembourg, duchesse d'Orléans, étant dans l'esprit de Nerval une réincarnation de Louise de Mecklembourg, la reine au coeur d'or. Dans le sonnet "A Louise d'Or.", Horus est remplacé par Napoléon et c'est là une deuxième indication car Louise avait soutenu son époux dans sa résistance à Napoléon. C'est ce que nous croyons comprendre par "Napoléon m'appelle" du neuvième vers (Oe.I, 43); cette mention semble éliminer la possibilité que ce sonnet se soit adressé à Louise d'Orléans, reine des Belges, étant donné que cette dernière n'avait que trois ans lors de la défaite de Napoléon et dix ans lors de sa mort. Un commentaire de Friedrich Hiebel à propos du thème de la simultanéité de l'être chez Novalis nous fournit les données d'un des parallèles les plus étonnants que nous puissions établir entre Nerval et Novalis. D'après lui, dans les pensées intitulées Glauben und Liebe (Foi et amour) comme dans le poème "der Sterbende Genius" (le génie mourant) sont exprimés les sentiments de Novalis qui voyait dans la reine Louise (1774-1810) une autre incarnation de sa bien-aimée Sophie et dans le roi Frédéric-Guillaume III, son époux, un autre lui-même. Paul Kluckhohn dans son introduction aux Oeuvres de Novalis avait déjà relevé ce fait étrange : hat sich In dem Gedicht 'Der Sterbende Genius' des Zyklus "Blumen", die Verschmelzung der Königin mit seinem Schutzgeist Sophie vollzogen. (N.S.1,22) (Dans le poème "le génie mourant" du cycle "Fleurs", ...s'est produit la fusion complète de la reine avec Sophie, son génie tutélaire). Nous croyons, pour notre part, que Nerval avait réussi à si bien s'identifier à Novalis que sous les traits de Jenny il voyait non seulement Isis mais aussi Sophie et la reine Louise comme manifestations successives et simultanées de la même divinité. Ces notions étranges sont très importantes pour comprendre le système philosophique des deux poètes (Simone Guers, Nerval et la patrie perdue, 1990 - books.google.fr, Gérard de Nerval, À Hélène de Mecklembourg, Le Figaro (Le Supplément littéraire) du 13 décembre 1924 - fr.wikisource.org).
Le Mecklembourg n'est pas particulièrement saxon, hormis les alliances matrimoniales.
Le corps de la comtesse des Ténèbres est exhumé avec le concours du médecin-major Von Mielecki du 6e régiment de Thuringe le 8 juillet 1890. Elle avait été enterrée le 28 novembre 1837, sur la pente du Schülersberg à Hildburghausen, capitale d’un de ces huit minuscules duchés saxons de Thuringe qui avaient refusé de se fondre dans le royaume de Saxe.
La comtesse des Ténèbres (= la Dunkelgräfin) vécut plus de 30 ans à Eisenhausen chez le duc Frédéric et la duchesse Charlotte de de Saxe-Hildburghausen, lui prodiguant pendant trente années leur protection particulière. Leur petite-fille, Marie (1818-1907), dernière souveraine de Hanovre, a écrit que ses grands-parents et son père étaient persuadés qu'elle était la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette (L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Numéros 563-573, 1999 - books.google.fr, Patrick Ravignant, La comtesse des ténèbres, 1979 - books.google.fr).
La légende perdure encore selon laquelle Marie-Thérèse de France aurait fait l'objet d'une substitution à sa sortie de la prison du Temple. Une autre personne aurait pris sa place, la véritable Marie-Thérèse de France serait la fameuse comtesse des Ténèbres qui vécut en Allemagne, dans le duché de Saxe-Hildburghausen, jusqu'à sa mort en 1837. C'est de là que naquit «L'Affaire Lambriquet» évoquée par Frédéric de Saxe-Altembourg dans son livre «L'énigme de Madame Royale», daté de 1954. Ce dernier aurait découvert l'histoire de Philippine Lambriquet surnommée Ernestine par Marie-Antoinette dans le livre de Montjoye publié en 1797. Ernestine Lambriquet aurait été substituée à Marie-Thérèse et serait devenue la duchesse d'Angoulême. Frédéric de Saxe Altenbourg a développé la thèse de la substitution, soutenant qu'Ernestine Lambriquet aurait pris la place de Madame Royale. Celle-ci passa son adolescence dans la prison du Temple. Elle n'apprit la mort de ses parents et de son frère qu'en juillet 1795 et fut libérée le 19 décembre 1795, en échange de prisonniers français détenus par l'Autriche. L'échange aurait été organisé, à Bâle le 26 décembre 1795 et ce serait là qu'aurait eu lieu ledit échange. La toute nouvelle Madame Royale partit ensuite à la Cour de Vienne. Pour quelles raisons ? Le traumatisme de la Révolution française aurait été tel qu'elle aurait préféré changer d'identité avec celle qui était devenue sa demi-sœur, pour pouvoir vivre à l'abri des regards. Pour les tenants de la thèse de la substitution, Madame Royale aurait été remplacée pour dissimuler un enfant conçu lors de son emprisonnement au Temple. Louis XVIII et Charles X auraient parfaitement été au fait de la supercherie. Sa demi-sœur Ernestine Lambriquet aurait pris sa place : étant du même âge qu'elle et ayant reçu la même éducation, elle était candidate idéale. C'est qui elle aurait épousé le duc d'Angoulême à Vienne. La véritable fille de Louis XVI se serait cachée sous le nom de Sophie Botta. Cette comtesse des Ténèbres vécut recluse dans un château de Thuringe, de 1807 à 1837, date de sa mort supposée (Aude Péraud-Rousselet, Les femmes à Versailles, XVIIe-XVIIIe siècles, 2025 - books.google.fr).
Charlotte Georgine Louise Frédérique de Mecklembourg-Strelitz, née le 17 novembre 1769 à Hanovre et morte le 14 mai 1818 à Hildburghausen, est une princesse allemande, duchesse-consort de Saxe-Hildburghausen par mariage, de 1785 à 1818 (fr.wikipedia.org - Frédéric Ier de Saxe-Hildburghausen).
Elle est la sœur de Louise "d'Or." (si c'est Louise de Mecklembourg-Strelitz). Saxonne par alliance, princesse de Saxe.
Au cours des XVe et XVIIIe siècles, le duché de Mecklembourg fut à différentes reprises divisé entre les héritiers de différentes maisons ducales.
Le duché de Mecklembourg-Strelitz (en allemand : Herzogtum Mecklenburg-Strelitz) fut une principauté du Saint-Empire romain jusqu'en 1806, puis un membre de la confédération du Rhin. Il naît en 1701, date à laquelle le duché de Mecklembourg fut divisé en deux entités indépendantes : Mecklembourg-Strelitz et Mecklembourg-Schwerin formant conjointement l'État impérial de Mecklembourg.
Le duché a existé pendant plus de 100 ans, jusqu'à l'élévation du duc de Mecklembourg-Strelitz au titre de grand-duc régnant à la suite du congrès de Vienne en 1815. Sa capitale fut Neustrelitz, résidence de la maison de Mecklembourg (fr.wikipedia.org - Duché de Mecklembourg-Strelitz).
La reine Marie-Antoinette adresse le 10 octobre 1785, alors que le duc de Normandie vient d'être inoculé, à la princesse Charlotte ses compliments au sujet du mariage de sa belle-fille la princesse Charlotte-Georgine-Louise-Frédérique, fille du premier mariage de Charles II de Mecklembourg avec Frédérique de Hesse-Darmstadt, sœur de la nouvelle épouse. Charlotte-Georgine-Louise-Frédérique de Mecklembourg s'était mariée le 3 septembre 1785 au duc régnant de Saxe-Hildburghausen. Cette jeune princesse était l'aînée des filles du prince Charles de Mecklembourg, gouverneur de Hanovre.
La reine avait, pour cette princesse morte le 12 décembre 1785, la plus tendre amitié; elle en conservera toute sa vie le souvenir et le regret. (Gustave Armand Henri de Reiset, Lettres inédites de Marie-Antoinette, 1876 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Charles II de Mecklembourg-Strelitz, fr.wikipedia.org - Charlotte de Hesse-Darmstadt).
Si Nerval allusionnait au sujet de la comtesse des Ténèbres, on ne serait pas étonné. Mais on ne trouve pas d'intérêt porté à Louis XVII ou à Naundorff par Charlotte, même si sa belle-mère était une proche de Marie-Antoinette.

Carl Christian Vogel von Vogelstein, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, vers 1815 - fr.wikipedia.org
Naundorff
Ainsi que l'écrivait Vulliaud, «le Naundorffisme, dans son histoire, a toujours un peu conservé des rapports avec des exaltations religieuses qui devaient profiter à la politique. Cette relation se retrouve encore à Paray-le-Monial où les Naundorff consacrent la France au Sacré-Cœur. La Revue fondée par le R. P. jésuite Drevon et continuée par ses disciples, le Règne de Jésus-Christ, inséra qu'elle considérait l'adresse de Naundorff à la Nation française datée de Paray-le-Monial, le 16 décembre 1884, comme un des signes précurseurs d'une nouvelle ère chrétienne possible.
Je serais curieux d'avoir sur la Revue «Le Règne de Jésus-Christ», l'opinion des personnes qui font âprement campagne contre les doctrines religieuses des «Entretiens Idéalistes». J'ai rarement rencontré dans une Revue catholique, honorée de toutes les approbations les plus hautes, autant d'opinions à tout le moins singulières et inattendues. J'ajouterai que rarement, entre parenthèses, j'ai eu l'occasion de trouver une aussi grande envergure de pensée dans un organe catholique. Ceci dit en passant. Ai-je besoin de dire que je ne partage pas toutes les idées des curieux publicistes de cette Revue ignorée qui semble bien avoir eu peu d'influence et dont le langage s'adressait souvent à des «initiés», et particulièrement leurs idées dont l'orthodoxie particulière m'a étonné quelquefois.
Lorsqu'on sait que l'opinion politique se fabriquait beaucoup en ce temps à coup de prophéties d'une source mensongère l'adhésion reste suspendue. Si la prophétie était l'expression d'une politique ambitieuse, elle fut quelquefois aussi l'organe de l'escroquerie. Témoin, l'affaire connue sous le nom de «communauté du Sacré-Cœur de Jésus Pénitent à Loigny». Des aigrefins avaient persuadé à un riche vieillard de Lyon que Louis XVII n'était pas mort au Temple, et que le véritable roi de France habitait Bréda et qu'il s'appelait Charles de Bourbon. Le vieillard, M. Jordan, envoya des sommes importantes à Bréda et un journal pour la cause naundorffiste fut fondé. Il eut deux numéros, par suite des opinions hétérodoxes qui s'y trouvaient. M. Jordan était avant tout catholique. C'est à ce moment que les voyantes mystico-politiques entrèrent en scène. Elles révélaient l'avènement prochain du grand Roi, Charles de Bourbon. Mais à la suite de certaines observations du «Grand Roi», on en vint aux invectives. La prophétie dès lors cessa de recommander la cause de Charles de Bourbon. Et la Sybille parla mal de sa Majesté. Nous n'avons relaté cette anecdote sur le Naundorffisme qu'à titre d'incident» (P. Vulliaud, Autour de la question de Naundorff-Louis XVII, Les Entretiens idéalistes, revue mensuelle d'art et de philosophie, Volumes 9-10, 1911 - books.google.fr).
Des liens familiaux très proches unissent la famille de Louis XVI à la Maison royale de Saxe. La famille "Naundorff" s'est installée depuis avril 1834 à Dresde, capitale du Royaume de Saxe, sur lequel règne la Ligne Albertine de la Maison de Saxe. En octobre 1836, c'est le Roi Frédéric-Auguste II qui règne (il est monté sur le trône en septembre) et il est le propre cousin issu de germain de Louis XVII. Il fait entrer Charles-Edouard, l'aîné des fils du mariage "Naundorff"-Einert, comme élève-officier à l'Ecole Royale des Cadets à Dresde, école réservée aux jeunes nobles : on imagine mal le Roi y introduisant le fils d'un horloger prussien, a fortiori d'un imposteur prétendant être son proche parent Bien mieux, presque d'emblée, on confie à Charles-Edouard le commandement d'un groupe de vingt et un cadets. Cette éclatante faveur royale amène à la famille "Naundorff" de nouveaux amis... Naundorff est ou n'est pas le Roi de France, mais je désire sincèrement que tous ses voeux se réalisent !" Là aussi, il était difficile d'être plus clair. Tour à tour, les Bourbon de Prague ou plutôt leur entourage, puis l'ambassadeur de Louis-Philippe à Dresde intriguent auprès du gouvernement saxon pour faire expulser "la famille Naundorff". Il leur est répondu que, justifiant de ses moyens d'existence et ne méritant nul reproche, cette famille continuera à jouir des privilèges accordés aux étrangers en résidence régulière dans le pays. Prague fait alors intervenir la Prusse, puissant voisin de la Saxe : le gouvernement prussien somme le gouvernement saxon d'expulser la malheureuse famille, considérée comme ressortissante prussienne ! Cédant à la menace, le gouvernement de Saxe prend une décision d'expulsion mais ne l'exécute pas : une décision ministérielle du 23 août 1837 laisse à "Mme Naundorff" et à ses enfants un délai jusqu'en mars 1838. Avant l'expiration de ce délai, la Duchesse de Normandie et ses enfants trouveront, grâce à M. Brémond, un asile digne d'eux, au Château de Grand-Clos, dans l'hospitalière Suisse. Regretté de ses maîtres et de ses condisciples, Charles-Edouard quitte l'Ecole des Cadets, après un an et demi de formation militaire. Par la suite, en maintes circonstances, la Maison de Saxe manifestera toujours des égards particuliers aux Bourbon de Hollande. Le Grand-Duc Charles-Alexandre-Jean-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach régna de 1853 à 1901; il était le neveu des tsars de Russie Alexandre 1er et Nicolas 1er et du roi Guillaume II des Pays-Bas et le beau-frère de l'empereur d'Allemagne Guillaume 1er et du roi Guillaume III des Pays-Bas; il entretint une correspondance suivie avec le Prince Adelbert de Bourbon, avant-dernier fils de "Naundorff" : dans ses lettres il l'appelait "Mon Cousin"; il l'invitait à ses chasses en compagnie d'une douzaine de Princes de Maisons souveraines. Il avait épousé sa cousine germaine, sœur de Guillaume III des Pays-Bas. Quand le roi Guillaume III se remaria avec la Princesse Emma de Waldeck (de ce mariage devait naître la Reine Wilhelmine), le Grand-Duc Charles-Alexandre vint à La Haye pour les cérémonies; il fit arrêter sa voiture devant le régiment où servait comme officier le même Prince Adelbert de Bourbon, le fit sortir des rangs, lui tendit la main et eut une conversation avec lui (Xavier de Roche, Louis XVII, des documents, des faits, des certitudes, 1785-27 mars 1986, 1986 - books.google.fr).
Un reporter de l'Eclair est allé voir M. Jules Bois et raconte son entrevue dans le numéro du 2 février dernier : - Vous savez, nous dit Jules Bois, qu'Allan Kardec n'est pas le père du spiritisme ? - Ah! mon Dieu, qu'est-ce que vous dites là ? Parlez-vous gravement - Si, je parle sincèrement... J'ai des preuves... Le père du spiritisme n'est autre que le fameux Naundorff. Je fus mis sur cette piste par M. Otto Friedrichs, ce savant historien de la cause. J'en ai déjà parlé chez feu la duchesse de Pomar, dans une conférence que je fis pour la noble dame. Celui qui mourut à Delft le 10 août 1845 est l'ancêtre de ce mouvement…
L'évolution mystique de ce prétendant eut comme résultat de disséminer ses principaux partisans, tous vieux catholiques très respectueux de l'Eglise, appartenant à la plus authentique noblesse et au clergé le plus susceptible. Ils signifièrent à celui qu'ils croyaient le Dauphin d'abandonner son hérésie, sinon ils lui retireraient leurs subsides. Naundorff agit bien étrangement pour un imposteur : il persista dans l'hérésie et retomba dans la plus sordide pauvreté. Il continua si bien que l'Eglise s'en mêla et acheva de le discréditer. Le pape Grégoire XVI, le 8 novembre 1843, dans un bref dirigé contre un autre hérétique du nom de Vintras, dont on a assez parlé récemment, bref adressé à l'archevêque de Tours, condamna la dangereuse doctrine… De telles opinions ne devaient pas en effet plaire au Saint Siège et il est assez naturel qu'il ait excommunié Naundorff. Devons-nous ajouter que ce qui a jeté tant d'obscurité sur les doctrines de ce précurseur, c'est que ses partisans eux-mêmes tiennent cachée cette particularité de sa pensée et de sa vie ? La Légitimité, journal officiel des Naundorff, à Bordeaux, et dirigé par des prêtres, ne parle jamais qu'à demi-mot du néo-spiritualisme de son Roy.
Nous ajoutons, dit l'Eclair : - C'est du spiritisme, d'accord, mais sans tables tournantes. C'est du spiritisme comme on en faisait au dix-huitième siècle et bien avant. C'est du spiritisme comme on en voit dans le livre intitulé le Comte de Gabalis. Les spirites qui interrogent les tables continueront à croire que le père du spiritisme est bien Allan Kardec qui a prétendu leur dire pourquoi elles tournent.
Dans le Temps du 5 février, M. Adérer raconte qu'il a été voir M. Sardou, lequel était alors à la veille de faire jouer sa nouvelle pièce Spiritisme :
- Et à propos de doctrine, dis-je, que pensez-vous de l'affirmation de M. Jules Bois, qui dit que Naundorff est l'inventeur de la doctrine, avant Allan Kardec ? M. Sardou éclate de rire: - Ce n'est pas sérieux, dit-il. Naundorff, pas plus que Vintras et qu'Allan Kardec lui-même, n'ont inventé la doctrine spirite des incarnations et des réincarnations successives. Elle est vieille comme le monde: vous la trouverez chez les philosophes grecs, chez les alexandrins, jusque chez les pères de l'Église (Osmond, La séquelle de Simon le magicien, La légitimité, Volumes 14 à 15, 1897 - books.google.fr).
Jeanne Marie Amélie Naundorff, dit aussi Jeanne Marie Amélie de Bourbon, née le 31 août 1819 à Spandau et morte le 28 décembre 1891 à Messac, est le premier enfant de Karl-Wilhelm Naundorff, le plus célèbre de ceux qui, au XIXe siècle, prétendirent être le dauphin Louis XVII, fils du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette d'Autriche, officiellement mort à la Tour du Temple.
Le 15 juillet 1876 à Bréda, elle épouse Abel Laprade (22 septembre 1818 à Lussac-les-Châteaux – 29 septembre 1897 à Mazerolles), veuf d'Aline Merlin-Chabant. Le couple n'a pas d'enfants.
C’est elle qui fonde en 1883 le journal La Légitimité pour soutenir la Cause de son père, dont la publication durera jusqu’après 1940. Elle se charge également de l’éducation de ses neveux, les enfants de son frère Charles-Edmond, décédé en 1883.
Après le décès du fils aîné de Charles-Édouard, célibataire, c’est encore elle qui influencera son frère Louis-Charles (marié, sans enfant) pour qu’il fasse une solennelle consécration de sa famille et de la France au Sacré-Cœur de Montmartre. Depuis, les armes de France des prétendants portent le Sacré-Cœur au milieu des trois fleurs de lys.
D'azur à un sacré-cœur de gueules accompagné de trois fleurs de lys d'or. En 1879, Louis-Charles de Bourbon («Charles XI») (1831-1899) et sa sœur Amélie (1819-1891) décident de porter le Sacré-Cœur en «abîme» sur l'écu traditionnel des rois de France aux trois fleurs de lys
La «princesse» Amélie s’est convertie au catholicisme, avec son frère le «prince» Charles-Édouard et sa mère la «duchesse de Normandie», lors de sa première communion à Dresde, le 17 mai 1835, à l'âge de 15 ans (fr.wikipedia.org - Amélie Naundorff).

Visite de sa Saleté Gepetto à Paray le 5 octobre 1986

